Richard II d'Angleterre

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Richard II d'Angleterre
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Richard II
Richard II King of England.jpg
Richard II, anonyme, Abbaye de Westminster

Titre
Roi d'Angleterre et seigneur d'Irlande
22 juin 1377 – 29 septembre 1399
&&&&&&&&&&&0813422 ans, 3 mois et 7 jours
Couronnement 16 juillet 1377 en l'Abbaye de Westminster
PrĂ©dĂ©cesseur Édouard III
Successeur Henri IV
Duc d'Aquitaine
22 juin 1377 – 2 mars 1390
PrĂ©dĂ©cesseur Édouard III
Successeur Jean de Gand
Prince de Galles
20 novembre 1376 – 22 juin 1377
PrĂ©dĂ©cesseur Édouard de Woodstock
Successeur Henri de Lancastre
Biographie
Dynastie PlantagenĂȘt
Date de naissance 6 janvier 1367
Lieu de naissance Bordeaux, Aquitaine (France)
Date de dĂ©cĂšs 14 fĂ©vrier 1400 (Ă  33 ans)
Lieu de décÚs Flag of England.svg Chùteau de Pontefract, Yorkshire (Angleterre)
Pùre Édouard de Woodstock,
prince de Galles
MĂšre Jeanne de Kent
Conjoint Anne de BohĂȘme
(1382-1394)
Isabelle de Valois
(1396-1400)
HĂ©ritier Philippa de Clarence
(1377-1382)
Roger Mortimer
(1382-1398)
Edmond Mortimer
(1398-1399)
Signature Richard II Signature.svg

Coat of Arms of Richard II of England (1377-1399).svg
Monarques de Grande-Bretagne

Richard II d'Angleterre[1] (6 janvier 1367, Bordeaux[Note 1] – 14 fĂ©vrier 1400[Note 2], chĂąteau de Pontefract, Angleterre), duc de Cornouailles, est le huitiĂšme roi d’Angleterre de la dynastie des PlantagenĂȘts. Il rĂšgne de 1377 Ă  sa destitution en 1399, dans une pĂ©riode de grande instabilitĂ© au sein de la guerre de Cent Ans. L’Europe est divisĂ©e par le Grand Schisme d'Occident et les grandes nations utilisent la voie de fait pour faire financer par les deux papes des « croisades Â» soutenant leurs intĂ©rĂȘts aux Pays-Bas, en Italie ou en Espagne. Le discrĂ©dit jetĂ© sur la papautĂ© permet aux prĂ©dicateurs lollards de diffuser les idĂ©es Ă©galitaires et rĂ©formistes de John Wyclif Ă  travers l’Angleterre. La bourgeoisie ou la paysannerie aisĂ©e n’hĂ©sitent pas Ă  remettre en cause le pouvoir royal et Ă  contester l’impĂŽt au parlement et mĂȘme dans la rue. L’influence de puissants princes comme Jean de Gand ou Philippe le Hardi essaye de contrebalancer celle des rois, ce qui conduit les royaumes de France et d’Angleterre vers la guerre civile.

Fils d’Édouard de Woodstock dit le « Prince noir Â», Richard naĂźt durant le rĂšgne de son grand-pĂšre Édouard III. Il lui succĂšde Ă  sa mort en 1377, alors qu’il n’est ĂągĂ© que de dix ans. Durant les cinq premiĂšres annĂ©es de rĂšgne de Richard, le gouvernement est confiĂ© Ă  une sĂ©rie de conseils. Le premier Ă©lĂ©ment marquant du rĂšgne de Richard est la rĂ©volte des paysans de 1381, que le jeune roi gĂšre assez bien en jouant un rĂŽle majeur dans l’arrĂȘt de la rĂ©bellion. Cependant, les annĂ©es suivantes, la dĂ©pendance du roi vis-Ă -vis de quelques-uns de ses courtisans crĂ©e un mĂ©contentement qui aboutit Ă  la reprise en main du gouvernement par un groupe de nobles connus comme les « Lords Appelants Â». Le roi reprend le contrĂŽle en 1389 et il s’ensuit huit annĂ©es de rĂšgne sans accrocs avec ses opposants. Mais il prend sa revanche en 1397 et beaucoup des appelants sont exĂ©cutĂ©s ou exilĂ©s. Les deux annĂ©es suivantes sont souvent qualifiĂ©es de « tyranniques Â» par les historiens. En 1399, aprĂšs la mort de son oncle Jean de Gand, il dĂ©shĂ©rite le fils de ce dernier, Henri de Bolingbroke, qui avait Ă©tĂ© prĂ©alablement contraint Ă  l’exil. En juin 1399, Henri entre secrĂštement en Angleterre avec une petite armĂ©e, qui grandit rapidement en nombre, avec la volontĂ© de s’allouer la couronne. Ne rencontrant qu’une faible rĂ©sistance, il rĂ©ussit Ă  vaincre et Ă  capturer Richard II et parvient mĂȘme Ă  se faire couronner roi. Le Parlement reconnaĂźt aussitĂŽt son avĂšnement, sous le nom d’Henri IV. Richard meurt en captivitĂ© l’annĂ©e suivante, probablement assassinĂ©.

Richard Ă©tait un homme de grande taille, intelligent. Bien qu’il ne fĂ»t probablement pas fou comme certains historiens l’ont parfois cru, il semble qu’il souffrait de troubles de la personnalitĂ©, particuliĂšrement marquĂ©s Ă  la fin de son rĂšgne. Moins enclin Ă  la guerre que son pĂšre ou son grand-pĂšre, il cherche Ă  mettre un terme Ă  la guerre de Cent Ans qu’Édouard III avait entamĂ©e. Il cultive autour de lui une cour raffinĂ©e, qui privilĂ©gie les arts et la culture, contrastant fortement avec la cour fraternelle et militaire de son grand-pĂšre. Richard doit en grande partie sa rĂ©putation posthume Ă  William Shakespeare qui, dans sa piĂšce Richard II, dĂ©crit les mauvais jugements du roi et sa dĂ©position par Henri de Bolingbroke comme causes de la guerre des Deux-Roses, laquelle marque plus tard le XVe siĂšcle. Les historiens contemporains contestent cette interprĂ©tation, sans toutefois ĂŽter Ă  Richard sa part de responsabilitĂ© dans sa propre destitution. La plupart des spĂ©cialistes s’accordent pour dire que mĂȘme si ses manƓuvres politiques n’étaient pas complĂštement irrĂ©alistes, la maniĂšre dont il les a menĂ©es n’était pas acceptable pour les autres responsables politiques, et que c’est ce qui l’a conduit Ă  sa chute.

Sommaire

Enfance

Naissance

Le Prince noir s’agenouillant devant son pùre Édouard III.

Richard est le fils d’Édouard de Woodstock, le Prince noir, et de Jeanne de Kent. Édouard, prince de Galles et hĂ©ritier du trĂŽne, s’est distinguĂ© comme chef militaire au dĂ©but de la guerre de Cent Ans, notamment en remportant la bataille de Poitiers en 1356. Toutefois, il contracte la dysenterie en Espagne au cours d’une autre campagne en 1370. Il ne se rĂ©tablit jamais vĂ©ritablement, et doit rentrer en Angleterre l’annĂ©e suivante[2].

Jeanne de Kent avait fait l’objet d’une dispute entre Thomas Holland et William Montagu qui souhaitaient tous deux la prendre en mariage, et de laquelle Holland Ă©tait sorti vainqueur. Moins d’un an aprĂšs la mort de ce dernier en 1360, Jeanne Ă©pouse le prince Édouard. Ce mariage requiert l’approbation du pape, Jeanne et Édouard Ă©tant cousins, petits-enfants d’Édouard Ier[3].

Richard naĂźt vraisemblablement le 6 janvier 1367[4],[5] Ă  Bordeaux, en Aquitaine, alors principautĂ© anglaise dont Édouard est prince depuis 1362. Selon des sources d’époque, trois rois : « le roi d’Espagne, le roi de Navarre et le roi du Portugal Â» sont prĂ©sents Ă  sa naissance[4]. Cette anecdote, associĂ©e au fait que sa naissance corresponde avec la fĂȘte de l’Épiphanie, sera reprise par la suite dans le diptyque de Wilton, dans lequel Richard est l’un des trois rois rendant hommage Ă  JĂ©sus[6]. Il est baptisĂ© trois jours plus tard, le 9 janvier 1367, par l’archevĂȘque de Bordeaux[4].

