Republique romaine

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Republique romaine

RĂ©publique romaine

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RĂ©publique romaine

Res Publica Romana (la)


← Monarchie romaine
509 av. J.-C. â€” 27 av. J.-C.
Empire romain →

Devise :  Senatus PopulusQue Romanus
(« Le SĂ©nat et le Peuple romain Â»)

Évolution de la RĂ©publique
Évolution de la RĂ©publique

Informations générales
 Statut RĂ©publique
 Capitale Rome
 Langue(s) Latin
 Religion(s) Religion romaine traditionnelle
 PIB {{{pib}}}
 PIB/hab. {{{pib hab}}}
 Monnaie As, sesterce, denier, aureus
   (voir Monnaie romaine)
 Fuseau horaire {{{fuseau horaire}}}
 Dom. internet {{{domaine internet}}}
 Ind. tĂ©l. {{{indicatif tĂ©lĂ©phonique}}}
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Population
 508 av. J.-C. 130 000 citoyens[N 1]
 474 av. J.-C. 103 000 citoyens[N 2]
 252 av. J.-C. 297 797 citoyens[N 3]
 204 av. J.-C. 214 000 citoyens[N 4]
 70 av. J.-C. 910 000 citoyens[N 5]

Superficie
 326 av. J.-C. 10 000 kmÂČ
 200 av. J.-C. 360 000 kmÂČ
 146 av. J.-C. 800 000 kmÂČ
 100 av. J.-C. 1 200 000 kmÂČ
 50 av. J.-C. 1 950 000 kmÂČ

Histoire et événements
 vers 509 av. J.-C. Instauration de la RĂ©publique.
 vers 450 av. J.-C. Deux dĂ©cemvirats.
 vers 396 av. J.-C. Prise de VĂ©ies.
 vers 390 av. J.-C. Sac de Rome.
 Fin IVe siĂšcle Guerres latines et samnites.
 IIIe siĂšcle Guerres contre Pyrrhus et puniques.
 dĂ©but IIe siĂšcle Guerres macĂ©doniennes.
 Ier siĂšcle Guerres civiles.
 vers 80 av. J.-C. Dictature de Sylla.
 44 av. J.-C. CĂ©sar proclamĂ© dictateur Ă  vie.
 31 av. J.-C. Bataille d'Actium.
 27 av. J.-C. Couronnement d'Auguste.

Pouvoir exécutif
   Consul
 509 av J.-C. Brutus, Collatin et Valerius
 27 av. J.-C. Auguste et Agrippa
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   Autres magistrats
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Pouvoir législatif
 Parlement SĂ©nat et Comices
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Entité précédente Entité suivante
  Monarchie romaine   Monarchie romaine
Empire romain   Empire romain  

  1. ↑ Denys d'Halicarnasse, Ant. romaines, Livre V, 20 / (en).
  2. ↑ Denys d'Halicarnasse, Ant. romaines, Livre IX, 36 / (en).
  3. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre XVIII (Periochae).
  4. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXIX, 37.
  5. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre LXXXXIX (Periochae).

La RĂ©publique romaine est une phase de la civilisation de la Rome antique qui commence en 509 av. J.-C., Ă  la chute de la Monarchie dont le dernier reprĂ©sentant, Tarquin le Superbe, un Étrusque, est chassĂ© du pouvoir par l'aristocratie patricienne qui profite de l'affaiblissement de l'Étrurie. On estime que la RĂ©publique romaine prend fin entre 44 av. J.-C., avec l'assassinat de Jules CĂ©sar, et 27 av. J.-C., au moment oĂč Octave reçoit le titre d'Auguste. L'annĂ©e 31 av. J.-C., celle de la bataille d'Actium, qui oppose Octave Ă  Marc Antoine, est aussi une datĂ© clĂ© avec le dernier affrontement entre deux magistrats de la RĂ©publique romaine, et le dĂ©but d'une Ăšre oĂč les terres romaines sont dominĂ©es par un seul : celui que l'on appellera le princeps, ou « empereur Â».

Le mot « rĂ©publique Â» vient du latin res publica, ce qui signifie « la chose publique Â». Gouverner la citĂ© est donc une affaire publique et collective. La devise de la RĂ©publique est Senatus Populusque Romanus, « le SĂ©nat et le peuple romain Â». Elle symbolise l'union du SĂ©nat romain, oĂč siĂšgent Ă  l'origine les familles patriciennes, et de l'ensemble des citoyens romains. En effet, les Romains sont divisĂ©s en deux groupes, les patriciens et les plĂ©bĂ©iens. Ces derniers forment la masse des artisans et paysans. Ils vivent en-dehors de l'organisation patricienne et n'honorent aucun ancĂȘtre particulier. Les patriciens sont souvent propriĂ©taires de vastes domaines cultivĂ©s. Ils appartiennent Ă  de cĂ©lĂšbres familles, les gentes. Chaque gens a ses propres cultes dont celui des ancĂȘtres et ses traditions. Elle comprend un nombre plus ou moins grand de clients qui doivent obĂ©issance Ă  leur « patron Â» et reçoivent en Ă©change aide et assistance en cas de besoin.

Sommaire

AvĂšnement de la RĂ©publique (Ve et dĂ©but IVe siĂšcles av. J.-C.)

Fin des rois Ă©trusques et instauration de la RĂ©publique

Tradition et vérité historique

Vue romantique de Rome, avec le Tibre, le mur servien et le pont Sublicius, dominée par le Capitole et le temple dédié à la triade de Jupiter, Junon et Minerve.

L'histoire des dĂ©buts de la RĂ©publique est trĂšs obscure : en-dehors des dĂ©couvertes archĂ©ologiques, qui ne permettent qu'exceptionnellement une narration des Ă©vĂ©nements, on ne possĂšde pas de sources contemporaines de cette pĂ©riode. On ne peut donc en Ă©crire l'histoire qu'Ă  partir des rĂ©cits historiques qu'en donnent les Romains eux-mĂȘmes, rĂ©cits souvent imprĂ©cis, parfois contradictoires, oĂč la lĂ©gende et la rĂ©Ă©criture Ă  des fins politiques se mĂȘlent au souvenir des Ă©vĂ©nements les plus anciens[1].

La tradition des dĂ©buts de la RĂ©publique est notamment narrĂ©e par Tite-Live et Denys d'Halicarnasse, historiographes respectivement latin de l’Histoire romaine et grec des AntiquitĂ©s romaines, tout deux vivant Ă  la fin du Ier siĂšcle av. J.-C. et qui sont les principales sources sur les premiĂšres dĂ©cennies de la RĂ©publique sur lesquelles se sont basĂ©es la plupart des auteurs romains des siĂšcles suivants, et par lesquelles on connaĂźt les Ă©vĂšnements semi-lĂ©gendaires de la Monarchie et de la RĂ©publique primitive. Les deux auteurs romains se sont basĂ©s sur des Ă©crits d'annalistes et d'historiens antĂ©rieurs tels Fabius Pictor[2],[3], mais aussi sur des Ă©crits et des archives religieuses aujourd'hui perdues.

Les historiens s’accordent gĂ©nĂ©ralement Ă  considĂ©rer les pĂ©ripĂ©ties des dĂ©buts de la RĂ©publique comme aussi lĂ©gendaires que les dĂ©tails de la fondation de Rome. NĂ©anmoins, bien qu'il soit Ă©vident que la tradition enjolive les faits pour ne pas donner Ă  Rome le mauvais rĂŽle, il est aujourd'hui admis que la tradition romaine se base sur des faits historiques, mĂȘme s'il est trĂšs difficile et souvent impossible de dĂ©mĂȘler le vrai du faux[4].

Date de l'expulsion des Tarquins

Traditionnellement datĂ©e de 509 av. J.-C., grĂące aux fastes consulaires et aux rĂ©cits des historiens, on situe l'expulsion des Tarquins entre 510 et 506 av. J.-C. grĂące aux rĂ©cits grecs indĂ©pendants et Ă  l'archĂ©ologie qui donnent une chronologie des Ă©vĂšnements qui s'accorde avec les grandes lignes des rĂ©cits romains[5]. Par exemple, l'existence attestĂ©e par l'archĂ©ologie et la palĂ©ographie de Valerius Publicola Ă  la fin du VIe siĂšcle av. J.-C.[6] ou encore la bataille d'Aricie datĂ©e de la mĂȘme Ă©poque par HypĂ©rochos de Cumes, le biographe d'AristodĂšme[4].

DĂ©but de la RĂ©publique

Selon les traditions, Junius Brutus, le neveu du dernier roi Tarquin le Superbe, est le fondateur légendaire de la République romaine, en 509 av. J.-C., aux cÎtés de Tarquin Collatin, membre de la famille des Tarquins et mari de LucrÚce, dont le viol par Sextus Tarquin, fils du roi, est l'élément déclencheur de la révolution. La tradition donne deux hommes supplémentaires, Lucretius Tricipitinus, pÚre de la victime, et Valerius Publicola[7],[8], dont l'existence est attestée par la découverte d'une inscription sur un bloc de tuf (le lapis Satricanus)[6].

Tarquin est renversĂ© car il use de ses pouvoirs pour instituer une tyrannie. Ses abus sont si extrĂȘmes que le SĂ©nat et le peuple de Rome voient mĂȘme le concept de la monarchie comme odieux. Bien que cet Ă©pisode du bannissement n’est qu’une lĂ©gende que les Romains ont crĂ©Ă© pour expliquer leur passĂ©, il est probable que Rome ait Ă©tĂ© dirigĂ© par des rois. Les premiers rois sont Ă©lus par le SĂ©nat patricien mais la monarchie devient hĂ©rĂ©ditaire sous les rois Ă©trusques. Le fait que l’auspicia ne revient plus au SĂ©nat entre la mort d’un roi et l’accession au trĂŽne de son successeur constitue une sĂ©rieuse atteinte Ă  l’autoritĂ© du SĂ©nat et l’empĂȘche de faire Ă©lire le roi de son choix. C’est cette atteinte Ă  la souverainetĂ© du SĂ©nat, plutĂŽt qu’une tyrannie intolĂ©rable, qui pousse les patriciens, plutĂŽt que le peuple entier, Ă  chasser le dernier roi[9],[10].

Cette monarchie historique, comme le suggĂšre la lĂ©gende, est probablement trĂšs vite remplacĂ©e et les changements les plus importants qui ont lieu immĂ©diatement aprĂšs concernent le chef de l’exĂ©cutif. Le SĂ©nat dĂ©cide d'Ă©lire deux chefs, appelĂ©s « prĂ©teurs Â» (la magistrature qui devient le consulat rĂ©publicain). Les consuls possĂšdent les mĂȘmes pouvoirs que le roi, Ă  deux exceptions-clĂ© prĂšs. PremiĂšrement, les deux ont un droit de veto sur les actes de son collĂšgue. DeuxiĂšmement, le mandat de leur magistrature est limitĂ© Ă  une seule annĂ©e. Ces deux restrictions limitent Ă©normĂ©ment leur pouvoir (par rapport au roi) et rĂ©duisent grandement les risques qu'une autre tyrannie soit Ă©tablie[9],[10].

La lĂ©gende raconte ensuite que les Tarquins soulĂšvent les villes Ă©trusques de VĂ©ies et Tarquinii contre la rĂ©publique naissante qui les vainc. Junius Brutus et Arruns Tarquin s'entretuent par ailleurs durant cette bataille, oĂč les Romains menĂ©s par Valerius ont perdu un homme de moins que leurs adversaires, ce qui leur vaut la victoire. Selon les diverses traditions, Tarquin aurait aussi eu des appuis importants au sein de Rome mĂȘme, puisque Brutus fait exĂ©cuter ses propres fils lors de la rĂ©pression d'un complot, ce qui est une des grandes fiertĂ©s romaines[11],[12].

Porsenna, roi Ă©trusque de Clusium, assiĂšge Rome pour rĂ©tablir Tarquin, mais renonce devant l’obstination des Romains[13],[14]. Les historiens modernes proposent d'autres successions d'Ă©vĂšnements, tel Jacques Heurgon : Porsenna, roi de Clusium, organise une invasion du Latium comme l’ont prĂ©cĂ©demment fait Tarquinia et Vulci, chasse les Tarquins et occupe Rome, d’oĂč il attaque ensuite Aricie, s’opposant Ă  une coalition des Latins et de Cumes, qui le met en Ă©chec[15]. D'autres auteurs modernes remettent en cause tous les divers Ă©vĂšnements obscurs narrĂ©s par les historiographes romains, notamment l'Ă©pisode de Porsenna. Cependant, nombre de villes latines se dĂ©font du joug Ă©trusque Ă  la fin du VIe siĂšcle av. J.-C., notamment grĂące Ă  l'aide de AristodĂšme de Cumes, qui, une premiĂšre fois, bat une offensive Ă©trusque en 524 av. J.-C., et selon Tite-Live et Denys d'Halicarnasse, renouvelle la victoire contre une armĂ©e commandĂ©e par Arruns, fils de Porsenna, assiĂ©geant Aricie[16],[17], et coupant dĂ©finitivement la route de la Campanie Ă  l'Étrurie. D'autres historiens avancent le fait que Porsenna aurait Ă©tĂ© en guerre contre la Rome de Tarquin, aurait vaincu ce dernier et forcĂ© Ă  l'exil, et se serait emparĂ© de la ville. Or, peu de temps aprĂšs, il est vaincu par une coalition latine et se retire sur ses terres, laissant Rome libre. Alors, plutĂŽt que de rĂ©tablir Tarquin au pouvoir, les Romains ont remplacĂ© la royautĂ© par deux magistrats Ă©lus[18].

Selon la tradition, le tyran se rĂ©fugie ensuite Ă  Tusculum oĂč il pousse son gendre Octavius Mamilius Ă  la guerre. AlliĂ© des Latins, il mĂšne l'ultime combat contre Rome au lac RĂ©gille oĂč il est vaincu et perd son dernier fils, puis meurt quelques annĂ©es plus tard Ă  Cumes oĂč il fait de son hĂŽte, le tyran AristodĂšme, son hĂ©ritier[19],[20].

Quelques lĂ©gendes suggĂšrent que la Monarchie diffĂšre radicalement de la RĂ©publique naissante. Il est plus probable qu'il y ait eu une transition plus graduelle. Il se peut qu'il y ait eu un renversement rapide de la monarchie, mais le seul changement immĂ©diat Ă  ce moment-lĂ  est le remplacement du roi par une magistrature Ă  deux tĂȘtes limitĂ©e en temps. Les autres changements se sont probablement produits plus progressivement que la tradition ne le suggĂšre.

Heugron relĂšve que les fastes consulaires des premiĂšres annĂ©es de la RĂ©publique recensent plusieurs noms d’origine Ă©trusque comme magistrats, indices d’une prĂ©sence Ă©trusque perdurant Ă  Rome au-delĂ  de 509. Le dĂ©part des Tarquins ne signifie donc pas la fin de l'influence Ă©trusque[15].

Guerres extérieures

La RĂ©publique romaine au dĂ©but du Ve siĂšcle av. J.-C.

Latins et Italiques

La bataille du lac RĂ©gille, ainsi que l'Ă©chec de Porsenna, marque dĂ©finitivement la fin du rĂšgne des Tarquins Ă  Rome. Cependant, la victoire romaine sur les Latins est sĂ»rement mitigĂ©e et non dĂ©cisive, car en 493 av. J.-C., une alliance est signĂ©e : le fƓdus Cassianum. Elle met fin Ă  la guerre entre Romains et Latins et place Rome Ă  Ă©galitĂ© de pouvoir avec tous les membres de la Ligue latine rĂ©unis. Lorsque le traitĂ© est ratifiĂ©, par Cassius Vecellinus pour Rome, dont le traitĂ© tire son nom, la RĂ©publique romaine conclut avec la Ligue un traitĂ© entre Ă©gaux, un fƓdus ĂŠquum. Cela crĂ©Ă© autour de Rome un rempart contre les Volsques et les Èques[21],[22] puisque Rome s'allie aussi aux Herniques en 486 av. J.-C[23].

L'histoire romaine du Ve siĂšcle av. J.-C. est secouĂ©e de guerres contre les Volsques et les Èques ainsi que parfois les Sabins, mais Rome rĂ©siste et repousse les montagnards, leurs infligeant de lourdes dĂ©faites et des trĂȘves plus ou moins longues, malgrĂ© quelques revers[24].

Guerre contre VĂ©ies

Selon la tradition, Rome et Véies entrent plusieurs fois en conflit dÚs la Monarchie romaine, notamment sous les rÚgnes de Romulus[25], Tullus Hostilius[26] et Servius Tullius[27]. Cependant, sous le rÚgne de Tarquin le Superbe, les relations touchent le domaine artistique, puisqu'il fait construire sur le Capitole un temple de Jupiter décoré de terres cuites fabriquées par des artistes de Véies, ainsi que par un quadrige. Suite à des prodiges, promettant grandeur et puissance à celui qui détiendrait le quadrige, les Véiens tardent et renùclent à le donner comme promis[28].

Sous la RĂ©publique, les deux villes s'opposent pour des motifs Ă©conomiques. GrĂące Ă  FidĂšnes, situĂ©e en amont de Rome sur un guĂ© du Tibre, VĂ©ies contrĂŽle la Via Salaria et le trafic du sel dans la rĂ©gion[29],[30]. Une premiĂšre guerre, privĂ©e, est menĂ©e par les Fabiens, massacrĂ©s Ă  la bataille du CrĂ©mĂšre[31]. Ensuite, vers 435 av. J.-C., Rome s'empare de FidĂšnes une premiĂšre fois[32], qui devient une colonie romaine, puis dĂ©finitivement en 425 av. J.-C, annĂ©e oĂč une trĂȘve de 20 ans est conclue[33].

En 406 av. J.-C., selon Tite-Live, c'est Rome, par le vote d'une assemblĂ©e, qui engage de nouveau les hostilitĂ©s en assiĂ©geant VĂ©ies[34], bien qu'il se peut que cette derniĂšre ait tentĂ© de reprendre le contrĂŽle de FidĂšnes et du commerce du sel. La guerre et le siĂšge durent dix ans, jusqu'en 396 av. J.-C., Ă©loignant les soldats de leurs champs des annĂ©es, et maintenant le siĂšge certains hivers. Suite Ă  l'Ă©lection d'un roi Ă  VĂ©ies pour diriger la ville, les autres villes Ă©trusques restent neutres, n'Ă©tant pas favorable au nouveau dirigeant vĂ©ien, et voyant leurs frontiĂšres menacĂ©es par les hordes gauloises[35]. Selon la tradition, suite Ă  plusieurs prodiges, ainsi que des stratagĂšmes du dictateur Furius Camillus, dit « Camille Â», la ville Ă©trusque tombe aux mains des Romains en l'an 396 av. J.-C[36].

