Romains

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Romains

Rome antique

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Monarchie romaine
753 – 509 av. J.-C.
RĂ©publique romaine
509 – 27 av. J.-C.
Empire romain
27 av. J.-C. – 476
Empire byzantin
395 – 1453

Magistratures ordinaires
Consul
Proconsul
Préteur
Propréteur
Censeur
Tribun
Édile
Questeur
Magistratures extraordinaires
Dictateur
MaĂźtre de cavalerie
Tribun consulaire
Interroi
DĂ©cemvir
Triumvir
Titres et honneurs
Empereur romain
Auguste
CĂ©sar
Préfet du prétoire
TĂ©trarque
Dux
Magister militum
Princeps senatus
Pontifex maximus
Préfet de Rome
Imperator
LĂ©gat
Licteur
Institutions et lois
Constitution romaine
SĂ©nat romain
Assemblées
Magistrats
Cursus honorum
Auctoritas
Droit romain
Mos majorum
Citoyenneté
Imperium
Potestas
SĂ©rie Rome antique

La Rome antique est Ă  la fois la ville de Rome et l'État qu'elle fonde dans l'AntiquitĂ©. L'idĂ©e de Rome antique est insĂ©parable de celle de culture latine. C'est un destin extraordinaire que celui de ce regroupement de villages au VIIe siĂšcle av. J.-C., qui parvint Ă  dominer l'ensemble du monde mĂ©diterranĂ©en et ouest-europĂ©en du Ier au Ve siĂšcle par la conquĂȘte militaire et par l'assimilation des Ă©lites locales. Durant ses siĂšcles d'existence, la civilisation romaine passe d'une monarchie Ă  une rĂ©publique oligarchique puis Ă  un empire autocratique. Sa domination sur l'Europe de l'Ouest et la rĂ©gion mĂ©diterranĂ©enne a laissĂ© d'importantes traces archĂ©ologiques et de nombreux tĂ©moignages littĂ©raires, et elle a façonnĂ© pour toujours l'image de la civilisation occidentale.

Le tableau d'une ville progressant de maniĂšre continue ne correspond absolument pas Ă  la complexitĂ© des faits. Son histoire n'a pas Ă©tĂ© celle d'une croissance continue : aux progrĂšs, de rythmes d'ailleurs trĂšs variĂ©s, ont succĂ©dĂ© des stagnations ou parfois des replis. Mais les Romains sont parvenus Ă  rĂ©soudre les difficultĂ©s internes nĂ©es de la conquĂȘte sous la RĂ©publique en transformant leurs institutions rĂ©publicaines. La fondation de l'Empire par Auguste marque le dĂ©but d'une pĂ©riode oĂč la civilisation romaine, en partie hĂ©ritĂ©e des Grecs, influence durablement les rĂ©gions conquises. À partir du IIIe siĂšcle, le monde romain subit l'assaut des Barbares venus de l'Europe du Nord et de l'Asie, et pour leur rĂ©sister s'est donnĂ© une structure bureaucratique et militaire, ce qui n'a pas empĂȘchĂ© le brillant renouveau du IVe siĂšcle ainsi que l'Ă©tablissement du christianisme comme religion d'État. AprĂšs la sĂ©paration entre l'Orient et l'Occident en 395, de nouvelles invasions mettent fin Ă  l'Empire en Occident en 476.

En proie Ă  l'instabilitĂ© interne et aux attaques de la migration des peuples, la partie occidentale de l'Empire, comprenant l'Hispanie, la Gaule, la Bretagne, l'Afrique du Nord et l'Italie, se scinde en royaumes indĂ©pendants Ă  la fin du Ve siĂšcle. La partie orientale de l'Empire, gouvernĂ©e Ă  partir de Constantinople, incluant la GrĂšce, l'Anatolie, la Syrie et l'Égypte, survit Ă  cette crise, et malgrĂ© la perte de la Syrie et de l'Égypte Ă  l'Empire arabo-islamique naissant, renaĂźt et vit sur un autre millĂ©naire, jusqu'Ă  ce qu'elle soit annexĂ©e par l'Ă©mergence turc de l'Empire ottoman. Cet empire mĂ©diĂ©val et chrĂ©tien, appelĂ© « Empire romain Â» par leurs habitants, mais que les historiens dĂ©nomment gĂ©nĂ©ralement « Empire byzantin Â», est Ă  bien des Ă©gards hĂ©ritier de l'Empire romain.

La civilisation romaine est souvent regroupée dans l'Antiquité classique avec la GrÚce antique, une civilisation qui a inspiré une grande partie de la culture de la Rome antique. La Rome antique contribue grandement à l'élaboration du droit, des constitutions et des lois, de la guerre, de l'art et la littérature, de l'architecture et la technologie et des langues dans le monde occidental, et son histoire continue d'avoir une influence majeure sur le monde d'aujourd'hui.

Pour d'autres articles fondamentaux, consulter la « liste d'articles gĂ©nĂ©raux sur la Rome antique Â».
Carte de la ville de Rome au IVe siĂšcle
(Nouveau Larousse IllustrĂ©, XIXe siĂšcle, 1866-1877).
Évolution de la Rome antique et de l'Empire byzantin      Monarchie romaine   (753 av. J.-C. - 510 av. J.-C.).      RĂ©publique romaine   (509 av. J.-C. - 27 av. J.-C.).      Empire romain   (27 av. J.-C. - 395).      Empire romain d'Occident   (395 - 480).      Empire romain d'Orient   (395 - 641).      Empire byzantin   (641 - 1204 et 1260 - 1453).      Empire de NicĂ©e   (1204 - 1260).      Despotat d'Épire   (1204 - 1337).      Empire de TrĂ©bizonde   (1204 - 1461).      Despotat de MorĂ©e   (1308 — 1460).

Sommaire


La Rome royale

Premiers Romains

Les premiers Romains sont organisĂ©s en divisions hĂ©rĂ©ditaires appelĂ©es gentes ou « clans Â». Pendant longtemps, ce genre de divisions est familier de la majoritĂ© des Indo-EuropĂ©ens. Chaque clan se compose d’un agrĂ©gat de famille vivant sous la tutelle d’un patriarche, appelĂ© pater (mot latin pour « pĂšre Â»). Chaque gens constitue une unitĂ© qui s’autogouverne et chaque membre d’une gens particuliĂšre partage les mĂȘmes droits et les mĂȘmes responsabilitĂ©s que les autres membres. Chacun des clans se gouverne lui-mĂȘme de façon dĂ©mocratique (chaque membre peut voter) ou aristocratique (un groupe d’anciens gĂšre les problĂšmes). Bien avant la date traditionnelle de la fondation de Rome, une communautĂ© s’est fusionnĂ©e en confĂ©dĂ©ration, la ville d’Albe-la-Longue (Alba Longa) constituant son point de rassemblement. NĂ©anmoins, aprĂšs un certain temps, le siĂšge de cette confĂ©dĂ©ration se dĂ©place Ă  Rome[1].

Fondation de la Ville (753 av. J.-C.)

Article dĂ©taillĂ© : Fondation de Rome.

La ville de Rome est situĂ©e au centre de la pĂ©ninsule italienne, dans le sud-ouest de l'Europe et au nord du bassin mĂ©diterranĂ©en. Le site mĂȘme de la ville, avec ses sept collines et un espace marĂ©cageux au bord du Tibre, dans la plaine du Latium, est propice aux Ă©changes commerciaux. Les premiers Romains se sont probablement installĂ©s sur la rive gauche du Tibre, Ă  environ 24 km de l’embouchure de la riviĂšre. Le premier village indĂ©pendant se trouve sĂ»rement sur le Palatin. D’autres se sont formĂ©es sur le Quirinal, l’Esquilin, le Capitole et sur les collines du Caelius. Au sommet de chaque colline se tient une citadelle protĂ©geant les habitants. TrĂšs tĂŽt, ces villages ont fusionnĂ© pour former la ville de Rome. Autour de cette pĂ©riode, il existe probablement des extensions vers le sud ainsi que le long de la rive gauche jusqu’à l’embouchure du Tibre[2].

LĂ©gendes

ÉnĂ©e portant Anchise, ƓnochoĂ© Ă  figures noires, vers 520-510 av. J.-C., musĂ©e du Louvre (F 118).
Les peuples dans la pĂ©ninsule italienne au dĂ©but de l'Ăąge du fer :
     Ligures.     VĂ©nĂštes.     Ă‰trusques.     PicĂ©niens.     Ombriens.      Latins.     Osques.     Messapes.     Grecs.     Sicules.

La naissance de Rome est Ă©voquĂ©e dans des rĂ©cits lĂ©gendaires racontĂ©s par Virgile, Tite-Live et Denys d'Halicarnasse, entre autres. Dans L’ÉnĂ©ide, long poĂšme Ă  la gloire de l'empereur Auguste, Virgile raconte les aventures du troyen ÉnĂ©e, fils de VĂ©nus. Celui-ci parvient Ă  s'enfuir de Troie quand celle-ci est saccagĂ©e par les AchĂ©ens avec son fils Ascagne (ou Iule), un groupe de Troyens et en portant son pĂšre Anchise sur ses Ă©paules. AprĂšs de nombreuses aventures et des amours contrariĂ©es avec Didon, la reine de Carthage, il dĂ©barque dans le Latium oĂč il fonde la ville de Lavinium. Son fils Ascagne fonde Albe-la-Longue. Cette lĂ©gende permet de donner Ă  Jules CĂ©sar et son hĂ©ritier Auguste une origine divine puisqu'ils se prĂ©sentent comme les descendants d'Ascagne[3],[4],[5].

La louve capitoline (selon la légende, Rome est fondée par Romulus et Rémus, qui, dans leur enfance, auraient été nourris par une louve).

AprĂšs Ascagne, douze rois se succĂšdent Ă  Albe. Le treiziĂšme, Numitor, est dĂ©trĂŽnĂ© par son frĂšre Amulius. Pour Ă©carter tout futur rival, celui-ci fait de sa niĂšce, RhĂ©a Silvia, une vestale, c'est-Ă -dire une prĂȘtresse de Vesta ayant l'obligation de rester vierge. Mais le dieu Mars tombe amoureux d'elle et de leur union naissent deux jumeaux, Romulus et RĂ©mus. La jeune vestale est emmurĂ©e vivante et ses fils sont exposĂ©s sur le Tibre (selon Denys d'Halicarnasse de nombreuses versions existent, tout aussi bien sur le viol que sur la peine infligĂ©e). Ils sont d'abord recueillis par une louve qui les allaite puis par un couple de bergers qui les Ă©lĂšve[6],[7].

Devenus adultes, ils restaurent le trĂŽne de leur grand-pĂšre Numitor et dĂ©cident de fonder une nouvelle ville. Ils s'en remettent aux auspices pour savoir lequel d'entre eux rĂ©gnera sur la ville, mais une dispute Ă©clate entre les deux frĂšres. Au cours de la bagarre, Romulus tue RĂ©mus. Cette lĂ©gende prend sa forme dĂ©finitive Ă  la fin du IVe siĂšcle av. J.-C. Selon la tradition, la fondation de Rome remonte Ă  753 av. J.-C. Les Romains comptent les annĂ©es Ă  partir de la date supposĂ©e de la naissance de leur citĂ© (Ab Urbe condita)[8],[9].

Archéologie

Les recherches archĂ©ologiques ont permis de trouver sur le mont Palatin, des cabanes de bergers datant du milieu de VIIIe siĂšcle av. J.-C., ce qui correspond Ă  la date lĂ©gendaire de la naissance de Rome. Les vestiges trouvĂ©s montrent qu'Ă  partir de ce moment, la citĂ© connaĂźt un dĂ©veloppement continu[10].

DĂ©buts de la Monarchie (VIIIe et VIIe siĂšcles av. J.-C.)

La Monarchie peut ĂȘtre divisĂ©e en deux pĂ©riodes. La premiĂšre voit le rĂšgne des quatre premiers rois lĂ©gendaires, mettant sur pied les fondations des institutions politiques et religieuses de la ville. Celle-ci est organisĂ©e en curies, le SĂ©nat et les comices deviennent officiels. Rome s’engage dans plusieurs guerres de conquĂȘte. C’est Ă  cette Ă©poque que serait fondĂ© le port d’Ostie et qu’est construit le premier pont sur le Tibre[11].

Familles patriciennes et leur division en curies

Articles dĂ©taillĂ©s : Patricien et Curie (Rome antique).
Dominique Ingres, Romulus, vainqueur d'Acron, porte les dĂ©pouilles opimes au temple de Jupiter FĂ©rĂ©trien, 1812, École des Beaux Arts, Paris.

Les Romains sont divisĂ©s en trois groupes ethniques. Suivant la tradition, le premier groupe est appelĂ© les Ramnes. Ce groupe, composĂ© des Latins, habite les premiers villages. Le deuxiĂšme groupe est appelĂ© les Tities et reprĂ©sente probablement l’élĂ©ment sabin, intĂ©grĂ© Ă  la communautĂ© plus large. Les origines du troisiĂšme groupe, les Luceres, restent inconnues des historiens antiques, comme c’est toujours le cas aujourd’hui. NĂ©anmoins, ce groupe reprĂ©sente certainement l’élĂ©ment Ă©trusque. Les familles appartenant Ă  l’un des ces trois groupes constituent les premiĂšres familles patriciennes. Afin d’organiser la ville, ces familles patriciennes l’ont divisĂ© en unitĂ©s appelĂ©es curies, bien que selon la lĂ©gende, cette organisation soit imputĂ©e au premier roi, Romulus. Chacun des trois groupes ethniques est divisĂ© en dix curies[12].

Création du Sénat, des comices et Roi de Rome

Article dĂ©taillĂ© : Constitution de la Monarchie romaine.

Quelques uns des clans s’autogouvernent de façon dĂ©mocratique avec chaque membre possĂ©dant le droit de vote. D’autres s’autogouvernent de façon aristocratique, organisĂ©s autour d’un conseil d’anciens. Quand ces clans ont fusionnĂ© pour donner naissance Ă  une plus large communautĂ©, les deux mĂ©thodes ont Ă©tĂ© conservĂ©es pour gouverner.

Les premiers Romains s’expriment dĂ©mocratiquement au travers d’une comitia (« assemblĂ©e Â» ou « comice Â»). Les deux principales assemblĂ©es formĂ©es sont connues sous les noms de comices curiates et de comices calates. Les comices sont l’incarnation des tendances dĂ©mocratiques des premiers clans. Pour mieux respecter la forme de dĂ©mocratie directe utilisĂ©e par les clans confĂ©dĂ©rĂ©s, les deux comices sont organisĂ©es de façon Ă  reflĂ©ter au mieux les divisions ethniques de la ville. Les comices sont donc organisĂ©es par curies. Les membres de chacun des trois groupes ethniques (Ramnes, Tities et Luceres) sont assignĂ©s Ă  une curie prĂ©cise, chaque groupe Ă©tant divisĂ© en dix curies.

L’équivalent aristocratique des assemblĂ©es prend la forme d’un conseil municipal des anciens. Alors que les conseils de chaque clan se composent des anciens des familles dirigeantes du clan, le conseil municipal se compose des anciens appartenant aux clans dirigeants de la ville, conseil qui deviendra le SĂ©nat. Celui-ci (selon la lĂ©gende) se compose de 300 anciens (des patres) venant de chacun des trois groupes ethniques et constituant les premiers sĂ©nateurs romains[13].

Le peuple et les anciens reconnaissent la nĂ©cessitĂ© d’avoir un dirigeant politique unique, appelĂ© le rex. Le peuple Ă©lit le roi tandis que les anciens le conseillent[13].

Monarchie tardive (VIe siĂšcle av. J.-C.)

La deuxiĂšme pĂ©riode, plus riche en Ă©vĂšnements que la premiĂšre, voit le rĂšgne des trois derniers rois lĂ©gendaires, l’importante expansion du territoire romain et le dĂ©veloppement de la classe plĂ©bĂ©ienne avec son intĂ©gration partielle Ă  la structure politique de la ville. Enfin, cette seconde pĂ©riode voit les seuls rois Ă©trangers ayant rĂ©gnĂ© sur Rome avec leurs successions basĂ©es sur l’hĂ©rĂ©ditĂ©. Les trois rois Ă©trusques semi-lĂ©gendaires entament une politique de conquĂȘte. Sans se pencher en dĂ©tail sur le degrĂ© de vĂ©racitĂ© de ces lĂ©gendes, il est trĂšs probable que de telles conquĂȘtes aient bien eu lieu Ă  la fin de la Monarchie. Il devient alors nĂ©cessaire de dĂ©terminer ce qui doit ĂȘtre fait des peuples conquis[13].

Le premier roi Ă©trusque de Rome, Tarquin l'Ancien, succĂšde Ă  Ancus Marcius. Il a Ă©tĂ© suggĂ©rĂ© que Rome a Ă©tĂ© envahi par les Étrusques, bien que cela reste improbable. La ville est situĂ©e sur une position facilement dĂ©fendable et son expansion rapide attire les populations de toute la rĂ©gion. La politique libĂ©rale de la ville constitue une opportunitĂ© pour un dirigeant compĂ©tent de gagner le trĂŽne[14].

Apparition de la classe plébéienne

Article dĂ©taillĂ© : PlĂšbe.

Le plus souvent, les habitants dont les villes ont Ă©tĂ© conquises y demeurent. Leur vie quotidienne et leur systĂšme de gouvernement restent les mĂȘmes, mais leurs villes perdent leur indĂ©pendance vis-Ă -vis de Rome. NĂ©anmoins, un certain nombre vient Ă  Rome. Pour acquĂ©rir un statut Ă©conomique viable et lĂ©gal, les nouveaux arrivants doivent accepter une dĂ©pendance envers une famille patricienne ou envers le roi (qui est lui-mĂȘme un patricien) ; ils deviennent alors clients d’une famille patricienne. En fin de compte, ceux qui s’étaient attachĂ©s au roi sont libĂ©rĂ©s de leur dĂ©pendance. Ces derniers constituent alors les premiers plĂ©bĂ©iens[15].

Comme Rome s’agrandit, de plus en plus de soldats sont nĂ©cessaires aux conquĂȘtes. Les non-patriciens appartiennent Ă  la mĂȘme curie que leurs patrons. En ce temps, l’armĂ©e est organisĂ©e sur la base des curies, de sorte que les individus dĂ©pendants de familles doivent se battre. NĂ©anmoins, quand ils sont dĂ©livrĂ©s de leur dĂ©pendance, ils quittent la curie Ă  laquelle appartient leur patron. Ils ne sont alors plus obligĂ©s de se battre mais ils perdent tout statut politique ou Ă©conomique[16].

Pour faire revenir ces plĂ©bĂ©iens dans l’armĂ©e, les patriciens ont du faire des concessions, dont on ne connaĂźt pas exactement la nature. Une des consĂ©quences est que les plĂ©bĂ©iens ont dĂ©sormais le droit de possĂ©der leurs propres terres. Devenus propriĂ©taires terriens, ils ont maintenant tout intĂ©rĂȘt Ă  dĂ©fendre la ville car si elle venait Ă  ĂȘtre conquise, ils perdraient toutes leurs terres. NĂ©anmoins, il ne leur est donnĂ© aucun pouvoir politique[17]. Tous ces Ă©lĂ©ments qui se mettent en place conduiront Ă  la Guerre des ordres sous la RĂ©publique.

RĂ©organisation servienne de l’armĂ©e

Pour faire revenir les plĂ©bĂ©iens dans l’armĂ©e, le roi Servius Tullius abolit l’ancien systĂšme qui organise les armĂ©es sur la base des curies et le remplace par un systĂšme basĂ© sur la propriĂ©tĂ© terrienne. Suivant la rĂ©organisation de Servius Tullius, deux nouvelles unitĂ©s sont crĂ©Ă©es. L’armĂ©e est divisĂ©e en centuries (centuriae). De futures rĂ©organisations seront plus efficaces en se basant sur les tribus[18]. Les centuries se rassemblent dans une nouvelle assemblĂ©e appelĂ©e comitia centuriata (comices centuriates). À sa crĂ©ation, cette assemblĂ©e ne dispose d’aucun pouvoir politique ou lĂ©gislatif. Elle est simplement utilisĂ©e comme point de rĂ©union de l’armĂ©e[19].

Des rois mythologiques

Le philologue et comparatiste Georges DumĂ©zil voit dans la succession des premiers rois un exemple des fonctions tripartites indo-europĂ©ennes[20],[21] : Romulus le fondateur et le pieux Numa Pompilius exercent la fonction souveraine, Ă  la fois organisatrice et sacerdotale, Tullus Hostilius la fonction guerriĂšre, Ancus Marcius la fonction productrice. À chaque souverain lĂ©gendaire, on attribue donc une contribution particuliĂšre dans la naissance et la crĂ©ation des institutions romaines et dans le dĂ©veloppement socio-politique de la citĂ©. Des rois Ă©trusques, Tarquin l'Ancien urbanise Rome, Servius Tullius organise la population citadine et militaire et Tarquin le Superbe, par son comportement, prĂ©cipite l'instauration de la RĂ©publique[22].

La RĂ©publique romaine

Le mot « rĂ©publique Â» vient du latin res publica, ce qui signifie « la chose publique Â». Gouverner la citĂ© est donc une affaire publique et collective. La devise de la RĂ©publique est Senatus Populusque Romanus, « le SĂ©nat et le peuple romain Â». Elle symbolise l'union du SĂ©nat romain, oĂč siĂšgent Ă  l'origine les familles patriciennes, et de l'ensemble des citoyens romains. En effet, les Romains sont divisĂ©s en deux groupes, les patriciens et les plĂ©bĂ©iens. Ces derniers forment la masse des artisans et paysans. Ils vivent en-dehors de l'organisation patricienne et n'honorent aucun ancĂȘtre particulier. Les patriciens sont souvent propriĂ©taires de vastes domaines cultivĂ©s. Ils appartiennent Ă  de cĂ©lĂšbres familles, les gentes. Chaque gens a ses propres cultes dont celui des ancĂȘtres et ses traditions. Elle comprend un nombre plus ou moins grand de clients qui doivent obĂ©issance Ă  leur « patron Â» et reçoivent en Ă©change aide et assistance en cas de besoin.

