Relique

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Relique

Les reliques (du latin reliquiae, ¬ę restes ¬Ľ), sont les restes mat√©riels qu'a ou qu'aurait laiss√©s derri√®re lui un saint personnage en mourant : soit des parties de son corps, soit d'autres objets qu'il a, pour les croyants, sanctifi√©s par son contact. La conservation et la v√©n√©ration de ces restes sont une pratique en vigueur dans plusieurs religions. Il en d√©coule des croyances et des pratiques religieuses vari√©es, mais aussi de vifs d√©bats.

Sommaire

Les grandes religions face à la vénération des reliques

Aussi bien au sein du bouddhisme que du christianisme et de l'islam, la v√©n√©ration des reliques cr√©e spontan√©ment plusieurs clivages. Certains croyants accordent √† ces objets une v√©n√©ration na√Įve qui peut dans certains cas confiner √† la superstition, voire √† la pens√©e magique la plus archa√Įque. Les autres croyants se divisent eux-m√™mes en trois groupes. Les premiers encouragent ce culte tout simplement par cupidit√©, vu que la possession de telles reliques peut engendrer des revenus non n√©gligeables[1]. Les seconds le tol√®rent, voire l'encouragent, dans la pens√©e qu'il faut garder prise sur la religiosit√© populaire en essayant de la canaliser vers des formes de vie religieuse plus √©volu√©es[2]. Enfin un troisi√®me groupe consid√®re qu'il faut combattre la superstition sans complaisance, et sans h√©siter √† d√©truire les objets de la v√©n√©ration populaire[3].

Il est évident que la relique remplit une fonction et que son existence répond à un besoin profond ou à une tendance de fond de la vie religieuse, puisque ce phénomène se manifeste spontanément au sein de sociétés très diverses, même antireligieuses. Ainsi par exemple même le communisme athée soviétique conservait précieusement au Kremlin le corps momifié de Lénine dans un reliquaire de verre très semblable à celui de sainte Bernadette Soubirous, et on s'y rendait en pèlerinage de tous les coins de l'ex-Union soviétique.

√Ä qui servent donc les reliques‚ÄČ? Plusieurs r√©ponses sont possibles selon le point de vue o√Ļ l'on se place: th√©ologique, psychologique, ethnologique ou sociologique. Chaque religion d√©veloppe √† ce sujet des arguments proprement th√©ologiques, qui g√©n√©ralement font d√©bat (parfois de mani√®re tr√®s anim√©e, jusqu'√† la destruction des objets consid√©r√©s).

Les grandes reliques en tant que palladium

L'esprit moderne, qui considère la religion comme une affaire personnelle, a tendance à comprendre le phénomène du seul point de vue de la psychologie et de la religiosité individuelle. Or cet aspect des choses n'est pas premier dans l'histoire des religions. L'existence des reliques répond d'abord à un besoin collectif d'identité et de sécurité.

Dans la tradition gr√©co-romaine le palladium est une statue de Pallas-Ath√©na tomb√©e du ciel et r√©cup√©r√©e par le fondateur mythique de la cit√© de Troie. Elle rendait inexpugnable la cit√© qui le d√©tenait, Ath√©na √©tant la d√©esse des citadelles. Selon la tradition grecque, le palladium avait √©t√© d√©rob√© par Ulysse et Diom√®de pour s'assurer de l'issue de la guerre. Selon la tradition romaine, il est emport√© par √Čn√©e en Italie et sera plac√© plus tard dans le temple de Vesta, √† Rome.

Par suite on appelle palladium tout objet symbolique et sacr√© dont la possession et le culte soudent le groupe d'un point de vue religieux, et le pr√©servent des menaces ext√©rieures. Corr√©lativement toute menace sur l'objet devient une menace pour le groupe. Ainsi pour les reliques de saint Marc √† Venise : elles ne sont pas seulement l'embl√®me de la cit√©, saint Marc est aussi le saint patron, c'est-√†-dire le protecteur de l'√Čtat.

Les reliques majeures et officielles de la cit√© ou de l'√Čtat sont sollicit√©es en cas de crise majeure, √©pid√©mie ou guerre. Ainsi en 911, les Normands qui ravageaient impun√©ment toute la France du Nord √©chou√®rent devant les murs de Chartres, derri√®re lesquels le clerg√© du lieu portait en procession la sainte tunique de la Vierge Marie. De m√™me √† Thessalonique, o√Ļ l'on conservait les reliques du saint martyr D√©m√©trius : aux dires du chroniqueur local Jean Caminiat√®s, ¬ę ce sauveur de la patrie l'avait soustraite √† maint p√©ril, lui avait offert la victoire et, plein de compassion, avait souvent emp√™ch√© qu'elle ne connaisse la guerre ¬Ľ[4].

√Ä titre prophylactique, on v√©n√®re r√©guli√®rement les reliques par des f√™tes √† date fixe, g√©n√©ralement par des processions, comme la Perahera de Kandy, au Sri Lanka, o√Ļ une dent de Bouddha est promen√©e dans les rues de la ville sur un √©l√©phant[5]. Ainsi par exemple √† √Čtampes, aujourd'hui en Essonne, comme dans tant d'autres villes europ√©ennes, du XIe si√®cle jusqu'√† la R√©volution fran√ßaise on promenait dans la ville, en pr√©sence de toutes les autorit√©s constitu√©es, la ch√Ęsse de trois saints martyrs d'Aquil√©e du IIIe si√®cle appel√©s, l√† comme ailleurs, les ¬ę Corps Saints ¬Ľ[6].

Article d√©taill√© : Procession (cort√®ge).

Le sort des reliques est li√© symboliquement √† celui du groupe qui les r√©v√®re. Ainsi, √† Naples, si, lors de la f√™te annuelle et de l'ostension des reliques de saint Janvier, le sang de ce martyr conserv√© dans une ampoule ne se liqu√©fie pas, toute une partie de la population redoute une catastrophe dans l'ann√©e, tremblement de terre ou √©pid√©mie. Toute menace sur les reliques majeures est par ailleurs consid√©r√©e comme une menace sur le groupe social ou sur le corps politique. Ainsi la disparition provisoire d'un poil de la barbe de Mahomet au sanctuaire de Srinagar plongea en 1963 le Cachemire dans le chaos. La destruction r√©cente par une attaque terroriste du d√īme de la mosqu√©e de Samarra en Irak, o√Ļ sont cens√©es se trouver les reliques de l'imam Ali, visait le cŇďur de l'identit√© chiite.

En Limousin, les ostensions limousines restent une manifestation populaire, qui tous les sept ans réunit religieux et habitants de plusieurs communes, qui à l'occasion décorent les villes et sortent les reliques de leurs saints.

Les reliques en tant que talisman

L'individu autant que le groupe ressent un besoin profond de ma√ģtriser son destin et les menaces qu'il sent confus√©ment peser sur lui. Chez presque tous les peuples on constate le besoin multiforme de d√©tenir et de manipuler des objets dot√©s de pouvoirs magiques, qu'on appelle, avec des distinguos qui varient selon les auteurs, amulettes, talismans, f√©tiches ou grigris, voire porte-bonheur. Ces talismans dans certains cas √©taient partiellement compos√©s de restes humains. Les grandes religions ont progressivement converti ces usages.

Au Tibet, les pèlerins rapportaient chez eux entre autres des lambeaux de vêtements qui avaient été portés par le Bandchan de Djachi-Loumbo[7].

