Rectifications orthographiques du francais


Rectifications orthographiques du francais

Rectifications orthographiques du français

Les rectifications orthographiques du français désignent les réformes, plus ou moins importantes, de l'orthographe française au cours des derniers siècles.

La dernière réforme de l'orthographe date de 1990 et a été adoptée dans toute la francophonie, mais comme recommandation officielle, sans être imposée.

Sommaire

Historique

Les réformes orthographiques du français ont toujours été étroitement associées au politique. L'adoption du français comme langue royale, en remplacement du latin, a déclenché chez les clercs une réaction qui s'est traduite par un mouvement accéléré de complication de l'orthographe du moyen français par le biais d'une latinisation forcée de sa graphie originelle.

Derniers vers de la Chanson de Roland. L'orthographe de l'ancien français est phonétique.

Tout commence au XIVe siècle avec l’adoption, par le gouvernement royal, du français en tant que langue administrative. Avec l'avènement de Philippe VI au trône, l'usage du français s'élève à 80 % des chartes. Après une brève interruption et un retour au latin durant le règne de Jean le Bon (1350 - 1364), le français redevient majoritaire dès les années 1360. Cependant, l'Église, mais surtout les clercs et les juristes chargés d'enregistrer les actes royaux constituent un bastion de résistance à l'usage du français. Si les bénéficiaires laïcs des chartes du roi de France soutiennent l'usage du français, la caste des clercs, qui fait un usage identitaire de cette langue d'initiés s'accroche en revanche à l'usage du latin et au prestige que leur confère la connaissance de celui-ci : au fur et à mesure qu'ils ont été forcés d'abandonner le latin pour le français, les officiers ministériels se sont donc rattrapés en se mettant à en latiniser l'orthographe à tour de bras, comme pour investir la langue qu'ils adoptaient, sous la pression royale, de l'apparat et de la dignité et inhérents au latin inconnu des administrés.

L'adoption du français comme langue royale va donc se traduire par une complication volontaire de l'orthographe phonétique de l'ancien français par les clercs à qui profite son inaccessibilité au tout-venant. Alors que la graphie originelle du français, qui n'est pas sans rappeler l'orthographe du langage SMS, est phonétique, elle va être soumise à un obscurcissement systématique par le biais du latin pour aboutir à une « orthographe étymologique Â»[1] ou prétendue telle. Ainsi, la Chanson de Roland qui, datant de la fin du XIe siècle, est le plus vieux texte littéraire de France, épelle « qui Â» : « ki Â» ou « et Â» : « e Â», etc. Alors va être rajoutée une profusion de lettres ne se prononçant pas devant les consonnes : là où l'ancien français écrivait simplement « tens Â», le moyen français va créer « temps Â», le p évoquant l'écho de la forme latine « tempus Â» ; de « pois Â», le moyen français va faire « poids Â», le d évoquant la forme latine « pondus Â»[2], « puits Â» devient en moyen français « puits Â», le t évoquant la forme latine « puteus Â», etc. L'immense majorité des étrangetés orthographiques du français moderne trouve son origine dans cet alambiquage délibéré de cette nouvelle orthographe dite « Ã©tymologique Â». Certaines bizarreries trouveront même leur origine dans une fausse étymologie. Ainsi, « sçavoir Â» (« saver Â» en ancien français) était censé se rattacher au latin « scire Â» jusqu'à ce qu'on s'aperçoive qu'il dérivait du bas-latin « sapere Â» et qu'on enlève, tardivement, le ç parasite, mais nombre de ces aberrations n'ont jamais été rectifiées et l'usage actuel est en fait établi d'une façon purement arbitraire[3].

L'ordonnance de Villers-Cotterêts. L'orthographe a été rendue étymologique.

Lorsque François Ier va promulguer sa célèbre ordonnance de Villers-Cotterêts en août 1539, c'est l'usage du « francoys Â» qu'il impose alors que la Chanson de Roland écrivait déjà « franceis Â». L'invention de l'imprimerie, formidable instrument de popularisation de l'écrit, ne contribuera pas non plus à restituer à la langue française sa graphie phonétique originelle dans la mesure où l'apparition de cette technologie nouvelle a, au contraire, suscité des inquiétudes concernant les éventuels « dangers Â» d'une dissémination incontrôlée du française à l'écrit, d'où la nécessité ressentie de la compliquer un peu plus encore par le recours non seulement au latin, mais également au grec, comme l'a fait notamment Henri Estienne, imprimeur, mais également philologue et surtout, helléniste, qui n'a pas caché son mépris de ce qu'il nommait le « François de la maigre orthographe Â».

Les tentatives de l’auteur de la première grande grammaire du français (1550), Louis Meigret de simplifier l’orthographe française en favorisant une orthographe phonétique, ne purent réussir face aux polémiques soulevées par les mandarins de son temps. Une fois imposé le principe d’une graphie censément étymologique, l'orthographe française n'a jamais cessé d'évoluer, suivant le principe que l'usage détermine la règle. On peut citer de nombreux exemples de réformes :