AvĂšnement de la RĂ©publique (Ve et dĂ©but IVe siĂšcles av. J.-C.)

Paragraphe dĂ©taillĂ© : AvĂšnement de la RĂ©publique romaine.

Fin des rois Ă©trusques et instauration de la RĂ©publique

Vue romantique de Rome, avec le Tibre, le mur servien et le pont Sublicius, dominée par le Capitole et le temple dédié à la triade de Jupiter, Junon et Minerve.

L'histoire des dĂ©buts de la RĂ©publique est trĂšs obscure : en-dehors des dĂ©couvertes archĂ©ologiques, qui ne permettent qu'exceptionnellement une narration des Ă©vĂšnements, on ne possĂšde pas de sources contemporaines de cette pĂ©riode. On ne peut donc en Ă©crire l'histoire qu'Ă  partir des rĂ©cits historiques qu'en donnent les Romains eux-mĂȘmes, rĂ©cits souvent imprĂ©cis, parfois contradictoires, oĂč la lĂ©gende et la rĂ©Ă©criture Ă  des fins politiques se mĂȘlent au souvenir des Ă©vĂšnements les plus anciens. NĂ©anmoins, bien qu'il soit Ă©vident que la tradition enjolive les faits pour ne pas donner Ă  Rome le mauvais rĂŽle, il est aujourd'hui admis que la tradition romaine se base sur des faits historiques, mĂȘme s'il est trĂšs difficile et souvent impossible de dĂ©mĂȘler le vrai du faux[23].

Selon les traditions, Junius Brutus, le neveu du dernier roi Tarquin le Superbe, est le fondateur lĂ©gendaire de la RĂ©publique romaine, en 509 av. J.-C. Tarquin est renversĂ© car il use de ses pouvoirs pour instituer une tyrannie. Ses abus sont si extrĂȘmes que le SĂ©nat et le peuple de Rome voient mĂȘme le concept de la monarchie comme odieux. Le SĂ©nat perd le contrĂŽle de l'Ă©lection des nouveaux sous la dynastie Ă©trusque des Tarquins, et c’est cette atteinte Ă  la souverainetĂ© du SĂ©nat, plutĂŽt qu’une tyrannie intolĂ©rable, qui pousse les patriciens, plutĂŽt que le peuple entier, Ă  chasser le dernier roi. Tarquin le Superbe soulĂšve des villes Ă©trusques contre la rĂ©publique naissante qui les vainc. Porsenna, roi Ă©trusque de Clusium, assiĂšge alors Rome pour rĂ©tablir Tarquin, mais renonce devant l’obstination des Romains. Les auteurs modernes remettent en cause tous les divers Ă©vĂšnements obscurs narrĂ©s par les historiographes romains, notamment l'Ă©pisode de Porsenna[24]. Cependant, nombre de villes latines se dĂ©font du joug Ă©trusque Ă  la fin du VIe siĂšcle av. J.-C. Le tyran se rĂ©fugie ensuite Ă  Tusculum oĂč il pousse son gendre Octavius Mamilius Ă  la guerre. AlliĂ© des Latins, il mĂšne l'ultime combat contre Rome au lac RĂ©gille oĂč il est vaincu, puis meurt quelques annĂ©es plus tard Ă  Cumes oĂč il fait de son hĂŽte, le tyran AristodĂšme, son hĂ©ritier[25],[26].

Quelques lĂ©gendes suggĂšrent que la Monarchie diffĂšre radicalement de la RĂ©publique naissante. Il est plus probable qu'il y ait eu une transition plus graduelle. Il se peut qu'il y ait eu un renversement rapide de la Monarchie, mais le seul changement immĂ©diat Ă  ce moment-lĂ  est le remplacement du roi par une magistrature Ă  deux tĂȘtes limitĂ©e en temps. Les autres changements se sont probablement produits plus progressivement que la tradition ne le suggĂšre.

Guerres extérieures

La RĂ©publique romaine au dĂ©but du Ve siĂšcle av. J.-C.

La bataille du lac RĂ©gille, ainsi que l'Ă©chec de Porsenna, marque dĂ©finitivement la fin du rĂšgne des Tarquins Ă  Rome. En 493 av. J.-C., une alliance est signĂ©e avec la Ligue latine : le fƓdus Cassianum. Elle met fin Ă  la guerre entre Romains et Latins et place Rome Ă  Ă©galitĂ© de pouvoir avec tous les membres de la Ligue latine rĂ©unis. Cela crĂ©Ă© autour de Rome un rempart contre les Volsques et les Èques[27],[28] puisque Rome s'allie aussi aux Herniques en 486 av. J.-C[29]. L'histoire romaine du Ve siĂšcle av. J.-C. est secouĂ©e de guerres contre les Volsques et les Èques ainsi que parfois les Sabins, mais Rome rĂ©siste et repousse les montagnards, leurs infligeant de lourdes dĂ©faites et des trĂȘves plus ou moins longues, malgrĂ© quelques revers[30].

Rome et VĂ©ies s'opposent pour des motifs Ă©conomiques. GrĂące Ă  FidĂšnes, situĂ©e en amont de Rome sur un guĂ© du Tibre, VĂ©ies contrĂŽle la Via Salaria et le trafic du sel dans la rĂ©gion[31],[32]. Une premiĂšre guerre, privĂ©e, est menĂ©e par les Fabiens, massacrĂ©s Ă  la bataille du CrĂ©mĂšre[33]. Ensuite, vers 435 av. J.-C., Rome s'empare de FidĂšnes une premiĂšre fois[34], qui devient une colonie romaine, puis dĂ©finitivement en 425 av. J.-C, annĂ©e oĂč une trĂȘve de 20 ans est conclue[35]. En 406 av. J.-C., Rome assiĂšge VĂ©ies[36]. La guerre et le siĂšge durent dix ans, jusqu'en 396 av. J.-C., La ville Ă©trusque tombe aux mains des Romains dirigĂ©s par le dictateur Camille en l'an 396 av. J.-C[37]. Cette guerre et cette prise est un Ă©vĂšnement majeur dans l'histoire romaine : pour la premiĂšre fois, les soldats-paysans restent dans l'armĂ©e plus d'une annĂ©e entiĂšre, sans rentrer chez eux pour l'hiver, et pour la premiĂšre fois, en compensation, ils reçoivent une paie tirĂ©e d'un nouvel impĂŽt payĂ© par les propriĂ©taires terriens, le tributum[38]. Le territoire romain double presque de taille et Rome prend l'ascendant dans l'alliance Ă©ternelle entre Ă©gaux conclue avec la Ligue latine, dominant les autres citĂ©s. Ainsi, Rome n'a jamais Ă©tĂ© si forte et aucune citĂ© latine ou Ă©trusque ne semble pouvoir lui faire de l'ombre[39].

Mais en 390 av. J.-C., une horde gauloise, menĂ©e par Brennus, Ă©crase l'armĂ©e romaine. Les instances religieuses et les objets sacrĂ©s sont mis en sĂ©curitĂ© Ă  Caere, une alliĂ©e, avant que les Gaulois ne s'emparent de Rome et assiĂšgent le Capitole, oĂč les derniers dĂ©fenseurs rĂ©sistent[40]. Si l'on en croit les traditions, Rome est totalement mise Ă  sac, dĂ©truite et brĂ»lĂ©e[41], seul le Capitole est Ă©pargnĂ©, dĂ©fendu hĂ©roĂŻquement (Ă©pisode des oies du Capitole notamment[42]). En rĂ©alitĂ©, il se peut qu'il ne s'agisse que d'un pillage gĂ©nĂ©ral, les Gaulois dĂ©pouillant tout, surtout les temples, plutĂŽt que d'une mise Ă  sac radical. Ce sac reste Ă  jamais un traumatisme pour la RĂ©publique romaine, et il se peut donc que les traditions soient trĂšs exagĂ©rĂ©es[43]. Le sac de Rome n'est qu'un Ă©vĂšnement mineur dans une guerre opposant les tyrans de Syracuse, Denys l'Ancien au dĂ©but du IVe siĂšcle av. J.-C., alliĂ©s des Gaulois, aux Étrusques, qui sont visĂ©s par l'attaque gauloise, et qui subissent de graves pertes Ă  l'instar de Rome[44].

Institutions primitives et lutte patriciat/plĂšbe

Au lendemain de la chute de la monarchie, le SĂ©nat et surtout les deux seuls magistrats rĂ©cupĂšrent le pouvoir suprĂȘme, et on passe d'un systĂšme monarchique Ă  un systĂšme oligarchique. Ce changement de gouvernement ne profite qu'Ă  une minoritĂ©, la nouvelle Ă©lite : le patriciat. De nombreux plĂ©bĂ©iens sont trĂšs endettĂ©s, et subissent donc la loi du patriciat.

La premiĂšre sĂ©cession de la plĂšbe a lieu en 495 av. J.-C. et la plĂšbe obtient la crĂ©ation de la magistrature du tribunat de la plĂšbe interdite aux patriciens, chargĂ©e de dĂ©fendre son intĂ©rĂȘt. Les tribuns de la plĂšbe sont inviolables. Ils peuvent s'opposer Ă  n'importe quelle loi proposĂ©e par les autres magistrats : c'est l’intercessio[45]. Les tribuns de la plĂšbe gagnent du pouvoir petit-Ă -petit. Par la Lex Publilia Voleronis, les plĂ©bĂ©iens s’organisent par tribu [46],[47], se rendant politiquement indĂ©pendants des patriciens[48].

Ensuite, ils réclament la mise par écrit des lois, par l'intermédiaire du projet de la Lex Terentilia, autour duquel Rome se déchire pendant une décennie[49], jusqu'à ce qu'une commission extraordinaire, les décemvirs, soit établie pour rédiger des lois écrites. La loi des Douze Tables est rédigée en deux fois. La seconde commission de décemvirs tente de maintenir son pouvoir absolu, mais devant la sécession de la plÚbe, retirée sur le Mont Sacré, ils doivent démissionner, et la loi est approuvée par le peuple romain[50],[51],[52]. Selon les études modernes, le second décemvirat ne serait jamais survenu[24],[53]. La loi des Douze Tables constitue le premier corpus de lois romaines écrites. Leur rédaction est l'acte fondateur du droit romain, de la constitution de la République romaine et du mos maiorum.

Une sĂ©rie de lois est ensuite votĂ©e, par lesquelles les plĂ©biscites promulguĂ©s par les comices tributes ont force de loi sous rĂ©serve que le SĂ©nat les ratifie, le droit d'appel au peuple est rĂ©tabli, la sacrosaintetĂ© et l'inviolabilitĂ© des tribuns de la plĂšbe sont proclamĂ©es : ce sont les leges Valeriae Horatiae[54], ainsi que la suppression de l'interdiction de mariage entre plĂ©bĂ©iens et patriciens : la lex Canuleia. Le SĂ©nat, pour faire face Ă  la demande que le consulat s'ouvre aux plĂ©bĂ©iens, propose la crĂ©ation du tribunat militaire Ă  pouvoir consulaire, ouvert Ă  tous, et ayant presque tous les pouvoirs du consulat, exceptĂ©s ceux donnĂ©s Ă  une nouvelle magistrature patricienne, la censure[55]. Au dĂ©but, les patriciens accaparent la nouvelle magistrature, mais petit Ă  petit, les plĂ©bĂ©iens sont de plus en plus nombreux Ă  accĂ©der au tribunat militaire Ă  pouvoir consulaire, qui devient presque systĂ©matique, remplaçant le consulat.

En 376 av. J.-C., une sĂ©rie de lois est proposĂ©e pour amĂ©liorer la situation de la plĂšbe Ă  Rome. Il s'agit de lois politiques, Ă©conomiques et sociales, visant Ă  partager le pouvoir suprĂȘme entre plĂ©bĂ©iens et patriciens, Ă  lutter contre l'accaparement par les patriciens des terres rĂ©cemment annexĂ©es autour de Rome (ager publicus), et Ă  soulager la plĂšbe qui est Ă©crasĂ©e de dettes : les mesures proposĂ©es sont le rĂ©tablissement du consulat, avec obligatoirement un Ă©lu plĂ©bĂ©ien parmi les deux consuls, l'interdiction d’occuper plus de 500 jugĂšres sur l’ager publicus et la dĂ©duction du capital des intĂ©rĂȘts dĂ©jĂ  payĂ©s et l'Ă©talement du remboursements des dettes sur trois ans, ainsi que la suppression du nexum. Les trois lois, unies en une seule pour le vote, sont approuvĂ©es[56]. Le consulat plĂ©bĂ©ien ouvre implicitement l'accĂšs Ă  la dictature et Ă  la censure. Durant toute cette pĂ©riode, la RĂ©publique romaine fait face Ă  une multitude d'ennemis, et est sans cesse en guerre contre des peuples italiques, en ayant souvent recours Ă  l'Ă©lection d'un dictateur pour faire face aux menaces extĂ©rieures, et est plusieurs fois proche de la catastrophe, comme lors du sac de Rome en 390 av. J.-C.

ConquĂȘte de l'Italie (IVe et dĂ©but IIIe siĂšcles av. J.-C.)

Le IVe siĂšcle av. J.-C. reprĂ©sente un tournant majeur dans l'histoire de Rome, car il pose les bases de l'expansion qui est suivie par l'extension du territoire romain jusqu’à la Campanie, malgrĂ© la rĂ©sistance forte des montagnards samnites. Les historiens contemporains identifient plusieurs facteurs qui expliquent ces changements : le traumatisme des invasions gauloises et les difficultĂ©s qui suivirent avec ses voisins, semblent avoir persuadĂ©s les Romains de ne plus accepter de menaces et d'entamer une expansion que l'on peut parfois qualifier d'« impĂ©rialisme dĂ©fensif Â».

Guerre des ordres

Article dĂ©taillĂ© : Guerre des ordres.

La pĂ©riode qui suit le vote des lois licinio-sextiennes voit l’émergence de tendances alarmantes, tel que le rapprochement continu des tribuns et des sĂ©nateurs. Vers le milieu du IVe siĂšcle av. J.-C., le concile plĂ©bĂ©ien ratifie la Lex Ovinia qui permet aux censeurs de dĂ©cider de l'entrĂ©e de n’importe quel magistrat nouvellement Ă©lu au SĂ©nat. Les plĂ©bĂ©iens dĂ©tenant dĂ©jĂ  de nombreuses magistratures, leur nombre au SĂ©nat augmente probablement rapidement. Le rapprochement entre les tribuns et le SĂ©nat facilite la crĂ©ation d’une nouvelle aristocratie plĂ©bĂ©ienne : la plupart des plĂ©bĂ©iens Ă©lus aux magistratures proviennent d’une de ces familles plĂ©bĂ©iennes. Cette nouvelle aristocratie plĂ©bĂ©ienne se fond bientĂŽt dans l’ancienne aristocratie patricienne, crĂ©ant une aristocratie combinĂ©e « patricio-plĂ©bĂ©ienne Â»[57].

En 287 av. J.-C., les plĂ©bĂ©iens font sĂ©cession. Pour mettre un terme Ă  cette nouvelle sĂ©dition, lois hortensiennes sont adoptĂ©es, qui donnent force de loi aux rĂ©solutions de l’assemblĂ©e de la plĂšbe (plĂ©biscites) sans ratification du SĂ©nat. La signification fondamentale de cette loi dans les faits est qu’elle retire aux patriciens toute possibilitĂ© de s’opposer aux plĂ©bĂ©iens, ce qui entraĂźne que les sĂ©nateurs plĂ©bĂ©iens ont dorĂ©navant les mĂȘmes droits que les sĂ©nateurs patriciens. Par consĂ©quent, le contrĂŽle de l’état ne retombe pas sur les Ă©paules de la dĂ©mocratie mais sur les Ă©paules de cette nouvelle aristocratie « patricio-plĂ©bĂ©ienne Â»[58].

Une armée de citoyens

Article dĂ©taillĂ© : ArmĂ©e romaine.
Centurion dans une reconstitution historique.

Seuls les citoyens propriétaires ont le devoir de se battre pour la République. Les plus riches combattent dans la cavalerie (equites), les autres sont fantassins (pedites)[59]. AprÚs les réformes de Camille[60], ils forment des légions d'environ 4 500 hommes, composées notamment des hastati, les jeunes citoyens (iuniores) bien entraßnés en premiÚre ligne, des principes, eux aussi iuniores mais plus expérimentés, en deuxiÚme ligne, et des triarii, les seniores, qui forment la derniÚre ligne et la réserve. Les plus pauvres combattent en tant que vélites. Il existe aussi des troupes auxiliaires composées de soldats ne jouissant pas de la citoyenneté romaine qui assistent les légions. Il rÚgne dans la légion une discipline rigoureuse.

Histoire de la conquĂȘte

En 390 av. J.-C., Rome est prise par les Gaulois et subit son premier sac. Pour les Romains, cet Ă©pisode est vĂ©cu comme une catastrophe nationale. La citĂ© met longtemps Ă  se relever de ce dĂ©sastre[61]. AprĂšs quelques accrochages avec ses voisins, notamment les Ă©trusques de Tarquinii vaincus et quelques villes latines rebelles, et aprĂšs avoir fait face Ă  de nouveaux raids gaulois, Rome commence la conquĂȘte de l'Italie[62].

Rome a su mettre fin Ă  ses divisions sociales et peut donc proposer un modĂšle politique sĂ©duisant aux aristocraties des autres citĂ©s mĂ©diterranĂ©ennes, atout diplomatique non nĂ©gligeable. La diplomatie joue en effet dans la conquĂȘte romaine un rĂŽle souvent nĂ©gligĂ© au profit des aspects purement militaires. La deditio de Capoue en 343 av. J.-C. en constitue le meilleur exemple : pour bĂ©nĂ©ficier de la protection romaine, la citĂ© campanienne de Capoue se livre complĂštement Ă  Rome qui voit sa zone d'action traditionnelle brutalement Ă©tendue Ă  la riche rĂ©gion qu'est la Campanie[63],[64]. L'interpĂ©nĂ©tration des Ă©lites est si importante que l'on parle parfois d'« Ă©tat romano-campanien Â»[65], toujours est-il qu'un mĂ©canisme essentiel des conquĂȘtes Ă  venir s'est mis en place : Rome s'appuie sur les aristocraties locales, ou sur une partie de ces aristocrates, pour Ă©tendre son territoire, en Ă©change elle offre Ă  ces aristocraties la stabilitĂ© politique et l'insertion valorisante dans un ensemble plus vaste, l'accĂšs Ă  une Ă©chelle supĂ©rieure. Ainsi, lors de la premiĂšre guerre samnite, les Romains interviennent, en 343 av. J.-C., pour protĂ©ger Capoue des Samnites. Les Samnites sont vaincus en 341 av. J.-C. mais Rome ne peut exploiter son succĂšs et doit se replier Ă  cause du soulĂšvement des Latins, qui menacent directement Rome[66].

S'ensuivent les guerres latines, qui opposent Rome Ă  la Ligue latine, entourant en partie le territoire romain. Une tentative de la part des peuples latins d'acquĂ©rir leur indĂ©pendance de Rome est la principale cause de la guerre. La dĂ©faite des Latins voit la dissolution de la Ligue latine prononcĂ©e, ainsi que l'incorporation de ses territoires dans la sphĂšre d'influence romaine. À cette occasion les Latins obtiennent des droits partiels et diffĂ©rents niveaux de citoyennetĂ© et leurs villes sont transformĂ©es, soit en municipes, soit en colonies romaines[67]. Entre 336 et 327 av. J.-C., Rome s'impose plus au sud de l'Italie et en Campanie, et stabilise les territoires nouvellement conquis[68].

La fondation romaine de FrĂ©gelles Ă  la frontiĂšre samnite et de graves tensions Ă  Naples provoque une rĂ©action hostile immĂ©diate des Samnites. Le conflit durera prĂšs de 40 ans. Les Romains remportent les premiĂšres batailles, mais aprĂšs plusieurs annĂ©es de guerres de frontiĂšres, les consuls romains dĂ©cident, en 321 av. J.-C., de porter la guerre en territoire samnite, initiative qui se termine par la capture humiliante de deux lĂ©gions par le samnite Caius Pontius Ă  la bataille des Fourches Caudines. Les hostilitĂ©s prennent fin en 316 av. J.-C. et la trĂȘve est en faveur des Samnites, qui obtiennent des Romains la cession de la colonie romaine de FrĂ©gelles[69]. Les hostilitĂ©s reprennent en 314 av. J.-C., et Rome bat une vaste coalition rassemblant les Samnites, les Étrusques, les Ombriens, les Marses, les Herniques, les PĂ©ligniens et les Salentins[70]. En 304 av. J.-C., les Marses, les PĂ©ligniens, les Marrucins et les Volsques sont Ă  leur tour Ă©crasĂ©s et soumis. Les Èques, vaincus par une campagne Ă©clair, sont annexĂ©s[71]. En 295 av. J.-C., les Samnites rĂ©ussissent Ă  faire pĂ©nĂ©trer une armĂ©e en Italie du Nord, secondĂ©s par leurs alliĂ©s Ă©trusques et ombriens, qui sont en guerre contre Rome depuis 302 av. J.-C. De plus, ils profitent de la prĂ©sence des Gaulois qui depuis 299 av. J.-C. font des incursions rĂ©guliĂšres en Italie du Nord. Les Romains Ă©crasent cette coalition et le territoire samnite est envahi : ces derniers capitulent en 290 av. J.-C., Rome asservit leurs villes et annexe leur territoire[72].