En Gaule mérovingienne, les guerriers francs gagnés au christianisme faisaient grand usage de talismans chrétiens, os de saints ou poussière de leur tombeau, cette dernière parfois ingérée par les malades.

Au XIXe si√®cle et encore dans toute la premi√®re moiti√© du XXe si√®cle, le clerg√© catholique faisait une grande diffusion d'images pieuses o√Ļ √©taient coll√©s un ou deux millim√®tres carr√©s d'une √©toffe ayant touch√© les ossements d'un saint.

Vénération des reliques dans le bouddhisme

Reliques du Bouddha Sakyamuni provenant du stupa de Kanishka à Peshawar, au Pakistan, et aujourd'hui conservée à Mandalay, Birmanie.

Le bouddhisme, du Japon au Tibet, et de la Birmanie au Sri Lanka, pratique le culte des reliques.

La tradition bouddhique rapporte que la mort de Bouddha fut suivie d'une guerre connue sous le nom de ¬ę Guerre des Reliques ¬Ľ. Son enjeu √©tait la possession des reliques √©chapp√©es du b√Ľcher fun√©raire de Bouddha. C'est d'ailleurs l'un des th√®mes de l'iconographie bouddhique traditionnelle[8].

Un √©l√©ment traditionnel de l'architecture bouddhiste, le st√Ľpa ou ch√∂rten[9] trouve aussi son origine dans le culte des reliques du Bouddha, dont les premiers furent con√ßus pour les abriter.

Au Sri Lanka, √† Kandy, le Temple de la Dent passe pour abriter une molaire du Bouddha Sakyamuni. √Čdouard Charton a racont√© en 1842 l'histoire √©tonnante de cette dent qui est un vrai personnage de roman[10].

On conserve aussi des dents du Bouddha en Chine au Temple de Ling Guang, √† Ta√Įwan au monast√®re de Fo Guang Shan, en Cor√©e du Sud, au temple Tongdosa, pr√®s de Yangsan, et au Japon dans le sanctuaire Shari-Den du temple d'Engakuji √† Kamakura.

Vénération des reliques dans l'Antiquité préchrétienne

√Ä Ath√®nes, on rendait aux restes suppos√©s d'Ňídipe et de Th√©s√©e des honneurs qu'il est difficile de distinguer d'un culte. Le corps suppos√© de Th√©s√©e avait √©t√© triomphalement rapport√© √† Ath√®nes par Cimon en 475 avant J√©sus-Christ apr√®s la conqu√™te de Skyros.

À Epidaure on rendait un culte à la dépouille d'Esculape.

En Macédoine on vénérait de même les restes de Perdiccas Ier.

V√©n√©ration des reliques dans le juda√Įsme ancien

Dans le Temple de Jérusalem était conservée, du moins jusqu'au sac de cette ville par Nabuchodonosor, l'Arche d'alliance dont la construction avait été demandée par Dieu lui-même (Exode XXV), qui incarnait la présence et la faveur de Dieu (Premier livre de Samuel IV,3), et que Salomon avait placée dans le Saint des saints (Premier livre des Rois VIII). Selon certains textes scripturaires[11], cette arche n'aurait contenu que les deux Tables de la Loi écrites par Dieu lui-même; mais l'auteur inconnu de la Lettre aux Hébreux, juif du premier siècle, nous informe des croyances juives de son temps[12], selon lesquelles l'Arche (alors disparue) avait également contenu un vase d'or plein de Manne, ainsi que la Verge d'Aaron qui avait refleuri[13].

D'apr√®s le Livre des Nombres, chapitre 21, Mo√Įse avait confectionn√© sur l'ordre de Dieu en airain un ¬ę serpent ¬Ľ (en h√©breu nahash), que devaient regarder ceux qui avait √©t√© mordus par un serpent. Apr√®s la construction du Temple de J√©rusalem, on y r√©v√©ra quelque temps cette relique des temps mosa√Įques, car, selon le Deuxi√®me livre des rois, le roi √Čz√©chias, grand r√©formateur du juda√Įsme, le mit en pi√®ces. En effet ¬ę les enfants d'Isra√ęl avaient jusqu'alors br√Ľl√© des parfums devant lui: on l'appelait Nehoushtan ¬Ľ. (XVIII,4)

Le proph√®te Elis√©e, successeur de son ma√ģtre √Člie, r√©cup√®re son manteau, gr√Ęce auquel il renouvelle ses miracles (Deuxi√®me livre des rois, II, 16).

Vénération des reliques dans le christianisme

Aux origines du christianisme, le culte des reliques a deux sources très différentes. Il est de plus profondément influencé par des pratiques et des traditions d'abord gréco-romaines, puis celtiques et germaniques.

Origines premières du culte chrétien des reliques

Gravure de Jan Luyken : R√©surrection d'un mort qui avait touch√© les reliques du proph√®te Elis√©e (1770).

Le premier aspect est la croyance presque universellement r√©pandue que les pouvoirs des thaumaturges se continuent dans les objets qui sont ou ont √©t√© en contact avec eux, et sp√©cialement dans leurs ossements et dans leurs v√™tements. On le voit d√©j√† dans l'Ancien Testament lorsqu'un homme jet√© en terre reprend vie apr√®s avoir touch√© les ossements d'Elis√©e (Deuxi√®me livre des rois XIII, 21)[14]. Du vivant m√™me de J√©sus le contact de ses v√™tements suffit √† gu√©rir : ¬ę Or une femme, atteinte d'un flux de sang depuis douze ans et que personne n'avait pu gu√©rir s'approcha par derri√®re et toucha la frange de son manteau ; et √† l'instant m√™me son flux de sang fut gu√©ri ¬Ľ (√Čvangile selon Luc, VIII, 43-44) ; et aussi du vivant de ses disciples tels que Paul, √† la g√©n√©ration suivante : ¬ę Dieu op√©rait par les mains de Paul des miracles peu banals, √† tel point qu'il suffisait d'appliquer sur les malades des mouchoirs ou des linges qui avaient touch√© son corps: alors les maladies les quittaient et les esprits mauvais s'en allaient ¬Ľ (Actes des Ap√ītres XIX, 11-12).

Le deuxi√®me aspect est le culte rendu au Christ sur la tombe de ceux qui avaient pr√©f√©r√© mourir que de le renier, et que l'on appelle pour cela les martyrs (en grec : ¬ę t√©moins ¬Ľ). Cette v√©n√©ration des restes des martyrs est attest√©e d√®s la seconde moiti√© du second si√®cle par le texte du martyre de Polycarpe. Comme on pense d'une part que le corps des martyrs a √©t√© habit√© par le Saint-Esprit, et d'autre part qu'il est appel√© √† ressusciter corporellement au Jour du Jugement dernier, on consid√®re qu'il est profitable de prier, puis de se faire enterrer √† proximit√© de ces corps privil√©gi√©s pour tirer parti de la communion des saints. C'est l'origine premi√®re des basiliques construites g√©n√©ralement sur d'anciennes zones fun√©raires, √† la p√©riph√©rie des villes antiques.

Influences gréco-romaines puis barbares

Deux facteurs facilitants d'origine différente interviennent ensuite, le premier dans le monde gréco-romain, le second dans le monde barbare germanique.

