Robert II de France

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Robert II de France
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Robert II
Titre
Roi des Francs
24 octobre 996 – 20 juillet 1031
(&&&&&&&&&&01268634 ans, 8 mois et 26 jours)
Couronnement 25 dĂ©cembre 987 Ă  OrlĂ©ans
Prédécesseur Hugues Capet
Successeur Henri Ier
Biographie
Dynastie Capétiens
Date de naissance vers 972
Lieu de naissance Orléans (France)
Date de dĂ©cĂšs 20 juillet 1031 (Ă  59 ans)
Lieu de décÚs Melun (France)
PĂšre Hugues Capet
MÚre Adélaïde d'Aquitaine
Conjoint Rozala d'Italie
Berthe de Bourgogne
Constance d'Arles
Enfants
Avec Constance d'Arles
GisĂšle de France
Alix de France
Hugues de France
Henri de France
AdĂšle de France
Robert de France
Eudes

Robert II de France, surnommĂ© Robert le Pieux est nĂ© Ă  OrlĂ©ans vers 972[1] et est mort au chĂąteau de Melun le 20 juillet 1031. Fils d’Hugues Capet et de son Ă©pouse AdĂ©laĂŻde d'Aquitaine, il est le deuxiĂšme roi franc de la dynastie capĂ©tienne. Il rĂšgne de 996 Ă  1031 et est ainsi l'un des souverains de l’an mil.

AssociĂ© dĂšs 987 Ă  la royautĂ©, il assiste son pĂšre sur les questions militaires (avec le siĂšge par deux fois, en 988 et 991 de Laon). Sa solide instruction, assurĂ©e par Gerbert d'Aurillac Ă  Reims, lui permet de s’occuper des questions religieuses dont il devient rapidement le garant (il dirige le concile de Verzy en 991 et celui de Chelles en 994). Poursuivant l’Ɠuvre politique de son pĂšre, aprĂšs 996, il parvient Ă  maintenir l’alliance avec la Normandie et l’Anjou et Ă  contenir les ambitions d'Eudes II de Blois.

Au prix d’une longue lutte dĂ©butĂ©e en avril 1003, il conquiert le duchĂ© de Bourgogne qui aurait dĂ» lui revenir en hĂ©ritage Ă  la mort, sans descendance directe, de son oncle Henri Ier de Bourgogne, mais que ce dernier avait transmis Ă  son beau-fils Otte-Guillaume.

Les dĂ©boires conjugaux de Robert le Pieux avec Rozala d'Italie et Berthe de Bourgogne (qui lui valent une menace d’excommunication), puis la mauvaise rĂ©putation de Constance d'Arles, contrastent Ă©trangement avec l’aura pieuse, Ă  la limite de la saintetĂ©, que veut bien lui prĂȘter son biographe Helgaud de Fleury dans la Vie du roi Robert le Pieux (Epitoma vitae regis Roberti pii). Sa vie est alors prĂ©sentĂ©e comme un modĂšle Ă  suivre, faite d’innombrables donations pieuses Ă  divers Ă©tablissements religieux, de charitĂ© envers les pauvres et surtout de gestes considĂ©rĂ©s comme sacrĂ©s, telle que la guĂ©rison de certains lĂ©preux : Robert est le premier souverain considĂ©rĂ© comme thaumaturge. La fin de son rĂšgne rĂ©vĂšle la relative faiblesse du souverain qui doit faire face Ă  la rĂ©volte de son Ă©pouse Constance d'Arles puis de ses propres fils (Henri et Robert) entre 1025 et 1031.

Sommaire

Historiographie

L’historiographie se consacre depuis longtemps Ă  l’époque de Robert le Pieux, l’an mil, et s’est attachĂ©e Ă  dĂ©crire l’instauration de la paix de Dieu qui visait Ă  canaliser les seigneurs et assurer la protection des biens de l’Église et des seigneuries. Par ailleurs, si, depuis Jules Michelet, les historiens ont longtemps avancĂ© que le passage Ă  l’an mil avait provoquĂ© des peurs collectives de fin du monde, cette thĂšse a Ă©tĂ© rĂ©futĂ©e par l'historien Georges Duby puis par Sylvain Gouguenheim, professeur d'histoire mĂ©diĂ©vale Ă  l'École normale supĂ©rieure de Lyon[2]. En fait, la fin du Xe siĂšcle et la premiĂšre moitiĂ© du XIe siĂšcle connaissent le dĂ©but d’un changement Ă©conomique et social avec l’augmentation de la productivitĂ© agricole et des capacitĂ©s d’échanges permises par le dĂ©veloppement de l’usage du denier d’argent. Dans le mĂȘme temps, la fin des invasions et les continuelles guerres personnelles entraĂźnent, Ă  partir de 1020, la prolifĂ©ration des chĂąteaux privĂ©s, du haut desquels le droit de ban s’impose, ainsi que l’émergence de la chevalerie, nouvelle Ă©lite sociale qui tient son origine des cavaliers carolingiens.

Contrairement Ă  son pĂšre Hugues Capet, nous avons conservĂ© une littĂ©rature contemporaine de Robert le Pieux, exclusivement ecclĂ©siastique, qui Ă©voque la vie du roi. En premier lieu, il y a la biographie Ă©crite par Helgaud de Fleury (Epitoma vitae regis Roberti pii, v. 1033), abbĂ© de Saint-BenoĂźt-sur-Loire[3], qui n’est en rĂ©alitĂ© qu’un panĂ©gyrique voire une hagiographie du souverain. Autres sources exceptionnelles sont les Histoires (v. 1026-1047) du moine bourguignon Raoul Glaber. Homme de haute culture, il est, par son rĂ©seau clunisien, trĂšs bien renseignĂ© sur l’Occident tout entier. Raoul est de loin l’informateur le plus complet sur le rĂšgne de Robert le Pieux. Secondairement, il faut noter la traditionnelle Histoire de Richer de Reims et le poĂšme que l’évĂȘque AdalbĂ©ron de Laon, dit Ascelin, a adressĂ© Ă  Robert, dĂ©crivant ainsi la sociĂ©tĂ© de son temps.

Biographie

Jeunesse et formation

Articles dĂ©taillĂ©s : Robertiens et Hugues Capet.

L’unique hĂ©ritier du duc des Francs

Denier d’Hugues Capet, « duc par la grĂące de Dieu Â» (Dux Dei Gratia), atelier de Paris (Parisi Civita), fin du Xe siĂšcle.

Comme pour son pĂšre Hugues Capet, on ne connaĂźt ni la date, ni le lieu prĂ©cis de la naissance de Robert, et cela bien que les historiens penchent fortement pour l’annĂ©e 972 et pour OrlĂ©ans, capitale du duchĂ© robertien depuis le IXe siĂšcle[4]. Le fils unique du duc des Francs, Hugues, et de sa femme, AdĂ©laĂŻde de Poitiers, se prĂ©nomme « Robert Â» comme son ancĂȘtre hĂ©roĂŻque Robert le Fort, qui est mort en combattant les Vikings en 866. Le reste de la progĂ©niture royale est composĂ© de trois sƓurs : GisĂšle, Edwige et AdĂ©laĂŻde[5].

Au Xe siĂšcle, la famille des Robertiens est le clan aristocratique le plus puissant et le plus illustre du royaume de Francie. Durant les dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes, deux de ses membres sont dĂ©jĂ  montĂ©s sur le trĂŽne, Ă©vinçant dĂ©jĂ  la dynastie carolingienne : Eudes Ier (888) et Robert Ier (922). Le principat d’Hugues le Grand, duc des Francs et grand-pĂšre de Robert le Pieux, marque l’apogĂ©e des Robertiens jusqu’à sa mort en 956. NĂ©anmoins Ă  partir du milieu du Xe siĂšcle, Hugues Capet, qui lui a succĂ©dĂ© Ă  la tĂȘte du duchĂ© et malgrĂ© un rayonnement encore important, ne parvient pas Ă  s’imposer comme son pĂšre[6].

La jeunesse de Robert est surtout marquĂ©e par les combats incessants du roi Lothaire pour rĂ©cupĂ©rer la Lorraine, « berceau de la famille carolingienne Â», aux dĂ©pens de l’empereur Otton II :

« Comme Otton possĂ©dait la Belgique (la Lorraine) et que Lothaire cherchait Ă  s’en emparer, les deux rois tentĂšrent l’un contre l’autre des machinations trĂšs perfides et des coups de force, car tous les deux prĂ©tendaient que leur pĂšre l’avait possĂ©dĂ©e Â»

— Richer de Reims, apr. 990., [7]

En aoĂ»t 978, le roi Lothaire lance Ă  l'improviste un assaut gĂ©nĂ©ral sur Aix-la-Chapelle oĂč rĂ©side la famille impĂ©riale qui Ă©chappe de peu Ă  la capture. AprĂšs avoir pillĂ© le palais impĂ©rial et les alentours, il retourne en Francie en emportant les insignes de l'Empire. Au mois d'octobre suivant, pour se venger, Otton II rĂ©unit une armĂ©e forte de soixante mille hommes et envahit le royaume de Lothaire. Ce dernier, n'ayant que peu de troupes autour de lui, est contraint de se rĂ©fugier chez Hugues Capet, qui passe pour ĂȘtre le sauveur de la royautĂ© carolingienne[8]. La dynastie robertienne prend alors un virage qui bouleverse le destin du jeune Robert. L’évĂȘque AdalbĂ©ron de Reims, Ă  l’origine homme du roi Lothaire, se tourne de plus en plus vers la cour ottonienne pour laquelle il Ă©prouve une grande sympathie.

Une Ă©ducation exemplaire

Denier anonyme attribuable Ă  Reims et Ă  l'archevĂȘque Gerbert d'Aurillac ou Ă  Arnoul, fin du Xe s.

Hugues comprend rapidement que son ascension ne peut se faire sans l’appui de l’archevĂȘque de Reims. Lui-mĂȘme illettrĂ©, ne maĂźtrisant pas le latin, il dĂ©cide d’envoyer Robert, vers 984, non pas chez l’écolĂątre Abbon de Fleury, prĂšs d’OrlĂ©ans, mais chez AdalbĂ©ron afin qu’il le forme aux rudiments de la connaissance. En effet, Ă  la fin du Xe siĂšcle, Reims a la rĂ©putation d’ĂȘtre la plus prestigieuse Ă©cole de tout l’Occident chrĂ©tien. Le prĂ©lat accueille volontiers Robert, qu’il confie Ă  son secrĂ©taire le fameux Gerbert d'Aurillac, l’un des hommes les plus instruits de son temps[9].

On suppose que pour suivre l’enseignement de Gerbert, le jeune garçon dut acquĂ©rir les bases du latin. Il enrichit ainsi ses connaissances en Ă©tudiant le trivium (c’est-Ă -dire ce qui se rĂ©fĂšre Ă  la logique : grammaire, rhĂ©torique et dialectique) et le quadrivium (c’est-Ă -dire les sciences : arithmĂ©tique, gĂ©omĂ©trie, musique et astronomie). Robert est l’un des rares laĂŻcs de son temps Ă  profiter de la mĂȘme vision du monde que les clercs[10]. AprĂšs environ deux annĂ©es d’études Ă  Reims, il regagne OrlĂ©ans. Son niveau intellectuel s’est aussi dĂ©veloppĂ© dans le domaine musical, comme le reconnaĂźt un autre grand lettrĂ© de son temps, Richer de Reims[11]. D’aprĂšs Helgaud de Fleury, Ă  un Ăąge inconnu de son adolescence, le jeune robertien tombe gravement malade, Ă  tel point qu’Hugues et AdĂ©laĂŻde craignent pour sa vie. C’est alors que ses parents vont prier Ă  l’église Sainte-Croix d’OrlĂ©ans et offrent un crucifix d’or et un vase somptueux de 60 livres (30 kg) en offrande. Robert guĂ©rit miraculeusement[12].

« Sa pieuse mĂšre l’envoya aux Ă©coles de Reims et le confia au maĂźtre Gerbert, pour ĂȘtre Ă©levĂ© par lui et instruit suffisamment dans les doctrines libĂ©rales. Â»

— Helgaud de Fleury, Epitoma vitae regis Roberti pii, v. 1033., [13]

L’association de Robert au trîne (987)

Devenu roi des Francs, Hugues souhaite en finir avec l'alternance entre Carolingiens et Robertiens pour le trĂŽne de France. Eudes en 898 et Robert Ier en 923 ayant eu des Carolingiens pour successeurs. C’est ainsi, qu’il propose Ă  AdalbĂ©ron l’association de Robert au trĂŽne. L’archevĂȘque de Reims est hostile Ă  cette proposition et selon Richer, il aurait rĂ©pondu au roi, « on n’a pas le droit de crĂ©er deux rois la mĂȘme annĂ©e Â». On pense que Gerbert d’Aurillac (qui est lui-mĂȘme proche de Borell II qui fut un temps son protecteur), serait alors venu au secours d’Hugues pour convaincre le prĂ©lat d’évoquer l’appel du comte Borell II, comte de Barcelone, demandant l’aide du nouveau roi pour lutter contre Al-Mansur. Si Hugues venait Ă  mourir, qui lui succĂ©derait ? Sous la contrainte, AdalbĂ©ron cĂšde[14].

À la diffĂ©rence de celui d’Hugues Capet, le sacre de Robert est racontĂ© prĂ©cisĂ©ment par Richer de Reims (jour et lieu bien identifiĂ©s). VĂȘtu de pourpre tissĂ© de fils d’or, comme le voulait la tradition, le jeune garçon de quinze ans est acclamĂ©, couronnĂ© puis sacrĂ© par l’archevĂȘque de Reims le 25 dĂ©cembre 987 dans la cathĂ©drale Sainte-Croix d’OrlĂ©ans[15]. Le chroniqueur souligne que Robert est seulement « roi des peuples de l’Ouest, depuis la Meuse jusqu’à l’OcĂ©an Â» et non pas « roi des Gaulois, des Aquitains, des Danois, des Goths, des Espagnols et des Gascons Â» comme son pĂšre. AussitĂŽt associĂ©, Hugues veut pour son fils une princesse royale mais l’interdiction d’épouser des personnes sous le seuil du troisiĂšme degrĂ© de parentĂ©, l’oblige Ă  chercher en Orient. Il fait rĂ©diger une lettre de la plume de Gerbert qui demande au basileus, Basile II, la main de sa fille pour le jeune Robert. Aucune rĂ©ponse ne parvient. Finalement, sous la pression de son pĂšre, Robert doit Ă©pouser, au printemps 988, Rozala d'Italie, trentenaire et veuve d’Arnoul II, comte de Flandre et fille de BĂ©renger II, roi d’Italie. Elle apporte Ă  la royautĂ© capĂ©tienne Montreuil, le Ponthieu et une possible tutelle sur la Flandre Ă©tant donnĂ© le jeune Ăąge de son fils Baudouin IV[16].

Le corps Ă©piscopal, premier soutien du roi

Robert dirige les affaires religieuses

SacrĂ© et mariĂ©, Robert collabore avec son pĂšre comme le prouve son signum au bas de certains actes d’Hugues Capet. À partir de 990, tous les actes ont sa souscription. Dans les actes Ă©crits : « Robert, roi trĂšs glorieux Â» comme le souligne une charte pour Corbie (avril 988) ou encore « filii nostri Rotberti regis ac consortis regni nostri Â» dans une charte pour Saint-Maur-des-FossĂ©s (juin 989)[17]. Fort de son instruction reçue de Gerbert d’Aurillac, sa tĂąche, dans un premier temps, est de prĂ©sider les synodes Ă©piscopaux :

« Il [Robert] assistait aux synodes les Ă©vĂȘques pour discuter avec eux des affaires ecclĂ©siastiques. Â»

— Richer de Reims, apr. 990., [18]

Contrairement aux derniers Carolingiens, les premiers CapĂ©tiens s’attachent un clan d’évĂȘques au nord-est de Paris (Amiens, Laon, Soissons, ChĂąlons, etc.) dont le soutien se montrera dĂ©terminant dans la suite des Ă©vĂ©nements. Dans un de leurs diplĂŽmes, les deux rois apparaissent comme les intermĂ©diaires entre les clercs et le peuple (mediatores et plebis) et sous la plume de Gerbert d’Aurillac, ils insistent sur cette nĂ©cessitĂ© de consilium : « ...ne voulant en rien abuser de la puissance royale, nous dĂ©cidons toutes les affaires de la res publica en recourant aux conseils et sentences de nos fidĂšles Â»[19]. Hugues et Robert ont besoin de l’appui de l’Église pour asseoir davantage leur lĂ©gitimitĂ© et Ă©galement parce que les contingents de cavaliers qui composent l’armĂ©e royale, proviennent en grande partie des Ă©vĂȘchĂ©s[20]. Robert apparaĂźt dĂ©jĂ  aux yeux de ses contemporains comme un souverain pieux (d’oĂč son surnom) et proche de l’Église pour plusieurs raisons :

  • il s’adonne aux arts libĂ©raux ;
  • il est prĂ©sent aux synodes des Ă©vĂȘques ;
  • Abbon de Fleury lui dĂ©die spĂ©cialement sa collection canonique ;
  • Robert pardonne facilement Ă  ses ennemis ;
  • les abbayes reçoivent de nombreux dons de sa part.

Charles de Lorraine s’empare de Laon (988-991)

Justement, les deux rois, Hugues et Robert ont besoin de contingents envoyĂ©s par les Ă©vĂȘchĂ©s puisque la citĂ© de Laon vient d’ĂȘtre prise d’assaut par Charles de Lorraine, dernier prĂ©tendant carolingien au trĂŽne. Les souverains assiĂšgent par deux fois la ville sans rĂ©sultat[21]. PrĂ©occupĂ© par son Ă©chec laonnois, Hugues contacte plusieurs souverains afin d’obtenir leur aide (le pape Jean XV, l’impĂ©ratrice ThĂ©ophano, mĂšre du jeune Otton III), en vain. AprĂšs la mort d’AdalbĂ©ron de Reims (24 janvier 989), Hugues Capet dĂ©cide de faire Ă©lire comme nouvel archevĂȘque le carolingien Arnoul, un fils illĂ©gitime du roi Lothaire, plutĂŽt que Gerbert. On pense qu’il s’agit d’apaiser les partisans du carolingien, mais la situation se retourne contre les CapĂ©tiens puisque Arnoul livre Reims Ă  Charles[22].

La situation se dĂ©bloque grĂące Ă  la trahison d’AdalbĂ©ron (Ascelin), Ă©vĂȘque de Laon, qui s’empare de Charles et d’Arnoul pendant leur sommeil et les livre au roi (991) : l’épiscopat sauve la royautĂ© capĂ©tienne in extremis. S’en suit le concile de Saint-Basle de Verzy oĂč Arnoul le traĂźtre est jugĂ© par une assemblĂ©e prĂ©sidĂ©e par Robert le Pieux (juin 991). MalgrĂ© les protestations d’Abbon de Fleury, Arnoul est dĂ©posĂ©. Quelques jours plus tard, Gerbert d’Aurillac est nommĂ© archevĂȘque de Reims avec l’appui de son ancien Ă©lĂšve Robert. Le pape Jean XV n’accepte pas cette procĂ©dure et veut convoquer un nouveau concile Ă  Aix-la-Chapelle, mais les Ă©vĂȘques confirment leur dĂ©cision Ă  Chelles (hiver 993-994)[23].