Campagnes de Pyrrhus Ier d'Épire.

Rome sort des guerres samnites maĂźtre de l’Italie centrale et est en contact direct avec les citĂ©s grecques qui bordent les cĂŽtes sud de la pĂ©ninsule et qui contrĂŽlent une partie du commerce mĂ©diterranĂ©en. Tarente fait appel au jeune roi d'Épire, Pyrrhus Ier, pour ralentir la progression romaine[73]. En 280 av. J.-C. Pyrrhus dĂ©barque en Italie et vainc les Romains. Les populations encore indĂ©pendantes du Bruttium et de Lucanie font alliance avec Pyrrhus, suivies des Samnites, et le jeune roi remporte Ă  nouveau une « victoire Ă  la Pyrrhus Â»[73]. Au milieu des campagnes d'Italie, Pyrrhus apportent son secours aux siciliens contre Carthage. Pyrrhus accepte et Rome s’allie Ă  Carthage, pour protĂ©ger la Sicile des visĂ©es de Pyrrhus. L'avancĂ©e de Pyrrhus est foudroyante. Cependant, Pyrrhus se voit contraint de partir de Sicile pour s'occuper d'autres affaires en Italie mĂ©ridionale[73]. En 275 av. J.-C., les Romains battent enfin Pyrrhus, qui quitte l'Italie et retourne en Épire, laissant une garnison Ă  Tarente[73].

Les Sallentins et les Picéniens sont à leur tour soumis. En 265 et 264 av. J.-C., Rome prend et détruit la cité étrusque de Volsinii et les derniÚres villes étrusques indépendantes au sud de l'Arno sont rattachées à la République romaine[74].

Économie, sociĂ©tĂ© et organisation de l'Italie

À cette Ă©poque, la RĂ©publique romaine domine dorĂ©navant une grande partie de l'Italie et permet Ă  la pĂ©ninsule de se stabiliser et de prospĂ©rer pour la premiĂšre fois de son histoire, l'Ă©conomie romaine et italienne est florissante. À Rome mĂȘme, les institutions se consolident et se diversifient, la guerre des ordres prend fin, et l'État se trouve un seul et unique maĂźtre du pouvoir : le SĂ©nat[75].

Suite Ă  la chute de Tarente en 272 av. J.-C., toutes les terres de la pĂ©ninsule italienne situĂ©es au sud du fleuve Arno sont sous domination plus ou moins directe de Rome. De tous ces peuples et villes, aucun n'a rĂ©ussit Ă  s'opposer longtemps Ă  l'avancĂ©e romaine, aucune coalition assez forte n'a rĂ©ussit Ă  se former pour rĂ©sister aux forces romaines, car tous ces peuples et ces villes Ă©taient dĂ©sunis en temps de paix. Rome apporte Ă  l'Italie une stabilitĂ© au dĂ©but du IIIe siĂšcle av. J.-C., Ă  la mĂȘme Ă©poque oĂč les institutions de la RĂ©publique se stabilisent aussi[76].

Toutes les populations et toutes les citĂ©s italiennes Ă©taient divisĂ©es avant que Rome ne s'impose, et cette derniĂšre rĂ©ussit Ă  entretenir des diffĂ©rences entre chaque, traitant avec chaque ville et chaque peuple, sous des conditions diffĂ©rentes et pour des statuts diffĂ©rents. De toute l'Italie centrale et mĂ©ridionale, il ne reste plus que « les Romains, les Latins et les alliĂ©s italiens Â», les seuls Ă  ĂȘtre des hommes libres au sein de la communautĂ© romaine. Il s'agit donc de Rome et des peuples ou citĂ©s qui ont Ă©tĂ© totalement intĂ©grĂ©s, des territoires semi-intĂ©grĂ©s, et des alliĂ©s de Rome, au dĂ©but par des alliances entre Ă©gaux qui deviennent trĂšs vite des pactes dominĂ©s par Rome[77].

Il existe deux types de citoyennetĂ© romaine : les citoyens de plein droit qui jouissent donc de tous les droits et de tous les devoirs, c'est-Ă -dire notamment le droit de voter et d'ĂȘtre Ă©lu, de propriĂ©tĂ©, de recevoir une solde dans l'armĂ©e ainsi que le devoir de servir sous les armes et de payer des impĂŽts ; et ceux qui ont les mĂȘmes droits et devoirs hormis celui de voter et de pouvoir ĂȘtre Ă©lu magistrat. Une partie des anciens Latins qui formaient la Ligue latine est incorporĂ©e Ă  Rome avec la citoyennetĂ©. Rome, de concert avec les Latins, va fonder de nombreuses colonies latines Ă  des endroits stratĂ©giques du territoire romain. Ce systĂšme de colonie latine, oĂč les colons ne sont pas citoyens romains mais possĂšdent un certain nombre de droits au sein de la colonie quasi-indĂ©pendante de Rome, va perdurer longtemps, Ă©tant Ă  l'avantage de Rome et des colons. Enfin, les alliĂ©s sont en bas de la structure administrative romaine. Ils sont le plus souvent liĂ©s Ă  Rome par une alliance inĂ©gale, et dans tous les cas, ces alliĂ©s doivent fournir Ă  Rome un certain nombre de troupes et de fournitures militaires, sans que Rome doive les payer, ce qui soulage les citoyens romains[78].

Ainsi, Rome a su créer autour d'elles, parmi une mosaïque de statuts, un certain équilibre et surtout une prospérité que l'Italie n'a pas connu avant, effaçant en partie les inégalités au sein de l'organisation romaine[79].

Institutions politiques

Article dĂ©taillĂ© : Constitution de la RĂ©publique romaine.
Fonctionnement thĂ©orique de la RĂ©publique romaine vers les IIIe et IIe siĂšcles av. J.-C.

Alors qu'aux dĂ©buts de la RĂ©publique ce sont les consuls qui dĂ©tiennent le pouvoir, petit-Ă -petit le SĂ©nat Ă©merge et s'impose au sein des institutions romaines. L'assemblĂ©e devient permanente et assoit son autoritĂ© sur les magistrats romains Ă  la fin du IVe siĂšcle av. J.-C., passant d'un conseil des anciens Ă  l'organe principal du pouvoir dont les magistrats sont les subordonnĂ©s. Le SĂ©nat romain est tournĂ© essentiellement vers la politique Ă©trangĂšre. Alors que son rĂŽle dans les conflits armĂ©s se limite thĂ©oriquement Ă  celui de conseiller, le SĂ©nat finit par superviser ces conflits. Le SĂ©nat gĂšre Ă©galement l’administration civile au sein de la ville. Alors que le SĂ©nat peut influencer la promulgation de lois, il ne fait pas officiellement ces lois. Les assemblĂ©es lĂ©gislatives, qui sont considĂ©rĂ©es comme l'incarnation du peuple de Rome, font les lois domestiques qui gouvernent le peuple. Le SĂ©nat promulgue des dĂ©crets, appelĂ© senatus consultum. Officiellement, il s’agit de "conseils" donnĂ©s aux magistrats, bien qu’en pratique, ces dĂ©crets sont souvent suivis Ă  la lettre par ceux-ci[80],[81].

Pendant toute la RĂ©publique, les citoyens sont rĂ©partis en centuries Ă  des fins militaires, et en tribus Ă  des fins civiles. Chacun des deux groupes se rassemble pour des buts lĂ©gislatifs, Ă©lectoraux et judiciaires. Les comices centuriates sont organisĂ©es d’une maniĂšre trĂšs aristocratique. Selon cette organisation, les classes les plus Ă©levĂ©es contrĂŽlent suffisamment de centuries pour obtenir la majoritĂ© Ă  chaque vote. Seules les comices centuriates peuvent Ă©lire les consuls, prĂ©teurs et censeurs, dĂ©clarer une guerre offensive, ou encore valider le cens. Les comices tributes Ă©lisent les questeurs, les Ă©diles curules et les tribuns militaires. Elles ont Ă©galement le pouvoir d’instruire des cas judiciaires. Le concile plĂ©bĂ©ien ne reprĂ©sente pas tout le peuple car les patriciens en sont exclus. Le concile plĂ©bĂ©ien Ă©lit ses propres reprĂ©sentants (tribuns de la plĂšbe et Ă©diles plĂ©bĂ©iens, considĂ©rĂ©s comme des magistrats). En effet, le concile plĂ©bĂ©ien est l’assemblĂ©e des tribus plĂ©bĂ©iennes alors que les comices tributes sont l’assemblĂ©e des tribus « patricio-plĂ©bĂ©iennes Â»[82],[80],[83],[84].

Les magistratures sont Ă©lectives et annuelles, hormis la censure et la dictature. Tous les magistrats ont un certain rang de pouvoir. Les dictateurs possĂšdent plus de pouvoirs que n’importe quel autre magistrat, suivi des consuls et des prĂ©teurs, magistrats ordinaires. Chaque magistrat peut seulement bloquer par son veto une action prise par un magistrat de rang Ă©gal ou infĂ©rieur au sien. Par consĂ©quent, aucun magistrat ne peut s’opposer par son veto aux dĂ©cisions du SĂ©nat ou des assemblĂ©es. Comme les tribuns de la plĂšbe et les Ă©diles plĂ©bĂ©iens ne sont pas Ă  proprement parler des magistrats, ils ne sont pas concernĂ©s par la rĂ©partition des « pouvoirs majeurs Â». En gĂ©nĂ©ral, cela fait d’eux des magistrats indĂ©pendants des autres. Ils ne peuvent voir leurs actes bloquĂ©s par le veto des consuls. Si un magistrat, une assemblĂ©e ou le SĂ©nat ne se conforment pas aux ordres d’un tribun, celui-ci, en usant de l’intercessio, pourra bloquer cette action particuliĂšre. Chaque magistrat rĂ©publicain dĂ©tient certains pouvoirs constitutionnels (potestas), qui comprennent l’imperium, la coercitio et l’auspicia (pouvoirs religieux). Ces pouvoirs sont Ă©quilibrĂ©s par plusieurs contraintes constitutionnelles, incluant la collĂ©gialitĂ© (collega), le droit des citoyens d’en appeler au peuple (provocatio) et une division constitutionnelle des pouvoirs (provincia). Seul le peuple de Rome (plĂ©bĂ©iens et patriciens) a le droit de confĂ©rer ces pouvoirs Ă  un magistrat[82],[80],[85],[86],[87].

ConquĂȘte de la MĂ©diterranĂ©e (IIIe et IIe siĂšcles av. J.-C.)

ConquĂȘte de l'Occident mĂ©diterranĂ©en

À partir de 264 av. J.-C. commence le grand affrontement contre Carthage qui marque un tournant dans l'histoire de Rome. Carthage, ancienne colonie phĂ©nicienne a dĂ©veloppĂ© d'abord des comptoirs commerciaux, puis des points d'appui et des colonies dans toute la MĂ©diterranĂ©e occidentale et notamment Ă  l'ouest de la Sicile grĂące Ă  son esprit d'entreprise. Rome se mĂ©fie des ambitions carthaginoises en Sicile. C'est la cause de la premiĂšre Guerre punique qui dure prĂšs de vingt-cinq ans. Les Carthaginois prennent d'abord la ville de Messine, reprise par surprise par les Romains, dĂ©clenchant le dĂ©but de la guerre. Il s'ensuit vingt ans de guerres avec des fortunes diverses, les premiĂšres victoires sont romaines, plus les Carthaginois se reprennent et stoppent l'avancĂ©e romaine. Finalement, Rome prend le contrĂŽle des mers et la victoire navale devant les Ăźles Égades contraint Carthage Ă  signer une paix humiliante. Elle abandonne la Sicile, puis la Sardaigne et la Corse aprĂšs coup, et paie un fort tribut[88].

Campagnes de la deuxiĂšme guerre.

AprĂšs la premiĂšre Guerre punique, Rome s'Ă©tend en Illyrie, aprĂšs avoir vaincu les Ligures, les Insubres et rĂ©duit la Gaule cisalpine en province romaine[89]. De son cĂŽtĂ©, Carthage se lance Ă  la conquĂȘte de l'Hispanie. Cette expansion inquiĂšte Rome qui fait renaĂźtre les hostilitĂ©s en 219 av. J.-C[90]. Mais la RĂ©publique trouve en face d'elle, en la personne d'Hannibal, un adversaire redoutable, un homme politique et militaire de gĂ©nie. Hannibal remporte alors dans le nord de l'Italie une sĂ©rie de victoires et avance vers le sud en traversant les Apennins. LĂ , il Ă©crase par deux fois, Ă  TrasimĂšne et Ă  Cannes, les armĂ©es romaines. Les villes alliĂ©es Ă  Rome dans le sud de l'Italie (mais dans le sud uniquement) se rallient Ă  Hannibal. Celui-ci s'installe Ă  Capoue[91]. Rome refuse de s'incliner, remporte plusieurs succĂšs, Ă  Nole, Syracuse avec Claudius Marcellus, puis en Hispanie et enfin en Afrique sous la direction de Scipion l'Africain. Celui-ci a finalement raison d'Hannibal en 202 av. J.-C. dans la plaine de Zama, ce qui met fin Ă  la deuxiĂšme Guerre punique. Les vaincus, qui perdent leurs possessions extĂ©rieures doivent payer un Ă©norme tribut Ă  Rome qui devient la premiĂšre puissance de la MĂ©diterranĂ©e occidentale en 202 av. J.-C[92]. Parmi les raisons du succĂšs romain, on peut citer le refus de la classe politique romaine de s'admettre jamais vaincue, mĂȘme si elle se divise sur la stratĂ©gie Ă  adopter, offensive ou dĂ©fensive ; la capacitĂ© de recrutement romaine, comblant constamment ses pertes, au prix d'une pression Ă©puisante sur ses alliĂ©s ; la maĂźtrise maritime, et la fidĂ©litĂ© des peuples alliĂ©s entourant Rome d'un glacis protecteur et de la plupart des ports d'Italie du Sud.

Carthage est finalement dĂ©truite en 146 av. J.-C[93]. MalgrĂ© de nombreuses rĂ©voltes, l'Hispanie reste romaine. L'ouest mĂ©diterranĂ©en est donc sous domination romaine au IIe siĂšcle av. J.-C., seule la future Gaule transalpine n'est pas encore romaine, mais elle devient une province de la RĂ©publique romaine en 121 av. J.-C., parachevant la conquĂȘte de toutes les terres cĂŽtiĂšres de ce cĂŽtĂ© de la MĂ©diterranĂ©e.

Domination sur l'Orient méditerranéen

Article dĂ©taillĂ© : Guerres de MacĂ©doine.

Pendant la deuxiĂšme Guerre punique, Philippe V de MacĂ©doine s’allie Ă  Hannibal Barca. La guerre finit indĂ©cisivement en 205 av. J.-C. et se solde par le partage entre Rome et la MacĂ©doine d'un territoire mineur le long du littoral de l’Adriatique pour « combattre la piraterie Â», l’Illyrie[94]. En 201 av. J.-C., la deuxiĂšme guerre macĂ©donienne est dĂ©clenchĂ©e par Rome, avec l’aide de quasiment tout le monde grec. C’est un conflit indĂ©cis jusqu’à la victoire romaine Ă  la bataille de CynocĂ©phale en 197 av. J.-C. En 194 av. J.-C., Rome dĂ©clare la GrĂšce « libre Â» et se retire complĂštement des Balkans[95]. La Ligue Ă©tolienne est peu satisfaite des territoires que Rome leur a cĂ©dĂ© et « invitent Â» Antiochos III de l’Empire sĂ©leucide Ă  les aider pour libĂ©rer la GrĂšce de l’« oppression romaine Â». Rome rĂ©pond en chassant les SĂ©leucides de GrĂšce et en leur infligeant des dĂ©faites en Asie Mineure, obligeant Antiochos Ă  signer le traitĂ© d’ApamĂ©e en 188 av. J.-C[96].

AprĂšs la mort de Philippe V de MacĂ©doine en 179 av. J.-C., son fils, PersĂ©e dĂ©clenche de la troisiĂšme Guerre macĂ©donienne. Initialement, les forces romaines ont des difficultĂ©s contre les forces macĂ©doniennes, mais en 168 av. J.-C., les Romains Ă©crasent leurs adversaires Ă  Pydna. La MacĂ©doine est divisĂ©e en quatre rĂ©publiques dirigĂ©es par des marionnettes que Rome commande[97]. Rome Ă©crase complĂštement une rĂ©bellion macĂ©donienne et ne se retire pas de la rĂ©gion, formant la province romaine de MacĂ©doine, Ă©tablissant un pouvoir romain permanent sur la pĂ©ninsule grecque. Entre 149 et 146 av. J.-C., la ligue achĂ©enne se rĂ©volte aussi : victoire romaine, pillage et destruction de Corinthe. En 133 av. J.-C., le royaume de Pergame Ă©choit en hĂ©ritage Ă  Rome. Il donne naissance Ă  la province d'Asie.

Rome et l'Italie au IIe siĂšcle av. J.-C.

En 287 av. J.-C., la guerre des ordres a pris fin par les lois hortensiennes, rĂ©solvant ainsi un des grands problĂšmes des dĂ©buts de la RĂ©publique. NĂ©anmoins, il n’y a pas de changements politiques important entre 287 et 133 av. J.-C. Les lois critiques de cette pĂ©riode sont toujours ratifiĂ©es par le SĂ©nat. La fin du IIe siĂšcle av. J.-C. voit une aggravation des problĂšmes financiers pour de nombreux plĂ©bĂ©iens. En effet, les longues campagnes militaires tiennent de nombreux citoyens loin de chez eux pour se battre, sans qu’ils ne puissent plus s’occuper de leurs terres, laissĂ©es Ă  l’abandon. Les petits fermiers font faillite et convergent alors vers Rome, grossissant les rangs des assemblĂ©es populaires, oĂč leur statut Ă©conomique leur permet, pour la plupart, de voter pour le candidat qui leur promet le meilleur avenir. Une nouvelle culture de dĂ©pendance apparaĂźt qui favorisera la montĂ©e en puissance des meneurs les plus populaires[98].

L'Italie au IIe siĂšcle av. J.-C., une mosaĂŻque de statuts.

Durant toute la deuxiĂšme Guerre punique, hormis quelques dĂ©fections dans le Sud, les territoires latins et alliĂ©s de Rome sont restĂ©s fidĂšles Ă  la RĂ©publique, et ont trĂšs largement contribuĂ© Ă  l'effort de guerre, tant humainement que matĂ©riellement. Cependant, la citoyennetĂ© romaine n'est que trĂšs peu Ă©tendue et les rancƓurs et motifs de rĂ©voltes s'accumulent contre le pouvoir central Ă  Rome, aveugle. L'organisation gĂ©nĂ©rale de l'Italie n'a pas Ă©voluĂ© depuis prĂšs de deux siĂšcles, alors que le territoire romain s'Ă©tend maintenant sur une grande partie du bassin mĂ©diterranĂ©en. Ce blocage entraĂźnera une guerre civile terrible au dĂ©but du Ier siĂšcle av. J.-C., connue sous le nom de « guerre sociale Â», entre les Romains et leurs alliĂ©s[99].

La RĂ©publique se retrouve seule maĂźtre de toute une partie du bassin mĂ©diterranĂ©en oĂč les territoires sont florissants. La prise de la GrĂšce et d'une partie de l'Asie augmente l'afflux de richesse dans toute la RĂ©publique. Le nombre d'esclaves est dĂ©multipliĂ© et leurs biens acquis par Rome. L'apport financier suite Ă  toutes ces guerres et ces territoires absorbĂ©s est extrĂȘmement important. L'esclavage devient le moteur de la sociĂ©tĂ© romaine aprĂšs la deuxiĂšme Guerre punique, lorsque les riches Romains commencent Ă  crĂ©er des grandes propriĂ©tĂ©s (Latifundium) dans les provinces conquises[100].

Rome en devenant maĂźtre de l'Italie et surtout des citĂ©s de la Grande-GrĂšce dĂ©finitivement aprĂšs la deuxiĂšme Guerre punique, renforce son hellĂ©nisme. Le grec est devenu une langue seconde, largement utilisĂ©e dans le commerce, une langue de culture aussi. Les Romains les plus riches envoient leurs enfants dans les Ă©coles grecques. La prise de la GrĂšce en 146 av. J.-C. ne fait que renforcer le phĂ©nomĂšne. L'art grec connaĂźt une vĂ©ritable renaissance au milieu du IIe siĂšcle av. J.-C., et son influence sur l'art italique est considĂ©rable. La profonde hellĂ©nisation de l'art romain est voulue par le pays dominateur[101].

Crises de la RĂ©publique (fin IIe et Ier siĂšcles av. J.-C.)

Paragraphe dĂ©taillĂ© : Crises de la RĂ©publique romaine.

La fin de la RĂ©publique est marquĂ©e par les nombreuses guerres civiles et extĂ©rieurs qui a des incidences considĂ©rables sur l'Ă©conomie et la sociĂ©tĂ© romaine. Les institutions politiques rĂ©publicaines sont petit-Ă -petit vidĂ©es de leur contenu au profit des gĂ©nĂ©raux Ă  la tĂȘte d'armĂ©es de vĂ©tĂ©rans qui leur sont dĂ©vouĂ©es.