Le monde gr√©co-romain connaissait d√©j√† une certaine forme de tourisme mi-religieux mi-culturel dont le r√©seau des sanctuaires chr√©tiens ne sera qu'une continuation, et de m√™me pour la tradition des cabinets de curiosit√©. On le voit par exemple √† une p√©riode de transition, √† l'√©poque de saint J√©r√īme, qui signale en Palestine simultan√©ment des lieux de m√©moire pa√Įens et chr√©tiens.

D'un autre c√īt√©, le monde barbare celtique et germanique faisait grand usage de talismans qui seront progressivement remplac√©s, pendant la p√©riode m√©rovingienne, par les reliques. Ainsi par exemple la c√©l√®bre phrase de saint Remi, √©v√™que de Reims, √† Clovis lors de son bapt√™me, longtemps rendue √† tort par ¬ę Courbe la t√™te, fier Sicambre ¬Ľ (¬ę Depone colla Sicamber ¬Ľ) doit en fait se traduire par ¬ę Enl√®ve tes colliers ¬Ľ, c'est-√†-dire ¬ę tes talismans ¬Ľ. Cependant ces talismans ne seront pas purement et simplement supprim√©s. Ils seront tout d'abord, et pendant une longue p√©riode, seulement remplac√©s par des talismans chr√©tiens souvent d'origine tr√®s douteuse. Ainsi par exemple la Chanson de Roland, au milieu du XIe si√®cle, rapporte que Durandal, l'√©p√©e de Roland (personnage du VIIIe si√®cle), √©p√©e qui ne doit surtout pas tomber aux mains des infid√®les, contient dans son pommeau d'or‚ÄČ: ¬ę une dent de saint Pierre, du sang de saint Basile, et des cheveux de monseigneur saint Denis, et du v√™tement de sainte Marie ¬Ľ (laisse 173).

Importance des reliques

A propos des "infid√®les", il est un fait qui r√©v√®le l'importance qu'on accordait aux reliques : si Charles Martel a √©t√© les arr√™ter pr√®s de Poitiers, en l'an 732, c'est parce que ceux-ci avaient pour objectif d'atteindre la basilique Saint-Martin de Tours non seulement pour la piller mais aussi pour y d√©truire les reliques du saint, protecteur de la Gaule, conserv√©es dans ce qui √©tait alors un des principaux lieux de p√©lerinage de la chr√©tient√©. Si cela avait lieu, le pays et sa religion risquaient d'√™tre √† leur merci.

Dent de sainte Apollonia (cathédrale de Porto, Portugal).

Pratiques cultuelles et justifications théologiques

L'usage majeur des reliques dans la tradition cultuelle orthodoxe et catholique est leur utilisation quasiment obligatoire lors de la cons√©cration d'un autel, sur la base d'un texte scripturaire tr√®s pr√©cis, Apocalypse VI, 9 : ¬ę Je vis sous l'autel les √Ęmes de ceux qui furent √©gorg√©s pour la Parole de Dieu et le t√©moignage (martyre) qu'ils avaient donn√© ¬Ľ.

La théologie orthodoxe et catholique insiste sur le fait que le culte rendu aux saints en présence de leurs reliques est un culte de dulie et qu'il ne doit en aucun cas dériver en latrie ou adoration, réservée à Dieu seul.

Les th√©ologiens catholiques pr√©cisent encore que le culte vou√© aux reliques est un ¬ę culte relatif ¬Ľ, c'est-√†-dire qu'il doit s'adresser non pas √† la chose, mais √† la personne qui lui est relative. Par exemple, le culte rendu √† la colonne de la flagellation est un culte de latrie relatif (parce qu'on adore l'homme-dieu qui a √©t√© attach√© √† cet objet pour y √™tre fouett√©), tandis que le culte rendu aux ossements de sainte Th√©r√®se est seulement un culte de dulie relatif (parce qu'il s'adresse non aux os eux-m√™mes mais √† la personne de la sainte, qu'il faut r√©v√©rer sans l'adorer).

Plus concr√®tement par ailleurs, comme on attribue √† la relique des propri√©t√©s surnaturelles, on l'ins√®re √† certaines √©poques au moins dans trois sortes d'objets : dans les regalia, comme les sceptres et les couronnes ; dans le pommeau de l'√©p√©e des chevaliers, comme la mythique Durandal dont on a d√©j√† parl√©; et enfin, plus normalement, dans des reliquaires et des ch√Ęsses souvent richement d√©cor√©s, qui sont destin√©es √† la v√©n√©ration des fid√®les dans les lieux de culte.

Il est √©galement d'usage tout au long du Moyen √āge de pr√™ter serment en √©tendant la main sur des reliques, dans la pens√©e que le saint sur les restes duquel on pr√™te serment ne manquera pas de se venger des parjures qui l'auraient pris √† t√©moin. Helgaud, ami et biographe du roi Robert II le Pieux, le roi de l'an Mil, raconte que pour √©viter tout blasph√®me compromettant l'honneur des saintes reliques le roi avait trouv√© un pieux subterfuge : il faisait pr√™ter serment aux puissants sur un reliquaire vide, √† leur insu ; quant aux humbles, il leur faisait pr√™ter serment sur un Ňďuf de griffon de sa collection, talisman profane qui √©tait sans doute un Ňďuf d'autruche[15].

Il est encore bien d'autres usages des reliques dans la tradition catholique, par exemple, la diffusion à grande échelle de fragments d'étoffes ayant été en contact avec tel ou tel saint ou avec ses ossements (ainsi dès avant les canonisations de Thérèse de Lisieux ou de Bernadette Soubirous). On en espère des miracles qui augmenteront la gloire du saint, voire accélèreront sa canonisation.

Des proc√©dures d'authentification et de certification sont n√©cessaires, concernant des objets parfois de petite taille qu'on peut facilement contrefaire et qui peuvent se perdre au cours des √Ęges. Deux principes ont √©t√© en concurrence au Moyen √āge. Le premier est d'origine populaire: c'est la pouvoir de susciter des gu√©risons miraculeuses ou d'autres prodiges; mais ce principe est rejet√© par les th√©ologiens, qui soulignent que les d√©mons sont parfois les instigateurs de prodiges destin√©s √† √©garer les fid√®les, comme d√©j√† au XIe si√®cle Guibert de Nogent. Le deuxi√®me est d'origine cl√©ricale: la relique doit √™tre certifi√©e apr√®s contr√īle par l'√©v√™que (qui d√©livre parfois une charte √† ses d√©tenteurs), munie d'un parchemin et conserv√©e dans un reliquaire scell√©, qui est contr√īl√© √† certains intervalles de temps.

L'Invention de la Croix, Agnolo Gaddi, Florence, 1380.

Rituels et scénographie des reliques

Les premi√®res reliques des martyrs sont v√©n√©r√©es dans les cimeti√®res. √Ä partir du IVe si√®cle, des martyria construits en dehors des villes puis dans les centres urbains abritent des reliquaires (n√©cessaires suite √† la translation et la division des reliques) sur lesquelles on construit les √©glises. √Ä partir du Ve si√®cle en Afrique du Nord et du VIe si√®cle en Gaule , il s'agit de petits reliquaires sarcophages accessibles qui sont plac√©s dans ou sous l'autel. Puis les reliquaires sont scell√©s dans une niche (le loculus) √† l'int√©rieur de l'autel[16]. La ch√Ęsse herm√©tique et scell√©e, n'est ouverte qu'en de tr√®s rares occasions, en pr√©sence d'un √©v√™que, de sorte que la pr√©sence invisible du saint reste quelque peu abstraite et impalpable (de nos jours, elles sont parfaitement visibles √† travers le reliquaire et expos√©es dans l'√©glise). Puisqu'il fallait donner la preuve que l'√©glise poss√©dait r√©ellement ces objets de v√©n√©ration, d√®s le haut Moyen √āge on a trace de processions, lors desquelles la pr√©sence des reliques et leur fonction protectrice de la communaut√© √©taient ritualis√©es, dans des parcours du territoire effectu√©s en pr√©sence de toutes les corps constitu√©s, religieux et aussi civils, chacun √©tant jalousement attach√© √† ses pr√©rogatives en cette occasion.

