Assyriologie

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Assyriologie

L'assyriologie est la partie de l'histoire et de l'archéologie spécialisée dans l'étude de l'Assyrie à l'origine, plus largement à l'étude de la Mésopotamie et de l'Orient Ancien.

Sommaire

Historiographie

Origines

Taureau androcéphale ailé de Dur-Sharrukin (actuelle Khorsabad), musée du Louvre

La d√©couverte de restes arch√©ologiques avait commenc√© bien avant le XIXe si√®cle, elle avait √©t√© le fait de voyageurs de commerce ou de voyageurs tout court dont la curiosit√©, il est vrai encourag√©e par la foi, les avait pouss√©s √† aller visiter les pays de la Bible.

Au XVIe si√®cle, un explorateur romain nomm√© Pietro Della Valle (1586-1652), visitait la M√©sopotamie, c‚Äôest-√†-dire l‚Äôactuel Irak, la Perse (actuel Iran) et le Proche-Orient (Syrie, Liban et Palestine). Il en rapporta un r√©cit haut en couleurs qui fit date et une copie d‚Äôune inscription qui devint c√©l√®bre d√®s lors: l‚ÄôInscription de Pers√©polis. Il lan√ßa une mode parmi les gens d‚Äôun milieu bourgeois cultiv√©, chaque voyageur se sentait tenu d‚Äôaller visiter et tant qu‚Äô√† faire d‚Äôy copier les signes ou dessins qui figuraient sur les st√®les ou monuments qui s‚Äôy trouvaient. Personne n‚Äô√©tait √† cette √©poque capable de dire ce que d√©signaient ces inscriptions mais certains dont Della Valle pensaient qu‚Äôil s‚Äôagissait d‚Äôune √©criture et il formula m√™me des hypoth√®ses tr√®s justes sans jamais pouvoir les prouver.

La multiplication des voyages et exp√©ditions permit de fournir un mat√©riel tr√®s riche m√™me si √† l‚Äô√©poque o√Ļ elle se produisit, elle ne put servir en rien √† faire avancer les connaissances. Des d√©couvertes importantes eurent lieu au cours des ann√©es 1780‚Äď90, √©poque √† laquelle les premi√®res exp√©ditions furent organis√©es. On √©tait alors bien convaincu que les signes constituaient une √©criture √† laquelle on ne comprenait certes pas grand chose mais qu‚Äôon avait le d√©sir de d√©chiffrer. L'objectif √©tait de trouver des inscriptions ou des tablettes.

C‚Äôest qu‚Äô√† partir du d√©but du XIXe si√®cle, le Proche et Moyen-Orient commenc√®rent √† exciter les convoitises de la France et du Royaume-Uni et les fouilles organis√©es √©taient un aspect du pillage que pratiqu√®rent les puissances imp√©rialistes par explorateurs interpos√©s.

En 1842, un gouverneur fran√ßais nomm√© Botta mit au jour l‚Äôun des plus importants palais de la civilisation m√©sopotamienne : le palais de Khorsabad. Bien que tr√®s importantes, les d√©couvertes ne purent, √† cette p√©riode, constituer un bouleversement dans les connaissances. Pour cela il fallait trouver un moyen de lire les inscriptions trouv√©es et ce fut √† soi-seul l‚Äôobjet d‚Äôune recherche qui dura 50 ans et mobilisa de nombreux sp√©cialistes.

Déchiffrement de l'écriture cunéiforme

Pour d√©chiffrer le cun√©iforme, les chercheurs s‚Äôappuy√®rent sur des inscriptions sur pierre d√©couvertes √† Pers√©polis. Ces inscriptions de Pers√©polis contenaient des caract√®res rang√©s sur trois colonnes. Il se r√©v√©la bient√īt qu‚Äôil s‚Äôagissait de trois √©critures diff√©rentes. Or sur les trois aucune n‚Äô√©tait connue et de plus on n‚Äôavait aucune certitude concernant la ou les langues qu‚Äôelles transcrivaient. Cependant tr√®s t√īt la conviction qu‚Äôil s‚Äôagissait d‚Äôun texte reproduit en 3 langues et √©critures diff√©rentes fut acquise. Ainsi, le d√©chiffrement de l‚Äôune permettrait de d√©chiffrer les deux autres.