Gerbert et Ascelin : deux figures de dĂ©loyautĂ©

Lorsque son maĂźtre AdalbĂ©ron de Reims meurt, Gerbert est dans l’obligation de suivre les intrigues du nouvel archevĂȘque Arnoul, dĂ©cidĂ© Ă  livrer Reims Ă  Charles de Lorraine. Bien que la documentation soit trĂšs lacunaire Ă  ce sujet, il semblerait que l’écolĂątre ait changĂ© par la suite ses positions pour devenir le partisan de Charles :

« Le frĂšre de Lothaire Auguste, hĂ©ritier du trĂŽne, en a Ă©tĂ© expulsĂ©. Ses concurrents, [Hugues et Robert], beaucoup de gens le pensent, ont reçu l’intĂ©rim du rĂšgne. De quel droit l’hĂ©ritier lĂ©gitime a-t-il Ă©tĂ© dĂ©shĂ©ritĂ© ? Â»

— Gerbert d’Aurillac, Lettres, 990., [24]

Un doute en lĂ©gitimitĂ© s’installe sur la couronne d’Hugues et de Robert. Ce mĂȘme Gerbert, voyant la situation changer en dĂ©faveur de Charles de Lorraine, change de camp durant l’annĂ©e 991. Devenu archevĂȘque de Reims par la grĂące du roi Robert il tĂ©moigne :

« De l’assentiment des deux princes [Hugues et Robert], monseigneur Hugues Auguste et l’excellentissime roi Robert. Â»

— Gerbert d’Aurillac, Lettres, 991., [25]

Quant Ă  Ascelin, l'Ă©vĂȘque de Laon, aprĂšs avoir servi la couronne en trahissant Charles et Arnoul, il se retourne contre elle. On sait qu’au printemps 993, il s’allie avec Eudes Ier de Blois afin de planifier la capture d’Hugues et de Robert en accord avec Otton III. Ainsi Louis (le fils de Charles de Lorraine) deviendrait roi des Francs, Eudes duc des Francs, et Ascelin Ă©vĂȘque de Reims. L’intrigue est dĂ©noncĂ©e et ce dernier est placĂ© en rĂ©sidence surveillĂ©e[26].

Les problĂšmes conjugaux

Un amour pour Berthe de Bourgogne (996-1003)

L’Excommunication de Robert le Pieux, vue par le peintre Jean-Paul Laurens, 1875, huile sur toile, Paris, musĂ©e d'Orsay. En rĂ©alitĂ©, l’excommunication du roi n’a jamais Ă©tĂ© promulguĂ©e par le pape.

AprĂšs environ trois ou quatre annĂ©es de mariage (vers 991-992), le jeune Robert rĂ©pudie Rozala (ou Suzanne) que son pĂšre l'avait forcĂ© Ă  Ă©pouser en dĂ©pit de l’ñge dĂ©jĂ  avancĂ© de la mariĂ©e (environ 35 ans). Elle est invitĂ©e Ă  repartir dans ses domaines en Flandre rejoindre son fils Baudouin IV. En revanche, Robert a pris le soin de prĂ©server la dot de Rozala, c’est-Ă -dire le port de Montreuil qui se rĂ©vĂšle ĂȘtre un point stratĂ©gique sur la Manche[27]. Les historiens pensent qu’à partir de cette pĂ©riode, Robert souhaite dĂ©fier son pĂšre, il aimerait enfin rĂ©gner seul. De plus, comment approuver une union qui n’a donnĂ©, au bout de plusieurs annĂ©es, aucune progĂ©niture ? C’est pour cette raison que le vieux Hugues et ses conseillers ne s’opposent pas Ă  la procĂ©dure de divorce.

« Le roi Robert, arrivĂ© Ă  l’ñge de sa dix-neuviĂšme annĂ©e, dans la fleur de sa jeunesse, rĂ©pudia, parce qu’elle Ă©tait trop vieille, sa femme Suzanne, Italienne de nation. Â»

— Richer de Reims, Histoire, 996-998., [28]

Homme seul, Robert recherche une conjointe qui lui donnerait la progĂ©niture mĂąle tant espĂ©rĂ©e. Au dĂ©but de l’an 996, probablement au cours de la campagne militaire contre Eudes de Blois, il rencontre la comtesse Berthe de Bourgogne, Ă©pouse de ce dernier. Elle est la fille du roi de Bourgogne Conrad III et de Mathilde, fille de Louis IV d’Outremer. Robert et Berthe sont attirĂ©s l’un vers l’autre, malgrĂ© l’hostilitĂ© du roi Hugues (la maison de Blois est le grand ennemi des CapĂ©tiens). Pourtant, Robert y voit outre son intĂ©rĂȘt sentimental, Ă©galement un gain territorial puisque Berthe apporterait l’ensemble des territoires blĂ©sois[29]. Or, en 996, Eudes de Blois dĂ©cĂšde en mars puis Hugues Capet en octobre : le mariage peut avoir lieu.

Cependant deux dĂ©tails s’opposent Ă  cette union. D’abord Robert et Berthe sont cousins au troisiĂšme degrĂ© et lui est le parrain de Thibaud, un des fils de Berthe. Selon le droit canon, le mariage se rĂ©vĂšle alors impossible[30]. Les deux amants ont des relations physiques et Robert met sous tutelle une partie du comtĂ© de Blois. Il reprend Ă  son compte la citĂ© de Tours et Langeais Ă  Foulques Nerra, rompant ainsi l’alliance angevine, fidĂšle soutien du feu roi Hugues Capet. En ce dĂ©but de rĂšgne, les rapports d’alliance s’inversent[31].

« Berthe, l’épouse d’Eudes, prit le roi Robert pour dĂ©fenseur de ses affaires et pour avouĂ©. Â»

— Richer de Reims, Histoire, 996-998., [32]

Le couple trouve rapidement des Ă©vĂȘques complaisants pour les marier, ce qui est fait vers novembre-dĂ©cembre 996 par Archambaud de Sully, archevĂȘque de Tours, au grand dam du nouveau pape GrĂ©goire V. Pour plaire Ă  l’autoritĂ© pontificale, le jeune souverain annule la sentence du concile de Saint-Basle, libĂšre l’archevĂȘque Arnoul et le restaure sur le siĂšge Ă©piscopal de Reims. Gerbert d’Aurillac doit alors se rĂ©fugier auprĂšs de l’empereur Otton III en 997. Le pape rappelle Ă  l’ordre Robert et Berthe pour « union incestueuse Â»[33]. Enfin, deux conciles rĂ©unis d’abord Ă  Pavie (fĂ©vrier 997) puis Ă  Rome en (Ă©tĂ© 998) les condamnent Ă  faire pĂ©nitence pendant sept annĂ©es, et en cas de non-sĂ©paration, ils seraient frappĂ©s d’excommunication. Mais au bout de 5 ans d’union, il n’y pas de descendance : Berthe et Robert qui sont consanguins n’ont eu qu’un enfant mort-nĂ©. Robert cĂšde et se rend Ă  Rome pour se soumettre au pape. L’accession de Gerbert d'Aurillac au pontificat sous le nom de Sylvestre II n’y change rien ; sans enfant, le roi doit quitter Berthe en 1003 mais il n’aura jamais Ă©tĂ© condamnĂ©, peut-ĂȘtre grĂące Ă  l’accession de son ancien maĂźtre rĂ©mois sur le trĂŽne pontifical en 999[34].

GĂ©nĂ©alogie des Robertiens entre les IXe et XIe siĂšcles

Constance d'Arles, une reine Ă  poigne (1003-1032)

Constance d’Arles, nouvelle reine des Francs, une forte personnalitĂ© du XIe siĂšcle. Gravure de la fin du XIXe siĂšcle.

Le roi ne divorce pas de Berthe, puisque l’union n’ayant pas Ă©tĂ© reconnue par l’Église, cette opĂ©ration se rĂ©vĂšle inutile. Il se marie une troisiĂšme fois vers 1003-1004 avec une princesse lointaine qu’il n’a jamais rencontrĂ©e pour Ă©viter toute parentĂ©. ÂgĂ©e de 17 ans, Constance d'Arles vient de Provence. Elle est de sang noble, Ă©tant la fille de Guillaume Ier, comte de Provence et Arles et d’AdĂ©laĂŻde-Blanche d’Anjou[35]. Cette famille provençale s’est illustrĂ©e au Xe siĂšcle puisque Guillaume surnommĂ© le « LibĂ©rateur Â» avait repoussĂ© dĂ©finitivement les Sarrasins Ă  La Garde-Freinet (972) et sa mĂšre AdĂ©laĂŻde avait Ă©tĂ© un temps reine des Francs lors de son mariage Ă©phĂ©mĂšre avec le Carolingien Louis V de 982 Ă  984. Surtout, la famille d’Arles est apparentĂ©e Ă  la maison d’Anjou avec laquelle l’alliance est ainsi rĂ©tablie[36].

Mais Constance est une maĂźtresse-femme qui ne rend pas le roi heureux. La personnalitĂ© de la reine donne lieu de la part des chroniqueurs Ă  des commentaires dĂ©favorables : « vaniteuse, avare, arrogante, vindicative Â». Les remarques misogynes, de la part de moines, surtout envers une reine sont tout Ă  fait exceptionnels au XIe siĂšcle. D’autre part, on sait aussi que les MĂ©ridionaux venus Ă  la cour avec Constance sont mĂ©prisĂ©s par les Francs et exclus. Lors de la rencontre entre les deux camps au tout dĂ©but du XIe siĂšcle, les contemporains font rĂ©fĂ©rence Ă  un vĂ©ritable « choc culturel Â». Raoul Glaber souligne, par exemple, que les ecclĂ©siastiques francs les plus conservateurs mĂ©prisent la mode provençale qui suggĂšre la nouveautĂ© et donc le dĂ©sordre. En gĂ©nĂ©ral, les Provençaux de l’an mil ne portent pas la barbe ou la moustache (on peut les confondre avec les femmes) et les laĂŻcs ont les cheveux rasĂ©s (coiffe rĂ©servĂ©e aux clercs)[37]. Tout ceci expliquerait-il le comportement de la reine ?

Si on en croit Helgaud de Fleury, le roi lui-mĂȘme craint sa femme :

« Ami Ogier, va-t-en d’ici pour que Constance, mon Ă©pouse, l’inconstante ne te dĂ©vore pas ! Â»

— Helgaud de Fleury, Epitoma vitae regis Roberti pii, v. 1033., [38]

Le seul point positif est que Constance lui donne une progĂ©niture nombreuse :

Au cours du rĂšgne de Robert le Pieux, Constance se place souvent au centre des intrigues afin de prĂ©server une place singuliĂšre Ă  la cour franque. Raoul Glaber souligne justement que la souveraine a « la haute main sur son mari Â». Pour les contemporains, une femme qui dirige c’est « le monde Ă  l’envers Â». Tout commence au dĂ©but de l’an 1008, un jour oĂč le roi et son fidĂšle Hugues de Beauvais chassent en forĂȘt d’OrlĂ©ans. Soudain, douze hommes en armes surgissent et se jettent sur Hugues avant de le trucider sous les yeux du roi. Le crime a Ă©tĂ© commandĂ© par Foulques Nerra et sĂ»rement soutenu par la reine[39]. Robert, excĂ©dĂ© par son Ă©pouse au bout de six ou sept annĂ©es de mariage, se rend personnellement auprĂšs du pape ; il est accompagnĂ© de Angilramme (un moine de Saint-Riquier) et de Berthe de Bourgogne (vers 1009-1010). Son dessein est bien entendu de faire annuler le mariage avec Constance. Odorannus, un moine de Saint-Pierre-le-Vif Ă  Sens, explique dans ses Ă©crits que, de son cĂŽtĂ© en l’absence de son mari, Constance l’attend attristĂ©e dans son domaine de Theil. Selon lui, saint Savinien lui serait apparu et trois jours plus tard Robert Ă©tait de retour, dĂ©laissant dĂ©finitivement Berthe[40].

Les problĂšmes ne s’arrĂȘtent pas pour autant. Suite Ă  la victoire de Eudes II de Blois sur Foulques Nerra Ă  Pontlevoy (1016), Raoul Glaber raconte que le jour de la PentecĂŽte 1017 Ă  Saint-Corneille de CompiĂšgne, Constance et son clan angevin imposent l’association[41] d’Hugues[42], le fils aĂźnĂ©, contre l’avis des princes territoriaux. Ainsi, en cas de trĂ©pas du roi Robert, Constance assurerait la rĂ©gence du royaume. En outre, on ne donne aucun pouvoir Ă  Hugues qui est sans cesse humiliĂ© par sa mĂšre avant de mourir prĂ©maturĂ©ment en 1025. La reine s’oppose alors au sacre de son deuxiĂšme fils, Henri, qu’elle n’aime guĂšre au profit de son cadet Robert. Mais la cĂ©rĂ©monie a lieu Ă  Reims Ă  la PentecĂŽte 1027[43].

Les conquĂȘtes territoriales

Le roi Robert mĂšne une politique claire : rĂ©cupĂ©rer Ă  son profit la fonction comtale, soit en se l’appropriant soit en la cĂ©dant Ă  un Ă©vĂȘque ami, ainsi que l’ont fait les Ottoniens, la dynastie la plus puissante d’Occident Ă  l’époque.

La victoire la plus Ă©clatante de Robert reste l’acquisition du duchĂ© de Bourgogne.

Le duc de Bourgogne Henri Ier meurt en octobre 1002, sans hĂ©ritier lĂ©gitime. Son beau-fils Otte-Guillaume, comte de MĂącon et comte de Bourgogne (la future Franche-ComtĂ©) et issu du premier mariage de Gerberge de Chalon avec Aubert d’Italie, avait, selon la Chronique de Saint-BĂ©nigne, Ă©tĂ© dĂ©signĂ© comme l’hĂ©ritier[44] du duchĂ©, et l’appui de nombreux seigneurs bourguignons lui Ă©tait assurĂ©, mais il se soucie plus de ses terres d’Outre-SaĂŽne et son intĂ©rĂȘt se porte aussi vers l’Italie dont il est issu[45]. Le duchĂ© de Bourgogne, acquis en 943[46],[47], par Hugues le Grand, pĂšre d’Henri, fait partie des possessions familiales robertiennes[48]. De plus, la Bourgogne est un enjeu de taille puisqu’elle regorge de riches citĂ©s (Dijon, Auxerre, Langres, Sens...), sans oublier Cluny et ses filiales.

Une rivalitĂ© entre Hugues Ier de Chalon, Ă©vĂȘque d’Auxerre, partisan du roi Robert et Landry, comte de Nevers, gendre et alliĂ© naturel d’Otte-Guillaume qui avait des droits Ă  Auxerre, dĂ©clenche l’intervention armĂ©e du roi Robert.

Ce dernier, rejoint par Richard II de Normandie, rassemble ses troupes au printemps 1003 et les engage en Bourgogne mais elles Ă©chouent devant Auxerre et Saint-Germain d’Auxerre. En 1005, Robert et ses hommes sont de retour. Ils prennent Avallon aprĂšs quelques jours de combats, puis Auxerre. Un arrangement[49] avait dĂ©jĂ  dĂ» intervenir entre le roi et Otte-Guillaume qui se trouve auprĂšs du roi lors du siĂšge d’Avallon[50]. Sous la mĂ©diation duc-Ă©vĂȘque Hugues de Chalon, le comte Landry se rĂ©concilie avec le roi en renonçant aux comtĂ©s d’Avallon et d’Auxerre. À l’issue des accords de 1005-1006, Otte-Guillaume avait renoncĂ© au titre ducal et l’ensemble des possessions du feu duc Henri reviennent Ă  la Couronne, exceptĂ©e la citĂ© de Dijon, toujours en possession de Brun de Roucy l’irrĂ©ductible Ă©vĂȘque de Langres qui ne voulait Ă  aucun prix laisser Robert s’y installer.

Le royaume de Robert le Pieux Ă  la fin du Xe siĂšcle.

À Sens, une lutte s’instaure entre le comte Fromond et l’archevĂȘque LĂ©otheric pour le contrĂŽle de la citĂ©. LĂ©otheric, qui est un proche du roi, est furieux du comportement du comte qui a fait construire une puissante tour de dĂ©fense. En 1012, Rainard succĂšde Ă  son pĂšre Fromond et la situation empire d’autant que l’évĂȘque de Langres, Brunon de Roucy, ennemi du roi Robert, est l’oncle maternel de Rainard. L’archevĂȘque de Sens, isolĂ©, fait appel au roi. Ce dernier souhaite intervenir pour plusieurs raisons : Sens est une des principales citĂ©s archiĂ©piscopales du royaume, c’est Ă©galement un passage obligĂ© pour se rendre en Bourgogne et enfin la possession du comtĂ© sĂ©nonais permettrait Ă  Robert de couper les possessions de Eudes II de Blois en deux. Le comte est excommuniĂ© et subit l’attaque du roi qui s’empare de Sens le 22 avril 1015. Rainard, qui s’est entre temps alliĂ© Ă  Eudes de Blois, propose un compromis Ă  Robert : il continue d’exercer sa charge comtale et Ă  sa mort le territoire reviendra Ă  la Couronne. Rainard meurt 40 ans plus tard mais Robert a rĂ©ussi Ă  placer Sens sous son contrĂŽle[51].

SitĂŽt l’affaire sĂ©nonaise terminĂ©e, Robert part pour Dijon achever sa conquĂȘte bourguignonne. Selon la chronique de Saint-BĂ©nigne de Dijon, Odilon de Cluny serait intervenu et le roi, Ă©mu[52], aurait renoncĂ© Ă  l’assaut. L’évĂȘque de Langres Brunon de Roucy meurt Ă  la fin du mois de janvier 1016. Les troupes royales rentrent dans Dijon quelques jours plus tard et Robert installe l’évĂȘque Lambert de Vignory sur le siĂšge de Langres qui lui cĂšde Dijon et son comtĂ©[53]. AprĂšs une quinzaine d’annĂ©es de campagnes militaires et diplomatiques, le roi rentre en possession du duchĂ© bourguignon.

Le jeune Henri, son fils cadet, reçoit le titre ducal mais compte tenu de son jeune Ăąge, Robert en garde le gouvernement et s'y rend rĂ©guliĂšrement. La mort en 1027 d’Hugues, le frĂšre aĂźnĂ© d’Henri, fait de ce dernier l’hĂ©ritier de la couronne royale ; le duchĂ© revient au cadet Robert, dĂ©signĂ© aussi Robert le Vieux, dont la descendance bourguignonne rĂ©gnera jusqu’au milieu du XIVe siĂšcle. Le terres d’Outre-SaĂŽne du royaume de Bourgogne, le comtĂ© de Bourgogne, suivent les destinĂ©es de l’Empire[54].

Lorsque vers 1007, Bouchard de VendĂŽme (l’ancien fidĂšle d’Hugues Capet) meurt, le comtĂ© de Paris qu’il dĂ©tenait n’est pas attribuĂ© Ă  son fils Renaud. Lorsque ce dernier meurt Ă  son tour (1017), le roi s’approprie son comtĂ© de Melun et le comtĂ© de Dreux. À Bourges, l’archevĂȘque Daibert dĂ©cĂšde en 1012. Robert nomme lui-mĂȘme son remplaçant, Gauzlin, ancien abbĂ© de Fleury. Mais le vicomte de cette mĂȘme citĂ©, Geoffroi, tente d’intervenir personnellement dans le choix du successeur de Daibert et empĂȘche le nouvel archevĂȘque d’accĂ©der Ă  son siĂšge : le pape BenoĂźt VIII, Odilon de Cluny et Robert le Pieux doivent intervenir pour que Gauzlin puisse Ɠuvrer[55].

L’affaire des hĂ©rĂ©tiques d’OrlĂ©ans (1022)

Article dĂ©taillĂ© : HĂ©rĂ©sie d'OrlĂ©ans.

