Rimski-Korsakov

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Rimski-Korsakov

Nikola√Į Rimski-Korsakov

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Nikola√Į Rimski-Korsakov
NARK.jpg
Naissance 18 mars 1844
Tikhvine, Russie Russie
D√©c√®s 28 juillet 1908
Lioubensk, Russie Russie
Activité principale Compositeur et professeur
Style
Musique classique symphonique, concertante, et opéras
Collaborations Groupe des Cinq

Nikola√Į Andre√Įevitch Rimski-Korsakov (en russe : –Ě–ł–ļ–ĺ–Ľ–į–Ļ –ź–Ĺ–ī—Ä–Ķ–Ķ–≤–ł—á –†–ł–ľ—Ā–ļ–ł–Ļ-–ö–ĺ—Ä—Ā–į–ļ–ĺ–≤), n√© le 18 mars 1844 √† Tikhvine et mort le 21 juin 1908 √† Lioubensk, est un compositeur et th√©oricien de musique russe. Il fut, avec Tcha√Įkovski, l'un des plus grands compositeurs russes de la seconde moiti√© du XIXe si√®cle. Il fit partie des cinq compositeurs appel√©s √† cr√©er ¬ę le Groupe des Cinq ¬Ľ. Il fut √©galement professeur de musique, d'harmonie et d'orchestration au Conservatoire de Saint-P√©tersbourg.

Il est particuli√®rement connu et appr√©ci√© pour sa tendance √† utiliser des th√®mes extraits du folklore populaire ou des contes, ainsi que pour ses remarquables talents en orchestration, qui lui valent souvent le titre de ¬ę magicien de l'orchestre ¬Ľ[1],[2],[3]. Il eut une influence importante sur la plupart des compositeurs russes, mais aussi √©trangers, de la fin du XIXe si√®cle au d√©but du XXe si√®cle. Ses Ňďuvres les plus embl√©matiques sont Sh√©h√©razade, Capriccio Espagnol, La Grande P√Ęque russe, Le Coq d'or, et La L√©gende de la ville invisible de Kit√®ge et de la demoiselle Fevronia.

On peut citer Gerald Abraham à propos de la musique de Rimski-Korsakov "il possède un style cristallin, fondé sur l'utilisation des couleurs instrumentales de chaque instrument de base, à travers un cadre clairement défini, une écriture et une orchestration issue de Glinka et Balakirev, Berlioz et Liszt. Il a su passer ces idées à deux générations de compositeurs Russes de Liadov, Glazounov, à Miaskovski, Stravinski et Prokofiev, qui furent aussi ses élèves, et son influence est évidente, bien que moins prononcée, dans la musique orchestrale de Ravel, Debussy, Dukas, et Respighi"[4].

Le succès de sa musique, quand elle est proposée en concert, ne s'est jamais démenti. Si l'ensemble de ses oeuvres est incontournable en Russie, ses opéras n'ont que peu percé en occident, alors que sa musique symphonique y est universellement saluée.

Sommaire

Biographie

Jeunes années

Rimski-Korsakov est n√© √† Tikhvin, environ 200 km √† l'est de Saint-P√©tersbourg, au sein d'une famille aristocratique. D√®s son plus jeune √Ęge, il fait preuve d'un talent certain pour la musique. Cependant ses parents n'appr√©ci√®rent gu√®re cette pr√©cocit√©, consid√©rant ces capacit√©s musicales comme une clownerie[5]. Occuper la fonction de compositeur √©tait inacceptable pour un membre de leur famille, au regard des traditions et de leur rang social. Sous la pression de ses parents, il fait ses √©tudes √† l'√©cole de math√©matiques et de navigation navale √† Saint-P√©tersbourg, et s'engage ensuite dans la marine imp√©riale russe. En parall√®le de ces √©tudes, il prend n√©anmoins des cours de piano avec un violoncelliste d√©nomm√© Ulikh[6], se rend souvent √† l'Op√©ra, et pratique le piano quatre-mains avec ses amis et professeurs[7].

Il admettra plus tard avoir toujours √©t√© passionn√© par la musique, la consid√©rant comme un jeu, ou m√™me un jouet[8], pour l'enfant de 16 ans qu'il √©tait. Ulikh a d'ailleurs rapidement r√©alis√© le talent prononc√© de Rimski-Korsakov, et l'a recommand√© √† un autre professeur de sa connaissance: Feodor A. Kanille (aussi appel√© Th√©odore Canill√©)[9]. Au d√©but de l'automne 1859, Rimski-Korsakov commence des le√ßons de piano et de composition avec Kanille. Ce dernier lui pr√©sente des compositions plus actuelles[10], comme celles de Glinka, un compositeur g√©nial et prolifique dit le ¬ęP√®re de la musique classique russe¬Ľ[11]. Cependant le fr√®re a√ģn√© de Nikola√Į, Vo√Įn, √©galement dans la marine, qui prend soin de son "int√©r√™t", fait annuler ces le√ßons d√®s qu'il apprend leur existence (en septembre 1860). Kanille encourage Nikola√Į √† poursuivre la pratique de la musique, et √† venir lui rendre visite le Dimanche[12], plus pour jouer ensemble que pour prendre des le√ßons. En novembre 1861, Kanille pr√©sente le jeune Nikola√Į √† Mily Balakirev, pianiste r√©put√©, et compositeur patriote[13].

Mily Balakirev.

Balakirev l'encourage √† composer de la musique, plus qu'√† n'en jouer, et lui donne quelques le√ßons quand Nikola√Į n'est pas en mer[14]. Il le pousse √©galement √† enrichir ses connaissances et sa culture musicale au contact d'autres nations et civilisations, √† l'occasion de ses missions dans la marine. "C'est la premi√®re fois de ma vie que quelqu'un me disait qu'on devait lire, enrichir sa culture, conna√ģtre l'histoire, la litt√©rature, et la critique. Mille merci √† lui !"[15]. Avec Balakirev, il rencontre √©galement d'autres compositeurs qui formeront plus tard le Groupe des Cinq. Il √©coute leurs enseignements, leurs avis, et leurs critiques sans chercher √† d√©battre avec eux[16]. Avec leurs encouragements, il commence √† consid√©rer s√©rieusement une carri√®re de compositeur[17].

