Realisme (philosophie)


Realisme (philosophie)

Réalisme (philosophie)

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Le réalisme est un terme générique qu'on utilise pour désigner une certaine tradition philosophique. Au sens le plus général et commun, il s'agit d'une conception qui affirme l'existence ontologique du réel indépendamment de l'esprit, c'est-à-dire d'objets extérieurs à nous. Il s'oppose en ce sens à l'attitude épistémologique du solipsisme. Au-delà de ce sens très général, le réalisme peut désigner des courants variés, voire contradictoires. Par exemple, le platonisme, inspiré de la théorie platonicienne des Idées, est une forme de réalisme idéel. Mais le plus couramment, on parle de "réalisme" à propos de la doctrine aristotélicienne de la connaissance, de type empiriste.

Sommaire

Réalisme : considérations générales

Le réalisme est une étiquette philosophique assez large qui, comme toute étiquette, peut sembler réductrice et susceptible d'être utilisée abusivement. Le réalisme se caractérise par une méthode : partir de l'expérience première (empirique / sensible) pour remonter positivement aux principes fondamentaux. Il postule ainsi que le monde est lui-même structuré rationnellement, et que notre esprit peut dégager et connaître ces structures. L'essence des choses est accessible à notre connaissance, et il n'y a pas d'opposition de type kantienne entre la chose "en soi" et le phénomène. Autrement dit, la chose expérimentée de manière sensible ne se distingue pas de son essence connue sous forme de concept par la raison.

La position réaliste a été attaquée par les nominalistes, notamment représentés par Guillaume d'Ockham: ces derniers lui reprochaient de confondre les mots et la réalité, et de croire que notre langage et notre pensée, propres à la généralisation, renvoient effectivement à quelque chose de réel (au sens d'extra-mental). Les nominalistes pensent ainsi que les structures de notre pensée et de notre langage n'existent pas dans le monde, et que l'erreur des réalistes est de projeter abusivement les concepts du langage dans les objets du monde. C'est la croyance à la grammaire que fustige Nietzsche dans le Crépuscule des idoles[1].

Le réalisme a été critiqué également par le courant moderne dit "idéaliste" au motif que l'expérience première implique une naïveté qui incite à la mettre en doute. Descartes fut le premier à inverser le fondement réaliste de la connaissance, en ne partant plus de l'expérience du monde mais de l'intériorité du sujet lui-même. Husserl suivra cette voie en la radicalisant, avec sa méthode de réduction qui consiste à mettre entre parenthèses l'expérience première du monde, afin de retourner de façon purement réflexive aux régions de la conscience transcendantale constituante. Ces philosophes de la subjectivité défendent l'idée d'un accès immédiat et intuitif aux essences (ou idéalités).

La philosophie politique réaliste n'a pas grand chose à voir avec la philosophie de la connaissance réaliste. Le mot "réalisme" est ici attribué de manière homonyme.

Le réalisme grec

Le réalisme est né en Grèce, principalement avec Platon puis avec Aristote. Il faudra attendre Descartes pour que le point de départ de la connaissance traditionnelle (la réalité du monde physique) change au profit de la subjectivité. Ce mouvement se produit sous l'impulsion de la révolution copernicienne dans les sciences physiques : tandis que le réaliste partait de l'objet connu, l'idéaliste moderne part du sujet connaissant.

Platon

Le point de départ de l'analyse de Platon est le suivant : les choses telles qu'elles se donnent à nous, ce sont les choses sensibles perçues par nos cinq sens. Mais Platon raisonne ainsi : ces choses sensibles sont soumises au changement, elles se modifient perpétuellement. Je ne peux donc rien savoir sur elles, puisque le savoir est quelque chose de fixe, qui ne change pas. Si je dis : la pomme est rouge, ce n'est pas un savoir puisque la pomme va se flétrir et devenir marron. Ainsi ma proposition deviendra fausse : elle n'est pas valable universellement, c'est-à-dire partout et toujours.

Le monde sensible doit donc être "soutenue" par une réalité non sensible, autrement dit non soumise au changement (le savoir). C'est à cette condition que le monde ne se détruit pas (si rien n'était stable, tout finirait par s'anéantir); que je peux parler (le langage utilise des mots, c'est-à-dire des concepts immuables, par opposition aux choses changeantes); et que je peux savoir des choses. Cette réalité est donc de nature intelligible, ce sont les Idées. C'est pour cela qu'on dira que le réalisme de Platon est un idéalisme : cela signifie que pour Platon, la seule réalité "vraie" est d'ordre intelligible, idéelle; elle est spirituelle et non sensible.

Il y a donc une séparation nette [réf. nécessaire] entre la réalité intelligible et le monde sensible des ombres (cf. l'allégorie de la caverne de Platon). La réalité sensible est une copie de l'intelligible. Les choses sensibles et singulières participent d'une Forme ou Idée, qui est son concept, sa définition. L'Idée qui trône au-dessus de toutes les autres est le Bien, et elle est au-delà de l'essence, c'est-à-dire qu'elle n'est pas elle-même définissable et qu'elle rend possible toutes les autres Idées. L'Idée du Bien est aux Idées ce que le soleil est aux choses visibles : elle les éclaire et rend leur accès possible, elle les donne à voir, mais ne se laisse pas voir elle-même.

