RĂ©volution de Juillet

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RĂ©volution de Juillet

Trois Glorieuses

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La RĂ©volution de Juillet
EugÚne Delacroix - La liberté guidant le peuple.jpg
La LibertĂ© guidant le peuple – Tableau de Delacroix (1830).
Informations générales
Date 27, 28, 29 juillet 1830
Lieu Paris
Casus belli Ordonnances de Saint-Cloud
Issue Victoire des libéraux
Abdication de Charles X
Belligérants
Armée royale Insurgés libéraux:
Commandants
Auguste de Marmont
Forces en présence
10 000 soldats 10 000 insurgés
Pertes
200 morts 800 morts

La RĂ©volution de Juillet, rĂ©volution française Ă  la faveur de laquelle un nouveau rĂ©gime, la monarchie de Juillet, succĂšde Ă  la Seconde Restauration, se dĂ©roule sur trois journĂ©es, les 27, 28 et 29 juillet 1830, dites les « Trois Glorieuses Â».

AprĂšs une longue pĂ©riode d’agitation ministĂ©rielle puis parlementaire, le roi Charles X tente un coup de force constitutionnel par ses ordonnances de Saint-Cloud du 25 juillet 1830. En rĂ©action, un mouvement de foule se transforme rapidement en rĂ©volution rĂ©publicaine. Le peuple parisien se soulĂšve, dresse des barricades dans les rues et affronte les forces armĂ©es commandĂ©es par le marĂ©chal Marmont au cours de combats qui font quelque 200 tuĂ©s chez les soldats et prĂšs de 800 chez les insurgĂ©s[1].

Charles X et la famille royale fuient Paris. Les dĂ©putĂ©s libĂ©raux, majoritairement monarchistes, prennent en main la rĂ©volution populaire et, au terme de l’« hĂ©sitation de 1830 Â», conservent une monarchie constitutionnelle au prix d’un changement de dynastie.

La maison d’OrlĂ©ans, branche cadette de la maison de Bourbon, succĂšde Ă  la branche aĂźnĂ©e ; Louis-Philippe Ier est proclamĂ© « roi des Français Â» et non plus « roi de France Â».

Sommaire

Les causes de la RĂ©volution de 1830

Histoire de France
RĂ©volution de Juillet 1830
Restauration
Adresse des 221
Dissolution de mai 1830
Ordonnances de Saint-Cloud
Trois Glorieuses
Lieutenance générale de Louis-Philippe d'Orléans
Monarchie de Juillet

Lors des Ă©lections de 1827, les libĂ©raux deviennent majoritaires Ă  l’assemblĂ©e, et Charles X consent[2] Ă  nommer un premier ministre Ă  mi-chemin entre ses opinions ultra et l’orientation de la nouvelle chambre. Il appelle le vicomte de Martignac Ă  former un ministĂšre semi-libĂ©ral, semi-autoritaire. Mais, continuant sur sa lancĂ©e, l’opposition libĂ©rale grandit et s’affirme.

Le raidissement de Charles X : la constitution du ministĂšre Polignac

Constatant l’échec de cette tentative de compromis, Charles X prĂ©pare, en sous-main, un revirement de politique : pendant l’étĂ© 1829, alors que les Chambres sont en vacances, il renvoie subitement le vicomte de Martignac et le remplace par le prince de Polignac. PubliĂ©e dans Le Moniteur le 8 aoĂ»t, la nouvelle fait l’effet d’une bombe. Le nouveau ministre des Affaires Ă©trangĂšres, qui apparaĂźt rapidement comme le chef du ministĂšre, Ă©voque les pires souvenirs de la cour de Versailles – il est le fils de l’amie intime de Marie-Antoinette, la trĂšs impopulaire duchesse de Polignac – et de l’émigration, durant laquelle il a Ă©tĂ© le compagnon de Charles X en Angleterre. À ses cĂŽtĂ©s, le comte de La Bourdonnaye, ministre de l’IntĂ©rieur, est un ultra parmi les plus enragĂ©s, qui s’est signalĂ© en 1815 en rĂ©clamant « des supplices, des fers, des bourreaux, la mort, la mort Â» pour les complices de NapolĂ©on Ier, tandis que le ministre de la Guerre, le gĂ©nĂ©ral de Bourmont, est un ancien chouan ralliĂ© Ă  l'Empereur avant de le trahir quelques jours avant la bataille de Waterloo.

L’opposition pousse des clameurs indignĂ©es : « Coblentz, Waterloo, 1815 : voilĂ  les trois principes, voilĂ  les trois personnages du ministĂšre. Tournez-le de quelque cĂŽtĂ© que vous voudrez, de tous les cĂŽtĂ©s il effraie, de tous les cĂŽtĂ©s il irrite. Pressez, tordez ce ministĂšre, il ne dĂ©goutte qu’humiliations, malheurs et chagrins. Â»[3] Bertin aĂźnĂ©, directeur du Journal des dĂ©bats, publie un article cĂ©lĂšbre qui se termine par la formule : « Malheureuse France ! Malheureux roi ! Â», oĂč il stigmatise « la cour avec ses vieilles rancunes, l’émigration avec ses prĂ©jugĂ©s, le sacerdoce avec sa haine de la libertĂ© Â»[4].

Le prince Jules de Polignac

Il y a, dans cette vĂ©hĂ©mence, une part de mise en scĂšne. Polignac, prĂ©sentĂ© comme un bigot fanatique [5] obsĂ©dĂ© par le droit divin des rois, est en rĂ©alitĂ© favorable Ă  une monarchie constitutionnelle, mais considĂšre que celle-ci n’est pas compatible avec une libertĂ© de la presse sans limite ni mesure. Plusieurs ministres importants – Courvoisier Ă  la Justice, Montbel Ă  l’Instruction publique, Chabrol de Crouzol aux Finances, le baron d’Haussez Ă  la Marine – sont plutĂŽt libĂ©raux[6]. Lorsque La Bourdonnaye dĂ©missionne le 18 novembre quand Polignac accĂšde Ă  la prĂ©sidence du Conseil, il est remplacĂ© par le baron de Montbel, lui-mĂȘme remplacĂ© Ă  l'Instruction publique par un magistrat libĂ©ral, le comte de Guernon-Ranville.

Rien ne permet d’affirmer que, comme l’a prĂ©tendu l’opposition, Charles X et Polignac aient voulu rĂ©tablir la monarchie absolue d’avant 1789. En rĂ©alitĂ©, ce sont deux conceptions de la monarchie constitutionnelle, c’est-Ă -dire deux interprĂ©tations de la Charte de 1814, qui s’affrontent en 1829-1830. D’un cĂŽtĂ© le roi veut s’en tenir Ă  une lecture stricte : pour lui, le monarque peut nommer les ministres de son choix et n’a Ă  les renvoyer que dans les deux cas prĂ©vus par la Charte (trahison ou concussion). De l’autre cĂŽtĂ©, les libĂ©raux voudraient faire Ă©voluer le rĂ©gime Ă  l’anglaise, vers un parlementarisme que la Charte n’a pas explicitement prĂ©vu : ils estiment que le ministĂšre doit avoir la confiance de la majoritĂ© de la Chambre des dĂ©putĂ©s. Ce dĂ©bat ne sera d’ailleurs pas tranchĂ© par la monarchie de Juillet.

Le point de dĂ©part de l’escalade : l’Adresse des 221

Au dĂ©but de 1830, le climat en France est Ă©lectrique. L’opposition est chauffĂ©e Ă  blanc par les maladresses du ministĂšre. L’hiver 1829-1830 a Ă©tĂ© particuliĂšrement rigoureux, les autres saisons plutĂŽt pluvieuses[7]. 1830, comme 1827 et 1828 avant elle, est une annĂ©e de mĂ©diocres rĂ©coltes impliquant des prix Ă©levĂ©s pour les subsistances et un report du pouvoir d'achat sur le pain. L'Ă©conomie est morose. Des bandes de misĂ©reux errent dans les campagnes. Des incendies d’origine inconnue, dont libĂ©raux et ultras se rejettent mutuellement la responsabilitĂ©, plongent la Normandie dans la peur.

Adolphe Thiers, Armand Carrel, François-Auguste Mignet et Auguste Sautelet fondent un nouveau quotidien d’opposition, Le National, dont le premier numĂ©ro paraĂźt le 3 janvier 1830. Le journal milite pour une monarchie parlementaire, et Ă©voque ouvertement la « Glorieuse RĂ©volution Â» anglaise de 1688, Ă  l’issue de laquelle le roi Jacques II, incapable de comprendre les aspirations de son peuple, a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© et remplacĂ© par sa fille, Marie et l’époux de celle-ci, Guillaume d’Orange. D’autres journaux comme Le Globe et Le Temps relaient ces attaques, de plus en plus ouvertes, contre le roi et le gouvernement, tandis que Le Constitutionnel et le Journal des dĂ©bats dĂ©fendent eux aussi, mais avec plus de mesure, les idĂ©es libĂ©rales.

Le 2 mars 1830, lors de l’ouverture de la session parlementaire, Charles X prononce un discours du trĂŽne dans lequel il annonce l’expĂ©dition militaire d’Alger et menace implicitement l’opposition de gouverner par ordonnances en cas de blocage des institutions[8]. Commençant Ă  dĂ©libĂ©rer, la Chambre Ă©tablit la liste des cinq noms qu’elle propose au roi pour la prĂ©sidence : Royer-Collard, qui est nommĂ©, suivi de Casimir Perier, Delalot, Agier et SĂ©bastiani[9]. Les dĂ©putĂ©s abordent ensuite la discussion du projet d’adresse Ă©laborĂ© par la commission nommĂ©e Ă  cet effet, et qui est examinĂ© les 15 et 16 mars.

Article dĂ©taillĂ© : Adresse des 221.

Le projet est une vĂ©ritable motion de dĂ©fiance Ă  l’encontre du ministĂšre :

« Sire, la Charte que nous devons Ă  la sagesse de votre auguste prĂ©dĂ©cesseur, et dont Votre MajestĂ© a la ferme volontĂ© de consolider le bienfait, consacre comme un droit l’intervention du pays dans la dĂ©libĂ©ration des intĂ©rĂȘts publics. Cette intervention devait ĂȘtre, elle est, indirecte [...], mais elle est positive dans son rĂ©sultat, car elle fait du concours permanent des vues politiques de votre gouvernement avec les vƓux de votre peuple la condition indispensable de la marche rĂ©guliĂšre des affaires politiques. Sire, notre loyautĂ©, notre dĂ©vouement nous condamnent Ă  vous dire que ce concours n’existe pas. Â»

221 dĂ©putĂ©s libĂ©raux votent l’Adresse le 16 mars. Le 18 mars, Ă  la dĂ©lĂ©gation de la Chambre venue au palais des Tuileries lui en donner lecture, Charles X rĂ©pond avec hauteur que « [ses] rĂ©solutions sont immuables Â». Le lendemain, une ordonnance ajourne la session au 1er septembre, ce qui met le Parlement en vacances pour six mois[10]. À ce moment, le roi est dĂ©terminĂ© Ă  aller jusqu’au bout : « J’aime mieux monter Ă  cheval qu’en charrette Â», dit-il[11].

Une situation de plus en plus explosive

La dĂ©cision de Charles X suscite une vĂ©ritable Ă©bullition. Des rumeurs folles circulent. On accuse le roi et ses ministres de prĂ©parer un coup de force constitutionnel. D’autres affirment que Polignac, ancien ambassadeur Ă  Londres et ami du Premier ministre britannique, le duc de Wellington, envisage, en cas de troubles en France, de solliciter, avec l’appui de l’Angleterre, celui des puissances Ă©trangĂšres dans le cas oĂč le roi serait conduit Ă  suspendre ou Ă  modifier certaines dispositions de la Charte.