L’an mil constitue le « rĂ©veil de l’hĂ©rĂ©sie Â». Au cours du haut Moyen Âge, on n’avait pas connu de persĂ©cutions de ce type. Le XIe siĂšcle inaugure une sĂ©rie de bĂ»chers hĂ©rĂ©tiques en Occident : OrlĂ©ans (1022), Milan (1027), Cambrai (1078). En ce qui concerne le roi Robert, l’affaire des hĂ©rĂ©tiques d’OrlĂ©ans constitue un Ă©lĂ©ment fondamental de son rĂšgne et a, Ă  l’époque, un retentissement sans prĂ©cĂ©dent[56].

D’oĂč viennent ces « hĂ©rĂ©tiques Â» ? La nature des Ă©vĂ©nements nous est contĂ©e par des sources exclusivement ecclĂ©siastiques : Raoul Glaber, AdĂ©mar de Chabannes, AndrĂ© de Fleury, Jean de Ripoll et Paul de Chartres. L’an mil prolonge l’idĂ©e d’un siĂšcle corrompu oĂč la richesse du clergĂ© contraste terriblement avec l’humilitĂ© prĂŽnĂ©e par JĂ©sus Christ. Certains clercs remettent en cause ce systĂšme et dĂ©sirent purifier la sociĂ©tĂ© chrĂ©tienne. Le dĂ©bat n’est pas nouveau, dĂ©jĂ  au IXe siĂšcle, il y avait eu des controverses entre lettrĂ©s Ă  propos de l’eucharistie, le culte des saints... mais en 1022, c’est d’une autre nature.

Raoul Glaber fait le rĂ©cit du paysan Leutard de Vertus (Champagne) qui, vers 994, dĂ©cide de renvoyer son Ă©pouse, de dĂ©truire le crucifix de son Ă©glise locale et de prĂȘcher aux villageois le refus d’acquitter les dĂźmes avec comme prĂ©texte la lecture des saintes Écritures. L’évĂȘque de son diocĂšse, Gibuin Ier de ChĂąlons, le convoque, argumente avec lui devant la population et le convainc de sa folie hĂ©rĂ©tique. AbandonnĂ© de tous, Leutard se suicide. D’autres hĂ©rĂ©tiques connaissent au cours du siĂšcle la mĂ©saventure de Leutard, c’est-Ă -dire se ridiculiser sur des questions intellectuelles, face Ă  des savants de sorte que leur message ne vaut plus rien et soit discrĂ©ditĂ© aux yeux des simples mortels[57]. AdĂ©mar de Chabannes quant Ă  lui signale, vers 1015-1020, l’apparition de manichĂ©ens en Aquitaine, surtout dans les citĂ©s de Toulouse et de Limoges.

Les thĂšmes communs des hĂ©rĂ©tiques sont le renoncement Ă  la copulation charnelle, la destruction des images, l’inutilitĂ© de l’Église et la rĂ©pudiation des sacrements (en particulier le baptĂȘme et le mariage). ÉtonnĂ© par cette vague de contestations, Raoul Glaber Ă©voque dans ses Ă©crits que Satan a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© « aprĂšs mille ans Â» selon l’Apocalypse et qu’il a dĂ» inspirer tous ces hĂ©rĂ©tiques depuis Leutard jusqu’aux OrlĂ©anais. Un autre contemporain du temps s’exprime :

« Ils [les hĂ©rĂ©tiques] prĂ©tendaient qu’ils avaient foi en la TrinitĂ© dans l’unitĂ© divine et en l’Incarnation du Fils de Dieu mais c’était mensonge car ils disaient que les baptisĂ©s ne peuvent pas recevoir le Saint-Esprit dans le baptĂȘme et que aprĂšs un pĂ©chĂ© mortel, nul ne peut en aucune façon recevoir le pardon. Â»

— AndrĂ© de Fleury, v. 1025., [57]

Pour les chroniqueurs, l’hĂ©rĂ©sie orlĂ©anaise provient tantĂŽt d’un paysan pĂ©rigourdin (AdĂ©mar de Chabannes) tantĂŽt d’une femme de Ravennes (Raoul Glaber). Mais surtout, le plus inadmissible c’est que le mal touche OrlĂ©ans, la citĂ© royale et la cathĂ©drale Sainte-Croix, lĂ  oĂč Robert a Ă©tĂ© baptisĂ© et sacrĂ© il y a quelques dĂ©cennies. Des chanoines proches du pouvoir avaient Ă©tĂ© endoctrinĂ©s par l’hĂ©rĂ©sie : ThĂ©odat, Herbert (maĂźtre de la collĂ©giale de Saint-Pierre-le Puellier), Foucher et surtout Étienne (confesseur de la reine Constance) et Lisoie (chantre de Sainte-Croix) entre autres. Le roi Robert est averti par Richard de Normandie et le jour de NoĂ«l 1022, les hĂ©rĂ©tiques sont arrĂȘtĂ©s et interrogĂ©s pendant de longues heures. Raoul Glaber rapporte qu’ils reconnaissaient appartenir Ă  la « secte Â» depuis longtemps et que leur dessein Ă©taient de convaincre la cour royale de leurs croyances (refus des sacrements, interdits alimentaires, sur la virginitĂ© de la Vierge Marie et sur la TrinitĂ©). Ces dĂ©tails sont sĂ»rement vrais, par contre, c’est abusivement que Raoul Glaber et les autres chroniqueurs diabolisent Ă  l’envi les rĂ©unions du « cercle orlĂ©anais Â» : ils les soupçonnent de pratiquer des orgies sexuelles, d’adorer le diable, de crimes rituels. Ces reproches sont ceux qu’on faisait aux premiers chrĂ©tiens durant l’AntiquitĂ© tardive[58].

« Ă€ cette Ă©poque, dix des chanoines de Sainte-Croix d’OrlĂ©ans, qui semblaient plus pieux que les autres, furent convaincus d’ĂȘtre manichĂ©ens. Le roi Robert, devant leur refus de revenir Ă  la foi, les fit d’abord dĂ©pouiller de leur dignitĂ© sacerdotale, puis expulser de l’Église, enfin livrer aux flammes. Â»

— AdĂ©mar de Chabannes, v. 1025., [59]

D’aprĂšs la lĂ©gende, Étienne, le confesseur de Constance, aurait reçu un coup de canne d’elle qui lui aurait crevĂ© un Ɠil. Le roi Robert fait dresser Ă  l’extĂ©rieur de la citĂ© un immense bĂ»cher le 28 dĂ©cembre 1022. EspĂ©rant les effrayer, le roi est surpris de leur rĂ©action :

« SĂ»rs d’eux-mĂȘmes, ils ne craignaient rien du feu ; ils annonçaient qu’ils sortiraient indemnes des flammes, et en riant ils se laissĂšrent attacher au milieu du bĂ»cher. BientĂŽt ils furent totalement rĂ©duits en cendres et l’on ne retrouva mĂȘme pas un dĂ©bris de leurs os. Â»

— AdĂ©mar de Chabannes, v. 1025., [60]

Cet acharnement surprend les contemporains et encore les historiens modernes. Les diffĂ©rents chroniqueurs, bien qu’ils soient horrifiĂ©s par les pratiques des hĂ©rĂ©tiques, ne commentent Ă  aucun moment la sentence et Helgaud de Fleury passe mĂȘme l’épisode sous silence. À croire que l’histoire des hĂ©rĂ©tiques d’OrlĂ©ans entacherait sa rĂ©putation de saint ? En tout cas l’évĂ©nement fait tellement de bruit dans le royaume qu’il aurait Ă©tĂ© perçu jusqu’en Catalogne Ă  en croire une lettre du moine Jean Ă  son abbĂ© Oliba de Ripoll : « Si vous en avez entendu parler ce fut bien vrai Â» dit-il. Pour les historiens, cet Ă©pisode ferait rĂ©fĂ©rence Ă  un rĂšglement de compte. En 1016, Robert avait imposĂ© sur la chaire Ă©piscopale d’OrlĂ©ans un de ses proches, Thierry II, aux dĂ©pens de Oudry de Broyes, le candidat d’Eudes II de Blois. Or, l’affaire, Ă  laquelle il est peut-ĂȘtre mĂȘlĂ©, Ă©clate sous son Ă©piscopat. Pour se laver de toute responsabilitĂ©, le roi Robert aurait souhaitĂ© liquider violemment les imposteurs[61].

Fin de rĂšgne

Le dernier grand Ă©vĂ©nement du rĂšgne de Robert le Pieux est l’association au trĂŽne de son second fils, Henri. Encore une fois, il doit supporter les arguments de la reine Constance qui souhaite imposer son fils cadet, Robert. Dans l’entourage royal, le prince Henri est considĂ©rĂ© comme trop effĂ©minĂ©, ce qui est contraire au principe masculin de la virtus. Favorables Ă  l’élection du meilleur, l’épiscopat et de nombreux princes territoriaux montrent leur refus. NĂ©anmoins le roi, soutenu par quelques personnalitĂ©s (Eudes II de Blois, Odilon de Cluny, Guillaume de Volpiano), tient bon et Henri est finalement sacrĂ© le jour de la PentecĂŽte 1027 Ă  Reims par l’archevĂȘque Ebles de Roucy. Robert entĂ©rine dĂ©finitivement l’association royale Ă©tablie par le souverain en place[62]. Les plus grands du royaume ont fait le dĂ©placement : Eudes de Blois, Guillaume V d'Aquitaine, Richard III de Normandie. D’aprĂšs le chroniqueur Hildegaire de Poitiers, la cĂ©rĂ©monie une fois finie, Constance se serait enfuie Ă  cheval folle de rage. AprĂšs quarante annĂ©es de rĂšgne, une agitation politique pointe dans le royaume. En Normandie, le nouveau duc Robert le Magnifique expulse son oncle Robert, archevĂȘque de Rouen (v. 1027-1029). Le souverain doit arbitrer le conflit et tout rentre dans l'ordre. MĂȘme type de scĂ©nario en Flandre oĂč le jeune Baudouin, dĂ©sireux de pouvoir, se soulĂšve contre son pĂšre Baudouin IV en vain. De son cĂŽtĂ©, Eudes II de Blois enrĂŽle Ă  son profit le nouveau souverain Henri dans sa lutte contre Foulques Nerra. Ces campagnes sont sans suite (1027-1028). ÂgĂ© de plus de 55 ans, un Ăąge auquel dans la tradition de l’époque on doit s’effacer du pouvoir, le roi Robert est toujours sur son trĂŽne. Il doit essuyer plusieurs rĂ©voltes de la part de ses fils Henri et Robert, probablement intriguĂ©es par la reine Constance (1030). Robert et Constance doivent s’enfuir en Bourgogne oĂč ils rassemblent leurs forces auprĂšs de leur gendre, le comte de Nevers, Renaud er, l’époux de leur premiĂšre fille Alix. De retour dans leur domaine, la paix est rĂ©tablie avec les membres de la famille royale[63].

Robert le Pieux dĂ©cĂšde finalement au cours de l’étĂ© 1031, Ă  sa rĂ©sidence de Melun, d’une fiĂšvre accablante dit-on :

« XIII Kal. Aug. Rotbertus Francorum Rex (Les 13 Calendes d’aoĂ»t. Robert roi des Francs.). Â»

— Abbaye de Saint-Denis, Obituaire de Saint-Denis, 1031., [64]

Quelques jours auparavant, le 29 juin, selon Helgaud de Fleury, une Ă©clipse de soleil Ă©tait venue annoncer un mauvais prĂ©sage :

« Quelque temps avant sa trĂšs-sainte mort, qui arriva le 20 juillet, le jour de la mort des saints apĂŽtres Pierre et Paul, le soleil, semblable au dernier quartier de la lune, voila ses rayons Ă  tout le monde, et parut Ă  la sixiĂšme heure du jour, pĂąlissant au-dessus de la tĂȘte des hommes, dont la vue fut obscurcie de telle sorte, qu’ils demeurĂšrent sans se reconnaĂźtre jusqu’à ce que le moment d’y voir fut revenu. Â»

— Helgaud de Fleury, Epitoma vitae regis Roberti, v. 1033., [65]

TrĂšs apprĂ©ciĂ© par les moines de Saint-Denis, le roi dĂ©funt est transportĂ© en hĂąte de Melun jusqu’à l’abbaye oĂč repose dĂ©jĂ  son pĂšre, devant l’autel de la Sainte-TrinitĂ©. Les bĂ©nĂ©fices que le souverain a offerts Ă  l’abbaye sont Ă©normes. Lorsqu’ils rĂ©digent leur chronique, les moines affirment qu’au moment de sa mort, les riviĂšres ont dĂ©bordĂ© renversant des maisons et emportant des enfants, une comĂšte est passĂ©e dans le ciel et une famine a touchĂ© le royaume pendant prĂšs de deux annĂ©es. Lorsqu’il achĂšve sa biographie vers 1033, Helgaud s’étonne que le tombeau du pieux Robert ne soit encore recouvert que d’une simple dalle et d’aucun ornement. Au milieu du XIIIe siĂšcle, saint Louis fait sculpter de nouveaux gisants pour tous les membres de la famille royale[66].
Lorsqu’il apprend la nouvelle de la mort de son pĂšre, Henri Ier monte sur le trĂŽne pour un rĂšgne de trente annĂ©es.

Bilan du rĂšgne de Robert le Pieux

Le roi de l’an mil

Article dĂ©taillĂ© : An mil.

Les fausses terreurs

L’Enfant donnĂ© par Dieu pour sauver le genre humain de Satan. Apocalypse de Saint Sever, v. 1060, BibliothĂšque nationale, Paris.

Les Terreurs ou Peurs de l’an mil sont un mythe du XVIe siĂšcle, façonnĂ© sur la base d’une chronologie de Sigebert de Gembloux (XIIe s.), avant d’ĂȘtre repris par les historiens romantiques du XIXe siĂšcle (dont Jules Michelet). Il s’agissait d’expliquer que les chrĂ©tiens occidentaux Ă©taient terrifiĂ©s par le passage de l’an mil suite auquel Satan pourrait surgir de l’AbĂźme et provoquer la fin du monde. Le christianisme est une religion eschatologique Ă  travers laquelle les hommes doivent se comporter idĂ©alement durant la vie terrestre pour espĂ©rer avoir leur Salut Ă©ternel avant quoi ils seront tous soumis au Jugement dernier. Cette croyance est trĂšs prĂ©sente tout au long du Moyen Âge est en particulier aux Xe et XIe siĂšcles, pĂ©riode durant laquelle l’Église est encore trĂšs ritualisĂ©e et sacrĂ©e. NĂ©anmoins, il ne faut pas confondre l’eschatologie et le millĂ©narisme : c’est-Ă -dire craindre la fin du monde aprĂšs les mille annĂ©es de l’incarnation du Christ[67]. Pourquoi ?

Tout part de l’Apocalypse selon Jean qui, Ă  l’origine, menace du retour de Satan mille ans aprĂšs l’incarnation du Christ :

« Puis je vis un Ange descendre du ciel ayant en main la clĂ© de l’AbĂźme ainsi qu’une Ă©norme chaĂźne. Il maĂźtrisa le Dragon et l’antique Serpent [Satan] et l’enchaĂźna pour mille annĂ©es. Il le jeta dans l’AbĂźme tira sur lui les verrous, apposa les scellĂ©s afin qu’il cessĂąt de fourvoyer les nations jusqu’à l’achĂšvement de mille annĂ©es. AprĂšs quoi il doit ĂȘtre relĂąchĂ© pour un peu de temps. Â»

— L’Apocalypse selon Jean, Ier s. apr. J-C., [68]

DĂ©jĂ  au Ve siĂšcle, saint Augustin interprĂšte le millĂ©narisme comme une allĂ©gorie spirituelle Ă  travers laquelle le nombre « mille Â» ne signifie finalement qu’une longue durĂ©e non dĂ©terminĂ©e numĂ©riquement (CitĂ© de Dieu). Quelques annĂ©es plus tard, le concile d'ÉphĂšse (431) dĂ©cide de condamner officiellement la conception littĂ©rale du millĂ©nium. À partir de la fin du Xe siĂšcle, l’intĂ©rĂȘt que portent les clercs pour l’Apocalypse est marquĂ© par la diffusion de Commentaires Ă  travers tout l’Occident (Apocalypse de Valladolid, de Saint-Saver...). Cependant, l’Église maĂźtrise le mouvement millĂ©nariste[69].

Ce sont les analyses des sources, exclusivement ecclĂ©siastiques, qui peuvent provoquer des contre-sens. « L’énormitĂ© des pĂ©chĂ©s accumulĂ©s depuis des siĂšcles par les hommes Â», soulignent les chroniqueurs, laisse croire que le monde court Ă  sa perte, que le temps de la fin est venue. L’un d’eux, Raoul Glaber, est encore une fois l'une des rares sources sur la pĂ©riode. Il rĂ©dige ses Histoires vers 1045-1048, soit une quinzaine d’annĂ©es aprĂšs le millĂ©naire de la Passion (1033) :

« On croyait que l’ordonnance des saisons et des Ă©lĂ©ments, qui avait rĂ©gnĂ© depuis le commencement sur les siĂšcles passĂ©s, Ă©tait retournĂ©e pour toujours au chaos et que c’était la fin du genre humain. Â»

— Raoul Glaber, Histoires, IV, v. 1048., [70]

En fait, le moine bourguignon dĂ©crit la situation plusieurs annĂ©es aprĂšs dans une dimension encore une fois eschatologique fidĂšle Ă  l’Apocalypse. Celle-ci a pour but d’interprĂ©ter l’action de Dieu (les prodiges) qui doit ĂȘtre vue comme des avertissements envers les hommes pour que ces derniers fassent acte de pĂ©nitence. Ces signes sont attentivement relevĂ©s par les clercs. D’abord les incendies (cathĂ©drale Sainte-Croix d’OrlĂ©ans en 989, les faubourgs de Tours en 997, Notre-Dame de Chartres en 1020, l’abbaye de Fleury en 1026...), les dĂ©rĂšglements de la nature (sĂ©isme, sĂ©cheresse, comĂšte, famine), l’invasion des PaĂŻens (les Sarrasins vainqueurs de Otton II en 982) et enfin la prolifĂ©ration d’hĂ©rĂ©tiques conduits par des femmes et des paysans (OrlĂ©ans en 1022, Milan en 1027). Il ajoute :

« Ces signes concordent avec la prophĂ©tie de Jean, selon laquelle Satan sera dĂ©chaĂźnĂ© aprĂšs mille ans accomplis. Â»

— Raoul Glaber, Histoires, IV, v. 1048., [71]

D’autre part, il faut savoir qu’autour de l’an mil, seule une infime partie de la population (l’élite ecclĂ©siastique) de Francie est capable de calculer l’annĂ©e en cours Ă  des fins liturgiques ou juridiques (dater les chartes royales). Ceux qui peuvent dĂ©terminer prĂ©cisĂ©ment la date conçoivent un « millĂ©naire dĂ©doublĂ© Â» : 1000 pour l’Incarnation et 1033 pour la Passion du Christ. De plus, bien que l’ùre chrĂ©tienne soit mise en place depuis le VIe siĂšcle, son emploi ne se gĂ©nĂ©ralise qu’à partir de la seconde moitiĂ© du XIe siĂšcle : en bref, les hommes ne se repĂšrent pas dans la durĂ©e par les annĂ©es. La vie est alors rythmĂ©e par les saisons, les priĂšres quotidiennes et surtout les grandes fĂȘtes du calendrier religieux : d’ailleurs l’annĂ©e ne commence pas partout Ă  la mĂȘme date (NoĂ«l en Angleterre, PĂąques en Francie...)[72].

