Art sassanide

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Art sassanide

L’art sassanide regroupe la production artistique qui a lieu en Perse durant la dynastie Ă©ponyme, c’est-Ă -dire entre le IIIe et le VIIe siĂšcle de l'Ăšre chrĂ©tienne. Elle se distingue par une production artistique trĂšs dĂ©veloppĂ©e, permise par la richesse de l'empire sassanide et sa position entre l'Empire romain Ă  l'ouest et la Chine Ă  l'est, au carrefour des Ă©changes matĂ©riels et culturels entre de nombreuses civilisations. Avec les Ă©changes qui avaient lieu entre le monde occidental, le monde asiatique et l'Iran, les Sassanides ont Ă©videmment eu une importante influence sur les civilisations qui leur Ă©taient contemporaines. La dynastie tente de s’affranchir de l’art hellĂ©nistique, par rĂ©action avec la dynastie prĂ©cĂ©dente des Arsacides[1]. Le plus grand hĂ©ritage Sassanide se trouve dans l’art islamique car la conquĂȘte arabe a complĂštement intĂ©grĂ© l’empire.

Sommaire

Conditions d'Ă©tude

L'art sassanide est sujet d'Ă©tudes depuis la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle environ. Les connaissances portent plutĂŽt sur le dĂ©but et la fin de la pĂ©riode, plus prospĂšres que les IVe et Ve siĂšcles troublĂ©s. Dans cette nouvelle discipline, les datations sont encore souvent hypothĂ©tiques et contestables. Le domaine d’étude dans lequel s'inscrit l'art sassanide est lui-mĂȘme mal dĂ©fini. S'agit-il de l'archĂ©ologie orientale, Ă©tant donnĂ© qu'il se dĂ©veloppe avant l'arrivĂ©e de l'Islam ? S'agit-il dĂ©jĂ  d'un art de l’Islam, puisqu'il s'en rapproche beaucoup plus que des rĂ©alisations perses antĂ©rieures ?

Influences antérieures

Les influences de l'art sassanide se trouvent dans les périodes artistiques précédentes. L'architecture sassanide reprend ainsi un certain nombre d'éléments de l'architecture achéménide (constructions à colonnes de bois recouvertes de stuc), parthe (iwan, mortier). Certains motifs décoratifs sont d'inspiration gréco-romaine (feuilles d'acanthes par exemple).

Les contacts prolongĂ©s entre l'Empire romain et l'empire sassanide ont influencĂ© l'art sassanide. Cette influence romaine est particuliĂšrement visible aprĂšs la victoire de Shapur sur ValĂ©rien en 260[2]. Cette influence se voit particuliĂšrement dans les mosaĂŻques de Bishapour, qui ont peut-ĂȘtre Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es par des artistes dĂ©portĂ©s depuis les territoires romains.

Architecture et urbanisme

Urbanisme

Palais de Shapur Ie Ă  Bishapur.

Sous les Sassanides, un grand nombre de villes sont fondées, refondées ou rebaptisées. Elles sont connues notamment par la numismatique, les sources écrites (le plus souvent médiévales) et quelques fouilles (prospections de surface de champs de ruines, découvertes archéologiques isolées).

FondĂ©e par ArdachĂźr Ier ou Shapur Ier, cette citĂ© s'organise sur un plan circulaire de 2 km de diamĂštre. Deux grands axes orthogonaux et huit plus petits la divisent en vingt secteurs. Les spĂ©cialistes pensent que le plan a Ă©tĂ© Ă©tabli en fonction de concepts centralisateurs et cosmologiques, mais ne sont pas d'accord sur la nouveautĂ© de ce plan. D'aucuns considĂšrent qu'il s'agit d'une rĂ©cupĂ©ration d'une tradition parthe, tandis que d'autres estiment qu'il rĂ©sulte d'une invention proprement sassanide. Le palais ne se trouve pas dans la ville.

  • Veh Ardashir, ou CtĂ©siphon al-Madarin (Ă  ne pas confondre avec la CtĂ©siphon parthe)

Créée par Ardashir, cette ville est entourée par un mur circulaire. Son plan n'est pas concentrique radial, comme à Firuzabad, mais plutÎt orthogonal, en damier. Les habitations s'organisent avec de petites chambres, voire un iwan pour les plus importantes.

FondĂ©e par Shapur Ier, par des Romains dĂ©portĂ©s d’Antioche, cette ville est aussi organisĂ©e sur un plan Ă  angles droits, en damier rectiligne, comme c'est le cas dans le monde grĂ©co-romain et comme pour la plupart des villes postĂ©rieures (Djund-i Shapur, Ivan-i Karkkah). Des quartiers sont rĂ©servĂ©s pour les bĂątiments officiels (constructions cĂ©rĂ©monielles, administratives, culturelles), et un grand palais se trouve Ă  l’est. La ville a un rĂŽle dĂ©fensif, sa protection Ă©tant assurĂ©e par une forteresse et une riviĂšre. Bay Shapur est le lieu d’une intense activitĂ© intellectuelle et scientifique.

  • Suse (Eran Kurreh Shapur) existait dĂ©jĂ  avant la dynastie, mais elle est rebaptisĂ©e Ă  cette pĂ©riode[3].

Architecture

Fort de la Vierge Ă  Bishapour.

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, on constate une rĂ©utilisation de formes utilisĂ©es par les AchĂ©mĂ©nides : les Sassanides sont originaires de rĂ©gions oĂč, Ă  l’époque, des ruines achĂ©mĂ©nides Ă©taient encore visibles[1]. Les Sassanides introduisent quelques nouveautĂ©s dans l'architecture, notamment des voĂ»tes monumentales et des coupoles de pierre et de briques. Ils reprennent aussi le matĂ©riau traditionnel (la brique crue) et des techniques de construction parthes.

Matériaux de construction

Le moellon et mortier de plùtre sont sans doute les plus utilisés à cette période. La prise rapide de mortier permet la construction des voûtes paraboliques caractéristiques des Sassanides[4].

Le manque de pierres oblige Ă  utiliser la brique cuite.

Le mur en pierre de taille reste rare : on ne le voit que pendant les pĂ©riodes d’apogĂ©e et dans des bĂątiments construits par des prisonniers de guerre romains, comme Ă  Bishapur, ou par des ingĂ©nieurs romains, comme pour le Takht-i Nishim, le seul palais en pierre de taille de Firuzabad. Il est d'ailleurs conçu en utilisant une mesure romaine, le pied, et non l’aune orientale. Des chapiteaux en pierre inspirĂ©s des Byzantins, mais recomposĂ©s Ă  la mode sassanide, constituent aussi des Ă©lĂ©ments relativement frĂ©quents.

ÉlĂ©ments architecturaux

Un iwan du palais d'Ardashir I Ă  Firuzabad

L'architecture sassanide comporte quelques éléments architecturaux remarquables.

Les voĂ»tes paraboliques sont typiques de l’architecture sassanide. Elles sont assez peu conformes aux idĂ©aux antiques de symĂ©trie, et donc employĂ©es presque uniquement dans les salles utilitaires, ou dans des piĂšces oĂč elles ne sont pas perceptibles.

Les iwans sont des halls voĂ»tĂ©s ouverts sur un cĂŽtĂ© seulement par une grande arcade. Ils utilisent la mĂȘme technique de voĂ»tement que les voĂ»tes paraboliques. Les iwans Ă©taient dĂ©jĂ  utilisĂ©s Ă  l'Ă©poque parthe et ils sont devenus un Ă©lĂ©ment majeur de l'architecture sassanide[4].

La coupole sur trompe constitue une grande avancĂ©e dans l'architecture sassanide. En effet, la coupole circulaire Ă©tait dĂ©jĂ  connue des Parthes et des Romains (rotondes), mais le passage du plan carrĂ© au plan circulaire n’est maĂźtrisĂ© pour la premiĂšre fois que chez les Sassanides. Ces coupoles sont souvent d’un diamĂštre Ă©levĂ©, atteignant 14 m dĂšs le rĂšgne d’Ardashir dans son temple du feu.