Une accession trÚs précoce au trÎne

Richard reste Ă  Bordeaux pendant quatre ans. Lorsque son frĂšre aĂźnĂ©, Édouard d’AngoulĂȘme, meurt en 1371, le laissant hĂ©ritier de son pĂšre, il est envoyĂ© Ă  Londres[7]. Le Prince noir succombe finalement Ă  sa longue maladie en 1376. Les membres de la Chambre des communes au Parlement craignent alors que l’oncle de Richard, Jean de Gand, veuille usurper le trĂŽne[Note 3]. C’est pour cette raison que Richard est rapidement investi des titres de son pĂšre dont, notamment, celui de prince de Galles[8]. Le 22 juin de l’annĂ©e suivante, Édouard III meurt Ă  son tour, et Richard est couronnĂ© roi d’Angleterre le 16 juillet 1377 Ă  l’ñge de dix ans[9]. Encore une fois, la crainte de Jean de Gand et de ses ambitions sur le pouvoir orientent les responsables politiques dans leur dĂ©cision, et l’idĂ©e d’une rĂ©gence dirigĂ©e par l’oncle du roi est refoulĂ©e[Note 4],[10],[11]. PlutĂŽt que de laisser le jeune roi exercer ses pouvoirs, on choisit d’instaurer une sĂ©rie de « conseils continus Â» desquels Jean de Gand est exclu[4]. Ce dernier garde, avec son frĂšre cadet Thomas de Woodstock, comte de Buckingham, une grande influence informelle sur les dĂ©cisions du gouvernement[12]. Mais ce sont les conseillers et amis du roi, et notamment Simon de Burley et Aubrey de Vere, qui gagnent petit Ă  petit le contrĂŽle des affaires royales en gĂ©rant les pĂ©titions soumises au roi, et Ă©veillent ainsi la mĂ©fiance des membres de la Chambre des communes. Celle-ci tente d’abord de rapprocher le conseil et la maison royale en nommant deux conseillers, Aubrey de Vere et Richard Rous, un chevalier du roi. Les conseils sont finalement Ă©vincĂ©s en janvier 1380[4].

Éducation

On a peu d'informations sur l'Ă©ducation de Richard. Parmi ses premiers mentors se trouvent des proches du Prince noir, comme Simon de Burley ou Guichard d’Angle, qui sont tous deux nommĂ©s tuteurs de Richard, ainsi que Richard Abberbury, parfois dĂ©crit comme son « premier maĂźtre Â». L’influence rĂ©elle de ces hommes sur le futur roi est difficile Ă  juger et fait l’objet de diverses interprĂ©tations par les historiens[4]. Pour l’historien Anthony Steel, le choix de proches du Prince noir pour l’éducation de son fils vise Ă  assurer que celui-ci sera « formĂ© Ă  l’image de son pĂšre Â»[13], sans rĂ©ellement atteindre le but escomptĂ©. De son cĂŽtĂ© Richard H. Jones[Qui ?] suggĂšre que Simon de Burley aurait pu influencer la vision de la monarchie de Richard vers l’absolutisme en l’initiant aux Ă©crits de Gilles de Rome.

Reprise des hostilités avec la France

Attaques de Jean de Vienne et l’amiral castillan Fernando Sánchez de Tovar contre l’Angleterre (1374–1380).

À la fin de son rĂšgne, le roi Édouard III a signĂ© une trĂȘve avec Charles V, roi de France. Quand cette trĂȘve arrive Ă  son terme, Charles V ne compte aucunement la renouveler, et le dĂ©but de rĂšgne de Richard II est donc marquĂ© par la reprise des offensives des Français, qui pillent les cĂŽtes de l’Angleterre. L’Angleterre jouit toujours Ă  l’époque de possessions sur le territoire français, notamment Calais et Bordeaux, et a signĂ© un traitĂ© avec le duchĂ© de Bretagne lui permettant d’avoir des troupes dans les grands ports de Bretagne et de Normandie que sont Brest et Cherbourg[14].

Afin de financer la dĂ©fense des positions anglaises sur le continent, mais Ă©galement des opĂ©rations militaires en France et pour sĂ©curiser les frontiĂšres Ă©cossaises, le gouvernement rĂ©clame rĂ©guliĂšrement, au grand dam du Parlement, des fonds supplĂ©mentaires qui sont prĂ©levĂ©s sous forme de taxes. Les expĂ©ditions se rĂ©vĂšlent particuliĂšrement infructueuses : l’armĂ©e anglaise, arrivĂ©e non sans difficultĂ© en Bretagne au lendemain de la mort de Charles V et voyant le duc de Bretagne se rĂ©concilier avec la couronne de France et se soumettre au nouveau roi Charles VI, est contrainte de rentrer en Angleterre[15]. Le fardeau de plus en plus important que constituent les trois poll taxes, levĂ©es entre 1377 et 1381 pour financer ces expĂ©ditions hasardeuses, contribue au mĂ©contentement de la population[16] et au dĂ©veloppement d’un fort ressentiment envers la classe dirigeante au sein de la sociĂ©tĂ© anglaise[17].

Adolescence

La révolte des paysans

Richard II regardant la mort de Wat Tyler et s’adressant aux paysans Ă  l’arriĂšre-plan. Image tirĂ©e du manuscrit de Gruuthuse de Jean Froissart dans ses Chroniques (c. 1475).
Article dĂ©taillĂ© : RĂ©volte des paysans.

Bien que la poll tax de 1381 soit la cause directe de la rĂ©volte des paysans, ce conflit trouve sa vĂ©ritable origine dans les tensions profondes qui existent Ă  l’époque entre propriĂ©taires et paysans. Ces tensions sont principalement liĂ©es aux consĂ©quences dĂ©mographiques de la peste qui a frappĂ© le pays Ă  plusieurs reprises[4]. À cette Ă©poque de discrĂ©dit de l’Église due au Grand Schisme d'Occident, des prĂ©dicateurs lollards sillonnent les campagnes en diffusant les idĂ©es Ă©galitaires de John Wyclif qui y trouvent un large Ă©cho. Ils sont les vecteurs de la contestation au mĂȘme titre que les nombreux tisserands itinĂ©rants ruinĂ©s par la crise: leur action permet une propagation trĂšs rapide de la rĂ©volte. Étant donnĂ© que depuis Édouard II, la population est massivement entrainĂ©e au maniement de l’arc long, elle a les moyen d’entreprendre des actions militaires[18].

La rĂ©bellion commence fin mai Ă  Brentwood en Essex, puis dans le Kent. Le 12 juin, des paysans s’attroupent Ă  Blackheath prĂšs de Londres, menĂ©s par Wat Tyler, John Ball et Jack Straw. Ils finissent par entrer dans Londres, oĂč certains habitants de la ville adhĂ©rent Ă  leurs idĂ©es. L’hĂŽtel de Savoie de Jean de Gand est rĂ©duit en cendres, et de nombreux juristes sont tuĂ©s[19]. Les rebelles rĂ©clament la totale abolition de la servitude, ce qui serait une vĂ©ritable rĂ©volution dans l’Angleterre mĂ©diĂ©vale[20]. Le roi se rĂ©fugie dans la tour de Londres avec ses conseillers. Ils s’accordent pour avouer l’incapacitĂ© du gouvernement Ă  maĂźtriser la rĂ©bellion par la force, et s’apprĂȘtent Ă  nĂ©gocier[21].

On ne sait pas exactement Ă  quel point Richard, ĂągĂ© de seulement quatorze ans, s’est impliquĂ© dans les dĂ©libĂ©rations, bien que certains historiens suggĂšrent qu’il y a contribuĂ© activement[4]. Le roi tente de quitter la tour par le fleuve le 13 juin, mais la foule prĂ©sente Ă  Greenwich rend impossible toute sortie de l’eau, et il doit retourner d’oĂč il vient[22]. Le jour suivant, vendredi 14 juin, il part Ă  cheval et rencontre les rebelles Ă  Mile End[23],[24]. Le roi accepte alors toutes les demandes des rebelles, promettant de les affranchir et mĂȘme de les amnistier s’ils acceptent de rentrer chez eux, mais cela ne fait que les enhardir et ils poursuivent leur campagne de pillages et de meurtres[25],[26]. Profitant de l’absence du roi, des rebelles restĂ©s Ă  Londres prennent d’assaut la tour de Londres et tuent le lord chancelier et archevĂȘque de CantorbĂ©ry Simon Sudbury et le lord trĂ©sorier Robert de Hales, ainsi que d’autres membres du gouvernement compromis[27]. Richard rencontre Ă  nouveau Wat Tyler le lendemain Ă  Smithfield, et rĂ©pĂšte que les souhaits des rebelles seront exaucĂ©s, mais le leader rebelle n’est pas convaincu de la sincĂ©ritĂ© du roi. Les hommes du roi demeurent rĂ©calcitrants Ă  appliquer toutes les volontĂ©s des rebelles. Une altercation Ă©clate et William Walworth, lord-maire de Londres, pousse Tyler de son cheval et le tue[28]. La situation devient trĂšs tendue lorsque les rebelles rĂ©alisent ce qui s’est passĂ©, mais le roi agit avec calme et, en disant « Je suis votre capitaine, suivez-moi ! Â», il Ă©carte l’attroupement de la scĂšne du crime[Note 5]. Pendant ce temps, Walworth rĂ©unit une force pour encercler l’armĂ©e rebelle, mais le roi demande la clĂ©mence et permet aux rebelles de se disperser et de rentrer chez eux[29].