Transcription de l'inscription de Behistun en vieux perse.

Les chercheurs s‚Äôattaqu√®rent √† la premi√®re colonne qui ne comportait que 42 signes. Pour cette raison on supposait qu‚Äôil s‚Äôagissait d‚Äôun alphabet. En partant de l‚Äôhypoth√®se que la civilisation qui l‚Äôavait produite √©tait celle d‚Äôun royaume perse du IVe si√®cle av. J.‚ÄĎC. et en utilisant les sources litt√©raires connues ils conclurent que la langue utilis√©e √©tait un anc√™tre du perse, utilis√© pour √©crire les textes les plus anciens. D‚Äôautre part, on connaissait par des voyageurs grecs le nom de deux de ses rois, Darius et Xerx√®s.

Armé de ces convictions, un chercheur nommé Georg Friedrich Grotefend établit, en 1802, un premier alphabet cunéiforme qui permit de lire les noms des rois perses. Son exposé était, en fait, en grande partie inexact mais il constitua la base de débats qui allaient durer 40 ans entre une poignée de spécialistes. Et en 1842, la plupart des savants étaient d’accord sur un alphabet qui permettait de lire l’ensemble du texte et de lui donner un sens cohérent.

Le déchiffrement de la deuxième colonne posa davantage de problèmes. Comme elle comportait 110 signes, on considéra très vite qu’il devait s’agir d’une écriture constituée de syllabes. Mais comme on ne possédait que très peu de documents écrits avec cette écriture et que la langue qu’elle transcrivait n’était pas connue, son déchiffrement fut plus long et plus laborieux que pour la troisième colonne. Ainsi, on peut dire que malgré son apparence plus simple, cette écriture bénéficia davantage du déchiffrement de l’écriture trouvée sur la troisième colonne qu’elle ne lui profita.

Pour la troisième colonne, le travail se présentait comme beaucoup plus compliqué. Dès 1814, des déchiffrages furent proposés. Mais en fait, l’évidente variété des signes interdisait d’aller vraiment plus loin que quelques répertoires incomplets. Ce fut vraiment à partir de 1842, lorsque le déchiffrage de l’écriture perse fut établi à peu près solidement, que des progrès commencèrent à se dessiner.

Le premier travail fut de répertorier précisément les signes. Ce qui ne pouvait être fait que par un patient travail de comparaison à travers un grand nombre de textes. Pour ce faire les chercheurs ne se limitèrent plus aux seules inscriptions de Persépolis mais puisèrent dans la vaste quantité d’informations trouvées au cours des fouilles qui étaient menées parallèlement.

Puis vint l’étape de la reconnaissance des signes. Il fallait trouver le son ou le sens des signes car certains chercheurs, vu le nombre de signes répertoriés, pensaient que les signes devaient désigner des mots entiers. D’autres pensaient que l’écriture était uniquement composée de syllabes accordées les unes aux autres pour écrire les mots.

En fait, tous les débats se concentrèrent au cours des quelque quinze ans qui vont de 1842 à 1857. En comparant les noms propres présents dans la version perse et ceux de la troisième colonne on put découvrir que les signes pouvaient avoir un emploi comme syllabe et comme mot selon les cas, qu’un même signe pouvait désigner plusieurs syllabes et qu’en outre une même syllabe pouvait être rendue par plusieurs signes.