Le plan cruciforme, est aussi un Ă©lĂ©ment courant dans les constructions sassanides. Il existe depuis le Ier millĂ©naire av. J.-C. en Orient, mais peut avoir Ă©tĂ© aussi apportĂ© par les Romains ; sa provenance n'est pas encore connue.

Les constructions Ă  colonnes jouent un rĂŽle secondaire dans l’architecture sassanide. Les minces colonnes de bois, peut-ĂȘtre enrobĂ©es de stuc sont reprises des AchĂ©mĂ©nides[4]. À partir du IVe siĂšcle apparaissent des piliers carrĂ©s ou circulaires compacts et souvent cannelĂ©s.

Les villes sassanides sont souvent fortifiĂ©es avec des murs et des bastions circulaires en argile ou en brique, tandis que les forteresses ont plutĂŽt des murs de pierres. Les Sassanides dĂ©veloppent un systĂšme assez typique de murs en forme de passage : les murs corridors, qui existaient dĂ©jĂ  en Asie centrale depuis l’ñge du bronze. Ainsi, Ă  Dastagird, sous Khosro II, on trouve des murs de 16 m d’épaisseur, avec Ă  l'intĂ©rieur un chemin de ronde et des meurtriĂšres trĂšs profondes (ce qui les rend quasi inutilisables). Dans les sites montagneux, les accidents de terrain sont mis Ă  profit pour renforcer les murailles, mais dans les chĂąteaux de plaine, remparts et fossĂ©s sont de mise comme Ă  Khandak-i Shapur.

DĂ©cors

Les murs de briques sont recouverts de stuc, de peintures murales ou de bas-reliefs. La brique est aussi utilisée pour créer des éléments architecturaux ou décoratifs tels les escaliers, frises à festons, rosettes, faux arcs, linteaux avec armature de bois


Le stuc
La grotte principale de Taq-e Bostan.
Bas relief de Taq-e Bostan représentant une chasse au sanglier.

Les dĂ©cors de stuc ne sont connus que depuis le dĂ©but du XXe siĂšcle, et leur Ă©tude prĂ©sente de grandes lacunes, en raison de la multiplicitĂ© des dĂ©cors et des nombreuses disparitions notamment. Le plus ancien dĂ©cor de stuc conservĂ© est celui du complexe de Shapur Ier Ă  Bishapur, qui contient des mĂ©andres, des rinceaux, des feuilles d'acanthe... Un peu plus tard apparaissent des bustes de rois, dans le palais de Kish[Lequel ?].

Les dĂ©cors de stuc sont trĂšs diffĂ©rents selon les endroits : dans les palais, on trouvera le plus souvent de grandes compositions figurĂ©es et des bustes de rois, tandis que les maisons d'habitations seront plutĂŽt revĂȘtues de bustes fĂ©minins, de danseuses ou encore de petites plaques animales, comme c'est le cas dans les dĂ©couvertes de CtĂ©siphon. De mĂȘme, ces ornementations ne se trouvent pas dans toutes les parties des bĂątiments, mais principalement dans les iwans, les maisons d’habitation et les halls Ă  piliers.

La technique du stuc sassanide innove par rapport Ă  la technique grĂ©co-romaine[1] : les Iraniens utilisent des moules pour l'Ă©laboration de piĂšces ensuite mises cĂŽte Ă  cĂŽte, et revĂȘtent leur dĂ©cor d'une polychromie non-naturaliste (couleur de fond bleu, motifs en rouge le plus souvent).

On peut classer les motifs en trois grandes catĂ©gories :

  • des enchevĂȘtrements de rinceaux gĂ©omĂ©triques et floraux, s’entremĂȘlant de maniĂšre de plus en plus complexe au fil du temps, avec une diversification des motifs.
  • un rĂ©pertoire figurĂ© : bustes de rois, figures fĂ©minines (nombreuses) en pied ou en petits bustes et qui peuvent correspondre Ă  des dĂ©esses, des reines ou des danseuses.
  • des animaux, rĂ©els (oiseaux, chiens, lions, sangliers, Ă©lĂ©phants, bĂ©liers, bouquetins, cerfs) et lĂ©gendaires (griffons, senmurvs, chevaux ailĂ©s)

On note une inspiration gréco-romaine dans certains motifs décoratifs.
Le langage figurĂ© prĂ©sente de nombreuses difficultĂ©s d’interprĂ©tation : s'agit-il d'une glorification de la majestĂ© divine des rois, d'un culte des ancĂȘtres, ou ceux-lĂ  ont-ils simplement un rĂŽle protecteur ?.

La mosaĂŻque
Une mosaïque de Bishapur. Conservée au Musée du Louvre.

Le plus important complexe de mosaĂŻque se trouve dans le palais de Shapur Ier Ă  Bishapur, sur le sol de l’iwan. Cette technique de dĂ©coration suscite de nombreuses interrogations : s'agit-il de mosaĂŻques vraiment sassanides ou d'un travail romain ?

Plusieurs arguments militent en faveur d'une origine syrienne, qui aurait pu arriver avec la dĂ©portation d'une partie de la population d’Antioche par Shapur Ier. On recense en effet beaucoup de relations entre Antioche et Bishapur : des motifs gĂ©omĂ©triques peu variĂ©s –chevrons, lignes verticales brisĂ©es, carrĂ©s posĂ©s sur la pointe, solides en perspective, tresses –, des modĂšles fĂ©minins grĂ©co-romains et des masques dionysiaques semblent venir tout droit de Syrie.

En revanche, certaines Ɠuvres semblent plutĂŽt avoir Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es par des artistes iraniens. En effet, les femmes reprĂ©sentĂ©es dans le type de la banqueteuse couchĂ©e, que l’on retrouve dans l’argenterie, et la technique beaucoup moins fine que celle des modĂšles grĂ©co-romains font penser Ă  des Ɠuvres autochtones.

Il semble donc qu'aient eu lieu Ă  la fois des Ă©changes et des fusions entre la civilisation sassanide et la culture romaine.

Typologie fonctionnelle des bĂątiments

Les palais

Les palais constituent le grand nombre de ruines retrouvĂ©es Ă  ce jour. Ils prĂ©sentent certaines caractĂ©ristiques :

  • un plan simple et symĂ©trique autour d’un axe principal
  • une Ă©lĂ©vation complexe, avec Ă©tages intĂ©grĂ©s dans de hautes salles officielles
  • une combinaison de l’iwan et de la salle sous coupole, mais cet Ă©lĂ©ment ne se retrouve pas obligatoirement dans les palais, et existe aussi dans les temples. Parfois, une salle rectangulaire remplace la salle sous coupole[4].

Les deux plus anciens palais sont aussi les mieux conservĂ©s. Le Qaleh-ye Dokhtar, dans les montagnes, est situĂ© sur un haut plateau rocheux menant Ă  la plaine de Firuzabad. Il se trouve dans un lieu stratĂ©gique, dĂ©jĂ  occupĂ© Ă  la fin de la domination parthe, et s'organise en trois niveaux : une avant-cour infĂ©rieure, une cour intermĂ©diaire avec une tribune et de grandes salles latĂ©rales, et une terrasse supĂ©rieure avec le palais proprement dit, qui combine iwan et haute salle sous coupole et comprend aussi des salles plus basses sur plusieurs Ă©tages (chambres et couloirs).

Les vices de construction du Qaleh-ye Dukhtar (murs pas assez Ă©pais, ouvertures trop larges, fondations peu solides) conduisent Ardashir, aprĂšs son sacre, Ă  faire Ă©lever un second Ă©difice palatial, l'Atashkadah, moins audacieux dans sa construction, Ă©difiĂ© dans un contexte politique diffĂ©rent, le roi Ă©tant assurĂ© de son trĂŽne voulant un palais plus digne de sa fonction. Tirant les leçon du premier essai, les constructeurs doublent l'Ă©paisseur des murs, rehaussent la coupole et creusent des portes beaucoup moins larges. Le palais comporte Ă  peu prĂšs mĂȘme ensemble de piĂšces, mais il comporte une cour intĂ©rieure avec un bassin sur laquelle ouvre un iwan, et trois salles Ă  coupole au lieu d'une salle centrale. Une autre nouveautĂ© consiste en une loge de prĂ©sentation pour le souverain, situĂ©e dans une salle sous coupole, Ă  5 m de hauteur.

