Saddam Hussein


Saddam Hussein
Saddam Hussein
Iraq, Saddam Hussein (222).jpg
Saddam Hussein

Mandats
5e président de la République irakienne
16 juillet 19799 avril 2003
&&&&&&&&&&&0866823 ans, 8 mois et 23 jours
Premier ministre Lui-même
Saadun Hammadi
Mohammed Amza Zubeidi
Ahmad Hussein Khudayir as-Samarrai
Lui-même
Prédécesseur Ahmad Hassan al-Bakr
Successeur Autorité provisoire de la coalition
Ghazi Mashal Ajil al-Yawer (indirectement)
Vice-président de la République irakienne
19711979
Président Ahmad Hasan al-Bakr
Prédécesseur Poste créé
Successeur Taha Muhie-eldin Marouf
57e et 61e Premier ministre irakien
16 juillet 197923 mars 1991
Président Lui-même
Prédécesseur Ahmad Hasan al-Bakr
Successeur Saadun Hammadi
29 mai 19949 avril 2003
Président Lui-même
Prédécesseur Ahmad Hussein Khudayir as-Samarrai
Successeur Mohammad Bahr al-Ulloum
Biographie
Nom de naissance Saddam Hussein Abd al-Majid al-Tikriti
Date de naissance 28 avril 1937
Lieu de naissance Aouja Irak Royaume d'Irak
Date de décès 30 décembre 2006 (à 69 ans)
Lieu de décès Bagdad Drapeau d'Irak Irak
Nationalité irakienne
Parti politique Parti Baas irakien
Conjoint 1) Sajida Talfah
2) Samira Chahbandar
3) Nidal al-Hamdani
4) Wafa el-Mullah al-Howeish
Enfants Du premier mariage :
Oudaï Saddam Hussein
Qusay Saddam Hussein
Raghad Saddam Hussein
Rana Saddam Hussein
Hala Saddam Hussein
Profession Chef d'État
Religion Musulman sunnite

COA of Iraq (1965).svg Coat of arms (emblem) of Iraq 1991-2004.svg
Premiers ministres irakiens
Présidents de la République irakienne

Saddam Hussein Abd al-Majid al-Tikriti (arabe : صدام حسين عبد المجيد التكريتي) est un homme d'État irakien, présumément né le 28 avril 1937 et exécuté par pendaison le 30 décembre 2006, à Bagdad pour crimes contre l'humanité.

Il est vice-président (1968-1979) puis président (1979-2003) de la République Irakienne, avant d'être renversé lors de l'invasion de l'Irak en 2003 par les États-Unis, le Royaume-Uni et une coalition d'autres pays.

Des gouvernements et organisations non gouvernementales (ONG) l'ont accusé de crimes de guerre, meurtres, crimes contre l'humanité et de génocide envers les Kurdes[1]. Arrêté en décembre 2003, il est condamné à mort le 5 novembre 2006 pour le massacre de Doujaïl de 148 villageois chiites en 1982. Quelques jours après que le verdict eut été confirmé en appel (le 26 décembre 2006), la sentence est exécutée et sa pendaison se déroule le 30 décembre 2006 à six heures, heure locale (h 0 GMT) dans une caserne des renseignements militaires irakiens située dans le quartier chiite de Kadhimiya à Bagdad[2].

Sommaire

Jeunesse

Saddam Hussein en compagnie d'étudiants baasistes pendant ses études au Caire de 1959 à 1963

On ne sait que peu de choses sur les premières années de sa vie. Il serait né le 28 avril 1937 dans une famille très pauvre de paysans sans terre du village d'Al-Aouja, non loin de Tikrit. Selon sa biographie officielle, son père, Hussein Abd al-Majid serait mort, peu avant ou peu après sa naissance, mais selon d'autres biographies, non officielles et généralement écrites par des opposants, son père aurait en fait abandonné sa femme et ses enfants.