En outre, rien dans ces Ă©crits prouvent qu’il y ait bien eu des terreurs collectives. D’ailleurs, vers 960 Ă  la demande de Gerberge de Saxe, l’abbĂ© de Montier-en-Der Adson rĂ©dige un traitĂ© (De la naissance de l’époque de l’AntĂ©christ) dans lequel il rassemble un dossier de ce que les saintes Écritures disent de l’AntĂ©christ. Il en conclut que la fin des temps ne surviendrait pas avant que les royaumes du monde soient sĂ©parĂ©s de l’Empire. Chez Abbon de Fleury, le passage au IIe millĂ©naire n’est pas passĂ© inaperçu, puisque vers 998 il adresse un plaidoyer Ă  Hugues Capet et son fils Robert. Il accuse ainsi un clerc qui, lorsqu’il Ă©tait Ă©tudiant, revendiquait la fin du monde au tournant de l’an mil. Ainsi, mĂȘme les grands savants du Xe siĂšcle sont anti-millĂ©naristes[73].

« On m’a appris que dans l’annĂ©e 994, des prĂȘtres dans Paris annonçaient la fin du monde. Ce sont des fous. Il n’y a qu’à ouvrir le texte sacrĂ©, la Bible, pour voir qu’on ne saura ni le jour ni l’heure. Â»

— Abbon de Fleury, Plaidoyer aux rois Hugues et Robert, v. 998., [68]

Depuis Edgar Pognon, les historiens modernes ont bien montrĂ© que ces grandes Terreurs populaires n’ont jamais existĂ©. Cependant, au cours des annĂ©es 1970, une nouvelle explication s’est imposĂ©e. Georges Duby explique ainsi qu’aucune panique populaire ne s’est manifestĂ©e autour de l’an mil mais qu’en revanche on peut dĂ©celer une certaine « inquiĂ©tude diffuse Â» et permanente dans l’Occident de cette Ă©poque. Il y a probablement, Ă  la fin du Xe siĂšcle, des personnes concernĂ©es par l’approche de l’an mil et qui ont quelques inquiĂ©tudes. Mais elles furent trĂšs minoritaires, puisque les gens les plus instruits comme Abbon de Fleury, Raoul Glaber ou Adson de Montierender n’y croyaient pas. Sylvain Gougenheim[74] et Dominique BarthĂ©lemy combattent alors avec force la thĂšse de G. Duby de l’« inquiĂ©tude diffuse Â». Pour eux, si la fin des temps avait Ă©tĂ© martelĂ©e par l’Église, celle-ci aurait probablement pu perdre son pouvoir et sa lĂ©gitimitĂ©. La vraie seule inquiĂ©tude, Ă  toutes les Ă©poques, c’est le Salut[75].

« La mutation fĂ©odale Â»

Articles dĂ©taillĂ©s : FĂ©odalitĂ© et Motte castrale.
Maquette de motte castrale, Musée de Bayeux.

La fĂ©odalitĂ© est un terme complexe dont l’étude historique est quelquefois dĂ©licate. « C’est un ensemble d’institutions et de relations concernant toute la sociĂ©tĂ©, dite alors "fĂ©odale"[76] Â». Les historiens mĂ©diĂ©vistes modernes ne sont pas d’accord sur la chronologie et la diffusion de cette fĂ©odalitĂ©[77].

La juridiction carolingienne (IXe siĂšcle-vers 1020)

Au cours du haut Moyen Âge, un certain lien fĂ©odal existe dĂ©jĂ  puisque certains puissants cĂšdent un bĂ©nĂ©fice (beneficium) Ă  leurs fidĂšles (souvent une terre). Pourtant la sociĂ©tĂ© est encore dominĂ©e par un « servage Â» latent qui se rencontre dans la justice : seuls les hommes libres ont le droit d’y accĂ©der ; les non-libres sont chĂątiĂ©s corporellement et dĂ©fendus par leur maĂźtre[78]. Le roi et le prince du Xe siĂšcle se servent encore du pouvoir judiciaire, pour dĂ©fendre leurs biens et leurs droits, en infligeant aux condamnĂ©s l’hĂ©riban (taxe de 60 sous Ă  ceux qui refusent de servir l’ost) et en confisquant les biens de ceux qui les ont offensĂ©s[79].

À partir des annĂ©es 920, l’autoritĂ© publique commence Ă  se concentrer en plusieurs points (routes, citĂ©s, sites dĂ©fensifs...). Les alliances matrimoniales unissent les enfants royaux et comtaux depuis le IXe siĂšcle : les dynasties princiĂšres se mettent en place, ce qui fait dire Ă  AdalbĂ©ron de Laon :

« Les lignĂ©es de nobles descendent du sang des rois. Â»

— AdalbĂ©ron de Laon, PoĂšme au roi Robert, v. 1027-1030., [80]

DĂ©jĂ  les textes font rĂ©fĂ©rence Ă  un serment de fidĂ©litĂ© : le baiser (osculum) est gĂ©nĂ©ralement perçu comme un geste de paix entre parentĂ©s ou entre alliĂ©s. D’autre part, l’hommage (commandatio) est vu comme un geste humiliant et il semblerait que peu de comtes en fassent allĂ©geance au roi[81]. Du cĂŽtĂ© des humbles, la fidĂ©litĂ© peut ĂȘtre Ă©galement d’ordre servile, comme le montre la pratique ancienne du versement du chevage, qui devient au cours du IXe siĂšcle une sorte d’« hommage servile Â». Cela fait dire Ă  D. BarthĂ©lemy, Ă  l’inverse de G. Duby et P. Bonnassie, que le haut Moyen Âge est le tĂ©moin d’un « binĂŽme Â» : l’affranchissement et l’« hommage servile Â». Cela montrerait que la servitude est de moins en moins ancrĂ©e dans la sociĂ©tĂ©[82].

Affligés de nombreuses charges, les comtes délÚguent une partie de leur pouvoir judiciaire à certains de leurs gardiens de chùteaux, les castellani (chùtelains). Ces derniers reçoivent soit au chùteau (pour les plus aisés) soit à la vicaria (ou viguerie, une assemblée judiciaire réservée aux plus humbles)[83].

Constitution des chĂątellenies (vers 1020-1040)
La forteresse de MontlhĂ©ry, symbole de la rĂ©volte chĂątelaine en Île-de-France (ruines des XIIe-XIIIe s.)

Entre 980 et 1030, explique Georges Duby, le pagus du haut Moyen Âge s’est progressivement transformĂ© en un territoire centrĂ© sur sa forteresse publique, devenue rapidement le point d’attache de nombreuses familles aristocratiques. Sur l’ensemble du royaume, un certain nombre de castra (chĂąteaux) privĂ©s et publics en bois se construisent trĂšs rapidement sur une motte castrale artificielle ou non contre l’autoritĂ© publique (il y a une vĂ©ritable prolifĂ©ration aprĂšs 1020). La motte n’est pas toujours la rĂ©sidence principale mais un point par lequel s’affirme la lĂ©gitimitĂ© du pouvoir seigneurial.

On assiste Ă©galement Ă  certains changements d’ordre juridique[84]. Les chĂątelains prennent Ă  leur compte la justice publique qu’ils privatisent et qu’ils rendent hĂ©rĂ©ditaire. C’est ce que certains historiens appellent le « choc chĂątelain Â», y voyant ainsi une vĂ©ritable rĂ©volution sociale. Aux marges du domaine royal de Robert le Pieux, les forestiers du roi (par exemple Guillaume de Montfort) dirigent Ă  MontlhĂ©ry ou Ă  Montfort-l'Amaury leur forteresse, dont ils Ă©taient les gardiens, vers 1020-1030[85]. Pour faire rĂ©gner l’ordre sur le territoire qui constitue leur ressort juridique (districtus), ils embauchent, Ă  leur tour, des milites (chevaliers), des hommes qui se battent Ă  cheval, qui proviennent de catĂ©gories sociales diffĂ©rentes (cadets de familles nobles, alleutiers riches, certains possĂšdent des terres, quelques serfs) mais qui n’ont pas la responsabilitĂ© de « chef Â». La pyramide fĂ©odale est ainsi presque achevĂ©e :

La pyramide féodale vers 1030[86]
Roi Comte ChĂątelain ou sire Chevalier de village Humble
Le premier de ses pairs (responsable du royaume, de la guerre et de la paix). Prince territorial de sang royal, Ă  l’origine auxiliaire du roi, il est devenu indĂ©pendant au IXe siĂšcle (responsable du comtĂ©). Cadet du comte, Ă  l’origine auxiliaire de celui-ci, il est devenu indĂ©pendant au XIe siĂšcle (responsable de la chĂątellenie). Combattant Ă  cheval et auxiliaire du chĂątelain, il est chargĂ© de maintenir le droit du ban Ă  l’échelle locale (responsable d’une seigneurie). Il dĂ©pend d’un seigneur foncier, Ă  qui il paye une redevance fixe (cens) pour sa tenure, et d’un seigneur du ban, Ă  qui il paye des redevances arbitraires pour utiliser les outils vitaux (moulin, pressoir, four...).

Le nouveau dĂ©tenteur accumule une force accrue et il lĂ©gitimise son nouveau pouvoir en avançant sa noblesse de sang. L’ensemble des pouvoirs publics deviennent dĂ©sormais privĂ©s : c’est le bannum. Il semblerait mĂȘme que certains d’entre eux se soient en partie dĂ©tournĂ©s des comtes. Ainsi, dans sa thĂšse, Georges Duby montre qu’entre 980 et 1030, les chĂątelains dĂ©sertent le plaid du comte de MĂącon, s’approprient la vicaria et finissent par concentrer tout le pouvoir local[87]. Cette situation n’est cependant pas gĂ©nĂ©rale et on assiste Ă  des hommages par les mains jointes du vassal Ă  son seigneur, au dĂ©veloppement de l’aide vassalique qui se prĂ©cise dans les textes (fidĂ©litĂ©, appui et conseil militaires...). Enfin, le bĂ©nĂ©fice devient le fief (feodum) et l’alleu devient de plus en plus rare.

La mise en place de la seigneurie banale
"Les quatre cavaliers". Apocalypse de Valladolid, v. 970, BibliothĂšque de Valladolid, Espagne.

L’objectif de ces chĂątelains n’est pas d’obtenir une pleine indĂ©pendance politique envers le comte mais plutĂŽt de s’assurer des droits de commandement solides sur la paysannerie. Ainsi, vers 1030 dans le comtĂ© de Provence, on les voit obliger les alleutiers Ă  entrer dans leur dĂ©pendance en Ă©change d’un bien foncier ou d’une rĂ©munĂ©ration monĂ©taire[88].

Une des caractĂ©ristiques de l’époque fĂ©odale, c’est la prolifĂ©ration de ce que les textes appellent les « mals usos Â» (les mauvaises coutumes). Sous le rĂšgne de Charles le Chauve, l’édit de PĂźtres (864) faisait dĂ©jĂ  rĂ©fĂ©rence aux coutumes, ce qui laisse Ă  croire qu’il y aurait une continuitĂ© juridique entre l’époque carolingienne et l’an mil. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, la documentation ne permet pas d’évaluer la part des divers types de revenus, des droits sur les terres, les manses ou les parcelles, et des prĂ©lĂšvements sur les hommes. Ces usages sont rĂ©putĂ©s nĂ©fastes et nouveaux pour les communautĂ©s paysannes, mais quelques cas dĂ©montrent l’inverse[89]. Quelles sont ces coutumes ?

Depuis l’époque carolingienne, le paysan vit dans un manse (ou tenure, une petite maison et un petit champ) qu’il exploite en Ă©change d’une redevance (le cens ou le champart qu’il paie Ă  son seigneur) et de corvĂ©es (c’est-Ă -dire exploiter la rĂ©serve au compte du seigneur). Le seigneur fait appel Ă  la justice publique, la vicaria (du comte ou du roi) puisqu’il n’a pas cette compĂ©tence. Ce systĂšme est la seigneurie fonciĂšre.

À partir des annĂ©es 1020-1030, se met en place, en parallĂšle Ă  la seigneurie fonciĂšre, un nouveau statut juridique. Le paysan paie toujours sa redevance (cens ou champart) Ă  son seigneur foncier, mais un autre seigneur (le sire aidĂ© de ses milites) s’empare plus ou moins violemment de la justice publique qu’il prend Ă  son compte. Il dirige donc la vicaria et impose aux paysans de la seigneurie son droit de ban : la communautĂ© doit dĂ©sormais se soumettre juridiquement Ă  cet usurpateur et lui payer des redevances pour l’utilisation du moulin, du four, du pressoir, des voies (les banalitĂ©s)... Pour certains historiens (D. Duby, P. Bonnassie), les sires ont rĂ©tabli l’égalitĂ© entre libres et non-libres en les soumettant au titre de serf. Pour d’autres (D. BarthĂ©lemy), il n’y a qu’un changement de nom dans les textes mais la condition reste la mĂȘme depuis les temps carolingiens (c’est-Ă -dire une sorte d’« hommage servile Â» plutĂŽt que d’une situation esclavagiste). Ce systĂšme est la seigneurie banale[90].

Les conflits locaux dits « fĂ©odaux Â» ont pour but la perception des coutumes sur telle ou telle seigneurie, ce qui reprĂ©sente un enjeu financier considĂ©rable. L’ensemble des seigneuries constituent ainsi le ressort du chĂąteau : la chĂątellenie. Il ne faut pas cependant pas imaginer un espace centralisĂ© autour du chĂąteau, c’est un territoire fluctuant au grĂ© des guerres privĂ©es. Aucun bĂątiment n’est encore parfaitement associĂ© Ă  la seigneurie avant au moins 1050[91]. Quelquefois, dans l’enchevĂȘtrement des seigneuries, le sire se retrouve Ă  la fois seigneur foncier et seigneur du ban. Ne pouvant tout contrĂŽler de sa seule personne, le chĂątelain dĂ©lĂšgue alors Ă  ses vassaux, les chevaliers, tel ou tel droit (la vicaria dans telle seigneurie, le cens dans telle autre...)[92].

Robert et la paix de Dieu

Article dĂ©taillĂ© : Paix de Dieu.
L’institution de la paix de Dieu, Livre des MacchabĂ©es, Bible de Saint-Pierre-de-Roda, fin Xe siĂšcle-dĂ©but XIe siĂšcle(BibliothĂšque Nationale, Paris).

La paix de Dieu est un « mouvement conciliaire d’initiative Ă©piscopale Â» qui apparaĂźt au cours de la seconde moitiĂ© du Xe siĂšcle dans le sud de la Gaule et qui se poursuit les dĂ©cennies suivantes dans certaines rĂ©gions septentrionales (1010-1030). Pendant longtemps, l’historiographie a avancĂ© le contexte d’une « dĂ©liquescence des structures carolingiennes et de violences Â» au cours d’une pĂ©riode que Georges Duby a appelĂ©e « Premier Âge fĂ©odal Â» ou « Mutation fĂ©odale Â»[93]. Aujourd’hui le tableau de la paix de Dieu est plus nuancĂ© : les prĂ©lats auraient-ils pu concevoir une sociĂ©tĂ© religieuse oĂč les liens auraient Ă©tĂ© horizontaux Ă  une Ă©poque oĂč prĂ©cisĂ©ment un AdalbĂ©ron de Laon ou un GĂ©rard de Cambrai mĂ©prisaient le serf des champs, bien que son travail fĂ»t utile. D’autre part, comment peut-on envisager Ă  la fois une croissance Ă©conomique importante aux Xe-XIe siĂšcles au cours d’une Ă©poque violente et anarchique [94]?

On sait que les mouvements de paix existaient dĂ©jĂ  au haut Moyen Âge. D’ailleurs les pĂ©nitentiels carolingiens se prĂ©occupaient tous de la souillure que reprĂ©sentait l’homicide et les violations de l’Église. Selon Christian Lauranson-Rosaz, les premiers signes de la paix de Dieu apparaissent dans les montagnes auvergnates lors du plaid de Clermont (958) oĂč les prĂ©lats dĂ©clarent que « la paix vaut mieux que tout Â». Puis la premiĂšre assemblĂ©e se serait tenue Ă  Aurillac (972) Ă  l’initiative d’Étienne II de Clermont et des Ă©vĂȘques de Cahors et de PĂ©rigueux. On contraint par les armes ceux qui ne veulent pas jurer la paix[95]. En revanche, tout le monde est d’accord pour dater de 989 la premiĂšre assemblĂ©e de paix connue Ă  Charroux (Poitou) Ă  l’initiative de Gombaud, archevĂȘque de Bordeaux. Elle est suivie quelques annĂ©es plus tard par celles de Narbonne (990), du Puy (994)... À chaque fois, on Ă©voque la paix, la loi et on prĂȘte serment sur les reliques qu’on a amenĂ©es pour l’occasion. Les premiĂšres assemblĂ©es se rĂ©alisent souvent sans la prĂ©sence des princes, car elles ne concernent que les zones pĂ©riphĂ©riques, externes Ă  leur champ d’investigation (mĂȘme si Guillaume d’Aquitaine en prĂ©side certaines dĂšs 1010)[96].

Progressivement, les assemblĂ©es deviennent des « conciles Â» car les dĂ©cisions sont consignĂ©es dans des canons Ă©laborĂ©s. D’ailleurs la violation du serment et des sentences conciliaires est passible de l’anathĂšme. Ainsi la paix est montrĂ©e comme une condition nĂ©cessaire au salut de l’ñme (discours du Puy en 994). Les objectifs pris, au cours de ces assemblĂ©es, concernent avant tout la protection des biens d’Église contre les laĂŻcs (continuitĂ© de la rĂ©forme carolingienne). Mais la paix de Dieu n’est pas pour autant antifĂ©odale puisque les droits des seigneurs sur leurs serfs et la vengeance privĂ©e, qui appartenaient au droit coutumier, sont confirmĂ©s. Ce qui, au contraire, est dĂ©noncĂ© ce sont les influences nuisibles provoquĂ©es par les guerriers aux tiers non armĂ©s. Quelquefois un arrangement est trouvĂ© entre le clerc et le chevalier. Le moine pardonne alors Ă  son interlocuteur qui a martyrisĂ© des serfs en Ă©change d’un don pour sa communautĂ©[97]. Que demandent prĂ©cisĂ©ment ces assemblĂ©es conciliaires ?

  • La protection des bĂątiments religieux, puis l’emplacement des Ă©glises : lutter contre la mainmise laĂŻque.
  • La protection des clercs dĂ©sarmĂ©s : le port d’armes est interdit pour les oratores et les laboratores.
  • L’interdiction de voler du bĂ©tail : il s’agit surtout ici d’assurer l’approvisionnement de la seigneurie (on remarque que les vagues de paix concordent souvent avec les famines du Xe siĂšcle)[98].
La participation des Ă©vĂȘques Ă  la paix de Dieu. D’aprĂšs H.-W. Goetz, « La paix de Dieu en France
 Â», p. 138.