Ce besoin de mieux faire sentir la pr√©sence du saint et de ses reliques est par ailleurs √† l'origine de deux innovations architecturales du Moyen √āge. D'abord appara√ģt, √† partir de l'√©poque carolingienne, le d√©ambulatoire, couloir qui tourne autour de l'autel et le s√©pare des chapelles de l'abside. Il permet aux p√®lerins de circuler autour de l'autel principal, et simultan√©ment d'acc√©der aux autels secondaires dont chacun a sa titulature et ses reliques propres. Cela cr√©e une offre vari√©e de d√©votion et correspond au d√©veloppement de la notion th√©ologique de la Communion des saints, puisqu'on circule alors librement entre les reliques de saints d'√©poques tr√®s diff√©rentes. Ensuite, surtout √† l'√©poque romane, la crypte, espace souterrain qui permet de s'approcher plus pr√®s de la ch√Ęsse, autrement invisible.

√Ä partir du XIIe si√®cle, les ch√Ęsses et autres reliquaires sont de plus en plus fr√©quemment expos√©s √† la contemplation des fid√®les, soit sur l'autel, ou bien sur des tribunes d'ostension sp√©cialement con√ßues pour ce faire, ou encore dans des reliquaires portatifs appel√©s monstrances: apr√®s la Guerre de Cent Ans, bien des √©glises d√©vast√©es et appauvries en font usage lors de tourn√©es destin√©es √† collecter des fonds.

On assiste aussi au d√©veloppement des statues-reliquaires, dont un des premiers exemples est au Xe si√®cle celui de Sainte-Foy de Conques, mais surtout des reliquaires dits topiques, qui √©pousent la forme de la relique conserv√©e: bras, t√™te ou jambe.

√Ä l'√©poque baroque, reliques et reliquaires sont parmi les objets qui suscitent le plus la cr√©ativit√© des artistes, comme le montre l'exemple de Rubens[17]. L'usage de la vitre devient la r√®gle quasiment g√©n√©rale pour les reliquaires. Les corps qui se sont bien conserv√©s, en cas d'incorruption[18], sont maquill√©s et pr√©sent√©s dans des ch√Ęsses vitr√©es comme dans le cas de Bernadette Soubirous.

Au XIXe si√®cle, apr√®s la destruction en 1793 de nombreux reliquaires anciens, apparaissent les reliquaires n√©ogothiques vitr√©s, qui sont souvent fabriqu√©s en s√©rie.

√Ä l'√©poque contemporaine se pose la question de l'utilisation et de la valorisation de ces restes humains qui appartiennent en France aux communes mais dont les communaut√©s catholiques sont allocataires de droit. Comment pr√©senter harmonieusement ces collections parfois h√©t√©roclites √† la curiosit√© des uns autant qu'√† la d√©votion des autres ? Il y faut l'intervention d'artistes contemporains comme le montre le cas de la collection de Notre-Dame de Longpont-sur-Orge, mise en valeur par Karine Lasserre en 2009.

Circulation des reliques à travers le monde chrétien

L'invention de reliques (au sens technique du mot, c'est tout simplement leur découverte) était considérée comme un événement si important qu'il était parfois commémorée par une fête liturgique spéciale. Ainsi par exemple la liturgie orthodoxe autant que catholique célèbre l'Invention de la Vraie Croix le 3 mai, date anniversaire de sa découverte providentielle par sainte Hélène, mère de l'empereur Constantin, en 326.

Le prestige des saints était si grand qu'on ne craignit pas d'en découvrir, voire d'en forger toujours davantage, sur la foi de songes et de révélations toujours bienvenues, soit pour appuyer une cause politique, ou religieuse, ou institutionnelle, voire tout simplement parce que la possession de telles reliques était source de prestige et de revenus substantiels, en générant notamment des pèlerinages.

Chapiteau de la translation des reliques de saint √Čtienne, √©glise Saint-√Čtienne de Lubersac, en Limousin

La translation des reliques, c'est-√†-dire leur transfert d'un lieu √† un autre, √©tait un √©v√©nement presque aussi important que leur Invention, et pouvait √©galement √™tre comm√©mor√©e par une f√™te liturgique. √Ä partir d'une certaine √©poque en effet, on commen√ßa √† transporter les restes des martyrs et les autres reliques pour diff√©rentes raisons. D'abord pour fonder des autels l√† o√Ļ il n'y avait pas de restes de martyrs. Puis, lorsque la religion chr√©tienne devient officielle, pour augmenter le prestige de certaines m√©tropoles‚ÄČ: et surtout Byzance, arbitrairement d√©sign√©e par Constantin comme nouvelle capitale de l'Empire.

En temps qu'objets pr√©cieux, voire de convoitise, les reliques furent r√©guli√®rement l'objet au Moyen √āge de dons et de g√©n√©reux partages, mais aussi de larcins voire de razzias. Lors de la Quatri√®me croisade eut lieu la prise de Constantinople, la ville aux nombreuses reliques : les crois√©s firent main basse sur les tr√©sors (reliques et pierreries) de Constantinople, butin remis entre les mains de l'√©v√™que de Troyes, Garnier de Trainel, dans laquelle on trouvait un morceau consid√©rable de la vraie Croix, du sang du Christ, le Saint Calice de la C√®ne, mais aussi le chef de saint Philippe, le bras de saint Jacques le Majeur ou le corps entier de sainte H√©l√®ne vierge[19]. L'√©glise de Saint-Zacharie dans le Var, poss√®de le San Sabatoun, chausse devenue relique ayant appartenu √† Marie, et rapport√©e par un crois√©.

Inversement, on a d√©plac√© continuellement des reliques en Europe au IXe si√®cle pour les soustraire aux pillages des Vikings qui les d√©truisaient ou les revendaient √† prix d'or[20].

Le droit canon interdit strictement le commerce des reliques, qui est un blasphème[21]. Quant aux reliques les plus significatives, il est absolument interdit de leur faire subir quelque aliénation ou transfert définitif que ce soit sans l'approbation du Saint-Siège[22]. En revanche les reliques de la troisième classe sont distribuées libéralement aux simples fidèles, sous forme par exemple de tout petits fragments d'étoffes ayant été touchées par un saint ou par ses ossements.

Différentes catégories de reliques chrétiennes

Les reliques qui ont été livrées à la piété des fidèles au cours des siècles sont d'une très grande variété, car elles ont parfois proliféré d'une manière déconcertante. Il ne faut pas oublier, en considérant la liste hétéroclite qui suit, qui n'en constitue qu'un infime échantillon, que les motivations et l'usage de ces collections bizarres furent eux aussi d'une grande variété, et qu'on n'attendit pas la Réforme pour s'en moquer ni en douter. Quoi qu'il en soit, le plus simple pour s'y retrouver dans cet océan d'objets de toutes sortes est encore de les classer dans l'ordre chronologique de l'Histoire sacrée.