Le petit Saddam aurait été élevé par le nouvel époux de sa mère, un homme qui aurait été brutal et illettré, et qui l'aurait traité rudement[3]. Il aurait alors vécu dans une petite maison en torchis, qui n'aurait été composée que d'une pièce et où, comme dans la quasi totalité des demeures irakiennes de l'époque, il n'y aurait pas eu l'électricité. Dès l'âge de six ans, il aurait commencé à travailler comme berger. Sa famille n'ayant pas les moyens de lui payer des chaussures, il serait allé travailler dans les champs pieds nus. À l'âge de huit ans, il aurait fui le domicile familial, et aurait été recueilli à Bagdad par un oncle maternel, Khairallah Talfah, ancien officier qui aurait soutenu la révolution de Rachid Ali al Gaylani et qui serait devenu maître d'école. Avant de le connaître, Saddam Hussein aurait été appelé ibn aziqa ou littéralement, « fils des ruelles ». Son oncle l'aurait scolarisé dans l'école municipale ; Saddam Hussein aurait alors été l'élève le plus âgé de sa classe. Khairallah serait ensuite parti pour Bagdad avec le jeune Saddam où, en plus d'aller à l'école, il aurait exercé de petits métiers, comme celui d'assistant de chauffeur de taxi et de vendeur de cigarettes à la criée. Son oncle lui aurait également appris le maniement des armes, et l'aurait instruit sur l'histoire de l'Irak, Nabuchodonosor pour l'histoire antique de l'Irak, et Saladin pour l'histoire médiévale de l'Irak[4].

Son oncle lui aurait « donné » sa fille en mariage. Celui-ci serait ainsi rentré de plain-pied dans la tribu des Albou Nasser. Admiratif de son oncle, il aurait décidé de devenir, comme lui, officier. Il se serait présenté à l'École militaire pour passer le concours d'entrée, mais il aurait échoué - ce qui n'aurait eu rien d'étonnant, compte tenu de l'éducation qu'il aurait reçue de son oncle[3].

Après la fin de ses études secondaires, le jeune Saddam rejoint une cellule clandestine du parti Baas (le parti socialiste de la Renaissance arabe). Ce parti, cofondé par un Syrien chrétien, Michel Aflaq, et par un musulman, Salah al-Din al-Bitar, affilié à la IIe internationale socialiste, présent de façon officielle ou clandestine dans tous les pays arabes, prône un nationalisme arabe laïc et l'unité du monde arabe, mélangé de références socialistes modérées (nationalisation des richesses nationales, notamment du pétrole)[5].

Membre du parti Baas, il milite dès le début des années 1950, pour l'unité arabe. Quelques années plus tard, il est condamné, avec son oncle, à six mois de prison pour avoir tué un informateur de la police. Il participe en 1956 à un coup d'État avorté contre le souverain du Royaume d'Irak, soutenu par le Royaume-Uni. En 1958, un autre groupe, communiste, sous la direction du général Kassem, officier marxiste, parvient à renverser le roi.

Le 7 octobre 1959, il fait partie d'un groupe qui tente d'assassiner le général Kassem et d'instaurer un régime nationaliste en Irak, mais ils échouent, et Saddam Hussein est blessé lors de cette opération où il n'a eu finalement qu'un rôle subalterne. Plus tard, ses services de propagande tenteront d'embellir son action, jusqu'à en faire le personnage central de ce complot manqué et le héros d'une nouvelle « geste ».

Après sa tentative manquée d'assassinat du général Kassem, il se serait enfui à cheval, aurait traversé l'Euphrate à la nage[3] et, avec l'aide de réseaux syriens, aurait traversé le désert, puis se serait réfugié parmi des bédouins ; il se réfugie alors à Damas, où il rencontre des baasistes syriens. Il reste à Damas pendant trois mois, c'est pendant ce court séjour qu'il fait la connaissance de Michel Aflaq. C'est avec sa rencontre avec le secrétaire général du Baas, qu'il devient membre à part entière du parti. Puis, il part au Caire, à l'époque de la République arabe unie, et il est condamné par contumace à mort par le gouvernement irakien. Il continue sa scolarité au Caire, où il obtient son « diplôme » en 1961, puis, en 1962, il entame des études de droit[6]. Mais il est contraint d'abandonner ses études pour retourner en Irak.