Le roi rĂ©voque rapidement la charte des libertĂ©s et, comme les manifestations se poursuivent dans d’autres parties du pays, il va personnellement dans l’Essex pour mettre fin Ă  la rĂ©bellion. Le 28 juin, il dĂ©fait Ă  Billericay les derniers rebelles au cours d’une brĂšve escarmouche, mettant dĂ©finitivement un terme Ă  la rĂ©volte des paysans[20]. MalgrĂ© son jeune Ăąge, Richard montre beaucoup de courage et de dĂ©termination dans sa prise en main de la rĂ©bellion. Il est probable que ces Ă©vĂ©nements ont alertĂ© le roi vis-Ă -vis des dangers de la dĂ©sobĂ©issance et de la peur Ă  l’endroit de l’autoritĂ© royale, inspirant ainsi son rĂšgne en monarque absolu, absolutisme qui entraĂźnera sa chute[4].

Véritables débuts politiques

Ce n’est qu’avec la rĂ©volte des paysans que Richard commence Ă  ĂȘtre mentionnĂ© significativement dans les annales[30]. Le 20 janvier 1382[4], il se marie avec Anne de BohĂȘme, fille de Charles IV, roi de BohĂȘme et empereur du Saint-Empire romain germanique, et d’Élisabeth de PomĂ©ranie[31],[Note 6]. Ce mariage a une signification diplomatique, puisqu’en ces temps oĂč l’Europe est divisĂ©e par le grand schisme d’Occident, la BohĂȘme et le Saint-Empire romain germanique sont des alliĂ©s potentiels pour l’Angleterre dans la guerre de Cent Ans face Ă  la France[Note 7]. Toutefois, ce mariage n’est pas trĂšs populaire en Angleterre. MalgrĂ© les sommes importantes allouĂ©es au Saint-Empire, l’alliance politique ne permet aucune victoire militaire[32]. Anne meurt en 1394, sans laisser d’hĂ©ritier Ă  Richard[33].

Michael de la Pole est intervenu dans les nĂ©gociations pour le mariage[4] ; il a la confiance du roi et s’implique de plus en plus Ă  la cour et au gouvernement au fur et Ă  mesure que Richard devient en Ăąge de gouverner. Ce fils de commerçants ambitieux[Note 8] est fait Lord chancelier par Richard en 1383, puis comte de Suffolk deux ans plus tard, ce qui contrarie la noblesse de l’époque[34]. Un autre proche du roi est Robert de Vere, comte d'Oxford, le neveu d'Aubrey de Vere. Il apparaĂźt comme le favori du roi Ă  ce moment. Le lignage de De Vere, bien que trĂšs ancien, est relativement modeste au sein de la noblesse anglaise[35] et son amitiĂ© avec le roi n’est pas non plus apprĂ©ciĂ©e par les autres nobles. Ce mĂ©contentement est exacerbĂ© par l’élĂ©vation de De Vere au nouveau rang de duc d'Irlande en 1386[36]. Le chroniqueur Thomas Walsingham suggĂšre que la relation entre le roi et De Vere Ă©tait de nature homosexuelle[37].

Carte historique du Grand Schisme d'Occident.     Ă‰tats reconnaissant le pape de Rome     Ă‰tats reconnaissant le pape d'Avignon     Ă‰tats ayant changĂ© d'obĂ©dience durant le schisme

Le conflit franco-anglais est encore vif : la flotte franco-castillane menace rĂ©guliĂšrement les cotes anglaises. Jean de Gand y voit l’occasion de faire valoir ses prĂ©tentions royales en Espagne. Il compte sur l’aide du roi du Portugal pour monter une coalition anglo-arago-portugaise et mener une expĂ©dition en Castille. Il demande 60 000 livres au parlement en soulignant que cela permettrait de mettre fin aux raids franco-castillans qui gĂȘnent le commerce en Manche[38]. Pour faire bonne figure, il obtient d’Urbain VI que cette expĂ©dition soit considĂ©rĂ©e comme une croisade contre le roi clĂ©mentiste de Castille. Le parlement refuse pour deux raisons: le dĂ©part de l’homme fort du pays juste aprĂšs la rĂ©volte des paysans est jugĂ© risquĂ© et il semble plus judicieux d’investir dans une croisade en Flandres pour dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts commerciaux anglais contre l’avancĂ©e française que reprĂ©sente le mariage de Philippe le Hardi avec Marie de Flandre : l’homme fort du royaume de France est l’hĂ©ritier du comtĂ© et prend pied en Brabant[38].

Tandis que la volontĂ© de la cour est de nĂ©gocier, Jean de Gand et Thomas de Woodstock font pression pour organiser une campagne Ă  grande Ă©chelle pour protĂ©ger les possessions anglaises en France[4]. Une opportunitĂ© se prĂ©sente avec les prĂ©mices d’une rĂ©volte dans les Flandres. L’éventualitĂ© du renversement du comte Louis de Male lors de la rĂ©volte est vue d’un bon Ɠil en Angleterre, mĂȘme si on tarde Ă  intervenir. Il en est effet dĂ©licat pour le gouvernement anglais de soutenir une rĂ©bellion alors qu’il vient seulement de mettre un terme Ă  celle qui touchait l’Angleterre. Le jeune Charles VI entre lui rapidement en guerre, envoyant ses troupes vers les Flandres : il Ă©crase les rebelles Ă  la bataille de Roosebeke mais ne s’éternise pas car il doit mettre au pas les villes rebelles françaises, Ă  commencer par Paris, aprĂšs l’exemple donnĂ© en Flandre[39]. Le parlement, inquiet pour Calais, finit par donner son accord Ă  cette expĂ©dition le 23 fĂ©vrier 1383. C’est en fait une croisade urbaniste qui est envoyĂ©e (le contrĂŽle de Bruges est un enjeu Ă©conomique majeur pour les deux papes car le produit de la fiscalitĂ© pontificale en Europe du Nord y transite[40]) menĂ©e par Henri le Despencer, Ă©vĂȘque de Norwich et financĂ©e Ă  grand renforts d’indulgences[4]. Les Anglais profitent du retrait de Charles VI pour prendre les villes de Bourbourg, Bergues et Gravelines[41]. L’expĂ©dition tourne au fiasco quand les Français montent une contre-croisade clĂ©mentiste et rassemblent une armĂ©e Ă  Arras. L’évĂȘque de Norwich se replie piteusement. A son retour, on lui demande des comptes et une procĂ©dure d’impeachment est intentĂ©e contre lui[42].

Devant cet Ă©chec sur le continent, Richard se retourne contre l’alliĂ© de la France, l’Écosse. En 1385, le roi lui-mĂȘme mĂšne une expĂ©dition punitive au nord, mais sans succĂšs, et son armĂ©e revient sans mĂȘme avoir engagĂ© le combat avec les forces Ă©cossaises[43]. Cet Ă©chec porte atteinte Ă  son crĂ©dit, d’autant que pendant ce temps, les Écossais supplĂ©Ă©s par une force française menĂ©e par Jean de Vienne ravagent le Northumberland[44]. Au mĂȘme moment, une simple Ă©meute Ă  Gand empĂȘche l’invasion française au sud de l’Angleterre[45]. Les relations entre Richard et son oncle se dĂ©tĂ©riorent rapidement au grĂ© des dĂ©boires militaires. La victoire portugaise sur les castillans Ă  Aljubarotta ouvre de nouvelles perspectives Ă  Jean de Gand et donne au roi d’Angleterre l’occasion d’éloigner son puissant oncle. Le 8 mars 1386, Richard II le reconnaĂźt comme roi de Castille Ă  charge pour lui de la conquĂ©rir[42]. Alors que des rumeurs de complot contre sa personne circulent, Jean de Gand quitte l’Angleterre le 9 juillet Ă  la tĂȘte de 7000 hommes[4]. Avec son dĂ©part, Thomas de Woodstock, devenu duc de Gloucester et Richard FitzAlan, 11e comte d'Arundel, deviennent les leaders non officiels des opposants au roi et Ă  ses courtisans[4].