Guerres civiles et fin de la RĂ©publique

La guerre profite surtout aux riches. Les rangs des citoyens petits propriĂ©taires se sont Ă©claircis, surtout pendant la deuxiĂšme Guerre punique. Il y a donc moins d'agriculteurs. Les campagnes se couvrent de vastes pĂąturages. Le blĂ© importĂ© de Sicile concurrence celui des petits producteurs latins qui, ruinĂ©s, vendent leurs terres Ă  bas prix aux grands propriĂ©taires et s'en vont Ă  Rome rejoindre la plĂšbe urbaine. Les grandes familles se constituent ainsi d'immenses domaines, les latifundia, oĂč sont installĂ©s des paysans non propriĂ©taires, les colons, et de nombreux esclaves. Elles forment la nobilitas, la noblesse qui accapare les magistratures et remplit le SĂ©nat. À cĂŽtĂ© de cette noblesse fonciĂšre, apparaĂźt une nouvelle classe d'hommes d'affaires qui s'enrichissent dans le commerce, la banque et le crĂ©dit. Leur richesse leur permet de tenir une place importante dans l'ordre des chevaliers. La noblesse et les chevaliers s'entendent pour exploiter l'empire naissant qui est divisĂ© en provinces. Hommes d'affaires et magistrats issus de la noblesse s'enrichissent en les pillant souvent de maniĂšre systĂ©matique[102].

En ville par contre, le chĂŽmage s'accroit, la main-d’Ɠuvre salariĂ©e est concurrencĂ©e par la masse des esclaves apportĂ©es par les conquĂȘtes. Rome devient une ville bigarrĂ©e rassemblant, Ă  cĂŽtĂ© des citoyens romains, des Italiques, des Grecs, des affranchis de tous horizons. Cette foule entretient une agitation constante dans la citĂ©. À partir de 133 av. J.-C., les tensions se multiplient entre les riches et les pauvres, d'autant plus que le luxe le plus tapageur a fait son apparition Ă  Rome. Pourtant une tentative de rĂ©forme se dessine avec les Gracques, issus d'une grande famille noble. Ils pensent qu'une rĂ©forme agraire est nĂ©cessaire pour rĂ©soudre le problĂšme de la plĂšbe, mais les deux frĂšres sont massacrĂ©s tour Ă  tour, et leurs rĂ©formes abandonnĂ©es[103].

Des Germains envahissent la Gaule et Ă©crasent Ă  plusieurs reprises les armĂ©es romaines. Une rĂ©forme militaire profonde est entamĂ©e, en admettant, dans les rangs de l'armĂ©e, les prolĂ©taires, c'est-Ă -dire les citoyens non propriĂ©taires, qui n'avaient pas, jusque-lĂ , accĂšs aux lĂ©gions. Une armĂ©e de pauvres et de non-citoyens succĂšde ainsi aux armĂ©es de citoyens propriĂ©taires terriens, mais c'est une armĂ©e de mĂ©tier, prĂȘte Ă  se dĂ©vouer Ă  son chef et Ă  lui ouvrir la route du pouvoir, d'autant plus si celui-ci est gĂ©nĂ©reux. La nouvelle armĂ©e permet Ă  Rome et Ă  Marius de triompher face Ă  deux menaces[104].

AprĂšs les Gracques, vient le temps des ambitieux qui luttent pour le pouvoir. GrĂące Ă  la rĂ©forme militaire et Ă  ses victoires en Afrique et en Gaule, Marius domine la vie politique, associant les chefs du parti populaire Ă  son pouvoir. En 91 av. J.-C., commence la guerre sociale, qui oppose le SĂ©nat et les Italiens, qui tente d'obtenir la citoyennetĂ© romaine. En effet, ceux-ci, bien que faisant partie depuis longtemps de la RĂ©publique, n'ont pour la plupart pas acquis le statut de citoyens et sont toujours considĂ©rĂ©s comme des sujets. Rome vainc tous ses alliĂ©s successivement, notamment par l'intermĂ©diaire de Sylla. À l'issue de la guerre sociale les Italiens obtiennent toutefois le droit Ă  la citoyennetĂ© romaine et l'Italie est unifiĂ©e sous un seul statut juridique en tant que territoire mĂ©tropolitain de Rome. Mais les problĂšmes subsistent. Les institutions rĂ©publicaines ont du mal Ă  fonctionner normalement. Les chevaliers et la nobilitas s'affrontent pour l'exploitation des provinces. S'ensuit les guerres civiles entre Sylla et Marius, tour Ă  tour massacrant leurs opposants dans les rues de Rome, et finissant par la dictature de Sylla, qui opĂšre ensuite d'importantes rĂ©formes politiques, renforçant le pouvoir des aristocrates et diminuant celui des tribuns de la plĂšbe. Il se retire ensuite de la vie politique[105].

Mais rapidement de nouvelles rĂ©voltes entraĂźnent de nouvelles expĂ©ditions militaires favorisant ainsi l'Ă©mergence de nouveaux gĂ©nĂ©raux vainqueurs qui se disputent le pouvoir. PompĂ©e et Crassus font face aux rĂ©bellions et aux ennemis de Rome, avec succĂšs. PompĂ©e s'allie alors Ă  Crassus et Ă  Jules CĂ©sar en pleine ascension politique. Les trois hommes se partagent le pouvoir et forment le premier triumvirat. De 58 Ă  51 av. J.-C., Jules CĂ©sar fait la conquĂȘte de la Gaule indĂ©pendante, s'attirant ainsi prestige et richesse. Il peut alors se consacrer Ă  son ambition suprĂȘme, la conquĂȘte du pouvoir Ă  Rome. Il sait qu'il peut compter sur la loyautĂ© de ses lĂ©gions et de soutiens politiques Ă  Rome. Pendant ce temps, Crassus trouve la mort contre les Parthes Ă  Carrhes en 53 av. J.-C. PompĂ©e profite alors de l'absence de Jules CĂ©sar pour ĂȘtre nommĂ© consul unique par le SĂ©nat en 52 av. J.-C. et mettre fin Ă  l'incessante agitation politique qui secoue la ville. Fin 50, dĂ©but 49 av. J.-C. la noblesse romaine confie Ă  PompĂ©e la mission de protĂ©ger l'Italie. CĂ©sar fort de troupes aguerries par 9 ans de combat en Gaule fait la conquĂȘte de l'Italie puis bat les armĂ©es de PompĂ©e en Hispanie puis Ă  Pharsale en 48 av. J.-C. Les derniers partisans de PompĂ©e sont battus en Afrique en 46 av. J.-C. CĂ©sar reste le seul maitre de Rome aprĂšs 4 ans de guerre[106].

CĂ©sar (vers 100 – 44 av. J.-C.).

Il organise une monarchie qui ne dit pas son nom. Il est nommĂ© par le SĂ©nat dictateur pour 10 ans puis dictateur Ă  vie en 44 av. J.-C. Il est « Ă©lu Â» consul tous les ans et est aussi censeur et porte le titre imperator, chef suprĂȘme des armĂ©es. Il dĂ©tient aussi l'inviolabilitĂ© tribunicienne. Il rĂ©organise le SĂ©nat en l'ouvrant Ă  des familles non romaines originaires des provinces. Il pratique une politique favorable aux pauvres : remise des dettes, lotissement des vĂ©tĂ©rans, grands travaux pour embellir Rome. Il meurt assassinĂ© aux ides de Mars 44 av. J.-C. par un complot dirigĂ© par Brutus et Cassius[107].

À l'aube de la mort de Jules CĂ©sar.

À la mort de Jules CĂ©sar, son petit neveu et fils adoptif, Octave, son lieutenant, Marc Antoine et le proconsul de la Gaule transalpine, LĂ©pide s'entendent pour se partager le pouvoir. Ils forment le second triumvirat. Leur premier objectif est de venger la mort de leur mentor. Cassius et Brutus sont tuĂ©s en 42 av. J.-C. lors de la bataille de Philippes. AprĂšs la destitution de LĂ©pide en tant que triumvir par Octave, les deux hommes se retrouvent face Ă  face. Le conflit est inĂ©vitable. Marc Antoine alliĂ© Ă  ClĂ©opĂątre est battu Ă  Actium en 31 av. J.-C. Octave poursuit alors mĂ©thodiquement la conquĂȘte de l'Orient, jusqu'en aoĂ»t 30 av. J.-C., lorsque Marc Antoine et ClĂ©opĂątre se suicident. Octave reste le seul maĂźtre de Rome. De plus, l'opinion publique est lasse des dĂ©sordres et des guerres civiles, elle rĂ©clame un rĂ©gime stable, fĂ»t-il autoritaire[108].

De retour dans la citĂ©, Octave inaugure une Ăšre nouvelle qui ne se terminera qu'avec la chute de Rome au Ve siĂšcle.

L'Empire romain

Octave, futur Auguste, (63 av. J.-C. – 14 apr. J.-C.).

Haut Empire (Ier au dĂ©but IIIe siĂšcle)

Article dĂ©taillĂ© : Haut Empire romain.

Le SĂ©nat confĂšre alors Ă  Octave le titre d'Auguste. Tout en laissant le dĂ©roulement des anciennes magistratures et du SĂ©nat, Auguste concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Ses successeurs les empereurs Julio-Claudiens, les Flaviens et les Antonins mĂšnent l'Empire romain Ă  son apogĂ©e. Au IIe siĂšcle, la superficie de l'Empire romain est Ă  son maximum, et compte entre 50 et 80 millions d'habitants. Rome est avec un million d'habitants la plus grande ville du monde mĂ©diterranĂ©en.

D’Auguste Ă  la fin des SĂ©vĂšres

Julio-Claudiens :
Auguste (-27 Ă  14)
TibĂšre (14 Ă  37)
Caligula (37 Ă  41)
Claude (41 Ă  54)
NĂ©ron (54 Ă  68)

Auguste, le premier empereur de Rome, se voit attribuer le pouvoir proconsulaire pour dix ans. Il divise l'Empire en provinces sĂ©natoriales (pacifiĂ©es) et impĂ©riales (oĂč se trouvent les forces armĂ©es). Il prend le contrĂŽle absolu de l’armĂ©e, dont il assure le financement et est protĂ©gĂ© en permanence par la garde prĂ©torienne, stationnĂ©e dans l’Urbs (jusqu’alors aucune troupe n’avait rĂ©sidĂ© Ă  Rome). Le SĂ©nat conserve ou reçoit d’importantes prĂ©rogatives dans les domaines de l’administration civile (Rome, Italie, provinces), des finances, de la justice et de la monnaie. Auguste entend qu’il soit, en face de l’armĂ©e (rĂ©formĂ©e, qui devient dĂ©finitivement une armĂ©e de mĂ©tier.), le seul Ă©lĂ©ment civil qui compte dans l’État. Sous le principat d'Auguste, Rome est divisĂ©e en quatorze « rĂ©gions Â». Des travaux sont entrepris pour stabiliser les rives du Tibre. Afin de lutter contre les incendies, assez frĂ©quents dans la capitale, un corps de vigiles est instaurĂ©, et de nouveaux aqueducs sont construits. De trĂšs nombreux autres monuments seront construits sous son rĂšgne[109],[110].

À sa mort, c'est son dernier fils adoptif, TibĂšre fils d'un premier mariage de Livie, qui devient empereur. L'Empire prospĂšre et accumule des fonds qui contribuent alors Ă  assainir les finances, mais son rĂšgne est aussi marquĂ© par les meurtres de personnalitĂ©s politiques, et il meurt haĂŻ[111],[112]. Caligula, son petit-neveu et petit-fils par adoption, troisiĂšme fils de Germanicus, prend par la suite le pouvoir. Pendant six mois, les Romains peuvent se fĂ©liciter d'un empereur juste, utile et libĂ©ral, qui leur font oublier la sinistre fin du rĂšgne de TibĂšre ; mais une grave maladie fait changer dramatiquement Caligula, qui devient un tyran. Une Ă©niĂšme conspiration a raison de lui et c'est Claude, son oncle, qui lui succĂšde[113],[114]. MalgrĂ© son manque d'expĂ©rience politique, Claude se montre un administrateur capable et un grand bĂątisseur public. Son rĂšgne voit l'Empire s'agrandir : cinq provinces s'ajoutent Ă  l'Empire dont la Bretagne, en 43, la Lycie, la Mauritanie, la Norique et la Thrace. Il Ă©tend la citoyennetĂ© romaine Ă  beaucoup de provinces, dont la Gaule oĂč il est nĂ©. Mais c'est empereur faible, et il meurt empoisonnĂ© Ă  l'instigation d'Agrippine en 54, aprĂšs avoir, sur les conseils de celle-ci, adoptĂ© son fils NĂ©ron[115]. Les premiĂšres annĂ©es de son rĂšgne sont connues comme des exemples de bonne administration, puis de nombreux scandales Ă©clatent, ainsi le grand incendie de Rome. Mal entourĂ©, il prend de mauvaises dĂ©cisions et ordonne un dernier suicide, celui d'un excellent gĂ©nĂ©ral, Corbulo, ce qui provoque la rĂ©bellion de plusieurs gĂ©nĂ©raux. L'empereur est dĂ©mit par le SĂ©nat et se suicide[116],[117]. C'est la fin des Julio-Claudiens.

À la mort de NĂ©ron, l'Empire connaĂźt une premiĂšre crise. Des gĂ©nĂ©raux, Galba, Othon et Vitellius sont tour Ă  tour nommĂ©s empereurs par leurs troupes puis assassinĂ©s en 69[118].

Flaviens :
Vespasien (69 Ă  79)
Titus (79 Ă  81)
Domitien (81 Ă  96)

C'est finalement le chef de l'armĂ©e d'Orient, Vespasien, un Italien, qui devient empereur donnant ainsi naissance Ă  la dynastie des Flaviens. Il rĂ©tablit l'ordre et de la paix Ă  Rome et dans les provinces rĂ©voltĂ©es. Pour asseoir son pouvoir, l'empereur va s'inspirer du modĂšle augustĂ©en en reprenant les grands thĂšmes de son rĂšgne ainsi qu'en monopolisant les magistratures supĂ©rieures. À l'Ă©chelle de l'Empire, il mĂšne une politique entre continuitĂ© et innovation. Tout comme ses prĂ©dĂ©cesseurs, il multiplie les constructions publiques, notamment le ColisĂ©e qu'il entreprend. D'autre part, il recourt Ă  de vĂ©ritables innovations dans le domaine financier. Les frontiĂšres de l'Empire se stabilisent et se fortifient avec la construction d'un systĂšme dĂ©fensif surveillant les peuplades barbares outre rhĂ©no-danubiennes (Germains, Daces, Sarmates, Chattes)[119],[120]. Son fils Titus, qui a jouĂ© un grand rĂŽle sous son rĂšgne, lui succĂšde mais n'est empereur que deux ans. Le deuxiĂšme fils de Vespasien devient alors Ă  son tour empereur[121]. La conquĂȘte de la Bretagne par Agricola se poursuit avec brio et Domitien lance une offensive surprise contre le peuple germain du Rhin le plus puissant Ă  l'Ă©poque, les Chattes, qu'il vainc. La prĂ©sence romaine en Bretagne et en Germaine est sĂ©rieusement renforcĂ©e. Mais trĂšs vite la situation se dĂ©grade sur le Danube. Les Daces viennent de s'unir et Domitien intervient en personne avec la garde prĂ©torienne pour les chasser. Finalement, aprĂšs des revers de gĂ©nĂ©raux romains, Domitien prĂ©fĂšre traiter et fait la paix avec le roi dace, DĂ©cĂ©bale, qui devient un roi client et perçoit des subsides. Au dĂ©but du rĂšgne Domitien se montre libĂ©ral et juste. Il est louĂ© pour son sens de la justice, de la religion. Cependant son naturel inquiet, sa tendance Ă  voir des complots partout, sa violence et son autoritarisme assombrissent la fin de son rĂšgne. Ce dernier est assassinĂ© en 96 par une conspiration de palais[122].

Antonins :
Nerva (96 Ă  98)
Trajan (98 Ă  117)
Hadrien (117 Ă  138)
Antonin (138 Ă  161)
Lucius Verus (161 Ă  169)
Marc AurĂšle (161 Ă  180)
Commode (180 Ă  192)
L'extension romaine sous la RĂ©publique et l'Empire :      En 133 av. J.-C.      En 44 av. J.-C. (mort de Jules CĂ©sar).      En 14 ap. J.-C. (mort d'Auguste).      En 117 ap. J.-C. (mort de Trajan).

Le Sénat a déjà prévu un remplaçant en la personne de Nerva qui donne naissance à la dynastie des Antonins. Il adopte son successeur Trajan, un Romain d'Hispanie. Cinq empereurs remarquables sur six choisissent, de leur vivant leur successeur car ils n'ont pas de fils, toutefois le choix se porte toujours sur de proches parents. Les rÚgnes de Trajan et de son successeur Hadrien correspondent à l'apogée de l'Empire romain.

Trajan, tout en s'attachant Ă  favoriser l'agriculture et Ă  dĂ©velopper l'administration, fait la conquĂȘte de la Dacie, de l'Empire parthe et annexe l'Arabie. L'empereur dĂ©veloppe aussi la romanisation de l'Empire. La conquĂȘte de la Parthie ne lui survit pas[123]. L'empereur Hadrien s'attache Ă  mener une politique plus dĂ©fensive. Sous son rĂšgne, dans plusieurs rĂ©gions frontiĂšres, en Afrique et en Bretagne notamment, des fortifications importantes se dĂ©veloppent, souvent appelĂ©es limes. Par ailleurs Hadrien s'atĂšle Ă  amĂ©liorer le fonctionnement de l'Empire. Dans la continuitĂ© d'un effort commencĂ© par d'autres empereurs, il s'attache Ă  favoriser l'intĂ©gration des provinciaux, notamment par la crĂ©ation de colonies honoraires : alors que le terme colonie dĂ©signait le plus souvent l'installation de colons romains, il est dĂ©sormais un titre honorifique concĂ©dĂ© Ă  une citĂ© et qui donne la citoyennetĂ© romaine Ă  tous ses habitants[124].

Le rĂšgne d'Antonin le Pieux n'est pas marquĂ© de conquĂȘtes, mais plutĂŽt par une volontĂ© de consolidation de l'Ă©tat actuel. C'est traditionnellement durant son rĂšgne qu'on considĂšre que l'Empire romain est Ă  son apogĂ©e, du fait de l'absence de guerre et de rĂ©volte majeure en province. C'est pourtant cette politique dĂ©fensive et attentiste qui annonce les difficultĂ©s financiĂšres et militaires de l'Empire romain[125]. Marc AurĂšle et Lucius Verus succĂšdent Ă  Antonin. Le second meurt au bout 8 ans de rĂšgne, sans grand acte. Le premier est connu pour ĂȘtre un empereur-philosophe stoĂŻcien. Sur le plan intĂ©rieur, il accomplit une Ɠuvre lĂ©gislative importante. Il passe 15 ans sur le front du Danube Ă  lutter contre les Barbares. L'Empire entre en effet dans une pĂ©riode bien moins propice : ses voisins aux frontiĂšres semblent plus puissants, l'Empire doit faire face Ă  des difficultĂ©s agraires, des famines, Ă  l'Ă©pidĂ©mie de la peste antonine[126],[127]. Marc AurĂšle choisit son fils, Commode comme successeur. L'assassinat de celui-ci, qui s'est comportĂ© en tyran durant une grande partie de son rĂšgne, met fin Ă  la dynastie des Antonins.

Son assassinat en décembre 192 ouvre une crise politique comme à la fin de la dynastie des Julio-Claudiens. La garde prétorienne assassine le nouvel empereur Pertinax et porte au pouvoir Didius Julianus.

C’est finalement le gĂ©nĂ©ral de l'armĂ©e du Danube, l’Africain Septime SĂ©vĂšre qui prend le pouvoir. Il comble de bienfaits l'armĂ©e dont il augmente les effectifs et renforce le pouvoir impĂ©rial. Les prĂ©toriens qui ont fait et dĂ©faits tant d'empereurs sont recrutĂ©es parmi les lĂ©gions du Danube fidĂšles Ă  Septime SĂ©vĂšre. Il sauve un temps l'Empire de l'anarchie et entame d'importantes rĂ©formes politiques, militaires, Ă©conomiques et sociales. Le brassage culturel qu'apporte l'Empire s'accroĂźt, les religions venues d'Orient deviennent plus populaires dans l'Empire, en particulier le culte de Mithra parmi les militaires. Cet aspect a parfois Ă©tĂ© exagĂ©rĂ© par les historiens qui ont dĂ©crit les SĂ©vĂšres comme une dynastie orientale, jugement considĂ©rablement relativisĂ© aujourd'hui[128].

Il nomme ses deux fils Auguste mais Ă  sa mort, Caracalla s'empresse de tuer son jeune frĂšre Geta. Il est connu pour avoir publiĂ© en 212, le cĂ©lĂšbre Ă©dit qui porte son nom donnant Ă  tous les hommes libres de l'Empire la citoyennetĂ© romaine. Il meurt assassinĂ© sur le front parthe sur ordre du prĂ©fet du prĂ©toire Macrin qui ne rĂ©ussit Ă  prendre sa place que peu de temps. Il nomme son propre fils DiadumĂ©nien CĂ©sar puis Auguste en 218, mais sont tous deux assassinĂ©s[128]. Le cousin de Caracalla, Élagabal devient ensuite empereur mais tout occupĂ© au culte du dieu du mĂȘme nom il laisse le gouvernement Ă  sa grand-mĂšre, Julia Maesa. Il est tuĂ© par les prĂ©toriens et son cousin SĂ©vĂšre Alexandre lui succĂšde pour un rĂšgne de 13 ans. AprĂšs son assassinat, l'Empire sombre dans une pĂ©riode bien plus troublĂ©e, traditionnellement qualifiĂ©e d'« anarchie militaire Â», terme cependant impropre car si le pouvoir impĂ©rial est parfois divisĂ©, il n'est jamais absent.