En avril 1830, le comte de Montlosier publie un opuscule intitulĂ© Le MinistĂšre et la Chambre des dĂ©putĂ©s, dans lequel il soutient que, si les droits du roi sont incontestables s’agissant du choix des ministres : « jusqu’ici seulement, ces droits s’étaient exercĂ©s Ă  l’égard des chambres dans une mesure de conciliation et de bontĂ© Â» et avec des « procĂ©dĂ©s d’égard et de mĂ©nagement, consacrĂ©s dans toute espĂšce de gouvernement constitutionnel Â», de sorte que « si le roi a le droit de choisir ses ministres, ce n’est pas contester la lĂ©galitĂ© que de contester la convenance Â»[12]. Il suggĂšre que le « parti prĂȘtre Â» pourrait pousser le roi Ă  lĂ©gifĂ©rer par ordonnances sur le fondement de l’article 14 de la Charte pour imposer des « Ă©lections jĂ©suitiques Â» au nom de la sĂ»retĂ© de l’État, et invoque, en pareille hypothĂšse, un devoir de dĂ©sobĂ©issance qui n’est pas sans rappeler le droit Ă  l’insurrection consacrĂ© par le prĂ©ambule de la Constitution montagnarde de 1793 : « Si par quelque artifice on venait Ă  tromper en ce point la religion et la volontĂ© [du roi], on n’obĂ©irait pas. La dĂ©sobĂ©issance dans ce cas sauverait l’État et la royautĂ©. Â»[13]

Le duc d’OrlĂ©ans

Au Palais-Royal, Vatout, bibliothĂ©caire et familier du duc d’OrlĂ©ans, conseille Ă  son maĂźtre d’exploiter la situation Ă  son profit. Nombre des familiers du Palais-Royal – le gĂ©nĂ©ral GĂ©rard, Thiers, Talleyrand... – sont dĂ©jĂ  persuadĂ©s que les Bourbons de la branche aĂźnĂ©e sont perdus. Mais Louis-Philippe tergiverse. En mai, il reçoit Ă  Paris son beau-frĂšre et sa belle-sƓur le roi François des Deux-Siciles et la reine Marie-Isabelle. C’est en l’honneur des souverains napolitains que, le 31 mai, une fĂȘte somptueuse est donnĂ©e au Palais-Royal oĂč, fait exceptionnel, Charles X fait une apparition. Alors que le roi est dĂ©jĂ  reparti, le peuple envahit les jardins, qu’on a laissĂ©s ouverts. Le duc d’OrlĂ©ans paraĂźt Ă  plusieurs reprises au balcon et se fait acclamer par une foule d’oĂč ne tardent pas Ă  monter des cris hostiles au roi et Ă  Polignac. La manifestation dĂ©gĂ©nĂšre, on met le feu aux chaises du jardin, un dĂ©but d’émeute dont la cour rend Louis-Philippe responsable. Le jeune comte de Salvandy, assistant Ă  cette fĂȘte oĂč « les cris de rĂ©volte se marient Ă  la musique des contredanses et des valses Â», selon la formule du comte Apponyi[14], adresse au maĂźtre de maison le mot fameux, aussitĂŽt rĂ©pĂ©tĂ© dans tout Paris : « VoilĂ , Monseigneur, une fĂȘte toute napolitaine : nous dansons sur un volcan ! Â»[15]

Article dĂ©taillĂ© : Dissolution de mai 1830.

Le 16 mai 1830, alors qu’un corps expĂ©ditionnaire français est prĂȘt Ă  partir Ă  la conquĂȘte d’Alger, Charles X dissout la Chambre des dĂ©putĂ©s et convoque les collĂšges d’arrondissement le 23 juin et ceux de dĂ©partement le 3 juillet. Dans l’immĂ©diat, la dĂ©cision du roi provoque l’éclatement du ministĂšre : Courvoisier et Chabrol de Crouzol, qui y sont hostiles, dĂ©missionnent, tandis que Chantelauze est nommĂ© Ă  la Justice et que Montbel, passĂ© aux Finances, est remplacĂ© Ă  l'IntĂ©rieur par un ultra notoire, le comte de Peyronnet. Un prĂ©fet spĂ©cialiste des Ă©lections, le baron Capelle, entre dans le cabinet, officiellement Ă  la tĂȘte d’un ministĂšre des Travaux publics qui fait ainsi son apparition dans l’organigramme gouvernemental.

Le 13 juin, Charles X publie au Moniteur un appel aux Français dans lequel il accuse les dĂ©putĂ©s de la Chambre dissoute « d’avoir mĂ©connu ses intentions Â» et demande aux Ă©lecteurs « de ne pas se laisser Ă©garer par le langage insidieux des ennemis de leur repos Â», de « repousser d’indignes soupçons et de fausses craintes qui Ă©branleraient la confiance publique et pourraient exciter de graves dĂ©sordres Â» ; il conclut : « C’est votre roi qui vous le demande. C’est un pĂšre qui vous appelle. Remplissez vos devoirs, je saurai remplir les miens. Â» La manƓuvre est risquĂ©e, car, ce faisant, le roi s’est exposĂ© lui-mĂȘme, prenant le risque du dĂ©saveu.

Les Ă©lections sont une dĂ©route pour le roi : l’opposition passe de 221 Ă  270 dĂ©putĂ©s, les ministĂ©riels ne sont plus que 145 contre 181, et 13 dĂ©putĂ©s sont revendiquĂ©s par les deux camps.

Le dĂ©tonateur : les ordonnances du 25 juillet 1830

Lors du conseil des ministres du 6 juillet, Polignac constate que le gouvernement par ordonnances, sur la base de l’article 14 de la Charte, envisagĂ© de longue date, est dĂ©sormais le seul recours. MalgrĂ© les rĂ©serves de Guernon-Ranville, Charles X tranche en ce sens dĂšs le lendemain. Les principales mesures sont d’ores et dĂ©jĂ  arrĂȘtĂ©es : nouvelle dissolution de la Chambre des dĂ©putĂ©s, modification de la loi Ă©lectorale, organisation de nouvelles Ă©lections, suspension de la libertĂ© de la presse. Pour Charles X, la gauche, en harcelant le ministĂšre, veut renverser la monarchie : il ne saurait donc ĂȘtre question pour lui de renvoyer le cabinet et le gouvernement par ordonnances est le seul moyen de maintenir la Charte[16].

Article dĂ©taillĂ© : Ordonnances de Saint-Cloud.

Le lendemain, 9 juillet, arrive Ă  Paris la nouvelle de la prise d’Alger. Cette gloire militaire qui vient aurĂ©oler un rĂ©gime Ă  bout de souffle conforte le roi[17] dans ses intentions. Mais elle lui aliĂšne l’Angleterre, d’autant que Charles X fait rĂ©pondre avec hauteur aux demandes d’éclaircissements adressĂ©es par le cabinet britannique, et ce soutien lui manque lors des journĂ©es de Juillet.

À partir du 10 juillet, le roi et les ministres prĂ©parent les ordonnances dans le plus grand secret. MĂȘme le prĂ©fet de police et les autoritĂ©s militaires ne sont pas mis dans la confidence, de sorte que rien n’est prĂ©parĂ© pour maintenir l’ordre dans la capitale[18].

L’opposition libĂ©rale, qui se doute qu’un coup de force se prĂ©pare, redoute une insurrection populaire qu’elle n’est pas certaine de pouvoir maĂźtriser. La grande majoritĂ© des dĂ©putĂ©s libĂ©raux, issus de l’aristocratie ou de la bourgeoisie aisĂ©e, ne sont nullement dĂ©mocrates. Le 10 juillet, une quarantaine de dĂ©putĂ©s et de pairs, rĂ©unis chez le duc de Broglie, dĂ©cident qu’en cas de coup de force, ils refuseraient le vote du budget. ParallĂšlement, des discussions sont engagĂ©es avec l’entourage de Charles X par l’intermĂ©diaire d’un de ses familiers, Ferdinand de Bertier de Sauvigny. Les dĂ©putĂ©s proches du Palais-Royal pourraient accepter le maintien de Polignac, des modifications de la loi Ă©lectorale et du rĂ©gime de la presse, moyennant l’entrĂ©e dans le cabinet de trois ministres libĂ©raux dont Casimir Perier et le gĂ©nĂ©ral SĂ©bastiani. Mais ces discussions tournent court : Polignac prĂ©fĂšre jouer le tout pour le tout et tenter l’épreuve de force.

Le duc d’OrlĂ©ans, de son cĂŽtĂ©, passe l’étĂ© dans son chĂąteau de Neuilly, oĂč il s’est installĂ© avec sa famille le 9 juillet. Il fait l’indiffĂ©rent et attend son heure. Le marquis de SĂ©monville, grand rĂ©fĂ©rendaire de la Chambre des Pairs, type mĂȘme du personnage douteux[19], vient lui rendre visite le 21 juillet et lui fait des ouvertures prĂ©cises :

– La couronne ? Jamais, SĂ©monville, Ă  moins qu’elle ne m’arrive de droit !
– Ce sera de droit, Monseigneur, elle sera par terre, la France la ramassera et vous forcera à la porter[20].

Le 25 juillet Ă  onze heures du soir, le garde des sceaux, Chantelauze, remet les ordonnances[21] au rĂ©dacteur en chef du Moniteur pour qu’elles soient imprimĂ©es dans la nuit et publiĂ©es au matin du lundi 26 :

  • la premiĂšre ordonnance suspend la libertĂ© de la presse et soumet toutes les publications pĂ©riodiques Ă  une autorisation du gouvernement ;
  • la deuxiĂšme dissout la Chambre des dĂ©putĂ©s alors que celle-ci vient d’ĂȘtre Ă©lue et ne s’est encore jamais rĂ©unie ;
  • la troisiĂšme Ă©carte la patente pour le calcul du cens Ă©lectoral, de maniĂšre Ă  Ă©carter une partie de la bourgeoisie commerçante ou industrielle, d’opinions plus libĂ©rales, rĂ©duit le nombre des dĂ©putĂ©s de 428 Ă  258 et rĂ©tablit un systĂšme d’élections Ă  deux degrĂ©s dans lequel le choix final des dĂ©putĂ©s procĂšde du collĂšge Ă©lectoral de dĂ©partement, qui rassemble seulement le quart des Ă©lecteurs les plus imposĂ©s de la circonscription ;
  • la quatriĂšme convoque les collĂšges Ă©lectoraux pour septembre ;
  • les cinquiĂšme et sixiĂšme procĂšdent Ă  des nominations de conseillers d’État au profit d’ultras notoires.

Les journées de Juillet

26 juillet : la fermentation de la rĂ©volte

Le lundi 26 juillet, magnifique journĂ©e d’étĂ©, il fait une chaleur accablante. La publication des ordonnances plonge le pays dans un vĂ©ritable Ă©tat de stupeur. L’on s’attendait Ă  un coup de force, mais on n’imaginait pas que le roi agirait avant la rĂ©union des Chambres prĂ©vue pour le 3 aoĂ»t. L’effet de surprise est donc total, alors que la plupart des opposants ne sont pas encore rentrĂ©s Ă  Paris.

DĂšs le dĂ©but de l’aprĂšs-midi, les propriĂ©taires du Constitutionnel organisent une rĂ©union chez leur avocat, AndrĂ© Dupin, par ailleurs dĂ©putĂ© libĂ©ral et avocat du duc d’OrlĂ©ans. Y assistent quelques journalistes, dont Charles de RĂ©musat et Pierre Leroux du Globe, et des avocats comme Odilon Barrot et Joseph MĂ©rilhou. Dupin explique que les ordonnances sont contraires Ă  la Charte, donc illĂ©gales, mais, sur la suggestion de RĂ©musat de rĂ©diger une protestation, il objecte que la rĂ©union se tient dans son cabinet d’avocat et ne saurait donc prendre un tour politique. RĂ©musat et Leroux se rendent alors dans les bureaux du National oĂč des journalistes sont rĂ©unis autour de Thiers, Mignet et Carrel. Le journal publie une Ă©dition spĂ©ciale appelant Ă  la rĂ©sistance par la grĂšve de l’impĂŽt. Thiers et RĂ©musat proposent d’élever une protestation solennelle qui est rĂ©digĂ©e sur-le-champ, signĂ©e par 44 journalistes et publiĂ©e le lendemain dans les journaux Le National, Le Globe et Le Temps :

« Le rĂ©gime lĂ©gal est [...] interrompu, celui de la force est commencĂ©. Dans la situation oĂč nous sommes placĂ©s, l’obĂ©issance cesse d’ĂȘtre un devoir. [...] Aujourd’hui donc, des ministres criminels ont violĂ© la lĂ©galitĂ©. Nous sommes dispensĂ©s d’obĂ©ir. Nous essaierons de publier nos feuilles sans demander l’autorisation qui nous est imposĂ©e. Â»

Au mĂȘme moment, les dĂ©putĂ©s libĂ©raux prĂ©sents Ă  Paris cherchent Ă  s’organiser, mais de maniĂšre encore timide car ils redoutent la rĂ©action du gouvernement. Alexandre de Laborde et Louis BĂ©rard sont les plus allants. Une premiĂšre rĂ©union a lieu chez Casimir Perier dans l’aprĂšs-midi du 26, oĂč se retrouvent BĂ©rard, Bertin de Vaux, Laborde, Saint-Aignan, SĂ©bastiani et Taillepied de Bondy. BĂ©rard propose une protestation collective, mais ses collĂšgues refusent de s’engager. Déçu, il se rend, accompagnĂ© par Laborde, dans les bureaux du National oĂč il se joint Ă  la protestation de Thiers.

Dans la soirĂ©e, une quinzaine de dĂ©putĂ©s se rĂ©unissent chez Laborde, parmi lesquels Bavoux, BĂ©rard, Lefebvre, Mauguin, Perier, Persil, Schonen. BĂ©rard propose Ă  nouveau une protestation collective, mais les dĂ©putĂ©s prĂ©sents se dĂ©robent au motif qu’ils ne sont pas suffisamment nombreux. On se borne Ă  dĂ©cider de se revoir le lendemain Ă  quinze heures chez Casimir Perier qui, quoique visiblement embarrassĂ©[22], n’ose pas refuser son salon.

Au mĂȘme moment, quelques attroupements commencent Ă  se former au Palais-Royal, place du Carrousel, place VendĂŽme, sous l'impulsion de l'Association de Janvier. On crie : « Vive la Charte ! À bas les ministres ! À bas Polignac Â». Des manifestants reconnaissent la voiture de Polignac qui, en compagnie du baron d’Haussez, rentre Ă  l’hĂŽtel des Affaires Ă©trangĂšres, alors sis rue Neuve-des-Capucines. Des pierres sont lancĂ©es en direction de l’équipage, une vitre est brisĂ©e dont les Ă©clats Ă©gratignent d’Haussez, mais le cocher parvient Ă  entrer au grand galop dans la cour de l’hĂŽtel dont les gendarmes referment aussitĂŽt la porte. Un calme trompeur retombe sur Paris qui s’endort dans l’inquiĂ©tude du lendemain.