Intervention des Lords Appelants

Robert de Vere s’échappant de la bataille de Radcot Bridge (Froissart).

En envoyant une expĂ©dition en Castille, l’Angleterre prend le risque de dĂ©clencher un conflit majeur avec la France. Charles VI ne manque pas cette occasion de prĂ©parer une forte armĂ©e, et la menace d’une invasion française prend de l’ampleur en 1386. Elle n’a finalement jamais lieu, sur conseil du duc de Berry, oncle du roi de France[46]. Au cours de la session parlementaire d’octobre de cette annĂ©e, Michael de la Pole – en tant que Lord chancelier – demande une taxation d’un niveau sans prĂ©cĂ©dent pour assurer la dĂ©fense du royaume[47]. PlutĂŽt que de consentir Ă  sa requĂȘte, le parlement demande la dĂ©mission du chancelier comme condition nĂ©cessaire avant de rĂ©pondre Ă  une quelconque demande[48]. On prĂ©sume que cette assemblĂ©e, qui sera connue plus tard sous le nom d’« admirable parlement Â», travaillait avec le soutien de Woodstock et FitzAlan[4],[49]. Le roi rejette dans un premier temps cette demande[50]. Ce n’est que lorsqu’il est menacĂ© de destitution qu’il est forcĂ© d’accepter, laissant partir de la Pole[51]. Celui-ci est jugĂ© et condamnĂ© pour divers chefs d’accusations, parmi lesquels des mauvaises utilisations de fonds ou des fraudes[52]. Une commission est chargĂ©e de revoir et contrĂŽler les finances royales pour un an[53].

Richard est profondĂ©ment perturbĂ© par cet affront fait Ă  son autoritĂ© royale. De fĂ©vrier Ă  novembre 1387, il se lance dans une grande campagne dans le pays pour rassembler des soutiens autour de lui[54]. En Ă©tablissant Robert de Vere juge de Chester, il pose les fondements d’un pouvoir militaire loyal dans le Cheshire[55]. Il assure Ă©galement la lĂ©gitimitĂ© du juge en chef Robert Tresilian, qui soutient le roi dans l’idĂ©e que le parlement a agi dans l’illĂ©galitĂ© et avec traĂźtrise[56].

À son retour Ă  Londres, le roi se retrouve confrontĂ© Ă  Woodstock, FitzAlan et Thomas Beauchamp, 12e comte de Warwick, qui accusent de trahison[Note 9] de la Pole, de Vere, Tresilian et deux autres loyalistes : le maire de Londres Nicolas Brembre, et Alexandre Neville, l’archevĂȘque de York[57]. Ils les accusent notamment d’avoir conseillĂ© au roi de traiter avec la France, et de lui livrer Calais. Ces accusations ne semblent pas fondĂ©es, mais elles permettent aux opposants au roi de s’assurer le soutien du peuple, qui dĂ©jĂ  n’apprĂ©cie guĂšre certains des favoris du roi et est enclin Ă  croire Ă  ces accusations[58]. Richard cherche Ă  gagner du temps dans les nĂ©gociations, espĂ©rant une arrivĂ©e de De Vere en provenance du Cheshire avec des renforts militaires[59]. Les trois comtes unissent alors leurs forces avec Henri, comte de Derby, fils de Jean de Gand et futur roi Henri IV, et Thomas de Mowbray, comte de Nottingham – ce groupe est connu sous le nom des « Lords Appelants Â». Le 20 dĂ©cembre 1387, ils interceptent de Vere Ă  la bataille de Radcot Bridge, et le contraignent Ă  quitter le pays[60].

Richard n’a alors plus de recours possible et doit accepter les demandes de ses opposants. Brembre et Tresilian sont condamnĂ©s et exĂ©cutĂ©s, tandis que de Vere et de la Pole – qui a dĂ©sormais lui aussi quittĂ© le pays – sont condamnĂ©s Ă  mort par contumace lors de l’« impitoyable parlement Â» de fĂ©vrier 1388[Note 10]. Mais les appelants vont encore plus loin et des chevaliers de Richard sont Ă©galement exĂ©cutĂ©s, parmi lesquels Burley[61]. Ils parviennent ainsi Ă  briser intĂ©gralement le cercle de favoris autour du roi[4].

Restauration de l’autoritĂ© royale

Gestion du conflit avec la France

Richard rĂ©tablit petit Ă  petit un semblant d’autoritĂ© royale les mois suivant l’impitoyable parlement, grĂące Ă  trois facteurs. Tout d’abord, la politique Ă©trangĂšre agressive menĂ©e par les « Lords appelants Â» Ă©choue. En effet, leurs efforts pour construire une large coalition contre la France ne mĂšnent Ă  rien et le Nord de l’Angleterre est victime d’une incursion Ă©cossaise[62]. Ensuite, Richard a maintenant 21 ans passĂ©s et peut dĂ©sormais rĂ©clamer avec confiance le droit de gouverner lui-mĂȘme[63]. Enfin, Jean de Gand revient en Angleterre en 1389 et une fois son diffĂ©rend avec le roi rĂ©glĂ©, le vieil homme d’État agit comme modĂ©rateur auprĂšs des politiques anglais[64]. En France le jeune Charles VI qui lui aussi subissait la tutelle de ses oncles, vient de prendre le pouvoir. Richard s’en inspire et le 3 mai 1389, il renvoie ses tuteurs[65]. Insistant sur le fait que ses dĂ©boires passĂ©s sont uniquement liĂ©s Ă  de mauvais conseillers, il remplace les principaux membres du gouvernement. Il veille toutefois Ă  choisir des hommes en qui ses ennemis ont une certaine confiance pour ne pas les inquiĂ©ter[66]. Il dessine une politique bien diffĂ©rente de celle des appelants, cherchant Ă  faire la paix et Ă  se rĂ©concilier avec la France, et promet que cela permettra d’allĂ©ger le fardeau des taxes qui pĂšsent sur le peuple anglais[63]. Il gouverne paisiblement lors des huit annĂ©es suivantes, s’étant rĂ©conciliĂ© avec ses adversaires d’autrefois[4]. Les Ă©vĂ©nements montrent plus tard qu’il n’a toutefois pas oubliĂ© ce qu’il a subi auparavant, notamment l’exĂ©cution de Simon de Burley qu’il lui est difficile d’oublier[67].

MĂȘme si Charles VI et ses conseillers (les marmousets sont liĂ©s Ă  l’entourage du pape d’Avignon[68]) veulent aussi parvenir Ă  la paix, des motifs de tension avec la France persistent. En 1390, Charles VI veut prendre le flambeau d’une croisade en Italie pour mettre fin au Grand Schisme en installant ClĂ©ment VII Ă  Rome et pour prendre Naples pour son cousin Louis II d'Anjou en conflit avec les Angevins de Hongrie[69]. D’une part, l’Angleterre est dans l’obĂ©dience du pape de Rome et d’autre part, cela ferait passer la Provence et le Sud de l’Italie sous contrĂŽle des Valois. Le frĂšre du roi de France, Louis d'OrlĂ©ans mariĂ© Ă  Valentine de Visconti, qui y voit l’occasion de se tailler dans les États papaux une principautĂ© Ă  la mesure de ses ambitions, nĂ©gocie le soutien de son beau-pĂšre Louis Ier d'OrlĂ©ans dans cette expĂ©dition. Richard II y met le holĂ  et fait dire que si l’armĂ©e française part en Italie, l’armĂ©e anglaise traversera la Manche[70]. Ceci met fin au projet de Charles VI qui accepte le 24 fĂ©vrier 1391 le principe d’une rencontre au sommet[70]. Des hommes tels que LĂ©on d'ArmĂ©nie ou Philippe de MĂ©ziĂšres jouent de leur influence des deux cĂŽtĂ©s de la Manche pour obtenir la paix et une croisade commune contre les Turcs. L’entrevue des reprĂ©sentants de ClĂ©ment VII et de LĂ©on d’ArmĂ©nie, qui doivent sceller la rĂ©conciliation par une croisade, doit avoir lieu Ă  Amiens au carĂȘme 1392. Le 31 mars, Jean de Gand rencontre le roi de France et il demande de conserver Calais, le comtĂ© de Poitou et le DuchĂ© de Guyenne (les Anglais ne contrĂŽlent plus en Aquitaine que Bordeaux alors qu’ils avaient obtenus en 1361 le tiers du royaume de France) et que soit payĂ©e la rançon de Jean le Bon.