Après la révolution irakienne du 8 février 1963, lors de laquelle le régime marxiste du général Kassem est renversé par des groupes nationalistes baasistes commandés par le général Aref, Saddam Hussein revint en Irak en passant par la Syrie, où il rencontre une nouvelle fois Michel Aflaq qui lui transmet un message qu'il devait donner à Ahmad Hasan al-Bakr. Il se fait l'intermédiaire des baasistes syriens et irakiens. Il participe également à plusieurs conférences panarabes, du parti à Damas, où il expose les mêmes idées qu'Aflaq. Avec son retour en Irak, il travaille au recrutement de nouveaux militants.

En 1964, Saddam Hussein aurait projeté d'assassiner le président Abdel Salam Aref. L'attentat, qui était prévu pour le 5 septembre, est découvert par la police la veille, et Saddam Hussein, ainsi qu'un complice, est emprisonné. Durant sa détention, sa femme Sajida lui apporte des livres qui lui permettent d'approfondir sa culture nationaliste. Il parvient à s'évader le 23 juillet 1966, au cours d'un transfert entre deux prisons. Il se consacre alors à la constitution d'une branche clandestine du Baas, qui implique une centaine de personnes[3].

Sa montée vers le pouvoir

Écarté du pouvoir, pour un temps, le parti Baas revient en force, lors d'un coup d'État, le 17 juillet 1968, et devient le parti le plus puissant et le mieux structuré de la région. Lors de la « Révolution blanche » (nom donné parce qu'aucune goutte de sang n'a coulé pendant ce coup d'État), Saddam Hussein aurait – d'après les sources baasistes – assiégé le palais présidentiel avec un tank et « pris le pouvoir ». Le 30 juillet 1968, alors qu'il n'avait encore aucune fonction officielle importante, ni dans le parti Baas, ni dans l'Etat irakien, Saddam Hussein aurait limogé le Premier ministre et le ministre de la Défense en personne. Au sein du Parti Baas (ou de l'Etat irakien), Saddam Hussein prend alors la tête des services de sécurité, à l'âge de 31 ans. Il occupe également le poste de vice-président du Bureau révolutionnaire. Il doit ce poste important à son oncle par alliance, le général Ahmad Hasan al-Bakr, président de la République et dirigeant baasiste historique[7].

Épaulé par son groupe, sa « tribu », constituée de sa proche famille, de ses nombreux cousins et alliés, et des natifs de sa ville de Tikrit, Saddam Hussein, peu à peu, « élimine » ses rivaux, et réussit à « contrôler » Bagdad, la capitale. Il devient vice-président de la République en 1971. Cependant, pour contrôler le pays, il a besoin d'un parti à sa dévotion, et prend modèle sur le Parti communiste de l'Union soviétique, avec laquelle l'Irak signe en 1972, un traité d'amitié. Saddam Hussein se rend aussi en France la même année, le 14 juin. Selon un membre d'un niveau hiérarchique élevé de la CIA, il en serait revenu en emportant un drapeau tricolore dans ses bagages.

Le parti Baas, devient rapidement omniprésent, omnipotent, et un passage obligé pour toutes les affaires et pour accéder au pouvoir. En quelques années, ce parti devient un instrument entièrement au service de Saddam Hussein, qui concentre tous les pouvoirs entre ses mains, passant d'un pouvoir collégial, au début, à un despotisme absolu, même s'il a conservé pour la forme[7], le Conseil de commandement de la révolution, censé détenir le pouvoir (Ezzat Ibrahim Al-Duri en est le vice-président).

Un diplomate occidental, citant un proverbe arabe, aurait dit du système politique irakien, qu'il fonctionnait comme un palmier, plante qui est d'ailleurs un des symboles de l'Irak : « Il demeure toujours vert si on coupe ses branches les plus basses ».

Au début des années 1970, il se donne le titre de général « honoraire ».

