Rabah

ÔĽŅ
Rabah

Rabah (Rabih az-Zubayr ibn Fadl Allah ou Rabih Fadlallah) (vers 1842 - 1900). Seigneur de la guerre au Soudan et trafiquant d'esclaves, il devint sultan du Bornou en Afrique centrale, jusqu'à la conquête du Tchad par les Français.

Sommaire

Le lieutenant d'az-Zubayr (1870-1879)

N√© √† Halfaya al-Muluk (faubourg de Khartoum) vers 1842 dans une famille Hamaj arabo-soudanaise, Rabah servit un temps dans la cavalerie √©gyptienne irr√©guli√®re au cours de la campagne d'√Čthiopie, o√Ļ il fut bless√©. Licenci√© de l'arm√©e dans les ann√©es 1860, il devint le principal lieutenant du trafiquant d'esclaves soudanais az-Zubayr Rahma Mansur. Il √©tait r√©put√© pour sa cruaut√©, car il n'h√©sitait pas √† rouer de coups les esclaves qui refusaient de se soumettre.

Au cours du XIXe si√®cle la ville de Khartoum √©tait devenue un centre tr√®s important du trafic d'esclaves, organis√© par des compagnies de ¬ę Khartumi ¬Ľ implantant dans le Bahr el-Ghazal des zaribas, ou postes de traite fortifi√©s et d√©fendus par des soldats-esclaves, les bazingirs. Az-Zubayr Rahma Mansur, seigneur de la guerre marchand d'esclaves, prit le contr√īle de ces zaribas et fut nomm√© en 1872 ¬ę pacha ¬Ľ, gouverneur du Bahr el-Ghazal, pour le compte du kh√©dive Isma√Įl d'√Čgypte. Rabah, peut-√™tre son parent, √©tait son principal lieutenant.

En 1874 az-Zubayr conquiert le sultanat du Darfour. Parti au Caire en 1876 solliciter du khédive sa confirmation comme gouverneur de sa conquête, il y est retenu prisonnier. Son fils Suleyman se révolte, et Rabah le suit. Le colonel Charles George Gordon (Gordon Pacha, gouverneur général du Soudan anglo-égyptien) nomme Romolo Gessi (Gessi Pacha) gouverneur du Bahr el-Ghazal, et l'envoie mater la rébellion de Suleyman. Battu, ce dernier se rend le 15 juillet 1879, et est exécuté par Gessi. On prétend que Rabah aurait quitté Suleyman la veille de sa reddition, mais au témoignage de Gessi lui-même il s'était replié dès juin, après avoir subi des pertes.

Le seigneur de la guerre esclavagiste (1879-1890)

Pour √©chapper aux Egyptiens, Rabah quitte le Bahr el-Ghazal vers le sud et l'ouest avec 7 √† 800 bazingirs dont 400 fusils. Appliquant les m√©thodes des Khartumi, il se taille d√®s 1880 un royaume entre les bassins de l'Oubangui et du Nil (pays des Kreich et du Dar Banda, au sud du Ouadda√Į, o√Ļ il fait un v√©ritable d√©sert).

En 1885 il tente de revenir au Soudan √† l'invitation du Mahdi Mohammed Ahmed qui avait pris Khartoum aux √Čgypto-Britanniques. Le Mahdi lui avait envoy√© en ambassade Zin el-Abeddin et Jabar, et il les avait suivis jusqu'au Darfour pour rejoindre le Mahdi √† Omdurman, mais apprenant qu'on comptait le faire assassiner, il rebroussa chemin.

En 1887 Rabah envahit le Darfour, recrute des bazingirs, s'installe au Dar Kouti, mais √©choue contre les troupes du Ouadda√Į command√©es par l'aguid (repr√©sentant du sultan) Salamat Cherif ed-Din). En 1890, il attaque le chef musulman Kobur dans le nord de l'Oubangui-Chari, le d√©pose et intronise √† sa place son neveu Mohammed el-Senoussi, √† qui il impose sa suzerainet√©. Cette alliance est scell√©e par le mariage de Khadija, fille de Mohammed el-Senoussi, avec Fadlallah fils de Rabah. Mohammed et Rabah attaqueront ensemble le Dar Runga (th√©oriquement musulman), les Kreich, les Goula et les Banda Ngao.

Premiers affrontements avec la France (1891-1893)

L'alliance de Mohammed el-Senoussi avec Rabah inqui√®te les puissances coloniales, notamment la France qui souhaite prendre le contr√īle de l'Afrique centrale. Mohammed el-Senoussi reste fid√®le √† Rabah et fait ex√©cuter en 1891 le Fran√ßais Paul Crampel √† Dar Banda. Rabah r√©cup√®re les armes de cette mission.

Au sud-est du lac Tchad, il attaque ensuite le Baguirmi en 1892, reprochant au Mbang (roi) Gaourang d'avoir accepté le protectorat des infidèles Français. Assiégé pendant 3 à 5 mois dans Manjaffa, Gaourang doit abandonner sa capitale qui est complètement détruite en mars 1893.