En 1862, Rimski-Korsakov part en mission pour une dur√©e de trois ans autour du monde, √† bord du clipper Diamant, qui l‚Äôemm√®ne en Angleterre, aux √Čtats-Unis, au Br√©sil, en Espagne, en France et en Italie. Il termine trois mouvements sa premi√®re symphonie dans les mois qui pr√©c√®dent son d√©part[18], puis compose l'adagio (qui sera le second mouvement) pendant une halte en Angleterre. Il envoie ses manuscrits √† Balakirev[19], juste avant de reprendre la mer. A son retour en 1865, ce dernier lui sugg√®re de travailler encore son Ňďuvre pour la perfectionner. Rimski-Korsakov se met alors au travail tr√®s s√©rieusement, r√©organise compl√®tement l'orchestration de l'Ňďuvre, et ajoute un trio pour le Scherzo (troisi√®me mouvement)[20]. En d√©cembre 1865, Balakirev dirige la cr√©ation de l'Ňďuvre, qui remporte un vif succ√®s. Le compositeur appara√ģt sur la sc√®ne en uniforme (selon les r√®gles de la marine, m√™me s'il n'est pas en service, un officier se doit de le conserver) pour recevoir les applaudissements de la foule. Le public manifeste une grande surprise √† la vue de ce militaire, se demandant comment un tel personnage a pu composer une telle Ňďuvre[21].

Compositeur acharné

D√©sormais ses activit√©s li√©es √† la marine ne l'occupent plus que deux ou trois heures par jour, ce qui lui laisse un temps consid√©rable pour composer de la musique, et √©largir son cercle de connaissances. Il termine la premi√®re version de ses Ňďuvres orchestrales Sadko (1867) et Antar (1868), qui deviendra sa deuxi√®me symphonie. Il se lie d'amiti√© avec Alexandre Borodine, dont la musique l'√©tonne et l'int√©resse beaucoup[22]. Il passe de plus en plus de temps avec lui[23], Balakirev[24], puis Modeste Moussorgsky[25]. Ils √©changent leurs impressions sur leurs travaux, et parfois travaillent ensemble √† de nouvelles compositions. Au printemps 1868, leur petit cercle s'√©tend √† la famille Purgold, qui organise des soir√©es musicales dans sa maison[26]. La deuxi√®me des trois sŇďurs Purgold est une chanteuse tr√®s dou√©e[27], et la plus jeune une pianiste accomplie. Elle arrangera une version de Sadko et Antar pour le piano quatre-mains[28].

Tchaikovski en 1866 en tant que professeur au Conservatoire de Moscou

C'est en 1868 que Rimski-Korsakov rencontre pour la premi√®re fois Piotr Ilitch Tchaikovsky[29], compositeur alors peu connu. Comme l'√©ducation musicale de Tchaikovsky est plus centr√©e sur la musique occidentale, alors en vogue au Conservatoire de Saint-P√©tersbourg o√Ļ il fit ses √©tudes, le petit cercle a un regard plut√īt m√©prisant sur ce dernier[30]. √Ä la demande de Balakirev, Tchaikovsky joue le premier mouvement de sa premi√®re symphonie au piano. "Cette musique nous plut. M√™me si la formation de Tchaikovsky posait une v√©ritable barri√®re entre nos styles"[31]. Le 7 janvier 1873, Rimski-Korsakov sera plus impressionn√© par le final de la seconde symphonie du compositeur "Petite Russie", lorsqu'il le joua chez lui. Cette Ňďuvre est certainement celle de Tchaikovsky qui se rapproche le plus de l'√©tat d'esprit du groupe des Cinq. N√©anmoins, comme l'observa le fr√®re du compositeur, les relations entre Tchaikovsky et Rimski-Korsakov (ou m√™me les Cinq) "se rapprochent de celles de deux √©tats voisins, respectueux les uns des autres, mais d√©fendant jalousement leurs int√©r√™ts."

A l'automne 1871, Rimski-Korsakov emm√©nage dans un appartement de son fr√®re, et invite Moussorgsky √† √™tre son colocataire. Ils arrangent leurs travaux ainsi : le matin, Moussorgsky joue du piano, pendant que Rimski-Korsakov copie, compose, ou orchestre quelque chose. Puis l'apr√®s-midi, comme Moussorgsky travaille en tant que fonctionnaire, Rimski-Korsakov peut utiliser le piano. Enfin, les soir√©es sont r√©serv√©es au travail en commun[32]. "Cet automne et hiver, nous avons tous deux profit√© de cette entente fructueuse", √©crit Rimski-Korsakov, "avec des √©changes permanents. Il composa et orchestra l'acte Polonais de Boris Godounov, ainsi que la sc√®ne Pr√®s de Kromy. J'ai termin√© ma Jeune Fille de Pskov"[33].

Cet op√©ra (la Jeune Fille de Pskov) a eu du mal √† √™tre accept√© par la censure de l'√©poque, et Rimski-Korsakov s'est d√©men√© aupr√®s des ses relations pour surmonter cette difficult√©. Le plus gros probl√®me est li√© au personnage d'Ivan le Terrible. En effet, une loi de 1837 interdit la pr√©sence du Tsar dans un op√©ra. Mais la r√®gle est diff√©rente pour les pi√®ces de th√©√Ętre, ce qui joua en la faveur du compositeur. Apr√®s de longs efforts diplomatiques, et l'implication d'une famille amie du compositeur, les Krabbe, qui intervient aupr√®s du fr√®re du Tsar, la censure accepta la Jeune Fille de Pskov, apr√®s quelques modifications. Cette p√©rip√©tie permit √©galement √† Boris Godounov d'√™tre produit, lui aussi apr√®s quelques changements.