Le 1er juin 1972, plusieurs années avant de prendre le pouvoir, Saddam Hussein commence une vaste nationalisation des compagnies pétrolières, richesse nationale qui se trouvent jusque là entre des mains étrangères. L'Irak connaît alors un développement industriel et social sans précédent. Saddam Hussein s'efforce de moderniser l'économie et l'industrie. Le 11 mars 1974, Saddam Hussein signe avec les deux Partis « autonomistes/indépendantistes » PDK et UPK Kurdes un accord relatif à l'autonomie du Kurdistan irakien, avec la « Loi pour l'autonomie dans l'aire du Kurdistan », qui stipule notamment que « la langue kurde doit être la langue officielle pour l'éducation des Kurdes ». Cette loi permet aussi l'élection d'un conseil législatif autonome, qui contrôle son propre budget. Cependant, 72 des 80 membres élus de ce conseil de la première session d'octobre 1974 ont été sélectionnés par Bagdad. En octobre 1977, la totalité du conseil est choisie par le régime. En 1973, Saddam Hussein devient général, et le 16 juillet 1979, à 42 ans, se sentant assez puissant, il succède à Ahmad Hasan al-Bakr et devient président de la République, suite au renoncement « précipité » de son prédécesseur, officiellement pour « raison de santé ».

Accords d'Alger en 1975

Des milliers de cadres du parti Baas sont alors convoqués d'urgence et vingt-deux d'entre eux, accusés de trahison, sont arrêtés en pleine assemblée, présidée par « un Saddam Hussein fumant le cigare et pleurant parfois », et sont emmenés à l'extérieur pour être exécutés sommairement[réf. nécessaire]. La scène est filmée et est suivie en direct dans tout le monde arabe[réf. nécessaire] ; elle servira à asseoir le pouvoir du nouveau dictateur en Irak, et deviendra célèbre mondialement[réf. nécessaire] comme illustration de ses méthodes et de sa personnalité.

La dictature

Article détaillé : Dictature de Saddam Hussein.
Bronze représentant Saddam Hussein

Durant les vingt-quatre années de son pouvoir, Saddam Hussein utilise tous les moyens pour contrôler la population et régner sans partage. Comme dans les régimes totalitaires, la propagande est omniprésente à travers les différents médias et les affiches représentant le portrait du Raïs (à l'époque moderne, dans le monde arabe, le terme de « Raïs » semble avoir été exclusivement utilisé en Égypte à propos de Gamal Abdel Nasser, qu'il semble ne jamais avoir été utilisé en Irak à propos de Saddam Hussein, où seul le terme de « Président de la république » ou, plus simplement, « Président », semblent avoir été employé ; le terme de Raïs paraît avoir été quasi exclusivement utilisé dans la presse occidentale « grand public », surtout au Royaume-Uni pendant la Crise du canal de Suez et en France pendant la Guerre d'Algérie). La presse est censurée et la peur d'être arrêté et exécuté paralyse les opposants au régime, principalement chiites (à l'exception des communistes, la très grande majorité des chiites était totalement opposée au régime laïc imposé au pays dès le début des années 1960) et kurdes (qui souhaitent établir un État du Kurdistan indépendant, reconnu internationalement, en unifiant les provinces kurdes de Turquie, d'Irak, de Syrie et d'Iran).

Durant cette période Saddam Hussein échappe à plusieurs attentats ou tentatives de renversement par la force, pratiquement tous perpétrés par des organisations secrètes islamistes chiites interdites (par exemple, la tentative d'assassinat en 1982 à Doujaïl, organisée par le parti Dawa islamique de la ville).

La chute

Saddam Hussein peu après son arrestation, le 14 décembre 2003

Le 20 mars 2003, les États-Unis et leurs alliés (principalement le Royaume-Uni) attaquent l'Irak et le régime de Saddam Hussein et le renversent lors d'une guerre éclair (mars-avril 2003).

La chute de Bagdad, le 9 avril 2003, marque la fin officielle du régime baasiste en Irak et l'entrée dans la clandestinité de Saddam Hussein et de nombreux responsables baasistes, bien que certain d'entre eux, tel Tarek Aziz, se soient volontairement livrés aux forces d’occupation. Après plusieurs mois passés dans la clandestinité, Saddam Hussein est arrêté dans une cave par l'armée américaine à Tikrit dans la nuit du 13 au 14 décembre 2003.