La conquête du Bornou (1893)

La m√™me ann√©e 1893 Rabah se tourne vers le Bornou du shehu (roi) Hashim ibn Omar. Le Bornou √©tait un empire sah√©lien remontant au Moyen √āge, qui disposait de 80 000 soldats, essentiellement des esclaves encadr√©s par des esclaves, mais √©tait alors en plein d√©clin.

Sur la route du Bornou, Rabah fait prisonnier le sultan de Karnak Logone, dont la cité ouvre ses portes. Hashim, shehu du Bornou, qui n'était pas un guerrier, envoya 15 000 hommes à la rencontre de Rabah. Ce dernier les mit en déroute en mai ou septembre 1893 à Am Hobbio (au sud de Dikoa) puis à Legaroua avec seulement 2000 cavaliers. Hashim s'enfuit au nord du fleuve Komadougou et tenta peut-être de négocier, mais fut assassiné à l'instigation de son neveu Muhammad ibn Abi Bakr al-Amin (surnommé Kiyari) qui prit le pouvoir et décida de combattre. Il marcha contre Rabah depuis Geidam. Rabah rencontra Kiyari à Gashegar, à deux jours de marche de Kouka (aujourd'hui Kukawa), la capitale. Les Bornouans furent vainqueurs et prirent le camp de Rabah. Ce dernier regroupa ses forces, fit donner 100 coups de fouet à tous ses chefs de bannière, y compris à son propre fils Fadlallah pourtant blessé, à l'exception de Boubakar qui avait été un brave. Puis sa contre-offensive fut victorieuse. Kiyari refusa de fuir, fut pris et décapité. Kouka fut pillée et totalement détruite.

Rabah installa sa capitale √† Dikoa, et y construisit son palais qui fit plus tard l'admiration du gouverneur fran√ßais √Čmile Gentil.

Rabah ma√ģtre du Bornou (1893-1900)

En 1895 Rabah souhaite moderniser son armée et tente pour cela de s'entendre avec la Royal Niger Company britannique à Yola et Ibi, pour obtenir de la poudre et des munitions, mais sans succès. Il se brouilla avec les Britanniques en 1896 et, l'année suivante, commença même à marcher sur Kano, tandis que son vassal Mohammed al-Sanussi fondait une capitale fortifiée, Ndele, entre le Bahr Aouk et l'Oubangui (capitale qu'il conservera jusqu'en 1911).

Rabah fut shehu du Bornou pendant 7 ans, et fit beaucoup pour renforcer ce vieil empire scl√©ros√© qui vivait jusque l√† avec les m√™mes structures f√©odales qu'au XVIe si√®cle. Il laissa en place les sultans vassaux, qu'il mit sous la d√©pendance de ses lieutenants, arabes soudanais comme lui pour la plupart. Il promulgua un code fond√© sur la sharia, rationalisa la perception de l'imp√īt avec la cr√©ation d'une caisse publique et d'un budget, imposa au Bornou une sorte de dictature militaire qui suscita l'int√©r√™t des puissances coloniales. √Čmile Gentil d√©taillera son Ňďuvre au Bornou avec une certaine compr√©hension : il s'en inspirera plus tard pour organiser le Tchad colonial. Certains le compareront √† Napol√©on.

On parle de sa dureté (il aurait fait exécuter une concubine parce qu'elle possédait un talisman pour s'assurer de son amour, ainsi que le marabout qui avait déchiffré le talisman), et de ses soirées passées à écouter Ali, le poète qui chantait ses exploits.

Plus s√©rieusement, Rabah lan√ßait constamment des raids contre ses voisins pour les razzier et rapporter des esclaves : retour √† l'activit√© traditionnelle des sultans du Bornou, d√©j√† d√©crite en 1526 par L√©on l'Africain. On a pu estimer entre 1500 et 2000 le nombre des esclaves export√©s chaque ann√©e par son vassal Mohammed el-Senoussi, sans compter les morts, les bless√©s, et les autres pertes ; les chiffres pour Rabah doivent √™tre beaucoup plus importants. Mais il faut dire que les Baguirmiens de Gaourang en faisaient alors tout autant, au grand scandale de leurs alli√©s fran√ßais.

La France contre Rabah (1899)

Canon de l'armée de Rabah, Musée National Tchadien, Ndjaména

En 1899 Rabah dispose de 10 000 hommes, fantassins et cavaliers, avec des fusils (pour la plupart d√©mod√©s, sauf 400 carabines de pr√©cision), plus un grand nombre d'auxiliaires √©quip√©s d'armes blanches ou d'arcs. Il a des garnisons √† Baggara et Karnak Logone (o√Ļ il a son bureau de renseignements).

En 1899 Rabah reçut à Dikoa l'explorateur-marchand français Ferdinand de Béhagle. Les pourparlers dégénérèrent, et Béhagle fut mis aux fers. Le 17 juillet 1899, le lieutenant Bretonnet qui avait été envoyé par la France contre lui fut tué avec la plupart de ses hommes sur le rocher de Togbao, au bord du Chari. Rabah lui prit trois canons (qui seront repris à Kousséri) et ordonna à son fils Fadlallah, resté à Dikoa, de faire pendre Béhagle.

