Puits de carbone

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Puits de carbone
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Le bois, mais aussi le sol et une partie de la nĂ©cromasse vĂ©gĂ©tale, animale, fongique et microbienne des forĂȘts tempĂ©rĂ©es constituent le puits de carbone le plus important pour les terres Ă©mergĂ©es.
Les récifs corraliens, et certains planctons produisent le carbonate de calcium qui constitue le principal puits de carbone océanique et planétaire

Au sens large, un puits de carbone ou puits CO2 est un rĂ©servoir, naturel, ou artificiel de carbone qui absorbe le carbone de l'atmosphĂšre et donc contribue Ă  diminuer la quantitĂ© de CO2 atmosphĂ©rique. La taille de ces rĂ©servoirs augmente constamment, Ă  l'inverse d'une source de carbone. Les principaux puits Ă©taient les processus biologiques de production de charbon, pĂ©trole, gaz naturels, hydrates de mĂ©thane et roches calcaires. Ce sont aujourd'hui les ocĂ©ans, les sols (humus, tourbiĂšre) et certains milieux vĂ©gĂ©talistes (forĂȘt en formation).

La séquestration du carbone (ou piégeage, ou emprisonnement du carbone) désigne les processus extrayant le carbone ou le CO2 de l'atmosphÚre terrestre et le stockant dans un puits de carbone.

La photosynthĂšse est la base du mĂ©canisme naturel de sĂ©questration du carbone. Les bactĂ©ries photosynthĂ©tiques, les plantes et la chaine alimentaire ainsi que la nĂ©cromasse qui en dĂ©pendent sont considĂ©rĂ©es comme des puits de carbone pour la partie « piĂ©gĂ©e Â» du carbone.
En France, la loi Grenelle II prĂ©voit[1] qu'un rapport du Gouvernement au Parlement portera sur « l’évaluation des puits de carbone retenu par les massifs forestiers Â» et leur « possible valorisation financiĂšre pour les territoires Â» (art 83).

Sommaire

ÉlĂ©ments de dĂ©finition (dans le cadre du marchĂ© du carbone)

Le concept de puits de carbone s'est diffusĂ© avec le Protocole de Kyƍto crĂ©Ă© dans le but de rĂ©duire les concentrations Ă©levĂ©es et croissantes de CO2 atmosphĂ©riques et ainsi lutter contre le rĂ©chauffement climatique.
Diverses voies sont explorées pour améliorer la séquestration naturelle du carbone, et développer des techniques (naturelles ou artificielles) de capture et stockage du carbone.
En 2000, le GIEC a dĂ©fini le puits de carbone comme « tout processus ou mĂ©canisme qui absorbe un gaz Ă  effet de serre, tels le CO2 et le CH4, [...] prĂ©sent dans l’atmosphĂšre Â»<ref>GIEC, Utilisation des terres, changements d'affectation et foresterie, Giec, 2000</ref>).

Un puits de carbone ne vise pas Ă  rĂ©duire les Ă©missions de CO2. C'est un lieu de piĂ©geage naturel (ou renforcĂ© pour ce faire par l'homme). Le stockage gĂ©ologique du CO2 devrait mĂȘme augmenter les Ă©missions globales de CO2 car cette activitĂ© consommera inĂ©vitablement de l'Ă©nergie (qui produira du CO2) ; mais - Ă  condition que ces puits ne "fuient" pas - la quantitĂ© de CO2 nĂ©cessaire Ă  cette activitĂ© sera moindre que celle emprisonnĂ©e, diminuant le bilan CO2 du cycle (le temps de son piĂ©geage), mĂȘme si la quantitĂ© de CO2 dans le cycle est augmentĂ©e.

Puits naturels

ForĂȘts

Stock de carbone dans le monde (hors océans), selon le GIEC (2001[2])

