Repentance de l'Eglise

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Repentance de l'Eglise

Repentance de l'√Čglise catholique

La repentance de l'√Čglise est une expression qui exprime la manifestation de repentance des autorit√©s eccl√©siales par rapport aux fautes commises par des membres de l'√Čglise dans son Histoire, et s'accompagne √©galement du pardon.

Elle a eu lieu dans les ann√©es 1990 et fait suite √† un renouvellement de la th√©ologie catholique intervenu lors du concile Vatican II, notamment sur les questions d'Ňďcum√©nisme et de dialogue inter-religieux.

Le dialogue inter-religieux a notamment fait l'objet d'une déclaration de Paul VI lors du concile en 1965, Nostra Ætate, qui fixe les principes en matière de relations entre le christianisme et les autres religions.

Sommaire

Affaire Galilée

Galil√©e est un eccl√©siastique du XVIe si√®cle et un √©minent savant, dont l'√Čglise catholique a condamn√© les positions scientifiques et les cons√©quences th√©ologiques qu'il en tirait. Ayant refus√© de revenir sur ses positions scientifiques qui √©taient justes, il a √©t√© condamn√© par le tribunal de l'Inquisition √† une peine de prison qui a √©t√© aussit√īt commu√©e en assignation √† r√©sidence dans les palais qu'il fr√©quentait.

Articles d√©taill√©s : Galileo Galilei et R√©volution copernicienne.

Jean-Paul II fit état du souhait d'étudier cette question dès le début de son pontificat en 1979. Il nomma une commission d'étude de la controverse ptoléméo-copernicienne en 1981, composée d'historiens, de savants, et de théologiens, afin de mener les travaux dans un esprit de sincérité et de recherche de la vérité.

La commission remit ses conclusions lors d'une séance de l'académie pontificale des sciences le 31 octobre 1992.

L'√Čglise a reconnu pour la premi√®re fois des erreurs dans l'affaire. La r√©habilitation de Galil√©e, dont la condamnation avait √©t√© essentiellement li√©e √† des motifs politiques, ne fut toutefois pas officiellement prononc√©e, le tribunal qui l'avait condamn√© (l'Inquisition), ayant disparu depuis.

Le cardinal Poupard, pr√©sident de la commission d'√©tude, d√©clara en conclusion de son discours :

¬ę H√©ritiers de la conception unitaire du monde, qui s'imposa universellement jusqu'√† l'aube du XVIIe si√®cle, certains th√©ologiens contemporains de Galil√©e n'ont pas su interpr√©ter la signification profonde, non litt√©rale, des √Čcritures, lorsqu'elles d√©crivent la structure physique de l'univers cr√©√©, ce qui les conduisit √† transposer ind√Ľment une question d'observation factuelle dans le domaine de la foi.
C'est dans cette conjoncture historico-culturelle, bien √©loign√©e de notre temps, que les juges de Galil√©e, incapables de dissocier la foi d'une cosmologie mill√©naire, crurent, bien √† tort, que l'adoption de la r√©volution copernicienne, par ailleurs non encore d√©finitivement prouv√©e, √©tait de nature √† √©branler la tradition catholique, et qu'il √©tait de leur devoir d'en prohiber l'enseignement. Cette erreur subjective de jugement, si claire pour nous aujourd'hui, les conduisit √† une mesure disciplinaire dont Galil√©e ¬ę eut beaucoup √† souffrir ¬Ľ. Il faut loyalement reconna√ģtre ces torts, comme vous l'avez demand√©, Tr√®s Saint-P√®re. ¬Ľ

Dans son discours aux participants √† la session pl√©ni√®re de l'Acad√©mie pontificale des sciences le 31 octobre 1992, Jean-Paul II a reconnu clairement les erreurs de la plupart des th√©ologiens de l'√©poque dans l'affaire, en d√©clarant :