Saddam Hussein se cachait dans un réduit de 2,5 mètres sous terre relié à une cour de ferme par un très faible passage (juste suffisant pour laisser passer un homme). Il possédait avec lui une mallette contenant 750 000 dollars, un revolver et deux kalachnikovs. Malgré cela, il n'a offert aucune résistance lors de son arrestation.

Après son arrestation, des images font le tour du monde, à la une de tous les journaux. On y voit Saddam Hussein, affaibli, barbu, soumis à un examen par un médecin militaire (qui prélevait des échantillons d'ADN). Paul Bremer, proconsul américain, prononce la phrase devenue célèbre : « We got him » (« on l'a eu ») lors d’une conférence de presse.

Le procès (2004-2006)

Saddam Hussein lors de son procès en juillet 2004

L'ouverture de la phase préliminaire de son procès a eu lieu à Bagdad au début du mois de juillet 2004. C'est un tribunal d'exception, le Tribunal spécial irakien (TSI), qui le jugera pour génocide, crime contre l'humanité et crime de guerre, avec plusieurs autres membres importants du parti Baas.

Mille cinq cents personnes dont vingt-deux avocats principaux venant d'Irak, de Jordanie, de Libye, de France et des États-Unis se sont proposés pour assurer la défense de Saddam Hussein. Jacques Vergès et Roland Dumas sont quelques-uns de ces nombreux avocats.

Le 7 juillet 2005, Ziad al-Khasawneh, le principal avocat de Saddam Hussein, démissionne, suite aux pressions d'avocats américains, voulant l'empêcher de prendre position pour la résistance irakienne et contre l'invasion armée.

Le 8 août 2005, tous ses avocats commis d'office par le Tribunal, sauf un Irakien, Khalil al-Doulaïmi, sont récusés par la famille Hussein, qui les accuse de s'être autoproclamés défendeurs de Saddam Hussein sans avoir été mandatés.

Le 4 septembre, le porte-parole du gouvernement irakien annonce que l'ouverture d'un premier procès aura lieu le 19 octobre, soit juste après le référendum sur le projet de Constitution, prévu le 15 octobre. Ce procès concernera uniquement la condamnation à mort par un tribunal irakien et l'exécution de 148 chiites du village de Doujaïl en 1982 (le motif invoqué pour la plupart des accusés fut d'avoir été membre de l'organisation secrète islamiste qui avait organisé la tentative d'assassinat de Saddam Hussein, sans pourtant avoir eux-mêmes participé activement à la tentative d'assassinat), la destruction de propriétés privées et l'exil interne, pendant quatre ans, des 14 000 habitants de cette ville.

Le porte-parole du gouvernement a également déclaré que si Saddam Hussein était condamné à la peine de mort, la sentence pourrait être exécutée sans attendre les jugement relatifs aux autres procès qui étaient prévus, relatifs à d'autres actes d'accusations portées à l'encontre de Saddam Hussein (voir Irak). La peine de mort avait été abolie en Irak par l'administrateur civil de l'Irak Paul Bremer ; elle semble y avoir été réintroduite à la suite de l'arrestation de Saddam Hussein.

Le 19 octobre, jour d'ouverture du procès, Saddam Hussein défie le tribunal, en ne reconnaissant pas son autorité et plaide non coupable pour le massacre de Doujaïl. Des témoins programmés au procès, ayant trop peur d'être des témoins publics, ne sont pas venus à Bagdad. Le premier procès de Saddam Hussein est alors ajourné pour permettre d'entendre ces derniers dans des conditions de sécurité satisfaisantes. La prochaine audience était prévue le 28 novembre, mais elle a été encore une fois reportée au 5 décembre. Le 6 décembre, Saddam Hussein continue de « perturber » le procès.

Le 23 janvier 2006, le président du Tribunal Rizgar Mohammed al-Amin démissionne, il est remplacé par Raouf Abdul Rahman considéré comme plus ferme.

Le 15 mars, Saddam Hussein est appelé par l'accusation en tant que témoin. À la barre, il a fait une déclaration politique, affirmant notamment qu'il se considérait toujours comme le président de l'Irak, appelant les Irakiens à cesser les violences entre eux et à combattre les troupes américaines. Le juge a alors coupé son microphone et la suite de l'audience s'est déroulée à huis clos[8].