Cette guerre et cette prise est un Ă©vĂšnement majeur dans l'histoire romaine : pour la premiĂšre fois, les soldats-paysans restent dans l'armĂ©e plus d'une annĂ©e entiĂšre, sans rentrer chez eux pour l'hiver, et pour la premiĂšre fois, en compensation, ils reçoivent une paie[37], provenant d'un impĂŽt payĂ© par les autres citoyens (c'est la crĂ©ation du futur tributum). Le territoire romain double presque de taille suite aux prises de FidĂšnes puis des terres de VĂ©ies, s'allongeant dĂ©sormais d'Anxur (reprise en 397 av. J.-C.[38]) jusqu'au nord du territoire de VĂ©ies, dominant ainsi plus de terres que n'importe quelle autre citĂ© du Latium. De plus, Rome prend l'ascendant dans l'alliance Ă©ternelle entre Ă©gaux conclue avec la Ligue latine, dominant les autres citĂ©s. Ainsi, Rome n'a jamais Ă©tĂ© si forte et aucune citĂ© latine ou Ă©trusque ne semble pouvoir lui faire de l'ombre[39].

Sac de Rome

Article dĂ©taillĂ© : Sac de Rome (-390).

Suite Ă  la prise de VĂ©ies, personne ne peut, parmi les villes du Latium, menacer Rome, qui domine les villes latines. Mais le 18 juillet 390 av. J.-C., date traditionnelle, sur l'Allia, une horde gauloise, menĂ©e par Brennus, Ă©crase l'armĂ©e romaine. Tite-Live ne parle mĂȘme pas d'une bataille, mais simplement d'une fuite Ă©hontĂ©e laissant le chemin de Rome libre. Les instances religieuses et les objets sacrĂ©s sont mis en sĂ©curitĂ© Ă  Caere, une alliĂ©e, avant que les Gaulois ne s'emparent de Rome et assiĂšgent le Capitole, oĂč les derniers dĂ©fenseurs rĂ©sistent[40].

Si l'on en croit les traditions, Rome est totalement mise Ă  sac, dĂ©truite et brĂ»lĂ©e[41], seul le Capitole est Ă©pargnĂ©, dĂ©fendu hĂ©roĂŻquement (Ă©pisode des oies du Capitole notamment[42]). En rĂ©alitĂ©, il se peut qu'il ne s'agisse que d'un pillage gĂ©nĂ©ral, les Gaulois dĂ©pouillant tout, surtout les temples, plutĂŽt que d'une mise Ă  sac radical. Les Romains, aprĂšs sept mois de siĂšge, obtiennent leur libĂ©ration contre une forte rançon (1 000 livres d'or (soit 327,45 kg), formule du Vae Victis (« Malheur aux vaincus ! Â» en latin) attribuĂ©e Ă  Brennus)[43]. Les causes du dĂ©part des Gaulois et ce qui leur arrive ensuite sont diverses et variĂ©es selon les sources : la tradition parle d'une peste qui sĂ©vit dans leurs rangs[43], hypothĂšse probable, ou encore d'une offensive d'un autre peuple gaulois sur leurs terres, les forçant Ă  dĂ©fendre leurs biens. Ensuite, la lĂ©gende parle de l'arrivĂ©e providentielle de Camille, exilĂ© quelques annĂ©es plus tĂŽt, Ă  la tĂȘte des ArdĂ©ates et d'une partie de l'armĂ©e romaine rĂ©fugiĂ©e Ă  VĂ©ies, qui lave l'honneur de Rome en arrivant avant que l'or ne soit donnĂ© aux Gaulois[44]. Dans la rĂ©alitĂ©, Camille joue sĂ»rement un rĂŽle important malgrĂ© tout, car il cumule les dictatures dans les annĂ©es qui suivent alors qu'il Ă©tait exilĂ© avant le sac de Rome. Caere, alliĂ©e de Rome, se signale en rĂ©cupĂ©rant en partie le butin de Rome lors d'une embuscade[45],[46].

Le sac de Rome, quelle que soit la ruine de Rome ou les pertes subies, reste Ă  jamais un traumatisme pour la RĂ©publique romaine, et il se peut donc que les traditions soient trĂšs exagĂ©rĂ©es. Le sac de Rome n'est qu'un Ă©vĂšnement mineur dans une guerre opposant les tyrans de Syracuse, Denys l'Ancien au dĂ©but du IVe siĂšcle av. J.-C., alliĂ©s des Gaulois, aux Étrusques, qui sont visĂ©s par l'attaque gauloise, et qui subissent de graves pertes Ă  l'instar de Rome[47].

Institutions primitives et lutte patriciat/plĂšbe

Patriciat et plĂšbe

Articles dĂ©taillĂ©s : Patricien et PlĂšbe.

Les premiĂšres familles romaines sont appelĂ©es gentes. Quand les premiĂšres gens romaines se sont regroupĂ©es pour former une unique communautĂ©, les patres des gentes dirigeantes sont choisis pour former l’assemblĂ©e des doyens (ce qui deviendra le SĂ©nat romain). Pendant cette pĂ©riode, chaque famille non-patricienne existe comme Ă©tant dĂ©pendante d'une des familles patriciennes. Finalement, cette dĂ©pendance sera rompue et le rĂ©sultat est la crĂ©ation de la classe plĂ©bĂ©ienne. Ainsi, chaque pater a autoritĂ© absolue sur sa famille patricienne ainsi que sur toutes les familles qui en dĂ©pendent[48]. Le droit romain reconnaĂźt seulement aux familles patriciennes une entitĂ© juridique[49].

Le plus souvent, les habitants dont les villes sont conquises y demeurent. Leur vie quotidienne et leur systĂšme de gouvernement restent les mĂȘmes, mais leurs villes perdent leur indĂ©pendance vis-Ă -vis de Rome. NĂ©anmoins, un certain nombre vient Ă  Rome. Pour acquĂ©rir un statut Ă©conomique viable et lĂ©gal, les nouveaux arrivants doivent accepter une dĂ©pendance envers une famille patricienne ; ils deviennent alors clients d’une famille patricienne. En fin de compte, ceux qui se sont attachĂ©s au roi sont libĂ©rĂ©s de leur dĂ©pendance. Ces derniers constituent alors les premiers plĂ©bĂ©iens. Comme Rome s’agrandit, de plus en plus de soldats sont nĂ©cessaires aux conquĂȘtes. Les non-patriciens appartiennent Ă  la mĂȘme curie que leurs patrons. En ce temps, l’armĂ©e est organisĂ©e sur la base des curies, de sorte que les individus dĂ©pendants de familles doivent se battre[50].

NĂ©anmoins, quand ils sont dĂ©livrĂ©s de leur dĂ©pendance, ils quittent la curie Ă  laquelle appartient leur patron. Ils ne sont alors plus obligĂ©s de se battre mais ils perdent tout statut politique ou Ă©conomique. Pour faire revenir ces plĂ©bĂ©iens dans l’armĂ©e, les patriciens ont du faire des concessions, dont on ne connaĂźt pas exactement la nature. Une des consĂ©quences est que les plĂ©bĂ©iens ont dĂ©sormais le droit de possĂ©der leurs propres terres. Devenus propriĂ©taires terriens, ils ont maintenant tout intĂ©rĂȘt Ă  dĂ©fendre la ville car si elle venait Ă  ĂȘtre conquise, ils perdraient toutes leurs terres. Cependant, il ne leur est donnĂ© aucun pouvoir politique. Tous ces Ă©lĂ©ments qui se mettent en place conduiront Ă  la Guerre des ordres[51].

Constitution au lendemain de la chute de Tarquin

Article dĂ©taillĂ© : Constitution de la RĂ©publique romaine.

Au lendemain de la chute de la royautĂ©, le SĂ©nat et surtout les deux seuls magistrats rĂ©cupĂšrent le pouvoir suprĂȘme, et on passe d'un systĂšme monarchique Ă  un systĂšme oligarchique. Ce changement de gouvernement ne profite qu'Ă  une minoritĂ©, la nouvelle Ă©lite : le patriciat. Pendant les dix premiĂšres annĂ©es, les guerres se succĂšdent, et la premiĂšre confrontation entre les deux ordres a lieu en 495 av. J.-C., autour du problĂšme des dettes : les crĂ©anciers, appartenant surtout Ă  l'aristocratie sĂ©natoriale et donc au patriciat, ont droit d'enchaĂźner, de vendre comme esclave ou encore de mettre Ă  mort les dĂ©biteurs. Or de nombreux plĂ©bĂ©iens sont trĂšs endettĂ©s, et subissent donc la loi du patriciat.

PremiÚre sécession de la plÚbe

Article dĂ©taillĂ© : PremiĂšre sĂ©cession de la plĂšbe.

Une partie du corps civique quitte alors la ville de Rome, alors que la convocation par les consuls est imminente pour faire face à une guerre étrangÚre, et refuse de revenir malgré les priÚres des patriciens. Elle est écrasée de dettes et lutte contre l'arbitraire de la constitution romaine. Sur des promesses du Sénat, la plÚbe accepte de retourner sous les banniÚres et Rome fait face à trois ennemis, mais la lutte reprend sitÎt la guerre terminée, et le Sénat refuse de céder, à l'image de de Claudius Sabinus[52].

AprĂšs quelques soubresauts, la plĂšbe se retirant sur l'Aventin (Ă©pisode de l'insurrection du Mont SacrĂ©), elle obtient la crĂ©ation de la magistrature du tribunat de la plĂšbe interdite aux patriciens, chargĂ©e de dĂ©fendre son intĂ©rĂȘt, et qui sont inviolables : c'est la Lex Sacrata. Ils peuvent s'opposer Ă  n'importe quelle loi proposĂ©e par les autres magistrats : c'est l’intercessio[53].

Projet de la lex Terentilia et loi des Douze Tables

Articles dĂ©taillĂ©s : Lex Terentilia, DĂ©cemvir et Loi des Douze Tables.

Plusieurs mutineries secouent l'armĂ©e romaine plĂ©bĂ©ienne, l'agitation est forte dans les rues de Rome, et la RĂ©publique doit faire face Ă  une multitude d'ennemis au cours des annĂ©es 480 et 470 av. J.-C. Petit Ă  petit, les tribuns de la plĂšbe gagnent du pouvoir. Par la Lex Publilia Voleronis, votĂ©e en 471 av. J.-C., les plĂ©bĂ©iens s’organisent par tribu plutĂŽt que par curie[54],[55], rendant les plĂ©bĂ©iens politiquement indĂ©pendants des patriciens[56].

Selon les historien romains, ils rĂ©clament la mise par Ă©crit des lois, par l'intermĂ©diaire du projet de la Lex Terentilia en 462 av. J.-C., afin de connaĂźtre les pouvoirs consulaires, pour que l'organisation juridique (notamment le ius matrimonium) profite Ă  tous, et pour mettre fin Ă  ce qui est considĂ©rĂ© comme un arbitraire dont pĂątit la plĂšbe. En effet, au dĂ©but du Ve siĂšcle av. J.-C., les lois de Rome sont orales, et leur application Ă  l’apprĂ©ciation des consuls. Pendant dix annĂ©es, Rome se dĂ©chire autour de ce projet de loi, jusqu'Ă  ce qu'une commission soit envoyĂ©e Ă  AthĂšnes en 453 av. J.-C. transcrire les lois de Solon et que Terentilius Harsa retire son projet[57].

À leur retour d'AthĂšnes et des villes grecques d'Italie du sud, une commission extraordinaire, les dĂ©cemvirs, est Ă©tablie pour rĂ©diger des lois Ă©crites. NommĂ©s pour un an, ils sont munis de l’imperium consulaire. Les tables sont rĂ©digĂ©es en deux fois, dix en 450 av. J.-C., et deux en 449 av. J.-C. La seconde commission de dĂ©cemvirs tente de maintenir son pouvoir absolu, mais devant la sĂ©cession de la plĂšbe, retirĂ©e sur le Mont SacrĂ©, ils doivent dĂ©missionner, et la loi est approuvĂ©e par les assemblĂ©es lĂ©gislatives de la RĂ©publique romaine et publiĂ©e sur le Forum Romanum sur douze tables en bronze[58],[59],[60].

Les études modernes tendent à remettre en cause les récits des historiens romains. Le second décemvirat ne serait jamais survenu, et c'est celui de 451 av. J.-C. qui aurait inclus tous les points controversés de la loi, ainsi que les principales fonctions à Rome[18]. En outre, la question de l'influence grecque sur la premiÚre loi romaine est toujours débattue. Nombre de savants considÚrent qu'il est improbable que les patriciens aient envoyé une délégation en GrÚce, mais plutÎt en Grande-GrÚce, portail commun au monde grec et romain[61].

Néanmoins, la loi des Douze Tables constitue le premier corpus de lois romaines écrites. Leur rédaction est l'acte fondateur du droit romain, de la constitution de la République romaine et du mos maiorum.

Fin du Ve siĂšcle av. J.-C.

Suite Ă  l'abdication des dĂ©cemvirs et Ă  la publication de la loi des Douze Tables, les consuls Valerius Potitus et Horatius Barbatus de 449 av. J.-C. rĂ©digent une sĂ©rie de lois votĂ©es par le peuple : les plĂ©biscites promulguĂ©e par les comices tributes ont force de loi sous rĂ©serve que le sĂ©nat les ratifie, le droit d'appel au peuple est rĂ©tabli, la sacrosaintetĂ© et l'inviolabilitĂ© des tribuns de la plĂšbe sont proclamĂ©es : ce sont les leges Valeriae Horatiae[62].

En 445 av. J.-C., deux nouvelles mesures sont proposĂ©es : la suppression de l'interdiction de mariage entre plĂ©bĂ©ien et patricien, aprĂšs avoir Ă©tĂ© inscrite dans les derniĂšres tables de la loi des Douze Tables, ainsi que le droit aux plĂ©bĂ©iens d'accĂ©der au consulat. De nouvelles guerres menacent Rome, et les patriciens cĂšdent pour les mariages : la lex Canuleia est votĂ©e, et les consuls espĂšrent ainsi que le peuple, satisfait, se mobilise. Mais ce succĂšs encourage les tribuns Ă  demander le droit d'Ă©lire des consuls plĂ©bĂ©iens. Le SĂ©nat refuse de cĂ©der une seconde fois, et pour Ă©viter une nouvelle sĂ©dition, propose la crĂ©ation du tribunat militaire Ă  pouvoir consulaire, ouvert Ă  tous, et ayant presque tous les pouvoirs du consulat, exceptĂ©s ceux donnĂ©s Ă  une nouvelle magistrature patricienne, la censure. Les trois premiers tribuns militaires Ă  pouvoir consulaire sont patriciens, et abdiquent peu de temps aprĂšs, laissant place Ă  des consuls Ă©lus parmi le patriciat[63].

Au dĂ©but, les patriciens accaparent la nouvelle magistrature, mais petit Ă  petit, en mĂȘme temps que l'accĂšs Ă  la questure (le premier questeur plĂ©bĂ©ien en 409 av. J.-C.[64]), vers la fin du Ve siĂšcle av. J.-C. et au dĂ©but du IVe siĂšcle av. J.-C., les plĂ©bĂ©iens sont de plus en plus nombreux Ă  accĂ©der au tribunat militaire Ă  pouvoir consulaire, qui devient presque systĂ©matique, remplaçant le consulat.

Lois licinio-sextiennes

Article dĂ©taillĂ© : Lois licinio-sextiennes.

En 376 av. J.-C., les deux lĂ©gislateurs Licinius Stolon et Sextius Lateranus sont Ă©lus pour la premiĂšre fois tribuns de la plĂšbe, et proposent immĂ©diatement une sĂ©rie de lois pour amĂ©liorer la situation de la plĂšbe Ă  Rome, oĂč domine la classe dirigeante des patriciens. Il s'agit de lois politique, Ă©conomique et social, visant Ă  partager le pouvoir suprĂȘme entre plĂ©bĂ©iens et patriciens, Ă  lutter contre l'accaparement par les patriciens des terres rĂ©cemment annexĂ©es autour de Rome (ager publicus), et Ă  soulager la plĂšbe qui est Ă©crasĂ©e de dettes : les mesures proposĂ©es sont le rĂ©tablissement du consulat, avec obligatoirement un Ă©lu plĂ©bĂ©ien parmi les deux consuls, l'interdiction d’occuper plus de 500 jugĂšres sur l’ager publicus et la dĂ©duction du capital des intĂ©rĂȘts dĂ©jĂ  payĂ©s et l'Ă©talement du remboursements des dettes sur trois ans, ainsi que la suppression du nexum. Les trois lois, unies en une seule pour le vote, sont approuvĂ©es par les comices tributes malgrĂ© l'opposition de Camille, de nouveau dictateur[65].

Le consulat plĂ©bĂ©ien ouvre implicitement l'accĂšs Ă  la dictature et Ă  la censure : premier dictateur plĂ©bĂ©ien en 356 av. J.-C.[66], premier censeur plĂ©bĂ©ien en 350 av. J.-C.[67]). Cependant la plupart des magistrats sont toujours des patriciens pendant des dĂ©cennies.

Durant toute cette période, la République romaine fait face à une multitude d'ennemis, et est sans cesse en guerre contre des peuples italiques, en ayant souvent recours à l'élection d'un dictateur pour faire face aux menaces extérieures, et est plusieurs fois proche de la catastrophe, comme lors du sac de Rome en 390 av. J.-C.

ConquĂȘte de l'Italie (IVe et dĂ©but IIIe siĂšcles av. J.-C.)

Le IVe siĂšcle av. J.-C. reprĂ©sente un tournant majeur dans l'histoire de Rome, car il pose les bases de l'expansion qui est suivie par l'extension du territoire romain jusqu’à la Campanie, malgrĂ© la rĂ©sistance forte des montagnards samnites. Les historiens contemporains identifient plusieurs facteurs qui expliquent ces changements : le traumatisme des invasions gauloises et les difficultĂ©s qui suivirent avec ses voisins, semblent avoir persuadĂ©s les Romains de ne plus accepter de menaces et d'entamer une expansion que l'on peut parfois qualifier d'« impĂ©rialisme dĂ©fensif Â».

Guerre des ordres

Article dĂ©taillĂ© : Guerre des ordres.