¬ę D'abord, comme pour la plupart de ses adversaires, Galil√©e ne fait pas de distinction entre ce qu'est l'approche scientifique des ph√©nom√®nes naturels et la r√©flexion sur la nature, d'ordre philosophique, qu'elle appelle g√©n√©ralement. C'est pourquoi il a refus√© la suggestion qui lui √©tait faite de pr√©senter comme une hypoth√®se le syst√®me de Copernic, tant qu'il n'√©tait pas confirm√© par des preuves irr√©futables. C'√©tait pourtant l√† une exigence de la m√©thode exp√©rimentale dont il fut le g√©nial initiateur.
Ensuite la repr√©sentation g√©ocentrique du monde √©tait commun√©ment admise dans la culture du temps comme pleinement concordante avec l'ensemble de la Bible dont certaines expressions, prises √† la lettre, semblaient constituer des affirmations de g√©ocentrisme. Le probl√®me que se pos√®rent donc les th√©ologiens de l'√©poque est celui de la compatibilit√© de l'h√©liocentrisme et de l'√Čcriture.
Ainsi la science nouvelle, avec ses m√©thodes et la libert√© de recherche qu'elle suppose, obligeait les th√©ologiens √† s'interroger sur leurs propres crit√®res d'interpr√©tation de l'√Čcriture. La plupart n'ont pas su le faire.
Paradoxalement, Galil√©e, croyant sinc√®re, s'est montr√© plus perspicace sur ce point que ses adversaires th√©ologiens. ¬ę Si l'√©criture ne peut errer, √©crit-il √† Benedetto Castelli, certains de ses interpr√®tes et commentateurs le peuvent, et de plusieurs fa√ßons ¬Ľ. On conna√ģt aussi sa lettre √† Christine de Lorraine (1615) qui est comme un petit trait√© d'herm√©neutique biblique.
[...]
La majorit√© des th√©ologiens ne percevaient pas la distinction formelle entre l'√Čcriture sainte et son interpr√©tation, ce qui les conduisit √† transposer ind√Ľment dans le domaine de la doctrine de la foi une question de fait relevant de l'investigation scientifique. ¬Ľ

Le texte complet du discours de Jean-Paul II devant l'académie pontificale des sciences le 31 octobre 1992

Polémique

Certains sp√©cialistes de l'affaire Galil√©e ont n√©anmoins consid√©r√© que ces d√©clarations avaient tendance √† minimiser les erreurs de l'√Čglise.[1] Ils estiment en effet que ne sont pas mentionn√©es les responsabilit√©s d'Urbain VIII et de l'Inquisition, que l'on ne fait pas r√©f√©rence √† l'interdiction de 1616, et que l'on rend Galil√©e coresponsable de sa condamnation par le fait qu'il n'a pas respect√© la m√©thode exp√©rimentale pour apporter les preuves de l'h√©liocentrisme.

Par ailleurs, Luca Bianchi estime que les experts de la commission ont omis d'évoquer l'argument de la toute-puissance divine, qu'Urbain VIII, croyant la thèse de l'héliocentrisme indémontrable, avait demandé à Galilée d'insérer en conclusion du dialogue sur les deux grands systèmes du monde, et que Galilée a retourné en faveur de la thèse de l'héliocentrisme[2].

Giordano Bruno, brulé sur le bucher en 1600, n'a par contre l'objet d'aucune réhabilitation.

Relations avec le juda√Įsme

Article d√©taill√© : Antijuda√Įsme.
Voir aussi :
* √Čglise catholique pendant la Seconde Guerre mondiale
* Bibliographie sur l'√Čglise catholique la Seconde Guerre mondiale
* Bibliographie sur Pie XII

Des prises de position de certains responsables catholiques, tels que Ludwig Kaas dans les ann√©es 1930, juste avant la prise de pouvoir par Hitler, de certains membres du haut clerg√© en France, et les silences de trop de chr√©tiens face aux rafles sont de nature √† interpeller sur l'histoire des relations entre le christianisme en g√©n√©ral et le juda√Įsme. [r√©f. n√©cessaire]

Les √Čglises chr√©tiennes ont exprim√© des repentances :

  • Les principales prises de position du protestantisme se trouvent dans Spiritualit√© th√©ologie et r√©sistance[3].
  • L'√Čpiscopat allemand et l'√Čpiscopat polonais ont fait une d√©claration sur l'attitude de leur √Čglise pendant la guerre √† l'occasion du 50e anniversaire de la lib√©ration d'Auschwitz en 1995 (Documentation Catholique n¬į 2110, pp. 188-191).
Voir : La d√©claration de repentance des √©v√™ques de France
  • En mars 1998, une d√©claration √©manant de la Commission vaticane pour les relations avec le juda√Įsme, comportant une introduction de la main du pape lui-m√™me, appelait les chr√©tiens √† une prise de conscience et √† la reconnaissance de la sp√©cificit√© de la Shoah. Elle admettait l'existence d'une culture antijuda√Įque diffus√©e par l'√Čglise dans le pass√©. L'accueil fait √† cette d√©claration fut mitig√©, certains consid√©rant qu'elle se positionnait trop en retrait de la d√©claration faite par l'√©piscopat fran√ßais l'ann√©e pr√©c√©dente[4].