Le 15 mai, il est formellement accusé de « Crime contre l'humanité » pour le massacre de Doujaïl, et refuse de plaider, trois de ses avocats ayant été assassinés lors des premiers jours du procès et Saddam Hussein ayant récusé tous ceux, commis d'office, que le tribunal spécial irakien lui proposait en remplacement, en ajoutant qu'« il n'y avait aucune possibilité de juger le Président de l'Irak », ou que « le tribunal spécial irakien n'a pas autorité, au terme de la Constitution de la République irakienne, pour juger le Président de l'Irak » (Saddam Hussein ne reconnaissait pas la nouvelle Constitution irakienne adoptée le 15 octobre de l'année précédente, sous prétexte qu'elle avait été « imposée » à l'Irak par les forces d'occupation étrangères).

Ses avocats boycottent le procès accusant le tribunal de partialité et de manque d'indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Saddam Hussein refuse également d'être présent lors des auditions. Le président du tribunal ordonne alors sa convocation d'office. Des témoins appelés par la défense, suspectés d'avoir mentis à la cour, sont emprisonnés.

Le 19 juin, Jaffar al Musawi, le procureur général du tribunal spécial irakien requiert la peine de mort contre Saddam Hussein, contre son demi-frère Barzan al-Tikriti et contre l'ancien vice-président Taha Yassine Ramadan.

Ne bénéficiant d'aucun avocat autre que ceux commis d'office par le tribunal, c'est le conseiller canadien des avocats de la défense, William Wiley, qui se chargera d'écrire la plaidoirie finale. Ce dernier ainsi que le conseiller chargé d'assister les juges, l'avocat américain Eric Blinderman, tous deux envoyés par le gouvernement américain, ont eu pour rôle d'assurer le bon déroulement du procès au respect des normes internationales et à l'équité de la procédure.

Le 5 novembre, Saddam Hussein est condamné à mort par pendaison pour crime contre l'humanité. D'après les statuts du tribunal, il y a automatiquement appel pour ce type de condamnation. Le procès en appel devait durer trente jours.

Plusieurs autres membres de l'ancien parti Baas sont également jugés et furent condamnés à mort ou à des peines allant jusqu'à l'emprisonnement à perpétuité, citons notamment :

  • Taha Yassine Ramadan, ancien vice-président (exécuté par pendaison le 20 mars 2007)
  • Barzan al-Tikriti, ancien chef des renseignements (exécuté par pendaison le 15 janvier 2007)
  • Awad Ahmed al-Bandar, adjoint du chef de cabinet de Saddam Hussein (exécuté par pendaison le 15 janvier 2007)
  • Abdallah Kadhem Roueid, responsable local du parti Baas (condamné à 15 ans de prison le 5 novembre 2006)
  • Mezhar Abdallah Roueid, responsable local du parti Baas (condamné à 15 ans de prison le 5 novembre 2006)
  • Ali Daeh Ali, responsable local du parti Baas (condamné à 15 ans de prison le 5 novembre 2006)
  • Mohammed Azzam al-Ali, responsable local du parti Baas (acquitté le 5 novembre 2006)

Le 26 décembre, la cour d'appel irakienne confirme la condamnation à mort de l'ancien président irakien Saddam Hussein. La cour d'appel refuse d'accéder à la dernière volonté de Saddam Hussein d'être fusillé, comme le prévoyait l'ancienne Constitution irakienne pour les crimes politiques, et confirme l'exécution par pendaison, qui était réservée en Irak aux Droits communs, dans les trente jours à venir.

De nombreuses ONG et de nombreux juristes dans le monde ont dénoncé ce procès. Human Rights Watch estime ainsi dans un rapport[9] que ce dernier fut « entaché d’irrégularités, aussi bien sur la forme que sur le fond » et « foncièrement inéquitable ». Seuls, quelques hommes politiques, pratiquement tous américains ou irakiens, l'ont qualifié de « parfaitement équitable ».