La pĂ©riode qui suit le vote des lois licinio-sextiennes voit l’émergence de tendances alarmantes, tel que le rapprochement continu des tribuns et des sĂ©nateurs. Le SĂ©nat commence Ă  donner aux tribuns un rĂ©el pouvoir, tel que la reconnaissance officielle de leur droit de veto. Les tribuns se sentent alors redevables au SĂ©nat. Comme les tribuns et les sĂ©nateurs se rapprochent de plus en plus, les sĂ©nateurs plĂ©bĂ©iens sont souvent en mesure de rĂ©server le tribunat aux membres de leurs propres familles. De plus, en 342 av. J.-C., deux lois importantes sont ratifiĂ©es : la premiĂšre rend illĂ©gal le fait de cumuler les magistratures, la deuxiĂšme impose un dĂ©lai de dix ans avant la rĂ©Ă©lection Ă  une mĂȘme magistrature[68].

Vers le milieu du IVe siĂšcle av. J.-C., le concile plĂ©bĂ©ien ratifie la Lex Ovinia qui transfĂšre des consuls aux censeurs le pouvoir de nommer les nouveaux sĂ©nateurs. Cette loi permet aussi aux censeurs de dĂ©cider de l'entrĂ©e de n’importe quel magistrat nouvellement Ă©lu au SĂ©nat. Les plĂ©bĂ©iens dĂ©tenant dĂ©jĂ  de nombreuses magistratures, leur nombre au SĂ©nat augmente probablement rapidement. Le rapprochement entre les tribuns et le SĂ©nat facilite la crĂ©ation d’une nouvelle aristocratie plĂ©bĂ©ienne : la plupart des plĂ©bĂ©iens Ă©lus aux magistratures proviennent d’une de ces familles plĂ©bĂ©iennes. Cette nouvelle aristocratie plĂ©bĂ©ienne se fond bientĂŽt dans l’ancienne aristocratie patricienne, crĂ©ant une aristocratie combinĂ©e « patricio-plĂ©bĂ©ienne Â». L’ancienne aristocratie existait par la force des lois car seuls les patriciens pouvaient accĂ©der aux magistratures supĂ©rieures. La nouvelle aristocratie s’est installĂ©e par une rĂ©organisation de la sociĂ©tĂ©, un ordre qui ne pourrait ĂȘtre remis en cause qu’au travers d’une rĂ©volution[69].

En 287 av. J.-C., les plĂ©bĂ©iens font sĂ©cession sur la colline du Janicule. Pour mettre un terme Ă  cette nouvelle sĂ©cession, des lois sont adoptĂ©es, les lois hortensiennes, qui donnent force de loi aux rĂ©solutions de l’assemblĂ©e de la plĂšbe (plĂ©biscites) sans ratification du SĂ©nat. Ce n’est pas la premiĂšre loi qui donne force de loi Ă  un acte du concile plĂ©bĂ©ien : il acquiert ce pouvoir lors de la promulgation des leges Valeriae Horatiae en 449 av. J.-C. La signification fondamentale de cette loi dans les faits est qu’elle retire aux patriciens toute possibilitĂ© de s’opposer aux plĂ©bĂ©iens, ce qui entraĂźne que les sĂ©nateurs plĂ©bĂ©iens ont dorĂ©navant les mĂȘmes droits que les sĂ©nateurs patriciens. Par consĂ©quent, le contrĂŽle de l’état ne retombe pas sur les Ă©paules de la dĂ©mocratie mais sur les Ă©paules de cette nouvelle aristocratie « patricio-plĂ©bĂ©ienne Â»[70].

Diplomatie romaine

À cette pĂ©riode, Rome a su mettre fin Ă  ses divisions sociales et Ă  la longue opposition de la plĂšbe et du patriciat : la couche supĂ©rieure de la plĂšbe peut dĂ©sormais partager les prĂ©rogatives qui Ă©taient rĂ©servĂ©es aux patriciens : une nouvelle aristocratie romaine s'est Ă©laborĂ©e, la nobilitas, offrant une stabilitĂ© politique et sociale bien plus grande dans le cadre de l'idĂ©al d'une oligarchie de pairs qui pouvait toutefois offrir certaines ouvertures.

Rome peut donc proposer un modĂšle politique sĂ©duisant aux aristocraties des autres citĂ©s mĂ©diterranĂ©ennes, atout diplomatique non nĂ©gligeable. La diplomatie joue en effet dans la conquĂȘte romaine un rĂŽle souvent nĂ©gligĂ© au profit des aspects purement militaires. La deditio de Capoue en 343 av. J.-C. en constitue le meilleur exemple : pour bĂ©nĂ©ficier de la protection romaine, la citĂ© campanienne de Capoue se livre complĂštement Ă  Rome qui voit sa zone d'action traditionnelle brutalement Ă©tendue Ă  la riche rĂ©gion qu'est la Campanie. Une alliance solide se constitue qui consolide la confiance que Rome a en elle-mĂȘme, l'annexion du Latium qui suit avec la dissolution de la Ligue latine, pose aussi les bases de nouveaux rapports entre Rome et certains des peuples conquis. La concession du droit de citĂ© sine suffragio - tous les droits du citoyen Ă  l'exception du droit de vote - permet une unification juridique et la consolidation de liens forts sans remettre en cause, dans un premier temps, l'Ă©quilibre politique de Rome[71],[72].

Le cas de Capoue est lĂ  encore le meilleur des exemples : si les Capouans reçoivent le droit de citĂ© sine suffragio, l'aristocratie de la citĂ© reçoit le droit de citĂ© complet et devient romaine : les 1 600 chevaliers capouans doivent par ailleurs recevoir de la plĂšbe de leur citĂ© la somme que les chevaliers romains reçoivent Ă  Rome[73]. L'interpĂ©nĂ©tration des Ă©lites est si importante que l'on parle parfois d'« Ă©tat romano-campanien Â»[74], toujours est-il qu'un mĂ©canisme essentiel des conquĂȘtes Ă  venir s'est mis en place : Rome s'appuie sur les aristocraties locales, ou sur une partie de ces aristocrates, pour Ă©tendre son territoire, en Ă©change elle offre Ă  ces aristocraties la stabilitĂ© politique et l'insertion valorisante dans un ensemble plus vaste, l'accĂšs Ă  une Ă©chelle supĂ©rieure. La diffusion croissante et le prestige fort de la culture grecque offre Ă  ces diverses aristocraties un ensemble de rĂ©fĂ©rences culturelles partagĂ©es et des modĂšles artistiques pour mĂ©diatiser tant leurs relations rĂ©ciproques que leur domination sociale.

DĂšs lors, Rome ne rencontre plus de rĂ©elles difficultĂ©s dans ses conquĂȘtes que dans deux types de guerres : d'une part les guerres avec des peuples qui ne possĂšdent pas une aristocratie civique aussi organisĂ©e, comme les Samnites, d'autre part les guerres avec d'autres empires reposant sur les mĂȘmes principes, comme Carthage. Dans ces deux cas, la valeur militaire romaine et la stabilitĂ© politique qui permet de rĂ©sister Ă  de lourdes dĂ©faites jouent un rĂŽle fondamental.

Une armée de citoyens

Article dĂ©taillĂ© : ArmĂ©e romaine.
Centurion dans une reconstitution historique.

De 17 à 46 ans, les citoyens romains sont mobilisables. Seuls les citoyens propriétaires ont le devoir de se battre pour la République. En effet les Romains pensent que celui qui a un bien à protéger se bat avec plus d'ardeur. Les plus riches combattent dans la cavalerie (equites), les autres sont fantassins (pedites)[75].

AprĂšs les rĂ©formes de Camille[76], ils forment des lĂ©gions d'environ 4 500 hommes, composĂ©es notamment des hastati, les jeunes citoyens (iuniores) bien entraĂźnĂ©s en premiĂšre ligne, des principes, eux aussi iuniores mais plus expĂ©rimentĂ©s, en deuxiĂšme ligne, et des triarii, les seniores, qui forment la derniĂšre ligne et la rĂ©serve. Les plus pauvres combattent en tant que vĂ©lites. Il existe aussi des troupes auxiliaires composĂ©es de soldats ne jouissant pas de la citoyennetĂ© romaine qui assistent les lĂ©gions.

Chaque année le Sénat fixe le nombre de soldats à mobiliser. Au mois de Mars, sur le Champ de Mars, les consuls, aidés des tribuns militaires, procÚdent à la levée des légions, le contingent nécessaire est choisi par tirage au sort parmi les mobilisables, des recruteurs sont envoyés en campagne, et les volontaires sont pris en supplément. Lorsque la patrie est en danger (tumultus), on opÚre la levée en masse de tous les citoyens mobilisables, sans distinction. En automne, lorsque la campagne est achevée, l'armée est licenciée.

Il rĂšgne dans la lĂ©gion une discipline rigoureuse. Les chĂątiments corporels sont frĂ©quents en cas de dĂ©sobĂ©issance (ou mĂȘme la dĂ©cimation). Les lĂ©gions romaines sont connues pour leur construction de camps fortifiĂ©s provisoires lorsqu’elles se dĂ©placent en campagne militaire, ainsi que pour leur vitesse de dĂ©placement et pour leur organisation. Lors d'une bataille, c'est quasiment toujours la mĂȘme stratĂ©gie qui est employĂ©e, que les soldats-citoyens connaissent, et qui fait que malgrĂ© le fait que chaque bataille se fasse sous un gĂ©nĂ©ral diffĂ©rent, l'armĂ©e combat toujours selon la mĂȘme organisation. La victoire se dĂ©cide donc plutĂŽt dans les dĂ©placements avant la rencontre sur le champ de bataille, oĂč la rigueur et la discipline romaine sont souvent dĂ©cisifs.

Histoire de la conquĂȘte

Rome s'impose définitivement dans le Latium

Articles dĂ©taillĂ©s : PremiĂšre guerre samnite et Guerres latines.

En 390 av. J.-C., Rome est prise par les Gaulois et subit son premier sac. Pour les Romains, cet Ă©pisode est vĂ©cu comme une catastrophe nationale. Ils ont la conviction que les dieux ont quittĂ© momentanĂ©ment la ville. D'ailleurs, un temps le peuple souhaite abandonner le site de Rome pour celui de VĂ©ies, vide de population depuis sa prise[77]. La citĂ© met longtemps Ă  se relever de ce dĂ©sastre[78]. AprĂšs quelques accrochages avec ses voisins, notamment les Ă©trusques de Tarquinii vaincus et quelques villes latines rebelles, et aprĂšs avoir fait face Ă  de nouveaux raids gaulois, Rome commence la conquĂȘte de l'Italie[79].

D'abord face aux Samnites, lors de la premiÚre guerre samnite, les Romains interviennent, en 343 av. J.-C., pour protéger Capoue des Samnites. La ville campanienne se soumet totalement à Rome qui intervient donc pour protéger ses nouvelles terres. Les Samnites sont vaincus en 341 av. J.-C. par le tribun militaire Decius Mus. Mais Rome ne peut exploiter son succÚs et doit se replier à cause du soulÚvement des Latins, qui menacent directement Rome[80].

S'ensuivent les guerres latines, qui opposent Rome Ă  la Ligue latine, entourant en partie le territoire romain. Une tentative de la part des peuples latins d'acquĂ©rir leur indĂ©pendance de Rome est la principale cause de la guerre. En 340 av. J.-C., une ambassade est envoyĂ©e au SĂ©nat romain pour demander la formation d'une seule rĂ©publique, comprenant Ă  la fois Rome et le Latium, au mĂȘme niveau. Comme Rome est, depuis quelques annĂ©es, le leader de la Ligue latine, elle refuse de mettre les peuples latins Ă  son niveau et d'accueillir des Latins au SĂ©nat. Le refus de Rome provoque la guerre. Les Romains ont combattu auprĂšs des peuples latins et campaniens contre les Samnites. Les Latins et les Campaniens continuent Ă  combattre cĂŽte Ă  cĂŽte, tandis que Rome s'allie aux Samnites pour attaquer les Latins. À la bataille de Veseris, les Romains, sous les ordres des consuls Decius Mus et Manlius Torquatus, battent les Latins. Selon les sources romaines, Manlius rĂ©instaure la discipline de l'armĂ©e en exĂ©cutant son propre fils pour dĂ©sobĂ©issance, alors que Decius sacrifie sa propre vie aux dieux pour que Rome ait la victoire. Un an plus tard, Manlius bat Ă  nouveau les Latins Ă  Trifanum, et la guerre prend fin peu aprĂšs[81].

La dissolution de la Ligue latine est prononcĂ©e, ainsi que l'incorporation de ses territoires dans la sphĂšre d'influence romaine. À cette occasion les Latins obtiennent des droits partiels et diffĂ©rents niveaux de citoyennetĂ© et leurs villes sont transformĂ©es, soit en municipes, soit en colonies romaines[82].

Entre 336 et 327 av. J.-C., Rome s'impose plus au sud de l'Italie et en Campanie, et stabilise les territoires nouvellement conquis[83].

Guerres contre les Samnites et les Étrusques

Article dĂ©taillĂ© : Guerres samnites.

La fondation romaine de FrĂ©gelles Ă  la frontiĂšre samnite et de graves tensions Ă  Naples, citĂ© divisĂ©e oĂč l'aristocratie penche pour l'alliance romaine et la plĂšbe pour l'alliance samnite, provoque une rĂ©action hostile immĂ©diate des Samnites. Le conflit durera prĂšs de 40 ans.

En 326 av. J.-C., les Romains remportent leurs premiers succĂšs, la citĂ© grecque de Naples chasse la garnison samnite et fait appel Ă  eux. En 324 av. J.-C., les Samnites s'installent Ă  PompĂ©i. AprĂšs plusieurs annĂ©es de guerres de frontiĂšres, les consuls romains dĂ©cident, en 321 av. J.-C., de porter la guerre en territoire samnite, initiative qui se termine par la capture humiliante de deux lĂ©gions par le samnite Caius Pontius Ă  la bataille des Fourches Caudines. Les hostilitĂ©s prennent fin en 316 av. J.-C. et la trĂȘve est en faveur des Samnites, qui obtiennent des Romains la cession de la colonie romaine de FrĂ©gelles. Les Romains annexent Capoue, et commencent en 312 av. J.-C. la construction de la voie Appienne qui relie Rome Ă  Capoue[84].

Rome met Ă  profit cette accalmie pour renforcer sa position en Campanie et conclure une sĂ©rie d'alliances avec des citĂ©s d'Apulie du Nord. Les hostilitĂ©s reprennent en 314 av. J.-C., les Romains remportent la victoire d'ArdĂ©e et FrĂ©gelles est reprise en 313 av. J.-C. Mais les Romains doivent faire face Ă  une vaste coalition rassemblant les Samnites, les Étrusques, les Ombriens, les Marses, les Herniques, les PĂ©ligniens et les Salentins. Les Étrusques sont vaincus Ă  Sutrium puis dans la forĂȘt Ciminienne par Fabius Maximus, puis par Papirius Cursor au lac Vadimon[85].

En 306 av. J.-C., Rome Ă©crase la rĂ©volte hernique et annexe leur territoire. L'annĂ©e suivante, les populations des Abruzzes subissent le mĂȘme sort. Les hostilitĂ©s avec les Samnites s'achĂšvent en 305 ou 304 av. J.-C. par la bataille de Bovianum. La paix est conclue avec eux l'annĂ©e suivante, mettant fin Ă  la deuxiĂšme guerre samnite[86].

En 304 av. J.-C., les Marses, les PĂ©ligniens, les Marrucins et les Volsques sont Ă  leur tour Ă©crasĂ©s et soumis. Les Èques, vaincus par une campagne Ă©clair, sont annexĂ©s. Cette guerre permet aux Romains d'assurer leur domination sur toute l'Italie centrale. Comme Ă  leur habitude, ils assurent leurs nouvelles conquĂȘtes par la construction d'une route stratĂ©gique qui relie Rome Ă  l'Adriatique par l'Apennin central et en fondant de nouvelles colonies sur les nouveaux territoires acquis, Ă  Minturnes, Ă  Sinuessa et Ă  Venusia[87].

En 298 av. J.-C., les hostilitĂ©s reprennent : c'est la troisiĂšme guerre samnite. En 295 av. J.-C., les Samnites rĂ©ussissent Ă  faire pĂ©nĂ©trer une armĂ©e en Italie du Nord, secondĂ©s par leurs alliĂ©s Ă©trusques et ombriens, qui sont en guerre contre Rome depuis 302 av. J.-C. De plus, ils profitent de la prĂ©sence des Gaulois qui depuis 299 av. J.-C. font des incursions rĂ©guliĂšres en Italie du Nord. Les Romains Ă©crasent cette coalition Ă  la bataille de Sentinum en 295 av. J.-C. Le territoire samnite est envahi et les Romains remportent la bataille d'Aquilonia en 293 av. J.-C. MalgrĂ© la dĂ©faite de Fabius Maximus en 292 av. J.-C., les Samnites capitulent en 290 av. J.-C., Rome asservit leurs villes et annexe leur territoire[88].

L’Italie devient romaine

Article dĂ©taillĂ© : Guerre de Pyrrhus en Italie.

Rome sort des guerres samnites maĂźtre de l’Italie centrale et est en contact direct avec les citĂ©s grecques qui bordent les cĂŽtes sud de la pĂ©ninsule et qui contrĂŽlent une partie du commerce mĂ©diterranĂ©en. Tarente a mĂȘme, par un traitĂ© commercial en 303 av. J.-C., limitĂ© la circulation des navires romains, leur interdisant d’aller plus loin que l’est du cap Lacinium prĂšs de Crotone. De son cĂŽtĂ© Rome dĂ©veloppe des alliances dans le sud de l’Italie, s’entend avec Thourioi, rivale de Tarente, s’allie avec la Lucanie, soutient l’installation d’une garnison de capouans Ă  Rhegium. Le parti dĂ©mocratique tarentin fait appel au jeune roi d'Épire, Pyrrhus Ier, pour ralentir la progression romaine[89].

Campagnes de Pyrrhus Ier d'Épire.

En 280 av. J.-C. Pyrrhus dĂ©barque en Italie avec une armĂ©e de 25 000 hommes et 20 Ă©lĂ©phants de guerre. À la bataille d'HĂ©raclĂ©e, les Romains sont vaincus. Les populations encore indĂ©pendantes du Bruttium et de Lucanie font alliance avec Pyrrhus, suivies des Samnites, trop rĂ©cemment soumis par les Romains. Pyrrhus marche sur la Campanie mais ne peut prendre Capoue, et dĂ©cide alors de marcher sur Rome, escomptant le ralliement des populations sur son trajet. Il parvient Ă  PrĂ©neste Ă  30 km de Rome, sans avoir obtenus les ralliements attendus, et il doit faire demi-tour. Il veut imposer de dures conditions de paix, que les Romains repoussent, suivant l’avis du vieil Claudius Caecus qui proclame qu'une paix ne peut ĂȘtre signĂ©e tant qu'un roi Ă©tranger se trouve en Italie. En 279 av. J.-C., Pyrrhus remporte une seconde victoire Ă  la bataille d'Ausculum, proverbiale sous l'expression de « victoire Ă  la Pyrrhus Â»[89].