Professeur

La place du th√©√Ętre et le conservatoire en 1913. Rimsky-Korsakov y enseigne de 1871 jusqu'√† sa mort.

En 1871, Rimski-Korsakov devient professeur de composition et l'orchestration au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, et professeur principal de la classe d'Orchestre[34]. À cette époque, il est encore peu confiant en ses capacités à enseigner la musique, notamment à cause de ses lacunes techniques, "j'étais un amateur, et je ne savais rien"[35]. Plus grave, après avoir fini la Jeune Fille de Pskov, il est en manque d'inspiration, et réalise que sa seule chance de poursuivre sa carrière de compositeur est de développer de solides connaissances techniques[36].

Lors de ses premi√®res ann√©es, il bluffe donc ses √©l√®ves[37], lesquels supposent alors qu'un professeur a forc√©ment les comp√©tences requises. Mais comme il note lui-m√™me "au d√©but mes √©l√®ves n'imaginaient, ni ne pouvaient se rendre compte de mon ignorance. Quand ils en commenc√®rent √† en √™tre capables, j'avais acquis les connaissances qui me manquaient !". Cette attitude est rendue possible par son exp√©rience en composition et orchestration, ses intuitions, sa vision des couleurs orchestrales, et son fluide musical en quelque sorte. Finalement, il se rend compte qu'apr√®s avoir √©t√© embauch√© comme professeur amateur, il est devenu son propre meilleur √©l√®ve, son meilleur apprenti, compte tenu des enseignements qu'il a tir√© de ce poste[38]. En parall√®le, sous l'impulsion de Tchaikovsky, il √©tudie avec acharnement l'harmonie et le contrepoint, techniques occidentales peu connues en Russie. En quelques ann√©es, il devient un excellent professeur, et un ferveur partisan de l'enseignement scolaire musical (qu'il m√©prisait √©tant plus jeune, pour son acad√©misme, son conservatisme, et son "occidentalisme" )[39].

Mariage

Son poste de professeur lui assure une certaine stabilit√© financi√®re, ce qui lui permet de penser √† fonder une famille. En d√©cembre 1871, il demande Nadezhda Purgold, la plus jeune des trois sŇďurs, en mariage. Elle accepte, et ils se marient en juillet 1872[40]. Moussorgsky est son t√©moin. Le couple aura sept enfants. L'un des fils, Andre√Į deviendra un musicologue et √©crira une s√©rie en plusieurs volumes racontant la vie et le travail de son p√®re.

Nadezhada sera une alli√© de poids pour la carri√®re et le travail de son mari, comparable √† l'influence qu'eut Clara Schumann sur son mari. Belle, intelligente, d√©termin√©e, et bien plus au fait des th√©ories musicales que son mari, √† l'√©poque de leur mariage, elle se r√©v√®le une excellente critique du travail de Nikola√Į. Elle composera √©galement une seconde version pour piano quatre-mains de Antar, en 1875[41].

Inspecteur des orchestres militaires

En parallèle à son poste de professeur, Rimski-Korsakov fait encore partie de la marine, en tant qu'officier. Au printemps 1873, sa situation change et il est promu Inspecteur des orchestre militaires de la marine. Son travail consiste désormais à rencontrer les différents orchestres à travers la Russie, et à évaluer les chefs d'orchestre, les musiciens, le répertoire joué, et la qualité des instruments utilisés. Il s'occupe également de suivre la formation des cadets de la marine au Conservatoire, en écrivant un programme spécifique pour eux, et en faisant la jonction entre leur vie militaire et le Conservatoire. Il est enfin considéré comme un véritable musicien, "j'étais en extase, et mes amis également. J'ai reçu de nombreuses félicitations"[42].

Portrait de Rimsky-Korsakov, par Ilya Repin

Ce nouvel emploi le pousse √† d√©velopper ses connaissances techniques, en rapport avec la construction et l'utilisation des instruments de musique classique. Il s'immerge dans le sujet, ach√®te et apprend √† jouer de nombreux instruments diff√©rents. Ce travail le conduit √† r√©diger un manuel d'orchestration. Il passe √©galement deux ans √† √©tudier le travail sur les lois de l'acoustique de Tyndall et Helmholtz. Il abandonne ces occupations quand il r√©alise l'immensit√© de la t√Ęche, et la vitesse √† laquelle la science √©volue, et devient obsol√®te. Il consid√®re √©galement que ces connaissances acquises sont maintenant suffisante. Il applique les id√©es tir√©es de ces √©tudes √† ses compositions, et √† son enseignement au Conservatoire "composer demande une id√©e claire, sinon parfaite, des techniques de tous les instruments de l'orchestre."

Il utilise son nouveau poste pour tester ses compositions, ou ses transpositions d'autres Ňďuvres, avec les orchestres qu'il inspecte. Il demande √©galement √† certains chefs d'arranger certaines pi√®ces qu'il choisit, juste pour voir leur choix. Il organise et dirige des concerts donn√©s par un regroupement d'orchestres militaires √† Kronstadt en octobre 1874. Le succ√®s de cette entreprise pousse les responsables de la marine √† autoriser Rimski-Korsakov √† planifier et diriger plusieurs concerts au cours de l'ann√©e, en tant qu'Inspecteur[43]. A cet effet il compose un ensemble de variations sur un th√®me de Glinka pour hautbois, un concerto pour trombone, et un Konzertst√ľck pour clarinette, le tout accompagn√© des vents.

En mars 1884, un √©dit imp√©rial ferme le poste d'Inspecteur, le compositeur part alors en retraite. Il rejoint Balakirev, directeur √† la Chapelle du palais imp√©rial, en tant qu'adjoint. Ce poste lui donne l'occasion de se plonger dans la musique religieuse russe Orthodoxe, qu'il ne conna√ģt pas. Il √©crit un livre √† ce sujet, pour ses √©tudiants, n'√©tant pas satisfait de celui de Tchaikovsky[44]. Il reste √† la Chapelle jusqu'en 1894.