L'exécution

Sur les autres projets Wikimedia :

Le 29 décembre 2006, le député Sami al-Askari, collaborateur du Premier ministre Nouri al-Maliki, annonce que Saddam Hussein sera exécuté dans la nuit du 29 au 30 décembre 2006 ou, au plus tard, le 4 janvier 2007 (après l'Aïd el-Kebir, la fête sacrée du calendrier musulman).

Le 30 décembre 2006, l'ancien président irakien est finalement exécuté à Bagdad à h 5, heure locale (h 5 GMT). Livré par les Américains aux autorités irakiennes, ce sont des Irakiens qui exécutent la sentence. Saddam Hussein est mené au gibet, les bras et les pieds entravés, et lit des versets du Coran. Il lui est proposé d'avoir la tête masquée, ce qu'il refuse. Il accepte le foulard qui lui est proposé pour éviter les blessures occasionnées par la corde. Pendant la préparation de son exécution, des officiels chiites présents sur le lieu de l'exécution l'insultent, ou scandent : « Moqtada, Moqtada », par référence à Moqtada al-Sadr, le chef de l'Armée du Mahdi, dont le père avait été exécuté sur l'ordre de Saddam Hussein. L'émission du 8 août 2007 sur France 2 Un jour, un destin explique que les personnes ayant crié le nom de « Moqtada » auraient été ses miliciens, qui auraient payé « un prix d'or » pour assister à l'exécution ; il semble toutefois difficile de porter un jugement quant à la vraisemblance de cette hypothèse, même si des partisans de Moqtada al-Sadr se sont certainement infiltrés dans un gouvernement présumé hostile au leader chiite[non neutre]. La scène de l'exécution a été filmée illégalement, et diffusée sur internet[10]. Elle a été reprise par de nombreuses chaînes de télévision de par le monde, chaînes qui semblent avoir, pour la plupart, censuré tout ou partie de la bande son.

La pendaison de Saddam Hussein mit fin à toutes les actions judiciaires contre lui, dont sept susceptibles de conduire à une condamnation à mort.

Après son exécution, le corps fut amené en « zone verte », le périmètre de sécurité de Bagdad, dans la résidence du premier ministre, où fut organisée une fête entre amis pour fêter la pendaison[11]. Il a ensuite été remis aux proches de l'ex-dictateur. Le 31 décembre, il est enterré à h 0 (h 0 GMT) dans un bâtiment construit au cours de sa présidence et destiné à honorer les morts, dans le centre d'Aouja, à 180 km au nord de Bagdad et 4 km au sud de Tikrit. Il repose avec son oncle et ses fils Oudaï et Qoussaï.

L'annonce de l'exécution déclenche une polémique. De nombreux observateurs dénoncent une « mascarade », une « parodie de justice ». Ainsi, selon Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes, interviewé sur France 3 le 2 janvier 2007, le choix d'exécuter Saddam Hussein le jour de l'Aïd el-Adha fut désastreux. Exécuter Saddam Hussein un jour de paix et de pardon pour les sunnites (pour les chiites, l'Aïd a lieu le lendemain), qui plus est, une fête au cours de laquelle on sacrifie un animal, serait selon lui une provocation délibérée de la part de ceux qui détiennent désormais le pouvoir à Bagdad.

Pour de nombreux analystes, l'exécution serait plus un acte de guerre civile que de justice, ou tout du moins un acte de vengeance communautaire[12] :

  • le fait qu'il s'agisse d'un jour saint pour les sunnites et pas pour les chiites ;
  • l'exécution a eu lieu dans un quartier à majorité chiite (Khadamiya), dans une caserne des renseignements militaires, une unité notoirement infiltrée par l'Armée du Mahdi[réf. nécessaire] ;
  • la prière des personnes présentes faisait référence à des imams historiques chiites.

Le quotidien égyptien Al-Masri Al-Youm commentait ainsi : « Les États-Unis ont offert Saddam en sacrifice sur l'autel de la guerre civile irakienne »[13].