Une fois la stabilitĂ© politique rĂ©tablie, Richard commence Ă  nĂ©gocier une paix durable avec la France. Une proposition faite en 1393 offre Ă  l’Angleterre la possession de l’Aquitaine. Toutefois, elle n’est pas entĂ©rinĂ©e car la condition suivant laquelle le roi d’Angleterre devait rendre hommage au roi de France Ă©tait inacceptable pour le peuple anglais[71]. Les nĂ©gociations pour la paix peuvent trĂšs bien prendre fin lorsque Charles VI prĂ©sente ses premiers symptĂŽmes de folie, laissant le gouvernement français dans une situation inconfortable. Mais Richard dĂ©cide finalement de ne pas tenter de profiter de ces Ă©vĂšnements et signe une premiĂšre trĂȘve, qui devra ĂȘtre suivie d’autres nĂ©gociations[72].

Tandis qu’il cherche Ă  faire la paix avec la France, Richard a une approche trĂšs diffĂ©rente de la situation en Irlande. Les territoires sous domination anglaise en Irlande sont menacĂ©s, et les seigneurs anglo-irlandais demandent au roi d’intervenir[73]. La trĂȘve avec la France offre une trĂšs bonne occasion pour intervenir dans ce pays oĂč la couronne anglaise n’a que trĂšs peu d’influence. Un premier dĂ©part est ajournĂ© Ă  cause de la mort de la reine Anne le 7 juin 1394. Cet Ă©vĂ©nement touche profondĂ©ment le roi[74]. Finalement, Ă  l’automne 1394, Richard part pour l’Irlande, oĂč il reste jusqu’en mai 1395. Son armĂ©e, composĂ©e de 8 000 hommes, est alors la plus grande force Ă  dĂ©barquer sur l’üle[75]. La campagne est fructueuse et de nombreux chefs de clans irlandais se soumettent Ă  la souverainetĂ© anglaise[76]. Cette opĂ©ration est une des plus grandes rĂ©alisations du rĂšgne de Richard, et elle contribue Ă  renforcer la popularitĂ© du roi en Angleterre, mĂȘme si la consolidation de la position anglaise en Irlande est de courte durĂ©e[4]. DĂšs son retour, Richard reprend les nĂ©gociations avec la France. C’est finalement une trĂȘve de 28 ans qui est signĂ©e en 1396[77],[78], les accords pour une Ă©ventuelle paix Ă©tant bloquĂ©s par les visions des deux pays sur la ville de Calais[79]. Ce traitĂ© comprend notamment le mariage de Richard avec Isabelle de Valois, fille de Charles VI de France. Certaines craintes entourent ce mariage, car la princesse n’a que six ans et ne peut donner naissance Ă  un hĂ©ritier avant de nombreuses annĂ©es[Note 11].

DerniÚres années tyranniques

À la fin des annĂ©es 1390 commence la pĂ©riode du rĂšgne de Richard II que les historiens qualifient de « tyrannique Â»[80]. AprĂšs avoir tout au long de son rĂšgne rĂ©compensĂ© ses ennemis, Richard rĂ©habilite ceux qui l’avaient autrefois soutenu, notamment les juges qui avaient affirmĂ© son droit de gouverner seul qui sont rappelĂ©s d’Irlande. La plupart des autres exilĂ©s sont morts en exil, notamment Robert de Vere dont Richard fait rapatrier le corps pour qu’il soit inhumĂ© en Angleterre[81]. Le Parlement de 1397 s’ouvre sur la proposition du roi d’accompagner Charles VI dans sa campagne en Italie, afin de sceller l’amitiĂ© avec la France[82]. Les Communes, ne voyant pas d’un trĂšs bon Ɠil cette campagne et les frais qui l’accompagnent, rĂ©digent une pĂ©tition relevant notamment les fortes dĂ©penses de la maison royale. Le roi, vexĂ© par ce qu’il considĂšre comme un affront Ă  ses prĂ©rogatives, rejette le contenu de cette pĂ©tition, bafouant un des droits des Communes[83]. Le roi arrĂȘte Woodstock, FitzAlan et Beauchamp en juillet 1397. On connaĂźt mal les raisons de ces arrestations : mĂȘme si une chronique suggĂšre qu’un complot Ă©tait prĂ©vu contre le roi, aucun indice ne confirme cette hypothĂšse[84]. Il est plus probable que Richard, se sentant dĂ©sormais assez fort, a dĂ©cidĂ© de se venger des Ă©vĂ©nements de 1386-88 et d’éliminer d’éventuels ennemis[85]. Lors de la session parlementaire de septembre 1397, FitzAlan est le premier Ă  ĂȘtre mis Ă  l’épreuve. AprĂšs une chaude querelle avec le roi, il est condamnĂ© et exĂ©cutĂ©[86]. Quand vient le tour de Thomas Woodstock, le comte de Nottingham annonce la mort de celui-ci alors qu’il Ă©tait son prisonnier Ă  Calais. Il est probable que Richard a commanditĂ© le meurtre de Woodstock, Ă©vitant ainsi de devoir exĂ©cuter un prince de sang[87]. Thomas Beauchamp est Ă©galement condamnĂ© Ă  mort, mais sa vie est finalement Ă©pargnĂ©e et il est exilĂ©. Il en est de mĂȘme pour le frĂšre de FitzAlan, Thomas Arundel, archevĂȘque de CantorbĂ©ry[88]. Les persĂ©cutions de Richard se portent ensuite sur la province. Tandis qu’il s’assure de nouveaux soutiens dans divers comtĂ©s, il s’en prend Ă  diffĂ©rents membres des instances locales qui avaient Ă©tĂ© loyaux aux appelants. Les amendes levĂ©es sur ces hommes amĂšnent des revenus importants Ă  la couronne, mais la lĂ©galitĂ© de ces procĂ©dures demeure incertaine pour les chroniqueurs[4].

Jean de Gand a été au centre des politiques anglaises pendant plus de trente ans, et sa mort en 1399 conduit à une insécurité.

Ces actions ont Ă©tĂ© rendues possibles par la collusion de Jean de Gand, mais Ă©galement par le soutien de nombreux hommes qui doivent leur prĂ©Ă©minence Ă  Richard, et qui sont dĂ©sobligeamment appelĂ©s « Duketti Â»[89]. Jean et Thomas Holland, le demi-frĂšre et le neveu du roi, respectivement comtes de Huttingdon et de Kent, sont promus aux rangs de ducs d’Exeter et de Surrey. Parmi les autres loyalistes on compte Jean de Beaufort, comte de Somerset, Édouard d'York, comte de Rutland, John Montacute, comte de Salisbury, et Thomas le Despenser[Note 12]. Le roi peut dĂšs lors rĂ©compenser tous ces hommes avec les terres confisquĂ©es aux appelants et leurs proches et avec les revenus correspondant Ă  leurs nouveaux rangs[90].

Mais une menace Ă  l’autoritĂ© de Richard persiste avec la dynastie des Lancastre reprĂ©sentĂ©e par Jean de Gand et son fils Henri de Bollingbroke, comte de Derby. Les Lancastre ne sont pas seulement la plus riche famille d’Angleterre, ils sont de lignĂ©e royale, et ainsi des candidats Ă  la succession de Richard, qui n’a pas d’enfant[91]. Une querelle Ă©clate dans le cercle trĂšs fermĂ© de la cour en dĂ©cembre 1397 entre Henri et Thomas Mowbray – qui sont devenus respectivement duc de Hereford et duc de Norfolk[90]. Selon Henri, Mowbray aurait dĂ©clarĂ© qu’ils allaient tous deux pouvoir prĂ©tendre Ă  la succession au trĂŽne, en tant qu’anciens « Lords appelants Â». Mowbray nie avoir tenu ces propos, qui sont assimilables Ă  de la trahison[89]. Un comitĂ© parlementaire dĂ©cide qu’ils doivent rĂ©gler ce problĂšme par un duel mais, au dernier moment, Richard choisit de les exiler, Thomas Mowbray Ă  vie et Henri de Bollingbroke pour dix ans[92]. Le 3 fĂ©vrier 1399, Jean de Gand meurt. PlutĂŽt que de faire d’Henri son hĂ©ritier, Richard prolonge son exil indĂ©finiment et le dĂ©shĂ©rite[93]. Il se sent alors un peu plus en sĂ©curitĂ©, Henri vivant dĂ©sormais Ă  Paris. Toutefois, il n’est pas complĂštement Ă  l’abri, car les Français, qui s’intĂ©ressent Ă  tout ce qui peut perturber Richard et sa politique de paix, n’ont pas accueilli Henri par hasard[94]. Richard quitte le pays en mai pour une nouvelle expĂ©dition en Irlande[95]

Destitution et mort

Richard, arrĂȘtĂ© par Henry Percy, comte de Northumberland (Froissart).

