Sacre

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Sacre
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Le sacre est une c√©r√©monie religieuse conf√©rant √† un souverain un caract√®re sacr√© (parfois m√™me divin), le distinguant ainsi des autres la√Įcs. Cette sacralisation la rend ainsi distincte du couronnement.

Sommaire

Restauration du sacre au Moyen √āge

Espagne

Le sacre fut pratiqué par les souverains wisigothiques d'Espagne au VIIe siècle, le premier étant daté de 672 avec le roi Wamba à Tolède, mais seul le royaume d'Aragon en conserva l'usage par la suite. Les autres royaumes préférèrent le simple couronnement, de façon à être moins soumis à l'emprise du clergé.

Angleterre

Les rois d'Angleterre, puis souverains britanniques sont couronn√©s, et non sacr√©s, √† l'Abbaye de Westminster. La King Edward's Chair (ou Coronation Chair), la ¬ę Chaise du roi Edouard ¬Ľ ou ¬ę Chaise du couronnement ¬Ľ, qui sert √† l'intronisation des souverains britanniques depuis √Čdouard Ier, est entrepos√©e dans la Chapelle √Čdouard le Confesseur. Jusqu'en 1996, elle √©tait accompagn√©e de la Pierre du destin (ou pierre de Scone).

France

Les sacres de Pépin le Bref

Article d√©taill√© : P√©pin le Bref.

Les rois m√©rovingiens (Ve-VIIIe si√®cles) n'acc√©daient pas au pouvoir apr√®s un sacre ; ils √©taient choisis (√©lus) par les aristocrates dans la famille m√©rovingienne. Leur pouvoir provenait de leur charisme et de leurs victoires militaires. Le bapt√™me du premier roi m√©rovingien Clovis, vers 496/499, n'a jamais √©t√© un sacre.

Au milieu du VIIIe si√®cle, c'est le maire du palais P√©pin le Bref, fils de Charles Martel, qui inaugura la pratique du sacre religieux pour les rois de France ; au pr√©alable, il voulut s'assurer du soutien de la plus haute autorit√© spiritiuelle de l'Occident : le pape. Il envoya d'abord Burchard, √©v√™que de Wurzbourg, et Fulrad, l'abb√© de Saint-Denis en ambassade aupr√®s du pape Zacharie. Celui-ci r√©pondit que l'ordre divin √©tait troubl√© car le maire du palais disposait de la r√©alit√© du pouvoir alors qu'il n'en avait pas la l√©gitimit√©. Les derniers rois m√©rovingiens n'exer√ßaient en effet plus aucune autorit√© effective (image d'Epinal des rois fain√©ants).

L'√Čglise affirme alors qu'elle doit donner la l√©gitimit√© du pouvoir par le rituel du sacre. Le mod√®le est l'onction que re√ßut le roi David par Samuel dans l'Ancien Testament. Le sacre de P√©pin le Bref eut lieu en mars 752 √† Soissons o√Ļ ¬ę les √©v√™ques pr√©sents l‚Äôoignirent du saint chr√™me ¬Ľ en plusieurs endroits du corps. L'√©lection par le peuple et les grands (aristocrates) du royaume demeure, mais avec les successeurs carolingiens, elle perdra de son importance.

En √©change de son accord de principe, le pape avait esp√©r√© l'appui arm√© du carolingien face aux menaces lombardes. En 753, le pape √Čtienne II est contraint de se r√©fugier en Gaule o√Ļ il demande l'intervention de P√©pin le Bref. Ce dernier lui donne alors la promesse d'une intervention arm√©e contre les Lombards. En √©change, le pape lui conf√®re le titre de ¬ę patrice des Romains ¬Ľ (c'est-√†-dire protecteur de Rome) et le sacre une seconde fois √† Saint-Denis le 28 juillet 754. Cette fois-ci, les deux fils de P√©pin dont le futur Charlemagne sont sacr√©s des mains m√™me du pontife qui b√©nit aussi Berthe, l'√©pouse de P√©pin. Par la suite, P√©pin Le Bref tient sa promesse et engage plusieurs exp√©ditions en Italie. Les territoires abandonn√©s par les Lombards forment la donation de P√©pin qui constitueront l'embryon des √©tats pontificaux, le temporal de Saint-Pierre.

Le sacre de P√©pin le Bref a plusieurs implications fondamentales :

  • un changement dynastique : les Carolingiens r√®gnent en France jusqu'en 987. Le dernier roi m√©rovingien, Child√©ric III, est enferm√© dans un monast√®re.
  • les Carolingiens ont obtenu le soutien du pape et de l'√Čglise. Ils doivent, en retour assurer leur d√©fense.
  • avec le sacre de 754, toute la dynastie carolingienne est sacr√©e.
  • par le sacre, le roi se trouve au-dessus de tous les autres la√Įcs. Dans L'√©tat social de la France, Jean-Fran√ßois Chantaraud fait remonter l'√®thos fran√ßais √† cet √©v√©nement.