Famille

Saddam Hussein fut marié quatre fois :

Notons également que d'autre membres de famille occupèrent des postes importants, comme par exemple :

  • Barzan Al-Tikriti, son demi-frère, chef des services secrets ;
  • Ali Hassan al-Majid, son cousin (dit « Ali le Chimique »), fut notamment ministre de la Défense et ministre de l’Intérieur ;
  • Khairallah Talfah, son oncle et père de sa première épouse, fut maire de Bagdad ;
  • Adnan Khairallah, son cousin et beau-frère (fils de Khairallah Talfah), fut également ministre de la Défense.

Biens de Saddam Hussein

Les biens de Saddam Hussein sont estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars, une fortune colossale et disparate amassée tout au long de ses vingt-cinq années de règne sans partage sur l'Irak. Ils ont théoriquement été gelés par une décision de l'ONU de 2002, mais il n'apparaît jamais comme le propriétaire réel, mais à travers de nombreuses sociétés offshore gérées par ses hommes de confiance, toujours en liberté, qui disposent d'un simple titre au porteur et sont donc protégés par les conventions internationales ad hoc, d'où les difficultés que connaît le gouvernement irakien d'aujourd'hui pour récupérer ses biens[14]. Parmi ses biens on peut citer :

Des dizaines d'autres biens sont encore à découvrir. À chaque fois les avocats du gouvernement irakien doivent obtenir une décision de justice du pays concerné, mais à chaque fois ils découvrent que le bénéficiaire économique est une autre société, souvent offshore, issue d'un montage financier opaque et complexe, et située dans une autre juridiction.

Notes et références

Bibliographie

  • Saddam Hussein, Zabiba et le Roi, éd. du Rocher 2003 (ISBN 2-2680-4489-0)
  • Said K. Aburish, Le vrai Saddam Hussein, éd. Saint-Simon, 2002 (ISBN 2-9151-3400-6)
  • Charles Saint-Prot, Saddam Hussein, un gaullisme arabe, éd. Albin Michel, 1987 (ISBN 2-2261-3900-1)
  • Angeli et Mesnier, Notre allié Saddam, éd. Orban Olivier, 1992 (ISBN 2-8556-5658-3)
  • Mylroie et Miller, Saddam Hussein, éd. Presses de la Cité, 1993 (ISBN 2-2580-3369-1)
  • Andrew Cockburn et Patrick Cockburn, L'énigme Saddam - Enquête explosive au cœur du système irakien, éd. First, 1999 (ISBN 2-8769-1446-8)
  • Jean-Michel Cadiot, Quand l'Irak entra en guerre, la Qadissiyah de Saddam, éd. L'Harmattan, 2000 (ISBN 2-7384-0129-5)
  • Abdul Majid Saman, Les années Saddam, éd. Fayard, 2003 (ISBN 2-2136-1751-1)
  • Haitam Rashid Wihaib, Dans l'ombre de Saddam, Les révélations inimaginables de son chef du protocole, Michel Laffont, 2004 (ISBN 2-7499-0015-8)
  • Le Livre noir de Saddam Hussein, préface de Bernard Kouchner, sous la direction de Chris Kutschera, éd. Oh! éditions, 2005, Paris, (ISBN 2-9150-5626-9). Ce livre écrit par 23 auteurs internationaux (avocats, sociologues, professeurs de droit, professeurs de sciences politiques, économistes, journalistes, magistrats, députés, médecins, archéologues et victimes de Saddam Hussein), fait le bilan de ce que les auteurs appellent des « crimes contre l'humanité » commis par le dictateur au cours de ses trente-cinq ans de pouvoir. Il est divisé en sept parties : un régime contre son peuple, la répression des chiites, le massacre des Kurdes, les guerres d'Iran et du Koweït, les réseaux pro-irakiens, le bilan des trente-cinq ans de dictature, quelle justice pour Saddam Hussein.
  • « Saddam le féroce » - Le Monde, 10 avril 2003

Documentaire

  • House of Saddam, un feuilleton télévisé de la BBC sur son parcours.
  • Saddam Hussein, le meilleur ennemi de l'Amérique, un documentaire de Jacques Charmelot et Pascal Vasselin sur 40 ans de relations entre Saddam Hussein et les États-Unis, diffusé en 2005 sur France 3.

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