Reliques vétéro-testamentaires

Dès l'époque paléochrétienne, on montrait aux touristes-pèlerins qui faisaient le voyage de la Terre Sainte différentes reliques des temps bibliques. certaines d'entre elles passèrent ensuite dans les collections des églises, ou des particuliers d'Europe occidentale.

  • Poils de la barbe de No√©, qu'Auguste Ier de Saxe √©tait fier, dit-on, de montrer dans sa collection.
  • Verge d'Aaron. Selon l'Ep√ģtre aux H√©breux, ce b√Ęton √©tait conserv√© dans l'Arche d'alliance, et, selon le Deuxi√®me livre des Maccab√©es (II, 4-5), le proph√®te J√©r√©mie avait dissimul√© la dite Arche dans une grotte du mont N√©bo. N√©anmoins la verge d'Aaron passait aussi pour √™tre conserv√©e en divers lieu de l'Europe chr√©tienne: en Italie dans l'√©glise romaine de Saint-Jean-de-Latran en m√™me temps que dans la cath√©drale de Florence; en Espagne; √† San Salvador; en France dans la Sainte Chapelle de Paris en m√™me temps que dans la cath√©drale de Bordeaux[23].

Reliques de Marie et de la Sainte Enfance

Stauroth√®que byzantine du d√©but du IXe si√®cle contenant des fragments de la Sainte-Croix.

Reliques de la vie publique de Jésus

Article d√©taill√© : Saint Graal.

Reliques de la Passion

Cha√ģnes de Saint Pierre, conserv√©es √† Saint-Pierre-aux-Liens (San Pietro in Vincoli), √† Rome.

Reliques du Christ postérieures à sa Résurrection

  • Empreintes de ses pieds laiss√©es lors de l'Ascension[24] et conserv√©es sur le Mont des Oliviers.
  • Empreinte de ses pieds laiss√©es lors de son apparition l√©gendaire √† saint Pierre √† Rome lors de l'√©pisode du Quo Vadis.
  • Larme vers√©e par une statue du Christ en 998 dans l'√©glise orl√©anaise de Saint-Pierre-du-Puellier.

Reliques de l'√Ęge apostolique

Reliques de saints martyrs

Les martyrs chr√©tiens, dont certains ont exist√©, et dont les autres sont imaginaires, sont innombrables, et on en a encore invent√© un grand nombre au XIXe si√®cle sur des bases pr√©tendument arch√©ologiques.

  • Les restes des saints Can, Cantien et Cantienne, par exemple, martyris√©s au IIIe si√®cle pr√®s d'Aquil√©e, √©taient conserv√©s au Moyen √āge en diff√©rents endroits tels que San Canzian d'Isonzo, Milan, Heidelberg et √Čtampes. Chacun de ces lieux, semble-t-il, pensait d√©tenir l'ensemble ou du moins la plus grande partie des reliques de ces martyrs[26].
  • Le cr√Ęne de sainte Foy √† Conques.
  • Le sang de saint Janvier (San Gennaro) dans la cath√©drale de Naples : le sang contenu dans l'ampoule se liqu√©fie deux fois par an (d√©but mai et le 19 septembre) ; si le ¬ę miracle ¬Ľ ne se produit pas, la tradition veut que des malheurs s'abattent sur la ville de Naples.

Reliques des P√®res de l'√Čglise

Un bras de saint Jean Chrysostome √©tait autrefois conserv√© √† √Čtampes (Essonne), dans l'√©glise Notre-Dame.

Les reliques de saint Augustin, conserv√©es originellement √† Hippone, dans l'actuelle Alg√©rie, passent pour avoir √©t√© transf√©r√©es lors d'une invasion barbare, sans doute celle des Vandales, en Sardaigne. Les Sardes, √† leur tour menac√©s par l'invasion deux si√®cles plus tard, les c√©d√®rent au roi Lombard Luitprand moyennant 60‚ÄČ000 √©cus d'or, qui les transf√©ra √† Pavie, sa capitale, o√Ļ elles furent retrouv√©es le 1er octobre 1695. Elles sont depuis conserv√©es dans la cath√©drale de cette ville.

Reliques de saints du Moyen √āge

Procession de reliques de Sainte-Thérèse de Lisieux, le samedi 29 septembre 2007, entre la basilique Notre-Dame des Victoires et la chapelle Sainte-Thérèse, ici au Louvre

Les restes de saint Beno√ģt passaient pour √™tre d√©tenus par les moines de Fleury, alias Saint-Beno√ģt-sur-Loire, qui les auraient r√©cup√©r√©s dans les ruines de l'Abbaye du Mont-Cassin. Mais on les retrouva aussi au dit Mont Cassin lorsque le site fut r√©occup√©, et la controverse fit rage entre ces deux monast√®res pendant plusieurs si√®cles.

La ch√Ęsse contenant le corps entier momifi√© naturellement de sainte Rita est √† Lucques en Italie.

Reliques de saints modernes

Reliques de saints contemporains

Une pratique contemporaine √©tonnante, concernant une sainte r√©cente comme Th√©r√®se de Lisieux (1873-1897), canonis√©e en 1925, est, plut√īt que le d√©membrement traditionnel entre plusieurs lieux de culte, qui r√©pugne √† l'esprit moderne, la circulation √† travers le monde de la d√©pouille du saint ou de ses reliques.

Reliques de la 3e classe

Autres principes de classification

On a aussi l'habitude de distinguer trois classes de reliques.

  • La premi√®re classe est constitu√©e d'objets directement associ√©s √† la vie terrestre du Christ (Mangeoire, Croix) ou bien de restes physiques d'un saint.
  • La seconde classe est constitu√©e d'objets dont un saint a fait usage (chemise, gant, crucifix, etc.).
  • La troisi√®me classe est form√©e d'objets qui ont √©t√© en contact avec des reliques des deux premi√®res classes.

D'autres principes sont en vigueur pour évaluer l'intérêt des reliques de la première classe.

  • Les restes de martyrs sont plus pris√©s que ceux des autres saints.
  • On appr√©cie aussi fort les corps qui paraissent avoir √©t√© miraculeusement pr√©serv√©s de la corruption.
  • L'int√©r√™t de certains ossements est parfois major√© par la signification symbolique du membre conserv√©. Ainsi le bras d'un roi comme saint √Čtienne de Hongrie sera sp√©cialement consid√©r√©, ou la t√™te d'un th√©ologien comme Thomas d'Aquin.

Collections célèbres de reliques chrétiennes

Certaines collections de reliques sont célèbres entre toutes.