Pouvoir et culte impériaux

Articles dĂ©taillĂ©s : Empereur romain et Culte impĂ©rial.

Les empereurs portent le titre d’imperator, chef suprĂȘme des armĂ©es. Pendant toute la durĂ©e de l'Empire romain, la victoire est un puissant facteur d'affermissement du pouvoir. L'empereur vaincu se voit facilement contester le pouvoir par un autre gĂ©nĂ©ral ambitieux. Tous les empereurs prennent l'habitude de se faire Ă©lire consul pour montrer la continuitĂ© entre les institutions rĂ©publicaines et le principat. Cela leur confĂšre aussi l’imperium, le pouvoir de contraindre et d'ĂȘtre obĂ©i de tous[129]. Ils ont aussi l’imperium proconsulaire ce qui leur donne le pouvoir de gouverner toutes les provinces. En tant que dĂ©tenteur de la puissance tribunitienne, ils possĂšdent l’intercessio, c'est-Ă -dire le droit de s'opposer Ă  n'importe quelle dĂ©cision des magistrats de l'Empire. Comme Jules CĂ©sar, ils portent le titre de grand pontife qui fait d'eux les chefs de la religion romaine. Ils reçoivent un serment de fidĂ©litĂ© personnelle de tous les habitants de l'Empire.

Jusqu’à la fin de l’Empire byzantin, la succession d'un membre de la famille au feu empereur n'est pas automatique. Le pouvoir n'appartient ni Ă  un individu, ni Ă  une dynastie. Ainsi, il y a des risques importants de guerres civiles Ă  chaque fin de rĂšgne. La pĂ©riode des Antonins, oĂč l'empereur choisit son successeur hors de sa famille, et oĂč il n'y a pas de troubles lors de la prise de pouvoir du nouvel empereur, est une exception[129]. Le SĂ©nat et le peuple sont pĂ©nĂ©trĂ©s par la crainte d’une guerre civile Ă  chaque succession. Ils acceptent donc avec empressement l'idĂ©e qu’un descendant du prince rĂ©gnant prĂźt la suite de son pĂšre. Un des devoirs de tout empereur est de prĂ©parer la transmission pacifique de son trĂŽne. Le choix le plus logique est, mĂȘme aux yeux des Romains, de dĂ©signer son fils ou d’en adopter un. En cas de crise, un gĂ©nĂ©ral portĂ© en triomphe par ses soldats peut par les armes accĂ©der au pouvoir suprĂȘme. La garde prĂ©torienne chargĂ© de veiller Ă  la sĂ©curitĂ© des empereurs joue un rĂŽle grandissant dans les complots et les assassinats qui jalonnent la pĂ©riode impĂ©riale.

La fonction de grand pontife procure aux empereurs un caractĂšre sacrĂ©. De plus dans les croyances populaires, Scipion l'Africain, Marius et Sylla ont un caractĂšre divin. CĂ©sar dĂ©veloppe autour de lui une lĂ©gende de divinitĂ© prĂ©tendant descendre de VĂ©nus et d'ÉnĂ©e. L'empereur Auguste met en place le culte impĂ©rial. Il fait diviniser CĂ©sar et ainsi, en tant que son hĂ©ritier, il s'Ă©lĂšve ainsi au-dessus de l'humanitĂ©. Il se dit fils d'Apollon. Il associe aussi toute la communautĂ© au culte du gĂ©nie familiale devenant ainsi le pĂšre de tous, d'oĂč son titre de pĂšre de la patrie. Auguste refuse d'ĂȘtre divinisĂ© de son vivant. Il laisse cependant se construire des temples qui lui sont consacrĂ©s surtout dans l'Orient habituĂ© Ă  considĂ©rer ses souverains comme des dieux vivants, Ă  condition que son nom soit associĂ© Ă  celui de Rome divinisĂ©e. Le mouvement se poursuit aprĂšs sa mort. Tous les empereurs se placent sous l'auspice d'un dieu. Peu Ă  peu, ils sont assimilĂ©s Ă  des dieux vivants dans tout l'Empire. AprĂšs la mort ils reçoivent l'apothĂ©ose. Les Antonins prennent Jupiter capitolin comme dieu suprĂȘme. Pendant le rĂšgne d'Hadrien, la divinisation de l'empereur vivant progresse encore en Orient. L'idĂ©ologie impĂ©riale revĂȘt des aspects plus philosophiques. L'empereur doit sa rĂ©ussite Ă  son mĂ©rite (Virtus) et Ă  la protection divine[130].

Le culte impérial est aussi une maniÚre d'habituer les habitants de l'Empire, si dissemblables par la culture et les croyances à respecter le pouvoir de Rome à travers un empereur divinisé. Dans tout l'Empire, on restaure ou on construit des temples consacrés au culte impérial. Des cérémonies sont organisées en l'honneur de l'empereur. C'est l'occasion pour la communauté de se retrouver dans des processions devant de sacrifices, des banquets et toutes sortes de spectacles.

Administration impériale

Article dĂ©taillĂ© : Province romaine.
L'Empire romain sous Hadrien, avec des frontiÚres stabilisées, vers l'an 120.

Dans les provinces sĂ©natoriales, le gouverneur, un proconsul ou un proprĂ©teur, est nommĂ© par le SĂ©nat. Ces provinces sont en paix et il n'y rĂ©side aucune lĂ©gion en permanence. Dans les provinces impĂ©riales le gouverneur, un lĂ©gat proprĂ©teur ou procurateur, est nommĂ© par l'empereur. L'Égypte est dirigĂ©e par un prĂ©fet pris dans l'ordre Ă©questre nommĂ© par l'empereur. Cependant l'empereur dispose de pouvoirs de contrĂŽle dans toutes provinces. Il peut nommer des lĂ©gats extraordinaires dans les provinces sĂ©natoriales. Partout dans l'Empire, les domaines impĂ©riaux, les impĂŽts indirects et les mines sont administrĂ©s par un procurateur nommĂ© par l'empereur. L'Italie jouit d'un statut privilĂ©giĂ©. Elle Ă©chappe Ă  l'impĂŽt foncier et est administrĂ©e directement par le SĂ©nat.

Les gouverneurs sont nommĂ©s pour une durĂ©e de 4 Ă  6 ans. Ils gardent des liens Ă©troits avec le pouvoir central grĂące Ă  une correspondance trĂšs suivie. Ils doivent veiller aux impĂŽts, Ă  l'ordre public, au recensement, au respect des propriĂ©tĂ©s. Ils disposent d'une administration trĂšs rĂ©duite. De fait, ils interviennent dans la vie des provinces surtout pour juger un citoyen romain, juguler les troubles important Ă  l'ordre public, rĂ©soudre les difficultĂ©s financiĂšres des citĂ©s. La plupart des questions administratives sont rĂ©glĂ©es Ă  l'Ă©chelon local dans le cadre de la citĂ©. Celle-ci constitue pour les Romains, le cadre de vie idĂ©al. LĂ  oĂč il n'en existait pas, essentiellement en Occident, les Romains en ont crĂ©Ă©es.

Dans la capitale, on trouve autour du souverain des organismes et des hommes qui l'aident Ă  gouverner. Le conseil du prince dont il s'entoure pour prendre les dĂ©cisions capitales est composĂ© d'hommes choisis pour leurs compĂ©tences militaires, juridiques ou diplomatiques. Le conseil devient peu Ă  peu permanent et prend une place prĂ©pondĂ©rante dans le gouvernement de l'Empire. Le prĂ©fet du prĂ©toire est le personnage le plus important de l'entourage impĂ©rial. Il dirige la garde prĂ©torienne et est le commandant en second lors des expĂ©ditions militaires. Il finit mĂȘme par menacer le pouvoir impĂ©rial.

Organisation militaire

Articles dĂ©taillĂ©s : ArmĂ©e romaine, LĂ©gion romaine et Limes.
Déploiement des 27 légions en 80.

Jusqu'au milieu de IIe siĂšcle, l'armĂ©e reste une armĂ©e de conquĂȘte. Auguste annexe l'Illyrie et tente vainement de conquĂ©rir la Germanie. Il fixe les frontiĂšres de l'Empire au Rhin et au Danube. Claude fait la conquĂȘte de la Bretagne, Trajan, celle de la Dacie, de l'Arabie. Il fait l'Ă©phĂ©mĂšre conquĂȘte de la Parthie. À partir d'Hadrien, le plus important est de maintenir l'Empire et non plus de conquĂ©rir de nouveaux territoires. Une des prioritĂ©s d'Hadrien est d'enclore l'espace romain derriĂšre une muraille destinĂ©e Ă  protĂ©ger l'Empire des barbares. On lui doit le fameux mur d'Hadrien au nord de la Bretagne[131]. Ces successeurs continuent son Ɠuvre. Aux frontiĂšres de la Germanie, de l'Orient et de l'Afrique des murs sont Ă©rigĂ©s. On a fini par leur donner le nom de limes bien qu'en latin, limes signifie simplement chemin de patrouille Ă  la frontiĂšre. Des voies stratĂ©giques permettent de circuler facilement jusqu'aux frontiĂšres pour les dĂ©fendre en cas d'attaque. En tout, les Romains ont 9 000 km de frontiĂšre Ă  dĂ©fendre. L'armĂ©e reste cantonnĂ©e aux frontiĂšres. Les gouverneurs des provinces frontaliĂšres qui accueillent des lĂ©gions sont choisis avec soin par l'empereur car ils en assurent le commandement. En tout, 400 000 hommes repartis en 30 lĂ©gions (25 Ă  l'Ă©poque d'Auguste) dĂ©fendent les frontiĂšres.

L'armĂ©e romaine comprend Ă  peu prĂšs 150 000 lĂ©gionnaires de citoyennetĂ© romaine et engagĂ©s pour 20 ans. Ils sont doublĂ©s par des troupes auxiliaires recrutĂ©es parmi les non-citoyens et qui reçoivent la citoyennetĂ© romaine au bout de 25 ans de service militaire. À partir d'Hadrien, une partie des auxiliaires se distinguent de l'armĂ©e romaine car ils gardent leur armement traditionnel[131]. Les Italiens, qui au Ier siĂšcle Ă©taient encore majoritaires dans les lĂ©gions, rĂ©pugnent de plus en plus Ă  faire leur service militaire. Il faut donc aller chercher les recrues dans les provinces qui, quand elles sont trĂšs romanisĂ©es, rechignent elles aussi Ă  partir Ă  l'armĂ©e. Les soldats se recrutent donc de plus en plus dans les provinces les moins romanisĂ©es mĂȘme si, au IIe siĂšcle, la garde prĂ©torienne et les officiers (centurion) sont toujours recrutĂ©s parmi les Italiens. L'Italie demeure aussi le principal lieu de recrutement pour la formation de nouvelles lĂ©gions comme ce fut le cas sous Marc-AurĂšle( Legio III Italica). L'armĂ©e romaine est donc devenue une armĂ©e de mĂ©tier qui a amalgamĂ© les divers peuples de l'Empire. Son unitĂ© provient d'un esprit de corps donnĂ© par un entraĂźnement rigoureux, une discipline de fer Ă©levĂ©e au rang de divinitĂ©, une religion spĂ©cifique des camps autour des dieux romains traditionnels et du culte impĂ©rial, un encadrement de qualitĂ©. On doit au corps des ingĂ©nieurs militaires la construction de canaux, de routes, d'aqueducs, et de fortification de citĂ©s. La prĂ©sence de l'armĂ©e aux frontiĂšres est un grand facteur de dĂ©veloppement Ă©conomique pour ces zones et un puissant instrument de romanisation.

Société de Haut Empire

Article dĂ©taillĂ© : SociĂ©tĂ© romaine.

Les 80 millions d’habitants de l'Empire appartiennent par naissance ou par fortune Ă  des groupes sociaux diffĂ©rents. On naĂźt esclave, homme libre ou citoyen romain. Les esclaves n'ont aucun droit. Ils mĂšnent une vie trĂšs dure dans les grands domaines ou dans les mines. En ville leur sort est plus clĂ©ment. Ils travaillent comme domestiques, artisans et mĂȘme professeurs ou artistes pour les plus lettrĂ©s. Certains tiennent boutique et versent une somme Ă  leur maĂźtre pour pouvoir travailler. Ils peuvent ainsi payer leur affranchissement. Les sujets de l'Empire sont des hommes libres qui ne sont pas citoyens romains. Ils peuvent tĂ©moigner en justice mais doivent payer le tributum, un impĂŽt direct. On est citoyen romain par naissance, par dĂ©cret ou aprĂšs 25 ans de service militaire. Les citoyens ne paient pas le tributum. La plupart des citoyens exercent de petits mĂ©tiers. À Rome, il existe 200 000 citoyens pauvres pour qui les distributions gratuites de l'annone sont vitales.

Les plus riches sont regroupĂ©s dans l'ordre Ă©questre ou l'ordre sĂ©natorial sur dĂ©cision de l'empereur. Dans cette sociĂ©tĂ© d'ordres : ordre sĂ©natorial, ordre Ă©questre ou ordre dĂ©curional, la nobilitas se distingue une reconnaissance de l'origine et non pas par un statut. Cependant, la nobilitas perd certains de ses marqueurs sociaux. Au IIe siĂšcle la procession des portraits disparaĂźt. Elle est en effet dĂ©sormais rĂ©servĂ©e aux seules funĂ©railles impĂ©riales[132].

Au dĂ©but de l'Empire, la sociĂ©tĂ© n'est pas figĂ©e. Les esclaves, surtout urbains, peuvent ĂȘtre facilement affranchis par leur maĂźtre. Peu Ă  peu tous les hommes libres accĂšdent Ă  la citoyennetĂ©. L'Ă©dit de Caracalla, en 212, fait de tous les hommes libres des citoyens romains, ce qui « renforce l'unitĂ© morale de l'Empire[133] Â». Cependant, les Barbares soumis par la force ainsi que les basses couches de la population Ă©gyptienne ne reçoivent pas la citoyennetĂ©[133]. Ainsi Ă  Volubilis, les paysans isolĂ©s et les tribus semi-nomades voisines de la citĂ© restent des sujets de l'Empire, sauf quelques chefs rĂ©compensĂ©s ainsi de leur soutien[134]. Mais peu Ă  peu, les distinctions se font entre les honestiores, les puissants, et les humiliores, les humbles. Ils sont traitĂ©s de maniĂšre inĂ©gale devant la justice : Ă  la distinction juridique entre citoyen et non-citoyen s'est substituĂ©e une distinction sociale entre riches et pauvres.

Ville, lieu de la civilisation romaine

Carte du centre de Rome.

Dans presque toutes les citĂ©s de l'Empire, on vit Ă  l'heure romaine. Selon certaines estimations Rome, la capitale compte plus d'un million d'habitants sous le Haut-Empire. Les Romains l'appellent tout simplement l'urbs, la ville. Elle est avec Alexandrie, la plus grande ville du monde romain. Depuis le Ier siĂšcle, la ville a Ă©tĂ© beaucoup embellie par les empereurs. Ces nombreux monuments symbolisent la grandeur de Rome et l'art de vivre de Romains. Les forums, lieux de vie politique sous la RĂ©publique, sont devenus des ensembles monumentaux comprenant des basiliques, de nombreux temples, des arcs de triomphe et des bibliothĂšques. La colline du Palatin est occupĂ©e par les palais impĂ©riaux, la maison des Augustes. Mais Rome est avant tout dans l'imagination populaire, la ville des jeux. Plusieurs monuments exceptionnels leur sont consacrĂ©s: le circus Maximus entre le mont Palatin et l'Aventin, Le ColisĂ©e, le plus grand amphithĂ©Ăątre du monde romain, consacrĂ© aux jeux du cirque, essentiellement des combats de gladiateurs. Les thermes apparaissent Ă  la fin de la RĂ©publique. Les empereurs en construisent de nombreux pour les loisirs de la plĂšbe romaine. Pour acheminer l'eau dont les thermes et une population nombreuse ont besoin, de nombreux aqueducs sont construits. Au Ier siĂšcle, ils peuvent acheminer vers la ville prĂšs d’un million de mĂštres cube d'eau en un jour. La ville a grandi au cours des siĂšcles de maniĂšre dĂ©sordonnĂ©e. Les rues sont Ă©troites et sinueuses. En 64, aprĂšs l'incendie de Rome, NĂ©ron fait reconstruire la ville avec des axes larges et aĂ©rĂ©s. Les plus riches vivent dans de vastes villas, alors que les plus modestes vivent dans des immeubles collectifs, les insulae.

Plan et maquette d'une villa suburbaine de type pompéien.

L'architecture romaine s'épanouit dans les villes, l'architecture impériale innove dans la généralisation de la voûte en plein cintre, et l'emploi systématique du mortier (opus caementicium) puis de la brique (opus latericium), réalisant des monuments de plus en plus audacieux à Rome (Panthéon, Colisée, forums impériaux, thermes, etc.) et dans les provinces (pont du Gard, arÚnes de Nßmes, etc.).

Les grandes mĂ©tropoles comme Carthage, Antioche refleurissent. Les Romains construisent partout dans l'Empire des villes au plan rĂ©gulier appelĂ© plan hippodamien. La ville s’organise autour de deux axes, le cardo et le decumanus. On y trouve tous les monuments typiques de la romanitĂ©. Les villes ont Ă  leur tĂȘte un sĂ©nat local appelĂ© curie recrutĂ© parmi les riches habitants de l'Empire. Ils forment l'ordre dĂ©curional. C'est en son sein que sont Ă©lus les magistrats : Ă©diles — chargĂ©s de la police des marchĂ©s et de la voirie —, duumvirs — magistrats ayant des attributions judiciaires —, duumvirs quinquennaux — Ă©lu tous les cinq ans et assurant des fonctions censoriales. L'ordo des dĂ©curions doit gĂ©rer les finances (pecunia publica) et le territoire de la citĂ©, assurer l'ordre public et les relations avec le pouvoir central. Les dĂ©curions et surtout les magistrats financent en grande partie sur leurs fonds propres, la construction de monuments et des temples. À des sommes lĂ©galement dĂ©finies et exigĂ©es, ils peuvent ajouter volontairement un don de leur part. Cette pratique appelĂ©e Ă©vergĂ©tisme occupe une place importante dans la construction et la vie des citĂ©s. L'Ă©vergĂ©tisme permet aux aristocrates des citĂ©s de manifester leur libĂ©ralitĂ© et leur faste, il peut ĂȘtre un outil d'autocĂ©lĂ©bration, appuyer une stratĂ©gie familiale, le monument donnĂ© rappelant la gloire de la famille sur des gĂ©nĂ©rations, en mĂȘme temps qu'il fonde une cohĂ©sion politique et sociale : le don de l'Ă©vergĂšte peut ĂȘtre conçu comme un contre-don qui rĂ©pond au respect dont lui tĂ©moigne la citĂ© et au pouvoir politique qu'elle lui a confĂ©rĂ©e. FĂȘtes, spectacles et distributions variĂ©es, souvent issues de l'Ă©vergĂ©tisme, contribuent, dans les citĂ©s, Ă  l'Ă©laboration puis au maintien d'une culture municipale, d'une cohĂ©sion civique. Si l'historiographie a vu autrefois dans l'Ă©vergĂ©tisme un facteur expliquant l'abandon des fonctions politiques par les aristocraties locales, cette hypothĂšse n'est plus actuellement reçue, et l'on n'imagine plus une dĂ©sertion gĂ©nĂ©ralisĂ©es des curies.

Dans les villes de l'ouest de l'Empire, le latin se répand tandis que l'est reste fidÚle à la langue grecque.

Prospérité économique

Article dĂ©taillĂ© : Économie romaine.

En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, la plupart des richesses produites viennent des campagnes et de l'agriculture. Sous le Haut-Empire, la tendance Ă  la concentration fonciĂšre se confirme. La nobilitas ou les temples d'Orient possĂšdent de vastes domaines. Mais le plus grand propriĂ©taire de l'Empire, c'est l'empereur lui-mĂȘme qui agrandit ses biens en confisquant ceux de ses opposants. Le centre du grand domaine ou latifundium est la villa, la demeure du maĂźtre avec ses dĂ©pendances. Si l'idĂ©al affichĂ© est celui de l'autarcie, car c'est le patrimoine foncier et l'autosuffisance qui fonde la dignitĂ© sociale, il existe d'importantes rĂ©gions de cultures commerciales. La principale culture est celle des cĂ©rĂ©ales qui permet de nourrir tous les habitants du domaine. Les agronomes romains conseillent de rĂ©server une partie de la superficie Ă  des cultures commerciales comme la vigne et l'olivier. La petite propriĂ©tĂ© n'a pas disparu pour autant. Elle demeure l'idĂ©al de la sociĂ©tĂ© romaine mais son importance s'est rĂ©duite. Si sous l'Empire, l'agriculture a peu Ă©voluĂ© techniquement elle a diffusĂ©e certaines pratiques. L'existence de gains de productivitĂ© n'est pas exclue par certains auteurs.