De nombreuses autres constructions en plus mauvais Ă©tat peuvent ĂȘtre interprĂ©tĂ©es comme des palais sassanides. C'est notamment le cas de celles de CtĂ©siphon (salle rectangulaire derriĂšre l’iwan), de Takht-e Suleiman (idem) et du Qasr-e Chirin, rĂ©alisĂ© pour Khosro II.

Architecture religieuse

Le « cube de Zoroastre Â» Ă  Naqsh-e Rostam, qui servait probablement de temple du feu

On peut identifier un bĂątiment comme un temple du feu grĂące Ă  la prĂ©sence d’un autel ou d’un socle d’autel et Ă  sa situation fermĂ©e. Cet autel est toujours situĂ© dans un endroit trĂšs spĂ©cifique, coupĂ© du monde extĂ©rieur, en raison de la recherche de puretĂ©. Par consĂ©quent, les baldaquins ouverts sont exclus de la qualification de « temple du feu Â».

Un chāhār taq (littĂ©ralement « quatre arches Â») est une construction carrĂ©e, ouverte sur chacun des cĂŽtĂ©s par un grand arc dont les quatre piliers angulaires soutiennent une coupole. Il en existe Ă  l'heure actuelle environ cinquante connus, qui mesurent 8-10 mĂštres de cĂŽtĂ© en gĂ©nĂ©ral, et peuvent ĂȘtre isolĂ©s ou intĂ©grĂ©s dans un ensemble de constructions. De nombreuses variantes existent : on peut avoir un couloir sur trois ou quatre cĂŽtĂ©s, des iwans, une salle perpendiculaire, des constructions accolĂ©es. En gĂ©nĂ©ral, l'orientation vers les points cardinaux se fait par les angles, mais aussi parfois par les cĂŽtĂ©s (Tureng Tepe) ou est absente (Takht-e Suleiman).

On a souvent pensĂ© que tous les chāhār taq Ă©taient des temples du feu, et rĂ©ciproquement[4]. Cependant, des Ă©tudes rĂ©centes tendent Ă  dĂ©montrer qu'il n'en est rien, et que, mĂȘme si certains ont Ă©tĂ© utilisĂ©s Ă  ces fins, d'autres pouvaient avoir d'autres fonctions. Par exemple, s'ils sont situĂ©s sur des hauteurs, et non pourvus d’un couloir, ils peuvent peut-ĂȘtre servir de signaux, mais l'absence de sources Ă  ce sujet ne facilite pas les recherches. Quelques exemples de chāhār taq sont dĂ©crits ci-aprĂšs.

Le Takht-i Nisim (Firuzabad) est le chāhār taq le plus ancien connu, qui servait sans doute de temple du feu sous Ardashir Ie. Ce bloc cubique fermé, comportait quatre portes axiales menant à des salles annexes ou des iwans.

A Takht-i Suleiman se trouvent deux temples, un pour Khosro Ie, le plus grand, entourĂ© d’une muraille, avec coupole de 8 mĂštres de diamĂštre, et le Atur Gushnasp, un des 3 « feux de Bahram Â», qui sert de lieu de pĂšlerinage Ă  partir de Khosro II. Son plan, particuliĂšrement embrouillĂ©, s’écarte de celui des autres temples, en raison sans doute de sa sa double fonction de site royal et de lieu de pĂšlerinage. Il contient deux autels, dont un n’est accessible que depuis le palais et Ă©tait peut-ĂȘtre rĂ©servĂ© au roi ou servait de temple infĂ©rieur.

Le Chāhār Qapu à Qasr-e Chirin est le dernier temple du feu de la période sassanide, appartenant au programme de construction du palais en terrasse de Khosro II. Il s'agit d'une simple piÚce carrée, et non pas d'un chāhār taq.

Architecture funéraire et commémorative

Bas relief de Bishapour représentant Shapur II triomphant d'une révolte.

Pour des raisons de purification rituelle liĂ©e au mazdĂ©isme (nommĂ© aussi zoroastrisme)[4], les morts ne sont pas enterrĂ©s mais exposĂ©s sur les montagnes pour ĂȘtre dĂ©pecĂ©s par les chiens et les oiseaux. Cependant, les os, rituellement purs, peuvent ĂȘtre soit laissĂ©s sur les montagnes, soit placĂ©s dans une construction Ă  l’abri de la pluie et des bĂȘtes sauvages. PrĂšs de Bishapur, des plates formes taillĂ©es dans le roc semblent avoir Ă©tĂ© des lits mortuaires. Il n’existe pas d’architecture funĂ©raire zoroastrienne monumentale, mais plusieurs rĂ©alisations peuvent avoir servi de dĂ©pĂŽt funĂ©raire. Un complexe funĂ©raire pour l'inhumation des ossements s’appelle un astodan. Il en existe dans le Fars, prĂšs de Naqsh-e Rostam et de PersĂ©polis, mais leur datation et leur fonction exacte restent problĂ©matiques. On en connaĂźt de deux types :

  • les chambres funĂ©raires rupestres, reprises des tombes royales achĂ©mĂ©nides, aux façades trĂšs simples, avec des voĂ»tes et des coupoles. La plupart mesurent entre 50 cm et 1 m, mais quelques unes sont plus petites (10 cm environ). Le systĂšme de fermeture se fait avec des plaques de pierre. Souvent, une inscription formelle, la dakhma, donne le nom du titulaire et exprime la promesse d’un paradis pour son Ăąme.
  • les fosses creusĂ©es dans le roc prĂ©sentent de nombreuses difficultĂ©s d’interprĂ©tation, et ne sont pas forcĂ©ment des astodans. Elles comportent un pĂ©rimĂštre rectangulaire ou circulaire, de 50 cm de long environ, avec des ouvertures Ă©troites (contre l'eau de pluie). Leurs couvercles sont bombĂ©s vers l’extĂ©rieur et creux vers l’intĂ©rieur. Trop petites pour servir d’autel du feu, ces fosses servaient peut-ĂȘtre de reposoir pour les cadavres.

Des Ă©lĂ©ments particuliers peuvent ĂȘtre signalĂ©s, comme le monument Ă  colonne de Pijan, qui illustre la diversitĂ© des astodans. Il s'agit d'une sorte de gigantesque autel du feu avec des coffres servant d’astodan et des colonnes commĂ©moratives comme celle dĂ©jĂ  prĂ©sentes chez les achĂ©mĂ©nides. Sur l'Île de Khay, prĂšs de PersĂ©polis, des sĂ©pultures chrĂ©tiennes, distinguĂ©es par des croix, ont Ă©tĂ© retrouvĂ©es.

La sculpture

Ronde-bosse en pierre

Il existe trĂšs peu de ronde-bosse en pierre Ă  l’époque Sassanide. L'une des seules que l'on puisse citer est la statue de Shapur Ier Ă  la grotte de Mudan-e Shapur (prĂšs de Bishapur), d’une hauteur excĂ©dant les 7 m. Sa fonction est encore inconnue : lieu de sĂ©pulture, lieu de culte du roi dĂ©funt, fonction honorifique ? Quoi qu'il en soit, on peut remarquer combien le costume royal et l’armement sont reprĂ©sentĂ©s de maniĂšre trĂšs dĂ©taillĂ©e.

Reliefs rupestres

NĂ©cropole de Naqsh-e Rostam : en bas de la photo se trouvent deux reliefs rupestres sassanides

Ce type de sculpture est une tradition iranienne qui connaßt son apogée sous les Sassanides. Trente-huit reliefs sont connus, dont la majeure partie sont situés dans le Fars. Huit des onze premiers rois sassanides se sont fait représenter sur un relief sculpté, puis 200 ans plus tard, Khosro II a repris cette tradition.

Il s'agit d'un art aulique, qui glorifie la personne du roi, censé immortaliser le pouvoir, la gloire et la grandeur du souverain. Les autres personnages (divinités, dignitaires, guerriers, prisonniers, famille) ne sont que secondaires, destinés à mettre en valeur la figure le plus souvent centrale du roi[5].