  • Reliques de la Sainte-Chapelle, assembl√©es par saint Louis.
  • Reliques de l'Escurial. Dans le cadre de la Contre-R√©forme, Philippe II d'Espagne constitua dans son palais-monast√®re de l'Escurial l'une des plus grandes collections de reliques du monde catholique: on y trouve quelque 7‚ÄČ500 reliques abrit√©es dans 570 reliquaires r√©partis dans tout le monast√®re mais sp√©cialement dans la basilique Saint-Laurent.
  • Reliques de la basilique romaine de Saint-Jean-de-Latran et sp√©cialement de sa chapelle papale appel√©e Sancta Sanctorum.
  • Reliques de Saint-Sernin √† Toulouse. Il s'agit d'une antique et v√©n√©rable collection, constitu√©e essentiellement au XIVe si√®cle[28]..
  • Reliques de Notre-Dame de Longpont (Essonne). Cette magnifique collection de reliques, la premi√®re en importance en France, est actuellement sous la responsabilit√© de Fr√©d√©ric Gatineau, pr√™tre catholique et √©rudit sp√©cialiste des lieux de culte de l'Essonne. Bien mise en valeur, elle suscite un int√©r√™t croissant dans un lieu de culte qui tend √† devenir le centre spirituel de l'Essonne catholique.
  • Reliques de l'√©glise abbatiale de Saint-Antoine l'Abbaye (Is√®re). Si√®ge d'un prestigieux ordre hospitalier antonin aujourd'hui disparu, cette √©glise renferme les reliques de Saint Antoine le Grand, anachor√®te du 1er si√®cle qui v√©cut en Egypte (procession annuelle des reliques le jeudi de l'Ascencion), ainsi que des reliques de plus de 80 saints martyrs conserv√©s dans de nombreux reliquaires (sources : Antonianae historiae compandium d'Aymar de Falco - L'√©glise abbatiale de Saint-Antoine de Dom Dijon).

La tradition critique dans le monde occidental

Louis-Joseph Fanelli-Semah (1804 - 1875): Le corps de saint Fulcran profané par les protestants (cathédrale saint-Fulcran de Lodève, 1834)

Le monde chrétien est traversé au cours des siècles par une tradition critique qui s'exprime, concernant la question des reliques, de diverses manières.

  • Les √©v√™ques d√®s le d√©part revendiquent un discernement qui l'emporte sur la pi√©t√© populaire mal √©clair√©e, et m√™me sur les pouvoirs √©ventuellement thaumaturgiques des reliques v√©n√©r√©es par leurs ouailles. Ainsi saint Martin de Tours, d√®s le IVe si√®cle fit-il jeter aux ordures les restes d'un personnage injustement v√©n√©r√©[29].
  • Le culte des reliques est d√©valoris√© d√®s le haut Moyen √āge par des auteurs tels que Claude de Turin au IXe si√®cle et Guibert de Nogent au XIe.
  • La R√©forme protestante se situe dans cette tradition critique, √† la suite de Jean Calvin qui dans son Trait√© des reliques (1543) rejette la v√©n√©ration des reliques comme un d√©voiement inexcusable du christianisme authentique. Les protestants remettent violemment en cause le culte des reliques, n'h√©sitant pas en certains lieux √† d√©truire les restes v√©n√©r√©s de certains saints. D√®s lors la tradition n'est plus continu√©e que par les catholiques et les orthodoxes.
  • La Contre-R√©forme catholique qui s'ensuit, par la voix du concile de Trente, r√©affirme la l√©gitimit√© du culte vou√© aux reliques, comme aux tombeaux et aux images; mais elle place la d√©votion populaire sous le contr√īle √©troit de l'√©v√™que, charg√© d'en expurger toute superstition, notamment lors de ses visites pastorales dans les paroisses. Le clerg√© jette alors en effet un regard de suspicion sur l'individualisme du p√®lerin et ses d√©votions ind√©centes[30].
  • Lors de la R√©volution fran√ßaise, de nombreuses reliques sont √† nouveau sauvagement d√©truites comme des vestiges du ¬ę fanatisme ¬Ľ.
  • Enfin, √† partir des ann√©es 1960, le catholicisme est gagn√© √† son tour par une certaine indiff√©rence, sinon m√™me par une certaine hostilit√© dans une partie de son clerg√©, et de nombreux reliquaires sont d√®s lors livr√©s √† l'abandon, voire √† la d√©charge. Certaines reliques de la premi√®re classe se retrouvent en vente sur Internet.

Vénération des reliques dans l’islam

D'une mani√®re g√©n√©rale l'islam reproduit en la mati√®re les traditions ant√©rieures du juda√Įsme ancien et du christianisme de son temps. La plus grande collection de reliques musulmanes est conserv√©e au palais de Topkapi √† Istanbul, et continue √† sa mani√®re la tradition ant√©rieure byzantine.

Reliques pillées aux chrétiens

Reliques de Mahomet

Reliquaire de la barbe de Mahomet à Konya
  • Collection de reliques du palais de Topkapi √† Istanbul. Byzance, capitale d'un vaste empire chr√©tien, avait poss√©d√© de nombreuses et pr√©cieuses reliques, qui furent pour la plupart pill√©es par les crois√©s. Apr√®s la prise de la ville par les Turcs, la ville devint sous le nom d'Istanbul la capitale de l'Empire ottoman et les sultans eurent √† cŇďur de constituer √† leur tour une prestigieuse collection de reliques musulmanes, qui comprend aujourd'hui plus de 600 pi√®ces conserv√©es au palais de Topkapi √† Istanbul‚ÄČ: √©p√©es de Mahomet (sabres de combat et deux √©p√©es en or enrichies de pierres pr√©cieuses), manteau de Mahomet, cheveux et poils de sa barbe, trace de ses pas, etc.
  • Rituel en vigueur √† Topkapi. Bien que la plupart de ces reliques soient expos√©es en permanence, les plus importantes d'entre elles ne le sont que pendant le mois du Ramadan. Le Coran est r√©cit√© de mani√®re ininterrompue aupr√®s de ces reliques depuis qu'elles ont √©t√© transf√©r√©es √† Topkapi.
  • Poils de la barbe de Mahomet. On en conserve en diff√©rents lieux du monde islamique. Les uns sont √† Topkapi. Un autre √©galement en Turquie, dans le mausol√©e Mevlana de Konya. Un autre poil de la barbe de Mahomet est conserv√© en Inde dans la mosqu√©e Azratbal de Srinagar, la capitale de l'√Čtat de Jammu et Cachemire. En 1963, le vol de cette relique mit toute la r√©gion √† feu et √† sang pendant une semaine, jusqu'au retour soudain et mal expliqu√© de la relique. En 1993, des militants arm√©s s'y sont barricad√©s avec des otages quand la police s'est aper√ßue qu'on avait endommag√© le cadenas fermant la porte du lieu o√Ļ il √©tait conserv√©e.
  • Une paire de chaussures de Mahomet, tr√®s sacr√©e pour les p√®lerins musulmans, qui se trouvait √† Lahore au Pakistan a √©t√© vol√©e en 2002[31].

Reliques chiites

Reliques de saints marabouts

  • Dans l'islam maghr√©bin le marabout est un saint local reconnu dont le tombeau est l'objet d'un culte populaire. C'est aussi le nom donn√© au tombeau lui-m√™me. Il s'ensuit un certain nombre de pratiques et de croyances populaires contamin√©es par des pratiques ancestrales que condamne vivement l'islam int√©griste.

Reliques profanes

Belgique

√Ä Li√®ge, le cŇďur d'Andr√© Gr√©try (1741-1813), musicien originaire de la ville, a √©t√© plac√© dans le socle de la statue lui consacr√©e, √©difi√©e devant l'Op√©ra royal de Wallonie. Son corps repose au cimeti√®re du P√®re-Lachaise √† Paris.