Au milieu des campagnes d'Italie, Pyrrhus reçoit des envoyĂ©s des citĂ©s siciliennes qui demandent de l'aide pour Ă©vincer la puissance carthaginoise de l'Ăźle. Pyrrhus accepte et Rome s’allie Ă  Carthage, pour protĂ©ger la Sicile des visĂ©es de Pyrrhus. L'avancĂ©e de Pyrrhus est foudroyante. Cependant, Pyrrhus se voit contraint de partir de Sicile pour s'occuper d'autres affaires en Italie mĂ©ridionale[89].

En 275 av. J.-C., Curius Dentatus bat enfin Pyrrhus Ă  bataille de Maleventum. À la suite de cette dĂ©faite, Pyrrhus quitte l'Italie et retourne en Épire, laissant une garnison Ă  Tarente. AprĂšs son dĂ©part, les Romains assiĂšgent la ville, qui se rend en 272 av. J.-C. De cette guerre, Rome en tire des leçons en perfectionnant sa tactique militaire. L’habitude est prise de fortifier le camp de l’armĂ©e en marche, les lĂ©gions manƓuvrent dĂ©sormais en ligne de bataille avec plus de souplesse et les Ă©lĂ©phants de guerre ont perdu tout effet de surprise[89].

Les Sallentins et les Picéniens sont à leur tour soumis. En 265 et 264 av. J.-C., Rome prend et détruit la cité étrusque de Volsinii et les derniÚres villes étrusques indépendantes au sud de l'Arno sont rattachées à la République romaine[90].

Économie et sociĂ©tĂ©

Articles dĂ©taillĂ©s : Économie romaine et SociĂ©tĂ© romaine.

À cette Ă©poque, la RĂ©publique romaine domine dorĂ©navant une grande partie de l'Italie et permet Ă  la pĂ©ninsule de se stabiliser et de prospĂ©rer pour la premiĂšre fois de son histoire, l'Ă©conomie romaine et italienne est florissante. À Rome mĂȘme, les institutions se consolident et se diversifient, la guerre des ordres prend fin, et l'État se trouve un seul et unique maĂźtre du pouvoir : le SĂ©nat[91].

La ville de Rome s'accroĂźt, les besoins en eaux augmente, avec la construction des premiers aqueducs, celui de l'Appia en 312 av. J.-C. et celui de l'Anio en 272 av. J.-C. L'importation et la production deviennent quasi-industrielles[92].

À partir de la fin du IVe siĂšcle av. J.-C., Rome domine la pĂ©ninsule italienne, et les structures agricoles et sociales se transforment. La conquĂȘte de la Grande-GrĂšce va permettre l'introduction de techniques agricoles intensives carthaginoise et grecque qui consistent en l'exploitation de vigne et d'arbres fruitiers comme l'olivier. Cette agriculture permet de dĂ©passer le stade de l'auto subsistance pour devenir exportatrice[93].

Le centre de la structure sociale romaine est la famille, non seulement marquĂ©e par les relations de sang, mais aussi par la relation juridiquement construite de patria potestas. Le pater familias est le chef absolu de la famille. Il est le maĂźtre sur sa femme, ses enfants, les Ă©pouses de ceux-ci, ses neveux, ses esclaves et ses affranchis, et peut se dĂ©barrasser d'eux ou les vendre Ă  volontĂ©, voire mĂȘme les exĂ©cuter.

Organisation de l'Italie

Suite Ă  la chute de Tarente en 272 av. J.-C., toutes les terres de la pĂ©ninsule italienne situĂ©es au sud du fleuve Arno sont sous domination plus ou moins directe de Rome. En effet, les derniĂšres villes indĂ©pendantes sont tombĂ©es sous la coupe de Rome, notamment les villes Ă©trusques au nord de Rome et la Grande-GrĂšce dans les annĂ©es 280 av. J.-C. De tous ces peuples et villes, aucun n'a rĂ©ussit Ă  s'opposer longtemps Ă  l'avancĂ©e romaine, aucune coalition assez forte n'a rĂ©ussit Ă  se former pour rĂ©sister aux forces romaines, car tous ces peuples et ces villes Ă©taient dĂ©sunis en temps de paix. Rome apporte Ă  l'Italie une stabilitĂ© au dĂ©but du IIIe siĂšcle av. J.-C., Ă  la mĂȘme Ă©poque oĂč les institutions de la RĂ©publique se stabilisent aussi[94].

Toutes les populations et toutes les citĂ©s italiennes Ă©taient divisĂ©es avant que Rome ne s'impose, et cette derniĂšre rĂ©ussit Ă  entretenir des diffĂ©rences entre chaque, traitant avec chaque ville et chaque peuple, sous des conditions diffĂ©rentes et pour des statuts diffĂ©rents. De toute l'Italie centrale et mĂ©ridionale, il ne reste plus que « les Romains, les Latins et les alliĂ©s italiens Â», les seuls Ă  ĂȘtre des hommes libres au sein de la communautĂ© romaine. Il s'agit donc de Rome et des peuples ou citĂ©s qui ont Ă©tĂ© totalement intĂ©grĂ©s, des territoires semi-intĂ©grĂ©s, et des alliĂ©s de Rome, au dĂ©but par des alliances entre Ă©gaux qui deviennent trĂšs vite des pactes dominĂ©s par Rome[95].

Citoyenneté romaine

Article dĂ©taillĂ© : CitoyennetĂ© romaine.

Les citoyens de plein droit (cives cum suffragio ou optimio iure) sont les citoyens romains auxquels se sont ajoutĂ©s les hommes libres des premiers peuples latins intĂ©grĂ©s dans la RĂ©publique. Ils jouissent donc de tous les droits et de tous les devoirs, c'est-Ă -dire notamment le droit de voter et d'ĂȘtre Ă©lu, de propriĂ©tĂ©, de recevoir une solde dans l'armĂ©e ainsi que le devoir de servir sous les armes et de payer des impĂŽts[96].

Il existe un second type de citoyens (cives sine suffragio) qui ont les mĂȘmes droits et devoirs hormis celui de voter et de pouvoir ĂȘtre Ă©lu magistrat. Au dĂ©but, recevoir la citoyennetĂ© sans suffrage Ă©tait un grand honneur. Par exemple Caere, envers qui Rome est redevable suite au sac qu'a subit la ville, et bien qu'une guerre opposa les deux citĂ©s dans les annĂ©es 360 av. J.-C., Rome l'incorpora en temps que municipe sine suffragio. Capoue est elle aussi intĂ©grĂ©e sous ces conditions. À terme cependant, ce type de citoyennetĂ© deviendra bien infĂ©rieure, et aura une image nĂ©gative[96].

Seule une partie des citĂ©s du Latium possĂšdent les pleins droits et devoirs, et peu de territoires recevront cette citoyennetĂ© jusqu'au IIe siĂšcle av. J.-C., par contre, l'incorporation avec la citoyennetĂ© romaine sans suffrage inclut tout le Latium, la Campanie et la cĂŽte adriatique, formant un anneau protecteur autour des terres romaines. La situation n'Ă©voluera plus aprĂšs le dĂ©but du IIIe siĂšcle av. J.-C.[96]

Les colons romains possÚdent la citoyenneté complÚte, et bien qu'éloignés de Rome, ils conservent tout leurs droits et devoirs, comme par exemple celui de faire appel aux tribuns de la plÚbe[96],[97].

Colonies latines

Une partie des anciens Latins qui formaient la Ligue latine est incorporĂ©e Ă  Rome avec la citoyennetĂ©. Rome, de concert avec les Latins, va fonder de nombreuses colonies latines Ă  des endroits stratĂ©giques du territoire romain. Ces colonies sont plus libres que les colonies romaines, ayant plus d'autonomie, et se dĂ©veloppent plus facilement, car les citoyens romains renĂąclent Ă  partir loin de Rome, dans des lieux dangereux, mĂȘme s'ils conservent thĂ©oriquement leurs droits et devoirs. Ce systĂšme de colonie latine, oĂč les colons ne sont pas citoyens romains mais possĂšdent un certain nombre de droits au sein de la colonie quasi-indĂ©pendante de Rome, va perdurer longtemps, Ă©tant Ă  l'avantage de Rome et des colons[98].

Peuples alliés

Article dĂ©taillĂ© : FƓdus.

Enfin, les alliĂ©s (socii) sont en bas de la structure administrative romaine. Ils peuvent ĂȘtre liĂ©s Ă  Rome par un traitĂ© entre Ă©gaux (foedus aequum), mais sont plus souvent liĂ©s Ă  Rome par une alliance inĂ©gale (foedus inaequum), et dans tous les cas, ces alliĂ©s doivent fournir Ă  Rome un certain nombre de troupes et de fournitures militaires, sans que Rome doive les payer, ce qui soulage les citoyens romains[98].

Hormis Caere, l'Étrurie ainsi que le Samnium et toutes les terres du sud sont unis Ă  Rome par des traitĂ©s inĂ©gaux. Ce sont les derniĂšres terres qui sont tombĂ©es sous la coupe de Rome. Bien que ces traitĂ©s puissent crĂ©er des rancƓurs, on note que peu de ces alliĂ©s, malgrĂ© quelques dĂ©fections, abandonneront Rome pendant la deuxiĂšme Guerre punique alors que la RĂ©publique est au plus mal[99].

Ainsi, Rome a su créer autour d'elles, parmi une mosaïque de statuts, un certain équilibre et surtout une prospérité que l'Italie n'a pas connu avant, effaçant en partie les inégalités au sein de l'organisation romaine[100].

Institutions politiques

Article dĂ©taillĂ© : Constitution de la RĂ©publique romaine.
Fonctionnement thĂ©orique de la RĂ©publique romaine vers les IIIe et IIe siĂšcle av. J.-C.

Alors qu'aux dĂ©buts de la RĂ©publique ce sont les magistrats, notamment les consuls, qui dĂ©tiennent le pouvoir, petit-Ă -petit le SĂ©nat Ă©merge et s'impose au sein des institutions romaines. L'assemblĂ©e devient permanente et assoit son autoritĂ© sur les magistrats romains Ă  la fin du IVe siĂšcle av. J.-C., passant d'un conseil des anciens Ă  l'organe principal du pouvoir dont les magistrats sont les subordonnĂ©s. Les assemblĂ©es lĂ©gislatives populaires votent quant Ă  elles les lois[101].

SĂ©nat

Article dĂ©taillĂ© : SĂ©nat de la RĂ©publique romaine.

La source du pouvoir du SĂ©nat rĂ©publicain est son auctoritas, qui dĂ©coule de son prestige basĂ© sur les coutumes et la dignitĂ© et le prestige des sĂ©nateurs (mos maiorum ou « coutume des ancĂȘtres Â»). Comme le SĂ©nat est la seule institution politique Ă  ĂȘtre Ă©ternelle et continue (comparĂ© au consulat par exemple, qui expire au terme d’un mandat annuel), il acquiert la dignitĂ© des traditions antiques[102],[103].

Le SĂ©nat romain est tournĂ© essentiellement vers la politique Ă©trangĂšre. Alors que son rĂŽle dans les conflits armĂ©s se limite thĂ©oriquement Ă  celui de conseiller, le SĂ©nat finit par superviser ces conflits : les consuls commandent directement les armĂ©es et le SĂ©nat s’occupe de la stratĂ©gie globale[101].

Le SĂ©nat gĂšre Ă©galement l’administration civile au sein de la ville. Par exemple, seul le SĂ©nat peut autoriser que de l’argent public soit puisĂ© au trĂ©sor. De plus, il s’occupe des cas individuels de crimes politiques, telle que la trahison. Alors que le SĂ©nat peut influencer la promulgation de lois, il ne fait pas officiellement ces lois. Les assemblĂ©es lĂ©gislatives, qui sont considĂ©rĂ©es comme l'incarnation du peuple de Rome, font les lois domestiques qui gouvernent le peuple. Le SĂ©nat promulgue des dĂ©crets, appelĂ© senatus consultum. Officiellement, il s’agit de « conseils Â» donnĂ©s aux magistrats, bien qu’en pratique, ces dĂ©crets sont souvent suivis Ă  la lettre par ceux-ci[101],[104].

Assemblées

Pendant toute la République, les citoyens sont répartis en centuries à des fins militaires, et en tribus à des fins civiles. Chacun des deux groupes (centuries et tribus) se rassemble pour des buts législatifs, électoraux et judiciaires.

L’assemblĂ©e des centuries s’appelle les comices centuriates, qui sont organisĂ©es Ă  l’origine (temps qui remonterait au rĂšgne du roi Servius Tullius) d’une maniĂšre trĂšs aristocratique (organisation servienne). Selon cette organisation, les classes les plus Ă©levĂ©es (cavalerie et la premiĂšre des cinq classes d’infanterie) contrĂŽlent suffisamment de centuries pour obtenir la majoritĂ© Ă  chaque vote. Selon CicĂ©ron, l’assemblĂ©e est dĂ©libĂ©rĂ©ment arrangĂ©e de telle sorte que le petit peuple (le plus grand nombre) n’ait que peu de pouvoir. Le prĂ©sident des comices centuriates est gĂ©nĂ©ralement un consul. Elles peuvent promulguer une loi qui donne les pouvoirs de l’imperium aux consuls et prĂ©teurs ainsi que les pouvoirs de la censure aux censeurs. De plus, seules les comices centuriates peuvent Ă©lire les consuls, prĂ©teurs et censeurs, dĂ©clarer une guerre offensive, ou encore valider le cens (recensement des citoyens par classes). Elles servent aussi comme la plus haute cour d’appel dans certains cas de justice (en particulier, les cas punis de la peine capitale). Bien que les comices centuriates aient le pouvoir de ratifier les lois ordinaires, elles ne s’en servent que rarement[102],[101],[105],[106]

Durant la RĂ©publique, les tribus se rassemblent en deux assemblĂ©es : le concile plĂ©bĂ©ien et les comices tributes. La seule diffĂ©rence entre les deux assemblĂ©es rĂ©side dans ce que les patriciens ne peuvent voter dans le concile plĂ©bĂ©ien. Le prĂ©sident des comices tributes est gĂ©nĂ©ralement un consul. Les comices tributes Ă©lisent les questeurs, les Ă©diles curules et les tribuns militaires. Elles ont Ă©galement le pouvoir d’instruire des cas judiciaires. Bien que les comices tributes aient le pouvoir de promulguer de nouvelles lois, elles ne s’en servent que rarement. Le concile plĂ©bĂ©ien ne reprĂ©sente pas tout le peuple car les patriciens en sont exclus, de sorte que le concile ne peut pas Ă©lire de magistrats Ă  proprement parler. Mais le concile plĂ©bĂ©ien Ă©lit ses propres reprĂ©sentants (tribuns de la plĂšbe et Ă©diles plĂ©bĂ©iens, considĂ©rĂ©s comme des magistrats). En effet, le concile plĂ©bĂ©ien est l’assemblĂ©e des tribus plĂ©bĂ©iennes alors que les comices tributes sont l’assemblĂ©e des tribus « patricio-plĂ©bĂ©iennes Â»[101],[107],[108].

Magistratures

Les magistratures sont Ă©lectives et annuelles, hormis la censure, la dictature et la fonction d'interroi. Chaque magistrat romain est investi d’une partie plus ou moins importante du pouvoir, et ainsi tous les magistrats ont un certain rang de pouvoir. Les dictateurs possĂšdent plus de pouvoirs que n’importe quel autre magistrat, suivi des consuls et des prĂ©teurs, magistrats ordinaires. Chaque magistrat peut seulement bloquer par son veto une action prise par un magistrat de rang Ă©gal ou infĂ©rieur au sien. Par consĂ©quent, aucun magistrat ne peut s’opposer par son veto aux dĂ©cisions du SĂ©nat ou des assemblĂ©es[109].

Comme les tribuns de la plĂšbe et les Ă©diles plĂ©bĂ©iens ne sont pas Ă  proprement parler des magistrats, ils ne sont pas concernĂ©s par la rĂ©partition des « pouvoirs majeurs Â». En gĂ©nĂ©ral, cela fait d’eux des magistrats indĂ©pendants des autres. C’est la raison pour laquelle, par exemple, ils ne peuvent voir leurs actes bloquĂ©s par le veto des consuls. Les tribuns ne comptent pas sur leurs pouvoirs pour faire obstruction par un veto aux magistrats, assemblĂ©es et SĂ©nat, mais sur la sacro-saintetĂ© de leur personne (intercessio). Si un magistrat, une assemblĂ©e ou le SĂ©nat ne se conforment pas aux ordres d’un tribun, celui-ci, en usant de l’intercessio, pourra bloquer cette action particuliĂšre. La moindre agression envers un tribun est considĂ©rĂ©e comme une offense capitale[101],[110].

Chaque magistrat rĂ©publicain dĂ©tient certains pouvoirs constitutionnels (potestas), qui comprennent l’imperium, la coercitio et l’auspicia (pouvoirs religieux). Ces pouvoirs sont Ă©quilibrĂ©s par plusieurs contraintes constitutionnelles, incluant la collĂ©gialitĂ© (collega), le droit des citoyens d’en appeler au peuple (provocatio) et une division constitutionnelle des pouvoirs (provincia). Seul le peuple de Rome (plĂ©bĂ©iens et patriciens) a le droit de confĂ©rer ces pouvoirs Ă  un magistrat[102],[111],[112].

ConquĂȘte de la MĂ©diterranĂ©e (IIIe et IIe siĂšcles av. J.-C.)

ConquĂȘte de l'Occident mĂ©diterranĂ©en

PremiĂšre guerre punique

Article dĂ©taillĂ© : PremiĂšre Guerre punique.

À partir de 264 av. J.-C. commence le grand affrontement contre Carthage qui marque un tournant dans l'histoire de Rome. Carthage, ancienne colonie phĂ©nicienne a dĂ©veloppĂ© d'abord des comptoirs commerciaux, puis des points d'appui et des colonies dans toute la MĂ©diterranĂ©e occidentale et notamment Ă  l'ouest de la Sicile grĂące Ă  son esprit d'entreprise. Rome se mĂ©fie des ambitions carthaginoises en Sicile. C'est la cause de la premiĂšre Guerre punique qui dure prĂšs de vingt-cinq ans[113].