La datation de ces Ɠuvres se fait Ă  partir de deux Ă©lĂ©ments :

  • les inscriptions, rares, mais souvent bilingues ou trilingues (grec, parthe, pehlevi). Elles reprennent toujours le mĂȘme texte : « Ceci est l’image de l’adorateur de Mazda, le divin (nom du roi), roi des rois de l’Iran et du non-Iran qui est un descendant des dieux, fils de (
) et petit-fils de (
) Â»
  • La forme des couronnes, spĂ©cifiques d’un rĂšgne et qui varient parfois subtilement durant un rĂšgne. La couronne est toujours composĂ©e d’un korymbos ou globe, c'est-Ă -dire d'une masse de cheveux, vrais ou faux, assemblĂ©s en sphĂšre et recouverts d’un tissu lĂ©ger. La chevelure et la barbe sont Ă©galement des Ă©lĂ©ments de datation[5].
L'investiture d'Ardashir I Ă  Naqsh-e Rustam

Il existe plusieurs thĂšmes reprĂ©sentĂ©s[5] :

  • l'investiture : Ă  cheval ou Ă  pied, le roi se voit remettre un diadĂšme enturbannĂ© par une divinitĂ©, le plus souvent Ahura Mazda, parfois accompagnĂ© de Anahita et Mithra. Fait important, le roi n’est pas reprĂ©sentĂ© comme subordonnĂ© Ă  la divinitĂ©, mais comme Ă©gal Ă  elle (mĂȘme taille, mĂȘme position –les deux Ă  cheval ou les deux Ă  pied- mĂȘme costume, sauf pour la couronne, la divinitĂ© portant une couronne crĂ©nelĂ©e)[6]
  • l'hommage rendu au roi par les membres de sa famille et les dignitaires : on en connaĂźt quatre pour le seul Barham II, plus quelques autres. Les personnes rendant hommage sont reprĂ©sentĂ©es dans le geste de dĂ©fĂ©rence sassanide, c'est-Ă -dire la main levĂ©e, l’index repliĂ©.
  • le roi et sa suite : cette scĂšne unique dans l’art rupestre a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e Ă  Naqsh-e Rajab pour Shapur Ier
Victoire de Shapur Ier à Naqsh-e Rustam. L'empereur tient le bras de Valérien tandis que Philippe l'Arabe s'agenouille devant lui
  • le triomphe sur les ennemis : neuf reliefs prĂ©sentent ce thĂšme avec des adversaires diffĂ©rents : des Parthes (relief d'Ardashir Ă  Firuzabad), des armĂ©niens (reliefs d'Ardashir Ă  Salmas, et reliefs en AzerbaĂŻdjan), des romains (les trois reliefs de Shapur Ier marquant Ă  chaque fois ses trois victoires successives sur les romains), des bĂ©douins et nomades (reliefs de Bahram II Ă  Bishapur et de Shapur II Ă  Bishapur et Taq-e Bostan)
  • les combats Ă©questres : trois reliefs prĂ©sentent ce thĂšme, dont deux ont Ă©tĂ© faits pour Bahram II Ă  Naqsh-e Rostam, et un pour Yazdargird. Ces combats ressemblent aux joutes du Moyen Âge occidental, avec deux cavaliers qui s'affrontent Ă  la lance. On peut les rapprocher des combats lĂ©gendaires de l’Iran ancien, dĂ©crits par exemple dans le Shah Nama :
LĂ  commença le grand combat de deux chevaux et de deux braves semblables Ă  des loups, deux cavaliers pareils Ă  des lions affamĂ©s et pleins de rage au moment de la chasse. Ils s'attaquĂšrent avec leurs longues lances et lorsque le soleil devint plus ardent dans le ciel leurs lances n'avaient plus de fer et les caparaçons et les rĂȘnes de leurs chevaux Ă©taient trempĂ©s de sueur [7]
  • le roi chevalier : cette thĂ©matique est prĂ©sente sur un unique relief Ă  Taq-e Bostan rĂ©alisĂ© pour Khosro II. Le roi est reprĂ©sentĂ© avec sa cotte de maille, une lance et un bouclier, seuls ses yeux sont visibles.
  • la chasse est aussi reprĂ©sentĂ©e une fois seulement, Ă  Taq-e Bostan pour Khosro II. Il s'agit d'une reprĂ©sentation fidĂšle des fĂȘtes cynĂ©gĂ©tiques qui avaient lieu Ă  la cour (chasse au cerf et chasse au sanglier, musiciens, personnes de cour
). La chasse, comme prĂ©paration Ă  la guerre, Ă©tait extrĂȘmement importante Ă  cette pĂ©riode, et les rois y Ă©taient entraĂźnĂ©s depuis l'Ăąge de sept ans. Une autre reprĂ©sentation unique dans l’art sassanide qui peut se rattacher Ă  ce thĂšme est celle du roi Bahram II protĂ©geant sa femme et deux dignitaires de deux lions.

On peut remarquer l'absence notable de scĂšnes religieuses. Les divinitĂ©s prĂ©sentes ne servent pas Ă  la dĂ©votion, mais Ă  mettre en valeur le roi. Une seule fois apparaĂźt l’adoration du feu, dans l’investiture d’Ardashir Ă  Firuzabad ; mais ce thĂšme ne sera pas repris.

La pierre dure

Figurines en os de l'Ă©poque Sassanide.
Conservées au Musée national d'Iran.

Le travail de le pierre dure prend son expansion sous les Sassanides avec la glyptique. La technique de la ligne parallÚle est abdnonnée et l'iconographie devient plus ronde et plus naturaliste. Le changement est attesté par les monnaies, et aussi probablement par les graveurs de sceaux, mais il faut attendre de nouvelles études pour avoir une opinion définitive sur cette expansion[8].

En dehors des sceaux, une piĂšce est particuliĂšrement remarquable : il s'agit de la coupe de Salomon, qui appartenait au trĂ©sor de Saint-Denis dĂ©jĂ  du temps de Charles le Chauve et constitua peut-ĂȘtre un cadeau d’Haroun ar-Rachid Ă  Charlemagne. Elle est actuellement conservĂ©e au cabinet des mĂ©dailles de la BibliothĂšque nationale de France. Cette Ɠuvre se compose d'un mĂ©daillon central en cristal de roche avec le roi de face trĂŽnant sur un lit de repos Ă  pieds en forme de chevaux ailĂ©s. Il tient une longue Ă©pĂ©e devant lui, dans une position caractĂ©ristique des sassanides. Sur les cĂŽtĂ©s se trouvent des camĂ©es Ă  face lisse et revers en relief enchĂąssĂ©s dans une monture d’or, avec du verre vert entre les pierres et des grenats sur le pourtour. La coupe repose sur une base annulaire en or. Les date et origine de cet objet sont mal dĂ©finies. Il vient peut-ĂȘtre d'Asie centrale, mĂȘme s'il semble plus probable qu'il soit sassanide. L'analyse de la couronne situerait sa production entre les rĂšgnes de Kavadh Ier et de Khosro II (488-628).

L'argenterie et le métal

Ronde bosse

TĂȘte de cheval en ronde bosse, provenant de Kerman, argent partiellement dorĂ©, IVe siĂšcle, musĂ©e du Louvre
Exemple d'une ronde bosse atypique

Il existe deux types de rondes bosses en métal.