Les principales activitĂ©s artisanales sont effectuĂ©es dans les campagnes, mais aussi dans les villes : production textile, fabrication et entretien des outils, production de poterie. Pendant trĂšs longtemps les historiens conçurent les villes antiques comme uniquement consommatrice, aprĂšs des discussions importantes cet avis est considĂ©rablement relativisĂ©. D'importantes rĂ©gions miniĂšres existaient en Espagne et dans les rĂ©gions danubiennes. Mais lĂ  aussi, les progrĂšs techniques sont minimes. Le travail manuel, l'activitĂ© mercantile, sont, pour les classes instruites, une source de mĂ©pris, une chose rĂ©servĂ©e aux classes infĂ©rieures et aux esclaves. L'existence d'esclaves a peut-ĂȘtre aussi constituĂ© un obstacle au dĂ©veloppement du progrĂšs technologique. Toutefois les recherches archĂ©ologiques rĂ©centes relativisent aussi fortement les anciens jugements portĂ©s sur certains domaines : les archĂ©ologues et historiens s'accordent par exemple aujourd'hui sur la diffusion importante et prĂ©coce du moulin Ă  eau dans l'Empire romain.

La paix et la prospĂ©ritĂ© du Haut-Empire entraĂźnent un accroissement des activitĂ©s commerciales. La MĂ©diterranĂ©e au cƓur de l'Empire romain connaĂźt un trafic intense. La piraterie est trĂšs rĂ©duite grĂące aux flottes de guerre des empereurs qui patrouillent en permanence. Les navires se hasardent de plus en plus en haute mer pour raccourcir la durĂ©e des traversĂ©es. Mais pour les trajets coĂ»ts ou moyens, les marins prĂ©fĂšrent le cabotage le long des cĂŽtes. La MĂ©diterranĂ©e est ouverte de mars Ă  octobre, c'est-Ă -dire que la navigation y est autorisĂ©e. En hiver, il n'y a pas de navigation. Les grands ports mĂ©diterranĂ©ens sont Ostie, le port de Rome, Alexandrie en Égypte et Carthage en Afrique. Les liens commerciaux atteignent aussi la Baltique, l'Afrique noire via les caravanes transsahariennes, l'Inde et la Chine. On voit donc que l'Empire n'est pas un espace clos. Le goĂ»t pour les produits de luxe des romains alimente le grand commerce international. En ce sens l'Empire prolonge les deux derniers siĂšcles de la rĂ©publique, mais la domination Ă©conomique italienne dans certains domaines — cĂ©ramiques de qualitĂ©s, amphores, vins — cĂšde la place, avec le temps, aux productions provinciales.

Crise de l’Empire romain (IIIe siĂšcle)

Article dĂ©taillĂ© : Crise du troisiĂšme siĂšcle.

Origines de la crise

Les historiens s'interrogent encore sur les raisons de la crise profonde que traverse l'Empire romain au troisiĂšme siĂšcle. Certaines causes extĂ©rieures Ă  l'Empire peuvent l'expliquer. En Orient, l'Empire parthe dĂ©liquescent laisse la place Ă  l'Empire Sassanide dans le second quart du IIIe siĂšcle. Cet empire puissant, bien structurĂ© et agressif fait peser une pression constante sur les provinces d'Asie. Au nord-est de l'Europe, les Germains orientaux qui vivent dans les rĂ©gions de la mer Baltique entament une lente migration vers le Sud et le Sud-Est europĂ©en. Ce faisant, ils chassent les autres tribus qui se trouvent sur les territoires qu'ils traversent. Celles-ci cherchent Ă  trouver refuge dans l'Empire romain en espĂ©rant y trouver de nouvelles terres et un riche butin[135]. Leurs incursions mettent Ă  jour la faiblesse de la stratĂ©gie dĂ©fensive romaine. En effet, les lĂ©gions sont massĂ©es aux frontiĂšres. Une fois franchie la rĂ©gion frontiĂšre, les barbares peuvent ravager sans presque aucune entrave les provinces. Le dispositif militaire romain, et l'organisation du pouvoir impĂ©rial sont aussi trĂšs peu adaptĂ©s Ă  une guerre simultanĂ©e sur deux fronts, en Orient et sur l'ensemble Rhin-Danube.

Les difficultĂ©s internes sont dues Ă  l'Ă©loignement de plus en plus grand des militaires prĂȘts Ă  imposer de lourds sacrifices aux civils pour protĂ©ger l'Empire des menaces d'invasions et de la classe possĂ©dante qui accepte difficilement l'accroissement de ses charges fiscales. Sur le plan politique, cela se traduit par la montĂ©e de l'ordre Ă©questre, titulaire des grandes prĂ©fectures et de plus en plus prĂ©sente dans les provinces comme gouverneur Ă  la place de la classe sĂ©natoriale[136]. De plus Ă  partir de 250, l'Empire romain est touchĂ© par des Ă©pidĂ©mies qui entraĂźnent, au moins rĂ©gionalement, une dĂ©population et une crise Ă©conomique dont souffrent principalement l'Occident dĂ©jĂ  ravagĂ© par les incursions germaniques.

L'Ă©tat le plus rĂ©cent de la recherche relativise cependant le caractĂšre gĂ©nĂ©ral et continu de la crise. Le troisiĂšme siĂšcle est dĂ©sormais plutĂŽt dĂ©crit comme marquĂ©s par quelques grandes crises mieux dĂ©finies du point de vue chronologiques : crise politique en 238, deux graves crises dans les annĂ©es 250 et 260, la pĂ©riode la plus dure pour le pouvoir impĂ©rial. Mais l'accent est dĂ©sormais aussi mis sur la diversitĂ© des situations rĂ©gionales, le maintien d'une prospĂ©ritĂ© en Afrique, sur l'existence de pĂ©riode de redressement ou sur les capacitĂ©s de relĂšvement et de rĂ©sistance, induisant plus une pĂ©riode de mutation qu'une crise et un dĂ©clin continus.

Instabilité impériale

La pĂ©riode comprise entre 235 et 268 est assez mal connue. Seize empereurs se sont succĂ©dĂ©, faits et dĂ©faits par le sort des armes. Les empereurs sont crĂ©Ă©s par un nouveau groupe, l’État-major de l’armĂ©e. Il choisit le nouvel empereur, qui est ensuite avalisĂ© par le SĂ©nat. Le rang impĂ©rial est devenu, aux yeux des militaires, le grade le plus Ă©levĂ© dans la hiĂ©rarchie des officiers[129]. Ainsi Maximin Ier le Thrace est le premier militaire de carriĂšre Ă  devenir empereur par la volontĂ© seule de ses soldats[137]. Il dĂ©ploie une grande Ă©nergie pour sĂ©curiser la frontiĂšre face aux Daces et aux Sarmates. Il exige de la classe sĂ©natoriale et des provinces de lourds impĂŽts pour faire face aux dĂ©penses militaires. Cette pression fiscale provoque la rĂ©volte des grands propriĂ©taires d'Afrique qui portent au pouvoir Gordien Ier en association avec son fils Gordien II en 238. Ils sont rapidement battus. Maximin est tuĂ© devant AquilĂ©e de mĂȘme que Pupien et Balbin, choisis par le SĂ©nat comme nouveaux Augustes. À la fin de 238, Gordien III, le petit-fils de Gordien Ier devient empereur[138]. Il pĂ©rit assassinĂ© Ă  l'instigation du prĂ©fet du prĂ©toire, Philippe l'Arabe qui doit Ă©liminer plusieurs concurrents avant d'ĂȘtre tuĂ© en affrontant DĂšce. DĂšce est le premier empereur tuĂ© par des barbares, lors de la lourde dĂ©faite d'Abrittus face aux Goths en 251. TrĂ©bonien Galle et Émilien se succĂšdent Ă  un rythme rapprochĂ©. Ce dernier ne rĂšgne que quatre-vingt-huit jours. La lĂ©gitimitĂ© impĂ©riale qui reposait sur la victoire est soumise Ă  rude Ă©preuve : la crise militaire encourage les usurpations : les armĂ©es cherchant un gĂ©nĂ©ral efficace et les rĂ©gions menacĂ©es dĂ©sirant un empereur proche pour les protĂ©ger.

PĂ©riode dite des
« Trente Tyrans Â» :

Valérien (253 à 260)
Gallien (253 Ă  268)

ValĂ©rien rĂšgne associĂ© Ă  son fils Gallien. Celui-ci est le dernier aristocrate Ă  parvenir Ă  l'Empire[139]. Ils doivent faire face aux incursions des Alamans et des Francs en Gaule et Ă  l'offensive du souverain sassanide Sapor en Syrie. En 260, ValĂ©rien est mĂȘme fait prisonnier par les Perses et finit ses jours comme esclave en Iran. Gallien restĂ© seul empereur parvient Ă  stopper une invasion des Alamans en les battant en Italie du Nord. Il abandonne la Dacie conquise par Trajan qui est devenue trop difficile Ă  dĂ©fendre et fixe la frontiĂšre de l'Empire sur le Danube. Mais il doit faire face Ă  de nombreuses usurpations, celle de Macrien et de QuiĂ©tus en Orient, de RĂ©galien en Pannonie et de Postume en Gaule qui proclame l'Empire des Gaules.

Les successeurs de Gallien sont tous des militaires Ă  qui l'armĂ©e a donnĂ© une grande rigueur et la foi en l'Ă©ternitĂ© de l'Empire romain. L'Empire est devenu militaire. À partir de rĂ©formes entamĂ©es sous Gallien — exclusion des sĂ©nateurs du commandement militaire — les empereurs illyriens font face Ă  la crise et rĂ©organisent la dĂ©fense de l'Empire. AurĂ©lien rĂ©unifie l'Empire en mettant un terme aux sĂ©cessions palmyrĂ©nienne et gauloise et fortifie Rome.

Transformations aprĂšs 260

Gallien entame une mutation profonde de la stratĂ©gie militaire. Il rĂ©partit en profondeur les moyens de dĂ©fense en plaçant dans les principaux nƓuds routiers de l'Illyrie des dĂ©tachements des lĂ©gions frontaliĂšres. Il constitue une importante cavalerie avec un commandement autonome. Il exclut les sĂ©nateurs des emplois militaires et les remplace par des chevaliers. Il fait entrer dans l'armĂ©e des barbares vaincus amorçant par lĂ  mĂȘme la « barbarisation Â» de l'armĂ©e[140]. L'armĂ©e absorbe une part toujours plus grande des ressources de l'État. Un impĂŽt spĂ©cial, l'annone militaire, est prĂ©levĂ© pour son entretien.

L'Empire divisĂ© autour de 271 : Empire des Gaules et celui de Palmyre.

Les fonctions de gĂ©nĂ©ral en chef et de chef de guerre victorieux que tient traditionnellement l'empereur sont renforcĂ©es dans ces pĂ©riodes de guerres incessantes. À cĂŽtĂ© des qualificatifs habituels comme felix, on associe de plus en plus le terme invictus. En effet, un empereur vainqueur peut espĂ©rer la fidĂ©litĂ© de ses sujets et de ses troupes. En cas de dĂ©faite militaire, des concurrents apparaissent parmi les autres gĂ©nĂ©raux. Les empereurs essaient cependant de trouver une lĂ©gitimitĂ© en transformant le culte impĂ©rial. AurĂ©lien est divinisĂ© de son vivant. Sur ses monnaies, on peut trouver l'inscription deus et dominus natus (dieu et seigneur de naissance).

Les difficultĂ©s du IIIe siĂšcle donnent Ă  penser aux Romains qu'ils ont Ă©tĂ© abandonnĂ©s par les dieux et il s'ensuit une pĂ©riode ou les citoyens refusant de participer aux cultes publics, comme les chrĂ©tiens et les Juifs sont persĂ©cutĂ©s. DĂšce, Ă  partir de 250 puis ValĂ©rien renouvelle l'obligation de sacrifices, ce qui entraine des persĂ©cutions envers les rĂ©fractaires. En 260, son fils Gallien publie un Ă©dit de tolĂ©rance maintenu par ses successeurs pendant 40 ans.

L'opposition entre la nobilitas et l'homme nouveau est plus vivace que jamais. L’Empire passe entre les mains de familles n'ayant jamais exercĂ© la fonction impĂ©riale. Les empereurs novi laissent Ă  leur famille la noblesse en hĂ©ritage. Les honestiores des provinces d'Occident et les dirigeants des peuples barbares voisins, acquiĂšrent eux aussi la nobilitas qui les incorpore aux couches les plus Ă©levĂ©es. En ce qui concerne la noblesse romaine, elle garde un immense prestige social mais perd presque toute son autoritĂ© politique[132].

AntiquitĂ© tardive (fin IIIe au Ve siĂšcle)

Article dĂ©taillĂ© : AntiquitĂ© tardive.

Empereurs du Bas Empire

Dioclétien, musée d'Istanbul.

Quelques mois aprĂšs son arrivĂ©e au pouvoir, DioclĂ©tien comprend qu'il ne peut diriger seul l'Empire et confie Ă  Maximien le soin de s'occuper de l'Occident en tant que CĂ©sar puis ensuite d'Auguste. En 293, il donne Ă  Maximien un adjoint qui porte le titre de CĂ©sar, Constance Chlore et s'en choisit lui-mĂȘme un, GalĂšre. C'est ainsi que les besoins de l'Empire donnent par hasard naissance Ă  la tĂ©trarchie, c'est-Ă -dire le pouvoir Ă  quatre. Il n'y a pas de partage territorial de l'Empire romain mais, les quatre hommes se rĂ©partissent le commandement des troupes et les secteurs dans lesquels ils interviennent. DioclĂ©tien reste cependant au sommet[141]. Cette nouvelle organisation permet d'Ă©liminer les usurpateurs qui semaient le trouble en Gaule, de repousser les barbares. La victoire sur les Sassanides permet de renforcer la prĂ©sence romaine en MĂ©sopotamie avec la constitution de cinq nouvelles provinces[142]. La politique intĂ©rieure de DioclĂ©tien est dans lignĂ©e des empereurs du IIIe siĂšcle. Il renforce la divinisation de la fonction impĂ©riale. Il dĂ©clenche la derniĂšre et la plus violente des persĂ©cutions contre les chrĂ©tiens.

En 305, les deux Augustes abdiquent le mĂȘme jour pour laisser la place Ă  leurs CĂ©sars, GalĂšre et Constance Chlore, qui deviennent Ă  leur tour Augustes. DioclĂ©tien choisit deux nouveaux CĂ©sars, Maximin II DaĂŻa et SĂ©vĂšre, Ă©cartant dĂ©libĂ©rĂ©ment de la succession les fils de Maximien et de Constance Chlore. DioclĂ©tien se retire ensuite Ă  Spalato.

La seconde tĂ©trarchie se heurte aux ambitions de Maxence et Constantin, fils respectifs de Maximien et de Constance Chlore. Une pĂ©riode d'instabilitĂ© s'ensuit avec jusqu'Ă  sept augustes au mĂȘme moment.

En 313, deux empereurs restent en lice, Constantin Ier, installĂ© Ă  NicomĂ©die, et Licinius. Ce dernier est vaincu une premiĂšre fois en 316 puis dĂ©finitivement Ă©liminĂ© en 324. Constantin, premier empereur Ă  s'ĂȘtre converti au christianisme, reste alors le seul souverain. Cette mĂȘme annĂ©e, il choisit l'ancienne colonie grecque de Byzance, installĂ©e sur la rive europĂ©enne du dĂ©troit du Bosphore pour fonder une nouvelle capitale qui portera son nom, Constantinople. Construite sur le modĂšle de Rome, elle est inaugurĂ©e en 330.

Quand Constantin meurt en 337, il n'a pas rĂ©glĂ© sa succession. Ses trois fils se partagent l'Empire mais finissent par se disputer. Finalement l'Empire est rĂ©uni sous l'autoritĂ© du second fils de Constantin Ier, Constance II qui nomme deux cĂ©sars aux pouvoirs trĂšs rĂ©duits. Le nouvel empereur poursuit la politique de son pĂšre. Un des cĂ©sars, Julien, en charge de la Gaule, remporte une grande victoire sur les Alamans en 357. Ses soldats le proclament empereur Ă  son corps dĂ©fendant Ă  LutĂšce. Constance II meurt l'annĂ©e suivante. Julien, cousin du dĂ©funt empereur renonce au christianisme par amour de la pensĂ©e grecque, d'oĂč son surnom d'apostat. Il tente de restaurer les anciennes religions en rouvrant les temples et en obtenant de nombreuses apostasies. Il meurt aprĂšs 18 mois de rĂšgne, en 363, dans une escarmouche au retour d'une campagne contre les Perses.

Ses successeurs, Jovien, Valentinien Ier en Occident et Valens en Orient reviennent Ă  une absolue neutralitĂ© religieuse. L’empereur d’Orient Valens, frĂšre de Valentinien Ier doit gĂ©rer les difficultĂ©s engendrĂ©es par la prĂ©sence au-delĂ  du Danube des Goths. Valentinien Ier laisse son pouvoir Ă  ses deux jeunes enfants Gratien et Valentinien II. AprĂšs la mort de Valens lors de la bataille d'Andrinople en 378, Gratien se choisit un nouveau collĂšgue pour l’Orient, ThĂ©odose le Jeune. Gratien est assassinĂ© en 383. Valentinien II, le jeune frĂšre de Gratien, reste alors seul auguste de l'Occident avec Ă  ses cĂŽtĂ©s gĂ©nĂ©ral franc, Arbogast qui l'assassine en 392. En 394, ThĂ©odose bat l'usurpateur Ă  la Bataille de la RiviĂšre Froide oĂč les deux armĂ©es perdent l'essentiel de leurs forces. Alors que le danger barbare est de plus en plus pressant, les dĂ©fenses de l'Empire sont affaiblies par d'interminables guerres civiles.

En 395, ThĂ©odose le Grand meurt, aprĂšs avoir partagĂ© l'Empire entre ses deux fils. Arcadius l'aĂźnĂ© reçoit l'Orient et Honorius l'Occident. Ce partage est dans la continuitĂ© des rĂšgnes prĂ©cĂ©dents. Le partage se veut purement administratif. L'unitĂ© de l'Empire doit donc ĂȘtre prĂ©servĂ©e. Mais l'Occident d'Honorius est affaibli par des annĂ©es de guerres civiles et contre les barbares. Il a perdu une grande partie de ses troupes. L'Ă©conomie de l'Occident demeure fragile alors que celle d'Orient est florissante.

Les deux parties de l'Empire se séparent définitivement.

Instruments du pouvoir

La crise du IIIe siĂšcle a transformĂ© le pouvoir impĂ©rial qui est devenu absolu. Le SĂ©nat n'a plus aucune influence. On est passĂ© de principat au dominat. Les empereurs de l'AntiquitĂ© tardive bĂ©nĂ©ficient aussi d'une construction idĂ©ologique qui a peu Ă  peu assimilĂ© les empereurs Ă  des divinitĂ©s vivantes et justifient ainsi leur pouvoir absolu. Pour Constantin comme pour DioclĂ©tien, l'autoritĂ© impĂ©riale est de nature divine[143]. DioclĂ©tien et GalĂšre, son fils adoptif, se prĂ©tendent descendants de Jupiter. Ils prennent le surnom de Jovien, son collĂšgue Maximien ainsi que son co-cĂ©sar celui d’Herculien. Cette sacralisation du pouvoir impĂ©rial a aussi pour but d'enlever toute lĂ©gitimitĂ© aux usurpateurs Ă©ventuels puisque seul l'empereur est Ă©lu des dieux, et que seul son successeur est lĂ©gitime. En 312, Constantin choisit le christianisme parce qu'il lui donne une lĂ©gitimitĂ© nouvelle et au-dessus de toutes les autres[144].

Constantin ne cherche pas Ă  affirmer une filiation divine. Il prĂ©tend plutĂŽt avoir Ă©tĂ© investi par le Dieu des chrĂ©tiens pour gouverner l'Empire. La monnaie de l'Ă©poque montre une main sortant du ciel et lui tend une couronne. L'empereur agit comme un clerc dans sa maniĂšre d'exercer le pouvoir. À Constantinople, il construit son palais comme si c’était une Ă©glise ; il affirme avoir reçu une vision du Christ comme s’il Ă©tait un apĂŽtre ; il agit comme un Ă©vĂȘque lors du concile de NicĂ©e convoquĂ© par lui-mĂȘme mais il ne l’est pas[145]. Constantin affirme qu'il est le reprĂ©sentant de Dieu sur la terre. En son intelligence se reflĂšte l’intelligence suprĂȘme[146]. Il s'entoure d'un faste incroyable pour exalter la grandeur de la fonction impĂ©riale. DĂ©sormais la romanitĂ© et la religion chrĂ©tienne sont liĂ©es. EusĂšbe de CĂ©sarĂ©e, reprenant les thĂšses de MĂ©liton de Sardes[147], Ă©labore, Ă  cette Ă©poque, la thĂ©ologie de l'empire chrĂ©tien. Pour lui, l'unification politique a permis l'unification religieuse. L'empereur est dans ce cadre, le serviteur de Dieu et comme l'image de fils de Dieu, maĂźtre de l'univers[148]. L'empereur reçoit aussi la mission de guide vers le salut et la foi chrĂ©tienne. Son intervention grandissante dans les questions religieuses se trouve ainsi lĂ©gitimĂ©e ainsi que le cĂ©saropapisme.

Organisation militaire

Paragraphe dĂ©taillĂ© : AntiquitĂ© tardive, l’armĂ©e.