27 juillet : de l’émeute Ă  l’insurrection

Le 27 juillet, bravant les ordonnances, Le National, Le Temps, Le Globe et Le Journal du commerce paraissent sans autorisation et publient la protestation des journalistes. AussitĂŽt, le prĂ©fet de police, Claude Mangin, ordonne la saisie des presses des quatre journaux en cause et le parquet lance des mandats d’arrĂȘt contre les signataires de la protestation. De vives Ă©chauffourĂ©es ont lieu entre la police et les ouvriers typographes, qui redoutent de perdre leur emploi et vont former le noyau dur de l’insurrection.

La sociologie de l’émeute demeure un sujet de controverses entre les historiens. Pour l’historiographie socialiste et communiste, dans la lignĂ©e d’Ernest Labrousse, les insurgĂ©s sont des victimes de la crise Ă©conomique et des exclus. Pour d’autres, comme David H. Pinkney[23], ce sont essentiellement des artisans, des boutiquiers et des employĂ©s, dont beaucoup ont fait partie de la garde nationale jusqu’à sa suppression en 1827 et ont conservĂ© leur arme. Pour Jean Tulard, se basant sur les archives de la prĂ©fecture de police, ce sont « des ouvriers saisonniers, sans passĂ© ni traditions rĂ©volutionnaires [...] masse facilement entraĂźnĂ©e par les Ă©tudiants et les meneurs politiques Â»[24].

Des meneurs, il y en a : depuis au moins un an, activistes rĂ©publicains ou bonapartistes ont prĂ©parĂ© le terrain. Les rĂ©publicains ne sont qu’une poignĂ©e, mais actifs et dĂ©terminĂ©s : Godefroy Cavaignac, Joseph Guinard, Armand Marrast, Louis-Adolphe MorhĂ©ry, François-Vincent Raspail, Ulysse TrĂ©lat, Ferdinand Flocon, Auguste Blanqui, etc. Les bonapartistes, souvent anciens soldats de l’Empire sont plus nombreux, mais aussi plus discrets, se retrouvant au sein de sociĂ©tĂ©s secrĂštes sous l’égide de la Charbonnerie.

Le maréchal Marmont, duc de Raguse

À quinze heures, une trentaine de dĂ©putĂ©s libĂ©raux se rĂ©unissent chez Casimir Perier sous la prĂ©sidence de leur doyen d’ñge, le dĂ©putĂ© d’extrĂȘme gauche Labbey de PompiĂšres qui s’était rendu cĂ©lĂšbre en demandant, en 1829, la mise en accusation du ministĂšre VillĂšle. La plupart des dĂ©putĂ©s prĂ©sents sont inquiets, et se demandent s’ils ont le droit de se rĂ©unir. BĂ©rard, qui trouve Casimir Perier « remarquable par un air de gĂȘne et de contrainte extrĂȘmement prononcĂ© Â», propose une nouvelle fois de rĂ©diger une protestation. Villemain suggĂšre une simple lettre Ă  Charles X et Dupin, des protestations individuelles. AprĂšs de nouvelles tergiversations, seul Guizot s’offre pour prĂ©parer un projet qu’il soumettra le lendemain. Vers dix-sept heures, les dĂ©putĂ©s se sĂ©parent une fois de plus sans avoir rien rĂ©solu de clair. En rĂ©alitĂ©, la majoritĂ© des dĂ©putĂ©s n’ont aucune envie de crĂ©er l’irrĂ©parable avec Charles X et les ministres, et s’accommoderaient d’un retrait des ordonnances et d’un changement de ministĂšre.

Pendant ce temps, les premiers groupes d’émeutiers ont commencĂ© Ă  se heurter Ă  la police et Ă  la gendarmerie aux alentours du Palais-Royal. Les premiĂšres barricades sont dressĂ©es par des Ă©tudiants et des ouvriers de l’Association des patriotes de MorhĂ©ry. La foule est exaspĂ©rĂ©e par l’annonce de la nomination du marĂ©chal Marmont, duc de Raguse, au commandement de la 1re division militaire, c’est-Ă -dire de Paris. Comme Bourmont, Marmont reprĂ©sente, aux yeux du peuple, l’archĂ©type du traĂźtre, celui dont la dĂ©fection, en 1814, a contraint NapolĂ©on Ă  abdiquer[25]. PoussĂ©s par quelques meneurs, les manifestants harcĂšlent les troupes Ă  coups de pavĂ©s, de briques ou de pots de fleurs. Finalement, au dĂ©but de la soirĂ©e, les soldats se mettent Ă  tirer. On ramasse, sur le pavĂ©, les premiers cadavres que les rĂ©publicains brandissent comme des trophĂ©es, pour exciter le gros des Ă©meutiers Ă  l’insurrection. La RĂ©volution de 1830 commence vĂ©ritablement Ă  ce moment-lĂ .

28 juillet : la rĂ©volution populaire

La liberté guidant le peuple (28 juillet 1830). EugÚne Delacroix. Paris, Musée du Louvre.

Au matin du 28 juillet, le centre et l’est de la capitale sont hĂ©rissĂ©s de barricades. 10 000 insurgĂ©s pillent les armureries en chantant La Marseillaise. À onze heures du matin, les ministres, Polignac en tĂȘte, viennent se rĂ©fugier auprĂšs de Marmont au palais des Tuileries. Marmont juge la situation trĂšs sĂ©rieuse ; il envoie Ă  Charles X, qui se trouve au chĂąteau de Saint-Cloud, le cĂ©lĂšbre message :

« Ce n’est plus une Ă©meute, c’est une rĂ©volution. Il est urgent que Votre MajestĂ© dĂ©cide des moyens de pacification. L’honneur de la couronne peut ĂȘtre encore sauvĂ©. Demain peut-ĂȘtre il ne serait plus temps. Â»

Charles X ne rĂ©pond pas mais, dans la soirĂ©e, Polignac informe Marmont que le roi vient de signer une ordonnance mettant Paris en Ă©tat de siĂšge : Marmont reçoit donc les pleins pouvoirs pour Ă©craser la rĂ©volution. Mais il ne dispose que de quelque 10 000 hommes, la capitale ayant Ă©tĂ© dĂ©garnie pour constituer le corps expĂ©ditionnaire d’Alger, envoyer des troupes en Normandie pour tenter de rassurer la population inquiĂ©tĂ©e par la vague d’incendies criminels, et couvrir la frontiĂšre du Nord, car l’on craint des troubles en Belgique.

Durant la journĂ©e du 28, les soldats, mal ravitaillĂ©s en vivres et en munitions, sont pris au piĂšge des ruelles Ă©troites du vieux Paris, cisaillĂ©es de barricades, sous des pluies de projectiles divers. En fin de matinĂ©e, les insurgĂ©s se rendent maĂźtres de l’HĂŽtel de ville, au sommet duquel ils hissent le drapeau tricolore, provoquant une intense Ă©motion dans la population parisienne. Plusieurs fois perdu et repris au cours de la journĂ©e, le bĂątiment, hautement symbolique, finit par rester aux mains des insurgĂ©s.

Le combat devant l’HĂŽtel de ville le 28 juillet 1830. Jean-Victor Schnetz. Paris, MusĂ©e du Petit Palais.

Talleyrand se trouve dans son hĂŽtel de Saint-Florentin, Ă  l’angle de la place de la Concorde. À cinq heures de l’aprĂšs-midi, son secrĂ©taire, Colmache, lui annonce que le tocsin qu’on entend au loin signifie que le peuple a pris l’HĂŽtel de ville.

« Quelques minutes encore, dit le prince de BĂ©nĂ©vent, et Charles X ne sera plus roi de France. Â»[26]

Pendant ce temps-lĂ , les dĂ©putĂ©s libĂ©raux continuent de rechercher une solution de compromis. Le gĂ©nĂ©ral GĂ©rard, dĂ©putĂ© de l’Oise familier du duc d’OrlĂ©ans, envoie discrĂštement le docteur ThiĂ©baut auprĂšs du baron de Vitrolles pour le dĂ©terminer Ă  faire une dĂ©marche auprĂšs du roi afin d’obtenir le retrait des ordonnances. Vitrolles se rend Ă  Saint-Cloud dans l’aprĂšs-midi et rencontre pendant deux heures Charles X, qui continue de refuser toute concession. À midi, les dĂ©putĂ©s se retrouvent chez Pierre-François Audry de Puyraveau, oĂč l’on trouve notamment pour la premiĂšre fois Laffitte et La Fayette, qui viennent de revenir dans la capitale. Ils dĂ©signent une commission de cinq membres – Laffitte, Delessert, Perier, les gĂ©nĂ©raux GĂ©rard et Mouton – chargĂ©e d’aller nĂ©gocier avec Marmont pour obtenir un cessez-le-feu, et adoptent la protestation prĂ©sentĂ©e par Guizot, qui impute prudemment aux seuls ministres, accusĂ©s d’avoir « trompĂ© le roi Â», la responsabilitĂ© des ordonnances et laisse ainsi ouverte la possibilitĂ© d’une sortie de crise par le renvoi du ministĂšre et le retrait des ordonnances.

Vers quatorze heures trente, la dĂ©lĂ©gation des dĂ©putĂ©s est reçue par Marmont aux Tuileries. Le marĂ©chal, invoquant les ordres reçus, exige la fin de l’insurrection comme prĂ©alable Ă  un ordre de cesser le feu, tandis que les dĂ©putĂ©s rĂ©clament le retrait des ordonnances et le renvoi des ministres comme prĂ©alable Ă  l’arrĂȘt de l’émeute. La discussion tourne court, d’autant que Polignac, retranchĂ© dans une piĂšce voisine, refuse de recevoir les dĂ©putĂ©s. Ceux-ci quittent les Tuileries vers quinze heures. Marmont envoie aussitĂŽt un message Ă  Charles X pour lui rendre compte et conclut : « Je pense qu’il est urgent que Votre MajestĂ© profite sans dĂ©lai des ouvertures qui lui ont Ă©tĂ© faites. Â»[27], tandis que Polignac envoie, de son cĂŽtĂ©, un Ă©missaire, sans doute porteur du conseil de ne pas cĂ©der un pouce de terrain. En fin d’aprĂšs-midi, Marmont reçoit la rĂ©ponse du roi : il l’invite Ă  « tenir ferme Â» et Ă  concentrer ses troupes entre le Louvre et les Champs-ÉlysĂ©es.

Le combat de la Porte Saint-Denis. Hippolyte Lecomte, 1830. Paris, Musée Carnavalet.

Au mĂȘme moment, les dĂ©putĂ©s sont Ă  nouveau rĂ©unis, cette fois chez Louis BĂ©rard. Ils refusent de signer la protestation rĂ©digĂ©e par Guizot, prĂ©fĂ©rant laisser publier le texte imprimĂ©, qu’ils pourront toujours dĂ©savouer en fonction de l’évolution de la situation. Il est vrai que la situation demeure incertaine. Le gouvernement a lancĂ© des mandats d’arrĂȘt contre La Fayette, GĂ©rard, Mauguin, Audry de Puyraveau, Salverte et AndrĂ© Marchais, secrĂ©taire de la sociĂ©tĂ© « Aide toi, le ciel t'aidera Â». Thiers est parti se cacher prĂšs de Pontoise tandis que RĂ©musat a trouvĂ© refuge chez le duc de Broglie[28].

Jacques Laffitte, qui vient de rentrer de sa propriĂ©tĂ© de Breteuil, est le premier Ă  engager des dĂ©marches auprĂšs du duc d’OrlĂ©ans. Au Palais-Royal, il prend contact avec le secrĂ©taire des commandements du duc, Oudard, qui transmet Ă  Louis-Philippe, Ă  Neuilly, un message promettant au prince que Laffitte travaillera pour lui sans le compromettre, mais lui recommandant de « ne pas se compromettre lui-mĂȘme en se faisant prendre dans les filets de Saint-Cloud Â»[29]. Averti, dans la nuit du 27 au 28, par la femme de Taillepied de Bondy qu’un bataillon de la garde royale, casernĂ© au faubourg Saint-HonorĂ©, a reçu l’ordre de cerner le chĂąteau de Neuilly « au moindre mouvement qui pourrait faire supposer l’intention de mĂȘler [le duc] Ă  une insurrection Â»[30], Louis-Philippe passe la nuit du 28 au 29 dans une ancienne orangerie amĂ©nagĂ©e en magnanerie, qui flanque le petit chĂąteau de Villiers, Ă  la limite de la propriĂ©tĂ©[31].

29 juillet : le triomphe de l’insurrection

Attaque du Palais du Louvre le 29 juillet 1830. École française du XIXe siĂšcle. Paris, MusĂ©e Carnavalet.