En juin 1399, Louis Ier d’OrlĂ©ans prend le contrĂŽle de la cour de Charles VI de France, devenu fou. La politique de « rapprochement Â» avec la couronne anglaise ne convient pas aux ambitions politiques de Louis. C’est pourquoi il juge opportun de laisser Henri de Bollingbroke retourner en Angleterre[96]. Avec un petit groupe de partisans, Henri dĂ©barque Ă  Ravenspurn, dans le Yorkshire, Ă  la fin du mois de juin 1399[97]. Des hommes venus des quatre coins du pays s’allient bientĂŽt Ă  lui. Lorsqu’il rencontre Henry Percy, comte de Northumberland, qui a ses propres dĂ©saccords avec le roi, Bolingbroke prĂ©cise bien que son seul objectif est de rĂ©cupĂ©rer ses biens. Percy le prend au mot et dĂ©cide de ne pas se mĂȘler de cela[98]. La plupart des chevaliers et hommes de confiance du roi l’ont suivi en Irlande, et Henri ne rencontre pas rĂ©ellement de rĂ©sistance lors de sa campagne vers le sud. Edmond de Langley, duc d'York, chargĂ© de protĂ©ger le royaume en l’absence du roi, n’a guĂšre d’autres solutions que de prendre le parti d’Henri[99]. Pendant ce temps, le retour d’Irlande de Richard est retardĂ© et il ne dĂ©barque pas au pays de Galles avant le 24 juillet[100]. Il prend alors la direction de Conwy oĂč il rencontre le comte de Northumberland le 12 aoĂ»t pour nĂ©gocier[101]. Une semaine plus tard, Richard II se rend Ă  Henri au chĂąteau de Flint contre la promesse d’avoir la vie sauve[102]. Les deux hommes rentrent alors Ă  Londres, le roi prisonnier faisant toute la route derriĂšre Henri. À son arrivĂ©e le 1er septembre, il est enfermĂ© dans la tour de Londres[103],[26].

Henri est maintenant fermement rĂ©solu Ă  monter sur le trĂŽne, mais il lui faut justifier cette action[4]. Il est souvent dit que Richard, du fait de sa tyrannie et de sa mauvaise gouvernance, s’est rendu lui-mĂȘme indigne d’ĂȘtre roi[104]. Toutefois, Henri n’est pas le mieux placĂ© dans l’ordre de succession au trĂŽne ; l’hĂ©ritier est en fait Edmund Mortimer, qui descend du second fils d’Édouard III, Lionel d'Anvers. Le pĂšre d’Henri, Jean de Gand, n’est que le troisiĂšme fils d’Édouard III[105]. Il rĂšgle ce problĂšme en soulignant le fait qu’il descend d’une ligne directe « mĂąle Â» tandis que Mortimer est hĂ©ritier par sa grand-mĂšre[Note 13]. Officiellement, Richard accepte volontairement de laisser sa couronne Ă  Henri le 29 septembre[106]. Bien que cela soit peu probable, le Parlement rĂ©uni le 30 septembre accepte la dĂ©mission de Richard. Henri est couronnĂ© Henri IV d’Angleterre le 13 octobre[107].

La destinĂ©e exacte de Richard aprĂšs sa destitution n’est pas trĂšs claire. Il reste dans la tour de Londres avant d’ĂȘtre emmenĂ© au chĂąteau de Pontefract peu de temps avant la fin de la guerre[108]. Bien que le roi Henri lui ait, dans un premier temps, promis la vie, il change rapidement d’avis lorsque les comtes d’Huntingdon, Kent, Somerset et Rutland, ainsi que Thomas le Despenser – tous dĂ©chus du rang que Richard leur avait offert – commencent Ă  comploter pour assassiner le nouveau roi et restaurer Richard au pouvoir[109]. Bien qu’il l’ait anticipĂ©, ce complot montre les risques qu’encourt Henri s’il laisse Richard en vie. Richard meurt en captivitĂ© aux alentours du 14 fĂ©vrier 1400, bien que de sĂ©rieux doutes planent quant Ă  la date exacte et la cause rĂ©elle de sa mort[4]. Le corps est emmenĂ© dans la cathĂ©drale Saint-Paul le 17 fĂ©vrier, avant d’ĂȘtre enterrĂ© dans l’église de Kings Langley le 6 mars. Des rumeurs selon lesquelles Richard serait toujours en vie persistent un temps, mais ne gagnent jamais vraiment de crĂ©dit en Angleterre[110]. En Écosse un homme identifiĂ© comme Richard est logĂ© dans le chĂąteau de Stirling par le duc d’Albanie Robert Stuart et se dit ĂȘtre un personnage important, responsable de plusieurs intrigues Lollards et contre les Lancastre en Angleterre. Le gouvernement d’Henri IV dĂ©nonce une imposture, et plusieurs sources de part et d’autre de la frontiĂšre suggĂšrent que l’homme en question souffre de troubles mentaux. Il est mĂȘme dĂ©crit par certains comme un mendiant au moment de sa mort en 1419. Il est toutefois enterrĂ© comme un roi dans le monastĂšre dominicain de Stirling. Pendant ce temps, en 1413, Henri V – dans l’optique d’expier la faute de son pĂšre et de faire taire les rumeurs sur Richard – dĂ©cide de dĂ©placer le corps de Richard vers sa derniĂšre demeure Ă  l’abbaye de Westminster. LĂ , Richard a lui-mĂȘme prĂ©parĂ© une tombe Ă©laborĂ©e oĂč se trouve dĂ©jĂ  le corps de sa femme Anne[111].

La personnalité de Richard II

CaractĂšre et image

Les historiens contemporains, mĂȘme les moins favorables au roi, s’accordent pour dire que Richard est un « trĂšs beau roi Â», avec « une figure blanche, ronde et fĂ©minine Â». Il manque d’ailleurs de virilitĂ©[112]. Il est grand et athlĂ©tique[Note 14],[113] Il est intelligent et s’exprime bien, mĂȘme s’il a tendance Ă  bĂ©gayer quand quelque chose le tourmente[114]. Le portrait de l’abbaye de Westminster semble ĂȘtre une reprĂ©sentation honnĂȘte du roi, mais le Wilton Diptych le montre bien plus jeune qu’il ne l’est Ă  l’époque de sa rĂ©alisation[115]. Il est catholique et devient Ă  la fin de son rĂšgne un opposant Ă  l’hĂ©rĂ©sie Lollard[116]. Il se dĂ©voue particuliĂšrement au culte d’Édouard le Confesseur et, aux environs de 1395, ses armoiries se voient ajouter le blason d’Édouard le Confesseur[4]. Il n’est pas un roi guerrier Ă  l’image de son grand-pĂšre, mais apprĂ©cie nĂ©anmoins les tournois et les chasses[117].

Portrait anonyme de Richard II au XIXe siĂšcle.

La piĂšce Richard II de William Shakespeare contribue fortement Ă  bĂątir l’image de Richard auprĂšs du grand public. Dans la piĂšce, Richard est un roi irresponsable, cruel et rancunier, qui n’accĂšde Ă  un semblant de splendeur qu’une fois destituĂ©[118]. Il ne s’agit cependant que d’une fiction et Shakespeare fait de nombreuses omissions et prend quelques libertĂ©s dans la rĂ©daction de son Ɠuvre. Il base sa piĂšce sur les travaux d’Édouard Hall et Samuel Daniel, qui s’inspirent eux-mĂȘmes de chroniqueurs comme Thomas Walsingham[119]. Hall et Daniel sont des historiens de la dynastie des Tudor, hostiles Ă  Richard[120]. La vision des Tudor, renforcĂ©e par Shakespeare, voit une continuitĂ© dans les dĂ©sordres civils s’étalant des mauvais choix de Richard jusqu’à l’accession au trĂŽne d’Henri VII en 1485[121]. L’idĂ©e suivant laquelle Richard tient une large part de responsabilitĂ© dans la guerre des Deux-Roses reste dominante jusqu’au XIXe siĂšcle, mais est remise en cause au cours du XXe siĂšcle[122]. Les historiens modernes prĂ©fĂšrent Ă©tudier la guerre des Deux-Roses indĂ©pendamment du rĂšgne de Richard II[123].