Rabah fut attaqué une première fois à Kouno à la fin de l'année par la colonne Gentil, remontant du Gabon, appuyée par le vapeur Léon Blot. Pour les Français qui furent repoussés avec des pertes, ce fut un échec, qui ne les empêcha pas de poursuivre, de prendre Kousséri et de faire leur jonction avec les colonnes Lamy (venue d'Algérie) et Joalland-Meynier (venue du Niger après bien des péripéties). Le commandant Lamy prit le commandement de l'ensemble.

Les Français, réunissant 1300 hommes, attaquent le camp de Rabah à Lakhta et mettent son armée en fuite. Dans la confusion, Rabah, lui-même, est tué le 22 avril 1900.

Tête de Rabah, trophée d'un tirailleur de la Mission d'Afrique Centrale, au soir du 22 avril 1900. Dessin de Jules Lavée, 1901, d'après photo.

La chute de l'empire de Rabah (1900-1911)

Devant l'avance fran√ßaise, Fadlallah, fils de Rabah, qui √©tait √† Karnak Logone, a fui vers Dikoa puis √©vacu√© sa capitale que les Fran√ßais occup√®rent. Malgr√© l'explosion de la poudri√®re dans le palais de Rabah, ils se lanc√®rent √† la poursuite de Fadlallah qui fut rejoint √† D√©guemba et dut fuir encore vers les monts Mandara. Il sera tu√© le 3 ao√Ľt 1901, au cours d'un engagement avec le capitaine Dangeville √† Gujba au Nig√©ria. Mohammed al-Sanussi, quant √† lui, sera assassin√© √† l'instigation des Fran√ßais en 1911.

Ouvrages anciens sur Rabah

  • (fr) Gaston Dujarric, La vie du sultan Rabah, Paris (J. Andr√©) 1902
  • (de) Von Oppenheim, Rabeh und das Tsadseegebiet, Berlin 1902
  • (fr) A. Babikir, L'Empire du Rabih, Paris 1954.
  • (fr) Mission Joalland-Meynier / Octave Meynier - Paris, √©dition de l'empire fran√ßais: 1947 (Collection Les grandes missions coloniales) sur la bataille de Kouss√©ri

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Rabah de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Rabah ‚ÄĒ (‚ÄŹ‚ÄŹōĪōßō®ō≠‚Äé, DMG RńĀbaŠł•) ist ein arabischer m√§nnlicher Vorname, der auch im weiteren muslimischen Kulturkreis mit der Bedeutung Gewinner vorkommt.[1] In Afghanistan hat der Name die Bedeutung Geschichtenerz√§hler.[2] Inhaltsverzeichnis 1 ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • RABAH ‚ÄĒ (1845 1900) Appel√© Rabah par les Fran√ßais, Rabih Fadl Allah ou Rabih Zubair est n√© en 1845 √† Khartoum. Il commence par participer au trafic des esclaves dans le Bahr el Ghazal, au service de Zubair Rahma Mansour, puis du fils de celui ci,… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • Rabah ‚ÄĒ Nom de personne arabe (rab√ĘH) signifiant profit, b√©n√©fice. On retrouve le m√™me sens dans le nom Rabhi (rabH√ģ). D√©rivi√© : Rabahi ‚Ķ   Noms de famille

  • Rabah ‚ÄĒ is a town and administrative district in Sokoto State, Nigeria ‚Ķ   Wikipedia

  • Rabah ‚ÄĒ Rabah, sudan. Empork√∂mmling, s. Rabeh ‚Ķ   Meyers Gro√ües Konversations-Lexikon

  • Rabah ‚ÄĒ Original name in latin Rabah Name in other language Rabah State code NG Continent/City Africa/Lagos longitude 13.12133 latitude 5.50741 altitude 264 Population 8707 Date 2012 01 18 ‚Ķ   Cities with a population over 1000 database

  • Rabah ‚ÄĒ I Provenance. Pr√©nom d origine arabe. Signifie: profit, prosp√©rit√© Histoire. Depuis maintenant quatorze si√®cles, la plupart des musulmans, de par le monde, qu ils soient asiatiques, africains, europ√©ens ou am√©ricains, ont √† coeur de choisir pour… ‚Ķ   Dictionnaire des pr√©noms fran√ßais, arabes et bretons

  • Rabah Sa√Ędane ‚ÄĒ Pas d image ? Cliquez ici. Situation actuelle Club actuel ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Rabah Inasliyen ‚ÄĒ Portrait de Rabah Inasliyen Naissance 11 novembre 1949, El biar, Alg√©rie ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Rabah Sa√Ędane ‚ÄĒ (n. el 3 de mayo de 1946 en Batna) es un ex futbolista argelino, cuya carrera como jugador se interrumpi√≥ abruptamente a los 27 a√Īos por un accidente de coche.[1] Actualmente es el entrenador de la Argelia. Esta es su quinta etapa a cargo del… ‚Ķ   Wikipedia Espa√Īol


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.