Le premier consiste en un groupe de bustes royaux en bronze, ou en argent. De grande qualitĂ©, ils prennent une place importante dans l’art Sassanide et mesurent en gĂ©nĂ©ral 30 Ă  40 cm.
Les Ă©lĂ©ments communs Ă  ces bustes sont :

  • une couronne Ă  deux croissants et globe cĂŽtelĂ© (korymbos) ;
  • une paire d’ailes de part et d’autre de la couronne (trĂšs frĂ©quentes dans de nombreuses reprĂ©sentations) ;
  • la frontalitĂ© et l'absence d'expression ;
  • une identification problĂ©matique, les couronnes Ă©tant diffĂ©rentes de celles des monnaies, qui les fait souvent dater de la fin de la pĂ©riode.
TĂȘte d'un roi sassanide, provenant de Ladjvard (Iran), bronze, Ve - VIIe siĂšcles, musĂ©e du Louvre
TĂȘte de roi caractĂ©ristique de l'art sassanide, avec couronne Ă  ailes, croissant de lune et korymbos cĂŽtelĂ©

La plus belle piĂšce de cette sĂ©rie est une tĂȘte en argent conservĂ©e au Metropolitan Museum of Art et parfois identifiĂ©e Ă  Shapur II. Cette piĂšce unique a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par martelage d’une seule feuille d’argent dont certaines parties ont ensuite Ă©tĂ© travaillĂ©es au repoussĂ© et d’autres ciselĂ©es. La tĂȘte est surmontĂ©e d'un korymbos en forme de dĂŽme cĂŽtelĂ©, et d'une couronne crĂ©nelĂ©e avec des croissants de lune, tandis que des boucles d’oreilles ovoĂŻdes et un collier de perles font office d'ornement. ReprĂ©sentĂ© de maniĂšre frontale, les yeux grand ouverts, avec une symĂ©trie parfaite dans le visage, une stylisation peu rĂ©aliste dans la chevelure, la barbe et la moustache, le souverain prĂ©sente une expression particuliĂšrement figĂ©e. On peut effectuer des parallĂšles avec des tĂȘtes en stuc, et certains chercheurs se demandent si cette Ɠuvre appartenait Ă  une statue.

On peut Ă©galement citer, de moins belle facture et en bronze, une tĂȘte du musĂ©e du Louvre, provenant de Ladjvard (Iran).

La deuxiĂšme sĂ©rie est constituĂ©e de statuettes en bronze, mesurant 10 Ă  12 cm de hauteur reprĂ©sentant des personnages masculins, portant un long pantalon bouffant et une courte tunique (un vĂȘtement caractĂ©ristique de la pĂ©riode si l'on en croit les reliefs byzantins). Leur chevelure est sĂ©parĂ©e en deux touffes et une longue Ă©pĂ©e se balance entre leurs jambes.

Mobilier

Plusieurs Ă©lĂ©ments de mobilier en mĂ©tal ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s, notamment des pieds en forme de protomĂ©s de griffon (hauts de 30 cm environ) pour des meubles prĂ©cieux. Ils sont constituĂ©s d'une tĂȘte de rapace (aigle) projetĂ©e vers l’extĂ©rieur, parfois avec cornes et des oreilles fĂ©lines. Le mouvement ondulant de l’animal de haut en bas se confond avec la forme cambrĂ©e de la piĂšce. La griffon a une importante fonction symbolique liĂ©e Ă  la force et Ă  la protection et mise en valeur de la puissance royale.

La vaisselle de métal

PiĂšce du rĂšgne de Shapur Ie.

La vaisselle de métal, notamment d'argent, est sans doute une des productions les plus caractéristiques et les plus problématiques de l'empire sassanide.

On connaĂźt dans plusieurs textes des mentions de la richesse des rois persans, et des vaisselles d’argent ont Ă©tĂ© dĂ©couvertes aux XVIIIe, XIXe et XXe siĂšcles dans des collections privĂ©es (ce qui les prive de contexte). La plupart d'entre elles sont conservĂ©es au musĂ©e de l'Ermitage, Ă  Saint-PĂ©tersbourg. Leur caractĂšre sassanide a pu ĂȘtre Ă©tabli par comparaisons avec des sceaux et des monnaies. Cependant de nombreux faux ont Ă©tĂ© fabriquĂ©s, dĂšs les Ă©poques anciennes mais surtout au XIXe siĂšcle. On Ă©prouve aussi des difficultĂ©s Ă  distinguer ces vaisselles sassanides de celles des dĂ©buts de l’Islam. On possĂšde quand mĂȘme actuellement un corpus Ă©tendu d’Ɠuvres bien Ă©tudiĂ©es et datĂ©es avec plus ou moins de certitude.

Ces piĂšces de vaisselle Ă©taient souvent utilisĂ©es pour des cadeaux diplomatiques, comme objets de commerce ou comme butin
 Elles pouvaient ĂȘtre offertes parfois mĂȘme plusieurs siĂšcles aprĂšs leur fabrication, et des sources islamiques nous prouvent qu'elles pouvaient encore ĂȘtre trĂšs apprĂ©ciĂ©es au moins jusqu’au Xe siĂšcle. Les plats n'Ă©taient pas utilitaires, mais appartenaient Ă  un art de cour, de propagande ou de munificence; par contre, les aiguiĂšres, vases, coupes hĂ©misphĂ©riques ou elliptiques Ă©taient fonctionnels.

On a pu Ă©tablir une chronologie de ces vaisselles. Les premiĂšres (IIIe - milieu du IVe siĂšcle) Ă©taient des vaisselles pour les couches trĂšs Ă©levĂ©es de la sociĂ©tĂ© (famille royale, haute noblesse) comportant des scĂšnes de chasse royale ou des bustes portraits. Entre le milieu du IVe et le Ve siĂšcles, on note une diminution de la production. Les piĂšces ne portent que l’effigie du roi, dans des scĂšnes de chasse. Mais Ă  partir de Kavadh Ier et Khosro Ier, la production d'argenterie dans le royaume augmente Ă  nouveau avec toujours des plats Ă  l’effigie royale, mais aussi de nouvelles formes et de nouveaux dĂ©cors figuratifs et non royaux (dionysiaques, danseuses), que l'on peut mettre en parallĂšle avec le calendrier rituel zoroastrien, des animaux, des plantes ou encore simplement des motifs gĂ©omĂ©triques. C’est Ă©galement la pĂ©riode oĂč naĂźt une argenterie moins somptueuse, avec beaucoup de cuivre et une facture et un dĂ©cor plus simples, Ă  rapprocher de l’accroissement de la petite noblesse. La production sassanide se poursuit un peu aprĂšs l’arrivĂ©e de l’Islam dans les rĂ©gions encore dominĂ©es par des souverains indĂ©pendants.

Plusieurs influences ont marquĂ© l'argenterie sassanide. En effet, l'Iran est un pont entre l’ExtrĂȘme-Orient et l’Europe ce qui induit de nombreuses influences, trĂšs variĂ©es. La tradition iranienne antique est Ă©galement trĂšs forte. Aux Ve - VIe siĂšcles, on voit ainsi l'apparition Ă  la fois de bols sur pied dĂ©rivĂ©s de modĂšles occidentaux, de bols ovales et aiguiĂšres dĂ©rivĂ©s de modĂšles est-iraniens et de vaisselle Ă  dĂ©cor de nielle se rapprochant de la verrerie qui dĂ©notent d'une influence de la MĂ©diterranĂ©e orientale. Un groupe s’inspire des piĂšces parthes tardives, mais la plupart des Ɠuvres sassanides diffĂšrent des exemples d’argenterie parthe tardive.

Les inscriptions prĂ©sentes sur ces objets sont pour la plupart tardives et ne reflĂštent pas forcĂ©ment l’époque oĂč a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e la piĂšce, car elles ont souvent Ă©tĂ© posĂ©es plus tard. Elles contiennent en gĂ©nĂ©ral le poids en drachmes ou statĂšres (l'unitĂ© de mesure permet de dĂ©terminer si l’inscription est ou non postĂ©rieure Ă  l’Islam) et le nom du propriĂ©taire.

Les matĂ©riaux dont se composent ces vaisselles peuvent ĂȘtre l'argent, dont la puretĂ© et le poids varient en fonction de la piĂšce (centre de production dans la capitale ou provincial, destinataire) ou le bronze, avec beaucoup d’étain et qui imite la vaisselle d’argent, mais doit sans doute ĂȘtre attribuĂ©e Ă  une pĂ©riode trĂšs tardive voire post-sassanide. Les techniques de dĂ©cor sont elles aussi variĂ©es. La plus sophistiquĂ©e consiste Ă  insĂ©rer des Ă©lĂ©ments d’argent en relief dans une entaille dans la paroi du fond, mais le fond peut ĂȘtre Ă©vidĂ© pour faire apparaĂźtre le dĂ©cor en relief ou encore, le dĂ©cor peut simplement ĂȘtre gravĂ© et/ou ciselĂ©. La dorure se fait au mercure, sur le motif au dĂ©but (IIIe - Ve siĂšcles) puis sur le fond (Ve - VIIe siĂšcles), et parsemant les zones dĂ©corĂ©es pour les centres « provinciaux Â».