Le philosophe doit accéder aux Idées en s'élevant au-dessus de la réalité sensible : c'est la démarche dialectique. Platon postule[2] qu'il est impossible de passer de l'ignorance au savoir (puisque l'ignorant ne sait pas qu'il est ignorant) ni du savoir au savoir (ce qui serait une contradiction, on n'apprend pas ce que l'on sait déjà). Ainsi le processus de connaissance est une remémoration, une réminiscence des Idées que l'on a contemplées avant de prendre un corps. Ensuite s'applique le principe de reconnaissance. Un exemple : le philosophe a contemplé l'Idée de la Couleur, ensuite il est capable de "reconnaître" cette Idée dans le réel sensible, par exemple dans une pomme rouge, et il peut ainsi dire de la pomme qu'elle est rouge[3][réf. incomplète].


Platon est appelé réaliste [Qui ?] car il reconnaît une réalité extra-mentale et substantielle aux Idées.

Le réalisme médiéval

Thomas d'Aquin

La grande figure du réalisme médiéval fut notamment Thomas d'Aquin. Il a tenté le vaste projet de réaliser une synthèse entre la philosophie d'Aristote et la théologie chrétienne ; notamment dans la Somme de théologie et la Somme contre les Gentils. Il reprenait en effet la théorie de la connaissance aristotélicienne qui expliquait que l'on ne peut connaître qu'à partir des choses sensibles en abstrayant leur structure rationnelle. Thomas d'Aquin en tire les conséquences pour la théologie : Dieu ne peut être connu que par ses effets, les choses sensibles (la Création), c'est-à-dire indirectement. Il est impossible de se former un concept adéquat de Dieu. Ainsi se construit la théorie de l'analogia entis ou analogie de l'être.

Il s'oppose à la doctrine d'Averroès, pour qui c'est un Intellect divin commun à tous les hommes qui pense et se pense lui-même, indépendamment des sensations qu'ont les hommes. L'homme est par lui-même incapable de "penser", il n'a que l'imagination et doit nécessairement être "illuminé" par l'Intellect unique pour penser à l'occasion de la sensation.

Réalisme et nominalisme

Article détaillé : Querelle des universaux.

Selon Alain de Libera[4], le réalisme médiéval, contre le nominalisme et contre le conceptualisme, pose quatre thèses : # les universaux sont des choses (réisme) ; # il faut distinguer universel, particulier, singulier ; # dans la prédication une chose est prédiquée d'une chose, et non un terme d'un terme ; # le langage restitue le réel. Parmi les « réalistes Â», on compte: Boèce, Albéric de Paris, Robert de Melun, Adam de Blasham, Gilbert de Poitiers (de la Porée). Le nominalisme s'oppose principalement au réalisme de type platonicien et néoplatonicien, qui hypostasiait les universaux en-dehors même de la nature et en faisait des choses absolues. En d'autres termes, il s'oppose à l'idée qu'il existe quelque chose de général en-dehors du particulier dans lequel il serait instancié (par exemple qu'il y ait du Beau en général, en-dehors de cet objet beau dans lequel il apparaît).

Le réalisme moderne

Le positivisme

Auguste Comte est un éminent représentant du réalisme, en ce qu'il nie qu'il existe autre chose par-delà les phénomènes. La science est une formalisation des phénomènes, elle ne doit pas rechercher des principes en soi ou en-dehors de la nature, ce qui est l'affaire illusoire de la métaphysique spéculative.

Un autre auteur français sera une figure du réalisme, dans un autre ordre d'idée : Henri Poincaré. Selon lui, le fait scientifique est la traduction nette du fait empirique (« Le fait scientifique n'est que le fait brut traduit dans un langage commode Â»). Il explique cela notamment dans La valeur de la science (1905). Elie Zahar à son propos de réalisme structural, car il expose l'idée que l'expérience est déjà structurée (relationnellement) et que l'esprit de l'homme construit la science à partir de cette pré-structuration.

Le réalisme au XXè siècle

La métaphysique analytique contemporaine

Quine, dans sa critique de l'empirisme et du positivisme[5], réhabilite les droits d'une métaphysique spéculative réaliste. Il n'y a pas d'opposition entre les sciences de la nature et la métaphysique, comme le croyaient les empiristes logiques. Il faudrait analyser les rapports entre le réalisme positiviste (Auguste Comte, Rudolf Carnap) et le réalisme spéculatif (métaphysique)...

Le réalisme politique

C'est une attitude qui privilégie le pragmatisme (au sens courant du mot, non au sens de William James). Cela peut parfois recouvrir des solutions qualifiées de péjoratives comme la realpolitik. Elle est représentée essentiellement par Nicolas Machiavel.

Références

  1. ↑ Friedrich Nietzsche, Le Crépuscule des idoles, « La raison dans la philosophie Â», 1888.
  2. ↑ Ménon, 80d : « MÉNON.-- Et de quelle manière chercheras-tu, Socrate, ce dont tu ne sais pas le moins du monde ce que c'est ? Car laquelle des choses que tu ne sais pas mettras-tu en avant pour conduire la recherche ? Ou encore, si, en mettant les choses au mieux, tu as la chance de tomber dessus, comment sauras-tu que c'est ce que toi, tu ne savais pas ? Â».
  3. ↑ Voir le Ménon, le Phédon (réminiscence), le Timée et la République (théorie des Idées ou Formes).
  4. ↑ Alain de Libera, La querelle des universaux, Seuil, 1996, p. 31, 133, 137, 393.
  5. ↑ Cf. Les deux dogmes de l'empirisme, 1951, repris dans Du point de vue logique.

Voir aussi

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