Les Carthaginois prennent d'abord la ville de Messine, ce qui provoque l'inquiétude des Romains en raison de la position de la ville à proximité des villes grecques d'Italie qui viennent de tomber sous leur domination. Le Sénat romain ne souhaite pas ouvrir les hostilités avec Carthage mais la population demande d'intervenir, poussée par le lobby des propriétaires terriens de Campanie qui veulent contrÎler le passage maritime entre la Sicile et l'Italie, Messine étant l'une des villes qui contrÎlent le passage de ce détroit. Ainsi, Claudius Caudex traverse et prend par surprise la garnison punique de Messine, déclenchant le début de la guerre. Suite à ce revers, le gouvernement de Carthage commence à regrouper ses troupes à Agrigente, mais les Romains menés par Claudius Caudex et Valerius Maximus prennent les villes de Ségeste et d'Agrigente aprÚs un siÚge de sept mois[113].

Il s'ensuit vingt ans de guerres avec des fortunes diverses : les premiĂšres victoires sont remportĂ©es par l'armĂ©e romaine face Ă  des troupes puniques hĂ©tĂ©rogĂšnes (mercenaires de toute la MĂ©diterranĂ©e y compris de Gaule, troupes africaines et alliĂ©s siciliens). D'ailleurs, le roi de Syracuse change de camp suite aux premiers revers puniques et contribue par sa flotte Ă  ravitailler les troupes romaines de Sicile. Ainsi, les Carthaginois perdent une grande partie des terres siciliennes reconquises sur les Grecs. Suite Ă  ces dĂ©faites, les puniques redressent la situation en menant une stratĂ©gie de raids et de guĂ©rilla, sur terre comme sur mer, en Sicile comme en Italie, tenant les positions siciliennes par des forteresses inexpugnables. En effet, l'armĂ©e punique a une meilleure technique des siĂšges et des fortifications que celle des Romains apprise auprĂšs des Grecs. Rome est coup sur coup battu prĂšs de Carthage et en mer, perdant une grande partie de sa flotte, qui sera reconstruite grĂące Ă  l'argent des grands propriĂ©taires terriens campaniens, principaux intĂ©ressĂ©s par cette guerre, bien que l'État dĂ»t rembourser aprĂšs la guerre[113].

En 241 av. J.-C., la victoire navale du proconsul Lutatius Catulus devant les üles Égades, à l'ouest de la Sicile, contraint Carthage à signer une paix humiliante. Elle abandonne la Sicile, puis la Sardaigne et la Corse aprùs coup, et paie un fort tribut[113].

DeuxiĂšme guerre punique

AprĂšs la premiĂšre Guerre punique, Rome s'Ă©tend en Illyrie, aprĂšs avoir vaincu les Ligures et les Insubres : en 222 av. J.-C., le consul Claudius Marcellus bat les Gaulois Ă  la bataille de Clastidium, tue leur roi Viridomaros et est ainsi le dernier Ă  recevoir les dĂ©pouilles opimes, s'empare de Mediolanum et rĂ©duit la Gaule cisalpine en province romaine[114]. De son cĂŽtĂ©, Carthage se lance Ă  la conquĂȘte de l'Hispanie. Cette expansion inquiĂšte Rome qui fait renaĂźtre les hostilitĂ©s en 219 av. J.-C[115].

Mais la RĂ©publique trouve en face d'elle, en la personne d'Hannibal, un adversaire redoutable, un homme politique et militaire de gĂ©nie. Celui-ci dĂ©cide d'attaquer par voie terrestre avec un contingent de 70 000 hommes et des Ă©lĂ©phants, animaux de guerre impressionnants. Une longue marche leur fait traverser l'Hispanie, le sud de la Gaule, puis les Alpes. Hannibal remporte alors dans le nord de l'Italie une sĂ©rie de victoires et avance vers le sud en traversant les Apennins. LĂ , sur les rives du lac TrasimĂšne, il Ă©crase une nouvelle fois une armĂ©e romaine le 23 juin 217 av. J.-C. Le SĂ©nat lĂšve une grande armĂ©e, mais Hannibal la rĂ©duit Ă  sa merci Ă  Cannes, en aoĂ»t 216 av. J.-C. Les villes alliĂ©es Ă  Rome dans le sud de l'Italie (mais dans le sud uniquement) se rallient Ă  Hannibal. Celui-ci s'installe Ă  Capoue[116].

Campagnes de la deuxiĂšme guerre.

Rome refuse de s'incliner. Vingt-trois lĂ©gions nouvelles sont enrĂŽlĂ©es avec notamment des esclaves affranchis pour l'occasion. Rome reprend l'offensive, notamment avec Claudius Marcellus Ă  la tĂȘte des armĂ©es romaines qui remporte sur le gĂ©nĂ©ral carthaginois les batailles de Nole en 216 et 215 av. J.-C. et s'empare de Syracuse aprĂšs trois ans de siĂšge, puis c'est au tour de Capoue de tomber en 211 av. J.-C. Ayant la maĂźtrise des mers, Rome envoie un corps expĂ©ditionnaire en Hispanie puis en Afrique sous la direction de Scipion l'Africain. AprĂšs la conquĂȘte de l'Hispanie, Scipion a finalement raison d'Hannibal en 202 av. J.-C. dans la plaine de Zama, ce qui met fin Ă  la deuxiĂšme Guerre punique. Les vaincus, qui perdent leurs possessions extĂ©rieures doivent payer un Ă©norme tribut Ă  Rome qui devient la premiĂšre puissance de la MĂ©diterranĂ©e occidentale en 202 av. J.-C[117].

Rome a donc gagnĂ© contre Hannibal, que l'histoire met au rang des grands stratĂšges et des fins tacticiens. Il sĂ©journe 15 ans sur le sol romain, sans pouvoir amener Rome Ă  la capitulation. Parmi les raisons du succĂšs romain, on peut citer le refus de la classe politique romaine de s'admettre jamais vaincue, mĂȘme si elle se divise sur la stratĂ©gie Ă  adopter, offensive ou dĂ©fensive ; la capacitĂ© de recrutement romaine, comblant constamment ses pertes, mobilisant jusqu'Ă  25 lĂ©gions, au prix d'une pression Ă©puisante sur ses alliĂ©s ; la maĂźtrise maritime, qui permet de garder le contact avec l'armĂ©e envoyĂ©e en Hispanie, tandis que la flotte punique n'ose jamais un affrontement naval, cette maĂźtrise lui assure aussi son ravitaillement en blĂ© depuis la Sicile, la Sardaigne et l’Hispanie, ainsi que ses contacts diplomatiques avec les adversaires de Philippe V de MacĂ©doine, alliĂ© de Hannibal ; et la fidĂ©litĂ© des peuples alliĂ©s entourant Rome d'un glacis protecteur et de la plupart des ports d'Italie du Sud.

Main-mise sur l'Occident

La RĂ©publique romaine s'Ă©tend sur l'Italie, l'Hispanie et l'Afrique Ă  la fin de la deuxiĂšme Guerre punique. Carthage est finalement dĂ©truite en 146 av. J.-C. pendant la troisiĂšme Guerre punique dĂ©libĂ©rĂ©ment dĂ©cidĂ©e par le SĂ©nat. AprĂšs un siĂšge de trois ans, Scipion Émilien prend la ville, la rase et maudit son sol[118]. MalgrĂ© de nombreuses rĂ©voltes, l'Hispanie reste romaine. L'ouest mĂ©diterranĂ©en est donc sous domination romaine au IIe siĂšcle av. J.-C., seule la future Gaule transalpine n'est pas encore romaine, mais elle devient une province de la RĂ©publique romaine en 121 av. J.-C., parachevant la conquĂȘte de toutes les terres cĂŽtiĂšres de ce cĂŽtĂ© de la MĂ©diterranĂ©e.

Domination sur l'Orient méditerranéen

Guerres macédoniennes

Article dĂ©taillĂ© : Guerres de MacĂ©doine.

Pendant la deuxiĂšme Guerre punique, Philippe V de MacĂ©doine s’allie Ă  Hannibal Barca. Craignant que les MacĂ©doniens renforcent Hannibal, Rome expĂ©die des forces de l’autre cĂŽtĂ© de l’Adriatique. Rome, aidĂ©e par des alliĂ©s de la Ligue Ă©tolienne et de Pergame aprĂšs 211 av. J.-C., ne souhaite pas la conquĂȘte, mais de garder la MacĂ©doine, les citĂ©s Ă©tats grecques, et les ligues politiques soigneusement divisĂ©es et non menaçantes. La guerre finit indĂ©cisivement en 205 av. J.-C. par le traitĂ© de PhoenicĂ©, et se solde par le partage entre Rome et la MacĂ©doine d'un territoire mineur le long du littoral de l’Adriatique pour « combattre la piraterie Â», l’Illyrie[119]. Ce conflit mineur ouvre le chemin de l’intervention romaine en GrĂšce.

En 201 av. J.-C., la deuxiĂšme guerre macĂ©donienne est dĂ©clenchĂ©e par Rome, avec l’aide de quasiment tout le monde grec. C’est un conflit indĂ©cis jusqu’à la victoire romaine Ă  la bataille de CynocĂ©phale en 197 av. J.-C. AprĂšs que Rome a imposĂ© le traitĂ© de TempĂ©, par lequel Philippe V de MacĂ©doine renonce Ă  la GrĂšce et Ă  la Thessalie, on lui interdit d’interfĂ©rer dans la politique hors de ses frontiĂšres, une condition Ă  laquelle il adhĂšre le restant de sa vie. En 194 av. J.-C., Rome dĂ©clare la GrĂšce « libre Â» et se retire complĂštement des Balkans[120]. Il semble que Rome n’a aucun autre intĂ©rĂȘt dans cette rĂ©gion.

AprĂšs la deuxiĂšme Guerre macĂ©donienne, la Ligue Ă©tolienne est peu satisfaite des territoires que Rome leur a cĂ©dĂ© en tant que « rĂ©compense Â» pour leur aide. Ils « invitent Â» Antiochos III de l’Empire sĂ©leucide Ă  les aider pour libĂ©rer la GrĂšce de l’« oppression romaine Â». En tant que conseiller militaire, Hannibal Barca recommande Ă  Antiochos de ne pas envoyer si peu de troupes en GrĂšce, toutefois, le roi envoie une petite force en 192 av. J.-C., ce Ă  quoi Rome rĂ©pond en envoyant de nouveau ses lĂ©gions en GrĂšce, chassant les SĂ©leucides. En Asie Mineure, les victoires romaines aux Thermopyles en 191 av. J.-C. et Ă  la bataille de MagnĂ©sie en 190 av. J.-C. obligent Antiochos Ă  signer le traitĂ© d’ApamĂ©e en 188 av. J.-C., cĂ©dant des territoires Ă  Pergame et Ă  Rome, ainsi qu’une imposante indemnitĂ© de guerre de 15 000 talents d’argent[121].

AprĂšs la mort de Philippe V de MacĂ©doine en 179 av. J.-C., son fils, PersĂ©e, essaie de restaurer l’influence de la MacĂ©doine et menace ses voisins : c'est le dĂ©clenchement de la troisiĂšme Guerre macĂ©donienne. Initialement, les forces romaines ont des difficultĂ©s contre les forces macĂ©doniennes, mais en 168 av. J.-C., les lĂ©gions romaines cassent la phalange macĂ©donienne Ă  la bataille de Pydna. PersĂ©e est capturĂ© quelques temps aprĂšs, et la MacĂ©doine est divisĂ©e en quatre rĂ©publiques dirigĂ©es par des marionnettes que Rome commande[122].

GrĂšce et Asie romaines

Rome Ă©crase complĂštement une rĂ©bellion macĂ©donienne et ne se retire pas de la rĂ©gion, formant la province romaine de MacĂ©doine, Ă©tablissant un pouvoir romain permanent sur la pĂ©ninsule grecque. Entre 149 et 146 av. J.-C., la ligue achĂ©enne se rĂ©volte aussi : victoire romaine, pillage et destruction de Corinthe. En 133 av. J.-C., le royaume de Pergame Ă©choit en hĂ©ritage Ă  Rome. Il donne naissance Ă  la province d'Asie.

Rome et l'Italie au IIe siĂšcle av. J.-C.

Institutions politiques

Article dĂ©taillĂ© : Constitution de la RĂ©publique romaine.

En 287 av. J.-C., la guerre des ordres a pris fin par les lois hortensiennes qui retirent au patriciat sa derniĂšre arme contre la plĂšbe, rĂ©solvant ainsi un des grands problĂšmes des dĂ©buts de la RĂ©publique. NĂ©anmoins, il n’y a pas de changements politiques important entre 287 et 133 av. J.-C. Les lois critiques de cette pĂ©riode sont toujours ratifiĂ©es par le SĂ©nat. En effet, l’élĂ©ment dĂ©mocratique est satisfait de la rĂ©partition des pouvoirs, mais ne cherche pas vraiment Ă  user du sien. Le SĂ©nat joue un rĂŽle majeur pendant cette pĂ©riode, celle-ci Ă©tant dominĂ©e par des questions de politiques Ă©trangĂšres et d’ordre militaire. En fait, ces annĂ©es sont les plus riches en Ă©vĂšnements militaires de toute la RĂ©publique[123].

La derniĂšre dĂ©cennie de cette pĂ©riode voit une aggravation des problĂšmes financiers pour de nombreux plĂ©bĂ©iens. En effet, les longues campagnes militaires tiennent de nombreux citoyens loin de chez eux pour se battre, sans qu’ils ne puissent plus s’occuper de leurs terres, laissĂ©es Ă  l’abandon. L’aristocratie terrienne commence alors Ă  les racheter Ă  des prix trĂšs faibles et les exploitent avec de la main d’Ɠuvre bon marchĂ©, rĂ©duisant leurs coĂ»ts de production. Les autres fermiers ne bĂ©nĂ©ficiant pas de ces avantages ne peuvent plus exploiter leurs terres Ă  profit et font faillite. Les nombreux plĂ©bĂ©iens alors sans emploi convergent vers Rome, grossissant les rangs des assemblĂ©es populaires, oĂč leur statut Ă©conomique leur permet, pour la plupart, de voter pour le candidat qui leur promet le meilleur avenir. Une nouvelle culture de dĂ©pendance apparaĂźt qui favorisera la montĂ©e en puissance des meneurs les plus populaires[124].

Organisation administrative de l'Italie

L'Italie au IIe siĂšcle av. J.-C., une mosaĂŻque de statuts.

Durant toute la deuxiĂšme Guerre punique, hormis quelques dĂ©fections dans le Sud, les territoires latins et alliĂ©s de Rome sont restĂ©s fidĂšles Ă  la RĂ©publique, et ont trĂšs largement contribuĂ© Ă  l'effort de guerre, tant humainement que matĂ©riellement. Cependant, la citoyennetĂ© romaine n'est que trĂšs peu Ă©tendue et les rancƓurs et motifs de rĂ©voltes s'accumulent contre le pouvoir central Ă  Rome, aveugle. La population romaine elle-mĂȘme s'oppose Ă  tout geste envers les Italiques et les alliĂ©s, ce qui perdra Caius Gracchus ou encore Livius Drusus, qui pourtant Ă©taient trĂšs populaires, et tout deux se sont aliĂ©ner la plĂšbe romaine jalouse de ses droits. L'Étrurie, le Samnium et ainsi que les anciennes terres de la Grande-GrĂšce sont des terres alliĂ©es de Rome alors qu'elles sont intĂ©grĂ©s dans la RĂ©publique depuis plus d'un siĂšcle. Les Latins des trĂšs nombreuses colonies ne se voient pas attribuĂ©s la citoyennetĂ© pleine en entiĂšre[125].

L'organisation gĂ©nĂ©rale de l'Italie n'a pas Ă©voluĂ© depuis prĂšs de deux siĂšcles, alors que le territoire romain s'Ă©tend maintenant sur une grande partie du bassin mĂ©diterranĂ©en. Ce blocage entraĂźnera une guerre civile terrible au dĂ©but du Ier siĂšcle av. J.-C., connue sous le nom de « guerre sociale Â», entre les Romains et leurs alliĂ©s[125].

Quant à l'organisation locale des cités italiennes, les institutions locales se calquent sur les gouvernements des villes de Campanie et du Latium, sans pour autant perdre les traditions locales. Les cultures se mélangent, toute la péninsule est en voie de romanisation tout en gardant ses différences culturelles[125].

Économie et sociĂ©tĂ©

Suite Ă  la deuxiĂšme Guerre punique, dont Rome sort vainqueur mais avec un bilan humain et Ă©conomique lourdement nĂ©gatif, la RĂ©publique se retrouve seule maĂźtre de toute une partie du bassin mĂ©diterranĂ©en oĂč les territoires sont florissants. La prise de la GrĂšce et d'une partie de l'Asie augmente l'afflux de richesse dans toute la RĂ©publique. AprĂšs les guerres puniques, les guerres macĂ©doniennes, et tous les autres conflits, notamment en Illyrie, en Gaule cisalpine et en Hispanie, le nombre d'esclaves est dĂ©multipliĂ© et leurs biens acquis par Rome. De nombreux tributs sont imposĂ©s aux peuples vaincus mais non intĂ©grĂ©s au territoire romain, les revenus des mines d'Hispanie et de MacĂ©doine sont aussi rĂ©cupĂ©rĂ©s par l'État romain. Les citoyens romains s'enrichissent fortement, soit en Ă©tant dans l'armĂ©e et en ayant profitĂ© des pillages et des butins importants amassĂ©s pour les citoyens modestes, soit en ayant rĂ©cupĂ©rĂ© d'immenses parcelles de terres pour les citoyens les plus aisĂ©s, ce qui implique un enrichissement de la plupart des Romains[126].

L'apport financier suite Ă  toutes ces guerres et ces territoires absorbĂ©s est tel que lorsque Paul Émile revient en triomphe avec un butin immense de MacĂ©doine[127], les citoyens romains se voient exempter de payer l'impĂŽt du tributum en 167 av. J.-C., dorĂ©navant payĂ© par les provinces[126].

Deux censeurs organisent les grands flux monétaires de l'état. Toutes les recettes alimentent le trésor public. Tous les cinq ans, les censeurs supervisent la rentrée des impÎts en concédant les perceptions d'impÎts aux sociétés de publicains, et en engageant les dépenses d'investissement pour les grands travaux. Les magistrats ne sont pas payés, les colonies et les municipes sont autonomes. Par contre les gouverneurs des provinces reçoivent des indemnités et les esclaves publiques un petit salaire.