Puis en 1850, on d√©couvrit que certains signes avaient un emploi de d√©terminatif, c‚Äôest-√†-dire qu‚Äôils indiquaient un registre particulier, ce qui permettait de faciliter la lecture des signes, mais n‚Äô√©taient pas lus eux-m√™mes. La m√™me ann√©e, une m√©thode de d√©chiffrement fut √©tablie. Partant de l‚Äôhypoth√®se que la langue des √©critures √©tait s√©mitique, un savant proposa de comparer les signes syllabiques aux lettres h√©bra√Įques. Une fois adopt√©e, cette m√©thode permit de faire un bond dans la connaissance des signes.

Et en 1857, Henri Fox Taylor, un d√©chiffreur britannique friand de coups m√©diatiques r√©alisa une exp√©rience en envoyant trois copies d'une m√™me tablette fra√ģchement mise au jour aux trois plus √©minents d√©chiffreurs qu‚Äô√©taient Henry Rawlinson, Oppert et Hincks et en garda une pour lui. Les quatre traductions concordaient, c‚Äô√©tait la preuve que la lecture des √©critures sur argile commen√ßaient √† √™tre ma√ģtris√©s.

De l'Assyrie à Sumer

Apr√®s la p√©riode de d√©couverte de la civilisation m√©sopotamienne et le d√©chiffrement de l'akkadien, un vif int√©r√™t s'empare du monde scientifique occidental pour cette r√©gion. De grands chantiers de fouilles s'ouvrent alors en Assyrie, donnant ainsi √† cette discipline le nom d'assyriologie, qu'elle conservera en d√©pit de la d√©couverte de nouvelles cultures de l'Orient Ancien. Apr√®s les fouilles de Khorsabad (Dur-Sharrukin) par Botta, le Britannique Austen Henry Layard fouille les sites de Nimrod (Kalhu), puis de Quyunjik, l'ancienne Ninive, o√Ļ il d√©couvre en 1851 la biblioth√®que d'Assurbanipal, compos√©e de milliers de tablettes. Quelque temps plus tard il est remplac√© par Hormuzd Rassam, personnage plus attach√© √† faire des d√©couvertes prestigieuses qu'√† entretenir les sites qu'il explore. Les trouvailles effectu√©es dans les capitales royales assyriennes sont rapatri√©es en France et au Royaume-Uni, o√Ļ elles font le bonheur du Mus√©e du Louvre et du British Museum. Parall√®lement, les traductions progressent, et en 1872 G. Smith traduit la version babylonienne du D√©luge. Cette d√©couverte eut un grand retentissement.

Statuette de Gudea roi de Lagash

La m√™me p√©riode voit le d√©but des premi√®res fouilles en Basse-M√©sopotamie, o√Ļ l'on identifie les sites d'Ur, d'Uruk et de Suse. En 1877, le Fran√ßais Ernest Chocquin de Sarzec entreprend les fouilles du site de TellŇć, d'abord identifi√© √† tort comme l'ancienne Lagash (lu alors Sirboula), mais qui correspond en fait √† Girsu. Il y fait des d√©couvertes qui remontent √† des p√©riodes plus anciennes que celles des autres sites fouill√©s jusqu'alors, et y trouve notamment la St√®le des Vautours et les statues du r√®gne de Gudea. Le site de Nippur et celui de Suse deviennent au m√™me moment des chantiers de fouilles importants. Les tablettes qui y sont d√©couvertes font appara√ģtre l'existence d'un peuple autre que les S√©mites, les Sum√©riens, dont la langue est alors r√©v√©l√©e. L'existence de ce peuple avait d√©j√† √©t√© supput√©e auparavant par les traducteurs des tablettes cun√©iformes qui y trouvaient des mots √©trangers au vocabulaire des langues s√©mitiques (assyrien et babylonien). Les fouilles de Suse, men√©es par J. de Morgan apr√®s 1897 r√©v√®lent un des documents majeurs de l'histoire m√©sopotamienne : le Code d'Hammurabi, qui est traduit par le p√®re Jean-Vincent Scheil.