Le sacre sous les Carolingiens

Pendant l‚Äôempire carolingien, l‚Äô√©lection est tomb√©e en d√©su√©tude, sans pour autant dispara√ģtre : elle est rappel√©e lors du sacre par une acclamation, mais elle n‚Äôest plus qu‚Äôune formalit√©. Le couronnement imp√©rial, remis √† l'ordre du jour par Charlemagne en 800, est distinct du sacre. Il a lieu en g√©n√©ral √† Rome, en pr√©sence du pape.

Le premier sacre qui eut lieu √† Reims fut celui de Louis le Pieux en octobre 816. Ce fils de Charlemagne, devenait par cette c√©r√©monie, l'√©lu de Dieu et d√©fenseur de l'√Čglise. L'archev√™que de Reims Hincmar sacra Charles le Chauve en 869. Pourtant Reims ne garda la pr√©√©minence sur les autres si√®ges m√©tropolitains qu'au cours du XIIe si√®cle car elle √©tait la ville du bapt√™me de Clovis pendant lequel apparut la sainte Ampoule. Aussi le Cap√©tien Louis VI se fit-il sacrer √† Orl√©ans en 1108.

Le sacre des Capétiens

couronnement de Louis X

Le d√©clin des Carolingiens est patent au IX et Xe si√®cle : le robertien Eudes est choisi par les grands du royaume. Le 29 f√©vrier 888, il est sacr√© roi des Francs en l'abbaye Saint-Corneille de Compi√®gne, par Gautier, archev√™que de Sens, son cousin. Apr√®s avoir proclam√© la d√©ch√©ance du roi carolingien Charles le Simple, Robert, fr√®re d'Eudes, est √©lu le 29 juin 922 et sacr√© roi √† Reims le lendemain dimanche 30 juin. √Ä la mort de Robert Ier au cours de la bataille de Soissons en 923, les grands du royaume, ne voulant pas rendre la couronne √† Charles le Simple, choisissent pour roi Raoul, le gendre de Robert Ier. Le 13 juillet 923, Raoul est sacr√© en l'abbaye Saint-M√©dard de Soissons.

Au Xe siècle, les princes territoriaux (marquis, ducs, comtes) ont acquis une telle puissance politique qu’ils peuvent poser leurs conditions avant de consentir à l’élection du roi. L’élection du roi est donc redevenue déterminante, surtout pendant les crises dynastiques.

En 987, le carolingien Louis V meurt sans enfant. Hugues Capet est √©lu par les grands √† Senlis puis sacr√© √† Noyon le dimanche 3 juillet 987 : c'est la fin de la dynastie carolingienne. Le 25 d√©cembre 987 √† Sainte-Croix d‚ÄôOrl√©ans, Hugues Capet prend le soin de faire sacrer son fils Robert de son vivant. Cet usage sera perp√©tu√© jusqu'√† Philippe Auguste : √† la fin du XIIe si√®cle, le pouvoir et la l√©gitimit√© des Cap√©tiens sont d√©finitivement assur√©s.

L'évolution du rituel

Le rituel du sacre ne se fixa que progressivement : la description des gestes et des paroles prononc√©es au cours du sacre se nomme ordo ; les clercs en ont r√©dig√© plusieurs :

  • ordo d'Hincmar (IXe si√®cle) : onction, couronnement, serment : le roi s'engage √† respecter et d√©fendre l'√Čglise, assurer la paix et rendre justice ainsi que la mis√©ricorde
  • ordo de Fulrad (Xe si√®cle)
  • ordo de saint Louis (XIIIe si√®cle) : remise des √©perons et d'une √©p√©e en pr√©sence des 12 pairs de France. Les acclamations du peuple pr√©sent dans la cath√©drale de Reims remplacent l'ancienne √©lection. Baiser de paix. Au cours du sacre, le roi re√ßoit ses insignes de pouvoir (regalia). Si le roi est mari√©, le sacre de la reine a lieu juste apr√®s.
  • √Ä partir du XIe si√®cle, on attribue au roi de France le pouvoir thaumaturgique (de gu√©risseur). Apr√®s son sacre, intervient la c√©r√©monie du toucher des √©crouelles[1].

Voir aussi

Bibliographie

  • Ordre pour Oindre et Couronner Le Roi de France, Lyon 1575, √©d. mod. par Jean Goy, Reims 1987.
  • Jean Goy, La Sainte Ampoule au Sacre des Rois de France, Reims 1994.
  • Jean-Pierre Bayard, Sacres et couronnements Royaux, √Čd. Guy Tr√©daniel, Paris 1984, ISBN 2-85707-152-3.
  • Aim√© Bonnefin, Sacre de Rois de France, √Čd. Imp. Touron & Fils, Limoges 1988, ISBN 2-9500695-2-5.
  • Jacques Le Goff, √Čric Palazzo, Jean-Claude Bonne et Marie-No√ęl Collette, Le Sacre royal √† l'√©poque de saint Louis, Gallimard, 2001
  • Josef J. Schmid, Sacrum Monarchiae Speculum ‚Äď der Sacre Ludwigs XV. 1722: monarchische Tradition, Zeremoniell, Liturgie, √Čd. Aschendorff, Munster 2007, ISBN 3-402-00415-1.

Notes et références


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