Pendant la nuit du 28 au 29 juillet, de nouvelles barricades ont Ă©tĂ© Ă©levĂ©es. Le jeudi 29, Ă  l’aube, Marmont a dĂ» se concentrer sur une bande qui va du Louvre Ă  l’Étoile en passant par les Tuileries et les Champs-ÉlysĂ©es. Dans la matinĂ©e, le 5e et le 53e rĂ©giments de ligne, qui tiennent la place VendĂŽme, passent aux insurgĂ©s[32]. Cette double dĂ©fection entraĂźne l’effondrement du dispositif militaire : pour colmater la brĂšche, Marmont doit dĂ©garnir le Louvre et les Tuileries qui, attaquĂ©s, tombent aux mains des insurgĂ©s tandis que les troupes royales se replient en dĂ©sordre Ă  travers les Champs-ÉlysĂ©es jusqu’à l’Étoile. Dans la soirĂ©e, l’insurrection est maĂźtresse de Paris et les dĂ©bris de l’armĂ©e royale ont pris position dans le bois de Boulogne pour protĂ©ger le chĂąteau de Saint-Cloud.

Au petit matin, deux pairs, le marquis de SĂ©monville et le comte d’Argout, se rendent aux Tuileries pour demander Ă  Polignac de dĂ©missionner et d’obtenir le retrait des ordonnances. À l’issue d’une entrevue orageuse, les deux pairs d’un cĂŽtĂ©, le prĂ©sident du Conseil de l’autre, se prĂ©cipitent vers Saint-Cloud oĂč ils arrivent en mĂȘme temps, et s’opposent devant Charles X, pendant qu’on apporte Ă  ce dernier la nouvelle de la dĂ©bandade des troupes de Marmont.

Combat de la rue de Rohan le 29 juillet 1830. Hippolyte Lecomte. Paris, Musée Carnavalet.

TĂŽt le matin, le baron de Vitrolles a Ă©galement reçu par l’intermĂ©diaire du docteur ThiĂ©baut une nouvelle communication du gĂ©nĂ©ral GĂ©rard qui lui indique que, dĂ©sormais, outre le retrait des ordonnances, le roi doit renvoyer Polignac et confier au duc de Mortemart[33] le soin de former un nouveau ministĂšre dans lequel entreraient GĂ©rard et Perier. Charles X accepte ces conditions et charge SĂ©monville, d’Argout et Vitrolles de retourner Ă  Paris pour faire connaĂźtre son acceptation.

Dans la matinĂ©e, une rĂ©union chez Laffitte rassemble dĂ©putĂ©s et journalistes. Laffitte a envoyĂ© Oudard Ă  Neuilly pour dire au duc d’OrlĂ©ans qu’il est urgent qu’il prenne position. La Fayette annonce qu’il a acceptĂ© de prendre le commandement de la Garde nationale, dissoute en 1827 et qui vient de se reconstituer. Contre l’avis des rĂ©publicains qui, avec Audry de Puyraveau, voudraient la crĂ©ation d’un gouvernement provisoire, Guizot, appuyĂ© par Bertin de Vaux et MĂ©chin, propose de former une commission municipale provisoire qui se chargerait d’administrer la capitale devant la carence des pouvoirs civil et militaire. Cette proposition est acceptĂ©e. Laffitte, qui ne veut pas ĂȘtre cantonnĂ© Ă  un rĂŽle municipal, et GĂ©rard, qui va prendre le commandement des troupes parisiennes, se dĂ©robent de sorte que la commission est composĂ©e de Casimir Perier, Mouton de Lobau, Audry de Puyraveau, Mauguin et Auguste de Schonen. La commission et La Fayette s’installent au milieu de l’aprĂšs-midi Ă  l’HĂŽtel de ville.

AprĂšs avoir perdu un temps considĂ©rable Ă  franchir les barricades, SĂ©monville, d’Argout et Vitrolles, partis de Saint-Cloud en fin d’aprĂšs-midi, n’arrivent Ă  l’HĂŽtel de ville qu’à huit heures du soir. Ils sont reçus par la commission municipale et La Fayette, qui demandent des preuves officielles du renvoi de Polignac, que les Ă©missaires sont incapables de leur fournir. DĂ©couragĂ©, SĂ©monville va se coucher au Palais du Luxembourg, tandis que d’Argout se rend, non sans difficultĂ©s, chez Laffitte, oĂč les dĂ©putĂ©s rĂ©unis paraissent plutĂŽt favorables au maintien de Charles X sur son trĂŽne avec le duc de Mortemart comme Premier ministre. À dix heures du soir, d’Argout repart pour Saint-Cloud pour aller chercher le duc de Mortemart. Les dĂ©putĂ©s lui ont indiquĂ© qu’ils l’attendraient jusqu’à une heure du matin. À une heure et demie, il n’est pas rentrĂ©, la rĂ©union se disperse, les parlementaires vont se coucher. Les Ă©meutiers sont alors les maĂźtres de la capitale. L’heure de la solution de compromis est passĂ©e. Avec elle, c’est le trĂŽne de Charles X qui est dĂ©sormais condamnĂ©.

30 et 31 juillet : la rĂ©cupĂ©ration bourgeoise

Le marquis de La Fayette. Lithographie de Delpech.

Le 30 juillet, dĂ©putĂ©s et journalistes entrent en scĂšne pour rĂ©cupĂ©rer la rĂ©volution populaire au profit de la bourgeoisie, en jouant sur la peur. AprĂšs quelques jours d’hĂ©sitation entre rĂ©publique et solution orlĂ©aniste, la monarchie de Juillet est finalement instituĂ©e. La bourgeoisie parisienne dame le pion aux rĂ©publicains dĂ©sorganisĂ©s.

30 juillet : l’élimination de Charles X et de l’option rĂ©publicaine

L’offensive est lancĂ©e dĂšs l’aube du vendredi 30 juillet par Laffitte et Thiers[34], avec la bienveillante complicitĂ© de Talleyrand qui, depuis quelque temps mise sur le duc d’OrlĂ©ans pour sauver la monarchie constitutionnelle. Laffitte reçoit chez lui les trois rĂ©dacteurs du National : Thiers, Mignet, Carrel. Il ne craint pas la menace bonapartiste, car le duc de Reichstadt est en Autriche et la quasi-totalitĂ© des dignitaires de l’Empire sont ralliĂ©s Ă  la monarchie, mais il redoute qu’avec l’arrivĂ©e incessante du duc de Mortemart, les dĂ©putĂ©s ne se laissent sĂ©duire par une rĂ©gence assortie de la proclamation du petit-fils de Charles X, le duc de Bordeaux, sous le nom de Henri V. Les quatre hommes conviennent qu’il faut prendre cette solution de vitesse en proclamant sans attendre le duc d’OrlĂ©ans. Thiers et Mignet rĂ©digent aussitĂŽt un texte qui est imprimĂ© sous forme d’affiche dans les ateliers du National et placardĂ© partout dans Paris pour que les Parisiens le dĂ©couvrent Ă  leur rĂ©veil :

« Charles X ne peut plus rentrer dans Paris : il a fait couler le sang du peuple.
La rĂ©publique nous exposerait Ă  d’affreuses divisions ; elle nous brouillerait avec l’Europe.
Le duc d’OrlĂ©ans est un prince dĂ©vouĂ© Ă  la cause de la RĂ©volution.
Le duc d’OrlĂ©ans ne s’est jamais battu contre nous.
Le duc d’OrlĂ©ans a portĂ© au feu les couleurs tricolores.
Le duc d’OrlĂ©ans peut seul les porter encore ; nous n’en voulons pas d’autres.
Le duc d’OrlĂ©ans s’est prononcĂ© ; il accepte la Charte comme nous l’avons toujours voulue et entendue[35]. C’est du peuple français qu’il tiendra sa couronne. Â»

Il ne reste plus qu’à neutraliser Mortemart, et surtout La Fayette, porte-drapeau des rĂ©publicains, et Ă  convaincre le duc d’OrlĂ©ans, qui n’a pas rĂ©vĂ©lĂ© ses intentions, d’accepter la couronne.

S’agissant de La Fayette, Charles de RĂ©musat, qui a Ă©pousĂ© sa petite-fille, est allĂ© le sonder Ă  l’HĂŽtel de ville dans la matinĂ©e. Le choix, lui dit-il, est entre le duc d’OrlĂ©ans et la rĂ©publique. Dans le cas de la rĂ©publique, La Fayette accepterait-il d’en prendre la direction ? Le vieux gĂ©nĂ©ral, qui n’a aucune envie de porter le fardeau du pouvoir, se dĂ©robe : « Le duc d’OrlĂ©ans sera roi Â», rĂ©pond-il[36].

S’agissant du duc de Mortemart, il n’est arrivĂ© Ă  Paris, accompagnĂ© du comte d’Argout, que dans la matinĂ©e[37]. Il a prĂ©vu de se rendre chez Laffitte, puis Ă  l’HĂŽtel de ville, mais il rencontre sur le chemin BĂ©rard et son beau-pĂšre, le gĂ©nĂ©ral Mathieu Dumas, qui lui annoncent que les dĂ©putĂ©s qui s’étaient rĂ©unis chez le banquier viennent de se sĂ©parer mais qu’ils se retrouveront Ă  midi au Palais-Bourbon pour confier au duc d’OrlĂ©ans la lieutenance gĂ©nĂ©rale du royaume. Au duc de Mortemart, qui lui montre les ordonnances dont il est porteur, BĂ©rard rĂ©pond froidement : « Charles X a cessĂ© de rĂ©gner. [...] Il est trop tard, le moment oĂč un traitĂ© Ă©tait possible est passĂ©, il ne reviendra jamais. Â»[38] EffondrĂ©, Mortemart renonce Ă  se rendre Ă  l’HĂŽtel de ville et se prĂ©cipite au Palais du Luxembourg oĂč SĂ©monville a rĂ©uni quelques pairs. L’un d’entre eux, le comte de Sussy, s’offre d’aller notifier les ordonnances Ă  l’HĂŽtel de ville aprĂšs en avoir fait faire des copies certifiĂ©es conformes : aimablement accueilli par La Fayette, il doit fuir sous les huĂ©es de la foule lorsque celui-ci donne lecture des ordonnances.

Au Palais Bourbon, les dĂ©putĂ©s, rĂ©unis Ă  midi, refusent de recevoir les ordonnances en considĂ©rant que Charles X a cessĂ© de rĂ©gner et dĂ©signent une commission de cinq membres pour aller discuter avec les pairs : Augustin Perier, Horace SĂ©bastiani, François Guizot, Benjamin Delessert et Jean-Guillaume Hyde de Neuville. Au Palais du Luxembourg, les dĂ©putĂ©s expliquent au duc de Mortemart que Charles X a cessĂ© de rĂ©gner et que le duc d’OrlĂ©ans est dĂ©sormais le seul rempart contre la rĂ©publique. Mortemart, tout en protestant qu’il ne peut, comme ministre de Charles X, entrer dans un tel raisonnement, finit par reconnaĂźtre que la lieutenance gĂ©nĂ©rale du duc d’OrlĂ©ans lui semblerait, dans les circonstances de l’heure, la moins mauvaise des solutions. La plupart des pairs prĂ©sents opinent dans le mĂȘme sens et SĂ©bastiani est envoyĂ© au Palais Bourbon pour communiquer cette dĂ©libĂ©ration aux dĂ©putĂ©s.

Il ne reste plus qu’à convaincre le duc d’OrlĂ©ans que le moment est venu de se dĂ©couvrir. Or Louis-Philippe craint d’entrer prĂ©maturĂ©ment dans Paris. Au matin du 30 juillet, rien ne dĂ©montre que Charles X est complĂštement hors jeu : il est encore Ă  Saint-Cloud, vient de nommer un nouveau gouvernement, peut abdiquer en faveur du duc de Bordeaux... Le duc d’OrlĂ©ans juge prudent d’attendre et, dans la matinĂ©e, son aide de camp, le gĂ©nĂ©ral de Rumigny, l’a prĂ©venu, de la part de quelques dĂ©putĂ©s, que les parlementaires voudraient l’appeler sur le trĂŽne, mais que Charles X pourrait tenter de le faire arrĂȘter. Aussi quitte-t-il discrĂštement son domaine de Neuilly par Levallois pour se rendre dans son chĂąteau du Raincy, beaucoup plus Ă©loignĂ© de Saint-Cloud[39].

Vers midi, les dĂ©putĂ©s se rĂ©unissent au Palais-Bourbon. Seul Hyde de Neuville parle en faveur de Charles X, et ils ne sont qu’une poignĂ©e Ă  Ă©voquer la rĂ©publique ; tous les autres sont favorables au duc d’OrlĂ©ans, mais se divisent sur les conditions de son arrivĂ©e au pouvoir : certains veulent le proclamer lieutenant gĂ©nĂ©ral du royaume, tandis que d’autres voudraient l’élever tout de suite sur le trĂŽne.

Article dĂ©taillĂ© : HĂ©sitation de 1830.

En dĂ©finitive, en dĂ©but d’aprĂšs-midi, les dĂ©putĂ©s s’accordent sur la premiĂšre formule et adoptent une proposition rĂ©digĂ©e par Benjamin Constant qui « prie S.A.R. Mgr le duc d’OrlĂ©ans de se rendre dans la capitale pour y exercer les fonctions de lieutenant gĂ©nĂ©ral du royaume Â» et « lui exprime le vƓu de conserver les couleurs nationales Â».

