Quinquina

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Quinquina
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 Cinchona officinalis
Cinchona officinalis
Classification classique
Règne Plantae
Division Magnoliophyta
Classe Magnoliopsida
Ordre Rubiales
Famille Rubiaceae
Genre Cinchona
Nom binominal
Cinchona officinalis
L., 1753
Classification phylogénétique
Ordre Gentianales
Famille Rubiaceae
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Le Quinquina (Cinchona officinalis) est un arbuste ou un petit arbre sempervirent de la famille des Rubiac√©es, originaire de l'√Čquateur. Il est exploit√© pour son √©corce dont on tire la quinine, f√©brifuge et antipalud√©en naturel.

Le terme quinquina est polys√©mique : il peut aussi bien d√©signer l'arbre de l'esp√®ce Cinchona officinalis que le genre Cinchona et donc servir de terme g√©n√©rique pour n'importe quelle esp√®ce du genre. Par ellipse, il d√©signe aussi l'√©corce de quinquina[1] (une drogue) ou le vin de quinquina (un ap√©ritif).

Pour éviter tout risque de confusions, l'espèce Cinchona officinalis est aussi appelée Quinquina gris[2],[3] et son écorce l'écorce brune du Pérou[4].

Sommaire

Histoire de la nomenclature

La d√©nomination scientifique Cinchona officinalis a √©t√© donn√©e par Linn√© sur la base de la description donn√©e par Charles Marie de La Condamine dans son m√©moire sur "l'Arbre du quinquina" publi√© par l'Acad√©mie royale en 1738. Dans la derni√®re r√©vision du genre Cinchona par Andersson[5], 23 esp√®ces de quinquina ont √©t√© distingu√©es, regroup√©es en trois groupes. Maintenant, l'esp√®ce Cinchona officinalis se retrouve donc dans le groupe de C. calisaya avec des caract√®res distinctifs assez discrets pour ne pas pouvoir √™tre reconnus dans la description de La Condamine. Comme le remarque Andersson ¬ę L'ironie veut que le pr√©sent traitement du nom C. officinalis restreigne son usage √† une forme sans aucune importance m√©dicinale ¬Ľ (car elle comporte seulement des traces de quinine).

L'emploi par des auteurs anciens du terme Cinchona officinalis ne correspond pas forcément à l'espèce décrite ici suivant la classification d'Andersson.

Nom vernaculaire :

  • En √Čquateur, C. officinalis est appel√© uritusinga.

Synonymes : La circonscription pr√©cise de l'esp√®ce Cinchona officinalis a pos√© beaucoup de probl√®mes aux botanistes. De nombreux synonymes ont √©t√© trouv√©s.

√Čtymologie

Au XVIIe si√®cle, un m√©decin g√©nois n'√©tant jamais all√© en Am√©rique du Sud, Sebastiano Bado, fut le premier √† employer le terme de quinquina [6]; jusque-l√† les J√©suites parlaient de l'arbol de las calenturas, ¬ę l'arbre des fi√®vres ¬Ľ. Il justifia ce terme en pr√©tendant que kinakina en langue quechua d√©signait l'arbre donnant l'√©corce du P√©rou. Cette information √©tait erron√©e et on sait maintenant que ce terme d√©signe un tout autre arbre : le Myroxylon peruiferum[7].

Le t√©moignage du responsable de l'exp√©dition scientifique[8] en Am√©rique du Sud au milieu du XIXe si√®cle est limpide √† cet √©gard :

[En Bolivie] "Mon guide fut plus heureux lorsqu'il s'agit de me montrer l'arbre dont on retirait l'encens qu'il br√Ľlait sur l'autel de l'√©glise de Guterrez. C'est un des v√©g√©taux les plus r√©pandus, et en m√™me temps les plus int√©ressants des for√™ts de la Cordill√®re des Andes, o√Ļ il est g√©n√©ralement connu sous le nom de quinaquina (Myroxylon peruiferum)." (de Castelnau, 1851)

Description

Cinchona officinalis est un arbuste pouvant atteindre 6 m de hauteur, aux jeunes branches densément pubescentes à subglabres[5].

Les feuilles d√©cuss√©es sont chartac√©es[Quoi ?] √† l'√©tat sec, de 6-11 x 3-4,6 cm, elliptiques ou plus ou moins ovales, √† base cun√©e. Elles sont proches de C. calisaya mais on peut les reconna√ģtre par leur domaties en cavit√© plus d√©velopp√©es dans la moiti√© proximale du limbe.

Les inflorescences sont des cymes, √† axe plus ou moins dens√©ment pubescent, en position terminale sur les branches lat√©rales. Le calice d'environ 2 mm est glabre √† l'int√©rieur. La corolle rose ou pourpre, comporte un tube de 8-13 mm de long et des lobes de 3-5 mm. Les √©tamines sont ins√©r√©es dans le tube ; elles peuvent √™tre longues (6 mm) pour les fleurs √† style court ou courtes (1-3 mm) pour les fleurs √† style long.