La paix de Dieu, partie d’Aquitaine, se diffuse dans tout le royaume :

« En l’an mille de la Passion du Seigneur,[...] tout d’abord dans les rĂ©gions de l’Aquitaine, les Ă©vĂȘques, les abbĂ©s et les autres hommes vouĂ©s Ă  la sainte religion commencĂšrent Ă  rĂ©unir le peuple en des assemblĂ©es plĂ©niĂšres, auxquelles on apporta de nombreux corps de saints et d’innombrables chĂąsses remplies de saintes reliques. Â»

— Raoul Glaber, Histoires, v. 1048., [99]

AprĂšs l’Aquitaine, le mouvement gagne la cour de Robert le Pieux qui tient sa premiĂšre assemblĂ©e (connue) Ă  OrlĂ©ans le 25 dĂ©cembre 1010 ou 1011. Du peu qu’on en connaisse, il semble que ce soit un Ă©chec. Les sources ne nous ont laissĂ©s de cette rĂ©union, qu’un chant de Fulbert de Chartres :

« Ă” foule des pauvres, rend grĂące au Dieu tout-puissant. Honore-le de tes louanges car il a remis dans la voie droite ce siĂšcle condamnĂ© au vice. Il te vient en aide, toi qui devait supporter un lourd labeur. Il t’apporte le repos et la paix. Â»

— Fulbert de Chartres, Chant, v. 1010-1011., [100]

La paix de Dieu n’est sĂ»rement pas homogĂšne, au contraire pendant longtemps c’est un mouvement intermittent et localisĂ© : « oĂč l’Église en a besoin et peut l’imposer, elle le fait Â». Une fois prise en main par Cluny (Ă  partir de 1016), le mouvement continue sa progression vers la Bourgogne oĂč un concile se tient Ă  Verdun-sur-le-Doubs (1021). Sous la prĂ©sidence de Hugues de ChĂąlon, Ă©vĂȘque d’Auxerre, d’Odilon de Cluny et peut-ĂȘtre du roi Robert, la « paix des Bourguignons Â» est signĂ©e. Odilon commence alors Ă  jouer un rĂŽle majeur. Il propose dans un premier temps aux chevaliers bourguignons une diminution de la faide (guerre privĂ©e) et la protection des chevaliers qui feront le CarĂȘme. Dans un second temps Ă  partir de 1020, il instaure une nouvelle paix clunisienne en Auvergne par le biais de sires de sa parentĂ©. La seconde vague de paix, de plus en plus imprĂ©gnĂ©e par les moines, connaĂźt son paroxysme avec l’initiation Ă  la trĂȘve de Dieu (concile de Toulouges, 1027)[101]. Cependant, les Ă©vĂȘques du Nord, tels que AdalbĂ©ron de Laon et GĂ©rard de Cambrai ne sont pas favorables Ă  l’instauration des mouvements de paix dans leur diocĂšse. Pourquoi ? Dans le Nord-Est du royaume, la tradition carolingienne est encore trĂšs forte et elle avance que seul le roi est le garant de la justice et de la paix. D’autre part, les Ă©vĂȘques sont souvent Ă  la tĂȘte de puissants comtĂ©s et n’ont pas besoin d’asseoir leur autoritĂ© par la paix de Dieu, contrairement Ă  leurs confrĂšres mĂ©ridionaux. Les prĂ©lats considĂšrent aussi que la participation populaire au mouvement est telle qu’elle risque de montrer un caractĂšre trop ostentatoire des reliques, ce qui est contraire aux volontĂ©s divines. En outre, GĂ©rard de Cambrai accepte finalement de faire promettre (et non de jurer) la paix de Dieu dans son diocĂšse[102].

Y a-t-il vraiment un contexte de faiblesse royale ? La sociĂ©tĂ© fĂ©odale du XIe siĂšcle n’a-t-elle pour faire sa police rien d’autre que la paix de Dieu ? D’une part, la justice et la paix d’Aquitaine sont sous la responsabilitĂ© exclusive du duc Guillaume et dans l’ensemble de ces rĂ©gions oĂč le roi ne rĂšgne qu’en titre, les clercs se bornent Ă  mentionner ses annĂ©es de rĂšgne au bas des chartes[103]. De son cĂŽtĂ©, le roi Robert multiplie les assemblĂ©es : aprĂšs celle d’OrlĂ©ans, il en rassemble une Ă  CompiĂšgne (1023), puis Ă  Ivois (1023) et enfin Ă  HĂ©ry (1024). Il y a bien beaucoup de violences au temps du roi Robert mais certains historiens insistent sur la perception des limites de cette violence et l’existence de formes de paix. Ce que veulent ducs et Ă©vĂȘques c’est surtout que ces nĂ©gociations se dĂ©roulent sous leur tutelle. D’autre part la faide, que dĂ©plorent les nombreux lettrĂ©s qui dĂ©crivent leur Ă©poque, est une nĂ©cessitĂ© sociale dans la sociĂ©tĂ© : trouver des vengeurs garantit la sĂ©curitĂ© de telle ou telle seigneurie. En bref, la paix de Dieu n’est pas un groupe de mouvement populaire pour changer le monde mais une paix pour aider au maintien du monde. Bien qu’ils craignent les colĂšres de Dieu, lorsqu’ils le peuvent, les moines tentent toujours de nĂ©gocier la situation et de s’arranger avec les chevaliers[104].

Le mouvement se poursuit une derniĂšre fois dans la partie mĂ©ridionale jusqu’en 1033 oĂč il disparaĂźt. En rĂ©alitĂ©, l’Église pense que la rĂ©pression des dĂ©gĂąts de la guerre privĂ©e serait plus efficace si des armĂ©es paysannes Ă©taient lancĂ©es contre les chĂąteaux. Certains seigneurs utilisent de plus en plus la paix de Dieu comme moyen de pression contre leurs adversaires : v. 1030-1031, raconte AndrĂ© de Fleury, l’archevĂȘque Aymon de Bourges constitue et encadre une milice de paix anti-chĂątelaine dont le but est la destruction de la forteresse du vicomte Eudes de DĂ©ols. Pourtant en 1038, les paysans sont dĂ©faits dĂ©finitivement par les hommes d’armes du vicomte : c’est la fin de la paix de Dieu[105].

La sociĂ©tĂ© ordonnĂ©e du XIe siĂšcle

ModĂšle de rĂ©partition des tĂąches en trois ordres, interdĂ©pendants les uns des autres. Selon AdalbĂ©ron de Laon : orantes (ceux qui prient), pugnantes (ceux qui combattent) et laborantes (ceux qui travaillent). Miniature du XIIIe s, Londres, British Library.

À la fin de sa vie (vers 80 ans), l’évĂȘque AdalbĂ©ron de Laon, qui s’était autrefois illustrĂ© par ses nombreuses trahisons, adresse au roi Robert un poĂšme (Carmen ad Rotbertum regem) de 433 vers, Ă©crit entre 1027 et 1030[106]. Il s’agit en fait d’un dialogue entre le religieux et le roi, bien qu’AdalbĂ©ron monopolise la parole. Ce dernier dresse un portrait de la sociĂ©tĂ© de son temps, il dĂ©nonce par ses vers le « bouleversement Â» de l’ordre du royaume « dont les moines de Cluny sont largement responsables Â» et dont le principal usurpateur n’est autre que l’abbĂ© Odilon de Cluny[107].

« Les lois dĂ©pĂ©rissent et dĂ©jĂ  toute paix a disparu. Les mƓurs des hommes changent comme change l’ordre [de la sociĂ©tĂ©]. Â»

— AdalbĂ©ron de Laon, PoĂšme au roi Robert, v. 1027-1030., [108]

Ce texte souligne le discours moralisateur des clercs, dont le rĂŽle est de dĂ©crire l’ordre idĂ©al de la sociĂ©tĂ©. Ainsi le dĂ©sordre apparent de la sociĂ©tĂ© et ses consĂ©quences (les mouvements de paix) dĂ©rangent les prĂ©lats du Nord de la France de tradition carolingienne. Le schĂ©ma des trois ordres ou « tripartite Â» a Ă©tĂ© Ă©laborĂ© dĂšs le IXe siĂšcle avant d’ĂȘtre repris dans les annĂ©es 1020 par AdalbĂ©ron et GĂ©rard de Cambrai, deux Ă©vĂȘques de mĂȘme parentĂ©. Pour quelles raisons ? Il s’agit de remettre de l’ordre dans la sociĂ©tĂ© et de rappeler Ă  chacun le rĂŽle qu’il tient dans celle-ci[109]. L’évĂȘque de Laon rĂ©sume sa pensĂ©e par une phrase cĂ©lĂšbre :

« Triplex ego Dei domus est quae creditur una. Nunc orant, alii pugnant, aliique laborant (On croit que la maison de Dieu est une, mais elle est triple. Sur Terre, les uns prient, d’autres combattent et d’autres enfin travaillent). Â»

— AdalbĂ©ron de Laon, PoĂšme au roi Robert, v. 1027-1030., [110]

« Depuis le commencement, le genre humain est divisĂ© en trois : les orants, les agriculteurs, les combattants et chacun des trois est rĂ©chauffĂ© Ă  droite et Ă  gauche par les autres. Â»

— GĂ©rard de Cambrai, Actes du synode d’Arras (?), 1025[111].

  • Ceux qui prient : pour l’auteur, l’ensemble de la sociĂ©tĂ© constitue un seul corps Ă  partir duquel l’Église apparaĂźt unique et entiĂšre. Jusqu’au IXe siĂšcle, les moines et les sĂ©culiers faisaient partie de deux catĂ©gories distinctes (sacerdotes et orantes). Leur rĂŽle, rappelle AdalbĂ©ron, est de dire la messe et de prier pour les pĂ©chĂ©s des autres hommes[112]. À aucun moment, les clercs ne doivent juger ou diriger les hommes, cela est du ressort du roi ! Son tĂ©moignage souligne le profond malaise qui existe au XIe siĂšcle entre l’épiscopat et les monastĂšres, en particulier les abbĂ©s de Cluny qu’il voit en horreur puisqu’ils se prennent pour des « rois Â» dit-il.
  • Ceux qui combattent : l’aristocratie chĂątelaine qui Ă©merge au mĂȘme moment a bien conscience de son appartenance aux lignages princiers et royaux de par l’apparition des noms de famille, l’émergence des rĂ©cits gĂ©nĂ©alogiques et du dĂ©veloppement du titre de miles (chevalier) dans les sources du XIe siĂšcle. Tous descendent directement des rois carolingiens et ne sont pas comme on l’a longtemps cru des « hommes neufs Â». AdalbĂ©ron n’aime pas cette nouvelle catĂ©gorie de personnes qui se montre arrogante et usurpatrice. NĂ©anmoins, les guerriers protĂšgent les Ă©glises et dĂ©fendent les hommes du peuple, grands et petits. Dans ce texte, la notion de « libertĂ© Â» est trĂšs proche de celle d’« aristocratie Â», les domini (seigneurs), aptes au commandement, se distinguent des soumis[113].
  • Ceux qui travaillent : les serfs travaillent toute leur vie avec effort. Ils ne possĂšdent rien sans souffrance et fournissent Ă  tous la nourriture et le vĂȘtement. Le fait que la servitude reste la condition du paysan reste trĂšs ancrĂ©e dans les classes dirigeantes de l’an mil. D’ailleurs pour dĂ©signer le paysan, AdalbĂ©ron n’utilise pas d’autres termes que servus (esclave puis serf en latin). D’autre part, il englobe dans la condition servile l’ensemble de ceux qui « fendent la terre, suivent la coupe des bƓufs (
) criblent le blĂ©, cuisent prĂšs du chaudron graisseux Â». En bref, le monde paysan est peuplĂ© par des individus soumis et « souillĂ©s par la crasse du monde Â». Cette image pĂ©jorative des catĂ©gories populaires est le fait des Ă©lites ecclĂ©siastiques[114].

Ce message du vieil AdalbĂ©ron est nĂ©anmoins plus complexe qu’il n’y paraĂźt. Il faut d’abord remarquer que la protection des paysans est un faux problĂšme. Cette protection n’est-ce pas en rĂ©alitĂ© les seigneurs qui leur interdisent de s’armer eux-mĂȘmes pour mieux les dominer ? Ce schĂ©ma tripartite fonctionne, uniquement, dans un contexte « national Â», contre un ennemi extĂ©rieur. Lors des guerres privĂ©es, qui sont monnaie courante au XIe siĂšcle, les bellatores combattent pour leur intĂ©rĂȘt propre et ils ne dĂ©fendent que partiellement leurs paysans. Pire, ils les exposent Ă  leurs adversaires qui se feront un plaisir de les piller dans un dessein de vengeance chevaleresque[115]. En allant plus loin que Georges Duby, il faut enfin souligner que le modĂšle tripartite proposĂ© par AdalbĂ©ron est l'un des nombreux modĂšles possibles : bipartite (clercs et laĂŻcs), quadripartite (clercs, moines, guerriers et serfs). Il ne faudrait pas croire non plus Ă  une certaine hiĂ©rarchie des ordres. Les contemporains sont conscients que chacun a besoin de l’autre pour survivre.

« Ces trois ordres sont indispensables l’un Ă  l’autre : l’activitĂ© de l’un d’eux permet aux deux autres de vivre. Â»

— AdalbĂ©ron de Laon, PoĂšme au roi Robert, v. 1027-1030., [116]

Dans l’idĂ©al, les paysans doivent recevoir une protection, insuffisante soit-elle, des guerriers et la rĂ©mission Ă  Dieu aux clercs. Les guerriers doivent leur subsistance et leur profit (impĂŽts) aux paysans et leur rĂ©mission Ă  Dieu aux clercs. Enfin les clercs doivent leur nourriture aux paysans et leur protection aux guerriers. Pour AdalbĂ©ron et GĂ©rard, cette sociĂ©tĂ© idĂ©ale est dĂ©rĂ©glĂ©e lorsqu’ils Ă©crivent vers 1025-1030[117].

Robert le Pieux et l’Église

Un « roi moine Â»

Robert le Pieux Ă  l’office dans la cathĂ©drale d’OrlĂ©ans. Jean Fouquet, Grandes Chroniques de France, XVe siĂšcle, Paris, BibliothĂšque nationale de France.

Soucieux d’assurer leur salut et de rĂ©parer leurs pĂ©chĂ©s (incursions en terre d’Église, meurtres, unions incestueuses), rois, ducs et comtes de l’an mil attirent Ă  eux les moines les plus performants et les dotent richement, comme le relate Helgaud de Fleury pour le roi Robert[118].

L’abbaye de Fleury et l’ascension du mouvement monastique

Article dĂ©taillĂ© : Ordre de Cluny.

Le rĂšgne de Hugues Capet Ă©tait celui de l’épiscopat, celui de Robert en sera autrement. Depuis le concile de Verzy (991-992), les CapĂ©tiens sont au cƓur d’une crise politico-religieuse qui oppose d’un cĂŽtĂ©, un proche du pouvoir, l’évĂȘque Arnoul II d'OrlĂ©ans et de l’autre l’abbĂ© Abbon de Fleury[119].

En ces temps troublĂ©s (Xe-XIe s.), on assiste au renouveau du monachisme qui se caractĂ©rise par la volontĂ© de rĂ©former l’Église, un retour Ă  la tradition bĂ©nĂ©dictine, Ă©phĂ©mĂšrement revivifiĂ©e au temps de Louis le Pieux par BenoĂźt d'Aniane. Leur rĂŽle est de rĂ©parer « les pĂ©chĂ©s du peuple Â». Les moines rencontrent rapidement un grand succĂšs : rois et comtes les attirent prĂšs d’eux et les dotent richement en terres (souvent confisquĂ©es Ă  des ennemis), en objets de toute nature, les grands abbĂ©s sont appelĂ©s Ă  purifier certains lieux : ainsi Guillaume de Volpiano est appelĂ© par Richard II de Normandie Ă  FĂ©camp (1001). Sous l’égide de Cluny, les monastĂšres cherchent de plus en plus Ă  s’émanciper de la tutelle Ă©piscopale, en particulier Fleury-sur-Loire. D’ailleurs des abbĂ©s s’en vont Ă  Rome entre 996 et 998 rĂ©clamer des privilĂšges d’exemption au pape[120]. Dans les rĂ©gions mĂ©ridionales du royaume, Cluny et les autres Ă©tablissements, les mouvements de paix sont diffusĂ©s avec l’aide de certains ecclĂ©siastiques qui espĂšrent un renforcement de leur pouvoir : Odilon, appuyĂ© par sa parentĂ©, travaille en Ă©troite collaboration avec l’évĂȘque du Puy pour initier la trĂȘve de Dieu en Auvergne (v. 1030). NĂ©anmoins, dans les provinces septentrionales, Cluny n’a pas bonne presse. Ici les Ă©vĂȘques sont Ă  la tĂȘte de comtĂ©s puissants et l’intervention des clunisiens pourrait leur nuire. AdalbĂ©ron de Laon et GĂ©rard de Cambrai n’apprĂ©cient pas les moines qu’ils considĂšrent comme des imposteurs. D’ailleurs du cĂŽtĂ© des Ă©vĂȘques, les critiques contre les moines ne manquent pas : ainsi on leur reproche d’avoir une vie opulente, d’avoir des activitĂ©s sexuelles contre nature et de porter des vĂȘtements de luxe (l’exemple de l’abbĂ© Mainard de Saint-Maur-des-FossĂ©s est dĂ©taillĂ©). Du cĂŽtĂ© des rĂ©guliers, les exemples contre les Ă©vĂȘques foisonnent : on affirme que les prĂ©lats sont trĂšs riches (trafic d’objets sacrĂ©s, la simonie) et dominent en vĂ©ritables seigneurs de la guerre. Abbon, le chef de file du mouvement rĂ©formateur monastique, montre l’exemple en tentant d’aller pacifier et purifier le monastĂšre de La RĂ©ole, oĂč il trouvera la mort dans une bagarre en 1004[121].

La force de Fleury et de Cluny est leur centre intellectuel respectif : le premier conserve au XIe siĂšcle plus de 600 manuscrits de tout horizon, l’abbĂ© Abbon lui-mĂȘme Ă©crit de nombreux traitĂ©s, fruit de lointains voyages notamment en Angleterre, sur lesquels il rĂ©flĂ©chit par exemple sur le rĂŽle du prince idĂ©al ; le second par l’intermĂ©diaire de Raoul Glaber est un lieu oĂč on Ă©crit l’Histoire. Les rois Hugues et Robert, sollicitĂ©s par les deux partis (Ă©piscopal et monastique), reçoivent la plainte d’Abbon qui dĂ©nonce les agissements d’un laĂŻc, Arnoul chĂątelain d’YĂšvres, qui aurait Ă©levĂ© sans autorisation royale une tour et surtout aurait soumis par la force les communautĂ©s paysannes qui appartiennent Ă  l’abbaye de Fleury. Arnoul d’OrlĂ©ans, l’oncle d’Arnoul d’YĂšvres, affirme quant Ă  lui que son neveu est, pour le roi, un appui indispensable pour lutter contre Eudes Ier de Blois. Finalement une nĂ©gociation se dĂ©roule sous la prĂ©sidence de Robert et un diplĂŽme datĂ© Ă  Paris de 994 met fin provisoirement Ă  la querelle[122]. Abbon est alors dĂ©noncĂ© de « corrupteur Â» et convoquĂ© Ă  une assemblĂ©e royale. Il Ă©crit pour l’évĂ©nement une lettre s’intitulant Livre apologĂ©tique contre l’évĂȘque Arnoul d’OrlĂ©ans qu’il adresse au roi Robert, rĂ©putĂ© lettrĂ© et piquĂ© de culture religieuse. L’abbĂ© de Fleury saisit l’opportunitĂ© pour rĂ©clamer la protection de Robert, qui y rĂ©pond favorablement. L’épiscopat traditionnel carolingien se sent alors lĂąchĂ© par la royautĂ© et menacĂ© par les moines. Cette situation va se renforcer avec la mort de Hugues Capet Ă  l’automne 996[123]. Robert est dĂ©sormais plutĂŽt tentĂ© par la culture monastique que par un pouvoir Ă©piscopal et pontifical qui reste encore en grande partie le serviteur de l’Empereur germanique. En parallĂšle de ces luttes de factions, on sait Ă©galement que les Ă©vĂȘques et les abbĂ©s se retrouvent aux cĂŽtĂ©s des comtes pour veiller au respect de leurs immunitĂ©s juridiques.

Robert, le prince idéal

Sainte chĂąsse mĂ©rovingienne sur laquelle le roi Robert a dĂ» probablement prier. MusĂ©e de Sens, VIe siĂšcle.

À la mort du roi Robert, les chanoines de Saint-Aignan demandent Ă  un moine de Fleury ayant cĂŽtoyĂ© le roi et ayant accĂšs Ă  la bibliothĂšque de l’abbaye ligĂ©rienne, de composer la biographie du second CapĂ©tien.