AdĂ©laĂŻde d’OrlĂ©ans, « Mademoiselle Â», sƓur de Louis-Philippe

Dans la matinĂ©e, les dĂ©putĂ©s ont dĂ©cidĂ© d’envoyer Henri de Rigny, accompagnĂ© de Jean Vatout, sonder le duc d’OrlĂ©ans au chĂąteau de Neuilly ; mais Thiers, muni par Laffitte et SĂ©bastiani de lettres d’introduction et accompagnĂ© du peintre Ary Scheffer, familier de la famille d’OrlĂ©ans, est parti Ă  toute allure sur de bons chevaux prĂȘtĂ©s par le prince de la Moskowa, gendre de Laffitte, pour leur griller la politesse. Thiers, arrivĂ© le premier, ne trouve pas le duc d’OrlĂ©ans Ă  Neuilly, mais, tandis que la duchesse lui explique « qu’il est impossible que [son mari] accepte tant que le roi est encore Ă  Saint-Cloud Â»[40], Mademoiselle, sƓur du duc, paraĂźt lui accorder une attention beaucoup plus complaisante. Il faut Ă©viter, dit-elle, de « donner Ă  la rĂ©volution le caractĂšre d’une rĂ©volution de palais, d’une intrigue du duc d’OrlĂ©ans Â»[41] et de provoquer une intervention des puissances Ă©trangĂšres. Thiers fait valoir que la solution orlĂ©aniste peut seule sauver la France de l’anarchie et que les puissances, soulagĂ©es de voir la France Ă©chapper Ă  la rĂ©publique, ne pourront qu’approuver le changement de dynastie. En dĂ©finitive, l’intrĂ©pide Mademoiselle conclut : « Si vous croyez que l’adhĂ©sion de notre famille peut ĂȘtre utile Ă  la rĂ©volution, nous vous la donnons bien volontiers ! Â»[42], et elle va mĂȘme jusqu’à envisager de se rendre elle-mĂȘme Ă  Paris pour accepter la lieutenance gĂ©nĂ©rale au nom de son frĂšre : « Il faut que la Chambre des dĂ©putĂ©s se prononce, mais cela fait, mon frĂšre ne peut hĂ©siter, et, s’il le faut, j’irai moi-mĂȘme Ă  Paris et je promettrai en son nom, sur la place du Palais-Royal, au milieu du peuple des barricades. Â»[43]

Vis-Ă -vis de Rigny, arrivĂ© sur ces entrefaites, la duchesse oscille entre lĂ©gitimisme et tentation de la lieutenance gĂ©nĂ©rale. Toute la journĂ©e, les visiteurs se pressent Ă  Neuilly : « La demeure du duc d’OrlĂ©ans [est] assiĂ©gĂ©e par le zĂšle des uns, par l’importunitĂ© des autres ; ambitieux ou dĂ©vouĂ©s, tous arriv[ent] au prince, la couronne de France dans la poche. Â»[44] À Dupin aĂźnĂ© et Persil, la duchesse soutient que « son mari ne veut pas devenir usurpateur Â» et qu’il ne veut pas qu’on puisse dire que la rĂ©volution a Ă©tĂ© accomplie « pour mettre le duc d’OrlĂ©ans sur le trĂŽne Â» et non « pour dĂ©fendre les libertĂ©s nationales Â»[45]. Mais, pendant qu’elle joue ainsi la comĂ©die de la vertu, elle envoie vers une heure Oudard au Raincy pour tenir Louis-Philippe au courant et lui conseiller de revenir sans tarder Ă  Neuilly. Arrive, peu aprĂšs, Lasteyrie, gendre de La Fayette, pour faire savoir de la part de ce dernier « qu’il faut se dĂ©pĂȘcher parce qu’il est difficile de contenir le peuple Â». La duchesse envoie aussitĂŽt Ă  son mari un second messager, le jeune Anatole de Montesquiou-FĂ©zensac, qui parcourt Ă  bride abattue les vingt kilomĂštres qui sĂ©parent Neuilly du Raincy, oĂč il arrive en milieu d’aprĂšs-midi.

AprĂšs avoir adoptĂ© la rĂ©solution prĂ©parĂ©e par Benjamin Constant, les dĂ©putĂ©s tirent au sort une commission de douze membres[46] pour aller la notifier au duc d’OrlĂ©ans au Palais-Royal. N’y trouvant pas Louis-Philippe, la commission envoie Ă  Neuilly un jeune maĂźtre des requĂȘtes, Langlois d’Amilly, chargĂ© d’annoncer son arrivĂ©e prochaine. Il est suivi de peu par Alexandre MĂ©chin. Tous deux, Ă©paulĂ©s par le poĂšte Casimir Delavigne, tentent de convaincre la duchesse, qui s’y refuse, de l’urgence Ă  s’engager.

En dĂ©but de soirĂ©e, Louis-Philippe, accompagnĂ© de Montesquiou et d’Oudard, rentre Ă  Neuilly et se cache dans le parc, au carrefour des Poteaux-Ronds[47]. Dans le bosquet des Tourniquets, il est rejoint vers huit heures du soir par sa femme et par sa sƓur. C’est lĂ  qu’il dĂ©cide d’accepter la rĂ©solution des dĂ©putĂ©s car celle-ci, ne prĂ©cisant pas au nom de qui la lieutenance gĂ©nĂ©rale sera exercĂ©e, semble suffisamment vague pour prĂ©server l’avenir. Il fait venir les douze commissaires envoyĂ©s par les dĂ©putĂ©s et, Ă  la lumiĂšre des torches, Ă©coute la lecture de la proclamation et y donne son accord[48].

31 juillet : l’entrĂ©e en scĂšne de Louis-Philippe

Arborant Ă  la boutonniĂšre un ruban tricolore, vĂȘtu d’une redingote grise et d’un chapeau rond, Louis-Philippe, accompagnĂ© du baron de Berthois, d’Oudard et du colonel Heymes, quitte Neuilly Ă  pied par la grille du parc, vers dix heures du soir et se dirige vers le Palais-Royal. Sur le chemin, il s’arrĂȘte Ă  l’hĂŽtel de Saint-Florentin chez Talleyrand et s’assure de l’appui de ce dernier. Il arrive au Palais-Royal peu avant minuit et, par une porte dĂ©robĂ©e, va se coucher dans une chambre de l’appartement d’Oudard, non sans avoir envoyĂ© mander le duc de Mortemart.

Pendant ce temps, Heymes se rend chez Jacques Laffitte qu’il tire de son lit Ă  une heure et demie du matin pour lui annoncer que le duc d’OrlĂ©ans recevra les dĂ©putĂ©s Ă  neuf heures au Palais-Royal. Il se rend ensuite au Palais du Luxembourg oĂč il arrive vers deux heures du matin. Il rĂ©veille le duc de Mortemart et parvient Ă  le convaincre de le suivre auprĂšs de Louis-Philippe. Partis vers trois heures du matin, les deux hommes parviennent, aprĂšs bien des dĂ©tours, Ă  rejoindre le Palais-Royal. Conduit par Berthois Ă  travers un dĂ©dale de corridors et d’escaliers dĂ©robĂ©s, Mortemart est introduit Ă  quatre heures du matin auprĂšs de Louis-Philippe, qui dort sur un matelas jetĂ© Ă  mĂȘme le sol d’une petite piĂšce. Il fait une chaleur suffocante. Le duc d’OrlĂ©ans se lĂšve, dĂ©poitraillĂ©, sans perruque, en sueur et dĂ©bite avec animation un long discours destinĂ© Ă  convaincre Mortemart de sa fidĂ©litĂ© Ă  Charles X : « Si vous voyez le roi avant moi, conclut-il, dites-lui qu’il m’ont amenĂ© de force Ă  Paris [...] que je me ferai mettre en piĂšces plutĂŽt que de me laisser poser la couronne sur la tĂȘte. Â»[49] Puis, annonçant Ă  Mortemart que les dĂ©putĂ©s prĂ©sents Ă  Paris l’ont nommĂ© lieutenant gĂ©nĂ©ral du royaume pour faire barrage Ă  la rĂ©publique, il lui demande si ses pouvoirs lui permettent de reconnaĂźtre cette nomination au nom de Charles X. Mortemart ayant rĂ©pondu par la nĂ©gative, Louis-Philippe lui remet une lettre destinĂ©e au roi dans laquelle, aprĂšs avoir protestĂ© de sa loyautĂ©, il dĂ©clare que si on le contraint Ă  exercer le pouvoir, il ne l’acceptera que « temporairement et dans l’intĂ©rĂȘt de [leur] maison Â».

Mais, peu aprĂšs, au matin, Louis-Philippe apprend que Charles X, cĂ©dant Ă  la panique et au dĂ©couragement, vient de quitter Saint-Cloud pour Trianon. AussitĂŽt, il fait rappeler le duc de Mortemart et lui redemande sa lettre, sous prĂ©texte d’y apporter une correction. Pour Louis-Philippe, Ă  cet instant, les dĂšs sont jetĂ©s : le trĂŽne est vacant, il ne lui reste plus qu’à s’y asseoir.

DĂšs neuf heures du matin, aprĂšs s’ĂȘtre entretenu avec MĂ©chin, Dupin et SĂ©bastiani, il reçoit la dĂ©lĂ©gation des dĂ©putĂ©s auprĂšs de qui il finasse. Il affirme qu’il ne peut se prononcer tout de suite sur la lieutenance gĂ©nĂ©rale en raison de ses liens de famille avec Charles X lui imposent « des devoirs personnels et d’une nature Ă©troite Â» et des avis qu’il dit vouloir demander « Ă  des personnes en qui il a confiance et qui ne sont pas encore ici Â». La manƓuvre rĂ©ussit parfaitement : les dĂ©putĂ©s le supplient d’accepter, agitant le spectre de la rĂ©publique qui peut ĂȘtre proclamĂ©e Ă  tout instant Ă  l’HĂŽtel de ville ; ainsi, Louis-Philippe pourra toujours affirmer qu’on lui a forcĂ© la main, et qu’il ne s’est dĂ©vouĂ© que pour sauver la monarchie[50].

Louis-Philippe se retire alors avec SĂ©bastiani et Dupin avec qui il rĂ©dige un projet de proclamation qui, aprĂšs quelques amendements mineurs, est acceptĂ© par les dĂ©putĂ©s prĂ©sents :

« Habitants de Paris ! Les dĂ©putĂ©s de la France, en ce moment rĂ©unis Ă  Paris, ont exprimĂ© le dĂ©sir que je me rendisse dans cette capitale pour y exercer les fonctions de lieutenant gĂ©nĂ©ral du royaume. Je n’ai pas balancĂ© Ă  venir partager vos dangers, Ă  me placer au milieu de votre hĂ©roĂŻque population, et Ă  faire tous mes efforts pour vous prĂ©server de la guerre civile et de l’anarchie.. En rentrant dans la ville de Paris, je portais avec orgueil ces couleurs glorieuses que vous avez reprises, et que j’avais moi-mĂȘme longtemps portĂ©es. Les chambres vont se rĂ©unir ; elles aviseront aux moyens d’assurer le rĂ©gime des lois et le maintien des droits de la nation. La Charte sera dĂ©sormais une vĂ©ritĂ©[51]. Â»

Recevant cette proclamation, les dĂ©putĂ©s y rĂ©pondent en dĂ©but d’aprĂšs-midi :

« Français ! La France est libre. Le pouvoir absolu levait son drapeau, l’hĂ©roĂŻque population de Paris l’a abattu. Paris attaquĂ© a fait triompher par les armes la cause sacrĂ©e qui venait de triompher en vain dans les Ă©lections. Un pouvoir usurpateur de nos droits, perturbateur de notre repos, menaçait Ă  la fois la libertĂ© et l’ordre ; nous rentrons en possession de l’ordre et de la libertĂ©. Plus de craintes pour les droits acquis, plus de barriĂšres entre nous et les droits qui nous manquent encore.
Un gouvernement qui, sans dĂ©lai, nous garantisse ces biens est aujourd’hui le premier besoin de la patrie. Français ! Ceux de vos dĂ©putĂ©s qui se trouvent dĂ©jĂ  Ă  Paris se sont rĂ©unis, et, en attendant l’intervention rĂ©guliĂšre des chambres, ils ont invitĂ© un Français qui n’a jamais combattu que pour la France, M. le duc d’OrlĂ©ans, Ă  exercer les fonctions de lieutenant gĂ©nĂ©ral du royaume. C’est Ă  leurs yeux le moyen d’accomplir promptement, par la paix, le succĂšs de la plus lĂ©gitime dĂ©fense.
Le duc d’OrlĂ©ans est dĂ©vouĂ© Ă  la cause nationale et constitutionnelle. Il en a toujours dĂ©fendu les intĂ©rĂȘts et professĂ© les principes. Il respectera nos droits, car il tiendra de nous les siens. nous nous assurerons par des lois toutes les garanties nĂ©cessaires pour rendre la libertĂ© forte et durable :
Le rĂ©tablissement de la Garde nationale avec l’intervention des gardes nationaux dans le choix des officiers.
L’intervention des citoyens dans la formation des administrations dĂ©partementales et municipales.
Le jury pour les délits de presse.
La responsabilitĂ© lĂ©galement organisĂ©e des ministres et des agents secondaires de l’administration.
L’état des militaires lĂ©galement assurĂ©.
La réélection des députés promus à des fonctions publiques.
Nous donnerons Ă  nos institutions, de concert avec le chef de l’État, les dĂ©veloppements dont elles ont besoin.
Français, le duc d’OrlĂ©ans lui-mĂȘme a dĂ©jĂ  parlĂ©, et son langage est celui qui convient Ă  un pays libre : les chambres vont se rĂ©unir, vous dit-il ; elles aviseront au moyen d’assurer le rĂšgne des lois et le maintien des droits de la nation.
La Charte sera dĂ©sormais une vĂ©ritĂ©. Â»

SignĂ© par quelque 90 dĂ©putĂ©s, l’acte est portĂ© au dĂ©but de l’aprĂšs-midi au Palais-Royal. Mais la manƓuvre en faveur du duc d’OrlĂ©ans, sitĂŽt connue Ă  l’HĂŽtel de ville, suscite la fureur des rĂ©publicains. Le duc de Chartres, accouru de Joigny, est arrĂȘtĂ© Ă  Montrouge et menacĂ© d’ĂȘtre passĂ© par les armes : il faut l’intervention personnelle de La Fayette pour obtenir sa libĂ©ration. La commission municipale, en rĂ©action, cherche Ă  se transformer en gouvernement provisoire, lance une proclamation qui affecte d’ignorer celle des dĂ©putĂ©s et nomme des commissaires provisoires aux diffĂ©rents dĂ©partements ministĂ©riels.