L’équilibre mental de Richard est un sujet majeur de discussion depuis que les premiers historiens acadĂ©miques se sont intĂ©ressĂ©s au sujet au XIXe siĂšcle. Un des premiers historiens modernes Ă  travailler sur la personnalitĂ© de Richard II est l’évĂȘque William Stubbs. Pour celui-ci, Richard souffre, Ă  la fin de son rĂšgne, d’un certain dĂ©sĂ©quilibre mental[124]. Selon l’historien Anthony Steel, qui a Ă©crit une biographie complĂšte du roi, Richard souffre de schizophrĂ©nie[125]. Cette hypothĂšse est par la suite remise en cause par Vivian Hunter Galbraith pour qui aucune base historique ne valide un tel diagnostic[126]. Il est suivi par d’autres historiens, comme Anthony Goodman et Anthony Tuck[4]. Nigel Saul, qui a Ă©crit une biographie de Richard II, concĂšde que – mĂȘme si ce n’est pas une base pour fonder un quelconque trouble mental – Richard II montre Ă  plusieurs reprises des signes de narcissisme[127].

Une des questions fondamentales concernant le rĂšgne de Richard est la raison de son Ă©chec final. Sa façon de rĂ©gner marque les prĂ©mices de la monarchie absolue, et sert plus tard d’exemple Ă  la dynastie des Tudor[128]. Plus rĂ©cemment, on a rapprochĂ© le concept de la royautĂ© de Richard Ă  celui de ses prĂ©dĂ©cesseurs, considĂ©rant que c’est en restant dans le cadre de la monarchie traditionnelle qu’il a pu mettre en Ɠuvre la plupart de ses rĂ©alisations[4],[129]. Toutefois, ses agissements sont trop extrĂȘmes. Ainsi, alors que l’absence de guerre aurait dĂ» provoquer une rĂ©duction des taxes, afin de maintenir Richard en bons termes avec le Parlement, ce n’est jamais rĂ©ellement le cas. En effet, l’opulence de la cour et la prĂ©sence d’artistes autour du roi sont des sources de dĂ©penses Ă©gales aux guerres, sans en apporter les mĂȘmes profits[130]. La confiance exclusive de Richard dans le comtĂ© du Cheshire diminue Ă©galement le soutien dont il bĂ©nĂ©ficie dans le reste du pays[131]. Ainsi, comme le conclut Simon Walker : « ce qu’il disait n’était, en termes contemporains, jamais injustifiĂ© ou inaccessible ; c’est la maniĂšre dont il cherchait Ă  l’atteindre qui l’a trahi Â»[129].

La culture de la cour

Richard vĂ©nĂ©rant la Vierge et l’Enfant, accompagnĂ© par ses saints-patrons : Edmond d'Est-Anglie, Édouard le Confesseur et Jean le Baptiste (de gauche Ă  droite)

Dans les derniĂšres annĂ©es de son rĂšgne, et particuliĂšrement aprĂšs l’élimination des « appelants Â» en 1397, Richard jouit d’un vĂ©ritable monopole du pouvoir dans le pays, une situation peu commune dans l’Angleterre mĂ©diĂ©vale[132]. À cette pĂ©riode, une culture de cour particuliĂšre Ă©merge, plus poussĂ©e que ce que l’on a pu connaĂźtre auparavant. Alors que le roi est auparavant appelĂ© simplement « your highness Â» (« votre grandeur Â»), on s’adresse maintenant Ă  lui rĂ©guliĂšrement comme « your royal majesty Â» (« votre majestĂ© royale Â») ou « your high majesty Â» (« votre haute majestĂ© Â»). On dit parfois que, lors de festivals solennels, le roi s’assoit sur son trĂŽne pendant des heures sans parler tandis que chaque personne qu’il regarde doit se mettre Ă  genou devant lui[133]. Ce haut respect de la dignitĂ© et toute cette somptuositĂ© sont importĂ©s des cours du continent ; non seulement les cours de France et de BohĂȘme, d’oĂč proviennent les deux femmes du roi, mais Ă©galement de la cour du Prince noir en Aquitaine[134].

L’approche de la royautĂ© de Richard prend racine dans sa forte croyance en la prĂ©rogative royale, inspirĂ©e dans son enfance par l’affront fait Ă  son autoritĂ© une premiĂšre fois par la rĂ©volte de paysans, puis par les « Lords appelants Â»[135]. Richard rejette l’approche de la noblesse qu’avait son grand-pĂšre Édouard III. La cour d’Édouard Ă©tait une cour militaire, fondĂ©e sur l’interdĂ©pendance entre Édouard et ses capitaines militaires de confiance[136]. Du point de vue de Richard, cela donne trop de pouvoir aux nobles. Pour Ă©viter d’avoir Ă  dĂ©pendre de la noblesse dans le domaine militaire, il mĂšne une politique de paix envers la France[130]. Dans le mĂȘme temps il dĂ©veloppe sa propre garnison, plus grande que celle de n’importe quel roi d’Angleterre avant lui, et lui donne des livrĂ©es portant son Ă©cusson et son emblĂšme, le Cerf blanc[137], Ă©galement portĂ©es par les anges dans le diptyque de Wilton. Il est ensuite libre de dĂ©velopper une atmosphĂšre courtoise dans laquelle le roi est une figure distante et vĂ©nĂ©rĂ©e, et les arts et la culture ont une place centrale[138].

Le mécénat et les arts

Le Westminster Hall au dĂ©but du XIXe siĂšcle

Toujours en vue de consolider son autoritĂ©, Richard tente de cultiver son image. Comme aucun roi d’Angleterre avant lui, son portrait est peint sur de somptueux tableaux Ă  sa gloire[139]. Deux de ces Ɠuvres sont parvenues jusqu’à nous : le portrait du roi grandeur nature de l’abbaye de Westminster (1390) et le diptyque de Wilton (1394-99), une Ɠuvre facilement transportable qui est vraisemblablement rĂ©alisĂ©e pour accompagner le roi lors de sa campagne en Irlande[140]. Il s’agit d’un des rares exemples anglais d’art gothique, qui se dĂ©veloppe Ă  l’époque dans les cours du continent, notamment Ă  Prague et Paris[141]. Les dĂ©penses de Richard en joyaux et riches textiles dĂ©passent de loin celles consacrĂ©es aux peintures mais, comme pour les enluminures, il paraĂźt peu probable de retrouver de tels objets que l’on puisse clairement associer Ă  Richard. Toutefois, on peut parler d’une couronne d’exception, « un des plus fins accomplissements de l’orfĂšvrerie gothique Â» qui aurait appartenu Ă  la reine Anne[Note 15].

Parmi les plus grands projets architecturaux de Richard, on compte Westminster Hall, qui est reconstruit en profondeur durant son rĂšgne[142], peut-ĂȘtre en rĂ©ponse Ă  la rĂ©alisation, en 1391, du magnifique hall du chĂąteau de Kenilworth par Jean de Gand. Quinze statues de rois Ă  taille humaine sont placĂ©es dans des niches creusĂ©es dans les murs, et la charpente rĂ©alisĂ©e par le charpentier du roi Hugh Herland, « la plus grande crĂ©ation de l’architecture mĂ©diĂ©vale en bois Â», permet de remplacer les trois ailes romanes par un vaste espace ouvert, avec un dais permettant Ă  Richard de s’asseoir en solitaire[Note 16].

La littĂ©rature est Ă©galement trĂšs importante Ă  la cour de Richard, car c’est Ă  cette pĂ©riode que l’anglais devient une langue littĂ©raire[4]. Peu d’indices permettent de lier directement Richard Ă  la poĂ©sie, mais c’est nĂ©anmoins au sein de sa cour que cet art devient florissant[143]. Le plus grand poĂšte de l’époque, Geoffrey Chaucer, sert le roi comme diplomate, douanier et clerc au King’s Works alors qu’il Ă©crit en parallĂšle la plupart de ses Ɠuvres les plus connues[144],[145]. Il est Ă©galement au service de Jean de Gand et Ă©crit Le Livre de la Duchesse, Ă©loge de Blanche de Lancastre, la femme de Jean de Gand[146]. Le collĂšgue et ami de Chaucer, John Gower, Ă©crit ses Confessio Amantis sur demande de Richard, bien qu’il se querelle avec lui quelques annĂ©es plus tard[147].