Le début du XXe siècle voit se mettre en place des méthodes de fouilles archéologiques plus rigoureuses, notamment avec l'arrivée des Allemands dans le champ des études assyriologiques, fortement encouragés en ce sens par l'empereur Guillaume II. Walter Andrae entreprend la fouille d'Assur, alors que Robert Johann Koldewey commence à explorer Babylone. Parallèlement, le travail des traducteurs permet à l'histoire mésopotamienne d'être désormais connue dans ses grandes lignes, et on commence à analyser les corpus de textes administratifs et économiques livrés par les sites mésopotamiens. La guerre de 1914-1918 vient couper cet élan.

L'entre deux guerres : progr√®s et extension des √©tudes assyriologiques

Après 1918, le Proche-Orient est bouleversé politiquement, avec la chute de l'Empire ottoman. Les mandats confiés aux Britanniques en Iraq, en Palestine et en Jordanie, et aux Français en Syrie et au Liban, puis la modernisation de la Turquie et de la Perse, vont faciliter l'exploration des sites archéologiques de ces pays, en même temps qu'ils vont élargir l'horizon géographique des études assyriologiques.

Buste d'un orant, temple d'Ishtar à Mari, musée du Louvre

Des fouilles dans des r√©gions ext√©rieures √† la M√©sopotamie avaient d√©j√† √©tendu le champ de l'assyriologie avant 1914. D√®s 1886, des tablettes cun√©iformes avaient √©t√© d√©couvertes en √Čgypte, √† Tell el-Amarna, constituant la correspondance diplomatique des pharaons Amenhotep III et Amenhotep IV/Akh√©naton, et leur traduction fut achev√©e dans les premi√®res ann√©es du XXe si√®cle. En 1906, l'allemand H.Winckler avait fouill√© le site de Boghaz-K√∂y, l'antique Hattusha. Les tablettes diplomatiques qu'il y avit d√©couvertes √©taient √©crites dans une langue inconnue jusqu'alors : le hittite. Celle-ci est traduite en 1915 par Bartel Hrozny, et elle pr√©sente au monde la plus ancienne langue indo-europ√©enne connue.

Les ann√©es 1920-1930 voient la mise au point de meilleures m√©thodes de fouilles. Les site de Babylone, repris par Koldewey jusqu'√† sa mort en 1925, celle d'Uruk par Julius Jordan, et celles de la Vall√©e de la Diyala par l'√©quipe am√©ricaine de l'Oriental Institute de Chicago dirig√©e par Henri Frankfort, sont analys√©s avec plus de moyens, et fournissent des r√©sultats tr√®s concluants, permettant de mieux conna√ģtre la chronologie de l'histoire m√©sopotamienne. La d√©couverte la plus prestigieuse de l'√©poque est √† mettre √† l'actif de l'√©quipe britannique de Leonard Woolley, qui d√©couvre √† Ur un impressionnant tr√©sor royal datant de l'√©poque archa√ģque.

En dehors de la M√©sopotamie, de nombreux chantiers de fouilles sont ouverts. Ras Shamra (Ougarit) commence √† √™tre fouill√© par C. Sch√¶ffer et R.Dussaud, et Tell Hariri (Mari) est d√©couvert en 1933 et fouill√©e par Andr√© Parrot. Avec Suse, ce sont les sites arch√©ologiques les plus importants de l'assyriologie fran√ßaise. Chacun a fourni un important corpus de textes, qui n'est toujours pas traduit dans sa totalit√© √† ce jour, et qui ne cesse d'augmenter. √Ä Ougarit, les tablettes mises au jour pr√©sentent la plus ancienne forme d'alphabet attest√©e √† ce jour. L'exploration de sites en Syrie et en Anatolie, et surtout celles de Yorgan Tepe (Nuzi) permet aussi de d√©couvrir un nouveau peuple, les Hourrites, dont la langue commence √† √™tre traduite. En Arm√©nie, on d√©couvre le peuple de l'Urartu, parlant une langue apparent√©e √† l'hourrite, traduite en 1930 par Johannes Friedrich. Le Plateau iranien est aussi explor√© : on fouille le palais de Darius Ier √† Pers√©polis, et des sites plus anciens comme Tepe Giyan, Tepe Sialk ou Tepe Hissar.