Louis-Philippe, duc d’OrlĂ©ans, nommĂ© lieutenant gĂ©nĂ©ral du royaume, quitte Ă  cheval le Palais Royal, pour se rendre Ă  l’hĂŽtel de ville de Paris, le 31 juillet 1830. Horace Vernet, 1832. ChĂąteau de Versailles.

Il est temps pour Louis-Philippe de se rendre Ă  l’HĂŽtel de ville pour conjurer dĂ©finitivement, avec la complicitĂ© de La Fayette[52], le spectre rĂ©publicain. La manƓuvre n’est pas sans risques, mais elle est indispensable. Vers deux heures de l’aprĂšs-midi, un cortĂšge picaresque quitte le Palais-Royal : « Le duc d’OrlĂ©ans, raconte Chateaubriand, ayant pris le parti d’aller faire confirmer son titre par les tribuns de l’HĂŽtel de Ville, descendit dans la cour du Palais-Royal, entourĂ© de quatre-vingt-dix-neuf dĂ©putĂ©s en casquettes, en chapeaux ronds, en habits, en redingotes [...] Le candidat royal est montĂ© sur un cheval blanc ; il est suivi de Benjamin Constant dans une chaise Ă  porteurs ballottĂ©e par deux Savoyards. MM. MĂ©chin et Viennet, couverts de sueur et de poussiĂšre, marchent entre le cheval blanc du monarque futur et le dĂ©putĂ© goutteux, se querellant avec les deux crocheteurs pour garder les distances voulues. Un tambour Ă  moitiĂ© ivre battait la caisse Ă  la tĂȘte du cortĂšge. Quatre huissiers servaient de licteurs. Les dĂ©putĂ©s les plus zĂ©lĂ©s meuglaient : Vive le duc d’OrlĂ©ans ! Â»[53]

Mais au fur et Ă  mesure que le cortĂšge, le long des quais de la Seine, progresse difficilement Ă  travers les barricades en direction de l’HĂŽtel de ville, ce sont d’autres cris qui s’élĂšvent d’une foule de plus en plus hostile : « Ă€ bas les Bourbons ! Plus de Bourbons ! À mort les Bourbons ! À bas le duc d’OrlĂ©ans ! Â» ArrivĂ© Ă  l’HĂŽtel de ville, Louis-Philippe, qui a revĂȘtu un uniforme de la garde nationale, lance, sans parvenir Ă  dĂ©tendre l’atmosphĂšre :

– Messieurs, c’est un ancien garde national qui fait visite Ă  son ancien gĂ©nĂ©ral !

Le trait est accueilli par des murmures hostiles : « Vive La Fayette ! À bas les Bourbons ! Â» Embrassant le vieux gĂ©nĂ©ral qui s’avance vers lui en boitant, Louis-Philippe, sĂ©ducteur, s’écrie :

– Ah ! C’est par suite de la blessure que vous avez reçue en AmĂ©rique, Ă  la bataille de la Brandywine[54] !
– Ah ! Monseigneur, quelle mĂ©moire ! s’extasie La Fayette, flattĂ©.
Lecture Ă  l’hĂŽtel de ville de la proclamation des dĂ©putĂ©s (31 juillet 1830). Baron GĂ©rard, 1836. ChĂąteau de Versailles.

Viennet, dĂ©putĂ© de l’HĂ©rault, donne lecture de la proclamation des dĂ©putĂ©s, qui est accueillie par des applaudissements lorsqu’elle promet la garantie des libertĂ©s publiques. Louis-Philippe rĂ©pond gravement : « Je dĂ©plore comme Français le mal fait au pays et le sang versĂ© ; comme prince, je suis heureux de contribuer au bonheur de la nation. Â» C’est alors que surgit un Ă©nergumĂšne nommĂ© Dubourg, placĂ© lĂ  par le journaliste Dumoulin, pilier du parti bonapartiste[55]. Il apostrophe Louis-Philippe : « On dit que vous ĂȘtes un honnĂȘte homme, et comme tel incapable de manquer Ă  vos serments. J’aime Ă  le croire, mais il est bon que vous soyez prĂ©venu que si vous ne les tenez pas, on saurait vous les faire tenir. Â» Le duc d’OrlĂ©ans rĂ©pond avec superbe : « Vous ne me connaissez pas, Monsieur ! Vous apprendrez Ă  me connaĂźtre. Je ne vous ai donnĂ© aucun droit de m’adresser de semblables paroles. Je n’ai jamais manquĂ© Ă  mes serments, et ce n’est pas quand la Patrie me rĂ©clame que je songerais Ă  la trahir. Â»

La Fayette donne l'accolade au duc d'Orléans au balcon de l'hÎtel de ville de Paris

Pour effacer l’impression pĂ©nible laissĂ©e par cette scĂšne, La Fayette entraĂźne Louis-Philippe au balcon de l’HĂŽtel de ville oĂč les deux hommes se donnent une accolade thĂ©Ăątrale, enveloppĂ©s dans les plis d’un immense drapeau tricolore. La brillante mise en scĂšne retourne la foule hostile massĂ©e sur la place de GrĂšve : le « baiser rĂ©publicain Â» de La Fayette, selon l’ironique formule de Chateaubriand, vient d’asseoir dĂ©finitivement Louis-Philippe sur le trĂŽne.

Louis-Philippe regagne le Palais Royal par la rue Saint-HonorĂ© oĂč il reçoit un accueil plus chaleureux, distribuant sur son chemin de nombreuses poignĂ©es de main aux badauds : c’est sans doute l’un des premiers bains de foule de l’histoire. La foule le suit jusqu’au Palais Royal qu’elle investit bruyamment. Au dĂ©but de la soirĂ©e, lorsque la duchesse d’OrlĂ©ans et Mademoiselle AdĂ©laĂŻde arrivent au Palais Royal, elles trouvent un spectacle qui leur semble fort dĂ©plaisant : « Nous avons trouvĂ© mon mari, raconte la duchesse, avec M. Dupin et le gĂ©nĂ©ral SĂ©bastiani. Les deux salons de son appartement Ă©taient remplis de toutes sortes de personnes ; le drapeau tricolore flottait partout ; les fenĂȘtres et les murailles Ă©taient percĂ©es de balles ; des chants et des danses sur la place ; partout un air de dĂ©sordre et de confusion qui faisaient mal. Â»[56]

Les conséquences de la révolution de Juillet

DĂ©bouchant, en France, sur la fondation d'un nouveau rĂ©gime, la monarchie de Juillet, qui conforte l'association aux affaires publiques de la bourgeoisie industrielle et financiĂšre, les Trois Glorieuses sont Ă©galement Ă  l'origine d'une premiĂšre effervescence rĂ©volutionnaire en Europe, annonciatrice du « printemps des peuples Â» de 1848 mais qui, hormis la crĂ©ation de la Belgique, appuyĂ©e avec force par la France, ne dĂ©bouche pas sur des changements durables.

Conséquences en France

En une dizaine de jours, Louis-Philippe d’OrlĂ©ans consolide son pouvoir, et Ă©carte toute menace rĂ©publicaine tandis que Charles X et sa famille prennent la route de l'exil. D’abord dĂ©signĂ© « lieutenant-gĂ©nĂ©ral du royaume Â», Louis-Philippe est reconnu « roi des Français Â» le 9 aoĂ»t 1830.

Rupture symbolique avec le passĂ©, la monarchie de Juillet prend comme emblĂšme le drapeau tricolore bleu-blanc-rouge. Rompant avec le « parti prĂȘtre Â», le nouveau rĂ©gime s’affirme beaucoup plus laĂŻc que son prĂ©dĂ©cesseur. Les libĂ©raux entrent en force au gouvernement. Mais la Charte de 1814 n’est que superficiellement toilettĂ©e, et le droit de vote n’est que peu Ă©tendu par la loi Ă©lectorale du 19 avril 1831.

Article dĂ©taillĂ© : Charte de 1830.

Le nouveau rĂ©gime s’installe avec l’assentiment d’une bonne partie de l’opinion, hostile Ă  la RĂ©publique, et que la rĂ©-interprĂ©tation laĂŻque, bourgeoise et libĂ©rale de la Charte satisfait. Mais il est contestĂ©, sur sa gauche par les rĂ©publicains et sur sa droite par les lĂ©gitimistes :

  • Les activistes rĂ©publicains, peu nombreux, mais dĂ©terminĂ©s, et profondĂ©ment déçus par les premiers pas de la monarchie bourgeoise, harcĂšlent le ministĂšre. Des Ă©meutes, parfois armĂ©es, toujours rapidement rĂ©primĂ©es, secouent sporadiquement le pays, de 1831 Ă  1839. Ainsi, par exemple, les Ă©meutes dĂ©clenchĂ©es les 5, 6 et 7 juin 1832, Ă  l’occasion des obsĂšques du gĂ©nĂ©ral Lamarque, dĂ©putĂ© rĂ©publicain, font 800 morts. Du 9 au 15 avril 1834 Ă  Lyon, la seconde rĂ©volte des Canuts fait prĂšs de 600 morts. Le roi est Ă©galement visĂ© par plusieurs tentatives d’assassinat.
  • Tout comme les rĂ©publicains, les lĂ©gitimistes contestent le nouveau rĂ©gime. En 1832, le complot dit « de la rue des Prouvaires Â» tente d’assassiner Louis-Philippe, et une tentative d’insurrection royaliste est menĂ©e sans succĂšs dans l’Ouest de la France.

Finalement stabilisĂ©, le rĂ©gime dure jusqu’à la rĂ©volution française de 1848.

Conséquences en Europe

La Sainte-Alliance, formĂ©e en 1815 par les souverains vainqueurs de NapolĂ©on Ier devait empĂȘcher toute rĂ©volution en Europe. Elle avait d’ailleurs menĂ© plusieurs opĂ©rations militaires en ce sens dans les annĂ©es 1820. Mais en 1830, l'Angleterre s'empresse de reconnaĂźtre la monarchie de Juillet et, aprĂšs quelques hĂ©sitations, les autres souverains signataires de l’alliance – Autriche, Prusse, Russie – dĂ©cident de ne pas intervenir et de reconnaĂźtre Ă  leur tour le nouveau rĂ©gime.

L’exemple français et l’absence de rĂ©action internationale provoquent alors une sĂ©rie de mouvements nationalistes et libĂ©raux Ă  travers toute l’Europe.

En Allemagne

En Allemagne, alors sans gouvernement central, des mouvements libéraux éclatent en Saxe, au Brunswick (7-8 septembre), en Hesse, en Prusse rhénane.

Au Brunswick, le duc rĂ©gnant, Charles II, cĂ©lĂšbre par ses excentricitĂ©s, et qui, au lendemain des Trois Glorieuses, avait promis d'Ă©craser dans le sang toute tentative d'insurrection, doit fuir ses États au dĂ©but de septembre. Son frĂšre cadet, Guillaume VIII, est alors proclamĂ© lieutenant gĂ©nĂ©ral, puis duc rĂ©gnant.

Au Hanovre, les étudiants de Göttingen créent une milice qui impose au souverain une constitution.

En Allemagne du Sud, les libĂ©raux rĂ©unis Ă  Hambach (Palatinat), plaident en faveur d’une RĂ©publique fĂ©dĂ©rale allemande et hissent le drapeau noir, rouge et or de la Burschenschaft, symbole de la nouvelle Allemagne.

En Italie

En Italie, Ciro Menotti fonde Ă  Bologne, Parme, Mantoue et en Romagne une sĂ©rie de noyaux rĂ©volutionnaires avec pour mot d’ordre « indĂ©pendance, union et libertĂ© Â».

En 1831, une vague rĂ©volutionnaire secoue l’Italie centrale. Les carbonari rĂ©sidant Ă  Paris, liĂ©s aux libĂ©raux qui viennent de rĂ©ussir la rĂ©volution de Juillet, pensent que le nouveau gouvernement français prĂ©sidĂ© par Jacques Laffitte dĂ©couragera une intervention autrichienne en Italie. À Rome, en dĂ©cembre 1830, les deux fils de Louis Bonaparte, NapolĂ©on-Louis et Louis-NapolĂ©on complotent ; ils sont expulsĂ©s. En fĂ©vrier 1831, le duc de ModĂšne, François IV, doit s’enfuir ; il en est de mĂȘme pour la duchesse Marie-Louise Ă  Parme.