Les piĂšces de vaisselle de mĂ©tal peuvent ĂȘtre classĂ©es en plusieurs types :

Plats

Il s'agit d'un des types les plus courants et les plus reprĂ©sentatifs, avec pied. Ils portent souvent des scĂšnes de chasse, la plupart du temps royales, sauf au dĂ©but (IIIe-IVe siĂšcles) oĂč elles peuvent ĂȘtre princiĂšres et/ou religieuses, l'animal Ă©tant alors une incarnation des concepts zoroastriens. Ce thĂšme est particuliĂšrement persistant. Deux sĂ©ries se distinguent, l'une dite « mĂ©tropolitaine Â», dont l’argent vient d’un seul gisement, et l’autre « provinciale Â», avec des gisements diffĂ©rents et des diffĂ©rences aussi dans l’iconographie. Aux VIe ‑ VIIe siĂšcles apparaĂźt le thĂšme du prince en trĂŽne, en particulier dans les Ɠuvres dites provinciales, et aux Ve ‑ VIIe siĂšcles a lieu une production de plats Ă  iconographie non-royale au but obscur. S'agit-il de commĂ©moration d’évĂ©nements spĂ©ciaux ou de fĂȘtes ? De symboles d’un rang social ? La surface externe peut parfois ĂȘtre cannelĂ©e, avec un dĂ©cor figurant souvent un animal, en gĂ©nĂ©ral assez naturaliste.

Vase aux danseuses, argent dorĂ©, IVe ou Ve siĂšcle, musĂ©e du Louvre
Vases

Un grand type se distingue, avec plusieurs caractĂ©ristiques : une hauteur de 17-18 cm, une ornementation au repoussĂ© sur la panse, de la dorure sur le fond et l’arĂȘte, un corps piriforme. Le dĂ©cor se compose de motifs figuratifs dionysiaques ou mythologiques. Ce groupe peut ĂȘtre rapprochĂ© de cĂ©ramiques de Kish et CtĂ©siphon. D'autres types existent nĂ©anmoins, comme les vases rythons


AiguiĂšres

Une sĂ©rie est marquĂ©e par les influences des aiguiĂšres d’argent de l’antiquitĂ© tardive (forme et dĂ©cor). Les piĂšces s'y rattachant possĂšdent un corps ovoĂŻde, un col cylindrique Ă©troit et une embouchure ovoĂŻde. Une autre forme d’aiguiĂšre est connue par les reliefs rupestres mais peu reprĂ©sentĂ©e dans le corpus d’Ɠuvres connues.

Bols

Les bols prĂ©sentent de nombreuses formes : sur pied, hĂ©misphĂ©riques, elliptiques, elliptiques et lobĂ©s
 Certaines formes sont aussi uniques, comme celle d'une piĂšce du musĂ©e de l’Ermitage trĂšs profonde.

Les décors de ces piÚces de vaisselles ne comportent ni scÚnes religieuses, ni scÚnes de guerre.

Les tissus

Le textile est un Ă©lĂ©ment qui circule beaucoup, notamment en tant que cadeau diplomatique. Il constitue un des pivots Ă©conomiques du pays (Ă  la fois producteur et commercialisateur) qui contrĂŽle l’extrĂ©mitĂ© orientale de la route de la soie. L'Iran sassanide possĂšde une grande influence sur les autres centres textiles Ă  la fois orientaux et occidentaux. Les Ɠuvres restent rares, et posent de nombreux problĂšmes.

L’attribution des soieries au monde sassanide, vis-Ă -vis d’autres centres et d’autres Ă©poques, pose de nombreux problĂšmes. Quelques caractĂ©ristiques permettent de distinguer les centres, comme l'emploi des berclĂ©s, une diffĂ©rence entre les fils iraniens et les fils chinois, l'utilisation de la torsion en Z, etc. Les deux Ă©lĂ©ments les plus importants d’étude nous sont apportĂ©s par des textiles retrouvĂ©s Ă  AntinoĂ«, une nĂ©cropole Ă©gyptienne avec de nombreux tissus, en partie Ă©gyptiens et en partie utilisant une technique iranienne. Ceux-ci posent nĂ©anmoins problĂšme : ont-ils Ă©tĂ© faits en Iran ? Ont-ils Ă©tĂ© tissĂ©s Ă  AntinoĂ« par des artistes iraniens, lors de l’occupation du pays par les sassanides ? La rĂ©ponse reste inconnue Ă  ce jour. L'autre Ă©lĂ©ment d'Ă©tude des tissus sassanides se trouve dans les reliefs de Taq-e Bostan.

Plusieurs types de vĂȘtements sont produits Ă  l'Ă©poque sassanide :

  • des caftans (manteaux de cavaliers) ;
  • des pantalons et jambiĂšres ;
  • des chemises et vĂȘtements de lin ;
  • des gants et des manchons ;
  • des chaussures ;
  • des couvre-chefs ;
  • des tissus d’ameublement (enveloppes de coussins en taquetĂ© de laine).

Techniques et matiĂšres

L'origine du tissage de la soie, selon Massudi, un historien du Xe siĂšcle, est occidentale (Syrie et MĂ©sopotamie). Selon lui, le tissage aurait Ă©tĂ© connu par le biais de dĂ©portations. NĂ©anmoins, cette interprĂ©tation est fortement remise en question. Selon l’historien romain Florus, des Ă©tendards de soie chez les Parthes provoquent dĂ©jĂ  l’étonnement des armĂ©es romaines. Le tissage de la soie aurait donc dĂ©butĂ© avant la pĂ©riode sassanide, et l'Iran serait plutĂŽt un pionnier de la sĂ©riciculture.

La pĂ©riode sassanide marque un apogĂ©e dans l’art du tissu, avec un grand dĂ©veloppement des techniques. Par exemple, au tournant des IVe - Ve siĂšcles, un nouveau mĂ©tier, dit « Ă  la tire Â» permet la confection de tissus plus larges et de nouvelles possibilitĂ©s de motifs par le contrĂŽle individuel du levage des fils. Les techniques de tissage sont trĂšs variĂ©es : on connaĂźt ainsi des samites de soie, des taquetĂ©s de laine et soie, des tapisseries, des toiles de laine de chĂšvre, des sergĂ©s, des taffetas


Plusieurs matiĂšres sont utilisĂ©es. La soie provient de Chine jusqu’en 550, date oĂč est implantĂ©e la sĂ©riciculture en Iran. L'empire approvisionne le monde byzantin principalement, en objets façonnĂ©s, jusqu'Ă  ce que celui-ci rĂ©ussisse aussi Ă  implanter le ver Ă  soie, ce qui dĂ©clenche une vĂ©ritable « guerre de la soie Â» . La laine de mouton ou de chĂšvre est Ă©galement trĂšs utilisĂ©e. Ce n'est pas un matĂ©riau ordinaire, mais de grande qualitĂ©, donnant des fils extrĂȘmement fins (Cachemire). Elle est parfois combinĂ©e Ă  de la soie, ce qui prouve son caractĂšre prĂ©cieux. Le lin est associĂ© Ă  la laine pour les toiles et permet la confection des fils de couture.

Plusieurs teintures sont utilisĂ©es : l'indigo (bleu foncĂ©), des couleurs vĂ©gĂ©tales (jaune et vert), le rouge garance (orangĂ©) le rouge d’hermĂšs et de cochenille (violacĂ© et beaucoup plus coĂ»teux).

Motifs

Les motifs dĂ©rivent peut-ĂȘtre de modĂšles communs aux textiles et Ă  d’autres arts (comme l'architecture, ou l'argenterie) ; comme peut le faire penser la prĂ©sence de mĂ©daillons perlĂ©s Ă  la fois dans le stuc, l’argent et les tissus. Les dĂ©cors s'organisent en mĂ©daillons ou dans des rĂ©seaux de losanges encadrant des oiseaux. Une grande place est laissĂ©e au rĂ©pertoire animal, les animaux portant frĂ©quemment des rubans (pativ), symboles de pouvoir royal. Il existe aussi des motifs purement ornementaux (palmettes ailĂ©es, composites, grecques, en forme de pique), grenade (symbole de fertilitĂ©), rinceaux simples, mĂ©andres, zigzags, arcs vĂ©gĂ©taux.