Apr√®s 1945 : nouvelles d√©couvertes et am√©lioration des m√©thodes

La discipline continue de se doter de plus de moyens apr√®s 1945. Les sites les plus anciennement explor√©s sont √† nouveau fouill√©s, tandis qu'on se tourne vers des √©poques plus recul√©es, vers la protohistoire de l'Orient Ancien. J√©richo en Palestine et √áatal H√∂y√ľk en Turquie sont parmi les sites les plus fameux explor√©s √† cette p√©riode. L'assyriologie suit d'une mani√®re g√©n√©rale les progr√®s de l'arch√©ologie, qui se tourne vers l'√©tude environnementale, et la pluridisciplinarit√©. Mais les sites fouill√©s se consacrent surtout sur les monuments, et d√©laissent g√©n√©ralement les quartiers d'habitation, √† quelques exceptions pr√®s (Ur, Ougarit, Hacilar). Les r√©gions consid√©r√©es autrefois comme p√©riph√©riques prennent d√©sormais plus de poids, et on tend √† reconsid√©rer l'histoire de l'Orient Ancien d'une mani√®re moins ¬ę m√©sopotamo-centriste ¬Ľ. La d√©couverte du site d'Ebla en 1975 par l'√©quipe italienne de Paolo Matthiae, et la traduction des tablettes qui y ont √©t√© exhum√©es ont permis de d√©couvrir l'importance du d√©veloppement de la Syrie aux d√©buts de l'√Ęge du bronze, ce que l'on ne soup√ßonnait pas auparavant. Les fouilles r√©centes dans la vall√©e du Khabur vont dans le m√™me sens, tout comme la d√©couverte toute fra√ģche du site de Jiroft en Iran (en 2001). L'extension des fouilles de sites antiques sur un espace qui s'√©tend depuis l'√Čgypte jusqu'√† l'Asie centrale a permis de mettre en avant l'importance des liens entre les diff√©rentes cultures qui s'y trouvaient, et les relations commerciales entre elles, qui apparaissent d√®s les √©poques les plus recul√©es. Mais on d√©passe l√† le cadre de l'assyriologie.

L'extension du champ des √©tudes assyriologiques apr√®s 1945 a oblig√© les chercheurs √† se sp√©cialiser dans un domaine sp√©cifique, g√©ographique (Assyrie, Babylonie, √Člam, etc.), temporel (N√©olithique, p√©riode archa√Įque, ancienne, moyenne ou r√©cente) et/ou dans un domaine pr√©cis (histoire religieuse, √©conomique, diplomatique, etc.). De ce fait, l'assyriologie a √©clat√© en plusieurs parties. √Ä la suite de Samuel Noah Kramer, qui dans son ouvrage majeur, L'Histoire commence √† Sumer, se disait ¬ę sum√©rologue ¬Ľ, d'autres chercheurs ont suivi ses traces et se sont fait appeler ¬ę hittitologues ¬Ľ, ¬ę √©lamologues ¬Ľ, etc. Il n'emp√™che que malgr√© tous les champs divers qu'elle propose, l'√©tude de l'Orient Ancien se fait toujours selon un ensemble de m√©thodes relativement proches, qui font que cette discipline garde une certaine coh√©sion.

La situation politique du Moyen-Orient depuis 1945 a beaucoup limit√© les possibilit√©s de fouilles dans certaines r√©gions : la guerre civile au Liban, la r√©volution iranienne, la guerre Iran-Iraq, et la situation actuelle de l'Iraq. Certains √Čtats √©prouvent aussi de grandes difficult√©s mal √† lutter face aux fouilles clandestines, qui sont apparues d√®s les d√©buts de l'assyriologie, la vente d'un objet d'art ou d'une tablette antique √©tant toujours une promesse de quelque gains en p√©riode difficile.