Le 26 fĂ©vrier, une assemblĂ©e des dĂ©lĂ©guĂ©s des rĂ©gions rĂ©voltĂ©es proclame les « Provinces Unies d’Italie Â». Mais le nouveau gouvernement français prĂ©sidĂ© par Casimir Perier (mars 1831) retire son soutien aux Italiens, laissant la voie libre Ă  une intervention autrichienne. Les ducs sont rĂ©tablis sur leurs trĂŽnes. Des rĂ©volutionnaires, dont Menotti, sont exĂ©cutĂ©s.

À Rome, le pape GrĂ©goire XVI et le cardinal Bernetti rĂ©tablissent l’absolutisme et, en 1832, Ă©crasent un soulĂšvement dans les Marches et les LĂ©gations. Jusqu’en 1838, des troupes autrichiennes y stationneront pour empĂȘcher tout nouveau mouvement, les Français occupant, en contrepartie, la ville d'AncĂŽne.

À Marseille, le rĂ©volutionnaire italien Giuseppe Mazzini fonde alors le mouvement Jeune Italie (Giovine Italia), association composĂ©e de jeunes patriotes qui se propose de libĂ©rer et d’unifier l’Italie et d’y instaurer un rĂ©gime rĂ©publicain. Au total, la rĂ©volution de 1830-1831 a Ă©tĂ© un Ă©chec, mais elle annonce les nouveaux mouvements insurrectionnels italiens de 1848.

En Belgique

En Belgique, la politique maladroite des Hollandais provoque l’insurrection bruxelloise du 25 aoĂ»t 1830. Le 4 septembre, le mouvement s’amplifie et reçoit le soutien des LiĂ©geois. Le 20 septembre, la garde bourgeoise de Bruxelles, formĂ©e d’élĂ©ments modĂ©rĂ©s, est dĂ©sarmĂ©e par les Ă©meutiers.

Les 23-26 septembre, l’échec d’une intervention militaire nĂ©erlandaise Ă  Bruxelles pousse radicaux et modĂ©rĂ©s Ă  se liguer (les « Quatre JournĂ©es Â»). Le 27 septembre, les insurgĂ©s belges arrĂȘtent les troupes nĂ©erlandaises devant Bruxelles et les repoussent jusqu’à l’ancienne frontiĂšre des Pays-Bas autrichiens. Le 4 octobre, c’est la proclamation Ă  Bruxelles de l’indĂ©pendance de la Belgique par un gouvernement provisoire qui convoque un CongrĂšs national pour la fin novembre.

Article dĂ©taillĂ© : RĂ©volution belge.

Ce CongrĂšs dĂ©cide de donner Ă  la Belgique un statut de monarchie constitutionnelle et d’exclure de la couronne les membres de la maison d’Orange-Nassau. Le 20 dĂ©cembre, la ConfĂ©rence de Londres reconnaĂźt l’indĂ©pendance de la Belgique. le 7 fĂ©vrier 1831, la Constitution belge est proclamĂ©e, inspirĂ©e du libĂ©ralisme bourgeois et catholique, qui entĂ©rine la crĂ©ation d’une monarchie parlementaire bicamĂ©rale et hĂ©rĂ©ditaire.

En Europe de l'Est

En Europe de l’Est, on assiste Ă  la scission des nationalistes tchĂšques entre conservateurs (pro-russes) et radicaux (dĂ©mocrates regroupĂ©s au sein de la « matice českĂĄ Â»).

La prise de l’Arsenal. Par Marcin Zaleski.

En Pologne, le tsar Nicolas Ier de Russie, qui veut intervenir contre les Belges au nom de la Sainte-Alliance, donne l’ordre de mobilisation des troupes polonaises le 18 novembre. OpposĂ©s Ă  cette intervention, les nationalistes dĂ©clenchent le 29 novembre l’Insurrection de Novembre.

Voir l'article Insurrection de Novembre en Pologne (1830-1831)

Le ministre du TrĂ©sor et de l’Industrie Drucki-Lubecki prend les choses en mains afin de nĂ©gocier avec le tsar et de maintenir le mouvement rĂ©volutionnaire dans des voies modĂ©rĂ©es : il crĂ©e un Conseil administratif. Les patriotes mettent un club sur pied, la SociĂ©tĂ© patriotique, dont un des chefs est l’historien Joachim Lelewel. Le 18 dĂ©cembre, le Sejm (la DiĂšte polonaise) affirme le caractĂšre national de l’insurrection.

Le tsar annonce son intention de reconquĂ©rir militairement le pays. Le soulĂšvement est violemment rĂ©primĂ© aprĂšs la dĂ©faite des nationalistes, affaiblis par le cholĂ©ra, Ă  OstroƂęka le 26 mai, et la prise de Varsovie le 8 septembre 1831.

La Russie soumet alors la Pologne Ă  une politique de rĂ©pression et de russification. La Pologne cesse d’exister comme nation. Les Russes entreprennent une destruction systĂ©matique de la nationalitĂ© polonaise. La Constitution, la DiĂšte et l’armĂ©e polonaises sont abolies, les Polonais privĂ©s de leurs libertĂ©s individuelles. Les universitĂ©s sont fermĂ©es, les Ă©tudiants envoyĂ©s en Russie, les catholiques persĂ©cutĂ©s. Dix mille patriotes s’exilent vers la Suisse, la Belgique et la France. Manifestations, Ă©meutes et reprĂ©sailles sanglantes se succĂšdent.

Les consĂ©quences : synthĂšse

La rĂ©volution française de 1830 et ses consĂ©quences n’ont pas bouleversĂ© le paysage institutionnel, ni en France ni en Europe, Ă  l’exception du cas belge. Mais pour la premiĂšre fois depuis les annĂ©es 1790, une vague de rĂ©volutions populaires a traversĂ© l’Europe. L’annĂ©e 1848 verra se reproduire le phĂ©nomĂšne, sur une plus vaste Ă©chelle, sous le nom de « printemps des peuples Â».

Le rĂ©gime constitutionnel français se libĂ©ralise nettement et le changement de cadres est net. Dans les seules institutions scientifiques, on peut par exemple relever le retour en grĂące de hauts fonctionnaires du Premier empire comme Hachette et Poinsot, et le dĂ©part de Cauchy. Les penseurs libĂ©raux Abel-François Villemain et François Guizot deviennent ministres, et Jules Michelet obtient un poste de professeur Ă  la FacultĂ© des Lettres de la Sorbonne : les idĂ©es rĂ©volutionnaires, libĂ©rales, nationalistes et rĂ©publicaines en sortent renforcĂ©es.

Postérité

« Ă€ la gloire des citoyens français qui s’armĂšrent et combattirent pour la dĂ©fense des libertĂ©s publiques dans les mĂ©morables journĂ©es des 27, 28, 29 juillet 1830 Â». Le fĂ»t de la colonne porte le nom des victimes des journĂ©es rĂ©volutionnaires de juillet 1830.
  • Le 11 octobre 1830, le nouveau rĂ©gime dĂ©cida que des rĂ©compenses seraient accordĂ©es Ă  tous les blessĂ©s des Trois Glorieuses et crĂ©a une mĂ©daille commĂ©morative pour les combattants de la rĂ©volution de Juillet. En avril 1831, Casimir Perier fit frapper des mĂ©dailles commĂ©moratives portant la mention « donnĂ© par le roi Â» et dont la remise Ă©tait accompagnĂ©e d'un serment de fidĂ©litĂ© Ă  Louis-Philippe.
  • En octobre 1830, le gouvernement prĂ©senta en outre un projet de loi destinĂ© Ă  indemniser Ă  concurrence de 7 millions les victimes des journĂ©es de Juillet[57].

Références

Voir aussi

Liens externes

Sources

  • Guy Antonetti, Louis-Philippe, Librairie ArthĂšme Fayard, Paris, 2002 (ISBN 2-213-59222-5)
  • JosĂ© Cabanis, Charles X, roi ultra, Gallimard, Paris, 1973

Bibliographie

  • J.-L. Courson, 1830 : la RĂ©volution tricolore, 1965
  • David H. Pinkney, The French Revolution of 1830, 1972 ; trad. française : La RĂ©volution de 1830 en France, Paris, Presses universitaires de France, 1988 (ISBN 2-13-040275-5)
  • Emmanuel de Waresquiel, BenoĂźt Yvert, Histoire de la Restauration (1814-1830), Perrin, Paris, 2002 (ISBN 2-262-01901-0)
  • Bernard Sarrans, "Lafayette et la RĂ©volution de 1830, histoire des choses et des hommes de Juillet", Librairie de Thoisnier Desplaces, Paris, 1833 (seconde Ă©dition augmentĂ©e)
  • Alexandre Dumas, "Ma RĂ©volution de 1830", (extraits des MĂ©moires d'Alexandre Dumas), Horizons de France, Paris, non datĂ©.