Les fruits sont des capsules en forme d'ellipso√Įde ou subglobuleuses, de 10-20 x 6-10 mm.

Distribution et écologie

La distribution naturelle semble se limiter √† une aire restreinte des r√©gions andines du sud de l'√Čquateur[5] (El Oro, Ca√Īar, Azuay, Loja).

Ce quinquina pousse dans les forêts sèches, entre 1 700 et 3 000 m d'altitude.

Des essais de cultures de C. officinalis furent men√©s en Inde, √† Java et √† la Jama√Įque, mais uniquement √† titre exp√©rimental car cette esp√®ce ne contient pas (ou seulement des traces) de quinine.

Composition

L'√©corce de quinquina est riche en compos√©s ph√©noliques[3]. Elle contient aussi des acides organiques, des saponosides et de l'huile essentielle. C. officinalis est moins riche en alcalo√Įdes quinol√©iques[7] que le C. calisaya ou C. pubescens.

Alcalo√Įdes d'√©corce de C. officinalis du sud de l'√Čquateur
en % de mat. s√®che, d'apr√®s Hodge (1948)
Cinchonine Cinchonidine Quinine Quinidine Alcalo√Įdes totaux
1,16 1,12 0,41 0 2,69

Histoire de l'écorce de quinquina

Article d√©taill√© : Cinchona.

Les propri√©t√©s antipaludiques de l'√©corce de quinquina ont commenc√© √† √™tre connues en Europe vers 1630 gr√Ęce aux J√©suites du P√©rou qui en ramenaient √† Rome lorsqu'ils qu'ils se rendaient dans cette ville tr√®s impalud√©e. Dans le si√®cle suivant, l'√©corce du P√©rou s'imposa peu √† peu comme le traitement de choix des fi√®vres intermittentes sans que les botanistes europ√©ens ne disposent de descriptions pr√©cises de l'arbre sur lequel elle √©tait pr√©lev√©e.

Ecorce de quinquina (Cinchona officinalis)
Charle Marie de la Condamine (1701-1774)

En 1735, l'Académie royale des Sciences envoie une expédition scientifique au Pérou avec plusieurs mathématiciens, un géographe Charles Marie de La Condamine et un médecin naturaliste Joseph de Jussieu, pour effectuer des mesures d'un arc méridien.

Suite √† des vols et des naufrages, et en raison des perturbations psychologiques de J. de Jussieu, ses descriptions et ses collections de sp√©cimens de quinquina seront perdues, seule parviendra en Europe une √©tudes des quinquinas qu'il fit dans la r√©gion de Loja et remit √† La Condamine. Celui-ci s'empressa d'envoyer en France ces notes ¬ę revues et corrig√©es de sa main. L'√©tude du quinquina, de ses vertus, de la meilleur mani√®re d'en extraire le suc fournissant le fameux m√©dicament, sont l'oeuvre de Jussieu et La Condamine ne le cache d'ailleurs pas. Mais la communication √† l'Acad√©mie sur le quinquina para√ģt non pas sous le nom de Jussieu, mais sous celui de la Condamine. ¬Ľ (F. Trystan[9]).

Ce m√©moire de J. de Jussieu et de La Condamine, "Sur l'arbre du quinquina", publi√© par l'Acad√©mie royale en 1737 indique :

"Le meilleur quinquina, du moins le plus renomm√©, se recueille sur la montagne de Cajanuma situ√©e √† deux lieu√ęs & demie environ au sud de Loxa [Loja, actuellement en √Čquateur], c'est de l√† qu'a √©t√© tir√© le premier qui fut rapport√© en Europe", nous dit La Condamine, "On distingue commun√©ment trois esp√®ces de quinquina quoique quelques-uns en comptent jusqu'√† quatre; le blanc, le jaune et le rouge : on m'avait dit √† Loxa que ces trois esp√®ces n'√©toient diff√©rentes que par leur vertu, le blanc n'en ayant presque aucune, et le rouge l'emportant sur le jaune.
[la collecte de l'√©corce] On se sert pour cette op√©ration, d'un couteau ordinaire dont on tient la lame √† deux mains, l'ouvrier entame l'√©corce √† la plus grande hauteur o√Ļ il peut atteindre, & pesant dessus il le conduit le plus bas qu'il peut...l'√©corce apr√®s avoir √©t√© √īt√©e, doit √™tre expos√©e au soleil plusieurs jours, et ne doit √™tre emball√©e pour se bien conserver, que lorsqu'elle a perdu toute son humidit√©...

Liens internes

D'autres espèces de Cinchona, dont le quinquina rouge et le quinquina jaune, produisent de la quinine.