L'assyriologie aujourd'hui

La discipline assyriologique a réussi après plus d'un siècle et demi d'existence à restituer à l'Histoire humaine une période importante de son passé, et à en retracer les grandes lignes. Elle a redécouvert une période qui a vu l'élaboration de la civilisation, l'émergence des villes, de l'écriture, de nouvelles techniques, l'apparition de constructions politiques importantes, l'élaboration de courants de pensée qui ont influencé une grande partie du monde actuel (les études bibliques étant notamment intimement liées à celles de l'Orient Ancien).

Pour autant, il reste encore un grand nombre de points qui sont √† √©clairer. Du fait de l'am√©lioration de la connaissance de cette ancienne civilisation, les dossiers √©tudi√©s par le pass√©s doivent √™tre analys√©s √† nouveau √† la lumi√®re des nouvelles d√©couvertes. Cette progression ne cessant pas, il y a tout lieu de penser qu'un certain nombre des certitudes que nous avons actuellement sur divers aspects de l'histoire de l'Orient Ancien seront invalid√©s dans les prochaines ann√©es. √Ä c√īt√© de cela, il reste encore un grand nombre de tablettes qui n'ont pas encore √©t√© traduites et analys√©es : une grande partie des archives de Mari, dont la traduction a pourtant d√©but√© avant 1939, n'a toujours pas √©t√© √©tudi√©e ; des 10000 tablettes m√©dio-babyloniennes exhum√©es √† Nippur, seule une infime partie a √©t√© publi√©e. Et ce ne sont que des exemples parmi d'autres. Avec la d√©couverte probable de nouveaux lots de tablettes (tels ceux mis au jour r√©cemment √† Qatna), le corpus de textes disponibles a de grandes chances de grossir encore dans les ann√©es √† venir. C'est s√Ľrement l√† que r√©side la diff√©rence entre l'assyriologie et la plupart des autres disciplines de l'histoire antique, o√Ļ le corpus de textes est quasiment bloqu√© (comme c'est le cas pour l'Antiquit√© classique).

Cadres spatial et temporel

La d√©finition du cadre d'une discipline historique est un pr√©alable indispensable. Le temps o√Ļ l'horizon des √©tudes assyriologiques √©tait limit√© √† l'Assyrie des IXe-VIIe si√®cles (d'o√Ļ la discpline tire son nom) est r√©volu depuis bien longtemps, et d√©sormais son champ d'√©tude s'√©tend sur plusieurs mill√©naires, et couvre tout le Proche-Orient.

L'espace

La M√©sopotamie a longtemps √©t√© le lieu privil√©gi√© des √©tudes assyriologiques. C'est dans cette r√©gion, avec la Perse, que la discipline a fait ses premi√®res armes. On a par la suite d√©couvert d'autres civilisations en dehors de cet espace : √Člam, Hittites, Hourrites, Urartu, d'autres en Syrie (Ugarit, Alalakh) et en Palestine. La M√©sopotamie est consid√©r√©e comme le centre de cet ensemble de civilisations qui seraient alors ramen√©es au simple rang de "p√©riph√©ries". S'il est √©vident que la M√©sopotamie, avant tout dans sa partie sud, a jou√© un r√īle d√©terminant dans l'√©mergence des civilisations proche-orientales, ne serait-ce avec l'invention de la forme d'√©criture qui est reprise dans les r√©gions voisines, avec souvent des √©l√©ments de sa culture, il n'emp√™che qu'une s√©rie de d√©couvertes de grands sites hors de M√©sopotamie (Ebla, Mari, Hattusha) poussent aujourd'hui les sp√©cialistes √† pr√©senter un vision moins "m√©sopotamo-centriste" des choses. Preuve en est le fait que le terme "Proche-Orient ancien" (auquel on inclut parfois m√™me l'√Čgypte antique) a supplant√© l'emploi autrefois plus courant de "M√©sopotamie".

