Revolution de Fevrier

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Revolution de Fevrier

Révolution de Février

La révolution de Février est la première étape de la Révolution russe de 1917. Elle conduit à l'abdication du tsar Nicolas II de Russie, à l'effondrement de la Russie impériale et à la fin de la dynastie des Romanov. Un gouvernement provisoire dirigé par Georgy Lvov remplace le régime tsariste, puis Alexandre Kerensky remplace le prince Lvov après les journées de juillet.

La r√©volution de F√©vrier, qui s'est d√©roul√©e du 23 f√©vrier au 28 f√©vrier (dans le calendrier julien, soit du 8 au 13 mars dans le calendrier gr√©gorien[1]), a √©clat√© dans la spontan√©it√© et l'improvisation. Les tensions qui se sont accumul√©es ont finalement explos√© sous la forme d'une r√©volution, avec Petrograd comme foyer de l'activit√©. Elle a √©t√© suivie la m√™me ann√©e par la r√©volution d'Octobre, qui entra√ģna la prise de pouvoir par les bolcheviks et un changement dans les structures sociales de la Russie, tout en ouvrant la voie √† la cr√©ation de l'URSS.

Sommaire

Causes

La Premi√®re Guerre mondiale mit la Russie, incapable de soutenir √©conomiquement une longue √©preuve, en un √©tat de crise d'o√Ļ sortit la r√©volution de 1917. Apr√®s des succ√®s rapides des troupes russes au cours des premiers mois, la situation changea en raison des difficult√©s d'adaptation √† une √©conomie de guerre moderne. En mai 1915, les arm√©es russes avaient d√Ľ reculer puis, pendant l'hiver 1915-1916, le front se stabilisa. √Ä l'arri√®re, la situation int√©rieure se d√©gradait ; les gr√®ves se multipliaient dans les usines (plus d'un million de gr√©vistes en 1916), ainsi que les accrochages avec la police. Les mesures de mobilisation provoquaient en 1916 une terrible r√©volte au Kazakhstan. La faiblesse du gouvernement et le discr√©dit du tsarisme expliquent la port√©e des √©v√©nements de f√©vrier 1917[2].

Le mois de f√©vrier 1917 rassemble toutes les caract√©ristiques pour une r√©volte populaire : hiver particuli√®rement froid, p√©nurie alimentaire, lassitude face √† la guerre‚Ķ Un rapport de l'Okhrana sur la situation dans la capitale au d√©but de l'ann√©e 1917 se concluait ainsi : la soci√©t√© ¬ę aspire √† trouver une issue √† une situation politique anormale qui devient, de jour en jour, de plus en plus anormale et tendue ¬Ľ[3].

Une révolution populaire et spontanée

Tout commence lors de gr√®ves spontan√©es, d√©but f√©vrier, des ouvriers des usines de la capitale Petrograd. Les premiers incidents importants √©clatent le 20 f√©vrier, apr√®s l'annonce par les autorit√©s de Petrograd de la mise en place d'un syst√®me de rationnement. Le m√™me jour, la plus grande entreprise de Petrograd, l'usine d'armement Poutilov, en rupture d'approvisionnement, annonce le licenciement de milliers d'ouvriers. Les exigences √©conomiques (¬ę Du pain, du travail ! ¬Ľ) sont le d√©clencheur d'un mouvement revendicatif spontan√© qui, au d√©part, n'a rien de r√©volutionnaire.

Le 23 f√©vrier, pour la Journ√©e internationale des femmes, plusieurs cort√®ges de femmes (√©tudiantes, employ√©es, ouvri√®res du textile des faubourgs ouvriers de Vyborg) manifestent dans le centre-ville de Petrograd pour r√©clamer du pain. Leur action est soutenue par des ouvriers, qui quittent le travail pour rejoindre les manifestantes. Les rangs des manifestants grossissent, les slogans prennent une tonalit√© plus politique. Aux cris contre la guerre, les gr√©vistes ont m√™l√© des ¬ę Vive la R√©publique ! ¬Ľ et des ovations pour un r√©giment de cosaques refusant d'intervenir[4]. Le lendemain, le mouvement de protestation s'√©tend : pr√®s de cent cinquante mille ouvriers gr√©vistes convergent vers le centre-ville. N'ayant re√ßu aucune consigne pr√©cise, les cosaques sont d√©bord√©s et ne parviennent plus √† disperser la foule des manifestants.