Immersion dans les études

Modeste Moussorgsky √† l'√©poque ou il per√ßoit Rimski-Korsakov comme un tra√ģtre.

√Ä cette √©poque, le compositeur passe le plus clair de son temps √† √©tudier et enseigner les techniques instrumentales. Au yeux de ses amis, il commet l'erreur de sombrer dans l'√©tude de compositions et techniques pass√©es, et d√©pass√©es, telle le contrepoint. Ils leur semble qu'il brade son h√©ritage Russe pour composer des fugues ou des sonates, formes occidentales archa√Įques. Borodine √©crit "nombreux sont ceux qui d√©plorent le fait que Korsakov retourne sa veste, se noie dans des √©tudes d'antiquit√©s. Je ne lui en veut pas, c'est compr√©hensible...". Moussorgsky est plus dur : "Le g√©nial Koocha s'est perverti en un tra√ģtre sans √Ęme."[45]. De son c√īt√© Tchaikovsky applaudit l'attitude de Rimski-Korsakov, √©crivant son admiration pour sa modestie et sa force de caract√®re. Mais il le pr√©vient tout de m√™me de ne pas laisser son fantastique talent naturel se faire submerger par cet acad√©misme. Il √©crit √† sa ma√ģtresse Nadezhda von Meck "Soit un ma√ģtre g√©nial va na√ģtre de ces √©tudes, soit il va sombrer dans des tours de passe-passe contrapuntiques"[46].

Pendant un certain temps, Rimski-Korsakov reste l'ombre de lui-m√™me, qu'il est alors devenu. Il compose sa troisi√®me symphonie, englu√©e au possible dans des d√©tours contrapuntiques, √† l'oppos√© des visions g√©niales de ses deux premi√®res. Il compose √©galement un sextuor pour cordes, un quatuor pour cordes en Fa mineur, et un quintette pour fl√Ľte, clarinette, cor, basson et piano. Ces Ňďuvres ne re√ßoivent aucun succ√®s. Les critiques acerbes fusent de la part de ses compatriotes. "Ils me consid√©raient alors sur la pente descendante"[47].

Folklore, Glinka et Gogol

Deux projets sauv√®rent le compositeur du marasme dans lequel il √©tait. Le premier est le retour vers la musique populaire autour de 1874[48]. Apr√®s avoir √©tudi√© plusieurs Ňďuvres, il d√©cide d'en faire une compilation. Un de ses amis, Filipov, lui propose √©galement de reprendre tous les th√®mes et chants qu'il a entendus, et de les arranger pour √™tre accompagn√© au piano. Rimski-Korsakov √©crit alors une quarantaine de chants[49]. La publications de ces Ňďuvres, ainsi qu'un deuxi√®me volume, lui ont beaucoup apport√© en tant que compositeur, nourrissant ses inspirations de nouvelles id√©es[50].

Mikha√Įl Glinka

Le second projet lui est propos√© par le fr√®re de Glinka[51], qui veut publier les Ňďuvres de son fr√®re apr√®s les avoir copi√©es et √©dit√©es. Il demande √† Rimski-Korsakov de l'aider, lequel invite √©galement Balakirev et Liadov dans cette t√Ęche. Ils passeront 18 mois, jusqu'en janvier 1878, √† compl√©ter ce travail.

Ces deux aventures jou√®rent un r√īle th√©rapeutique aupr√®s du compositeur. L'√©t√© 1877 il songe de plus en plus au conte la Nuit de Mai de Nikola√Į Gogol. Cette histoire a toujours √©t√© sa pr√©f√©r√©e, et sa femme l'a longtemps pouss√© √† en tirer un op√©ra. M√™me si certaines id√©es musicales lui √©taient d√©j√† venues par le pass√©, il y pense maintenant sans cesse. Il commence √† √©crire la musique en f√©vrier 1878, et termine l'op√©ra en novembre de la m√™me ann√©e. Il est tr√®s satisfait de cette Ňďuvre, qui, √† ses yeux, r√©alise une synth√®se pertinente entre les techniques contrapuntiques et l'inspiration russe, ce qui torpille la rigidit√© du contrepoint[52]. L'orchestration reste proche du style de Glinka.

N√©anmoins, m√™me apr√®s ce relatif succ√®s, et la composition de La Fille des Neiges (Sn√©gourotchka) en 1881, qui lui vient avec une facilit√© inattendue, son inspiration conna√ģt une p√©riode creuse de 1883 √† 1886[53]. Il s'occupe en orchestrant les Ňďuvres de Moussorgsky et en terminant le Prince Igor de Borodine.

Les (salvateurs) Concerts Symphoniques Russes

Portrait de M.P. Belyayev, fondateur des Concerts Symphoniques Russes, par Ilya Repin

Autour de 1884, le compositeur fait la connaissance du m√©c√®ne Mitrofan Belyayev, √† la r√©union hebdomadaire des "Vendredis" (soir√©es o√Ļ les invit√©s √©coutent des quatuors) chez lui. Belyayev a d√©j√† manifest√© un grand int√©r√™t pour le jeune compositeur, Alexandre Glazounov, qui fut un √©l√®ve de Rimski-Korsakov. Belyayev loue une salle de concert et un orchestre pour jouer la premi√®re symphonie de Glazounov, et une suite symphonique qu'il vient de finir. Glazounov devait diriger une partie du concert. R√©alisant qu'il √©tait trop jeune, et trop nerveux pour conduire l'orchestre, Rimski-Korsakov se propose pour le remplacer. "La r√©p√©tition", comme il l'appela plus tard, se d√©roule √† merveille, et enchante Belyayev et le public invit√©.