L'espace √©tudi√© par les assyriologues et les autres historiens du Proche-Orient ancien (sum√©rologues, hittitologues, etc., travaillant de toute mani√®re avec les m√™mes m√©thodes) a les limites suivantes :

  • √† l'ouest, la Mer M√©diterran√©e au Levant (avec parfois m√™me Chypre), et une partie de l'Anatolie (au moins le monde hittite au IIe mill√©naire)
  • √† l'est, le Plateau iranien, dont la seule civilisation historique est l'√Člam avant l'√©mergence de l'Empire perse au milieu du Ier mill√©naire
  • au nord, la limite peut aller jusqu'√† l'Arm√©nie actuelle dans la premi√®re moiti√© du Ier mill√©naire, avec le royaume urart√©en
  • au sud, la limite est le Golfe Persique √† l'est (avec √† certaines p√©riodes l'inclusion de certaines √ģles de cette mer, notamment Bahre√Įn/Dilmun), le d√©sert d'Arabie plus √† l'ouest

Bien qu'on rattache parfois l'√Čgypte dans un large Proche-Orient ancien, l'√©tude de ce pays √† cette p√©riode est tr√®s diff√©rente de celle du groupe des civilisations √©tudi√©es par l'assyriologie, et, si les liens entre ces deux ensembles peuvent √™tre forts √† certaines p√©riodes, l'√©gyptologie et l'assyriologie restent des disciplines bien distinctes. Les seuls documents provenant d'√Čgypte concernant v√©ritablement l'assyriologie sont les Lettres d'Amarna.

Chronologie et périodisation

Le d√©but de la p√©riode √©tudi√©e par l'assyriologie sont simples : il s'agit du d√©but de la production de documents √©crits, donc l'apparition de l'√©criture, vers 3400-3300. Ceci reste th√©orique, puisque les √©tudes de cette p√©riode font beaucoup appel √† l'arch√©ologie, et peuvent remonter plus haut dans le temps. Une histoire √©v√®nementielle ne peut d√©buter que dans la seconde moiti√© du IIIe mill√©naire en l'absence de documents ant√©rieurs nous renseignant sur ce domaine.

La limite finale du domaine assyriologique est la fin de la production de documents cunéiformes, donc le début du Ier millénaire de notre ère, en Babylonie, conservatoire de l'antique culture mésopotamienne. Le reste du Proche-Orient ne concerne plus l'assyriologie depuis la chute de l'Empire babylonien en 539, même si les travaux sur les sources mésopotamiennes postérieures à cet évènement peuvent intéresser les spécialistes des empires achéménide, séleucide et parthe.

La chronologie de l'Orient ancien reste un sujet tr√®s d√©battu. Si ceux li√©s √† la chronologie relative ont une port√©e restreinte, li√©e √† une seule p√©riode, ceux touchant la chronologie absolue sont susceptible de remettre en question la datation de nombreux √©v√®nements. On est s√Ľrs de la datation des √©v√®nements √† partir de ph√©nom√®nes astronomiques datant du VIIIe si√®cle av. J.‚ÄĎC. Au-del√†, c'est tout le IIe mill√©naire qui pose probl√®me. Il est admis que la chronologie employ√©e couramment, dite "chronologie moyenne", est fausse. Mais elle est conserv√©e par convention, d'ici √† ce que les sp√©cialistes se mettent d'accord sur une chronologie, ce qui est peu √©vident √† l"heure actuelle. Des travaux entrepris par une √©quipe belge ont abouti √† une "chronologie basse", ramenant la chute de la Premi√®re dynastie de Babylone √† 1499, contre la date g√©n√©ralement admise de 1595. Le XVIe si√®cle de la "chronologie moyenne", tr√®s peu document√© par les sources, est au centre du probl√®me. Les tenants de la "chronologie basse" proposent sa "suppression", ce qui rabaisserait les dates ant√©rieures √† la prise de Babylone par les Hittites d'un si√®cle. Il y a √† c√īt√© de cela des probl√®mes de datation autour de la seconde moiti√© du IIe mill√©naire. Le cas est particuli√®rement criant pour l'Empire hittite : les sp√©cialistes ayant tellement de difficult√© √† se mettre d'accord sur les dates de la chronologie absolue que certains pr√©f√®rent s'abstenir d'en mettre dans leurs publications.