Certains motifs peuvent se rapporter Ă  une symbolique astrale : c'est la cas des zodiaques, des reprĂ©sentations de la triade zoroastrienne (soleil, lune, Ă©toile Tishar) mais aussi du senmurv, de certains symboles comme la svastika, la croix, l'Ă©toile, les croissants, la palmette ailĂ©e, ou encore la hache double. Les mĂ©daillons perlĂ©s, trĂšs caractĂ©ristiques du rĂ©pertoire textile sassanide, ont aussi une symbolique cĂ©leste forte.

D'autres motifs sont plutĂŽt reliĂ©s Ă  une symbolique religieuse, comme la reprĂ©sentation du panthĂ©on zoroastrien ; le bĂ©lier avec pativ (rubans flottants) qui est une personnification de Khvarnah, la fortune ; les chevaux ailĂ©s avec couronne Ă  croissant et collier Ă  rubans, qui symbolisent Veretragnah et le coq, oiseau du soleil qui chasse le dĂ©mon de la paresse.

Ensuite, on peut recenser aussi des motifs Ă  symbolique royale: les tĂȘtes de sanglier (iconographie des chasses royales) ; les oiseaux -faisans, paons, aigles, canards- portant le pativ dans le bec ; Ă©videmment le portrait d’apparat, c'est-Ă -dire un buste frontal du roi couronnĂ© avec quelques accessoires ; la chasse royale, qui constitue un des thĂšmes principaux et les scĂšnes Ă  caractĂšre historico-triomphal.

Enfin, quelques motifs sont simplement des sujets plaisants, comme peut-ĂȘtre le couple de canards portant un mĂȘme pativ dans leur bec, que l'on peut lier avec le motif chinois du couple de canard symbole de fĂ©licitĂ© conjugale ; mais surtout les danseuses et les sujets Ă©piques, ces derniers se trouvant uniquement Ă  la pĂ©riode tardive.

Le tissu « aux faisans Â», soierie qui enveloppait les reliques de saint Prix (abbaye de Notre-Dame de Jouarre en Seine-et-Marne), est un des plus beaux exemples de soierie sassanide et son Ă©tat de conservation permet d'admirer un dĂ©cor de mĂ©daillons typiques et des couleurs caractĂ©ristiques, trĂšs diffĂ©rents des soieries d'autres origine de cette Ă©poque.

La verrerie

« Coupe de Salomon Â», dite aussi « Coupe de Chosroes Â», Or, grenat, cristal de roche, verre, Cabinet des mĂ©dailles de la BibliothĂšque nationale de France

MalgrĂ© de nombreux objets, la verrerie sassanide reste difficile Ă  sĂ©parer de celle des pĂ©riodes prĂ©cĂ©dentes et suivantes car peu d’Ɠuvres proviennent de fouilles, ce qui rend la datation quasi-impossible. La plupart des verres sont transparents, mais il existe des verres opaques colorĂ©s en bleu, en pourpre ou en vert.

Ici encore, de nombreuses techniques, connues depuis longtemps, sont dĂ©veloppĂ©es : le soufflage, le soufflage dans un moule, le pressage dans un moule pour mise en forme, les taches et filets colorĂ©s, la taille Ă  la meule, le polissage Ă  froid pour le dĂ©cor.

Les formes sont assez comparables Ă  celles du monde romain. On dĂ©nombre trois grandes sĂ©ries :

  • des rĂ©cipients dĂ©corĂ©s de motifs obtenus par combinaison de facettes concaves et d’élĂ©ments linĂ©aires (traits, arcs), peut-ĂȘtre datables pour certains du dĂ©but de la pĂ©riode en raison de rapprochement avec des dĂ©couvertes de Doura Europos ;
  • des rĂ©cipients avec des motifs couvrants de facettes concaves en quinconce ;
  • des rĂ©cipients avec des disques rĂ©servĂ©s.

Le caractĂšre sassanide de ces piĂšces n'est pas toujours Ă©vident. De nombreuses piĂšces ne parviennent pas Ă  ĂȘtre situĂ©es entre les mondes byzantin, islamique ou sassanide.

L'héritage des Sassanides

Dans les arts de l’Islam

Le passĂ© Iranien pĂšse un grand poids dans les arts de l'Islam. Le plus grand hĂ©ritage Sassanide se trouve en effet dans l’art islamique car la conquĂȘte arabe a complĂštement intĂ©grĂ© l’empire, tandis que les byzantins restaient des ennemis. De plus, avec l'Ă©mergence d'un pouvoir autonome iranien au Xe siĂšcle, on assiste Ă  un regain d’intĂ©rĂȘt pour les monuments du passĂ© iranien.

Un iwan à la mosquée de Karbala, Irak.

Architecture et urbanisme

Plusieurs Ă©lĂ©ments architecturaux sont repris dans l'architecture islamique. Les iwans, qui se retrouvent dans les plans de mosquĂ©es iraniennes comme la mosquĂ©e du Vendredi d’Ispahan commencĂ©e au Xe siĂšcle. D’autres bĂątiments (palais, madrasas, khans, maisons avec cour intĂ©rieure
) utilisent Ă©galement ce module surtout Ă  partir du Xe siĂšcle entre l’Asie mineure et l’Afghanistan[9].

Les tombeaux du Shah-i Zinda Ă  Samarkand (XVe siĂšcle) reprennent l'organisation de la salle sous coupole sur trompe

Les bùtiments à coupole sur trompe sont également repris dans les mausolées en particulier, comme le mausolée des Samanides à Bukhara. On retrouve aussi cette combinaison dans les habitations en Iran et en Asie centrale. L'organisation de Firuzabad, ville complÚtement circulaire, n'est pas non plus sans rappeler le plan de la ville ronde de Bagdad.

L'organisation des architectures se ressent aussi de l'influence sassanide :

  • le type du chāhār taq se retrouve dans les imamzadeh islamiques, ce qui induit d'ailleurs des difficultĂ©s d’identification ;
  • le type des « tours de silence Â» zoroastriennes arrive uniquement Ă  l’époque islamique, mais garde une profonde influence sassanide Ă©tant donnĂ©e la religion ; il influe ensuite sur la construction des tours funĂ©raires spĂ©cifiquement iraniennes, comme le Gonbad-e Qabus ;
Ali Qapu, Isfahan, dĂ©but du XVIIe siĂšcle.
Ce palais rappelle par son organisation des palais sassanides
  • la combinaison de grandes salles officielles et de quartiers d’habitation se retrouve ainsi chez les Safavides, dans les palais de plaisance d’Ispahan comme le Ali Qapu, le Chehel Sutun, et le Hasht Behesht.

On peut enfin noter le cas de la citadelle d’Amann, construite et dĂ©corĂ©e sur la mode Sassanide, mais avec la technique locale de la pierre taillĂ©e. Son noyau est constituĂ© d'une chambre sous dĂŽme prĂ©cĂ©dĂ©e d’un iwan donnant sur une petite cour.

Motifs ornementaux

PiÚce de soie à double face, avec les motifs de l'arbre de vie et du lion ailé, en provenance de Ray.
Conservée au Musée national d'Iran.

Les images et les motifs ornementaux sassanides sont trÚs répandus dans tout le monde médiéval en particulier grùce aux tissus. Dans l'art islamique, on retrouve un peu partout des motifs sassanides, notamment en raison de la reprise des structures de pouvoir sassanides par les Umayyades, ce qui permet aux ateliers locaux de poursuivre leur activité[10].