Enhardi par ce succ√®s, Belyayev et Rimski-Korsakov d√©cident de poursuivre l'exp√©rience, en offrant au public les "Concerts Symphoniques Russes" en 1886[54], o√Ļ se jouent des Ňďuvres de compositeurs Russes[55], dont notamment Rimski-Korsakov et Glazounov. C'est √† ces concerts qu'a lieu la premi√®re du concerto pour piano et orchestre du ma√ģtre, accompagn√© par le po√®me symphonique Stenka Razin de Glazounov[56]. Le nombre de pi√®ces symphoniques pr√©sent√©es va croissant, et il devient difficile de placer des Ňďuvres de la Soci√©t√© de Musique Russe (dont Anton Rubinstein est membre), ou autre organisations, composant des pi√®ces pour piano. Rimski-Korsakov dirige la plupart des Ňďuvres du r√©pertoire des Concerts.

Il est temps pour Rimski-Korsakov de d√©voiler au monde ses plus brillantes Ňďuvres. Il compose pour les Concerts : Sh√©h√©razade, le Capriccio Espagnol et La Grande P√Ęque russe[57], et termine d'orchestrer la Nuit sur le Mont Chauve de Moussorgsky. Il r√©alise que ces Ňďuvres l'extirpent totalement des influences destructrices du contrepoint, pour se tourner vers des d√©veloppements figuratifs et virtuoses[58], qui deviennent sa sp√©cialit√©. Ce sont d'ailleurs aujourd'hui les Ňďuvres les plus diffus√©es et applaudies du compositeur, tant pour leur originalit√©, leur orchestration impeccable et novatrice, leur th√®mes fantastiques, et leur puissance √©vocatrice.

Dernières années

En 1892, le compositeur souffre d'un second manque d'inspiration. Cela est principalement du à la fatigue physique et psychique, causée par la neurasthénie, le fait que sa femme et son fils tombent malades de la diphtérie, la mort de sa mère, et la mort de son avant-dernier fils. Il arrête de participer aux Concerts, et à la Chapelle. Il songe également à abandonner la musique définitivement[59].

Tombe de Rimski-Korsakov.

Ironie du sort, c'est une autre mort qui lui conf√®re un nouvel √©lan artistique : celle de Tchaikovsky, en 1893. Elle lui donne la possibilit√©, d'une part de composer pour le Th√©√Ętre Imp√©rial, et de reprendre le th√®me l'op√©ra inachev√© de Tchaikovsky, bas√© sur la Veille de No√ęl de Gogol. Ce nouvel op√©ra, la Veille de No√ęl, remporte un franc succ√®s et fait rena√ģtre le potentiel de Rimski-Korsakov. Il se met alors un composer des op√©ras, au rythme de un tous les dix-huit mois. Ce qui fait un total de 11 op√©ras √©crits entre 1893 et 1908. Il commence √©galement, mais abandonne, un nouveau trait√© d'orchestration (son second). Il aura une derni√®re tentative dans les quatre derni√®res ann√©es de sa vie, qui restera inachev√©e. Son beau-fils, Maximilien Steinberg, le terminera pour lui en 1912, illustrant les propos du d√©funt par plus de 300 extraits de ses Ňďuvres. Ce trait√© exposant les bases de l'orchestration de Rimski-Korsakov, sert alors de r√©f√©rence pour les compositeurs de l'√©poque, qu'ils soient Russes ou occidentaux[60].

En 1899, pour le centenaire de Pouchkine, Rimski-Korsakov écrit la cantate Le chant d’Oleg le Sage.

Pendant la R√©volution russe de 1905, Rimski-Korsakov soutient l'esprit r√©volutionnaire des √©tudiants et √©crit quelques articles dans les journaux o√Ļ il critique les actions r√©actionnaires de la direction du conservatoire et de la Soci√©t√© musicale russe. En r√©ponse il est licenci√© du conservatoire. Cet √©v√©nement provoque l‚Äôindignation des milieux intellectuels et musicaux : plusieurs professeurs (y compris Alexandre Glazounov et Anatoli Liadov), ainsi qu'une centaine d'√©tudiants quittent le conservatoire en signe de protestation. Rimski-Korsakov re√ßoit des milliers de lettres de soutien. Finalement environ 300 √©tudiants quitteront le Conservatoire pour montrer leur sympathie envers le ma√ģtre. En d√©cembre 1905, il est r√©habilit√© au Conservatoire. La pol√©mique continue √† la parution de son op√©ra le Coq d'Or, qui sous-tend une critique de la monarchie, de l'imp√©rialisme russe, et de la guerre Russo-Japonaise. La premi√®re est retard√©e jusqu'en 1909, apr√®s la mort du compositeur[61]. Mais m√™me √† ce moment, l'op√©ra est produit dans une version tronqu√©e.

Le stress accumulé lors de ces dernières années amplifie les effets de l'angine de poitrine, dont il est atteint depuis 1890. Dès 1907, la maladie est si forte, qu'il lui est incapable de composer. Il meurt a Lyubensk en juin 1908, et est enterré au Cimetière Tikhvine. A l'occasion de sa mort, Stravinsky, très touché, compose un chant funèbre (Opus 5) pour Orchestre à vent.

La musique de Rimski-Korsakov

Ňíuvres principales

Article d√©taill√© : Liste compl√®te des oeuvres de Nikola√Į Rimski-Korsakov.

Opéras

Ňíuvres orchestrales et concertantes

Origines

Comme pour tous les compositeurs g√©niaux, il est difficile de trouver une origine pr√©cise √† la musique de Rimski-Korsakov, n√©anmoins on peut d√©celer certaines influences. La musique et le style de Rimski-Korsakov se fondent en premier lieu sur les premi√®res Ňďuvres russes, notamment celles de Glinka, Rubinstein, ou Balakirev. Mais il y ajoute, en plus de sa touche personnelle si particuli√®re, des influences venues de la musique fran√ßaise ou italienne de la premi√®re moiti√© du dix-neuvi√®me si√®cle. Son orchestration pr√©cise, puissante et efficace fait particuli√®rement penser √† Berlioz. L'influence de la Symphonie fantastique sur Sch√©h√©razade est notable. De m√™me le style m√©lodique, faussement simple, direct, et franc fait penser aux op√©ras Italiens de Rossini, ou encore aux prouesses th√©matiques de Paganini.