Notes

  1. ↑ Bernard Sarrans, aide de camp de La Fayette Ă  l'Ă©poque, avance le chiffre de 6 000 victimes chez les insurgĂ©s, dont 1 000 Ă  1 200 tuĂ©s tandis que, selon lui, les pertes des troupes royales n'ont pu ĂȘtre dĂ©terminĂ©es (Bernard Sarrans jeune, Lafayette et la rĂ©volution de 1830, histoire des choses et des hommes de juillet, Paris, Thoisnier Desplaces, 1832, 2 vol. in-8).
  2. ↑ Il n’y est pas juridiquement obligĂ© par la Charte de 1814, selon laquelle le ministĂšre ne procĂšde que du roi, et non du parlement.
  3. ↑ Journal des dĂ©bats, 14 aoĂ»t 1829
  4. ↑ Poursuivi, Bertin est condamnĂ© par le tribunal correctionnel mais acquittĂ© en appel. Le jeune duc de Chartres se montre Ă  son procĂšs, ce qui lui sera vivement reprochĂ© par Charles X lors d’une explication orageuse au palais des Tuileries.
  5. ↑ Il prĂ©tend que la Vierge Marie lui apparaĂźt pour lui donner des conseils politiques.
  6. ↑ Montbel est un ultra qui a soutenu VillĂšle mais qui montrera son esprit de modĂ©ration en refusant de suspendre les cours de François Guizot et de Victor Cousin.
  7. ↑ d'aprĂšs les donnĂ©es sur les inondations de Champion Inondations en France et les sĂ©ries d'Arago et Renou citĂ©s dans Histoire humaine et comparĂ© du climat d'Emmanuel Le Roy Ladurie
  8. ↑ « Pairs de France, dĂ©putĂ©s des dĂ©partements, je ne doute pas de votre concours pour opĂ©rer le bien que je veux faire. Vous repousserez avec mĂ©pris les perfides insinuations que la malveillance cherche Ă  propager. Si de coupables manƓuvres suscitaient Ă  mon gouvernement des obstacles que je ne peux prĂ©voir ici, que je ne veux pas prĂ©voir, je trouverais la force de les surmonter dans ma rĂ©solution de maintenir la paix publique, dans la juste confiance des Français et dans l’amour qu’ils ont toujours montrĂ© pour leur roi. Â» L’allusion Ă  la « rĂ©solution de maintenir la paix publique Â» renvoie Ă  l’article 14 de la Charte de 1814 selon lequel : « Le roi [...] fait les rĂšglements et ordonnances nĂ©cessaires pour l’exĂ©cution des lois et la sĂ»retĂ© de l’État. Â» (c’est nous qui soulignons) Charles X appuya de la voix et du geste les mots « je ne doute pas de votre concours Â» et « que je ne veux pas prĂ©voir Â», ce qui fit rouler son chapeau au pied du trĂŽne, oĂč se tenait le duc d’OrlĂ©ans, qui ramassa le couvre-chef et le rendit au roi avec une profonde rĂ©vĂ©rence. UltĂ©rieurement, des tĂ©moins n’ont pas manquĂ© de souligner le caractĂšre prĂ©monitoire de la scĂšne.
  9. ↑ Trois de ces cinq dĂ©putĂ©s – Royer-Collard, Perier, SĂ©bastiani – sont des familiers du duc d’OrlĂ©ans.
  10. ↑ La manƓuvre est conforme Ă  l’article 50 de la Charte selon lequel : « Le roi convoque chaque annĂ©e les deux Chambres ; il les proroge, et peut dissoudre celle des dĂ©putĂ©s des dĂ©partements ; mais, dans ce cas, il doit en convoquer une nouvelle dans le dĂ©lai de trois mois. Â» Mais c’est la premiĂšre fois depuis 1814 que le roi use de cette prĂ©rogative.
  11. ↑ La phrase est parfois attribuĂ©e aussi au duc d’AngoulĂȘme.
  12. ↑ CitĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 553.
  13. ↑ Ibidem. Thiers reprend cette idĂ©e dans le manifeste du 26 juillet 1830 (V. infra).
  14. ↑ CitĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 557.
  15. ↑ Louis-Philippe lui aurait rĂ©pondu : « Qu’il y ait un volcan, c’est possible ; je le crois comme vous, et au moins la faute n’en est pas Ă  moi ; je n’aurai pas Ă  me reprocher de n’avoir pas cherchĂ© Ă  ouvrir les yeux du roi. Mais que voulez-vous ? On n’écoute rien. Dieu sait oĂč ceci peut nous conduire ! Le monde est changĂ© de face depuis quarante ans ; vous ne vous rendez pas assez compte de la diffusion des LumiĂšres, consĂ©quence du partage des fortunes. Les classes moyennes ne sont pas toute la sociĂ©tĂ© ; mais elles en sont la force. Leur intĂ©rĂȘt constant est le maintien de l’ordre, et elles ont assez de puissance pour combattre et rĂ©primer les mauvaises passions... Tout ce que veut le pays, c’est l’établissement sincĂšre du rĂ©gime constitutionnel. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 557).
  16. ↑ La teneur des propos du roi lors du conseil des ministres du 7 juillet est rapportĂ©e par Montbel et Guernon-Ranville.
  17. ↑ Qui fait chanter le Te Deum dans toutes les Ă©glises de France et se rend lui-mĂȘme Ă  Notre-Dame le 11 juillet.
  18. ↑ Polignac, qui exerçait l’intĂ©rim du ministĂšre de la Guerre en l’absence de Bourmont, envoyĂ© en AlgĂ©rie, disposait de quelques 19 000 hommes Ă  Paris et dans les environs, ce qui pouvait lui sembler suffisant pour rĂ©primer une Ă©ventuelle rĂ©sistance. Par ailleurs, le prĂ©fet de police, Claude Mangin, avait assurĂ© que « quoi qu’on fĂźt, Paris ne bougerait pas, et qu’il en rĂ©pondait sur sa tĂȘte Â» (citĂ© par JosĂ© Cabanis, Op. cit., p. 425).
  19. ↑ N’a-t-il pas, une dizaine de jours auparavant, Ă©tĂ© trouver Montbel pour qu’il fasse savoir Ă  Charles X que le duc d’OrlĂ©ans conspire contre lui ?
  20. ↑ CitĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 563.
  21. ↑ Il y a bien six ordonnances du 25 juillet 1830, mais le coup de force constitutionnel est contenu dans les quatre premiĂšres ; c’est ce qui explique qu’on Ă©voque frĂ©quemment, par erreur, les « quatre ordonnances de Saint-Cloud Â».
  22. ↑ Selon BĂ©rard : « Il n’osa pas refuser son salon ; mais son embarras et sa rĂ©pugnance furent visibles Ă  tous les yeux. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 565).
  23. ↑ David H. Pinkney, The French Revolution of 1830, 1972 ; trad. française : La RĂ©volution de 1830 en France, Paris, Presses universitaires de France, 1988 – (ISBN 2-13-040275-5)
  24. ↑ Jean Tulard, Les RĂ©volutions de 1789 Ă  1851 (tome IV de l’Histoire de France sous la direction de Jean Favier), Paris, Fayard, 1985 – (ISBN 2-213-01574-0).
  25. ↑ De maniĂšre paradoxale, Marmont dĂ©teste Polignac. Il est de plus humiliĂ© de n’avoir pas Ă©tĂ© choisi pour commander le corps expĂ©ditionnaire en AlgĂ©rie. S’il n’a pas dĂ©missionnĂ©, c’est uniquement parce qu’il a besoin d’argent pour rembourser les dettes de son entreprise sidĂ©rurgique de ChĂątillon-sur-Seine, dont l’un des principaux crĂ©anciers n’est autre que ...Casimir Perier !
  26. ↑ CitĂ© par Georges Lacour-Gayet, Talleyrand, 1928-1931, rĂ©Ă©d. Paris Payot, 1990, p. 1070.
  27. ↑ CitĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 570.
  28. ↑ La prĂ©fecture de police a toutefois refusĂ© de faire exĂ©cuter les mandats dĂ©cernĂ©s contre les journalistes, et Marmont ceux visant les dĂ©putĂ©s.
  29. ↑ CitĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 571. Dans l’entourage de Louis-Philippe, certains lui conseillent en effet de se rendre auprĂšs de Charles X pour lui prodiguer ses conseils, ce Ă  quoi le duc d’OrlĂ©ans objecte que le roi ne lui a rien demandĂ©.
  30. ↑ CitĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 571.
  31. ↑ Le bĂątiment se situait au niveau de l’actuelle rue de Lille, entre l’HĂŽpital amĂ©ricain et Levallois-Perret.
  32. ↑ Selon Marmont, Casimir Perier serait venu en personne, par les Boulevards, parlementer avec les officiers et haranguer les soldats des deux rĂ©giments. Selon BĂ©rard, c’est le gĂ©nĂ©ral GĂ©rard qui a envoyĂ© le colonel Heymes – qui sera nommĂ© aide de camp de Louis-Philippe aprĂšs la rĂ©volution – amener le 53e Ă  la cause de l’insurrection.
  33. ↑ Casimir Louis Victurnien de Rochechouart-Mortemart (1787-1875), prince de Tonnay-Charente, puis baron de Mortemart et de l’Empire, duc de Mortemart (1812 puis 1817, confirmation) et pair de France, prĂ©sente l’avantage, tout en portant un grand nom de la noblesse d’Ancien rĂ©gime, de s’ĂȘtre ralliĂ© Ă  l’Empire (il a Ă©tĂ© officier d’ordonnance de NapolĂ©on). Il vient de passer deux ans en Russie comme ambassadeur de France.
  34. ↑ RentrĂ© Ă  Paris la veille.
  35. ↑ Selon une autre version, cette phrase Ă©tait ainsi rĂ©digĂ©e : « Le duc d’OrlĂ©ans ne se prononce pas ; il attend notre vƓu ; proclamons ce vƓu, et il acceptera la Charte telle que nous l’avons toujours voulue et entendue. Â»
  36. ↑ Le lendemain, La Fayette confirme Ă  Odilon Barrot qu’il se rallie Ă  une monarchie constitutionnelle car il redoute une rĂ©publique jacobine qui rĂ©Ă©diterait les heures sombres de la Terreur. Selon Bernard Sarrans, ex-aide de camp de La Fayette et auteur d'un ouvrage hagiographique intitulĂ© Lafayette et la rĂ©volution de 1830, histoire des choses et des hommes de juillet (1832), le gĂ©nĂ©ral prend position en faveur du duc d'OrlĂ©ans pour quatre raisons : 1/ comme dĂ©mocrate, il lui est difficile de ne pas reconnaĂźtre la validitĂ© du choix de dĂ©putĂ©s qui viennent d'ĂȘtre rĂ©Ă©lus ; 2/ plusieurs dĂ©partements restent favorables Ă  la monarchie et il ne veut pas prendre le risque d'isoler l'insurrection dans Paris ; 3/ la RĂ©publique aurait fait encourir le risque d'une nouvelle guerre venue de l'extĂ©rieur ; 4/ La Fayette a toujours affirmĂ© ne pas vouloir du pouvoir pour lui-mĂȘme.
  37. ↑ Dans la nuit du 29, d’Argout et Vitrolles sont arrivĂ©s Ă  Saint-Cloud Ă  deux heures et demie du matin. Il a fallu rĂ©veiller Charles X, le convaincre de signer les ordonnances rapportant celles du 25 juillet, nommant le nouveau cabinet et reconstituant la Garde nationale de Paris.
  38. ↑ CitĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 578.
  39. ↑ En traversant Aubervilliers, un villageois l’interpelle : « Dites donc, vous autres, est-ce que vous allez chercher NapolĂ©on II ? Â» Et Louis-Philippe, pressant le pas, lance : « J’ai toujours beaucoup aimĂ© la cocarde tricolore... Â» À la sortie du village, il est reconnu par des paysans qui crient : « Vive le duc d’OrlĂ©ans ! Â»
  40. ↑ C’est ce qu’elle a dit, dans la matinĂ©e, au capitaine GĂ©rard, envoyĂ© vers dix heures par son oncle, le gĂ©nĂ©ral, pour annoncer que les dĂ©putĂ©s Ă©taient prĂȘts Ă  proclamer Louis-Philippe (Guy Antonetti, Op. cit., p. 580).
  41. ↑ CitĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 581.
  42. ↑ ibidem
  43. ↑ Alfred-Auguste Cuvillier-Fleury, Journal intime, Paris, Plon, tome I, p. 220.
  44. ↑ Cuvillier-Fleury, I, 216
  45. ↑ CitĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 582.
  46. ↑ Parmi lesquels : Louis BĂ©rard, Benjamin Delessert, Mathieu Dumas, Charles Dupin, Augustin Perier, Horace SĂ©bastiani.
  47. ↑ À l’emplacement oĂč, aujourd’hui, la rue Chauveau rejoint la Seine.
  48. ↑ En 1831, Mademoiselle fera Ă©lever Ă  cet emplacement un monument composĂ© d’une grande fontaine en bronze et marbre blanc de 6 Ă  7 mĂštres de haut, portant enchĂąssĂ© en son centre un boulet de canon encadrĂ© de deux inscriptions. À gauche on lit : « Le jeudi 29 juillet 1830, le boulet motif principal de ce bas-relief a Ă©tĂ© lancĂ© dans le parc du chĂąteau de Neuilly par les troupes de la Garde royale qui, repoussĂ©es de Paris, se retiraient sur le bois de Boulogne. Â» À droite : « Le vendredi 30 juillet de l’an 1830, c’est dans ce lieu que Louis-Philippe d’OrlĂ©ans rencontra les premiers envoyĂ©s du peuple français qui vinrent lui proposer d’accepter la lieutenance gĂ©nĂ©rale du royaume. Â»
  49. ↑ CitĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 584.
  50. ↑ Il dĂ©fendra toujours cette thĂšse. Cherchant Ă  faire reconnaĂźtre la monarchie de Juillet par la cour de Saint-James, il Ă©crira ainsi au prince LĂ©opold de Saxe-Cobourg le 19 aoĂ»t 1830 : « Non, cette formidable canonnade que nous avons entendue Ă  Neuilly pendant trois jours sur tous les ponts de Paris ne sortira jamais de mes oreilles. Mais ce que je dĂ©sire que vous sachiez et que vous disiez [Ă  la cour d’Angleterre], c’est que, pendant ces Ă©normes scĂšnes, le roi Charles X Ă©tait Ă  Saint-Cloud et moi Ă  Neuilly, il ne m’a envoyĂ© aucun message quelconque, et, en termes vulgaires, il ne m’a pas donnĂ© signe de vie. C’est au bout de ces quatre jours de silence de sa part que j’ai reçu l’appel des dĂ©putĂ©s rĂ©unis spontanĂ©ment et que, voyant qu’il n’y avait qu’une anarchie rĂ©publicaine Ă  attendre si je n’arrivais pas, j’ai pris mon parti et je me suis dĂ©vouĂ©. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 617)
  51. ↑ Le Moniteur du 2 aoĂ»t a publiĂ© la formule : « Une Charte sera dĂ©sormais une vĂ©ritĂ©. Â» avant de publier, le 3 aoĂ»t, un rectificatif donnant la version « La Charte Â». Louis-Philippe et Guizot ont toujours soutenu que cette seconde version Ă©tait la bonne, tandis que d’autres, comme BĂ©rard, ont affirmĂ© le contraire. DerriĂšre cette querelle se dessine un dĂ©bat entre ceux qui considĂ©raient que la rĂ©volution serait soldĂ©e par un simple changement de dynastie, et ceux qui estimaient nĂ©cessaire une rĂ©vision constitutionnelle de plus ou moins grande ampleur. C’est ce dernier parti qui sera retenu (V. Charte de 1830).
  52. ↑ ApprochĂ© par RĂ©musat le 30 juillet, La Fayette a ensuite confĂ©rĂ© avec Odilon Barrot, qui lui a recommandĂ© de soutenir le duc d’OrlĂ©ans. Ce dernier lui a envoyĂ© en Ă©missaires les gĂ©nĂ©raux GĂ©rard et Dumas. Enfin, le 31 juillet au matin, le ministre des États-Unis Ă  Paris, William Cabell Rives, l’a assurĂ© que son ralliement au duc d’OrlĂ©ans serait vu d’un bon Ɠil par la rĂ©publique amĂ©ricaine.
  53. ↑ Chateaubriand, MĂ©moires d’outre-tombe, XXXIII, 15 ; Paris, Gallimard, BibliothĂšque de la PlĂ©iade, 1951, tome II, p. 437.
  54. ↑ La Fayette a en effet reçu une balle dans la cuisse à la bataille de Brandywine le 11 octobre 1777.
  55. ↑ Il s’est autoproclamĂ© « gĂ©nĂ©ral en chef Â» de l’insurrection populaire et parade affublĂ© d’un uniforme de fantaisie, prĂȘtĂ© par les magasins de l’OpĂ©ra-Comique qui l’employaient dans l’opĂ©ra de Boieldieu Aline, reine de Golconde.
  56. ↑ CitĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 593.
  57. ↑ 500 orphelins, 500 veuves, 3 850 blessĂ©s.
ÉvĂ©nement de 1830
Date 1829-1830 18 mars 1830 16 mai 1830 25-26 juillet 1830 27-28-29 juillet 1830 29 juillet-9 août 9 août 1830-1848
ÉvĂ©nement Conflit Polignac/AssemblĂ©e Adresse des 221 Dissolution Ordonnances de Juillet Trois Glorieuses HĂ©sitation Monarchie de Juillet
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