Le dĂ©veloppement du goĂ»t pour le luxe est si important que les conservateurs attachĂ©s au mos maiorum, dont le plus cĂ©lĂšbre reprĂ©sentant au dĂ©but du IIe siĂšcle av. J.-C. est Caton l'Ancien, s'attaquent vivement Ă  tout cet Ă©talement de richesse jamais vu Ă  Rome. Des lois ont Ă©tĂ© votĂ©es pendant la guerre pour limiter les habitudes de luxe, notamment celles des femmes, cette derniĂšre Ă©tant abrogĂ©e contre l'avis de Caton[128], mais de nouvelles lois seront promulguĂ©es pour limiter l'explosion des signes extĂ©rieurs de richesse : ce sont les lois somptuaires[126].

L'esclavage devient le moteur de la société romaine aprÚs la deuxiÚme Guerre punique, lorsque les riches Romains commencent à créer des grandes propriétés (Latifundium) dans les provinces conquises. Les évaluations faites laissent à penser que les esclaves représentent la moitié, voire le double, des citoyens. Cette proportion est encore plus importante dans les campagnes. Ils occupent tous les types de fonctions, des plus spécialisés, comme les enseignants grecs, aux plus répétitives et méprisées comme les fabricants de briques. Leurs conditions de vies et les traitements trÚs durs auxquels ils sont soumis se sont légÚrement améliorées aprÚs les guerres serviles. Les petits paysans, souvent obligés par la ruine d'aller grossir la plÚbe urbaine, désertent les campagnes. Les terres prises à l'ennemi parviennent prioritairement aux riches patriciens, alors que de nombreux paysans sont sans terre et qu'il restent des terres sans paysans[129],[130].

Les dĂ©buts de Rome ont vu les Ă©changes sur la base du troc, et la circulation d'espĂšces monĂ©taires grecques. Avant le IIIe siĂšcle av. J.-C., au centre de l'Italie, on utilisait des piĂšces sans effigie, au poids. La premiĂšre monnaie romaine, l'as a en principe une valeur d'une livre romaine de cuivre, quelques fois moins. Les piĂšces romaines valent donc plus que leur valeur en mĂ©tal. Rome dĂ©veloppe un systĂšme monĂ©taire stable Ă  partir de la deuxiĂšme Guerre punique afin de pouvoir aisĂ©ment financer les dĂ©penses militaires. L'afflux de mĂ©tal prĂ©cieux aprĂšs les victoires romaines pĂ©rennise ce systĂšme monĂ©taire, basĂ© sur l'argent et le bronze (denier et sesterce).

Arts et culture gréco-romaine

Il est possible que les Romains soient entrĂ©s en contact avec la civilisation grecque Ă  travers les citĂ©s grecques du sud de l'Italie et en Sicile (la Grande-GrĂšce). Cependant l'influence Ă©trusque, eux-mĂȘmes influencĂ©s par la culture grecque, ne nous permet pas de dire prĂ©cisĂ©ment d'oĂč vient l'hellĂ©nisme des Romains. Ils ont empruntĂ© Ă  la GrĂšce bon nombre de croyances religieuses, de traditions, d'idĂ©es politiques, d'Ă©lĂ©ments architecturaux, de savoir technique. L'archĂ©ologie a permis de dĂ©couvrir de la poterie grecque qui date du VIIIe siĂšcle av. J.-C.[131]

Rome en devenant maßtre de l'Italie et surtout des cités de la Grande-GrÚce définitivement aprÚs la deuxiÚme Guerre punique, en asservissant un grand nombre d'esclaves grecs, n'a fait que renforcer cet hellénisme. En effet, les riches familles romaines utilisent des esclaves précepteurs pour leurs enfants, leurs médecins sont grecs, les prostituées prennent des noms grecs[132].

Le grec est devenu une langue seconde, largement utilisĂ©e dans le commerce, une langue de culture aussi, si bien que des Ɠuvres comme L'Iliade sont devenues romaines aux yeux des Romains. Virgile a Ă©crit certaines de ses Ɠuvres directement en grec. Les Romains les plus riches envoient leurs enfants dans les Ă©coles grecques qu'elles soient Ă  Cos, Alexandrie ou AthĂšnes. La prise de la GrĂšce en 146 av. J.-C. ne fait que renforcer le phĂ©nomĂšne. Le grec aussi bien que le latin sont devenus linguĂŠ francĂŠ pour la moitiĂ© est de la mĂ©diterranĂ©e[133].

L'art grec connaĂźt une vĂ©ritable renaissance au milieu du IIe siĂšcle av. J.-C., et son influence sur l'art italique est considĂ©rable. Les artistes hellĂ©nistiques du courant nĂ©o-attique remplissent l'Italie de leurs Ɠuvres. La profonde hellĂ©nisation de l'art romain est voulue par le pays dominateur[132].

Vie sous la RĂ©publique

Article dĂ©taillĂ© : SociĂ©tĂ© romaine.

Les Romains conservent longtemps des habitudes paysannes menant une vie dure et laborieuse. Au dĂ©but de la RĂ©publique les petits propriĂ©taires sont nombreux. Ce sont eux qui fournissent des troupes aux armĂ©es romaines. Par la suite, mĂȘme aprĂšs des transformations considĂ©rables, l'idĂ©al social, politique et culturel d'une citĂ© composĂ©e d'agriculteurs autonomes Ă  la vie frugale a toujours gardĂ© une force importante. Le rappel Ă  la simplicitĂ©, largement idĂ©alisĂ©e, des ancĂȘtres, Ă  leur mƓurs (mos maiorum) est une constante de la vie politique et culturelle de Rome et constitue un clichĂ© mobilisĂ© par de nombreuses sources et de nombreux grands personnages de Rome. Cela ne doit pas masquer cependant les profondes transformations qui ont touchĂ© la sociĂ©tĂ© romaine durant les cinq siĂšcles d'existence de la RĂ©publique. MalgrĂ© l'existence d'une continuitĂ© culturelle importante, en particulier dans les domaines religieux et juridiques, dans la mobilisation d'un certain idĂ©al social, c'est non seulement la vie et l'organisation de la sociĂ©tĂ© romaine qui changent, mais aussi la dĂ©finition mĂȘme du « Romain Â».

Si, au dĂ©but de la RĂ©publique, les Romains sont les citoyens en nombre restreint d'une citĂ© aristocratique ordinaire, les conquĂȘtes, l'ouverture culturelle qu'elles entraĂźnent et les changements sociaux qu'elles induisent, surtout aprĂšs la seconde guerre punique, transforment Ă©normĂ©ment la sociĂ©tĂ© romaine. Non seulement, Ă  la fin de la RĂ©publique, la ville de Rome est devenue une mĂ©tropole immense rassemblant des centaines de milliers d'habitants, mais les Romains ont reçu les dividendes d'une conquĂȘte qui s'est Ă©tendue Ă  toute la MĂ©diterranĂ©e. Leur sociĂ©tĂ© en a Ă©tĂ© transformĂ©e : l'esclavage a pris une importance considĂ©rable, la vie Ă©conomique s'est considĂ©rablement complexifiĂ©e, enrichie et intensifiĂ©e, les Ă©carts sociaux se sont considĂ©rablement accrus et l'Ă©quilibre politique de l'aristocratie sĂ©natoriale a volĂ© en Ă©clat, malmenĂ© par les ambitions des plus grands gĂ©nĂ©raux.

La fin de la RĂ©publique voit une place toujours plus grande accordĂ©e Ă  la culture grecque hellĂ©nistique, bien diffĂ©rente de l'hellĂ©nisme archaĂŻque et classique qui Ă©tait prĂ©sent Ă  Rome dĂšs l'Ă©poque royale, en mĂȘme temps qu'une extension considĂ©rable de la romanitĂ© : lorsque la RĂ©publique cĂšde la place Ă  l'Empire, tous les habitants libres de l'Italie sont devenus citoyens romains, et cette unification juridique s'accompagne d'une unification culturelle. La vie des Romains sous la RĂ©publique est donc marquĂ©e, par delĂ  les continuitĂ©s bien rĂ©elles, par une trĂšs forte diversitĂ© selon les pĂ©riodes, les rĂ©gions et les groupes sociaux.

Les Romains vivent dans une maison simple avec peu de meubles, la domus. On retrouve cette simplicitĂ© dans leur nourriture et dans leur tenue vestimentaire. MĂȘme la toge des patriciens n'est, au dĂ©but de la rĂ©publique, qu'une piĂšce d'Ă©toffe sans ornement. La famille obĂ©it au pater familias, qui a toute autoritĂ© sur sa femme et ses enfants. Mais peu Ă  peu le droit de vie et de mort que le pater familias possĂ©dait sur sa famille disparaĂźt. La matrone, vĂȘtue d'une stola, s'occupe des affaires domestiques mais elle reste une mineure perpĂ©tuelle sous l'autoritĂ© de son Ă©poux ou de son fils aĂźnĂ© tant qu'elle reste au foyer, c'est-Ă -dire soumise aux lares.

C'est d'abord au sein de la famille que se pratique la religion. Tous les jours et Ă  tous les repas les Romains pratiquent des rites religieux devant le foyer dont les flammes (ignis) sont symboles de leurs rĂ©vĂ©rences envers les pĂ©nates qui veillent sur la rĂ©gularitĂ© des approvisionnements, les lares qui protĂšgent la maisonnĂ©e et le genius qui assure au pater familias et Ă  la famille sa vitalitĂ©. Les Romains pensent que de nombreuses divinitĂ©s les assistent de la naissance Ă  la mort dans leur maison. Les morts sont incinĂ©rĂ©s et leurs cendres sont placĂ©es dans une urne enterrĂ©e Ă  mĂȘme la terre ou placĂ©e dans un monument funĂ©raire pour les plus riches. À leur anniversaire les dĂ©funts reçoivent des fleurs, de la nourriture, des boissons. L'obligation de rendre un culte aux dĂ©funts rend nĂ©cessaire le fait d'avoir des enfants ou d'en adopter. En effet les Romains croient que les morts nĂ©gligĂ©s reviennent sur terre tracasser les vivants.

Religion sous la RĂ©publique

Articles dĂ©taillĂ©s : Religion de la Rome antique et Mythologie romaine.

La religion romaine antique est avant tout un polythĂ©isme ritualiste. Elle ne possĂšde pas un corps de doctrine ni une rĂ©vĂ©lation spĂ©cifique, mais s'organise avant tout par la pratique. Ce sont les divers rituels, comme le sacrifice, qui instituent l'ordre du monde et les catĂ©gories pour le penser : dans la religion romaine, comme le souligne John Scheid, « faire c'est dire[134] Â». Les rites sont donc transmis de la maniĂšre la plus scrupuleuse possible et la religion romaine est profondĂ©ment traditionaliste. L'absence d'une doctrine unifiĂ©e, la sĂ©paration entre la conviction personnelle et l'exĂ©cution littĂ©rale du rituel, autorisent cependant des ouvertures et des transformations, en particulier l'accueil de nouvelles divinitĂ©s, le syncrĂ©tisme avec d'autres mythologies, le dĂ©veloppement de spĂ©culations mĂ©taphysiques et philosophiques.

Les Romains sont un peuple trÚs pieux et superstitieux. Ils honorent un trÚs grand nombre de divinités. En dehors des divinités domestiques, ils vénÚrent plusieurs grands dieux assimilés au panthéon de la mythologie grecque. Jupiter, équivalent latin de Zeus, est le roi des dieux. Il est le maßtre de la foudre de la lumiÚre et des serments. Il est associé à Minerve et Junon et forme la triade capitoline qui protÚge la cité. Des abstractions sont divinisées comme Fortuna, Virtus ou Fides. Ainsi Abéona et Adéona apprennent aux petits enfants à aller et à venir, Iterducca et Doniducca à s'éloigner de la maison et à en revenir.

Pour des raisons politiques ou pratiques, les Romains n'hĂ©sitent pas Ă  adopter les dieux des autres citĂ©s ou des autres peuples. AsclĂ©pios a Ă©tĂ© « adoptĂ© Â» pour lutter contre les fiĂšvres des marais. L'exemple le plus cĂ©lĂšbre est certainement celui de Junon la dĂ©esse tutĂ©laire de la citĂ© voisine de Veies. Lors de la conquĂȘte de cette ville, les Romains prĂ©tendent utiliser l’evocatio, pour inviter Junon Ă  quitter son domicile et Ă  venir Ă  Rome oĂč elle est accueillie avec honneur. AprĂšs leur victoire, Les Romains dressent un temple sur le Palatin. Certains dieux semblent proprement latins comme Janus, le dieu Ă  deux visages, divinitĂ© des portes et des carrefours ou Flora qui prĂ©side Ă  tout ce qui fleurit. Les Romains organisent leur calendrier pour n'oublier aucun dieu, de peur que ceux-ci ne leur nuisent.

Les CollĂšges de prĂȘtres spĂ©cialisĂ©s de la religion romaine sont :

  • le collĂšge des pontifes, prĂ©sidĂ© par le grand pontife (pontifex maximus), qui joue un rĂŽle trĂšs important dans l'organisation de la religion ;
  • le collĂšge des flamines, 3 majeurs et 12 mineurs, composĂ© de prĂȘtres romains vouĂ©s au culte d'un seul dieu ;
  • le collĂšge des vestales, composĂ© de six membres, qui doivent veiller Ă  ce que le feu de la citĂ© ne s'Ă©teigne jamais et sont vouĂ©es Ă  la chastetĂ© ;
  • le collĂšge des augures, composĂ© de prĂȘtres spĂ©cialisĂ©s dans l'interprĂ©tation des signes envoyĂ©s par Jupiter, dieu maĂźtre des « signes Â» ;
  • le collĂšge des fĂ©tiaux ou FĂ©ciaux, composĂ© de prĂȘtres, principalement chargĂ© dans les relations entre Rome et les autres peuples Ă  ce que la pax deorum ne soit pas brisĂ©e ;
  • le collĂšge des frĂšres Arvales, composĂ© de 12 prĂȘtres, spĂ©cialisĂ©s dans la cĂ©lĂ©bration du culte de Dea Dia, Ă©quivalente de la dĂ©esse CĂ©rĂšs ;
  • le collĂšge des luperques, constituĂ© des fils des cinq plus anciennes familles aristocratiques, descendantes des fondateurs de Rome.
  • la confrĂ©rie des Saliens, vouĂ©s au culte de Mars.

Crises de la RĂ©publique (fin IIe et Ier siĂšcles av. J.-C.)

Guerres civiles

Question agraire et les Gracques

Articles dĂ©taillĂ©s : Question agraire Ă  Rome et Gracques.

La question agraire a deux origines, d'une part la fin du soldat paysan roman qui va Ă  la guerre pour dĂ©fendre sa terre et d'autre part l'appropriation de l'ager publicus (territoire qui appartient au peuple romain et non par des particuliers) par la nobilitas. Concernant la premiĂšre origine, en effet la guerre profite essentielement aux riches. Les rangs des citoyens petits propriĂ©taires se sont Ă©claircis, surtout pendant la seconde guerre punique. Il y a donc moins d'agriculteurs. Les campagnes se couvrent de vastes pĂąturages. Le blĂ© importĂ© de Sicile concurrence celui des petits producteurs latins qui, ruinĂ©s, vendent leurs terres Ă  bas prix aux grands propriĂ©taires et s'en vont Ă  Rome rejoindre la plĂšbe urbaine. Les grandes familles se constituent ainsi d'immenses domaines, les latifundia, oĂč sont installĂ©s des paysans non propriĂ©taires, les colons, et de nombreux esclaves. Pour ce qui est de l'ager publicus, son appropriation par la nobilitas se fait aprĂšs les guerres puniques. L'Ă©tat romain s'est endentĂ© auprĂšs des riches familles et rembourse donc son prĂȘt, faute de moyens, en accordant la jouissance de l'ager publicus Ă  ces grandes familles pour un certains temps. Le problĂšme est que ces terres ne seront jamais rendues aprĂšs le temps donnĂ©. Ces familles forment la nobilitas, la noblesse qui accapare les magistratures et remplit le SĂ©nat. À cĂŽtĂ© de cette noblesse fonciĂšre, apparaĂźt une nouvelle classe d'hommes d'affaires qui s'enrichissent dans le commerce, la banque et le crĂ©dit. Leur richesse leur permet de tenir une place importante dans l'ordre des chevaliers. La noblesse et les chevaliers s'entendent pour exploiter l'empire naissant qui est divisĂ© en provinces. Hommes d'affaires et magistrats issus de la noblesse s'enrichissent en les pillant souvent de maniĂšre systĂ©matique[135].

En ville par contre, le chĂŽmage s'accroit, la main-d’Ɠuvre salariĂ©e est concurrencĂ©e par la masse des esclaves apportĂ©es par les conquĂȘtes. Rome devient une ville bigarrĂ©e rassemblant, Ă  cĂŽtĂ© des citoyens romains, des Italiques, des Grecs, des affranchis de tous horizons. Cette foule entretient une agitation constante dans la citĂ©. À partir de 133 av. J.-C., les tensions se multiplient entre les riches et les pauvres, d'autant plus que le luxe le plus tapageur a fait son apparition Ă  Rome. Pourtant une tentative de rĂ©forme se dessine avec les Gracques. Tiberius Gracchus est issu d'une grande famille noble. Il pense qu'une rĂ©forme agraire est nĂ©cessaire pour rĂ©soudre le problĂšme de la plĂšbe. Il devient tribun de la plĂšbe et dĂ©pose une loi limitant l'occupation du domaine public Ă  125 hectares par personne. Les occupations illĂ©gales des terres par la noblesse sont dĂ©clarĂ©es nulles. Une commission composĂ©e exclusivement de membres de la famille des Gracques est chargĂ©e de rĂ©partir les terres entre les citoyens les plus pauvres. La noblesse mĂ©contente suscite des Ă©meutes. Tiberius Gracchus est massacrĂ©. Dix ans plus tard, son frĂšre Caius Gracchus reprend le flambeau. Il est Ă©lu tribun en 123 et 122 av. J.-C. Il retire au SĂ©nat la nomination des gouverneurs des provinces et donne aux chevaliers l'exploitation des impĂŽts en Asie. Il dĂ©cide de fonder des colonies avec des lots de terre pour les citoyens pauvres et fait distribuer du blĂ© Ă  bas prix pour eux. Lui aussi pĂ©rit assassinĂ© en 121 av. J.-C. Toutes ses rĂ©formes sont abandonnĂ©es. Seuls les chevaliers conservent leurs avantages[136].