Style et travail de composition

Rimski-Korsakov est un compositeur prolifique. M√™me pendant ses p√©riode de faible inspiration, il se maintient constamment au travail. Chostakovitch analyse "Tchaikovsky et Rimski-Korsakov ne s'appr√©ciaient pas, et n'√©taient d'accord que sur peu de choses. N√©anmoins, ils s'accordaient sur cette id√©e : il faut composer constamment. Si on ne se sent pas capable d'√©crire une Ňďuvre majeure, alors on √©crit de petites pi√®ces. Si n'arrive pas √† les finir, alors on orchestre autre chose."[62]. Faisant continuellement son auto-critique (parfois aid√© de sa femme et de ses amis), Rimski-Korsakov revoit, r√©vise, et r√©-orchestre la plupart de ses Ňďuvres, dont ses trois symphonies, ses suites, et l'op√©ra Sadko, plusieurs fois chacune. Et ces r√©visions vont du simple changement de tempo, de timbre, ou de d√©tails instrumentaux, au changement complet d'orchestration ou de tonalit√©.

Mariage du tsar par Konstantin Makovsky

Il s'investit √©galement dans diverses exp√©riences musicales, explorations de nouveau proc√©d√©s, essais de nouvelles harmonies, propositions de superpositions th√©matiques, etc. Mais il conservera toujours la m√™me ligne directrice : la haine de l'exc√®s. Jamais une seule de ses Ňďuvres ne sera trop massive, ou trop bruyante, d√©s√©quilibr√©e, ou dissonante (√† la diff√©rence de certains de ses successeurs ou contemporains). En s'inspirant du travail de Liszt ou Glinka, il fait progresser de fa√ßon significative l'utilisation des gammes pleines, ou octatoniques, en les d√©veloppant de fa√ßon fantastique notamment dans ses op√©ras. Mais √† chaque fois qu'il invente, ou fait √©voluer une technique orchestrale, il lui applique des r√®gles strictes, afin d'en ma√ģtriser les effets, en accord avec son "bon sens musical" comme il l'appelle. En ce sens, il est aussi bien un compositeur progressiste que conservateur[63], installant un cadre pr√©cis, presque scolaire, √† chaque nouveaut√© qu'il propose.

√Ä la mani√®re de son compatriote Cui, et √† l'oppos√© d'un Tchaikovsky, il investit toutes ses forces dans ses op√©ras. Les sujets qu'il traitent vont du m√©lodrame historique (la Fianc√©e du Tsar), √† l'op√©ra populaire (La Nuit de Mai), en passant par les contes et les l√©gendes (La Demoiselle des Neiges, Kashchey l'Immortel, ou La L√©gende du Tsar Saltan). En parall√®le des descriptions m√©lodiques fantastiques ou bien r√©elles, ses op√©ras font appels √† des m√©lodies populaires, des d√©clamations mesur√©es et r√©alistes, des m√©lodies aux lyrisme prononc√©, des harmonies compl√®tement artificielles, le tout servi par une orchestration expressive, efficace, et impeccable. La quasi-totalit√© de ses op√©ras demeurent encore au r√©pertoire de base des salles d'op√©ras russes actuelles (notamment le Kirov ou le Bolscho√Į). Et m√™me si les Ňďuvres enti√®res ne sont pas tr√®s connues aupr√®s du public occidental, de nombreux extraits y sont connus. On pense notamment au Vol du Bourdon (de Tsar Saltan), la Danse des Bateleurs (de la Demoiselle des Neiges), la Procession des Nobles (de Mlada), la Chanson Indienne (de Sadko). Rimsk-Korsakov a √©galement d√©riv√© des suites orchestrales de certains de ses op√©ras, dont La l√©gende de la Ville Invisible, Mlada, Le Coq d'Or, Tsar Saltan, La Veille de No√ęl, ou la Demoiselle des Neiges.

L'entr√©e principale du Th√©√Ętre Mariinsky (le Kirov).

Cependant le public occidental connait surtout ses Ňďuvres orchestrales, dont Sch√©h√©razade, ou le Capriccio Espagnol sont les exemples les plus parlants. La suite symphonique est d'ailleurs tr√®s souvent cit√©e comme exemple de cours[64], en termes d'orientalisme russe, de th√©orie d'orchestration ou de m√©lodies (superposition, r√©p√©tition, et/ou juxtaposition th√©matique). Son √©tat d'esprit a √©galement servi de base √† de nombreuses compositions post√©rieures (Suites de Stravinsky, dont P√©trouschka, Ballets et Suites de Prokofiev ou encore diverses Ňďuvres de Ravel). Le Capriccio Espagnol enfin, √©crit directement dans la lign√©e des Ňďuvres de Glinka (dont les Fantaisies Pittoresques), m√™me si l'orchestration de Rimski-Korsakov d√©passe en complexit√© et en efficacit√© celle de son pr√©d√©cesseur[65], a servi de base √† la Rhapsodie Espagnole de Ravel.