France

  • L'usage de l'ancienne France √©tait de conserver par exemple le cŇďur des rois √† part, et le plus souvent dans une autre √©glise que le reste de leur d√©pouille. Aussi a-t-on appel√© reliquaires les r√©cipients o√Ļ on les conservait, par analogie avec ceux des saints.
  • √Ä l'√©poque romantique ont fleuri des reliquaires napol√©oniens, destin√©s √† honorer le souvenir de l'empereur Napol√©on Ier.
  • On cite aussi comme une bizarrerie inexpliqu√©e le reliquaire gothique en cuivre dor√© d√©couvert par les h√©ritiers de Vivant Denon (1747-1826), contenant entre autres des fragments d'os d'H√©lo√Įse et d'Ab√©lard, une partie de la barbe d'Henri IV arrach√©e √† sa tombe en 1793, une dent de Voltaire, et quantit√© de restes d'autres personnages historiques‚ÄČ: il est conserv√© actuellement √† l'h√ītel Bertrand de Ch√Ęteauroux[32].
  • √Ä la m√™me √©poque on a souvent conserv√© dans diff√©rentes sortes de reliquaires des souvenirs familiaux ou galants, tels que, par exemple, la boucle de cheveux d'une personne ch√®re et trop t√īt disparue.

Italie

Les Italiens v√©n√©rant les reliques des saints, leur assimilent certains hommes illustres tels que Galil√©e :

  • Au Mus√©e de la Storia della Scienza (Histoire des Sciences) de Florence, pr√®s des Offices, dans une des vitrines consacr√©es √† de nombreux instruments de Galil√©e, on trouve √©galement la relique momifi√©e de l'index de Galil√©e, celui-l√† m√™me ayant d√©sign√© les astres qu'il voyait avec sa lunette.
  • √Ä Padoue, l'universit√© de ¬ę la B√ī ¬Ľ conserve, √† l'acad√©mie, l'√©pine dorsale de Galil√©e ; ce qui fait √©crire √† Andr√© Suar√®s, dans son Voyage du Condotti√®re : "Peuple √† reliques : ils ont aussi l'√©pine dorsale de Galil√©e, √† l'Acad√©mie, en rien diff√©rente d'une autre √©pine, un os √† moelle pour le pot-au-feu du dimanche. Il faudrait mettre le tout dans un tronc √† la Sainte Science ou √† Saint Antoine"[33].

Russie

  • Dans un mausol√©e de granit rouge situ√© √† Moscou sur la place Rouge, repose L√©nine, r√©volutionnaire et homme politique sovi√©tique. Son corps embaum√© (selon une m√©thode exclusive) est expos√© au public depuis 1924, l'ann√©e de sa mort. Le mausol√©e est maintenu √† une temp√©rature de 16,6 degr√©s, le taux d'humidit√© y est de 70 %. Selon une √©tude r√©cente, apr√®s plus de 80 ans de conservation, l'√©tat du corps de L√©nine reste excellent.

Autres applications du terme ¬ę relique ¬Ľ

La langue fran√ßaise use du terme ¬ę relique ¬Ľ dans d'autres acceptions que strictement religieuses.

  • Dans le langage litt√©raire, il d√©signe (seulement au pluriel) ¬ę les d√©bris de quelque chose de grand ¬Ľ (d√©finition de Littr√©). Ce sens s'appuie directement sur l'√©tymologie sans passer par le sens usuel du mot, c'est un pur latinisme.
  • Reliques dites d'affection. Il s'agit d'objets auquel on accorde moralement un grand prix, tels que la boucle de cheveux d'une personne aim√©e. A l'√©poque romantique, on a us√© de v√©ritables reliquaires personnels pour conserver ce type d'objets. Ce sens s'appuie sur l'analogie, par extension du sens le plus usuel du mot.
  • On parle aussi de reliques pour d√©signer les objets que d√©tiennent et v√©n√®rent les fans d'une vedette √† laquelle ils vouent un v√©ritable culte, tel que le maillot qui a √©t√© port√© par un grand joueur. Cet emploi est m√©taphorique.
  • Dans les jeux de r√īle en vogue depuis la fin du XXe si√®cle, le mot ¬ę relique ¬Ľ d√©signe toutes sortes de talismans cens√©s accro√ģtre les pouvoirs magiques du personnage dont on joue le r√īle.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Cette tendance est d√©j√† combattue au sein du christianisme au XIe si√®cle par Guibert de Nogent au sujet d'une dent de lait de J√©sus.
  2. ‚ÜĎ C'est par exemple le cas du clerg√© catholique de l'√Ęge classique.
  3. ‚ÜĎ C'est le cas surtout des protestants du XVIe si√®cle, √† partir de Luther et Calvin
  4. ‚ÜĎ Jean Caminiat√®s, Eustathe de Thessalonique et Jean Anagnost√®s, Thessalonique, chroniques d'une ville prise, textes pr√©sent√©s et traduits du grec par Paolo Odorico, Paris, Anarchasis, 2005, p.66. La ville fut prise pour la premi√®re fois en 1185.
  5. ‚ÜĎ Somptueuses processions religieuses √† Esala Perahera, Kandy, Sri Lanka
  6. ‚ÜĎ Voyez par exemple dom Basile Fleureau, Description de la Ch√Ęsse (1668), √©dit√© par le Corpus √Čtampois.
  7. ‚ÜĎ Huc, Souvenir d'un voyage dans la Tartarie, le Tibet et la Chine pendant les ann√©es 1844, 1845 et 1846, 2e √©dition, Paris, Le Clere, 1853, tome II, p. 278. En revanche la conservation et la v√©n√©ration des excr√©ments du dala√Į-lama est d√©nonc√© par le m√™me auteur, ibid., pp 314-315.
  8. ‚ÜĎ Par exemple sur le portail ouest du stŇępa n¬į 1 de SńĀ√Īcńę, en Madhya Pradesh, sous la dynastie Maurya ; ou encore dans la grotte 70 de Touen-Houang, d'√©poque Tang, d√©crite par Roger Grousset, La Chine et son art, 1952, p. 137.
  9. ‚ÜĎ Les ch√īrtens sur le site de Jean Dif
  10. ‚ÜĎ √Čdouard Charton, ¬ęProcession de la dent de Bouddha √† l‚Äô√ģle de Ceylan ¬Ľ, in ID., Magasin pittoresque, 10/31 (juillet 1842), pp. 241-242, dont une r√©√©dition par la BNF sur son site Gallica
  11. ‚ÜĎ Deuxi√®me livre des Rois VIII, 8; Deuxi√®me livre des Chroniques V, 10
  12. ‚ÜĎ LM. Petit, "Le contenu de l'Arche d'alliance: g√©n√©ration et addition de th√®mes" in Hellenica et Judaica. Hommage √† Valentin Nikiprowetzky, Parisn Peeters, 1986 (l'auteur prouve qu'il s'agit d'une tradition juive aussi attest√©e par les Antiquit√©s Bibliques de Flavius Jos√®phe, le Targoum et les Talmuds.
  13. ‚ÜĎ H√©breux IX, 4.
  14. ‚ÜĎ Les figures bibliques d'√Člie et d'Elis√©e sont famili√®res aux r√©dacteurs des √Čvangiles, qui racontent certains miracles de J√©sus dans des termes qui en sont d'√©videntes r√©miniscences, que personne n'a jamais contest√©es.
  15. ‚ÜĎ ¬ę Vie de Robert le Pieux ¬Ľ, traduite du latin par Fran√ßois Guizot, en ligne sur le ¬ę Corpus Etampois ¬Ľ.
  16. ‚ÜĎ Edina Boz√≥ky, La politique des reliques de Constantin √† Saint Louis : protection collective et l√©gitimation du pouvoir, Beauchesne, 2007 [lire en ligne], p. 26 
  17. ‚ÜĎ Victor Ieronim StoichiŇ£ńÉ, L'instauration du tableau: m√©tapeinture √† l'aube des temps modernes, Droz, 1999, p. 107 cite le cas d'un contrat de 1606 entre les Oratoriens de Rome et Rubens, √† qui ils commandent un tableau dans lequel encastrer une image de la Vierge qui aurait saign√© apr√®s avoir √©t√© lapid√©e par un h√©r√©tique.
  18. ‚ÜĎ Une page catholique en ligne liste plus de trois cents cas de saints dont les corps auraient √©t√© miraculeusement pr√©serv√©s de la corruption.
  19. ‚ÜĎ Source
  20. ‚ÜĎ Voir une liste int√©ressante en ligne de ces transferts continuels.
  21. ‚ÜĎ The Code of Canon Law ¬ß1190 ¬ß1
  22. ‚ÜĎ The Code of Canon Law ¬ß1190 ¬ß2
  23. ‚ÜĎ J.-A.-S. Collin de Plancy, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses (3 vol.), 1821, t. I, p.1.
  24. ‚ÜĎ Repr√©sent√©es par exemple par une enluminure d'un graduel de Saint-Di√© du d√©but du XVI esi√®cle, mise en ligne par l'I.R.H.T..
  25. ‚ÜĎ d'apr√®s J√©r√īme Carcopino.
  26. ‚ÜĎ Dom Basile Fleureau, "Des Reliques des Saints Martyrs Can, Cantien & Cantienne, Freres & SŇďur, communement appellez les Corps Saints", in Antiquitez d‚ÄôEstampes, chap. II, 8, vers 1668 (dont une bonne r√©√©dition en ligne par le Corpus Etampois).
  27. ‚ÜĎ D'apr√®s un site officiel catholique.
  28. ‚ÜĎ Les inventaires anciens et modernes sont √©dit√©s par C√©lestin Douais, √©d., Documents sur l‚Äôancienne province de Languedoc, t. 2, Tr√©sor et reliques de Saint-Sernin (1246-1657), Paris-Toulouse, 1904.
  29. ‚ÜĎ Sulpice S√©v√®re, Vie de saint Martin, chapitre VIII.
  30. ‚ÜĎ Bernard Heyberger (ma√ģtre de conf√©rences √† l'universit√© de Haute-Alsace / Mulhouse), in Dictionnaire de l'Ancien R√©gime, sous la direction de Lucien B√©ly, Paris, PUF, 1996
  31. ‚ÜĎ (en)BBC, ¬ę Pakistan police probe relic theft ¬Ľ, 1er aout 2002. Consult√© le 20 juin 2010
  32. ‚ÜĎ Cl√©mentine Portier-Kaltenbach, Histoire d'os et autres illustres abattis, Paris, Latt√©s, 2007, cit√© par la page "Vivant Denon et son reliquaire".
  33. ‚ÜĎ √Čditions √Čmile-Paul, page 119.