« Le trĂšs bon et trĂšs pieux Robert, roi des Francs, fils de Hugues, dont la piĂ©tĂ© et la bontĂ© ont retenti par tout le monde, a de tout son pouvoir enrichi chĂ©ri et honorĂ© ce saint [Aignan] par la permission duquel nous avons voulu Ă©crire la vie de ce trĂšs excellent roi. Â»

— Helgaud de Fleury, Epitoma vitae regis Roberti pii, v. 1033., [124]

Dans sa biographie, Helgaud s’efforce de dĂ©montrer la saintetĂ© de ce roi puisqu’il n’entend pas relater les faits touchant aux fonctions guerriĂšres. Cette Ɠuvre semble s’ĂȘtre inspirĂ©e de la vie de GĂ©raud d'Aurillac, un autre saint laĂŻque racontĂ©e par Odilon de Cluny. La vie de Robert est une sĂ©rie d’exempla, destinĂ©s Ă  montrer que le comportement du roi fut celui d’un prince humble qui possĂ©dait toutes les qualitĂ©s : douceur, charitĂ©, accessible Ă  tous, pardonnant tout. Cette hagiographie est diffĂ©rente de l’idĂ©ologie royale traditionnelle, puisque le roi semble suivre les traces du Christ. Le pĂ©chĂ© permet aux rois de se reconnaĂźtre comme simples mortels et ainsi asseoir des bases solides pour la nouvelle dynastie[125].

L’abbaye de Fleury, depuis le rĂšgne de Hugues Capet, s’est occupĂ©e de lĂ©gitimer profondĂ©ment la monarchie capĂ©tienne en crĂ©ant une nouvelle idĂ©ologie royale. Selon Helgaud, Robert est depuis son sacre, particeps Dei regni (participant Ă  la royautĂ© de Dieu). En effet, le jeune robertien a reçu en 987 l’onction de l’huile Ă  la fois temporelle et spirituelle, « dĂ©sireux de remplir sa puissance et sa volontĂ© du don de la sainte bĂ©nĂ©diction Â». L’ensemble des clercs pour qui on possĂšde les travaux, se soumet Ă  l’égard de la personne royale : pour Helgaud, Robert tient la place de Dieu sur terre (princeps Dei), Fulbert de Chartres le nomme « Saint pĂšre Â» ou « votre SaintetĂ© Â», pour AdĂ©mar de Chabannes c’est le « pĂšre des pauvres Â» et enfin selon AdalbĂ©ron de Laon, il a reçu de Dieu la vraie sagesse lui donnant accĂšs Ă  la connaissance de « l’univers cĂ©leste et immuable Â»[126]. Un autre grand lettrĂ© de son temps, Raoul Glaber, relate l’entrevue d’Ivois (aoĂ»t 1023) entre Henri II et Robert le Pieux. Ils s’efforcĂšrent de dĂ©finir ensemble les principes d’une paix commune Ă  toute la chrĂ©tientĂ©. Selon les thĂ©oriciens du XIe siĂšcle, Robert Ă©tait du niveau de l’empereur puisque par sa mĂšre des ascendances romaines, c’est le Francorum imperator[127].

Secret de leur succĂšs auprĂšs des moines, les premiers CapĂ©tiens (et en premier lieu Robert II) sont rĂ©putĂ©s pour avoir effectuĂ© de nombreuses fondations religieuses. Hugues le Grand et Hugues Capet en leur temps avaient fondĂ© le monastĂšre de Saint-Magloire sur la rive droite Ă  Paris. La reine AdĂ©laĂŻde, mĂšre du roi Robert, rĂ©putĂ©e trĂšs pieuse, ordonne la construction du monastĂšre Saint-Frambourg Ă  Senlis et surtout celui dĂ©diĂ© Ă  sainte Marie Ă  Argenteuil. À ce propos voici le commentaire de Helgaud de Fleury :

« Elle [la reine AdĂ©laĂŻde] construisit aussi dans le Parisis, au lieu appelĂ© Argenteuil, un monastĂšre oĂč elle rĂ©unit un nombre considĂ©rable de serviteurs du Seigneur, vivant selon la rĂšgle de saint BenoĂźt. Â»

— Helgaud de Fleury, Epitoma vitae regis Roberti pii, v. 1033., [128]

Le second CapĂ©tien se porte au premier rang dans la dĂ©fense des saints qui, selon lui, garantissent l’efficacitĂ© de la grĂące divine et « concourent ainsi Ă  la purification de la sociĂ©tĂ© en faisant barrage aux forces du mal Â». Ainsi plusieurs cryptes sont construites ou rĂ©novĂ©es pour l’occasion : Saint-Cassien Ă  Autun, Sainte-Marie Ă  Melun, Saint-Rieul de Senlis Ă  Saint-Germain-l'Auxerrois. Le souverain va plus loin en offrant des morceaux de reliques Ă  certains moines (un fragment du chasuble de saint Denis Ă  Helgaud de Fleury). On sait aussi que v. 1015-1018, Ă  la demande de la reine Constance, Robert commande la rĂ©alisation d’une chĂąsse Ă  l’intention de saint Savinien pour l’autel des reliques de l’église abbatiale de Saint-Pierre-le-Vif prĂšs de Sens. D’aprĂšs la lĂ©gende, saint Savinien aurait protĂ©gĂ© le couple royal lorsque Robert Ă©tait parti Ă  Rome avec Berthe avant de la quitter dĂ©finitivement. La commande est faite Ă  un des meilleurs moine-orfĂšvres du royaume, Odorannus. Au total, l’objet sacrĂ© est composĂ© de 900 grammes d’or et de 5 kg d’argent. Au total, l’inventaire est impressionnant : durant son rĂšgne le roi offre une quantitĂ© de chapes, de vĂȘtements sacerdotaux, de nappes, de vases, de calices, de croix, d’encensoirs... L’un des prĂ©sents qui marque le plus les contemporains est probablement l’ÉvangĂ©liaire dits de GaigniĂšres, rĂ©alisĂ© par Nivardus, artiste lombard, pour le compte de l’abbaye de Fleury (dĂ©but du XIe s.)[129].

L’élu du Seigneur

Pluie de sang ravageant les terres. Apocalypse de Saint Sever, v. 1060, BibliothĂšque nationale, Paris.

La dĂ©finition de la royautĂ© au temps de Robert le Pieux est difficilement apprĂ©ciable de nos jours. Le roi n’a qu’une prĂ©sĂ©ance sur les princes du royaume des Francs. Certains comme Eudes II de Blois (en 1023), bien que le respect soit de mise, lui font bien comprendre qu’ils souhaitent gouverner Ă  leur guise sans son consentement. Un prince respecte le roi mais il ne se sent pas son subordonnĂ©. Pourtant en parallĂšle le souverain tend Ă  s’imposer comme Primer inter pares, le premier des princes. Qui plus est, les textes datĂ©s de la premiĂšre partie du XIe siĂšcle Ă©voquent largement la fidĂ©litĂ© des princes envers le roi[81].

Un jour de 1027, une « pluie de sang Â» tombe sur le duchĂ© d’Aquitaine. Le phĂ©nomĂšne inquiĂšte suffisamment les contemporains pour que Guillaume d’Aquitaine l’explique comme un signe divin. Le duc dĂ©cide alors d’envoyer des messagers Ă  la rencontre du roi Robert pour que ce dernier demande aux meilleurs savants de sa cour une explication et des conseils. Gauzlin, abbĂ© de Fleury et archevĂȘque de Bourges et Fulbert de Chartres prennent en main l’affaire. Gauzlin rĂ©pond que « le sang annonce toujours un malheur qui s’abattra sur l’Église et la population, mais qu’aprĂšs viendra la misĂ©ricorde divine. Â» Quant Ă  Fulbert, mieux documentĂ©, il analyse les anciennes historiae (les ouvrages qui relatent les faits passĂ©s) :

« J’ai trouvĂ© Tite-Live, ValĂšre, Orose et plusieurs autres relatant cet Ă©vĂ©nement ; en la circonstance je me suis contentĂ© de produire le tĂ©moignage de GrĂ©goire, Ă©vĂȘque de Tours, Ă  cause de son autoritĂ© religieuse. Â»

— Fulbert de Chartres, Lettre au roi Robert, 1027., [130]

Fulbert conclut d’aprĂšs GrĂ©goire de Tours (Histoire des Francs, VII), que seuls les impies et les fornicateurs « mourront pour l’éternitĂ© dans leur sang, s’ils ne se sont pas prĂ©alablement amendĂ©s Â». Ami de l’évĂȘque Fulbert, Guillaume d’Aquitaine aurait pu s’adresser directement Ă  celui-ci. Or, conscient que le roi Robert est l’élu du Seigneur, c’est Ă  lui, responsable du royaume tout entier, qu’il faut demander conseil. Il est le mieux placĂ© pour connaĂźtre les mystĂšres du monde et des volontĂ©s de Dieu. Au XIe siĂšcle, mĂȘme les plus puissants des hommes respectent l’ordre Ă©tabli par Dieu, c’est-Ă -dire se recueillir auprĂšs de son seigneur le roi[131].

L’histoire des pouvoirs magiques royaux a Ă©tĂ© traitĂ©e par Marc Bloch dans les Rois thaumaturges (1924). Pendant le haut Moyen Âge, le pouvoir de faire des miracles Ă©tait strictement rĂ©servĂ© Ă  Dieu, aux saints et aux reliques. À l’époque mĂ©rovingienne, on a la mention du pieux Gontran, mentionnĂ© par GrĂ©goire de Tours (VIe siĂšcle) et considĂ©rĂ© comme le premier roi guĂ©risseur franc. Durant le rĂšgne d’Henri Ier, au milieu du XIe siĂšcle, on commence Ă  raconter Ă  Saint-BenoĂźt-sur-Loire que le roi Robert avait le don de guĂ©rir les plaies de certaines maladies en les touchant. Helgaud de Fleury Ă©crit dans sa Epitoma vitae regis Roberti pii :

« (
) cet homme de Dieu n’avait pas horreur d’eux [des lĂ©preux], car il avait lu dans les saintes Écritures que souvent notre Seigneur JĂ©sus avait reçu l’hospitalitĂ© sous la figure d’un lĂ©preux. Il allait Ă  eux, s’en approchait avec empressement, leur donnait l’argent de sa propre main, leur baisait les mains avec sa bouche (
). Au reste, la divine vertu confĂ©ra Ă  ce saint homme une telle grĂące pour la guĂ©rison des corps qu’en touchant aux malades le lieu de leurs plaies avec sa pieuse main, et y imprimant le signe de la croix, il leur enlevait toute douleur de maladie. Â»

— Helgaud de Fleury, Epitoma vitae regis Roberti pii, v. 1033., [132]

En effet, le CapĂ©tien est le premier souverain de sa lignĂ©e Ă  ĂȘtre crĂ©ditĂ© d’un don thaumaturgique. Peut-ĂȘtre est-ce une compensation symbolique Ă  la faiblesse du pouvoir royal ? Probablement que oui, ne pouvant s’imposer par la force (Ă©pisode d’Eudes de Blois en 1023), la monarchie a dĂ» trouver une alternative pour imposer sa primautĂ©. NĂ©anmoins, cette premiĂšre thaumaturgie est reconnue de « gĂ©nĂ©raliste Â» c’est-Ă -dire que le roi n’était pas spĂ©cialisĂ© dans telle ou telle maladie comme ça sera le cas pour ses successeurs avec les Ă©crouelles[133]. On ne sait pas grand chose des actions magiques de Robert si ce n’est qu’il aurait guĂ©ri des lĂ©preux dans le Midi au cours de son voyage de 1018-1020. Le roi des Francs n’est pas le seul Ă  user de ce genre de pratique, son contemporain Edouard le Confesseur en fait de mĂȘme en Angleterre. Selon la tradition populaire, le sang du roi vĂ©hicule une capacitĂ© Ă  faire des miracles, don qui est renforcĂ© par le sacre royal. Enfin, selon Jacques Le Goff, aucun document ne prouve que les rois des Francs aient pratiquĂ© rĂ©guliĂšrement le toucher des Ă©crouelles avant Saint Louis[134].

Robert le Pieux et l’économie

Une période de pleine croissance économique

À partir du IXe siĂšcle l’amĂ©lioration progressive de la productivitĂ© agricole entraine une expansion dĂ©mographique qui est Ă  la base d’une phase de croissance qui s’accĂ©lĂšre Ă  partir de Xe siĂšcle dure jusqu’au XIVe siĂšcle. vers 1310, 33 x 24,4 cm, Bonn, Rheinisches Landesmuseum.

Si au IXe siĂšcle les pillages ont notablement ralenti l’économie, celle-ci est en expansion soutenue Ă  partir du Xe siĂšcle. En effet avec l’instauration d’une dĂ©fense dĂ©centralisĂ©e, la seigneurie banale apporte une rĂ©ponse bien adaptĂ©e au rapides raids sarrasins ou vikings. Il devient plus rentable pour les pillards de s’installer sur un territoire, recevoir un tribut contre la tranquillitĂ© des populations et commercer, plutĂŽt que de guerroyer, et ce dĂšs le Xe siĂšcle[135]. Les Vikings participent ainsi pleinement au processus de fĂ©odalisation et Ă  l’expansion Ă©conomique qui l’accompagne. Ils doivent Ă©couler leur butin, et ils frappent de la monnaie Ă  partir des mĂ©taux prĂ©cieux qui Ă©taient thĂ©saurisĂ©s dans les biens religieux pillĂ©s. Ce numĂ©raire, qui est rĂ©injectĂ© dans l’économie[136], est un catalyseur de premier plan pour la mutation Ă©conomique en cours. La masse monĂ©taire globale augmente d’autant qu’avec l’affaiblissement du pouvoir central de plus en plus d’évĂȘques et de princes battent monnaie. Or la monĂ©tarisation grandissante de l’économie est un puissant catalyseur : les paysans peuvent tirer profit de leurs surplus agricoles et sont motivĂ©s pour accroitre leur capacitĂ© de production par l’emploi de nouvelles techniques et l’augmentation des surfaces cultivables via le dĂ©frichage. L’instauration du droit banal contribue Ă  cette Ă©volution car le producteur doit dĂ©gager suffisamment de bĂ©nĂ©fices pour pouvoir reverser le cens. Les chĂątelains rĂ©injectent d’ailleurs ce numĂ©raire dans l’économie car l’un des principaux critĂšres d’appartenance Ă  la noblesse en pleine structuration est d’avoir une conduite large et dispendieuse envers ses pendants (cette conduite Ă©tant d’ailleurs nĂ©cessaire pour s’assurer la fidĂ©litĂ© de ses milites)[137].

De fait, dans certaines rĂ©gions, les mottes jouent un rĂŽle pionnier dans la conquĂȘte agraire sur le saltus. En ThiĂ©rache, c’est « Ă  l’essartage de terres revenues Ă  la forĂȘt qu’est liĂ© le premier mouvement castral Â». En Cinglais, rĂ©gion situĂ©e au sud de Caen, les chĂąteaux primitifs s’étaient installĂ©s aux confins des ensembles forestiers[138]. Dans tous les cas, l’implantation castrale en pĂ©riphĂ©rie du village est trĂšs courante[139]. Ce phĂ©nomĂšne s’insĂšre dans un peuplement linĂ©aire trĂšs ancrĂ© et ancien qui se juxtapose Ă  un dĂ©frichement prĂ©coce sĂ»rement carolingien bien antĂ©rieur au phĂ©nomĂšne castral. NĂ©anmoins, les chartes du nord de la France ont confirmĂ© une activitĂ© d’essartage intensive encore prĂ©sente jusqu’au milieu du XIIe siĂšcle et mĂȘme au-delĂ .

D’autre part, la seigneurie comme le clergĂ© ont bien perçu l’intĂ©rĂȘt de stimuler et de profiter de cette expansion Ă©conomique : ils favorisent les dĂ©frichages et la construction de nouveaux villages, et ils investissent dans des Ă©quipements augmentant les capacitĂ© de production (moulins, pressoirs, fours, charrues...), de transports (ponts, routes...). D’autant que ces infrastructures permettent d’augmenter les revenus banaux, de prĂ©lever pĂ©ages et tonlieu[140]... De fait, l’augmentation des Ă©changes entraĂźne la multiplication des routes et des marchĂ©s (le rĂ©seau qui se met en place est immensĂ©ment plus dense et ramifiĂ© que ce qui pouvait exister dans l’AntiquitĂ©)[141]. Ces ponts, villages et marchĂ©s se construisent donc sous la protection d’un seigneur qui est matĂ©rialisĂ©e par une motte castrale. Le pouvoir chĂątelain filtre les Ă©changes de toute sorte qui s’amplifient Ă  partir du XIe siĂšcle. On voit de nombreux castra implantĂ©s sur les axes routiers importants, sources d’un apport financier considĂ©rable pour le seigneur du lieu. Pour la Picardie, Robert Fossier a remarquĂ© que prĂšs de 35 % des sites localisables en terroirs villageois sont situĂ©s sur des voies romaines ou Ă  proximitĂ©, et que 55 % des nƓuds routiers et fluviaux possĂ©daient des points fortifiĂ©s[142].

Politique monétaire

Le denier d’argent est, nous l’avons vu, l’un des principaux moteurs de la croissance Ă©conomique depuis le IXe siĂšcle. La faiblesse du pouvoir royal a entrainĂ© la frappe de monnaie par de nombreux Ă©vĂȘques, seigneurs et abbayes. Alors que Charles le Chauve comptait 26 ateliers de frappe monĂ©taire, Hugues Capet et Robert le Pieux n’ont plus que celui de Laon[143]. Le rĂšgne d’Hugues Capet marque l’apogĂ©e de la fĂ©odalisation de la monnaie. Il en rĂ©sulte une diminution de l’uniformitĂ© du denier et l’apparition de la pratique de la refrappe de la monnaie aux marchĂ©s (on se fie au poids de la piĂšce pour en dĂ©terminer la valeur). Par contre on est dans une pĂ©riode oĂč l’augmentation des Ă©changes est soutenue par l’augmentation du volume de mĂ©tal disponible. En effet l’expansion vers l’est de l’empire permet aux Ottoniens de pouvoir exploiter de nouveaux gisement d’argent. La marge de manƓuvre de Robert le Pieux est faible. Or, la pratique du rognage ou des mutations, entraine des dĂ©valuations tout Ă  fait prĂ©judiciables. Cependant en soutenant la paix de Dieu, Robert soutient la lutte contre ces abus. Les clunisiens qui comme d’autres abbayes battent leur monnaie ont tout intĂ©rĂȘt Ă  limiter ces pratiques.

C’est pourquoi, au XIe siĂšcle dans le Midi, les utilisateurs doivent s’engager Ă  ne pas rogner ou falsifier les monnaies et les Ă©metteurs s’engagent Ă  ne pas prendre prĂ©texte d’une guerre pour pratiquer une mutation monĂ©taire[144].

Robert le Pieux et l’État

L’administration royale

On sait que depuis 992 environ, Robert a la rĂ©alitĂ© du pouvoir face Ă  un Hugues Capet vieillissant. Les historiens montrent ainsi que les premiers CapĂ©tiens commencent Ă  renoncer au pouvoir autour de 50 ans, par tradition mais aussi parce que l’espĂ©rance de vie d’un souverain est d’environ 55-60 ans. Robert fera la mĂȘme chose en 1027, Henri Ier en 1059 et Philippe Ier en 1100[27]. À l’image de son pĂšre et dans la tradition carolingienne de Hincmar de Reims, Robert prend conseil auprĂšs des ecclĂ©siastiques, chose qui ne se faisait plus, au grand regret des clercs, depuis les derniers Carolingiens. Cette politique est reprise et thĂ©orisĂ©e par l’abbĂ© Abbon de Fleury. Du temps qu’il Ă©tait encore associĂ© Ă  Hugues, le roi pouvait Ă©crire de la plume de Gerbert :

« Ne voulant en rien abuser de la puissance royale, nous dĂ©cidons toutes les affaires de la res publica en recourant aux conseils et sentences de nos fidĂšles. Â»

— Gerbert d’Aurillac, Lettre Ă  l’archevĂȘque de Sens, v. 987., [145]

Le terme qui revient le plus souvent dans les chartes royales est celui de « bien commun Â» (res publica), notion reprise de l’AntiquitĂ© romaine. Le roi est ainsi le garant, du haut de sa magistrature suprĂȘme, du bien-ĂȘtre de tous ses sujets[146].