Des meetings s'improvisent et, le 25 f√©vrier, la gr√®ve est g√©n√©rale. Les manifestations vont en s'amplifiant. Les slogans sont de plus en plus radicaux : ¬ę √Ä bas la guerre ! ¬Ľ, ¬ę √Ä bas l‚Äôautocratie ! ¬Ľ. Les confrontations avec les forces de l'ordre provoquent des morts et des bless√©s des deux c√īt√©s. Face √† ce mouvement populaire et spontan√©, les rares dirigeants r√©volutionnaires pr√©sents √† Petrograd[5] restent prudents, estimant, comme le bolchevik Alexandre Chliapnikov (membre du comit√© central du parti), qu'il s'agit l√† plus d'une √©meute de la faim que d'une r√©volution en marche. Dans la soir√©e du 25, le Nicolas II ordonne de ¬ę faire cesser par la force, avant demain, les d√©sordres √† Petrograd ¬Ľ. Le refus de toute n√©gociation, de tout compromis va faire basculer le mouvement en une r√©volution.

Le Tsar mobilise les troupes de la garnison de la ville pour mater la r√©bellion. Le 26 f√©vrier, vers midi, la police et la troupe ouvrent le feu sur une colonne de manifestants. Plus de cent cinquante personnes sont tu√©es, la foule reflue vers les faubourgs. Mais les soldats commencent √† passer dans le camp des manifestants : la 4e compagnie du r√©giment Pavlovski ouvre le feu sur la police mont√©e. D√©sempar√©, n'ayant plus les moyens de gouverner, le Tsar proclame l'√Čtat de si√®ge, ordonne le renvoi de la Douma et nomme un comit√© provisoire. L'insurrection aurait pu s'arr√™ter l√† mais, dans la nuit du 26 au 27 f√©vrier, un √©v√©nement fait basculer la situation : la mutinerie de deux r√©giments d'√©lite, traumatis√©s d'avoir tir√© sur leurs ¬ę fr√®res ouvriers ¬Ľ. La mutinerie se r√©pand en l'espace de quelques heures. Au matin du 27 f√©vrier, soldats et ouvriers fraternisent, s'emparent de l'arsenal, distribuent des fusils √† la foule et occupent les points strat√©giques de la capitale. Au cours de la journ√©e, la garnison de Petrograd (environ 150 000 hommes) est pass√©e du c√īt√© des insurg√©s[6].

La formation d'un double pouvoir

Assemblée du soviet de Petrograd.

Les militants révolutionnaires tentent alors d'organiser et de canaliser le mouvement. Comme au cours de la révolution de 1905, la création d'un soviet pour fédérer ouvriers et soldats s'impose. Dans l'après-midi du 27 février, une cinquantaine de militants de tendances révolutionnaires différentes - bolcheviks, mencheviks, socialistes-révolutionnaires - organisent un Comité exécutif provisoire des députés ouvriers. Ce comité décide de la création d'un journal, les Izvestia, et appelle les ouvriers et les soldats de la garnison à élire leurs représentants. C'est l'acte de naissance du Soviet des députés ouvriers et des délégués des soldats de Petrograd, assemblée de six cents personnes environ. Le Soviet est dirigé par un comité exécutif composé de onze révolutionnaires qui se sont cooptés et présidé par le menchevik géorgien Karlo Tchkhéidzé. À Moscou, les nouvelles de Petrograd déclenchent la grève générale et provoquent l'élection d'un Comité révolutionnaire provisoire.

Parall√®lement √† la constitution de ce soviet, se met en place un autre organe de pouvoir. Un groupe de d√©put√©s de la Douma forme, le m√™me jour, un Comit√© provisoire pour ¬ę le r√©tablissement de l'ordre gouvernemental et public ¬Ľ[7]. Pour ce comit√©, la priorit√© est au retour √† l'ordre, et d'abord, au retour des soldats mutin√©s dans leurs baraquements. Entre ce comit√© et le soviet de Petrograd, de longues n√©gociations aboutissent, le 2 mars 1917, √† un compromis. Le soviet reconna√ģt, en attendant la convocation d'une Assembl√©e constituante, la l√©gitimit√© d'un gouvernement provisoire √† tendance lib√©rale, compos√© majoritairement de repr√©sentants du Parti constitutionnel d√©mocratique (et ne comptant aucun socialiste dans ses rangs). Cependant, le gouvernement provisoire de Russie est somm√© d'appliquer un vaste programme de r√©formes d√©mocratiques, fond√© sur l'octroi des libert√©s fondamentales, le suffrage universel, l'abolition de toute forme de discrimination, la suppression de la police, la reconnaissance des droits du soldat-citoyen et une amnistie imm√©diate de tous les prisonniers politiques.

Nicolas II, en mars 1917, peu apr√®s la r√©volution qui a entra√ģn√© son abdication.