Renommée internationale

On est en droit de se demander quelles sont les raisons qui font que, malgr√© les qualit√©s certaines de ses Ňďuvres et leur nombre cons√©quent, Rimski-Korsakov jouit d'une r√©putation moins importante que celle de Tchaikovsky. En effet, ces deux compositeurs √©taient de loin les plus connus au sein de la Russie √† l'√©poque o√Ļ ils ont v√©cu, et m√™me de nos jours, et leur production sont grandement comparables tant en qualit√© qu'en quantit√©. Il est aujourd'hui difficile de trouver une salle de concert internationale qui ne joue aucune Ňďuvre de Tchaikovsky lors d'une saison, alors qu'il n'est pas si rare d'en trouver qui ignore Rimski-Korskaov. On peut invoquer plusieurs raisons :

  • √Ä la fin de sa vie, Rimski-Korsakov se consacre √† l'op√©ra, et ses compositions rencontrent un grand succ√®s, qui occulte partiellement ses production pr√©c√©dentes. Or les textes chant√©s sont en langue russe, qui n'est pas vraiment r√©pandue dans les pays √©trangers. Ceci contribue √† limiter la diffusion des derni√®res Ňďuvres du ma√ģtre, pourtant parmi ses plus r√©ussies. √Ä l'inverse Tchaikovsky continue de composer des ballets et des symphonies jusqu'√† sa mort. Ceux-ci comptent parmi ses plus belles Ňďuvres, et sont facilement diffus√©es en Europe, la musique n'ayant pas la barri√®re de la langue.
  • La musique de Rimski-Korsakov est intrins√®quement russe, et en ce sens elle n'est pas compr√©hensible pour le public europ√©en. Il peut la vivre, l'appr√©cier et se laisser emporter par elle, mais en aucun cas il ne la comprend. Le terme utilis√© ici est un peu ambigu, mais il refl√®te les difficult√©s des musicologues √† critiquer, analyser, √©valuer, les Ňďuvres de musique. Ainsi il est beaucoup plus simple (√† ne pas voir ici au sens p√©joratif) de comprendre la musique de Tchaikovsky, qui s'appuie sur des √©l√©ments de compositions bien europ√©ens. Et l'on sait le r√īle que les musicologues et les critiques jouent dans le choix des programmes propos√©s en salles de concert.
  • La vie personnelle des personnages joue √©galement son r√īle. Tchaikovsky a une vie bouleversante, son probl√®me de sexualit√©, et la d√©pression qu'elle engendre, provoque un regard diff√©rent sur sa musique. √Ä l'inverse, Rimski-Korsakov a une vie tranquille, presque normale, hormis quelques maladies et plusieurs d√©c√®s de proches. Le public int√©riorise ces √©l√©ments extra-musicaux (peut-√™tre avec raison), qui changent la saveur des Ňďuvres qu'il √©coute.

√Čl√®ves et h√©ritiers

Alexandre Glazounov. Portrait par Ilya Repine (1887).

Au cours des d√©cennies qui l'ont vu enseigner au Conservatoire de Saint-P√©tersbourg, Rimski-Korsakov a √©t√© le professeur de nombreux compositeurs qui seront ensuite c√©l√®bres, dont Alexandre Glazounov, Anatoli Liadov, Anton Arenski, Serge√Į Prokofiev, Igor Stravinsky, Ottorino Respighi, Witold Maliszewski ou encore Arthur Kapp. Outre ces √©l√®ves, Rimski-Korsakov eut de nombreux h√©ritiers, dont les principaux sont Reinhold Gli√®re et Dmitri Kabalevski.

Stravinsky, qui √©tudia en priv√© avec Rimski-Korsakov avant son entr√©e au Conservatoire, se souvient de leur relation : "Il me donnait quelques partitions pour piano d'un op√©ra qu'il venait de finir, et me demandait d'orchestrer ces pages. Quand j'avais fini, il me pr√©sentait sa version,nous comparions les diff√©rences, il me demandait de les expliquer, et quand j'en √©tais incapable il prenait le temps de me justifier ses choix.".

Rimski-Korsakov sentait que les étudiants doués n'ont pas besoin de trop d'enseignement. Leur enseigner quelques techniques de piano, de composition et de contrepoint, puis leur laisser un an ou deux pour s'entrainer, leur donner quelques exercices de compositions et d'orchestration, souvent libres, suffisait largement.

Igor Stravinski (√† gauche) et Nikola√Į Rimski-Korsakov (√† droite de Stravinski) en 1908.

Le chef d'orchestre Nikola√Į Malko se souvient de l'attitude du ma√ģtre en cours. Au d√©but du premier cours il dit "Je vais parler et vous allez √©couter. Ensuite je vais parler moins et vous allez commencer √† travailler. Enfin je ne parlerai plus du tout et vous allez commencer votre carri√®re". Il ajoute que le cours lui convenait parfaitement : "Rimski-Korsakov √©tait un excellent professeur, il expliquait tout, clairement et simplement, nous n'avions qu'√† √©couter et travailler suffisamment pour comprendre.".

√Ä cause de la popularit√© du ma√ģtre, ses cours faisaient continuellement salle comble. Ceci irritait particuli√®rement le jeune Prokofiev qui souhaitait avoir l'attention du ma√ģtre pour lui seul. Il admit n√©anmoins que les √©tudiants qui √©taient conscients du b√©n√©fice qu'il pouvait tirer d'un tel professeur, faisaient en sorte qu'ils en arrivaient √† oublier la foule.

√Čditer et compl√©ter les Ňďuvres des Cinq

Rimski-Korsakov a pass√© beaucoup de temps √† reprendre, √† compl√©ter, √† √©diter, ou encore √† orchestrer le travail des autres membres du Groupe des Cinq. Ces efforts sont notamment dus √† l'ambiance de coop√©ration qui r√©gnait au sein du groupe dans les ann√©es 1860-1870. Ils se conseillaient entre eux, s'entraidaient pour finir des Ňďuvres, ou travaillaient √† plusieurs sur la m√™me Ňďuvre. Le travail du ma√ģtre a permis de sauver de nombreuses Ňďuvres de l'oubli ou de l'indiff√©rence. On pense √† l'√©criture de la fin du Prince Igor de Borodine, l'orchestration de certains passages de William Ratcliff de Cui (pour la premi√®re de 1869), et l'orchestration compl√®te du chant du cygne pour l'Invit√© de Pierre de Dargomyzsky.