L’administration royale nous est connue par les archives et en particulier par le contenu des actes (diplĂŽmes royaux). Comme pour son pĂšre, on enregistre Ă  la fois une continuitĂ© avec l’époque prĂ©cĂ©dente et une rupture. L’historiographie a vĂ©ritablement changĂ© son point de vue sur l’administration au temps de Robert depuis une quinzaine d’annĂ©es. Depuis la thĂšse de Jean-François Lemarignier, on pensait que l’espace dans lequel les diplĂŽmes Ă©taient expĂ©diĂ©s avaient eu tendance Ă  se rĂ©trĂ©cir au cours du XIe siĂšcle : « le dĂ©clin s’observe entre 1025-1028 et 1031 aux divers points de vue des catĂ©gories de diplĂŽmes Â». Mais cet historien affirmait que, Ă  partir d’Hugues Capet et encore plus sous Robert le Pieux, les chartes comportaient de plus en plus de souscriptions (signatures) Ă©trangĂšres Ă  la chancellerie royale traditionnelle : ainsi les chĂątelains et mĂȘme de simples chevaliers se mĂȘlaient aux comtes et aux Ă©vĂȘques jusqu’alors prĂ©pondĂ©rants et devenaient plus nombreux qu’eux Ă  la fin du rĂšgne. Le roi n’aurait plus suffi Ă  garantir ses propres actes[147].

Plus rĂ©cemment, Olivier Guyotjeannin a mis en Ă©vidence un tout autre regard sur l’administration du roi Robert. L’introduction et la multiplication des souscriptions et des listes de tĂ©moins au bas des actes signent, selon lui, plutĂŽt une nouvelle donne dans les systĂšmes de preuves. Les actes royaux par des destinataires et par une chancellerie rĂ©duite Ă  quelques personnes se composent pour la moitiĂ© d’entre eux encore, d’une diplomatique de type carolingien (monogramme, formulaires carolingiens) jusque vers 1010. Les prĂ©ambules se modifient lĂ©gĂšrement sous le chancelier Baudouin Ă  partir de 1018 mais il y a toujours « l’augustinisme politique et l’idĂ©e du roi protecteur de l’Église Â». Surtout, souligne l’historien, les actes royaux Ă©tablis par la chancellerie de Robert ne s’ouvrent que trĂšs tardivement et trĂšs partiellement Ă  des signatures Ă©trangĂšres Ă  celles du roi et du chancelier. En revanche, dans la seconde partie du rĂšgne, on note quelques actes Ă  souscriptions multiples : par exemple dans l’acte dĂ©livrĂ© pour Flavigny (1018), on note le signum de six Ă©vĂȘques, de Henri, de Eudes II, du comte de Vermandois et de quelques ajouts ultĂ©rieurs. Il semble nĂ©anmoins que les chevaliers et les petits comtes prĂ©sents dans les chartes ne soient pas les chĂątelains rĂ©voltĂ©s de l’historiographie traditionnelle mais plutĂŽt les membres d’un rĂ©seau local tissĂ© autour des abbayes et des Ă©vĂȘchĂ©s tenus par le roi[148]. En clair, les transformations des actes royaux Ă  partir de la fin du rĂšgne de Robert ne traduisent pas un dĂ©clin de la royautĂ©.

La justice du roi Robert

Crypte de Saint-BenoĂźt-sur-Loire, premier tiers du XIe siĂšcle.

Depuis la fin du Xe siĂšcle, la formulation de l’idĂ©ologie royale est l’Ɠuvre du monde monastique, et en particulier dans le trĂšs dynamique monastĂšre de Fleury Ă  Saint-BenoĂźt-sur-Loire. Dans la thĂ©orie d’Abbon de Fleury (v. 993-994), le souci du souverain de l’an mil est de faire rĂ©gner l’équitĂ© et la justice, garantir la paix et la concorde du royaume. Son dessein est de sauvegarder la mĂ©moire capĂ©tienne pour des siĂšcles[149]. De leur cĂŽtĂ©, les princes territoriaux du XIe siĂšcle savent ce qui fonde et lĂ©gitime leur pouvoir jusque dans leurs aspects royaux. La prĂ©sence d’une autoritĂ© royale en Francie reste indispensable pour les contemporains. Cependant, Abbon souligne Ă©galement dans ses Ă©crits la nĂ©cessitĂ© pour le souverain franc d’exercer son office en vue du bien commun, en dĂ©cidant des affaires avec le consentement des conseillers (les Ă©vĂȘques et les princes). Or, Robert le Pieux n’a pas toujours suivi, Ă  son grand tort, cette thĂ©orie, en particulier dans l’affaire de la succession des comtĂ©s de Meaux et de Troyes (1021-1024)[150].

Depuis le dĂ©but du rĂšgne de Robert le Pieux, les comtĂ©s de Meaux et Troyes Ă©taient aux mains d’un puissant personnage, Étienne de Vermandois, un cousin germain du roi. En 1019, Étienne en appelle Ă  la gĂ©nĂ©rositĂ© du roi, c’est-Ă -dire qu’il lui confirme la restitution d’un bien Ă  l’abbaye de Lagny. Le roi accepte mais le comte dĂ©cĂšde quelques annĂ©es plus tard Ă  une date inconnue entre 1021 et 1023. Fait rare Ă  l’époque, Étienne n’a pas de successeur ni d’hĂ©ritier clairement nommĂ©. Le roi se charge de gĂ©rer la succession qu’il cĂšde sans difficultĂ© Ă  Eudes II de Blois, seigneur dĂ©jĂ  implantĂ© dans la rĂ©gion (Épernay, Reims, Vaucouleurs, Commercy) et surtout cousin germain d’Étienne[151]. Quelques mois plus tard une crise Ă©clate. L’archevĂȘque de Reims Ebles de Roucy fait part au roi des mauvaises actions du comte Eudes qui accapare tous les pouvoirs Ă  Reims au dĂ©triment du prĂ©lat. Robert, en tant que dĂ©fenseur de l’Église, dĂ©cide, sans le consentement de quiconque, de retirer la charge comtale Ă  Eudes de Blois. Ce dernier, furieux, s’impose Ă  Reims par la force. En outre, le roi des Francs n’est pas soutenu, sa justice est mise Ă  mal. Ses fidĂšles Fulbert de Chartres et Richard II soutiennent Eudes de Blois en avançant que le roi ne doit pas se comporter en « tyran Â». ConvoquĂ© par Robert en 1023, le comte de Blois informe courtoisement son roi qu’il ne se dĂ©placera pas et ce dernier n’a ni les moyens de l’obliger ni les moyens de saisir son patrimoine comtal, car ces terres n’ont pas Ă©tĂ© donnĂ©es personnellement par Robert Ă  Eudes, ce dernier les ayant acquises de ses ancĂȘtres par la volontĂ© du Seigneur[152].

Sorti affaibli de cette affaire, le roi ne rĂ©itĂšre pas la mĂȘme erreur. En 1024, aprĂšs une rĂ©union des grands Ă  CompiĂšgne qui lui suggĂšrent l’apaisement avec Eudes de Blois, Robert doit confirmer les possessions de Eudes. Quelques annĂ©es plus tard, en mai 1027, Dudon, abbĂ© de Montierender, se plaint publiquement de l’usurpation violente exercĂ©e par Étienne le chĂątelain de Joinville. Ce dernier s’est emparĂ© de sept Ă©glises au dĂ©triment du monastĂšre dont il est pourtant l’avouĂ©. Le roi se charge une nouvelle fois de l’affaire, et profitant du couronnement de son second fils Henri Ă  la PentecĂŽte 1027 Ă  Reims, il convoque le chĂątelain Étienne. Ce dernier ne se dĂ©place pas pour l’évĂ©nement. L’assemblĂ©e prĂ©sente, composĂ©e entre autres par Ebles de Reims, Odilon de Cluny, Dudon de Montierender, Guillaume V d’Aquitaine, Eudes II de Blois, dĂ©cide collĂ©gialement de lancer l’anathĂšme sur le chĂątelain de Joinville. En bref, le roi Robert n’est pas le roi faible que l’historiographie a toujours prĂ©sentĂ©. Certes, ses dĂ©cisions en matiĂšre de justice doivent tenir compte du conseil des ecclĂ©siastiques et des princes territoriaux, mais le souverain reste le Primer inter pares, c’est-Ă -dire le premier parmi ses pairs[153].

Le roi des Francs est-il reconnu ?

Nous avons conservĂ© deux visions tout Ă  fait opposĂ©es du roi Robert : d’un cĂŽtĂ© Raoul Glaber qui fait, entre autres, le rĂ©cit de la campagne de Bourgogne soulignant l’attitude Ă©nergique et dĂ©terminĂ©e du roi; et de l’autre Helgaud de Fleury, qui n’hĂ©site pas Ă  en faire un roi saint « qui pardonne Ă  ses ennemis Â» :

« Le reste, ce qui a trait Ă  ses combats dans le siĂšcle, aux dĂ©faites de ses ennemis, aux honneurs qu’il a acquis par son courage et son habiletĂ©, je la laisse Ă©crire aux historiens, s’il s’en trouve. Â»

— Helgaud de Fleury, Epitoma vitae regis Roberti pii, v. 1033., [154]


Robert est le premier et le seul des premiers CapĂ©tiens Ă  s’aventurer loin au sud de la Loire. Selon Helgaud de Fleury il s’agit uniquement d’une visite des reliques les plus vĂ©nĂ©rĂ©es du Midi. Le roi est reconnu par plusieurs de ses vassaux. En 1000, un comte des Bretons, BĂ©ranger, vient prĂȘter allĂ©geance au roi. En 1010, le roi Robert, qui est invitĂ© par son ami Guillaume V d'Aquitaine Ă  Saint Jean d'AngĂ©ly, offre Ă  l’église un plat d’or fin et des Ă©toffes tissĂ©es de soie et d’or. Les rĂ©sidences royales sont embellies et agrandies, surtout celles oĂč le roi passe le plus de temps (OrlĂ©ans, Paris et CompiĂšgne). De nombreuses personnalitĂ©s sont reçues par le roi Robert, telles que Odilon de Cluny ou Guillaume de Volpiano[155]. Le souverain est ainsi le dernier roi jusqu’à Louis VII Ă  entretenir des contacts avec la plus grande partie du royaume. Raoul Glaber affirme dans sa chronique qu’exceptĂ© le roi Henri II du Saint-Empire, Robert n’a pas d’autre concurrent en Occident. Sur son sceau, le roi des Francs porte le globe, ce qui prouve sa vocation Ă  rassembler la chrĂ©tientĂ©. On dit que les rois Ethelred II d'Angleterre, Rodolphe III de Bourgogne et Sanche III de Navarre l’honorent de cadeaux et n’ont pas son envergure royale. On raconte que dans certaines rĂ©gions oĂč le roi n’est jamais allĂ© (Languedoc) les actes sont datĂ©s de son rĂšgne. Il mĂšne Ă  la fois des actions offensives qui ne sont pas toujours victorieuses (en Lorraine) et des actions matrimoniales auprĂšs des princes territoriaux : AdĂšle de France, veuve de Richard III de Normandie, Ă©pouse en secondes noces Baudouin V de Flandre (1028). Le roi avait prĂ©cĂ©demment lancĂ© de vaines attaques sur la principautĂ© du Nord. À la fin de son rĂšgne, les deux plus puissantes principautĂ©s territoriales, la Normandie et la Flandre, sont alliĂ©es du roi[156].

SiĂšge de Melun par Robert le Pieux, roi de France. Grandes Chroniques de France de Charles V, Paris, XIVe siĂšcle.

A contrario, la royautĂ© capĂ©tienne n’impose pas son autoritĂ© partout, comme l’illustre la prise de Melun par Eudes Ier en 991, que Robert et son pĂšre avaient dĂ» reprendre par la force. À travers les trĂšs rares tĂ©moignages qu’on garde du voyage dans le Midi, on sait que le roi n’a pas eu des rapports trĂšs amicaux avec les princes mĂ©ridionaux. MĂȘme si Guillaume V d'Aquitaine et Robert sont amis, le duc parle Ă  son propos de la « nullitĂ© du roi Â» (vilitas regis) dans une lettre. La couronne d’Italie a Ă©chappĂ© au duc d’Aquitaine et Robert s’en rĂ©jouit[157]. Vers 1018-1020, l’Auvergne est soumise au dĂ©sordre et le passage du roi ne rĂ©tablit pas la situation autour du Puy et d’Aurillac. À proximitĂ© de son domaine, la maison de Blois pose Ă  la royautĂ© la plus grosse menace. Le roi laisse Ă  Eudes II de Blois, fils de son Ă©pouse Berthe de Bourgogne, suite Ă  l’affaire du comtĂ© de Champagne, le soin d’obtenir la succession du comtĂ© de Troyes (1024). Mais ce choix permet au comte de brouiller les relations entre Robert et les Ă©vĂȘchĂ©s du Nord-Est. Le roi ne se montre pas pour autant vaincu en s’appuyant sur les arriĂšres du BlĂ©sois dans le Maine et Ă  Saint-Martin de Tours[158]. Lors d’un voyage en Gascogne, Abbon de Fleury s’exprime :

« Me voici plus puissant en ce pays que le roi, car ici personne ne connaĂźt sa domination. Â»

— Abbon de Fleury, v. 1000., [159]

Et Ă  Fulbert de Chartres de rajouter :

« Le roi notre seigneur qui a la haute responsabilitĂ© de la justice est tellement empĂȘchĂ© par la perfidie des mĂ©chants que pour le moment il ne peut ni se venger, ni nous secourir comme il convient. Â»

— Fulbert de Chartres, Lettre Ă  l’archevĂȘque de Sens, v. 1025-1030., [160]

La reconstitution rĂ©elle de son action dans le royaume est trĂšs difficile Ă  cerner tant les sources sont flatteuses Ă  son Ă©gard (conception hagiographique de Helgaud). Doit-on au contraire considĂ©rer que son rĂšgne a Ă©tĂ© dans la continuitĂ© d’un dĂ©clin commencĂ© sous les derniers Carolingiens ? En rĂ©alitĂ©, les chartes du premier tiers du XIe siĂšcle montrent plutĂŽt une lente adaptation des structures dans le temps. Dans tous les cas, Robert le Pieux, CapĂ©tien continuateur des valeurs carolingiennes, reste un grand personnage du XIe siĂšcle[161].