Le compromis du 2 mars 1917 marque la naissance d'un double pouvoir, o√Ļ s'opposent deux conceptions diff√©rentes de l'avenir de la soci√©t√© russe. D'un c√īt√©, le gouvernement provisoire est soucieux de faire de la Russie une grande puissance lib√©rale et capitaliste et d'orienter la vie politique russe sur la voie du parlementarisme. De l'autre, les soviets tentent d'instaurer une autre fa√ßon de faire de la politique, en repr√©sentant de mani√®re plus directe les ¬ę masses ¬Ľ.

Jusqu'√† ce compromis, l'incertitude r√©gnait sur l'attitude qu'allaient adopter Nicolas II et les chefs militaires. Finalement, √† la surprise g√©n√©rale, l'√Čtat-major fait pression sur le Tsar pour que celui-ci abdique ¬ę afin de sauver l'ind√©pendance du pays et assurer la sauvegarde de la dynastie ¬Ľ. Le g√©n√©ral Alex√©√Įev, soutenu par les commandants des cinq fronts, le convainc en soutenant que l'abdication serait le seul moyen de poursuivre la guerre contre l'Allemagne[8]. Le 2 mars, Nicolas II renonce au tr√īne en faveur de son fr√®re, le grand-duc Mikha√Įl Alexandrovich Romanov. Devant la protestation populaire, celui-ci renonce √† la couronne le lendemain. En cinq jours, comme le r√©sume l'historien Martin Malia, ¬ę sans avoir pu offrir la moindre r√©sistance, l'Ancien R√©gime russe s'√©croule comme un ch√Ęteau de cartes ¬Ľ[9].

C'est de fait la fin du tsarisme, et les premi√®res √©lections au soviet des ouvriers de Petrograd. Le premier √©pisode de la r√©volution a fait des centaines de victimes, en majorit√© parmi les manifestants. Mais la chute rapide et inattendue du r√©gime, √† un co√Ľt plut√īt limit√©, suscite dans le pays une vague d'enthousiasme et de lib√©ralisation, qui t√©moigne de la d√©saffection du peuple vis-√†-vis du tsarisme.

Sources

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Jusqu'en 1918, la Russie utilisait le calendrier julien, qui avait √† l'√©poque 13 jours de retard sur le calendrier gr√©gorien. Le 23 f√©vrier de ¬ę l'ancien style ¬Ľ correspond donc au 8 mars du ¬ę nouveau style ¬Ľ.
  2. ‚ÜĎ Roger Portal, ¬ę Russie (histoire) ¬Ľ, Encyclop√¶dia Universalis.
  3. ‚ÜĎ Michel Heller et Aleksandr Nekrich, L'Utopie au pouvoir. Histoire de l'URSS de 1917 √† nos jours, Paris, Calmann-L√©vy, 1982, p. 19.
  4. ‚ÜĎ Louis Aragon et Andr√© Maurois, Les Deux G√©ants. Histoire des √Čtats-Unis et de l'URSS de 1917 √† nos jours. Tome 3 : Histoire de l'URSS de 1917 √† 1929, Paris, √Čditions du Pont Royal, 1963, p. 30.
  5. ‚ÜĎ L√©nine et Martov sont √† Zurich, Trotsky est √† New York, Tchernov √† Paris, Tseretelli, Dan et Staline en exil en Sib√©rie.
  6. ‚ÜĎ Louis Aragon et Andr√© Maurois, Les Deux G√©ants, op. cit., p. 33.
  7. ‚ÜĎ Michel Heller et Aleksandr Nekrich, L'Utopie au pouvoir, op. cit., p. 20.
  8. ‚ÜĎ Idem, p. 21.
  9. ‚ÜĎ Martin Malia, La Trag√©die sovi√©tique. Histoire du socialisme en Russie, 1917-1991, √Čditions du Seuil, coll. ¬ę Points Histoire ¬Ľ, Paris, 1995, p. 136.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Marc Ferro, La R√©volution de 1917. La chute du tsarisme et les origines d'Octobre, Aubier, Paris, 1967.
  • Richard Pipes, La R√©volution de 1917, PUF, Paris, 1994.
  • Leonard Schapiro, Les R√©volutions russes de 1917. Les origines du communisme moderne, 1987.
  • L√©on Trotsky, Histoire de la R√©volution russe, 2 vol., Seuil, 1995.
  • Voline, La R√©volution Inconnue, Livre premier : Naissance, croissance et triomphe de la R√©volution russe (1825-1917), Editions Entremonde, Lausanne, 2009. (ISBN 978-2-940426-02-7 )
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