M√™me si cet effort est louable, il n'est pas sans provoquer quelques controverses, notamment dans le cas de Moussorgsky. Apr√®s la mort de ce dernier en 1881, le ma√ģtre reprend et compl√®te nombre de ses Ňďuvres, pour les publier ou pour les porter sur sc√®ne. Dans la plupart des cas, cela permit de mieux diffuser les Ňďuvres de Moussorgsky √† travers la Russie ou en Europe (la Nuit sur le Mont Chauve, par exemple). Cependant, en reprenant les partitions de ses amis, il les balayait de ce qui ne lui convenait pas, en accord avec son "bon sens musical", pour leur donner son propre style[66]. Cela a √©t√© per√ßu comme l'attitude p√©dante d'un ma√ģtre qui vient pour corriger ses √©l√®ves, sans se pr√©occuper de leur id√©es. Rimksi-Korsakov se d√©fend en √©voquant les points suivants :

Modeste Moussorgsky.
  • Il a toujours laiss√© intact les manuscrits originaux, qui sont disponibles √† la Biblioth√®que, au cas o√Ļ la post√©rit√© voudrait retrouver les Ňďuvres originales.
  • Il ne s'est jamais appropri√© les Ňďuvres de ses amis, comme il aurait pu facilement le faire.
  • Sans son travail, de nombreuses id√©es g√©niales auraient √©t√© perdues, car impossibles √† pr√©senter sous leur forme inachev√©e.

Le temps semble lui donner raison, et l'exemple le plus cinglant est peut-être l'histoire de la Nuit sur le Mont Chauve, superbe pièce qui serait complètement morte si Rimski-Korsakov ne lui avait pas donné son orchestration. La version actuelle de cette pièce que l'on entend dans les salles de concert de nos jours est d'ailleurs celle de Rimski-Korsakov. Le contre-exemple (qui prouve également la bonne foi de Rimski-Korsakov) est l'opéra Boris Godounov, que l'on joue aujourd'hui dans la version originale de Moussorgsky.

Synesthésie

Rimski-Korsakov √©tait atteint de synesth√©sie, (une condition neurologique par laquelle deux ou plusieurs sens sont associ√©s) qui lui faisait voir des couleurs, quand il entendait certaines tonalit√©s[67]. Et ce, selon les correspondances suivantes :

Tonalité musicale Couleur
Do Blanc
Ré Jaune
Mi bémol Gris Charbon
Mi Saphir
Fa Vert
Sol Jaune or
La Rose p√Ęle

Bibliographie

  • Chronique de ma vie musicale, publi√© en russe, puis traduit, pr√©sent√© et annot√© en fran√ßais par Andr√© Lischke chez Fayard en 2008
  • Manuel pratique de l'harmonie, publi√© en russe en 1885
  • Principes d'orchestration, commenc√© en 1873, et compl√©t√© apr√®s la mort de l'auteur par Maximilien Steinberg, en 1912, publi√© en russe en 1922

Sources

  • Cet article est en partie tir√© de son pendant dans la version anglaise de Wikip√©dia, c'est pourquoi certaines r√©f√©rences en langue anglaise sont cit√©es.
  • Maes, Francis, tr. Pomerans, Arnold J. and Erica Pomerans, A History of Russian Music: From Kamarinskaya to Babi Yar (Berkeley, Los Angeles and London: University of California Press, 2002). ISBN 0-520-21815-9.
  • Leonard, Richard Anthony, A History of Russian Music (New York: MacMillian, 1957). Library of Congress Card Catalog Number 57-7295.
  • Volkov, Solomon, tr. Antonina W. Bouis, Testimony: The memoirs of Dmitri Shostakovich (New York: Harper & Row, 1979). ISBN 0-06-014476-9.

Références

  1. ‚ÜĎ critique musicale, ¬ß Rimski-Korsakov
  2. ‚ÜĎ Anaclase
  3. ‚ÜĎ Barenbo√Įm, voir lien patachonf
  4. ‚ÜĎ Abraham, Gerald, ed. Stankey Sadie, "Rimsky-Korsakov, Nikolay Andreyevich," The New Grove Dictionary of Music and Musicians, 20 vols. (London: MacMillian, 1980). ISBN 0-333-23111-2.
  5. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 9
  6. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 11
  7. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 12-13
  8. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 15
  9. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 15
  10. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 15
  11. ‚ÜĎ lexpress, ¬ß6
  12. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 16
  13. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 18
  14. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 19
  15. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 38
  16. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 21
  17. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 24
  18. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 22
  19. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 42
  20. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 58-59
  21. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 61
  22. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 57
  23. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 57
  24. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 58
  25. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 72
  26. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 87-88
  27. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 88
  28. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 88
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  31. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 75
  32. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 122-123
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  37. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 118
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  39. ‚ÜĎ Maes, 170
  40. ‚ÜĎ Abraham, Gerald, ed. Stankey Sadie, The New Grove Dictionary of Music and Musicians, 20 vols. (London: MacMillian, 1980), 28.
  41. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, 109
  42. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, My musical life, 136
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  45. ‚ÜĎ Lettre √† Vladimir Stasov, 9 octobre 1875. Et aussi Rimsky-Korsakov, 154-155
  46. ‚ÜĎ Tchaikovsky, Piotr, Perepiska s N.F. von Meck [Correspondance avec Nadzehda von Meck], 3 vols. (Moscou and Lenningrad, 1934-1936), Vol.1, 135-137
  47. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, 151
  48. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, 163
  49. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, 164
  50. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, 166
  51. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, 172
  52. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, 208
  53. ‚ÜĎ Maes, 171
  54. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, 281
  55. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, 279
  56. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, 278
  57. ‚ÜĎ Maes, 171
  58. ‚ÜĎ Rimski-Korsakov, 296
  59. ‚ÜĎ Maes,171
  60. ‚ÜĎ Leonard, 149
  61. ‚ÜĎ Maes, 178
  62. ‚ÜĎ Volkov, 218
  63. ‚ÜĎ Maes, 180
  64. ‚ÜĎ Maes, 175
  65. ‚ÜĎ Maes, 175
  66. ‚ÜĎ Maes, 181
  67. ‚ÜĎ John Harrison, Synaesthesia: The Strangest Thing, 2001, p.123. ISBN 0-19-263245-0.

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