Le nombre de soldats par lĂ©gion n'a fait que diminuer depuis la rĂ©forme de Marius Ă  la fin du IIe siĂšcle av. J.-C. Il est passĂ© de 6 000 Ă  5 000 sous le Haut Empire et est certainement autour de 2 000 au dĂ©but du rĂšgne de DioclĂ©tien[149]. DioclĂ©tien augmente le nombre de militaires. Il confie Ă  des soldats souvent d'origine barbare, les limitanei[142], le soin de dĂ©fendre le limes. Les lĂ©gions de manƓuvre sont de taille plus rĂ©duite — 1 000 lĂ©gionnaires — mais sont plus nombreuses que sous la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente. Elles passent de 39 Ă  60. Elles sont chargĂ©es d'intercepter les Barbares qui ont rĂ©ussi Ă  franchir une frontiĂšre de plus en plus fortifiĂ©e. La nĂ©cessitĂ© de la dĂ©fense de l'Empire justifie l'abandon de Rome comme rĂ©sidence impĂ©riale au profit de villes plus proches des frontiĂšres : TrĂšves, Milan, Sirmium, NicomĂ©die. Constantin achĂšve la transformation de l'armĂ©e et met en place le comitatus, l'armĂ©e de campagne. Son commandement est confiĂ© Ă  un magister peditum pour l'infanterie et un magister equitum pour la cavalerie[150]. En cas de besoin, des maĂźtres des milices peuvent ĂȘtre crĂ©Ă©s pour une rĂ©gion particuliĂšre comme en Illyrie. Dans les provinces et les diocĂšses exposĂ©s, les troupes peuvent ĂȘtre dirigĂ©es par un comes ou un dux. Cette armĂ©e est particuliĂšrement soignĂ©e par les empereurs.

On suppose que l'armĂ©e romaine du IVe siĂšcle compte entre 250 000 et 300 000 hommes. Pour pallier les difficultĂ©s de recrutement, DioclĂ©tien impose de nouvelles rĂšgles. Les propriĂ©taires doivent dĂ©sormais fournir des recrues Ă  l'armĂ©e romaine. Au cours du IVe siĂšcle, ils obtiennent le droit de remplacer les recrues par une somme en or, l'aurum tironicum[151]. Ce systĂšme est supprimĂ© en 375, mais uniquement pour l'Orient. Un nombre significatif de citoyens cherche Ă  fuir l'enrĂŽlement dans l'armĂ©e en partant dans le dĂ©sert, en se coupant le pouce ou en devenant clerc. Les lourdes condamnations envers les dĂ©serteurs, l'hĂ©rĂ©ditĂ© du mĂ©tier de soldat n'Ă©vitent pas les difficultĂ©s de recrutement, ce qui pousse les empereurs Ă  faire appel aux barbares.

DioclĂ©tien et Constantin Ier recrutent des auxiliaires d'origine barbare pour veiller sur le limes. Ces derniers ont peu Ă  voir avec l'esprit romain. La distinction entre comitatus et limitanei donne naissance Ă  l'armĂ©e romaine du Bas-Empire. Sous ThĂ©odose, l'armĂ©e se barbarise davantage. L'Empire romain d'Orient garde les mĂȘmes dispositions du IIe au VIIe siĂšcle. La principale nouveautĂ© est le remplacement du systĂšme de conscription, si injuste, par celui du volontariat. Pour attirer les recrues, elles reçoivent des exemptions fiscales sur leurs terres. L'armĂ©e ne manque alors plus de soldats[152].

Au dĂ©but du Ve siĂšcle, l'armĂ©e d'Occident comprend thĂ©oriquement 200 000 hommes aux frontiĂšres, des limitanei presque tous d'origine barbare, et 50 000 hommes dans l'armĂ©e de manƓuvre, le comitatus. Le paradoxe de cette armĂ©e est que les frontiĂšres sont dĂ©fendues par des soldats issus de peuples qui cherchent Ă  envahir l'Empire[153].

Administration et fiscalité

Flavius Felix, consul en 428, Rome, ivoire d'Ă©lĂ©phant, ancien trĂ©sor de l’abbaye Saint-Junien de Limoges.

Sous Dioclétien, les distinctions entre provinces sénatoriales et provinces impériales sont supprimées. En 297, il les divise en entités plus petites, les faisant passer de 47 à plus de 100. Ces nouvelles provinces sont regroupées en 12 diocÚses dirigés par des vicaires équestres qui obéissent directement aux empereurs. Cette multiplication des circonscriptions administratives et des échelons administratifs est perçue comme étant plus efficace pour lutter contre les maux de l'Empire. En 312, on compte 108 provinces, 116 en 425[154].

Constantin divise l'Empire en grandes circonscriptions dont les limites sont fluctuantes, les prĂ©fectures rĂ©gionales avec Ă  leur tĂȘte un prĂ©fet du prĂ©toire. Les prĂ©fets y ont de grandes prĂ©rogatives civiles et judiciaires[155]. Chaque niveau administratif — prĂ©fecture rĂ©gionale, diocĂšse, province — a sa capitale, ses bureaux, ses fonctionnaires. Le pouvoir impĂ©rial est ainsi plus prĂ©sent Ă  chaque Ă©chelon, mais la masse salariale des fonctionnaires est multipliĂ©e par quatre et les grands pouvoirs qu'ils possĂšdent sont des facteurs d'autonomie et de corruption[156].

L'organisation du pouvoir central est elle aussi transformĂ©e. Le prĂ©fet du prĂ©toire est remplacĂ© par le questeur du Palais sacrĂ© qui rĂ©dige les Ă©dits. Ce dernier dirige le consistoire sacrĂ©, qui remplace le conseil de l'empereur. Le maĂźtre des offices dirige le personnel administratif, les fabriques d'armes et les scholĂŠ de la garde ; le maĂźtre des milices, l'infanterie et la cavalerie ; le comte des largesses sacrĂ©es, le fisc ; le comte de la fortune privĂ©e, la res privata, c'est-Ă -dire la caisse privĂ©e de l'empereur, les revenus personnels de ce dernier Ă©tant issus essentiellement du revenu de ses immenses domaines. La grande nouveautĂ© est cependant la grande augmentation des fonctionnaires travaillant dans les bureaux centraux. Une foule de notaires, d'agents secrets (les agentes in rebus), prĂšs de 1 000 fonctionnaires au Ve siĂšcle[157], et d'employĂ©s divers font de l'Empire romain une vĂ©ritable bureaucratie[158]. Cette administration centrale plĂ©thorique contribue Ă  l'isolement de l'empereur par rapport au reste de la sociĂ©tĂ©.

Les finances sont avant tout destinĂ©es Ă  soutenir l'armĂ©e. L'annone militaire a Ă©tĂ© progressivement mise en place Ă  partir de la dynastie des SĂ©vĂšres. Elle est, sous DioclĂ©tien, payĂ©e en nature ou en espĂšces. Pour faire face aux dĂ©penses accrues, l'empereur ordonne que soit recensĂ©es, toutes les ressources de l'Empire, hommes, bĂ©tails et autres richesses. Ce recensement, qui a lieu tous les quinze ans, sert de base pour Ă©tablir, un nouvel impĂŽt, la capitation. La fiscalitĂ© pĂšse essentiellement sur les habitants des campagnes. Outre la capitation, ils doivent payer la jugatio sur les biens fonciers. Les sĂ©nateurs doivent s'acquitter de la collatio glebalis tous les quatre ans. Sous le rĂšgne de ThĂ©odose, la fiscalitĂ© se durcit encore provoquant des rĂ©voltes (Antioche en 387). En thĂ©orie, les revenus de la res privata doivent subvenir Ă  la cour et Ă  la famille impĂ©riale, mais une part grandissante de cette caisse est dĂ©volue aux immenses besoins de l’État.

Économie et sociĂ©tĂ©

L’économie romaine est une Ă©conomie essentiellement agricole. La trilogie mĂ©diterranĂ©enne domine la production : blĂ©, vigne (vin), olivier (huile). La Sicile, l’Afrique, l’Égypte, les Gaules et l’Espagne produisent les cĂ©rĂ©ales qui ravitaillent les grandes villes de l’Empire. L’élevage de chevaux, indispensable pour les jeux et pour l’armĂ©e est concentrĂ© en Hispanie, en Afrique, en Syrie, en Thrace et en Asie. À cette Ă©poque, deux secteurs de l’économie peuvent ĂȘtre qualifiĂ©s d’industriels. Il s’agit de l’exploitation miniĂšre et de la production de cĂ©ramique sigillĂ©e. Celle-ci est liĂ©e Ă  l’exportation de produits agricoles. C’est donc dans les grandes rĂ©gions de production qu’on trouve les principaux ateliers de cĂ©ramique. Une quarantaine de fabriques d’armes sont dissĂ©minĂ©es dans l’Empire. Elles font partie des industries de l’État, tout comme les fabriques d’armures, de vĂȘtements pour les soldats et les teintureries[159].

Plan du centre de Constantinople.

Au IVe siĂšcle les prĂ©fectures de la ville et du prĂ©toire s’ajoutent au consulat comme charges permettant d’entrer dans la nobilitas. Constantin prend la dĂ©cision de supprimer l’ordre Ă©questre dont les membres entrent presque tous dans l’ordre sĂ©natorial. Le nombre de sĂ©nateurs passe de 600 Ă  2 000 membres[160]. Le SĂ©nat crĂ©Ă© Ă  Constantinople compte lui aussi 2 000 membres. L’ordre sĂ©natorial oriental est recrutĂ© parmi les notables des citĂ©s provinciales grecques[161]. La nobilitas romaine se caractĂ©rise aussi par sa rĂ©sistance Ă  l’adoption du christianisme. AttachĂ©e au culte des ancĂȘtres, Ă  la culture grĂ©co-romaine, Ă  la philosophie, elle rĂ©pand une nombreuse littĂ©rature anti-chrĂ©tienne[162]. Cependant, au milieu du IVe siĂšcle, les grandes familles romaines se convertissent peu Ă  peu au christianisme. Les invasions barbares n’empĂȘchent pas l’aristocratie sĂ©natoriale de garder sa richesse fonciĂšre et son influence jusqu’au VIIIe siĂšcle. Elle monopolise les charges de comte et d’évĂȘque[163].

Depuis le IIIe siĂšcle, l’Empire romain se nourrit des apports barbares. Le rĂŽle fondamental des peuples fĂ©dĂ©rĂ©s dans l’armĂ©e romaine a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©voquĂ©. Ils ont aussi peuplĂ© les rĂ©gions septentrionales de l’Empire menacĂ©es de dĂ©population. Les dĂ©crets de Valentinien Ier interdisant les mariages romano-barbares montrent qu’il existe dĂ©jĂ  un mĂ©tissage non nĂ©gligeable Ă  cette Ă©poque. Les cas d'officiers barbares vivant dans l’Empire et romanisĂ©s sont frĂ©quents au IVe siĂšcle.

La citĂ© reste le cƓur de la romanitĂ©. Les lieux traditionnels de la vie romaine, les thermes, les cirques et les amphithĂ©Ăątres sont frĂ©quentĂ©s jusqu’à la fin du VIe siĂšcle et mĂȘme au-delĂ  pour Constantinople. Mais bon nombre de monuments anciens se dĂ©gradent car les finances publiques sont insuffisantes pour pourvoir Ă  leur entretien, d’autant plus que la pĂ©riode de l’AntiquitĂ© tardive est riche en tremblements de terre. Les villes de l’Empire connaissent des transformations. Elles construisent des remparts aux IIIe et IVe siĂšcles pour se protĂ©ger. La grande nouveautĂ© architecturale est la construction d’édifices chrĂ©tiens, une basilique, un baptistĂšre et la demeure de l’évĂȘque[164], dont une partie de matĂ©riau utilisĂ© provient d’anciens monuments abandonnĂ©s. Les nouvelles rĂ©sidences impĂ©riales : TrĂšves, Milan, Sirmium, NicomĂ©die bĂ©nĂ©ficient de la prĂ©sence des troupes et des empereurs.

Littérature et arts

À partir du IIIe et IVe siĂšcle, les portraits impĂ©riaux tournent Ă  l’imposant colossal (telles la statue de Constantin Ier), tandis que la gĂ©nĂ©ralisation de l’inhumation donne une nouvelle impulsion Ă  l’art du bas-relief sur les sarcophages, aux thĂšmes dĂ©coratifs dionysiaque ou palĂ©ochrĂ©tiens.

Les Romains rĂ©volutionnent le support Ă©crit des livres, en lui donnant la forme moderne que nous connaissons : ils gĂ©nĂ©ralisĂšrent le codex, volume de feuilles reliĂ©es, plus maniable et plus aisĂ© Ă  lire que le traditionnel rouleau. Le livre est devenu un objet maniable, facile Ă  transporter, Ă  ranger, lisible par un seul individu. Mais il reste un objet cher, mĂȘme si le nombre de volumes en circulation augmente considĂ©rablement. L'usage du parchemin, plus solide mais plus coĂ»teux s'Ă©tend aux dĂ©pens du papyrus. Le passage de volumen au codex, parfois de taille trĂšs rĂ©duite, a comme consĂ©quence la perte d'une partie des textes antiques qui ne sont plus consultĂ©s[165]. La place de l'Ă©crit dans la sociĂ©tĂ© devient de plus en plus importante.

À partir du IVe siĂšcle, la source de la littĂ©rature est essentiellement chrĂ©tienne. La correspondance de quelques grands esprits du temps, trĂšs bien conservĂ©e, permet d'avoir une connaissance fine des mentalitĂ©s de l'AntiquitĂ© tardive. La rhĂ©torique grecque est utilisĂ©e par les PĂšres de l'Église, que ce soit pour rĂ©diger des sermons, expliquer les textes saints ou tenter de convaincre les non-chrĂ©tiens. L'hagiographie se multiplie. Tout en racontant la vie des saints Ă  la maniĂšre de SuĂ©tone ou Plutarque, elle se concentre sur les vertus chrĂ©tiennes de saints pour en faire des exemples pour le lecteur. Au VIe et VIIe siĂšcles, le genre hagiographique multiplie les rĂ©cits de miracles, qui l'emportent sur l'exemple moral[166]. Il n'est donc pas Ă©tonnant que l'Ɠuvre majeure de l'AntiquitĂ© tardive soit une Ɠuvre religieuse. Il s'agit de la La CitĂ© de Dieu d'Augustin d'Hippone, achevĂ©e en 423. Il rĂ©plique de maniĂšre magistrale aux dĂ©tracteurs du christianisme qui rendaient la religion responsable du sac de Rome de 410. Dans sa thĂ©orie des deux citĂ©s, il dĂ©veloppe l'idĂ©e que Rome est une citĂ© terrestre donc mortelle. La citĂ© des chrĂ©tiens est le royaume de Dieu qui les attend aprĂšs la mort. Ils ne doivent donc pas lier leur foi chrĂ©tienne Ă  l'existence de Rome mĂȘme s’ils doivent servir l'Empire loyalement.

Essor du christianisme

L'histoire de Jonas, mosaïque du IVe, basilique patriarcale d'Aquilée.

Pendant longtemps a prĂ©valu l'idĂ©e qu'au dĂ©but du IVe siĂšcle, les provinces d'Orient sont majoritairement acquises au christianisme. En Occident, les provinces mĂ©diterranĂ©ennes sont plus touchĂ©es par la nouvelle religion que les autres. Mais partout dans cette partie de l'Empire romain, les campagnes restent profondĂ©ment polythĂ©istes[167]. Aujourd’hui l’ampleur de la christianisation de l’Empire est remise en question[168]. Il semble qu'en 312, les chrĂ©tiens ne reprĂ©sentent que 4 Ă  5 % de la population totale de l’Empire.

Constantin se convertit au christianisme lors de sa campagne contre Maxence en 312. En 313, l'Ă©dit de Milan proclame la libertĂ© de culte et prĂ©voit de rendre aux chrĂ©tiens les biens qui leur avaient Ă©tĂ© confisquĂ© pendant la grande persĂ©cution de DioclĂ©tien. Cette conversion pose le problĂšme des relations entre l'Église et le pouvoir[169]. EntourĂ© d'Ă©vĂȘques, Constantin intervient dans les disputes doctrinales de l'Église. Un de ses objectifs est de rĂ©tablir la paix civile dans l'Empire. Il lutte contre le donatisme en Afrique et l’arianisme en Orient. Il prĂ©side mĂȘme le concile de NicĂ©e en 325 qui reconnaĂźt le Christ comme Dieu et homme Ă  l’unanimitĂ©, mĂȘme Arius acquiesçant Ă  cette doctrine[147]. Mais il continue sa prĂ©dication et est excommuniĂ©. Les ariens adoptent des positions trĂšs favorables au pouvoir impĂ©rial, lui reconnaissant le droit de trancher les questions religieuses d’autoritĂ©. Constantin finit par se convertir Ă  cette forme de christianisme et se fait baptiser sur son lit de mort par un prĂȘtre arien[142]. Cette conversion Ă  l'arianisme est contestĂ©e par l'Église catholique et par certains historiens. Son fils, Constance II est un arien convaincu. Il n'hĂ©site pas Ă  persĂ©cuter les chrĂ©tiens nicĂ©ens plus que les paĂŻens. MalgrĂ© ses interventions dans de nombreux conciles, il Ă©choue Ă  faire adopter un credo qui satisfait les ariens et les chrĂ©tiens orthodoxes. Ses successeurs, soucieux de paix civile observent une stricte neutralitĂ© religieuse entre les ariens et les nicĂ©ens. La dĂ©faite d'Andrinople face aux Wisigoths ariens permet aux catholiques orthodoxes de passer Ă  l'offensive. Ambroise de Milan, voulant dĂ©fendre le credo de NicĂ©e contre les ariens qualifie l'hĂ©rĂ©sie de double trahison, envers l'Église et envers l'Empire[170].

MosaĂŻque de la basilique Saint-Ambroise de Milan.

Gratien finit par s’orienter vers une condamnation de l'arianisme sous l’influence conjuguĂ©e de son collĂšgue ThĂ©odose et d’Ambroise. L’empereur d’Orient promulgue des lois qui interdisent les doctrines s’opposant Ă  la foi de NicĂ©e[171]. L'empereur de la pars orientalis a, en 380, dans l'Ă©dit de Thessalonique, fait du Christianisme une religion d'État. Comme son collĂšgue, il promulgue des lois anti-hĂ©rĂ©tiques[172]. Il convoque un concile Ă  AquilĂ©e, en 381, dirigĂ© par Ambroise. Deux Ă©vĂȘques ariens sont excommuniĂ©s. L'Église catholique est devenue assez forte pour rĂ©sister Ă  la cour impĂ©riale. AprĂšs la mort de Gratien, le parti arien est de nouveau trĂšs influent Ă  la cour. À leur instigation, est promulguĂ©e une loi, le 23 janvier 386, qui prĂ©voit la peine de mort pour toute personne qui s’opposerait Ă  la libertĂ© des consciences et des cultes[173]. Ambroise refuse de concĂ©der une basilique extra muros aux ariens fort du soutien du peuple et des hautes sphĂšres de Milan. La cour impĂ©riale est obligĂ©e de cĂ©der. GrĂące Ă  des hommes comme Ambroise, l'Église peut ainsi s'Ă©manciper de la tutelle impĂ©riale, surtout en Occident et mĂȘme revendiquer la primautĂ© du pouvoir spirituel sur le temporel en rappelant Ă  l'empereur ses devoirs de chrĂ©tien. Les chrĂ©tiens ont aussi besoin de la force publique pour faire prĂ©valoir leur point de vue. Ainsi Porphyre de Gaza obtient de l'impĂ©ratrice Eudoxie, qu'elle fasse fermer par son Ă©poux Honorius les temples polythĂ©istes de Gaza.

Les empereurs donnent aux membres du clergĂ© de nombreux privilĂšges. Ils sont dispensĂ©s des prestations fiscales imposĂ©es aux citoyens. Les Ă©vĂȘques se voient reconnus des pouvoirs de juridiction civile. Les personnes poursuivies par le pouvoir bĂ©nĂ©ficient du droit d'asile, ce qui permet de les soustraire Ă  la justice impĂ©riale. Enfin les clercs ne dĂ©pendent pas des juridictions ordinaires et se trouvent ainsi placĂ©s au-dessus du droit commun. Constantin donne Ă  l'Église une personnalitĂ© juridique qui lui permet de recevoir des dons et des legs. Ceci lui permet d'accroĂźtre sa puissance matĂ©rielle. Au Ve siĂšcle, elle possĂšde d'immenses domaines dont certains dĂ©pendent des institutions charitables de l’Église. Le dĂ©veloppement de ses institutions lui permet occuper un vide laissĂ© par les systĂšmes de redistributions paĂŻens, en s’intĂ©ressant aux pauvres en tant que tels et non en tant que citoyens ou que clients[174].

Permanence du paganisme

Pendant tout le IVe siĂšcle, les cultes polythĂ©istes traditionnels continuent Ă  ĂȘtre pratiquĂ©s, de mĂȘme que les cultes Ă  mystĂšre d'origine orientale comme ceux de Mithra, de CybĂšle, d'Isis et de SĂ©rapis malgrĂ© des restrictions progressives. Les textes chrĂ©tiens qui les dĂ©noncent violemment, les dĂ©dicaces, les ex voto, ou d'attestations de travaux dans les temples en sont autant de tĂ©moignages[175]. En Égypte, ChenoutĂ©, abbĂ© du monastĂšre Blanc en Haute-Égypte et mort vers 466, rapporte dans ses Ɠuvres sa lutte contre les paĂŻens, qu’il appelle « les Grecs Â»[176]. L'historien paĂŻen Zosime nous apprend Ă  ce sujet que la nouvelle religion n'Ă©tait pas encore rĂ©pandue dans tout l'Empire romain, le paganisme s'Ă©tant maintenu assez longtemps dans les villages aprĂšs son extinction dans les villes.