Sans entrer dans le d√©tail de l'histoire des relations entre le christianisme et le juda√Įsme, on retiendra quelques grandes lignes : Au IVe si√®cle, l'antijuda√Įsme commen√ßa √† appara√ģtre chez certain P√®res de l'√Čglise, ainsi qu'au si√®cle suivant dans le code th√©odosien. Au VIIe si√®cle, une mention consid√©r√©e de nos jours comme offensante pour les juifs -en raison de l'√©volution actuelle du sens du vocabulaire dans les langues vernaculaires- fut introduite dans les ¬ę Grandes oraisons ¬Ľ du Vendredi saint (Oremus et pro perfidis judaeis[5]). Par la suite, il y eut r√©guli√®rement des pers√©cutions des Juifs (pogroms, expulsions, ghettos, autodaf√©s...), le ph√©nom√®ne culminant avec les marranes. Puis dans la deuxi√®me moiti√© du XIXe si√®cle, l'antijuda√Įsme se transforma en antis√©mitisme, avec comme cons√©quence la Shoah.

À la demande de l'historien Jules Isaac, de certains catholiques, comme Jacques Maritain, une nouvelle prière fut progressivement introduite dans la liturgie du vendredi saint. Jean XXIII supprima la mention incomprise en 1959. Le concile adopta une déclaration sur les relations interreligieuses en 1965 (Nostra Ætate), puis la prière du Vendredi saint fut modifiée par Paul VI dans le missel en 1966, puis à nouveau en 1969. Le catéchisme pour adultes fut également révisé en 1991 dans ce sens.

Citation de Jean-Paul II

¬ę Vous √™tes nos fr√®res bien aim√©s, et en un certain sens nos fr√®res a√ģn√©s. ¬Ľ Jean-Paul II √† la synagogue de Rome en 1986

Repentance de l'an 2000

Le 12 mars 2000, une repentance plus g√©n√©rale relative aux erreurs des membres de l'√Čglise a √©t√© faite solennellement dans la basilique Saint-Pierre de Rome.

Selon certains observateurs, la repentance sur l'Inquisition a été assortie d'une estimation minimale du nombre des victimes. Il ne semble pas que les ordres dominicain et franciscain qui en furent les principaux agents, aient déjà fait une déclaration concernant leur responsabilité dans cette période d'intolérance religieuse.[6]

Quelques-uns, autour du th√©ologien Hans K√ľng [r√©f. n√©cessaire], consid√®rent la repentance de l'an 2000 comme un geste m√©diatique qui n'a pas √©t√© suivi d'actes majeurs tendant √† la concr√©tiser, √† l'exception de l'abandon de la th√©ologie du Vetus Isra√ęl / Verus Isra√ęl d√©j√† initi√©e par le th√©ologien Marcel Simon, et port√©e √† la connaissance du grand public par la d√©claration conciliaire Nostra √Ütate (28 octobre 1965).

Notes

  1. ‚ÜĎ On consultera par exemple Galil√©e en proc√®s, Galil√©e r√©habilit√© ?, sous la direction de Francesco Beretta, chapitre probl√®mes historiques pos√©s par la cl√īture de la question galil√©enne (1992), pages 91 √† 112
  2. ‚ÜĎ Galil√©e en proc√®s, Galil√©e r√©habilit√© ?, sous la direction de Francesco Beretta, chapitre Urbain VIII, Galil√©e et la toute puissance divine, pages 67 √† 90
  3. ‚ÜĎ Presse Universitaire de Grenoble, 1987, pp. 151 √† 182
  4. ‚ÜĎ Nous nous souvenons : une r√©flexion sur la Shoah
  5. ‚ÜĎ La traduction litt√©rale en fran√ßais serait : ¬ę Prions aussi pour les juifs perfides ¬Ľ. En traduisant ainsi, on s'expose √† un contre-sens. √Ä l'√©poque de la r√©daction, perfidis se comprenait : qui a manqu√© de foi, infid√®le, ou parjure (qui n'a pas √©t√© fid√®le √† ses engagements) et n'avait pas le caract√®re tr√®s p√©joratif de d√©loyaut√© qu'on peut actuellement lui pr√™ter
  6. ‚ÜĎ Article Vatican looks back at Inquisition Cit√© du Vatican, 16 juin 2004, CBS News

Bibliographie

  • L'Affaire Galil√©e, Cardinal Paul Poupard, √Čditions de Paris, octobre 2005, ISBN 2-85162-166-1
  • Galileo Galilei, 350 ans d'histoire (1633-1983), Ouvrage collectif sous la direction de Mgr Poupard , Descl√©e International, Tournai 1983.
  • Galil√©e en proc√®s, Galil√©e r√©habilit√© ?, sous la direction de Francesco Beretta. Saint-Maurice, √Čditions Saint-Augustin, 2005. (ISBN 2-88011-369-5).
  • Michel Remaud, L'√Čglise au pied du mur : Juifs et chr√©tiens, du m√©pris √† la reconnaissance, Bayard, 2007

Voir aussi

Lien externe


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