Les chĂąteaux du dĂ©sert umayyade portent plusieurs marques de l'influence sassanide. À Qasr al-Hayr al-Gharbi, on trouve ainsi deux grande fresques, dont une prĂ©sente des influences sassanides tandis que l’autre serait plutĂŽt influencĂ©e par le monde grĂ©co-romain. Dans la premiĂšre, on trouve ainsi des musiciens, des danseuses, un cavalier Ă  la chasse Ă  la gazelle, une rĂ©serve d’animaux. Au Khirbat al-Mafjar, construit Ă  la pĂ©riode Omeyyade, on note Ă©galement une combinaison des influences byzantines et sassanides, permises par l’emploi de travailleurs « de tous les quartiers Â» (selon Ibn al-Muqaffa), donc aussi bien syriens qu’iraniens. Les Ă©lĂ©ments sassanides sont constituĂ©s par un calife en costume persan, des chevaux ailĂ©s prĂ©sents dans le diwan, des reliefs de stuc


Dans la Grande mosquĂ©e de Damas et au DĂŽme du Rocher se trouvent Ă©galement des motifs de couronnes sassanides dans les trophĂ©es, qui posent d'ailleurs des problĂšmes d'interprĂ©tation. S'agit-il d'une maniĂšre de commĂ©morer la victoire sur cet empire (on trouve aussi des couronnes byzantines) ? Étaient-elles simplement considĂ©rĂ©es comme des joyaux prĂ©cieux, destinĂ©s Ă  embellir le monument ?

Techniques

Plusieurs techniques utilisĂ©es dans le monde islamique dĂ©rivent aussi directement de techniques sassanides, les artisans ayant semble-t-il poursuivit leur activitĂ© aprĂšs la conquĂȘte. Ainsi, les techniques d'argenterie continuent d’ĂȘtre employĂ©es encore jusqu'au Xe siĂšcle et s’arrĂȘtent finalement au XIe siĂšcle. Le stuc est une tradition qui se poursuit et se dĂ©veloppe dans le monde islamique, tant en Iran (Nizamabad, Chal Takhan) qu’en Syrie et en Jordanie (Khirbat al-Mafjar). L'art rupestre quant Ă  lui s'Ă©teint pour ne renaĂźtre que trĂšs tard, chez les Qajar. NĂ©anmoins, l'influence sassanide de ces reliefs est bien attestĂ©e, Ă©tant donnĂ© que leurs propres sculptures rupestres sont situĂ©es Ă  proximitĂ© des reliefs sassanides, comme Ă  Taq-e Bostan.

Hors de l’Islam

Pendant la période sassanide

Avec les Ă©changes qui avaient lieu entre le monde occidental, le monde asiatique et l'Iran, les Sassanides ont Ă©videmment eu une importante influence sur les civilisations qui leur Ă©taient contemporaines. Les tissus d’AntinoĂ« en sont une preuve Ă©clatante : tous portent les mĂȘmes motifs orientaux, alors que certains utilisent une technique Ă©gyptienne (torsion en S) et d'autre une technique iranienne (torsion en Z).

Le premier art byzantin montre Ă©galement des influences sassanides : c'est le cas particuliĂšrement de la sculpture architecturale de la grande Ă©glise de Saint-Polyeucte, construite par Anicia Juliana Ă  Constantinople entre 524 et 527. Les motifs vĂ©gĂ©taux des chapiteaux et des impostes de cette Ă©glise paraissent importĂ©s de l'empire sassanide.

Monde byzantin et occident

AprĂšs la pĂ©riode sassanide, les motifs ont nĂ©anmoins continuĂ©s Ă  se propager, vers le monde byzantin et occidental notamment. Ces influences passaient via l’ArmĂ©nie, qui fut dominĂ©e tour Ă  tour par les Sassanides et les Byzantins, et conserva une forte communautĂ© zoroastrienne. Ainsi, on pense que le chāhār taq est une des influences qui aurait menĂ© Ă  l'Ă©laboration du plan en croix grecque inscrite typiquement byzantin, et de nombreux tissus Ă  motifs orientaux se retrouvent dans les trĂ©sors d’églises occidentales : sont-ils sassanides ? post-sassanides ? occidentaux Ă  influence sassanide ? Ces questions se posent Ă  chaque fois et demandent pour chaque Ɠuvre une Ă©tude particuliĂšre. En effet, de nombreux textiles furent rapportĂ©s durant les croisades, mais des exportations avaient sans doute dĂ©jĂ  lieu sous les sassanides. L'un des exemples les plus parlants de ce fait est un tissu conservĂ© au musĂ©e du Louvre, le Suaire de Saint Josse, provenant de l'abbaye de saint Josse et rĂ©alisĂ© en 901 sans doute dans le monde islamique, qui reprenait des motifs d’élĂ©phants que l’on trouve sur les textiles reprĂ©sentĂ©s Ă  Taq-e Bostan[11]. Des chercheurs pensent aussi que le dĂ©veloppement des voĂ»tements Ă  la pĂ©riode romane aurait subi une influence plus ou moins forte de la part des sassanides.

Monde extrĂȘme-oriental

Le monde extrĂȘme-oriental fut Ă©galement touchĂ© par ces influences, mĂȘme si elles semblent un peu moins visibles[12]. C'est ainsi qu'un tissu chinois en soie peinte conservĂ© Ă  ShĂŽsĂŽ-in (Nara, Japon) et datĂ© de 731 prĂ©sente des motifs d’influence typiquement sassanide : des bouquetins ailĂ©s.

Annexes

Notes et références

  1. ↑ a, b et c Frantz Grenet, Article Sassanides, in Jean Leclant dir. Dictionnaire de l’AntiquitĂ©, PUF, Paris, 2005, collection Quadrige, 2464 pages, (ISBN 2-13-055018-5).
  2. ↑ (en) Edith Porada, « The Art of Sassanians Â», Iran Chamber society
  3. ↑ (en) G. Gropp, « Sassanian Susa Â», in EncyclopĂŠdia Iranica en ligne
  4. ↑ a, b, c, d, e et f Dietrich Huff, « Sasanian Architecture (Mainland-Iran & Mesopotamia) Â», The Circle of Ancient Iranian Studies
  5. ↑ a, b et c (en) G. Herrmann and V. S. Curtis, « Sassanian Rock Reliefs Â», EncyclopĂŠdia Iranica
  6. ↑ M. Chaumont, « Le Culte d'Anahita Ă  Staxr et les premiers Sassanides Â», Revue de l'histoire des religions CLIII, 1958, pp. 154-175
  7. ↑ Ferdowsi, Shah nama, traduit du persan par Jules Mohl
  8. ↑ Neilson C. Debevoise, « The Essential Characteristics of Parthian and Sasanian Glyptic Art Â», The Circle of Ancient iranian studies, 1934
  9. ↑ (en) Lionel Bier, Sasanian palaces & their influence in early islamic architecture, Ars Orientalis, Vol. 23. Lire l'article sur le site Archnet.
  10. ↑ (en) Islamic Metalwork, Islamic Architecture Organization
  11. ↑ L'Histoire du Tapis
  12. ↑ (en) R.A. Donkin, Beyond orice pearls and pearl fishing : Origins to the age of discoveries, DIANE Publishing, 1998, ISBN 0-87169-224-4, p. 230 - 235 lire en ligne

Bibliographie

  • G. Reza Garosi, Die Kolossal-Statue ƠāpĆ«rs I. im Kontext der sasanidischen Plastik. Éditions Philipp von Zabern, Mainz 2009, ISBN 978-3-8053-4112-7.
  • Splendeurs des Sassanides, (catalogue d’exposition), Bruxelles, 1993
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  • L. Bier, « The sasanian palaces and their influence in early Islam Â», in Ars Orientalis no 23, 1993
  • G Hermann, « The Rock-Reliefs of Sasanian, Iran Â» p. 35-45, in Z. Curtis "Mesopotamia and Iran in the Parthian and Sasanian", British Museum, london 2000, 100pp, (ISBN 0-7141-1146-5)
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  • R. Ettinghausen, From Byzantium to Sasanian Iran and the Islamic World, 1972
  • R. Ghirshman, Parthes et Sassanides, L’Univers des Formes, 1962
  • O. Grabar, Sasanian Silver, (catalogue d’exposition), 1967
  • M. Maritani-Rober, Textiles et modes sassanides, Paris, 1997
  • A.U. Pope, A survey of Persian art – vol 2 : Sasanian Art, New York, 1981
  • E. Yarshater (ed.), The Cambridge history of Iran - vol.3 The seleucid, parthian and sasanian periods, Cambridge, 1996 (1re Ă©dition : 1983)
  • ArchĂ©ologia no 437 octobre 2006 "les Perses Sassanides, fastes d'un empire oubliĂ©"

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