Notes et références

  1. ↑ . On sait, grĂące Ă  son biographe Helgaud de Fleury, qu’il est nĂ© Ă  OrlĂ©ans mais de date inconnue. Sachant qu’il avait une quinzaine d’annĂ©es lors son association au trĂŽne (en 987), on Ă©tablit sa naissance vers 972. H. De Fleury, Epitoma vitae regis Roberti pii, Ă©d. et trad. de François Guizot, BriĂšre, Paris, 1824, p.382.
  2. ↑ Sylvain Gouguenheim, Les Fausses Terreurs de l’an mil, Picard, Paris, 1999.
  3. ↑ Une Ă©dition illustrĂ©e de la Vie du roi Robert le Pieux par Helgaud de Fleury, traduite du latin par François Guizot, est disponible en ligne sur le Corpus Ă©tampois.
  4. ↑ L. Theis, Robert le Pieux. Le roi de l’an mil, Perrin, Paris, 1999, p. 11.
  5. ↑ Cf. Robert II de France ascendance sur trois degrĂ©s
  6. ↑ Y. Sassier, RoyautĂ© et idĂ©ologie au Moyen Âge, Colin, Paris, 2000, p. 183.
  7. ↑ L. Theis (1999), p. 184.
  8. ↑ L. Theis, L’HĂ©ritage des Charles. De la mort de Charlemagne aux environs de l’an mil, Seuil, Paris, 1990, p. 186.
  9. ↑ L. Theis (1999), p. 25.
  10. ↑ À cette Ă©poque, mĂȘme les riches seigneurs Ă©taient illettrĂ©s. La culture est surtout rĂ©servĂ©e Ă  l’Église et ne sert qu’à la comprĂ©hension du monde du point de vue religieux. L. Theis (1999), p. 28-29.
  11. ↑ F. Menant (et alii), Les CapĂ©tiens. Histoire et dictionnaire, 987-1328, Robert Laffont, Paris, 1999, p. 34.
  12. ↑ H. de Fleury (1824), p. 381-382.
  13. ↑ H. de Fleury (1824), p. 366.
  14. ↑ L. Theis (1999), p. 52-53.
  15. ↑ M. Parisse (1990), p. 32-33. Pour certains historiens, Robert aurait Ă©tĂ© sacrĂ© le 30 dĂ©cembre 987, jour non-religieux, puisque AdalbĂ©ron aurait rĂ©flĂ©chi longuement avant de cĂ©der. R.-H. Bautier, « L’avĂšnement d’Hugues Capet et de Robert le Pieux Â», Le Roi de France et son royaume autour de l’an mil, Picard, Paris, 1992, p. 35.
  16. ↑ L. Theis (1999), p. 53-55. P. RichĂ©, Les Carolingiens, une famille qui fit l’Europe, Hachette, Paris, 1997, p. 303.
  17. ↑ R.-H. Bautier (1992), p. 31 et 35.
  18. ↑ L. Theis (1999), p. 57.
  19. ↑ Y. Sassier (2000), p. 200 et 205.
  20. ↑ F. Menant (1999), p. 28.
  21. ↑ Dans sa chronique, Richer parle de reges (rois au pluriel). R.-H. Bautier (1992), p. 35. F. Menant (1999), p. 32.
  22. ↑ F. Menant (1999), p. 32.
  23. ↑ L. Theis (1999), p. 67-74. F. Menant (1999), p. 33.
  24. ↑ L. Theis (1999), p. 65.
  25. ↑ L. Theis (1999), p. 74.
  26. ↑ L. Theis (1999), p. 76.
  27. ↑ a et b R.-H. Bautier (1992), p. 35.
  28. ↑ L. Theis (1999), p. 78.
  29. ↑ L. Theis (1999), p. 80-83.
  30. ↑ Depuis 830, la doctrine canonique interdit toutes les unions jusqu’au 7e degrĂ© de parentĂ©, craignant les relations consanguines. Or, la grand-mĂšre paternelle de Robert et la grand-mĂšre maternelle de Berthe Ă©taient sƓurs. F. Menant (1999), p. 35.
  31. ↑ L. Theis (1999), p. 85-86.
  32. ↑ L. Theis (1999), p. 81.
  33. ↑ F. Menant (1999), p. 35-36.
  34. ↑ L. Theis (1999), p. 102-105.
  35. ↑ L. Theis (1999), p. 131.
  36. ↑ F. Menant (1999), p. 36.
  37. ↑ D. BarthĂ©lemy, L’ordre seigneurial (XIe-XIIe siĂšcle), Seuil, Paris, 1990, p. 17. L. Theis (1999), p. 134.
  38. ↑ L. Theis (1999), p. 141.
  39. ↑ Hugues de Beauvais Ă©tait un partisan de Berthe de Bourgogne ce qui explique l’hostilitĂ© de Constance envers lui. L. Theis (1999), p. 142.
  40. ↑ À partir de 1010, Berthe disparaĂźt de la documentation et elle dĂ©cĂšde en janvier de la mĂȘme annĂ©e. Odorannus de Sens, Opera omnia, Ă©d. et trad. R.-H. Bautier, CNRS, Paris, 1972.
  41. ↑ Selon Raoul Glaber (Rodulfi Glabri, Historiarum III.32, p. 151), Il fut sacrĂ© roi associĂ© le 9 juin 1017 en l'Ă©glise abbatiale de Saint-Corneille de CompiĂšgne, quand il fut ĂągĂ© de dix ans
  42. ↑ Hugues de France, fils de Robert II, sur le site de la Fondation pour la gĂ©nĂ©alogie mĂ©diĂ©vale
  43. ↑ F. Menant (1999), p. 37.
  44. ↑ Cf. : Pierre LĂ©vĂȘque, (Collectif, sous la direction de Pierre LĂ©vĂȘque), La CĂŽte-d'Or de la PrĂ©histoire Ă  nos jours, Bordessoules, 1996, ISBN 978-2-903504-43-4, p. 138 : « Au tĂ©moignage du chroniqueur Guillaume de JumiĂšge, Henri lĂ©gua son duchĂ© au roi Robert II qu’avec un orgueil sourcilleux les Bourguignons refusĂšrent de reconnaĂźtre comme duc Â».
  45. ↑ Cf. La CĂŽte-d'Or de la PrĂ©histoire Ă  nos jours, p. 139, « On a de trĂšs sĂ©rieux indices qu’il fut candidat en 1016 Ă  la couronne de Lombardie ; il avait dĂ©jĂ  distribuĂ© Ă  ses enfants son comtĂ© de MĂącon et ceux d’Outre-SaĂŽne. En 1024, il donna en prĂ©sence du roi Ă  l’abbaye piĂ©montaise de Fruttuaria, fondĂ©e par Guillaume de Volpiano, le vieux monastĂšre beaunois de Saint-Martin de l’Aigue et il mourut le 24 septembre 1026. Â»
  46. ↑ Yves Sassier, Jean-François Lemarignier, Recherches sur le pouvoir comtal en Auxerrois du Xe au dĂ©but du XIIIe siĂšcle, 1980, p. 2
  47. ↑ Ovide Chrysanthe Desmichels, Histoire gĂ©nĂ©rale du Moyen Âge, 1831, p. 628
  48. ↑ L. Theis (1999), p. 119-122.
  49. ↑ Cf. Les ducs de Bourgogne et la formation du duchĂ© du XIe au XIVe siĂšcles, p. 5. « â€Š accord que sanctionnait sans doute le mariage d’un des fils d’Otte avec une fille du duc de Normandie, 
 Â».
  50. ↑ Cf. Les ducs de Bourgogne et la formation du duchĂ© du XIe au XIVe siĂšcles, p. 5. J. Richard cite Chevrier-Chaume, n° 233.
  51. ↑ L. Theis (1999), p. 152-154.
  52. ↑ La prĂ©sence de Humbert de Mailly et Gui le Riche, deux lieutenants de valeur d'Hugues III de Beaumont, comte de Dijon, Ă  qui le comte avait remis la garde du castrum de Dijon y fut peut-ĂȘtre aussi pour quelque chose : in Pierre LĂ©vĂȘque, (Collectif, sous la direction de Pierre LĂ©vĂȘque), La CĂŽte-d'Or de la PrĂ©histoire Ă  nos jours, Bordessoules, 1996.
  53. ↑ Cf. La CĂŽte-d'Or de la PrĂ©histoire Ă  nos jours, p. 139.
  54. ↑ L. Theis (1999), p. 124-126. F. Menant (1999), p. 40.
  55. ↑ L. Theis (1999), p. 155-158.
  56. ↑ D. BarthĂ©lemy, « An mil : le grand rĂ©veil de l’hĂ©rĂ©sie Â», Les collections de l’Histoire, 26, janvier 2005.
  57. ↑ a et b D. BarthĂ©lemy (2005).
  58. ↑ L. Theis (1999), p. 211-212. D. BarthĂ©lemy (2005).
  59. ↑ G. Duby, L’An Mil, Juliard, Paris, 1967.
  60. ↑ G. Duby (1967).
  61. ↑ L. Theis (1999), p. 213-214. R.-H. Bautier, « L’hĂ©rĂ©sie d’OrlĂ©ans et le mouvement intellectuel au dĂ©but du XIe siĂšcle Â», Bulletin philologique et historique du CTHS, Paris, 1975, p. 63-88.
  62. ↑ Lors de l’association de Robert en 987, ce dernier Ă©tait le seul hĂ©ritier mĂąle du roi Hugues, le problĂšme ne se posait pas. R.-H. Bautier (1992), p. 36.
  63. ↑ L. Theis (1999), p. 231-237.
  64. ↑ (en) Foundation of Medieval Genealogy
  65. ↑ Corpus Latinum Stampense
  66. ↑ Thomas G. Waldman, « Saint-Denis et les premiers CapĂ©tiens Â», Religion et culture autour de l’an mil, Picard, Paris, 1990, p. 193-194. L. Theis (1999), p. 242.
  67. ↑ D. BarthĂ©lemy (1990), p. 53.
  68. ↑ a et b Atrium
  69. ↑ J. Berlioz, « Les terreurs de l’an mil ont-elles vraiment existĂ©? Â», L’Histoire, 138, 1990, p. 16.
  70. ↑ J. Berlioz (1990), p. 18.
  71. ↑ L. Theis (1999), p. 198.
  72. ↑ J. Berlioz (1990), p. 16.
  73. ↑ L. Theis (1999), p. 201. J. Berlioz (1990), p. 16.
  74. ↑ MaĂźtre de confĂ©rences en histoire mĂ©diĂ©vale Ă  l'universitĂ© de Paris I.
  75. ↑ Pour G. Duby, il ne faut pas s’attarder sur le jour symbolique du 1er janvier 1000 mais sur une pĂ©riode plus large entre 950 et 1050 qui serait due aux soubresauts de la « mutation fĂ©odale Â». S. Gougenheim, « MillĂ©narisme Â», Dictionnaire du Moyen Âge, PUF, Paris, 2002, p. 922-923.
  76. ↑ Christian Lauranson-Rosaz, "Le dĂ©bat sur la "mutation fĂ©odale" : État de la question".
  77. ↑ D’un cĂŽtĂ©, on distingue les « mutationnistes Â» (G. Duby, P. Bonnassie, J.-P. Poly, E. Bournazel
) qui plaident pour une mutation de l’an mil, de sorte que le XIe siĂšcle aurait provoquĂ© une rĂ©elle rupture dans la sociĂ©tĂ© du temps, tuant ainsi la vieille sociĂ©tĂ© carolingienne. D’un autre cĂŽtĂ©, on distingue un courant plus rĂ©cent, celui des « traditionalistes Â» (D. BarthĂ©lemy, K.-F. Werner, E. Magnou-Nortier, O. Bruand
) qui avancent que la fĂ©odalitĂ© s’est progressivement consolidĂ©e du IXe siĂšcle au XIIe siĂšcle sans rupture. Pour eux, l’image fausse est causĂ©e par une mauvaise interprĂ©tation des sources Christian Lauranson-Rosaz.
  78. ↑ La comprĂ©hension et l’évolution du servage de l’époque carolingienne Ă  l’an mil est encore un sujet en cours de discussion et trĂšs difficile Ă  traiter. D. BarthĂ©lemy (1990), p. 27. D. BarthĂ©lemy, La mutation de l’an mil a-t-elle eu lieu ?, Fayard, Paris, 1997, p. 93-171.
  79. ↑ D. BarthĂ©lemy (1990), p. 28.
  80. ↑ D. BarthĂ©lemy (1990), p. 32.
  81. ↑ a et b D. BarthĂ©lemy (1990), p. 33.
  82. ↑ D. BarthĂ©lemy (1997), p. 134.
  83. ↑ M. Bourin et M. Parisse, L’Europe de l’an Mil, Livre de poche, Paris, 1999, p. 84-85.
  84. ↑ D. BarthĂ©lemy, « Dominations chĂątelaines en l’an mil Â», La France de l’an Mil, Seuil, Paris, 1990 (b), p. 105-106. M. Bourin (1999), p. 70.
  85. ↑ D. BarthĂ©lemy (1990), p. 37.
  86. ↑ D. BarthĂ©lemy (1990), p. 25-35. M. Bourin (1999), p. 72-73.
  87. ↑ G. Duby, La SociĂ©tĂ© aux XIe et XIIe siĂšcles dans la rĂ©gion mĂąconnaise, EHESS, Paris, 1953. D. BarthĂ©lemy (1990), p. 39.
  88. ↑ D. BarthĂ©lemy (1990), p. 39-44.
  89. ↑ Dominique BarthĂ©lemy a montrĂ© dans sa thĂšse d’État que la liste des coutumes citĂ©es de VendĂŽme ne sont pas rĂ©putĂ©es mauvaises par la communautĂ© et rien ne prouvent qu’elles soient rĂ©centes : la commandise (de nature privĂ©e) et la vicaria (de nature publique) en place depuis au moins le VIIIe siĂšcle. D. BarthĂ©lemy (1990), p. 103. M. Bourin (1999), p. 72.
  90. ↑ D. BarthĂ©lemy prend par exemple la charte de Louis le Pieux (v. 818-819) qui veut que tous les fils de serfs devenant clercs soient affranchis. Il y a ainsi un compromis plutĂŽt qu’une situation inextricable d’un esclave appartenant Ă  son maĂźtre (le mancipium de P. Bonnassie). D. BarthĂ©lemy (1997), p. 130-135. C. Gauvard, (1996).
  91. ↑ M. Bourin (1999), p. 69-70.
  92. ↑ D. BarthĂ©lemy (1990), p. 104-105.
  93. ↑ C. Lauranson-Rosaz, « Paix de Dieu Â», Dictionnaire du Moyen Âge, PUF, Paris, 2002, p. 1035.
  94. ↑ D. BarthĂ©lemy (1997), p. 297 et 321.
  95. ↑ Cette proposition des premiĂšres « assemblĂ©es des montagnes Â» est discutable. D. BarthĂ©lemy, L’an mil et la paix de Dieu. La France chrĂ©tienne et fĂ©odale (980-1060), Fayard, Paris, 1999, p. 20. C. Lauranson-Rosaz (2002), p. 1035. C. Lauranzon-Rosaz, La Paix des Montagnes : origines auvergnates de la Paix de Dieu
  96. ↑ Quant Ă  son pĂšre Guillaume IV il ne supportait pas le mouvement. L. Theis (1999), p. 203. D. BarthĂ©lemy (1990), p. 37.
  97. ↑ H.-W. Goetz, « La paix de Dieu en France autour de l’an Mil : fondements et objectifs, diffusions et participants Â», Le roi de France et son royaume autour de l’an Mil, Picard, Paris, 1992, p. 132-133. D. BarthĂ©lemy (2002).
  98. ↑ H.-W. Goetz (1992), p. 133-136.
  99. ↑ F. Menant (1999), p. 73.
  100. ↑ L. Theis (1999), p. 204.
  101. ↑ D. BarthĂ©lemy (1990), p. 57-58.
  102. ↑ D. BarthĂ©lemy (1990), p. 60-61.
  103. ↑ D. BarthĂ©lemy (1999), p. 20.
  104. ↑ D. BarthĂ©lemy (1999), p. 21 et 569-570. D. BarthĂ©lemy (2002).
  105. ↑ C. Lauranson-Rosaz (2002), p. 1036. D. BarthĂ©lemy (2002).
  106. ↑ PoĂšme au roi Robert d’AdalbĂ©ron de Laon
  107. ↑ L. Theis (1999) p. 227.
  108. ↑ P. Bonnassie, « D’une servitude Ă  l’autre : Les paysans du royaume 987-1031 Â», La France de l’an Mil, Seuil, Paris, 1990, p. 141.
  109. ↑ Il semble mĂȘme, qu'AdalbĂ©ron ait Ă©tĂ© influencĂ© par les Ă©crits de GĂ©rard (Actes du Synode d’Arras, 1025). Y. Sassier (2000), p. 222. D. BarthĂ©lemy (2002).
  110. ↑ G. Duby, Les Trois ordres ou l’Imaginaire du fĂ©odalisme, Gallimard, Paris, 1978.
  111. ↑ Y. Sassier (2000), p. 224.
  112. ↑ Article de Hans-Werner Goetz « Les ordines dans la thĂ©orie mĂ©diĂ©vale de la sociĂ©tĂ© : un systĂšme hiĂ©rarchique ? Â» (Ă  tĂ©lĂ©charger).
  113. ↑ F. Menant (1999), p. 59. D. BarthĂ©lemy (1990), p. 130.
  114. ↑ P. Bonnassie (1990), p. 129.
  115. ↑ D. BarthĂ©lemy (2002).
  116. ↑ PoĂšme au roi Robert par AdalbĂ©ron de Laon
  117. ↑ Hans-Werner Goetz.
  118. ↑ D. BarthĂ©lemy (1990), p. 64.
  119. ↑ NĂ©anmoins il serait faux de penser que Hugues Capet Ă©tait tout Ă  fait Ă©tranger au mouvement clunisien. Il Ă©tait trĂšs ami avec l’abbĂ© saint MaĂŻeul sur le tombeau duquel il est allĂ© se recueillir quelque temps avant sa mort. Y. Sassier, Hugues Capet, Fayard, Paris, 1987, p. 265.
  120. ↑ D. Iogna-Prat, « Entre anges et hommes : les moines "doctrinaires" de l’an Mil Â», La France de l’an Mil, Seuil, Paris, 1990, p. 245-246.
  121. ↑ En 909-910, Guillaume le Pieux, duc d’Aquitaine, a fondĂ© Cluny, sans l’autorisation de l’évĂȘque, en recevant l’exemption du pape. D. BarthĂ©lemy (1990), p. 56-60. L. Theis (1999), p. 91-94.
  122. ↑ D. Iogna-Prat (1990), p. 252-253. L. Theis (1999), p. 96-97.
  123. ↑ Une fois devenu seul souverain, Robert renouvelle ses conseillers, l’équipe de son pĂšre (Bouchard de VendĂŽme, Gerbert d’Aurillac et Arnoul d’OrlĂ©ans) n’a plus raison d’ĂȘtre. On sait aussi aujourd’hui que, pour se dĂ©fendre, Abbon avait fait falsifier une charte d’exemption en 997 (pratique qui Ă©tait courante dans certains Ă©tablissements religieux et depuis longtemps). L. Theis (1999), p. 100-103. D. Iogna-Prat (1990), p. 252.
  124. ↑ L. Theis (1999), p. 88.
  125. ↑ Y. Sassier (2000), p. 213.
  126. ↑ Y. Sassier (2000), p. 210.
  127. ↑ Y. Sassier (2000), p. 192.
  128. ↑ X. Barral-i-Altet, « Le paysage architectural de l’an Mil Â», La France de l’an Mil, 1990, p. 172.
  129. ↑ X. Barral i Altet, « Reliques, trĂ©sors d’églises et crĂ©ation artistique Â», La France de l’an Mil, Seuil, Paris, 1990, p. 194. L. Theis (1999), p. 221-223.
  130. ↑ En fait, il s’agit d’une tempĂȘte de sable venue du Sahara, fait inhabituel Ă  l’époque donc d’origine divine. K.-F. Werner, « Dieu, les rois et l’Histoire Â», La France de l’an Mil, Seuil, Paris, 1990, p. 274.
  131. ↑ L. Theis (1999), p. 199-200. K.-F. Werner (1990), p. 274-275.
  132. ↑ H. De Fleury (1824), p. 407-408.
  133. ↑ K.-F. Werner (1990), p. 304. H. Martin, « Ă‰crouelles Â», F. Menant (1999), p. 833-834.
  134. ↑ C. Beaune, « Thaumaturgie Â», Dictionnaire du Moyen Âge, PUF, Paris, 2002, p. 1375-1376.
  135. ↑ Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette 2003, p. 89
  136. ↑ Philippe Contamine, Marc Bompaire, StĂ©phane Lebecq, Jean-Luc Sarrazin, L’économie mĂ©diĂ©vale, Collection U, Armand Colin 2004, page 92
  137. ↑ Philippe Contamine, Marc Bompaire, StĂ©phane Lebecq, Jean-Luc Sarrazin, L’Économie mĂ©diĂ©vale, Collection U, Armand Colin 2004, page 153
  138. ↑ P. Bonnassie, op. cit., p. 45.
  139. ↑ D. BarthĂ©lemy, op. cit., p. 105.
  140. ↑ Philippe Contamine, Marc Bompaire, StĂ©phane Lebecq, Jean-Luc Sarrazin, L’Économie mĂ©diĂ©vale, Collection U, Armand Colin 2004, page 164
  141. ↑ Philippe Contamine, Marc Bompaire, StĂ©phane Lebecq, Jean-Luc Sarrazin, L’Économie mĂ©diĂ©vale, Collection U, Armand Colin 2004, page 191
  142. ↑ « La mainmise sur les Ă©changes : routes et pĂ©ages Â», ArchĂ©ologie mĂ©diĂ©vale, XI, 1981, p. 121-122.
  143. ↑ Philippe Contamine, Marc Bompaire, StĂ©phane Lebecq, Jean-Luc Sarrazin, L’économie mĂ©diĂ©vale, Collection U, Armand Colin 2004, page 128
  144. ↑ Philippe Contamine, Marc Bompaire, StĂ©phane Lebecq, Jean-Luc Sarrazin, L’Économie mĂ©diĂ©vale, Collection U, Armand Colin 2004, page 205
  145. ↑ Y. Sassier (2000), p. 205.
  146. ↑ O. Guillot et Y. Sassier, Pouvoirs et institutions dans la France mĂ©diĂ©vale, tome 1, Des origines Ă  l’époque fĂ©odale, Colin, Paris, 2003, p. 234-235.
  147. ↑ J.-F. Lemarignier, Le gouvernement royal aux temps des premiers CapĂ©tiens (987-1108), Picard, Paris, 1965, p. 68-76.
  148. ↑ O. Guyojeannin, « Les Ă©vĂȘques dans l’entourage royal sous les premiers CapĂ©tiens Â», Le roi de France et son royaume autour de l’an mil, Picard, Paris, 1992, p. 91-93.
  149. ↑ Y. Sassier (2000), p. 201-203.
  150. ↑ Y. Sassier (2000), p. 199. O. Guillot (2003), p. 234-235.
  151. ↑ L. Theis (1999), p. 165-169.
  152. ↑ L. Theis (1999), p. 169-171.
  153. ↑ L. Theis (1999), p. 173-176. D. BarthĂ©lemy (1990), p. 33.
  154. ↑ L. Theis (1999)., p. 116.
  155. ↑ L. Theis (1999), p. 149-150. A. Renoux, « Palais capĂ©tiens et normands Ă  la fin du Xe siĂšcle et au dĂ©but du XIe siĂšcle Â», Le roi de France et son royaume en l’an mil, Picard, Paris, 1992, p. 183.
  156. ↑ L. Theis (1999), p. 146-150. F. Menant (1999), p. 39-40.
  157. ↑ En 1002, les Italiens lui avaient proposĂ© mais le roi avait refusĂ©. F. Menant (1999), p. 39.
  158. ↑ D. BarthĂ©lemy (1990), p. 18-23.
  159. ↑ C. Gauvard, La France au Moyen Âge du Ve au XVe siĂšcle, PUF, Paris, 1999, p. 165.
  160. ↑ L. Theis (1999), p. 151.
  161. ↑ F. Menant (1999), p. 40.

Annexes

Bibliographie

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Sources

Ouvrages

Articles

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  • Yves Sassier, « CapĂ©tiens Â», Dictionnaire du Moyen Age, PUF, Paris, 2002, p. 214-217.
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