Liens externes

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Bibliographie

  • Manuscrit de la biblioth√®que du Mus√©um national d'histoire naturelle : Ms 1625-1627 Voyage de Joseph de Jussieu au P√©rou Ms 1626 Notes sur le quinquina ¬ę  On a joint le m√©moire manuscrit de La Condamine ¬ę sur l'arbre du quinquina, envoy√© √† l'Acad√©mie [des Sciences], le 29 may 1737 (voyage de Quito √† Lima par Loxa), ¬Ľ et une lettre de Joseph Lena √† Charles de La Condamine, sur les plantes du P√©rou, portant l'adresse suivante : ¬ę Joseph Lena Lucensis, e Societate Jesu, Quittensis provinciae missionarius, domino Carolo de La Condamine, Divi Lazari equiti clarissimo ac regiae Parisiensis Scientiarum Academiae academico dignissimo, salutem plurimam dicit ¬Ľ Source : Calames [1] .Voir liens externes.

Références

  1. ‚ÜĎ dans les expressions : prendre du quinquina, infusion de quinquina
  2. ‚ÜĎ Christian Duraffourd, Jean-Claude Lapraz, Trait√© de phytoth√©rapie clinique. Endobiog√©nie et m√©decine., Masson, 2002, 827 p. 
  3. ‚ÜĎ a et b Bruneton, J., Pharmacognosie - Phytochimie, plantes m√©dicinales, 4e √©d., revue et augment√©e, Paris, Tec & Doc - √Čditions m√©dicales internationales, 2009, 1288 p. (ISBN 978-2-7430-1188-8) 
  4. ‚ÜĎ Bernard Boullard, Plantes m√©dicinales du monde : croyances et r√©alit√©s, Estem, 1999, 636 p. 
  5. ‚ÜĎ a, b et c (en) Lennart Andersson, A Revision of the Genus Cinchona (Rubiaceae - Cinchoneae), Memoirs of the New York Botanical Garden, Vol 80, 1998 
  6. ‚ÜĎ dans un ouvrage de 1663, √©crit en 1639
  7. ‚ÜĎ a et b (en) Merlin Willcox, Gerard Bodeker, Philippe Rasanavo, Traditional medicinal plants and malaria, CRC Press, 2004, 552 p. 
  8. ‚ÜĎ Francis de Castelnau, Exp√©dition dans les parties centrales de l'Am√©rique du Sud, P. Bertrand, 1851 
  9. ‚ÜĎ Florence Trystan, Le proc√®s des √©toiles 1735-1771, Seghers, 1999 

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Quinquina de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • quinquina ‚ÄĒ [ k…õŐÉkina ] n. m. ‚ÄĘ 1661; kinakina 1653; esp. quinaquina, mot quechua 1 ‚ô¶ √Čcorce am√®re, aux propri√©t√©s toniques et f√©brifuges (‚áí quinine), fournie par diverses esp√®ces d arbustes du genre cinchona. ¬ę Le m√©decin prescrivit une infusion de… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • quinquina ‚ÄĒ QUINQUINA. s. m. Escorce d arbre qui vient des Indes, & dont on se sert pour chasser la fi√©vre. Une prise de quinquina. on luy a fait prendre du quinquina ‚Ķ   Dictionnaire de l'Acad√©mie fran√ßaise

  • Quinquina ‚ÄĒ Quin*qui na, n. [NL. & F. See {Quinine}.] Peruvian bark. [1913 Webster] ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

  • Quinquina ‚ÄĒ Quinquina, die Chinarinde ‚Ķ   Pierer's Universal-Lexikon

  • Quinquńęna ‚ÄĒ Quinquńęna, soviel wie Cinchona (s. d.) ‚Ķ   Meyers Gro√ües Konversations-Lexikon

  • Quinquina ‚ÄĒ Quinquńęna, s.v.w. Chinarinde (s.d.) ‚Ķ   Kleines Konversations-Lexikon

  • quinquina ‚ÄĒ s. f. Quinaquina ‚Ķ   Dicion√°rio da L√≠ngua Portuguesa

  • quinquina ‚ÄĒ f. quina2 ‚Ķ   Diccionario de la lengua espa√Īola

  • quinquina ‚ÄĒ (kin ki na) s. m. 1¬į¬†¬†¬†Nom collectif d un grand nombre d √©corces m√©dicinales, f√©brifuges, fournies par des arbres du genre cinchona (rubiac√©es). ‚Äʬ†¬†¬†Nous y avons pass√© l hiver sans autre chagrin que d y avoir le ma√ģtre de la maison malade d une… ‚Ķ   Dictionnaire de la Langue Fran√ßaise d'√Čmile Littr√©

  • QUINQUINA ‚ÄĒ s. m. √Čcorce am√®re et f√©brifuge qui est fournie par un arbre du P√©rou. Une prise de quinquina. On lui a fait prendre du quinquina. Prendre du quinquina en substance. Sel essentiel de quinquina. Vin de quinquina. Sirop de quinquina. Quinquina… ‚Ķ   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)


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