Armées de citoyens et de prolétaires au service d'un général

     La RĂ©publique romaine vers 70 av. J.-C.      Les conquĂȘtes de PompĂ©e entre 64 et 60 av. J.-C.      Les conquĂȘtes de CĂ©sar entre 58 et 46 av. J.-C.      Les Ă©tats vassaux de Rome en 44 av. J.-C.

Des Germains envahissent la Gaule et Ă©crasent Ă  plusieurs reprises les armĂ©es romaines. En 107 av. J.-C., le consul Marius opĂšre une rĂ©forme militaire profonde, en admettant, dans les rangs de l'armĂ©e, les prolĂ©taires, c'est-Ă -dire les citoyens non propriĂ©taires, qui n'avaient pas, jusque-lĂ , accĂšs aux lĂ©gions. Une armĂ©e de pauvres et de non-citoyens succĂšde ainsi aux armĂ©es de citoyens propriĂ©taires terriens, mais c'est une armĂ©e de mĂ©tier, prĂȘte Ă  se dĂ©vouer Ă  son chef et Ă  lui ouvrir la route du pouvoir, d'autant plus si celui-ci est gĂ©nĂ©reux. La nouvelle armĂ©e permet Ă  Rome et Ă  Marius de triompher face Ă  deux menaces[137].

En Afrique, Jugurtha tient en échec les chefs militaires envoyés sur place par Rome. Au nord des Alpes, les Cimbres venant du Jutland et les Teutons originaires du Mecklembourg, ravagent le sud de la Gaule, devenu une province romaine en 121 av. J.-C. sous le nom de transalpine. Marius, nommé proconsul, réussit à vaincre Jugurtha, puis, réélu extra-légalement consul, il défait les Teutons, puis les Cimbres en Cisalpine. Marius devient le sauveur de Rome. Des lois agraires récompensent ses vétérans en leur donnant des lots de terre à cultiver. Pour rester au pouvoir, Marius s'associe à des chefs du parti populaire[137].

En 90 av. J.-C. et 50 av. J.-C., les Romains mĂšnent plusieurs guerres contre Mithridate VI Eupator, roi du Pont, sous les commandements de Sylla puis Licinius Murena et Licinius Lucullus. Les campagnes contre Mithridate VI ont comme consĂ©quence l'intervention romaine au proche Orient et la conquĂȘte de la Syrie et du royaume des MacchabĂ©es en 64 et 63 av. J.-C. par le consul PompĂ©e[138].

Enfin la conquĂȘte de la Gaule par Jules CĂ©sar entre 58 et 51 av. J.-C. montre que la victoire est devenue un instrument de pouvoir pour les gĂ©nĂ©raux vainqueurs[139].

Guerre sociale

Article dĂ©taillĂ© : Guerre sociale.

AprÚs les Gracques, vient le temps des ambitieux qui luttent pour le pouvoir. Grùce à la réforme militaire opérée en 107 av. J.-C. et à ses victoires en Afrique et en Gaule, Marius domine la vie politique, associant les chefs du parti populaire à son pouvoir. Mais des troubles éclatent en 100 av. J.-C. et Marius utilise ses troupes contre ses anciens alliés Saturninus et Glaucia. Il doit cependant quitter le pouvoir[140].

En 91 av. J.-C., commence la guerre sociale, qui oppose le Sénat et les Italiens. Elle éclate suite à l'assassinat du tribun de la plÚbe Livius Drusus en octobre 91 av. J.-C., alors qu'il tentait de faire obtenir la citoyenneté romaine aux Italiens alliés de Rome. En effet, ceux-ci, bien que faisant partie depuis longtemps de la République, n'ont pour la plupart pas acquis le statut de citoyens et sont toujours considérés comme des sujets[141].

La confĂ©dĂ©ration italique proclame son indĂ©pendance mais essuie des revers militaires importants, et Sylla Ă©crase finalement l'insurrection, les principales villes rebelles tombent et sont dĂ©truites, les chefs sont tuĂ©s et les italiques ont subi de trĂšs nombreuses pertes. Cependant, les alliĂ©s de Rome obtiennent satisfaction, et l'Italie est unifiĂ©e sous un seul rĂ©gime juridique par le SĂ©nat. Rome a Ă©galement vaincu tous ses alliĂ©s successivement, en s'appuyant sur ceux qui n'Ă©taient pas rĂ©voltĂ©s encore, puis en s'appuyant sur les premiers rĂ©voltĂ©s revenus sous son autoritĂ© pour vaincre les seconds. Par ailleurs, au recensement de 70 av. J.-C., la population civique de Rome passe Ă  900 000 citoyens, plus du double que 50 ans auparavant[141].

Guerres civiles entre Marius et Sylla

Sur la scĂšne politique romaine, Sylla acquiert un prestige considĂ©rable, par ses victoires et par son habiletĂ© dans le commandement de ses soldats. À l'inverse, Marius voit diminuer son prestige : originaire du Latium et certainement plus comprĂ©hensif vis-Ă -vis des rĂ©voltĂ©s, il a plus cherchĂ© la rĂ©conciliation entre ses troupes et celles des rĂ©voltĂ©s que l'affrontement brutal. Sylla est dĂ©sormais l'homme providentiel Ă  Rome[142].

Cependant, à Rome, les émeutes se succÚdent à chaque élection. Les institutions républicaines ont du mal à fonctionner normalement. Les chevaliers et la nobilitas s'affrontent pour l'exploitation des provinces[142].

En 88 av. J.-C., Lucius Cornelius Sylla est élu consul. Il prépare une campagne militaire contre Mithridate VI, roi du Pont quand un plébiscite lui retire son commandement au profit de Marius. Il marche alors sur Rome avec ses troupes, prend le pouvoir par la force et fait tuer tous ses adversaires. Il part ensuite faire la guerre. Marius en profite pour revenir au pouvoir par la force. Il annule toutes les mesures prises par Sylla, mais meurt assez vite. Ses partisans gardent le pouvoir et affrontent Sylla revenu victorieux d'Orient en 83 av. J.-C. Grùce à sa victoire à la bataille de Sacriport, celui-ci s'ouvre les portes de Rome. Il se montre alors impitoyable, faisant massacrer les prisonniers, pourchassant ses opposants. Il fait publier dans les rues de la ville la liste de tous les proscrits[143].

Sylla opĂšre ensuite des rĂ©formes politiques. Il double le nombre de sĂ©nateurs en y ajoutant 300 chevaliers. Il ouvre le SĂ©nat aux anciens questeurs. Il interdit aux consuls d'avoir des armĂ©es en Italie au sud du Rubicon. Il impose que les provinces soient administrĂ©es par des proconsuls ou des proprĂ©teurs, c’est-Ă -dire des anciens consuls et des anciens prĂ©teurs. Il rĂ©organise la justice en publiant les lois cornĂ©liennes qui prĂ©cisent les dĂ©lits et les crimes. Les Romains voient en Sylla le hĂ©ros providentiel dotĂ© par les dieux d'une chance quasi surnaturelle. Mais alors que son pouvoir semble fait pour durer, il se retire sans explication de la vie politique en 79 av. J.-C. et meurt l'annĂ©e suivante[144].

Premier triumvirat et ascension de CĂ©sar

CĂ©sar (vers 100 – 44 av. J.-C.)

Mais rapidement de nouvelles révoltes entrainent de nouvelles expéditions militaires favorisant ainsi l'émergence de nouveaux généraux vainqueurs qui se disputent le pouvoir.

En Hispanie, un ancien partisan de Marius, Quintus Sertorius, organise un gouvernement indĂ©pendant en 77 av. J.-C. À partir de 74 av. J.-C., Rome doit faire face Ă  une rĂ©volte d'esclaves dirigĂ©e par le gladiateur thrace Spartacus. Des armĂ©es consulaires sont Ă©crasĂ©es plusieurs fois par les rĂ©voltĂ©s. Mithridate VI reprend la guerre contre Rome. Enfin les pirates gĂȘnent les relations commerciales entre les provinces et la capitale[145].

Pour faire face Ă  toutes ses difficultĂ©s le SĂ©nat nomme PompĂ©e Ă  la tĂȘte d'une armĂ©e qui bat Sertorius. Pendant ce temps Crassus rĂ©ussit Ă  bloquer Spartacus et ses hommes sur la presqu'Ăźle de Rhegium et met fin Ă  la rĂ©volte. Les esclaves rĂ©voltĂ©s sont durement chĂątiĂ©s. Ils sont crucifiĂ©s le long de la voie Appienne reliant Rome Ă  Capoue. Forts de leurs succĂšs, PompĂ©e et Crassus briguent le consulat qu'ils obtiennent conjointement en 70 av. J.-C. PompĂ©e, muni des pleins pouvoirs, rĂ©duit les pirates et rĂ©tablit la sĂ©curitĂ© de la navigation en MĂ©diterranĂ©e. Il part ensuite en Orient lutter contre Mithridate VI. Il y multiplie les victoires jusqu’à la mort de ce dernier. Puis il fait la conquĂȘte du Proche Orient en 64 et 63 av. J.-C. Rome est secouĂ©e par la conjuration de Catilina, dĂ©noncĂ©e, combattue et condamnĂ©e par CicĂ©ron. PompĂ©e rentre alors Ă  Rome tout aurĂ©olĂ© de gloire et emmenant avec lui un riche butin. Il s'allie alors Ă  Crassus et Ă  Jules CĂ©sar en pleine ascension politique. Les trois hommes se partagent le pouvoir et forment le premier triumvirat[146].

Jules CĂ©sar obtient le consulat pour 59 av. J.-C., il est prĂ©vu que PompĂ©e et Crassus lui succĂšdent comme consuls en 58 av. J.-C.. CĂ©sar obtient Ă  la fin de sa magistrature ĂȘtre nommĂ© gouverneur de la Gaule cisalpine, de la Transalpine et de l'Illyrie. Il obtient aussi le commandement de trois lĂ©gions, puis de quatre lorsqu'il obtient le gouvernement de la Gaule transalpine[147].

De 58 Ă  51 av. J.-C., il fait la conquĂȘte de la Gaule indĂ©pendante, s'attirant ainsi prestige et richesse. AprĂšs la dĂ©faite de VercingĂ©torix Ă  AlĂ©sia, CĂ©sar use de la rĂ©pression et de la clĂ©mence pour pacifier la Gaule. Il octroie la citoyennetĂ© romaine aux chefs de tribus prĂȘts Ă  le servir. Il emploie les Gaulois ralliĂ©s comme troupes auxiliaires. Il peut alors se consacrer Ă  son ambition suprĂȘme, la conquĂȘte du pouvoir Ă  Rome. Il sait qu'il peut compter sur la loyautĂ© de ses lĂ©gions et de soutiens politiques Ă  Rome[148].

Pendant ce temps, Crassus trouve la mort contre les Parthes Ă  Carrhes en 53 av. J.-C. PompĂ©e profite alors de l'absence de Jules CĂ©sar pour ĂȘtre nommĂ© consul unique par le SĂ©nat en 52 av. J.-C. et mettre fin Ă  l'incessante agitation politique qui secoue la ville. Fin 50, dĂ©but 49 av. J.-C. la noblesse romaine confie Ă  PompĂ©e la mission de protĂ©ger l'Italie. Il dispose pour cela de lĂ©gions et de l'appui du SĂ©nat. CĂ©sar qui a le soutien de la plĂšbe dĂ©clenche alors la guerre civile en franchissant le Rubicon avec son armĂ©e en 49 av. J.-C. Il marche alors sur Rome, et PompĂ©e s'enfuit. CĂ©sar fort de troupes aguerries par 9 ans de combat en Gaule fait la conquĂȘte de l'Italie puis bat une armĂ©e de PompĂ©e en Hispanie. CĂ©sar rejoint PompĂ©e Ă  Pharsale au Nord de la GrĂšce oĂč il le bat en 48 av. J.-C. avec deux fois moins de soldats. PompĂ©e s'enfuit alors en Égypte mais il est assassinĂ© par le jeune souverain lagide soucieux de s'attirer les bonnes grĂąces du nouvel homme fort de Rome. Les derniers partisans de PompĂ©e sont battus en Afrique en 46 av. J.-C. CĂ©sar reste le seul maitre de Rome aprĂšs 4 ans de guerre[149].

Il organise une monarchie qui ne dit pas son nom. Il est nommĂ© par le SĂ©nat dictateur pour 10 ans puis dictateur Ă  vie en 44 av. J.-C. Il est « Ă©lu Â» consul tous les ans. Il est aussi censeur et porte le titre imperator, chef suprĂȘme des armĂ©es. Il dĂ©tient aussi l'inviolabilitĂ© tribunicienne. Il rĂ©organise le SĂ©nat en l'ouvrant Ă  des familles non romaines, italiennes ou mĂȘme gauloises. Il pratique une politique favorable aux pauvres : remise des dettes, lotissement des vĂ©tĂ©rans, grands travaux pour embellir Rome. Il meurt assassinĂ© aux ides de Mars 44 av. J.-C. par un complot dirigĂ© par Brutus et Cassius[150].

Second triumvirat et prise du pouvoir par Auguste

Octave, futur Auguste, (63 av. J.-C. – 14 ap. J.-C.)

À la mort de Jules CĂ©sar, son petit neveu et fils adoptif, Octave, son lieutenant, Marc Antoine et le proconsul de la Gaule transalpine, LĂ©pide s'entendent pour se partager le pouvoir. Ils forment le second triumvirat. Leur premier objectif est de venger la mort de leur mentor. Cassius et Brutus sont tuĂ©s en 42 av. J.-C. lors de la bataille de Philippes en MacĂ©doine. Puis les trois hommes se partagent le monde romain : au pontifex maximus LĂ©pide l'Afrique, Ă  Octave l'Occident et Ă  Marc Antoine l'Orient. Ce dernier se rend en Égypte oĂč il Ă©pouse la reine ClĂ©opĂątre, ancienne maĂźtresse de Jules CĂ©sar. Pendant ce temps Ă  Rome, Octave s'assure de l'appui du SĂ©nat romain[151].

AprĂšs la destitution de LĂ©pide en tant que triumvir par Octave, les deux hommes se retrouvent face Ă  face. Le conflit est inĂ©vitable. En 31 av. J.-C., Octave prend soin de faire prĂȘter un serment de fidĂ©litĂ© Ă  tous les citoyens romains d'Italie et aux Ă©tats vassaux. Il se fait Ă©lire consul et dĂ©clare la guerre Ă  l'Égypte de ClĂ©opĂątre. Marc Antoine alliĂ© Ă  ClĂ©opĂątre est battu Ă  Actium en 31 av. J.-C. Octave poursuit alors mĂ©thodiquement la conquĂȘte de l'Orient, jusqu'en aoĂ»t 30 av. J.-C., lorsque Marc Antoine et ClĂ©opĂątre se suicident. Octave reste le seul maĂźtre de Rome. De plus, l'opinion publique est lasse des dĂ©sordres et des guerres civiles, elle rĂ©clame un rĂ©gime stable, fĂ»t-il autoritaire[151]. De retour dans la citĂ©, Octave inaugure une Ăšre nouvelle qui ne se terminera qu'avec la chute de Rome au Ve siĂšcle.

Fin de la RĂ©publique

Économie et sociĂ©tĂ©

La fin de la RĂ©publique est marquĂ©e par les nombreuses guerres civiles et extĂ©rieures qui ont des incidences considĂ©rables sur l'Ă©conomie et la sociĂ©tĂ© romaine. Les institutions politiques rĂ©publicaines sont petit-Ă -petit vidĂ©es de leur contenu au profit des gĂ©nĂ©raux Ă  la tĂȘte d'armĂ©es de vĂ©tĂ©rans qui leur sont dĂ©vouĂ©es[152].

L'exploitation de la terre reste primordiale, et on assiste au triomphe des latifundia, composĂ©s d'un nombre incalculable d'esclaves, dont le nombre augmente Ă©normĂ©ment suite aux guerres[153], notamment aprĂšs la guerre des Gaules, oĂč Jules CĂ©sar rĂ©duit au plus 1 000 000 de personnes en esclavage[154].

Le commerce prend rĂ©ellement de l'ampleur au Ier siĂšcle av. J.-C., alors que Rome domine quasiment tout le bassin mĂ©diterranĂ©en et aprĂšs que PompĂ©e a terminĂ© sa grande campagne contre les pirates qu'il Ă©radique. De l'Hispanie Ă  la Syrie, les navires sont romains et peuvent naviguer en toute tranquillitĂ© et le commerce s'accroĂźt rapidement[155].

La vie dans la RĂ©publique romaine tourne essentiellement autour de la ville de Rome et de ses sept cĂ©lĂšbres collines. Partout sur le territoire romaine, l'architecture rĂ©sidentielle varie des maisons trĂšs modestes aux villas de campagne, et dans la capitale romaine, des rĂ©sidences somptueuses du mont Palatin aux blocs d'appartement des quartiers pauvres oĂč la majoritĂ© de la population vit. La plupart des villes romaines ont un forum et des temples, aussi bien que dans la ville de Rome elle-mĂȘme. Des aqueducs sont construits pour apporter de l'eau aux centres urbains, le vin et l'huile sont importĂ©s de l'Ă©tranger. Les propriĂ©taires rĂ©sident gĂ©nĂ©ralement dans les villes et leurs domaines fermiers sont laissĂ©s au soin d'intendants. Pour stimuler une plus haute productivitĂ© de la main-d'Ɠuvre, nombre de propriĂ©taires libĂšrent un grand nombre d'esclaves[156].

Rome aussi se retrouve transformĂ©e, Sylla fait restaurer les principaux temples de la ville, et ordonne la reconstruction du temple de Jupiter Capitolin et l'Ă©dification du Tabularium. PompĂ©e fait construire le complexe pompĂ©ien, avec le cĂ©lĂšbre thĂ©Ăątre de PompĂ©e dominĂ© par le temple de VĂ©nus Victrix, et la Curie de PompĂ©e. Ce complexe gigantesque est inaugurĂ© en 55 av. J.-C. Jules CĂ©sar n'est pas en reste, il fait restaurer la basilique Aemilia et encadre le Forum Romanum d'une deuxiĂšme basilique, la basilique Julia, puis projette la construction du premier des forums dits « impĂ©riaux », remplaçant le vieux Forum Romanum, et fait reconstruire la Curie, qui prend son nom : la Curie Julia. Par ailleurs, la population de la citĂ© explose, avec au moins 700 000 Ă  un million d'habitants au milieu du Ier siĂšcle av. J.-C., rendant les quartiers populaires insalubres et la ville dĂ©sordonnĂ©e et malsaine, obligeant quelques mesures, comme une loi de CĂ©sar interdisant la circulation des vĂ©hicules de jour[157].