Armoiries

Les armoiries de Richard II connaissent trois Ă©volutions. À l’origine, il porte une brisure des armes de son pĂšre.
Cela donne : Ă©cartelĂ© en 1 et 4 d’azur semĂ© de fleurs de lys d’or et en 2 et 3 de gueules aux trois lĂ©opards d’or, Ă  un lambel d’argent brochant sur le tout, le pendant central chargĂ© d’une croix de gueules.

Quand son pÚre meurt en 1376, il hérite de la principauté de Galles et du blason paternel. La croix disparait du pendant central.
Cela donne :Ă©cartelĂ© en 1 et 4 d’azur semĂ© de fleurs de lys d’or et en 2 et 3 de gueules aux trois lĂ©opards d’or, Ă  un lambel d’argent brochant sur le tout.

Quand son grand-pĂšre Édouard III meurt en 1377, il hĂ©rite du royaume d’Angleterre et du blason de ses rois. Le lambel d’argent disparaĂźt. Les fleurs de lys sont plus petites et plus nombreuses.
Cela donne : Ă©cartelĂ© en 1 et 4 de gueules aux trois lĂ©opards d’or et en 2 d’azur semĂ© de fleurs de lys d’or.

Peu aprùs, il associe ses armes avec celles - mythiques - du roi Édouard le Confesseur. Une croix d’or s’ajoute.
Cela donne : parti en 1 d’azur, Ă  la croix fleuronnĂ©e d’or, accompagnĂ©e de cinq merlettes du mĂȘme, et en 2 Ă©cartelĂ© en 1 et 4 d’azur semĂ© de fleurs de lys d’or et en 2 et 3 de gueules aux trois lĂ©opards d’or.

Bibliographie

Chroniques

  • Chronicles of the Revolution, 1397-1400: The Reign of Richard II, ed. Chris Given-Wilson, Manchester University Press, Manchester, 1993. (ISBN 0719035260).
  • Jean Froissart, Chroniques, ed. Geoffrey Brereton, Penguin, Londres, 1979. (ISBN 0140442006).
  • Historia Vitae et Regni Ricardi Secundi, ed. George B. Stow, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 1977. (ISBN 181227718X).
  • Henry Knighton, Knighton's Chronicle 1337–1396, ed. G. H. Martin, Clarendon Press, Oxford, 1995. (ISBN 0198205031).
  • Thomas Walsingham (1862–4). Historia Anglicana 2 vols., ed. H. T. Riley, Longman, Roberts, and Green, Londres.

Sources secondaires

  • (en) Jonathan Alexander & Paul Binksi (eds), Age of Chivalry, Art in Plantagenet England, 1200-1400, Royal Academy/Weidenfeld & Nicholson, Londres, 1987
  • (en)Christopher Allmand, The Hundred Years War: England and France at War c.1300-c.1450, Cambridge, Cambridge University Press, 1988 (ISBN 0521319234) 
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Notes et références

Notes

  1. ↑ Les sources citent souvent l'abbaye Saint-AndrĂ© comme lieu de naissance de Richard, mais certains considĂšrent qu'il est nĂ© au palais archiĂ©piscopal (il se trouvait devant la mairie actuelle et derriĂšre la cathĂ©drale). Dans l'ouvrage MĂ©moire en images, Ă©d. Allan Sutton, 2002, Jacques ClĂ©ment et Patrice Gaudin prĂ©cisent que Richard II d'Angleterre est nĂ© Ă  Lormont, commune proche de Bordeaux, au chĂąteau de Lormont, dit « du Prince noir Â». Ainsi, de nombreuses incertitudes demeurent autour du lieu, voire de la date de naissance et de dĂ©cĂšs de Richard.
  2. ↑ Il s'agit de la date retenue officiellement, mais une dĂ©claration du roi de France Charles VI dĂ©plore sa mort le 26 janvier 1400, tandis que certains le pensent toujours en vie bien aprĂšs cette date
  3. ↑ Le frĂšre de Jean de Gand, Edmond de Langley, avait seulement un an de moins, mais il Ă©tait considĂ©rĂ© comme « limitĂ© Â», et n’intervint pas autant que Jean dans le gouvernement.
  4. ↑ Les prĂ©cĂ©dents du jeune Henri III d'Angleterre dont William Marshal assura la rĂ©gence en 1216 et de Louis IX de France dont la rĂ©gence fut assurĂ©e par la reine douairiĂšre Blanche de Castille n’ont donc pas Ă©tĂ© suivis cette fois.
  5. ↑ Certains historiens pensent que l’incident conduisant Ă  la mort de Wat Tyler avait Ă©tĂ© planifiĂ© Ă  l’avance par le conseil, de maniĂšre Ă  donner un terme Ă  la rĂ©bellion.
  6. ↑ Le mariage a Ă©tĂ© acceptĂ© le 2 mai 1381. Saul (1997), p. 87.
  7. ↑ L’Angleterre et le Saint-Empire romain germanique reconnaissent le pape Urbain VI Ă  Rome tandis que les Français traitent avec ClĂ©ment VII Ă  Avignon.
  8. ↑ On dit de lui au Parlement qu’il a Ă©tĂ© « Ă©levĂ© de petit propriĂ©taire au rang de comte Â».
  9. ↑ Le mot appeal Ă  l’origine des « Lords Appelants Â», dĂ©signait en loi mĂ©diĂ©vale une charge criminelle, souvent une trahison.
  10. ↑ Neville, en tant qu’homme d’Église, est privĂ© de ses biens temporels, Ă©galement par contumace, Saul (1997), pp. 192–3.
  11. ↑ Elle ne donne en fait jamais d’hĂ©ritier, car Richard meurt quatre ans plus tard, McKisack (1959), p. 476.
  12. ↑ Beaufort est le plus ĂągĂ© des enfants que Jean de Gand eut avec Katherine Swynford ; enfants illĂ©gitimes auxquels Richard donne une lĂ©gitimitĂ© en 1390. Il est nommĂ© marquis de Dorset ; marquis Ă©tant un titre relativement nouveau en Angleterre Ă  cette Ă©poque. Rutland, hĂ©ritier d’Edmond de Langley, est nommĂ© duc d’Aumale. Montacute succĂšde Ă  son oncle William Montacute comme comte de Salisbury un peu plus tĂŽt la mĂȘme annĂ©e. Despenser, petit-fils de Hugues Despencer le jeune, favori d’Édouard II d’Angleterre et exĂ©cutĂ© pour trahison en 1326, se voit offrir le comtĂ© de Gloucester
  13. ↑ Bien que la tradition soit de transmettre les comtĂ©s par lignĂ©e masculine, aucune tradition n’existe pour la succession au trĂŽne d’Angleterre. Un prĂ©cĂ©dent existe un France oĂč les prĂ©tentions pour le trĂŽne de France par le roi d’Angleterre ont Ă©tĂ© invalidĂ©es car passant par la lignĂ©e fĂ©minine, ce qui est Ă  l’origine de la guerre de Cent Ans.
  14. ↑ Quand sa tombe est ouverte en 1871, on s’aperçoit qu’il mesurait 1,83 mùtre.
  15. ↑ Alexander and Binski, pp. 202-3 et 506. Elle est mentionnĂ©e dans la collection royale de 1399 et accompagne Blanche, la fille d’Henri IV, lors de son mariage en BaviĂšre. Elle est toujours Ă  Munich Ă  l’heure actuelle. image Voir Ă©galement Richard's Treasure roll, The Institute of Historical Research and Royal Holloway. ConsultĂ© le 12 octobre 2008
  16. ↑ Alexander and Binski, pp. 506-7 et 515. Seulement six des statues, bien dĂ©gradĂ©es, persistent aujourd’hui, et le dais a Ă©tĂ© remodelĂ©, mais dans l’ensemble le hall demeure tel que Richard et son architecte Henri Yevele l’avaient laissĂ©.

Références

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Précédé par Richard II d'Angleterre Suivi par
Édouard III
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Roi d’Angleterre
Seigneur d’Irlande
Prétendant au trÎne de France
1377-1399
Henri IV
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