Annexes

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Bibliographie

  • Bernard Bourrit, "Martyrs et reliques en Occident" dans Revue de l'histoire des religions, Armand Colin, 2008.
  • Philippe Cordez, "Les reliques, un champ de recherches. Probl√®mes anciens et nouvelles perspectives", in: Bulletin d'information de la Mission Historique Fran√ßaise en Allemagne, 43, 2007, p. 102-116, www.ifha.fr/allemagne/Reliques.pdf.
  • J.-A.-S. Collin de Plancy, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses (3 vol.), 1821, dont une saisie mise en ligne par Google.
  • Boussel, Patrice, Des Reliques et de Leur Bon Usage, 1971.
  • Claude Gauvard, Alain de Libera, Michel Zink, Dictionnaire du Moyen √āge, article ¬ę reliques ¬Ľ, page 1198.
  • Edina Bozoky, "Le Moyen √āge miraculeux", Riveneuve Editions, 2010.

Liens internes


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Relique de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • relique ‚ÄĒ [ r…ôlik ] n. f. ‚ÄĘ 1080; lat. reliqui√¶ ¬ę restes ¬Ľ 1 ‚ô¶ Corps, fragment du corps d un saint ou d un bienheureux, objet qui a √©t√© √† son usage ou qui a servi √† son martyre, dont le culte est autoris√© par l √Čglise catholique. La v√©n√©ration des reliques ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • relique ‚ÄĒ RELIQUE. s. f. Ce qui reste d un saint apr√©s sa mort, soit le corps entier, soit une partie du corps. Belle relique. precieuse relique. relique suppos√©e. relique bien seure, bien aver√©e. les reliques des Saints. exposer les reliques des Martyrs.… ‚Ķ   Dictionnaire de l'Acad√©mie fran√ßaise

  • Relique ‚ÄĒ Re*lique (r? l?k ), n. [F.] See {Relic}. Chaucer. [1913 Webster] ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

  • relique ‚ÄĒ Frenchified spelling of RELIC (Cf. relic) (q.v.) ‚Ķ   Etymology dictionary

  • relique ‚ÄĒ [rel‚Ä≤ik, r…ô lńďk‚Ä≤] n. archaic var. of RELIC ‚Ķ   English World dictionary

  • RELIQUE ‚ÄĒ s. f. Ce qui reste d un saint apr√®s sa mort, soit le corps entier, soit une partie du corps. Pr√©cieuse relique. Relique bien s√Ľre, bien av√©r√©e. Relique suppos√©e. Les reliques des saints. Exposer les reliques des martyrs. R√©v√©rer les reliques.… ‚Ķ   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)

  • RELIQUE ‚ÄĒ n. f. Ce qui reste d‚Äôun saint apr√®s sa mort, soit le corps entier, soit une partie du corps, soit m√™me ce qui lui a appartenu, qui a √©t√© √† son usage; il se dit de Tout ce qui reste des instruments de la passion de Notre Seigneur, de celle des… ‚Ķ   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • relique ‚ÄĒ (re li k ) s. f. 1¬į¬†¬†¬†Ce qui reste de J√©sus Christ, des saints et des martyrs, soit parties du corps, soit objets √† leur usage, soit instruments de leur supplice. ‚Äʬ†¬†¬†Un baudet charg√© de reliques S imagina qu on l adorait ; Dans ce penser il se… ‚Ķ   Dictionnaire de la Langue Fran√ßaise d'√Čmile Littr√©

  • relique ‚ÄĒ Relic Rel ic (r?l ?k), n. [F. relique, from L. reliquiae, pl., akin to relinquere to leave behind. See {Relinquish}.] [Formerly written also {relique}.] 1. That which remains; that which is left after loss or decay; a remaining portion; a remnant ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

  • relique ‚ÄĒ ¬†¬†¬†Le membre viril, on n‚Äôa jamais su pourquoi. ¬†¬†¬† ¬†¬†¬† Du grand saint Nicolas, ¬†¬†¬†Dans vos draps, ¬†¬†¬†Prenez donc la relique. ¬†¬†¬†B√ČRANGER. ¬†¬†¬† ¬†¬†¬† Gage de ses travaux ¬†¬†¬†Pendait sous sa tunique ¬†¬†¬†Cette belle relique, ¬†¬†¬†Ch√®re aux tendrons d√©vots ‚Ķ   Dictionnaire √Črotique moderne


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