La quatrième édition du Dictionnaire de l'Académie française : distinguer les « hommes de lettres des ignorants et des femmes simples Â».
  • En 1740, avec la 3e édition du Dictionnaire de l'Académie française, un tiers des mots changent d'orthographe[4] et les accents apparaissent (par exemple, « throne, escrire, fiebvre Â» deviennent « trône, écrire, fièvre, etc. Â»).
  • De nombreuses modifications interviennent dans la première moitié du XIXe siècle (j'avois devient j'avais…). Ce qui s'explique, sachant que le oi se prononçait, à l'époque, à peu près « oué Â» (prononciation encore usitée chez certains locuteurs de certaines régions du Québec).
  • Réforme de l'orthographe française de 1835 avec la 6e édition du Dictionnaire de l'Académie française : on écrit désormais le t au pluriel dans les mots du type enfans et dans la conjugaison oi passe à ai (étoit devient était)
  • Au début du XXe siècle, le trait d'union remplace l'apostrophe dans grand-mère[5], grand-messe, etc., vu qu'en latin l'adjectif masculin « grand Â» ne se distinguait pas du féminin (GRANDIS).
  • L'arrêté du 26 février 1901 (arrêté Leygues) propose de tolérer des orthographes multiples pour les concours et dictées officiels en France[6], mais il n'a jamais été appliqué[7].
  • En 1975 est publié l'arrêté Haby, version « rajeunie Â» de l'arrêté de 1901, qui propose également des tolérances dans les dictées et concours officiels en France (cf. Tréma en français)
  • Des documents officiels sur la féminisation des noms de métiers sont publiés en 1979 au Québec, 1986 et 1999 en France, 1993 en Belgique francophone. La féminisation est un phénomène qui touche la langue mais aussi, dans certains cas, l'orthographe : par exemple, le féminin de professeur peut s'écrire professeur (forme dite épicène) ou professeure, selon les recommandations effectuées dans plusieurs pays (voir l'article sur la féminisation des noms de métiers pour plus de précisions).

Les rectifications de 1990

En octobre 1989, Michel Rocard, alors Premier ministre de la France, met en place le Conseil supérieur de la langue française à Paris. Il charge alors des experts — parmi lesquels des linguistes, des représentants de l'Académie française et des grands fabricants de dictionnaires — de proposer des régularisations sur quelques points (le trait d'union, le pluriel des mots composés, l'accent circonflexe, le participe passé, diverses anomalies).

Rapidement, les experts se mettent au travail. Leurs conclusions sont soumises aux organismes de politique linguistique belge et québécois. Elles sont également soumises à l'Académie française, qui les avalise à l'unanimité[8], tout en précisant :

« L’orthographe actuelle reste d’usage, et les «  recommandations Â» du Conseil supérieur de la langue française ne portent que sur des mots qui pourront être écrits de manière différente sans constituer des incorrections ni être considérés comme des fautes. Â»

Les rectifications sont alors publiées au Journal officiel en décembre 1990.

Diffusion et enseignement

Autrefois, la diffusion des réformes orthographiques se faisait auprès des imprimeurs et des gens de lettres.

Aujourd'hui, l'orthographe concerne toute la population. Aussi, les moyens de diffusion incluent les consignes aux enseignants, et l'incitation aux livres de référence (dictionnaires) et correcteurs informatiques de tenir compte des réformes, ou du moins de faire cohabiter les différentes versions. Par exemple, les correcteurs informatiques (Microsoft, Antidote, OpenOffice.org, ProLexis, Cordial) proposent d'employer ou non l'orthographe rectifiée[9].

En l'absence de contraintes, la dernière réforme de l'orthographe française peine à s'imposer. Partant du constat que « l'usage a moins de prise sur l'orthographe que sur le lexique ou la syntaxe Â», plusieurs ministres belges ont signé différentes circulaires en septembre 2008, selon lesquelles ils invitent les professeurs à enseigner prioritairement les graphies rénovées[10].

En Belgique, dès le 16 mars 2009, les grands groupes et la plus grande partie de la presse de langue française mettent à disposition leurs articles dans les deux orthographes sur leur site web[11],[12]. Ainsi, l'internaute peut, à choix, consulter une des deux versions du texte sur la page internet de La Libre Belgique, Le Soir, Sud Presse, La Dernière Heure, Actu24 et La Quinzaine[11],[12].

Notes et références

  1. ↑ L’Académie française figera ensuite définitivement cette nouvelle graphie qu’elle appelle, à tort, « orthographe ancienne Â» dans le but avoué de distinguer les « hommes de lettres des ignorants et des femmes simples Â».
  2. ↑ La langue anglaise, qui a abondamment emprunté au français, garde la trace de l'orthographe phonétique du français médiéval avec « tense Â», « poise Â», « avoirdupois Â», etc
  3. ↑ Voir E. Pasquier, Recherches, III, l : De l'origine de nostre vulgaire François, que les Anciens appelaient Roman, et dont procede la différence de l'orthographe et du parler. — Lettres, III, iv : Sçavoir si l'orthographe françoise se doit accorder avec le parler.
  4. ↑ Orthographe sur le site du Service de la langue française
  5. ↑ bref aperçu de l'évolution de l'orthographe française
  6. ↑ Rectifications orthographiques
  7. ↑ Les raisons du désastre
  8. ↑ Position de l'Académie française
  9. ↑ Voir Correcteurs informatiques et label de qualité sur orthographe-recommandee.info
  10. ↑ Circulaires 2675, 2677 et 2676 du 25 septembre 2008. Voir La nouvelle orthographe et l'enseignement sur orthographe-recommandee.info
  11. ↑ a  et b  Université catholique de Louvain, « La nouvelle orthographe à portée de "clic" Â». Mis en ligne le 15 mars 2009, consulté le 28.6.2009
  12. ↑ a  et b  Actu24, « Actu24 passe à la "nouvelle orthographe" Â». Mis en ligne le 13 mars 2009, consulté le 28.6.2009

Annexes

Articles connexes

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