Constantin n’intervient guĂšre que pour interdire les sacrifices nocturnes, les pratiques de sorcellerie et de magie, les rites d’haruspice privĂ©e, ce qui relĂšve de la superstitio. Il a toujours cherchĂ©, mĂȘme aprĂšs 324, Ă  mĂ©nager les paĂŻens. Il garde toute sa vie le titre de grand pontife, ce qui en fait le chef de la religion traditionnelle il manifeste en gĂ©nĂ©ral la plus grande tolĂ©rance vis-Ă -vis de toutes les formes de paganisme[177]. En effet, l'Ă©crasante majoritĂ© des sujets de l'empereur est encore paĂŻenne. Il se doit donc de les mĂ©nager. En 356, Constance II interdit tous les sacrifices, de nuit comme de jour, fait fermer des temples isolĂ©s et menace de la peine de mort tous ceux qui pratiquent la magie et la divination[178]. L'empereur Julien, acquis au paganisme, promulgue en 361 un Ă©dit de tolĂ©rance permettant de pratiquer le culte de son choix. Il exige que les chrĂ©tiens qui s’étaient emparĂ©s des trĂ©sors des cultes paĂŻens les restituent. Ses successeurs sont tous chrĂ©tiens. En 379, Gratien abandonne la charge de Grand Pontife. À partir de 382, Ă  l’instigation d'Ambroise, Ă©vĂȘque de Milan, l’autel de la Victoire, son symbole au SĂ©nat, est arrachĂ© de la Curie, tandis que les Vestales et tous les sacerdoces perdent leurs immunitĂ©s. Le 24 fĂ©vrier 391, une loi de ThĂ©odose interdit Ă  toute personne d’entrer dans un temple, d’adorer les statues des dieux et de cĂ©lĂ©brer des sacrifices, « sous peine de mort Â»[179].

En 392, ThĂ©odose interdit les Jeux olympiques liĂ©s Ă  Zeus et Ă  HĂ©ra, mais aussi Ă  cause de la nuditĂ© du corps des compĂ©titeurs, le culte du corps et la nuditĂ©, Ă©tant dĂ©nigrĂ© par le christianisme. Peu Ă  peu, les temples abandonnĂ©s tombent en ruines. D’autres sont dĂ©truits comme le SĂ©rapĂ©um d’Alexandrie dĂšs 391, le temple de Caelestis, la grande dĂ©esse carthaginoise hĂ©ritiĂšre de Tanit en 399. Par ailleurs, le christianisme lui-mĂȘme se trouve imprĂ©gnĂ© des anciens rites paĂŻens. Certaines fĂȘtes traditionnelles romaines sont toujours fĂȘtĂ©es Ă  la fin du Ve siĂšcle, comme la fĂȘte de Lupercales consacrĂ©e Ă  la fĂ©conditĂ© et aux amoureux. Pour l'Ă©radiquer, le pape GĂ©lase Ier dĂ©cide en 495 de cĂ©lĂ©brer la fĂȘte de saint Valentin, le 14 fĂ©vrier, un jour avant la fĂȘte des Lupercales pour cĂ©lĂ©brer les amoureux. Il s'agit donc bien d'une tentative de christianisation d'un rite paĂŻen. Les Africains continuent de cĂ©lĂ©brer des banquets aux jours anniversaires des morts directement sur les tombes. Au VIe siĂšcle, CĂ©saire d'Arles dĂ©nonce dans ses sermons Ă  ses fidĂšles les pratiques paĂŻennes qui subsistent dans le peuple. Le port d'amulettes, les cultes aux arbres et aux sources n'ont pas disparu de la Gaule mĂ©ridionale. Les plaintes des clercs sont nombreuses jusqu'Ă  la fin de l'AntiquitĂ© tardive.

De l’Empire romain au monde mĂ©diĂ©val

Invasions ou migrations germaniques en Occident ?

En 376, repoussĂ©s par les Huns, les Wisigoths demandent asile Ă  l’Empire. Deux cent mille d’entre eux sont Ă©tablis au sud du Danube, en MĂ©sie[146] en Ă©change de levĂ©e de recrues. Mais ils sont exploitĂ©s par les fonctionnaires romains et ne tardent pas Ă  se rĂ©volter. Des esclaves, des colons et des travailleurs des mines se joignent Ă  eux pour ravager la Thrace. Sans attendre l'arrivĂ©e de son neveu Gratien, retenu par les Alamans en Occident, l'empereur Valens engage le combat avec sa seule armĂ©e et est tuĂ© lors de la bataille d’Andrinople en 378 oĂč la cavalerie wisigothe met Ă  mal la lĂ©gion romaine. Le nouvel empereur de la partie orientale de l'Empire, ThĂ©odose Ier, pacifie rapidement les Balkans et rĂ©ussit Ă  conclure un nouveau fƓdus avec les Goths en 382[180],[181]. Les Goths ont le droit de s'installer en Thrace. Ils conservent leurs propres lois et ne sont pas soumis aux impĂŽts romains. Ils sont donc quasi-indĂ©pendants mĂȘme s'ils s'engagent Ă  servir dans l'armĂ©e romaine comme fĂ©dĂ©rĂ©s, c'est-Ă -dire sous le commandement de leurs propres chefs. ThĂ©odose Ier profite de cette pĂ©riode de rĂ©pit avec les Goths pour conclure une paix avec les Sassanides qui durera jusqu'en 502[182].

AprĂšs la mort de ThĂ©odose (395), les Wisigoths dirigĂ©s par Alaric pillent la MacĂ©doine, la Thessalie, la GrĂšce. Arcadius nĂ©gocie Ă  prix d'or leur retrait vers l'ouest. Stilicon, gĂ©nĂ©ral d'origine vandale et tuteur des deux jeunes empereurs, est empĂȘchĂ© de les combattre par le souverain d'Orient. En 402, alors que les Ostrogoths envahissent les provinces danubiennes, les Wisigoths pĂ©nĂštrent en Italie. En 410, ils saccagent Rome. Cet Ă©pisode est ressenti comme une catastrophe par les Romains. Les paĂŻens y voient la consĂ©quence de l'abandon des dieux traditionnels. Saint JĂ©rĂŽme y voit le chĂątiment des pĂȘchĂ©s des hommes[183]. Saint Augustin affirme lui qu'il n'y a aucun lien entre le christianisme et l'Empire[184]. L’établissement dĂ©finitif des Wisigoths en Gaule et en Espagne met fin Ă  leurs raids.

Mais entre temps, le 31 dĂ©cembre 406, les Vandales, les Sarmates, les SuĂšves, les Alains et les Alamans franchissent le Rhin bientĂŽt suivis par les Burgondes. Ils ravagent la Gaule et l'Ăźle de Bretagne, qui est, dĂšs lors, dĂ©finitivement abandonnĂ©e. Le puissant parti anti-barbare prĂ©sent Ă  la cour impĂ©riale obtient une Ă©puration de l'armĂ©e et de l'administration en Italie, la privant des dĂ©fenseurs efficaces et fidĂšles[185]. L'empereur, installĂ© Ă  Ravenne, est contraint d'accepter l'installation de nouveaux royaumes barbares en Gaule[186]. En 429, les Vandales envahissent l'Afrique dont ils font la conquĂȘte en 10 ans. Ils privent l'Italie d'un de ses greniers Ă  blĂ©, leur flotte contrĂŽlant la MĂ©diterranĂ©e occidentale. Ils sont en outre des ariens fanatiques et persĂ©cutent les romains orthodoxes[187]. La cour impĂ©riale est obligĂ©e de conclure des fƓdus avec les envahisseurs. En 435, les Vandales obtiennent Ă  leur tour le statut de fĂ©dĂ©rĂ©s en Afrique orientale[188]. Le roi suĂšve HermĂ©ric crĂ©e un vĂ©ritable royaume autour de sa capitale Braga en obtenant un fƓdus en 437-438. Les provinces danubiennes restent fidĂšles Ă  l'Empire mais passent sous l'autoritĂ© de Constantinople. L'Empire romain d'Occident se rĂ©duit Ă  l'Italie et une partie de la Gaule.

Aetius, gĂ©nĂ©ral de Valentinien III d'origine barbare, continue Ă  lutter contre les Barbares. Il repousse les Francs vers le nord, les Wisigoths vers le sud de la Gaule et l'Espagne. Il bat les Burgondes grĂące Ă  son armĂ©e composĂ©e de Huns — Aetius a Ă©tĂ© otage Ă  la cour des Huns pendant son enfance, oĂč il y est devenu un ami du jeune Attila — et les transfĂšre en Sapaudia oĂč en 434, Valentinien III les autorise Ă  s'installer en tant que peuple fĂ©dĂ©rĂ©. En 451, grĂące Ă  une armĂ©e plus barbare que romaine, — elle comprend un fort contingent wisigoth —, il parvient Ă  repousser Attila Ă  la bataille des champs Catalauniques. Mais il est Ă©gorgĂ© en 454 par Valentinien III lui-mĂȘme, jaloux de ses succĂšs. L'empereur est Ă  son tour assassinĂ© par les partisans d'Aetius. L'Empire romain d'Occident connaĂźt alors une instabilitĂ© politique avec des empereurs impuissants, contestĂ©s par des usurpateurs. En 455, Rome est pillĂ©e pendant plus d'un mois par les Vandales de GensĂ©ric. Les Barbares s'Ă©tendent alors irrĂ©sistiblement en la Gaule malgrĂ© l'action de dĂ©fenseurs de la romanitĂ© comme Ægidius et son fils Syagrius[187]. L'un d'eux, Odoacre, dĂ©pose le tout jeune empereur Romulus Augustule et envoie les insignes impĂ©riaux Ă  Constantinople en 476. Cet Ă©vĂ©nement passe inaperçu en Occident comme en Orient, tant l'empereur d'Occident avait perdu son importance. Pourtant pendant longtemps, c'est cette date que les historiens occidentaux ont retenu comme date de la fin de l'Empire romain, tant Rome Ă©tait vue comme une entitĂ© occidentale.

En 488, ThĂ©odoric le Grand, roi des Ostrogoths conquiert l'Italie, alors aux mains d'Odoacre Ă  la demande de l'empereur d'Orient ZĂ©non[189] qui se considĂšre comme le seul maĂźtre de l'Empire. AprĂšs la prise de Ravenne en 493, la puissance des Ostrogoths s'Ă©tend en Italie, Sicile, Dalmatie et au nord de l'Italie[190]. En sa qualitĂ© de reprĂ©sentant du pouvoir impĂ©rial, ThĂ©odoric tente d'Ă©tendre son pouvoir sur les autres royaumes barbes, ariens comme lui. Pour ThĂ©odoric, les Goths sont les protecteurs des Romains. L'administration romaine subsiste donc. La politique et la culture romaines ont une grande influence sur les Goths. L'empereur romain lui confĂšre mĂȘme le titre de roi. Le royaume ostrogoth d'Italie est un excellent exemple de la collaboration entre Constantinople et les rois barbares.

La romanité en Orient

Article dĂ©taillĂ© : Empire byzantin.
Les conquĂȘtes de Justinien.

Au Ve siĂšcle, l'Orient connaĂźt une longue pĂ©riode de prospĂ©ritĂ© Ă©conomique. Le caisses de l'État regorgent de numĂ©raires en or[191]. Sous le rĂšgne de ThĂ©odose II, la ville de Constantinople continue Ă  s'agrandir et reçoit une nouvelle enceinte, le mur de ThĂ©odose. Un code juridique est publiĂ©, le Code de ThĂ©odose. Cependant l'Empire est dĂ©stabilisĂ© par des conflits religieux violents, entre nicĂ©ens et ariens et Ă  partir de 430 entre nestoriens et monophysites. À partir de 440, les Huns menacent l'Empire d'Orient. Un tribut et l'octroi d'une dignitĂ© romaine Ă  Attila permettent d'Ă©loigner le danger. Marcien, Ă©poux de PulchĂ©rie, la sƓur de ThĂ©odose II rĂšgne de 450 Ă  457. LĂ©on Ier est le premier empereur d'Orient Ă  recevoir la couronne des mains du patriarche de Constantinople. Son petit-fils LĂ©on II ne rĂšgne que quelques mois. C'est donc son gendre ZĂ©non qui revĂȘt la pourpre impĂ©riale pendant quinze ans de 476 Ă  491. C'est sous son rĂšgne que le dernier empereur romain d'Occident Romulus Augustule est destituĂ© par Odoacre. Il est donc le seul empereur du monde romain mais son autoritĂ© sur l'Occident n'est que thĂ©orique[192]. Sous le rĂšgne d'Anastase (491-518), la guerre contre les Perses reprend. Le SĂ©nat choisit ensuite un officier macĂ©donien, Justin (518-527) dont le neveu, Justinien gravit tous les Ă©chelons de la carriĂšre administrative.

Justinien (527-565) est le dernier empereur romain. Il consacre une grande partie de son rĂšgne Ă  reprendre aux Barbares les terres de la romanitĂ©. Il pense que toute terre qui a Ă©tĂ© romaine reste inaliĂ©niablement romaine[189]. L'Occident est donc le premier objectif de Justinien. Il conquiert l'Afrique sur les Vandales en quelques mois. Il profite de l'affaiblissement de l'Italie aprĂšs la mort de ThĂ©odoric pour intervenir dans la pĂ©ninsule en 535. La conquĂȘte est plus difficile que prĂ©vu et n'est dĂ©finitive qu'au terme d'une guerre dĂ©vastatrice entre 552 et 554. En 554, les Byzantins font la conquĂȘte une partie de l'Espagne wisigothique jusqu'Ă  Cordoue. De plus, les conquĂȘtes de Justinien sont fort coĂ»teuses. Il nĂ©glige la menace perse qu'il Ă©carte momentanĂ©ment par le paiement d'un tribut et celle des Slaves qui apparaissent au nord de l'Empire d'Orient. Il sacrifie ainsi l'avenir de rĂ©gions vitales pour l'Empire d'Orient ou byzantin pour poursuivre le rĂȘve d'un empire universel. Il n'arrive pas non plus Ă  rĂ©concilier les tenants de l'orthodoxie romaine et les monophysites.

Cette reconquĂȘte Ă©puise Rome et l'Italie et n'est guĂšre durable. En 568, seules les rĂ©gions de Ravenne et de Rome sont encore aux mains de Byzantins. Le reste de l'Italie est devenu lombard. Sous le rĂšgne d'HĂ©raclius (610-641) l'Empire d'Orient prend un caractĂšre grec inĂ©luctable. Le titre de Basileus remplace celui d'Auguste, les provinces deviennent des thĂšmes. C'est aussi l'Ă©poque des premiĂšres conquĂȘtes arabes. La Syrie, JĂ©rusalem, l'Égypte, la MĂ©sopotamie sont dĂ©finitivement perdues aprĂšs six siĂšcles de romanitĂ©. Le monde byzantin remplace dĂ©finitivement le monde romain oriental.


Pour aller plus loin, consulter les articles « AntiquitĂ© tardive Â» (284 Ă  641) et « Empire byzantin Â» (395 Ă  1453).

Voir aussi

Bibliographie

Sources antiques
Article dĂ©taillĂ© : Historiographie latine.

Un nombre assez important de textes historiques de l'AntiquitĂ©, rĂ©digĂ©s en latin ou en grec, nous sont parvenus par l'intermĂ©diaire de copies. Bien que leur contenu soit souvent sujet Ă  caution, ils sont une source majeure d'information sur l'histoire politique de la Rome antique. On peut citer, parmi ceux dont le sujet est le plus gĂ©nĂ©ral :

D'autres textes donnent des informations précieuses sur des événements précis. En outre, la littérature latine, dont on a conservé de nombreux textes, fournit de nombreux renseignements sur la mentalité et l'histoire culturelle de Rome.

Ouvrages généraux
Monarchie et RĂ©publique
Empire romain
Antiquité tardive
Société romaine
  • Andreae, Bernard, L’Art de l’ancienne Rome, Ă©d.Mazenod, Paris, 1973 (ISBN 2850880043).
  • Badel, Christophe, La noblesse de l'Empire romain. Les masques et la vertu, Ă©d.Champ Vallon, Seyssel, 2005 (ISBN 287673415X).
  • Boissier, Gaston, La religion romaine d’Auguste aux Antonins, 1909 (lire en ligne).
  • Breaugh, Martin, L'ExpĂ©rience plĂ©bĂ©ienne. Une histoire discontinue de la libertĂ© politique, Ă©d.Payot & Rivages, Paris, 2007 (ISBN 978-2228902601).
  • DumĂ©zil, Georges, Mythe et ÉpopĂ©e I. II. & III., Ă©d.Gallimard, Paris, 1995 (ISBN 2070736563).
  • Marrou, Henri-IrĂ©nĂ©e, Histoire de l’éducation dans l’AntiquitĂ©, Ă©d.Le Seuil, Paris, 1948 (ISBN 2020060159).
Institutions politiques
Article de l'EncyclopĂŠdia Britannica

Notes et références

  1. ↑ F.F. Abbott, A History and Description of Roman Political Institutions, 1901, pp.1-2.
  2. ↑ F.F. Abbott, op. cit., p.5.
  3. ↑ Virgile, L'ÉnĂ©ide, Chants II Ă  VII.
  4. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 1-3.
  5. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre I, 45-71 / (en).
  6. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre I, 72-79 / (en).
  7. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 3-4.
  8. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre I, 80-90 / (en).
  9. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 5-7.
  10. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, « La royautĂ© et la RĂ©publique Â», Histoire romaine, Paris, 2006, p.18.
  11. ↑ F.F. Abbott, op. cit., pp.3-6.
  12. ↑ F.F. Abbott, op. cit., pp.3-5.
  13. ↑ a , b  et c  F.F. Abbott, op. cit., p.6.
  14. ↑ F.F. Abbott, op. cit., pp.9-10.
  15. ↑ F.F. Abbott, op. cit., p.7.
  16. ↑ F.F. Abbott, op. cit., pp.7-8.
  17. ↑ F.F. Abbott, op. cit., p.8.
  18. ↑ F.F. Abbott, op. cit., pp.4-9.
  19. ↑ F.F. Abbott, op. cit., p.21.
  20. ↑ G. DumĂ©zil, Mythe et ÉpopĂ©e, I. II. & III., Gallimard, Paris, 1995.
  21. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.14-16.
  22. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.11-12.
  23. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.40-41.
  24. ↑ a  et b  Encyclopédia Britannica 2008, Ancient Rome.
  25. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 56-59 & Livre II, 1-15.
  26. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre IV, 64-85 / (en), Livre V, 1-18 / (en) & Livre V, 21-36 / (en).
  27. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 33.
  28. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre VI, 95 / (en).
  29. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre VIII, 64-68 / (en).
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  31. ↑ J. Carcopino, Virgile et les origines d'Ostie, 2e Ă©d., Paris, 1968, pp.416-420.
  32. ↑ A. Giovannini, Le sel et la fortune de Rome, dans Athenaeum 1985, pp.373-286.
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  39. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.47-49.
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  43. ↑ Dominique Briquel, La prise de Rome par les Gaulois, Paris, PUPS, 2008
  44. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.64-65.
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  47. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre IX, 37-49 / (en).
  48. ↑ F.F. Abbott, op. cit., p.29.
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  51. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre X, 56-60 / (en).
  52. ↑ Diodore de Sicile, Bibliothùque historique, Livre XII, 9-10.
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  60. ↑ Plutarque, Vies parallùles, Camille.
  61. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre VI, 1-20.
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  64. ↑ F. Hinard, Histoire romaine, Paris, 2000, p.260 et suivants.
  65. ↑ F. Hinard, op. cit., pp.266-267.
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  69. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre VIII, 27-40.
  70. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre IX, 1-28.
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  73. ↑ a , b , c  et d  Florus, AbrĂ©gĂ© de l’histoire romaine, Livre I, 18.
  74. ↑ Florus, AbrĂ©gĂ© de l’histoire romaine, Livre I, 19-21.
  75. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.94-98.
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  78. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.101-103.
  79. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.99-103.
  80. ↑ a , b  et c  Polybe, Histoire gĂ©nĂ©rale, Livre VI.
  81. ↑ R. Byrd, The Senate of the Roman Republic, 1995, p.44.
  82. ↑ a  et b  CicĂ©ron, De la RĂ©publique, Livre II.
  83. ↑ F.F. Abbott, op. cit., pp.196&257-259.
  84. ↑ L.R. Taylor, Roman Voting Assemblies : From the Hannibalic War to the Dictatorship of Caesar, 1966, pp.3-7&63.
  85. ↑ F.F. Abbott, op. cit., pp.151&196.
  86. ↑ A. Lintott, The Constitution of the Roman Republic, 1999, pp.95-113.
  87. ↑ R. Byrd, op. cit., p.20.
  88. ↑ Florus, AbrĂ©gĂ© de l’histoire romaine, Livre II, 2.
  89. ↑ Florus, AbrĂ©gĂ© de l’histoire romaine, Livre II, 3-5.
  90. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXI, 1-18.
  91. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXI à Livre XXIII.
  92. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXII à Livre XXX.
  93. ↑ Florus, AbrĂ©gĂ© de l’histoire romaine, Livre II, 15.
  94. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXIII à Livre XXIX.
  95. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXXI à Livre XXXIII.
  96. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXXV à Livre XXXVIII.
  97. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre XLII à Livre XLV.
  98. ↑ F.F. Abbott, op. cit., pp.65-80.
  99. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., p.137.
  100. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.141-145.
  101. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.146-148.
  102. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.152-153.
  103. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.153-158.
  104. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.159-160.
  105. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.162-168.
  106. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.170-180.
  107. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.180-181.
  108. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., p.182.
  109. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, Auguste.
  110. ↑ J.-P. NĂ©raudau, Auguste, Les Belles lettres, 2007.
  111. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre.
  112. ↑ P. Renucci, TibĂšre, l'empereur malgrĂ© lui, Ă©d.Mare et Martin, 2005.
  113. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, Caligula.
  114. ↑ P. Renucci, Caligula, l'impudent, in-folio, 2007.
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