Vers le milieu du IIe siĂšcle av. J.-C., la culture grecque est de plus en plus dominante. À la fin de la RĂ©publique, nombre d'enseignants des jeunes aristocrates sont des esclaves grecs. Les sculptures grecques ornent les jardins du Palatin ou des maisons de campagne et la cuisine romaine est essentiellement grecque. Les auteurs romains dĂ©daignent le latin pour un style grec cultivĂ©[158].

Littérature romaine

Article dĂ©taillĂ© : LittĂ©rature latine.

La classe dirigeante romaine est de plus en plus imprégnée par l'hellénisme, tout aristocrate ayant parfait ses études en GrÚce, auprÚs des philosophes et des artistes[159].

Le dernier siĂšcle de la RĂ©publique voit la production littĂ©raire exploser, avec de nombreuses Ɠuvres, souvent de la part de personnalitĂ©s impliquĂ©s dans la vie politique. On peut parler du grand Ă©crivain et philosophe latin CicĂ©ron, ou encore de Jules CĂ©sar, les deux plus grands auteurs de leur siĂšcle. On note aussi des auteurs comme Varron, LucrĂšce, Salluste, CornĂ©lius NĂ©pos, Catulle, Atticus, Virgile, Horace, et bien d'autres, qui font que tous les genres littĂ©raires sont reprĂ©sentĂ©s en ce dernier siĂšcle de la RĂ©publique[160].

Institutions politiques vacillantes

Article dĂ©taillĂ© : Constitution de la RĂ©publique romaine.

Les IIIe et IIe siĂšcles av. J.-C. ont connu d’importants succĂšs militaires, de grandes crises Ă©conomiques tandis que dans un grand Ă©lan de patriotisme, les plĂ©bĂ©iens ne rĂ©clament plus de nouvelles rĂ©formes. La situation militaire Ă©tant dĂ©sormais stabilisĂ©e, de moins en moins de soldats sont requis. Ceci, en conjonction avec l’arrivĂ©e de nouveaux esclaves importĂ©s des nouvelles provinces, augmente encore le chĂŽmage. L’afflux de citoyens sans emploi Ă  Rome grossit encore les rangs des assemblĂ©es, rendant l’élĂ©ment dĂ©mocratique constamment plus agressif.

Les tribunats des Gracques sont les premiers coups donnĂ©s aux institutions romaines, brisant l'Ă©quilibre politique qui existe depuis des dĂ©cennies. Le SĂ©nat achĂšte des tribuns chaque annĂ©e pour contrĂŽler le collĂšge des tribuns, et ainsi le tribun Ă  la solde du SĂ©nat oppose son veto aux rĂ©formes de Tiberius en 133 av. J.-C. Ce dernier utilise ensuite le concile plĂ©bĂ©ien pour le mettre en accusation. Le fait qu’un reprĂ©sentant du peuple puisse ĂȘtre renvoyĂ© de ses fonctions quand il agit Ă  l’encontre de la volontĂ© du peuple est totalement contradictoire avec l’esprit de la constitution romaine. En continuant dans cette logique, on pourrait supprimer toutes les contraintes constitutionnelles Ă  la volontĂ© du peuple et se retrouver alors avec un Ă©tat dirigĂ© temporairement par une majoritĂ© populaire au pouvoir absolu. Une fois Tiberius Ă©liminĂ©, le SĂ©nat est confrontĂ© Ă  son frĂšre, Caius, qui souhaite affaiblir le SĂ©nat et renforcer la dĂ©mocratie. Caius propose aussi une loi qui donnerait aux citĂ©s italiennes alliĂ©es les mĂȘmes droits que les citoyens romains, mais il est abandonnĂ©, les citoyens romains prĂ©fĂ©rant conserver Ă©goĂŻstement et jalousement leurs droits, puis assassinĂ© Ă  son tour. L’élĂ©ment dĂ©mocratique rĂ©alise finalement combien le SĂ©nat a Ă©tĂ© affaibli et commence Ă  protester si violemment qu’il finit par rompre l’équilibre constitutionnel (entre le peuple et le SĂ©nat) qui a assurĂ© la stabilitĂ© du systĂšme pendant quatre siĂšcles[161].

Lors du conflit entre Sylla et Marius, les populares font souvent des entorses Ă  la loi en transgressant les principes de la dĂ©mocratie, prĂ©sentant des individus inĂ©ligibles Ă  diverses magistratures et substituant des Ă©dits des magistrats Ă  la lĂ©gislation. Sylla reprend la ville par la violence et fait massacrer les derniers soutiens politiques de Marius. En 82 av. J.-C., Sylla se nomme lui-mĂȘme dictateur et utilise son nouveau statut pour passer toute une sĂ©rie de rĂ©formes constitutionnelles. Pour rĂ©duire la menace que reprĂ©sente la dĂ©mocratie pour la stabilitĂ© constitutionnelle, Sylla cherche Ă  renforcer l’aristocratie et donc le SĂ©nat. Ces rĂ©formes ont pour consĂ©quences d’affaiblir la dĂ©mocratie et retirent aux tribuns le pouvoir de lĂ©gifĂ©rer. Il affaiblit aussi les magistratures en augmentant le nombre de magistrats Ă©lus pour une annĂ©e donnĂ©e. Par la suite, Sylla augmente le pouvoir des sĂ©nateurs en transfĂ©rant le contrĂŽle des tribunaux des chevaliers (qui dĂ©tiennent ce contrĂŽle depuis les rĂ©formes des Gracques) vers les sĂ©nateurs. En 80 av. J.-C., Sylla abdique de la dictature et se retire, avant de mourir en 78 av. J.-C. Bien qu’il pensait avoir fermement Ă©tablit la domination de l’aristocratie, sa propre carriĂšre illustre un point faible primordial dans la constitution : c’est l’armĂ©e, et non le SĂ©nat, qui dicte son destin Ă  l’état[162],[163].

Peu de temps aprĂšs, les populares attaquant fĂ©rocement la constitution de Sylla. PompĂ©e et Crassus dĂ©mantĂšlent les parties les plus polĂ©miques de la constitution de Sylla. En 62 av. J.-C., PompĂ©e revient victorieux d’Asie, mais se heurte au SĂ©nat qui refuse de ratifier les changements qu’il a fait Ă  la constitution. CĂ©sar et PompĂ©e, accompagnĂ©s de Crassus forment une alliance connue comme le premier triumvirat. À la suite de cette alliance, les changements de PompĂ©e sont appliquĂ©s, Crassus est promis Ă  un futur consulat et CĂ©sar brigue le consulat de 59 av. J.-C. avec le poste de gouverneur des Gaules immĂ©diatement aprĂšs. CĂ©sar devient consul en 59 av. J.-C. avec Calpurnius Bibulus comme collĂšgue. Il soumet des lois que PompĂ©e avait promis aux assemblĂ©es, mais Bibulus, un aristocrate extrĂ©miste, tente d’en empĂȘcher l’application. CĂ©sar utilise de violentes alternatives pour assurer la ratification de ces lois, moyens qui intimident tellement Bibulus que celui-ci passe le reste de l’annĂ©e enfermĂ© dans sa maison, dĂ©clarant ĂȘtre tĂ©moin de mauvais prĂ©sages. CĂ©sar, qui ne se heurte plus Ă  aucune opposition, domine l’état jusqu’à la fin de son consulat[164].

AmorcĂ©e durant l’étĂ© de 54 av. J.-C., une vague de corruption politique et de violence balaie Rome. Le 1er janvier de 49 av. J.-C., le SĂ©nat passe une rĂ©solution qui dĂ©clare que si CĂ©sar ne jette pas les armes avant juillet de cette mĂȘme annĂ©e, il sera considĂ©rĂ© comme un ennemi de la RĂ©publique. Le 7 janvier, le SĂ©nat use du senatus consultum ultimum et investi PompĂ©e des pouvoirs dictatoriaux. En guise de rĂ©ponse, CĂ©sar franchit le Rubicon avec son armĂ©e de vĂ©tĂ©rans et marche sur Rome. L’avance rapide de CĂ©sar force PompĂ©e, les consuls et le SĂ©nat Ă  abandonner Rome pour la GrĂšce, ce qui laisse la voie libre Ă  CĂ©sar pour prendre possession de la ville[165].

AprĂšs avoir vaincu PompĂ©e et ses soutiens, CĂ©sar veut s’assurer que son contrĂŽle sur le gouvernement est incontestĂ©. Les pouvoirs qu’il s’est attribuĂ© lui-mĂȘme seront finalement utilisĂ©s par ses successeurs impĂ©riaux. Il assure ses pouvoirs en augmentant sa propre autoritĂ© et en abaissant celle des autres institutions politiques de Rome. CĂ©sar dĂ©tient Ă  la fois la dictature et le tribunat, mais alterne entre le consulat et le proconsulat. En 48 av. J.-C., CĂ©sar se voit donnĂ© les pouvoirs tribuniciens de façon permanente, ce qui rend sa personne sacrosainte, lui donne le pouvoir de s’opposer au SĂ©nat par son veto et l’autorise Ă  dominer le concile plĂ©bĂ©ien. De ce fait, il peut ratifier n’importe quelle loi sans aucune opposition. En 46 av. J.-C., CĂ©sar obtient les pouvoirs censoriaux, qu’il utilise pour remplir le SĂ©nat des ses propres partisans. Il augmente ensuite le nombre des membres du SĂ©nat Ă  900, ce qui enlĂšve son prestige Ă  l’aristocratie sĂ©natoriale et assure sa soumission. Bien que les assemblĂ©es continuent de se rĂ©unir, il choisit tous les candidats aux Ă©lections et toutes les actions Ă  appliquer. Par consĂ©quent, les assemblĂ©es deviennent impuissantes et sont incapables de s’opposer Ă  CĂ©sar. Vers la fin de sa vie, CĂ©sar commence Ă  se prĂ©parer pour une guerre contre les Parthes. Comme son absence rendra lui rendra la tĂąche plus difficile pour installer ses propres consuls, il promulgue une loi qui l’autorise Ă  nommer tous les magistrats en 43 av. J.-C., ainsi que tous les consuls et tribuns en 42 av. J.-C. Les magistrats qui Ă©taient jusque-lĂ  des reprĂ©sentants du peuple deviennent des reprĂ©sentants du dictateur[166].

AprĂšs que Jules CĂ©sar est assassinĂ© en 44 av. J.-C., Marc Antoine forme une alliance avec le fils adoptĂ© et petit neveu de CĂ©sar, Octavien, ainsi qu'avec Marcus Aemilius Lepidus, connue sous le nom de Second triumvirat, et dĂ©tiennent des pouvoirs Ă  peu prĂšs identiques Ă  ceux de CĂ©sar, de sorte que le SĂ©nat et les assemblĂ©es restent impuissants, mĂȘme aprĂšs la mort de CĂ©sar. En effet, il n’existe aucune diffĂ©rence constitutionnelle entre un individu dĂ©tenant le titre de dictateur et celui de triumvir. Bien que les conspirateurs ayant assassinĂ© CĂ©sar aient Ă©tĂ© dĂ©faits Ă  la bataille de Philippes en 42 av. J.-C., la paix qui en rĂ©sulte est seulement temporaire. Marc Antoine et Octavien se livrent une derniĂšre bataille. Marc Antoine est dĂ©fait lors de la bataille navale d’Actium en 31 av. J.-C., et se suicide en 30 av. J.-C[151].

Transition de la RĂ©publique Ă  l'Empire

À l'aube de la mort de Jules CĂ©sar

La pĂ©riode qui commence avec Jules CĂ©sar franchissant le Rubicon en 49 av. J.-C., et qui se finit quand Octavien revient Ă  Rome aprĂšs la bataille d'Actium en 29 av. J.-C., voit l’évolution constitutionnelle accĂ©lĂ©rer et atteindre son apogĂ©e. En 29 av. J.-C., Rome a fini sa transformation de citĂ©-Ă©tat avec son rĂ©seau de dĂ©pendances en une capitale d’un empire mondial. Octavien arrive Ă  Rome comme maĂźtre incontestĂ© de l’État, oĂč il fait vraisemblablement passer une sĂ©rie de rĂ©formes constitutionnelles mettant fin Ă  l’ancienne RĂ©publique. Le rĂšgne d’Octavien, dont on se souviendra sous le nom d’Auguste, le premier empereur romain, marque la rupture entre la RĂ©publique romaine et l’Empire romain.

Voir aussi

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Monarchie romaine
753 – 509 av. J.-C.
RĂ©publique romaine
509 – 27 av. J.-C.
Empire romain
27 av. J.-C. – 476
Empire byzantin
395 – 1453

Magistratures ordinaires
Consul
Proconsul
Préteur
Propréteur
Censeur
Tribun
Édile
Questeur
Magistratures extraordinaires
Dictateur
MaĂźtre de cavalerie
Tribun consulaire
Interroi
DĂ©cemvir
Triumvir
Titres et honneurs
Empereur romain
Auguste
CĂ©sar
Préfet du prétoire
TĂ©trarque
Dux
Magister militum
Princeps senatus
Pontifex maximus
Préfet de Rome
Imperator
LĂ©gat
Licteur
Institutions et lois
Constitution romaine
SĂ©nat romain
Assemblées
Magistrats
Cursus honorum
Auctoritas
Droit romain
Mos majorum
Citoyenneté
Imperium
Potestas
SĂ©rie Rome antique

Bibliographie

Sources antiques
Article dĂ©taillĂ© : Historiographie latine.

Un nombre assez important de textes historiques de l'AntiquitĂ©, rĂ©digĂ©s en latin ou en grec, nous sont parvenus par l'intermĂ©diaire de copies. Bien que leur contenu soit souvent sujet Ă  caution, ils sont une source majeure d'information sur l'histoire politique de la Rome antique. On peut citer, parmi ceux dont le sujet est le plus gĂ©nĂ©ral :

D'autres textes, ceux d'Appien notamment, les Guerres civiles, de Salluste, la guerre de Jugurtha ou la conjuration de Catilina, ou encore la Guerre des Gaules de Jules CĂ©sar et ses autres Ɠuvres donnent des informations prĂ©cieuses sur des Ă©vĂ©nements prĂ©cis. En outre, la littĂ©rature latine, dont on a conservĂ© de nombreux textes, fournit de nombreux renseignements sur la mentalitĂ© et l'histoire culturelle de Rome.

Ouvrages généraux
RĂ©publique romaine
Société romaine
  • Andreae, Bernard, L’Art de l’ancienne Rome, Ă©d.Mazenod, Paris, 1973 (ISBN 2850880043).
  • Breaugh, Martin, L'ExpĂ©rience plĂ©bĂ©ienne. Une histoire discontinue de la libertĂ© politique, Ă©d.Payot & Rivages, Paris, 2007 (ISBN 978-2228902601).
  • DumĂ©zil, Georges, Mythe et ÉpopĂ©e I. II. & III., Ă©d.Gallimard, Paris, 1995 (ISBN 2070736563).
  • Marrou, Henri-IrĂ©nĂ©e, Histoire de l’éducation dans l’AntiquitĂ©, Ă©d.Le Seuil, Paris, 1948 (ISBN 2020060159).
Institutions politiques
Article de l'EncyclopĂŠdia Britannica

Notes et références

  1. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, « La royautĂ© et la RĂ©publique Â», Histoire romaine, Paris, 2006, p.40.
  2. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 44.
  3. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre IV, 64 / (en).
  4. ↑ a  et b  M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., p.41.
  5. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.42-43.
  6. ↑ a  et b  Mauro Cristofani (en), La Grande Roma dei Tarquini (it), Rome, 1990, pp.23-24.
  7. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 56-59.
  8. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre IV, 64-85 / (en).
  9. ↑ a  et b  F.F. Abbott, A History and Description of Roman Political Institutions, 1901, p.4&10.
  10. ↑ a  et b  T. Holland, Rubicon : The Last Years of the Roman Republic, 2005, pp.1-2.
  11. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 1-7.
  12. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre V, 1-18 / (en).
  13. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 8-15.
  14. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre V, 21-36 / (en).
  15. ↑ a  et b  J. Heurgon, Rome et la MĂ©diterranĂ©e occidentale jusqu’aux guerres puniques, Paris, 1969.
  16. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 14.
  17. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre V, 36 / (en).
  18. ↑ a  et b  Encyclopédia Britannica 2008, Ancient Rome.
  19. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 18-21.
  20. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre VI, 2-21 / (en).
  21. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 33.
  22. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre VI, 95 / (en).
  23. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre VIII, 64-68 / (en).
  24. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre II à Livre VI.
  25. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 15.
  26. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 27.
  27. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 42.
  28. ↑ Plutarque, Vies parallùles, Publicola, 13.
  29. ↑ J. Carcopino, Virgile et les origines d'Ostie, 2e Ă©d., Paris, 1968, pp.416-420.
  30. ↑ A. Giovannini, Le sel et la fortune de Rome, dans Athenaeum 1985, pp.373-286.
  31. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 48.
  32. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre IV, 22.
  33. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre IV, 34.
  34. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre IV, 60-61.
  35. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 1-19.
  36. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 20-21.
  37. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 2.
  38. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 16.
  39. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.47-49.
  40. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 38-41.
  41. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 42.
  42. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 47.
  43. ↑ a  et b  Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 48.
  44. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 49.
  45. ↑ Diodore de Sicile, Bibliothùque historique, Livre XIX, 117.
  46. ↑ Strabon, GĂ©ographie, Livre V, 2.
  47. ↑ M. CĂ©beillac-Gervasoni, op. cit., pp.64-65.
  48. ↑ F.F. Abbott, op. cit., pp.2-12.
  49. ↑ F.F. Abbott, op. cit., pp.1-6.
  50. ↑ F.F. Abbott, op. cit., pp.7-8.
  51. ↑ F.F. Abbott, op. cit., p.8.
  52. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 23-31.
  53. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 32-33.
  54. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 55-58.
  55. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre IX, 37-49 / (en).
  56. ↑ F.F. Abbott, op. cit., p.29.
  57. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre III, 9-31.
  58. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre III, 32-55.
  59. ↑ Denys d'Halicarnasse, AntiquitĂ©s romaines, Livre X, 56-60 / (en).
  60. ↑ Diodore de Sicile, Bibliothùque historique, Livre XII, 9-10.
  61. ↑ Olga Tellegen-Couperus, A Short History of Roman Law, pp.19–20.
  62. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre III, 55.
  63. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre IV, 1-7.
  64. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre IV, 54.
  65. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre VI, 35-42.
  66. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre VII, 17.
  67. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre VII, 22.
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