La p√©riodisation de l'histoire du Proche-Orient ancien varie en fonction des lieux, et des p√©riodes. Certaines concernent une grande partie du Proche-Orient : P√©riode d'Uruk, Empires n√©o-assyrien, n√©o-babylonien. On a pris l'habitude d'appliquer la chronologie de la M√©sopotamie au reste du Proche-Orient au IIe mill√©naire, notamment avec la p√©riode pal√©o-babylonienne (2004-1595), terminologie impropre, puisque Babylone ne devient une grande puissance politique que vers le milieu de cette p√©riode, mais rest√©e par convention. En fait, on a de plus en plus tendance √† diviser l'histoire des r√©gions du Proche-Orient ancien selon leur propre chronologie, qui peut rejoindre celle des autres r√©gions. Par exemple :

  • M√©sopotamie : P√©riode d'Uruk (4100-2900), Dynasties archa√Įques (2900-2340), Empire d'Akkad (2340-2195), P√©riode n√©o-sum√©rienne (Ur III) (2195-2004), P√©riode pal√©o-babylonienne (2004-1595), P√©riode m√©dio-babylonienne (1595-1000), avec en parall√®le une p√©riode m√©dio-assyrienne (1350-911), P√©riode n√©o-assyrienne (911-609), P√©riode n√©o-babylonienne (624-539), P√©riode ach√©m√©nide (539-331), P√©riode hell√©nistique (S√©leucides) (331-140), P√©riode parthe (140 av. J.-C. - 224 ap. J.-C.)
  • Syrie : P√©riode proto-syrienne (3100-2000), P√©riode pal√©o-syrienne (pal√©o-babylonienne) (2000-1600), P√©riode m√©dio-syrienne (1600-XIIe si√®cle), P√©riode n√©o-syrienne (XIIe si√®cle-VIIIe si√®cle)
  • √Člam : P√©riode proto-√©lamite (3100-2600), P√©riode pal√©o-√©lamite (2500-1600), P√©riode m√©dio-√©lamite (1500-1100), P√©riode n√©o-√©lamite (1000-539)
  • Royaume hittite : Ancien royaume (1650-1465), Moyen royaume (1465-1380), Empire (1380-c. 1180), P√©riode n√©o-hittite (1180-720) (T. Bryce refuse cette p√©riodisation, et inclut les p√©riodes moyennes et imp√©riales en un seul ensemble)

Les sources

Liens externes

Bibliographie

  • P. Garelli, L'Assyriologie, PUF, coll. ¬ę Que sais-je ? ¬Ľ, 1990 ;
  • J. Bott√©ro et M.-J. St√®ve, Il √©tait une fois la M√©sopotamie, Gallimard, coll. ¬ę D√©couvertes ¬Ľ, 1993 (ISBN 2070532542) ;
  • (en) M. Van De Mieroop, Cuneiform Texts and the Writing of History, Routledge, 1999 (ISBN 0415195330) ;
  • (en) R. Matthews, The archaeology of Mesopotamia : Theories and approaches, Routledge, 2003 ;
  • (de) D.Charpin, D. O. Edzard, M. Stol, Mesopotamien : die altbabylonische Zeit, Academic Press Fribourg ou Vandenhoeck & Ruprecht, OBO 160-4, 2004.

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Assyriologie de Wikipédia en français (auteurs)

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