L'Ă©cosystĂšme forestier (et en particulier le systĂšme arbre/sol) est aprĂšs le plancton ocĂ©anique et avec les tourbiĂšres et les prairies, le principal puits de carbone naturel planĂ©taire, essentiel au cycle du carbone. Il accumule d'Ă©normes quantitĂ©s de carbone dans le bois, les racines, le sol et l'Ă©cosystĂšme via la photosynthĂšse. L'ONU/FAO estime que « l'expansion des plantations d'arbres pourrait compenser « 15 % des Ă©missions de carbone des combustibles fossiles Â» dans la premiĂšre moitiĂ© du XXIe siĂšcle sous rĂ©serve qu'elles ne le relarguent pas prĂ©maturĂ©ment[3], et qu'on ait pas surestimĂ© les surfaces enforestĂ©es et leur capacitĂ© de stockage[3] et qu'il ne s'agisse pas que de plantation d'essences Ă  croissance rapide[3].
En effet, les plantes absorbent le CO2 de l'atmosphĂšre, stockant une partie du carbone prĂ©levĂ©e et rejetant de l'oxygĂšne dans l'atmosphĂšre. Chez les arbres, les essences pionniĂšres, Ă  croissance rapide (ex : Peuplier, saule ou bouleau en zone tempĂ©rĂ©e, Bois-canon (creux, Ă  la maniĂšre du bambou) en zone tropicale), n'absorbent gĂ©nĂ©ralement que peu de carbone et le relarguent vite et facilement. Au contraire, les bois durs et denses en contiennent beaucoup plus, et pour le plus longtemps, mais ils croissent gĂ©nĂ©ralement bien plus lentement (siĂšcles Ă  millĂ©naires pour les « trĂšs gros bois Â»). À maturitĂ©, l'absorption est moindre, mais le carbone reprĂ©sente 20 % de leur poids (en moyenne, et jusqu'Ă  50 % et plus pour des bois denses tropicaux).
Quand l'arbre meurt, il est dĂ©composĂ© par des communautĂ©s saproxylophages (bactĂ©ries, champignons et invertĂ©brĂ©s) qui recyclent son carbone sous forme de biomasse, nĂ©cromasse (cadavres, excrĂ©tats et excrĂ©ments de ces organismes) et sous forme de gaz (CO2, mĂ©thane, libĂ©rĂ©s dans l'atmosphĂšre ou l'eau). La forĂȘt et d'autres Ă©cosystĂšmes continueront Ă  stocker ou recycler ce carbone via une rĂ©gĂ©nĂ©ration naturelle. Toutes les forĂȘts tempĂ©rĂ©es (hors incendies et exploitation) accumulent le carbone. Une grande partie des forĂȘts tropicales (hors forĂȘts tourbeuses) sont rĂ©putĂ©es Ă  l'Ă©quilibre (source=puits), et les forĂȘts borĂ©ales jouent un rĂŽle plus complexe (plus sensibles aux dĂ©foliations et au feu).

Il arrive localement que les arbres morts, roseaux et plantes des marais se dĂ©composent lentement et imparfaitement, en conditions anaĂ©robies, sous la surface du marais, produisant des tourbes. Le mĂ©canisme est suffisamment lent pour que, dans la plupart des cas, le marais grandisse assez vite et permette de fixer plus de carbone atmosphĂ©rique que ce qui est libĂ©rĂ© par la dĂ©composition. Un quart du carbone absorbĂ© par les forĂȘts l'est par les plantes et le sol[4].

Pour l'ONU, la FAO, pour ses statistiques et inventaires forestiers, distingue[5] 4 diffĂ©rents stock de carbone :

  • la biomasse aĂ©rienne ; « Carbone prĂ©sent dans toute la biomasse vivante au-dessus du sol, y compris les tiges, les souches, les branches, l’écorce, les graines et le feuillage Â» [5];
  • la biomasse souterraine ; « Carbone prĂ©sent dans toute la biomasse de racines vivantes. Les radicelles de moins de deux mm de diamĂštre sont exclues car il est souvent difficile de les distinguer empiriquement de la matiĂšre organique du sol ou de la litiĂšre Â»[5] ;
  • Le Carbone du bois mort ; de la nĂ©cromasse ligneuse - hors de la litiĂšre - « soit sur pied, soit gisant au sol, soit dans le sol. Le bois mort comprend le bois gisant Ă  la surface, les racines mortes et les souches dont le diamĂštre est supĂ©rieur ou Ă©gal Ă  dix cm ou tout autre diamĂštre utilisĂ© par le pays Â» [5] ;
  • le carbone de la litiĂšre ; « Carbone prĂ©sent dans toute la biomasse non vivante dont le diamĂštre est infĂ©rieur au diamĂštre minimal pour le bois mort (p. ex. dix cm), gisant Ă  diffĂ©rents stades de dĂ©composition au-dessus du sol minĂ©ral ou organique Â»[5].
  • le carbone dans le sol ; « Carbone organique prĂ©sent dans les sols minĂ©raux et organiques (y compris les tourbiĂšres) jusqu’à une profondeur spĂ©cifique indiquĂ©e par le pays et appliquĂ©e de façon cohĂ©rente Ă  travers toutes les sĂ©ries chronologiques Â»[5].

Remarque : Dans un contexte climatique incertain, certaines forĂȘts plus vulnĂ©rables pourraient parfois devenir des « sources Â» de CO2 (le contraire d'un puits de carbone), notamment en cas d'incendie, ou provisoirement aprĂšs les grands chablis couchĂ©s par de fortes tempĂȘtes ou aprĂšs les grandes coupes rases. Certaines techniques de gĂ©nie Ă©cologique (BRF, conservation de gros bois-mort, rĂ©introduction du Castor, restauration de zones humides et tourbiĂšres, etc.) peuvent contribuer Ă  augmenter la rĂ©silience Ă©cologique de certaines forĂȘts (Europe, Canada, AmĂ©rique du Nord...).

ForĂȘt française, stock et puits de carbone

Stocks de carbone en France métropolitaine, par surface , compartiment et type d'occupation du sol (en Millions de tonnes de carbone)

Dans le monde la forĂȘt mĂ©tropolitaine française compte peu en termes de stock de carbone, mais Ă  l'Ă©chelle du pays elle joue un rĂŽle trĂšs important, trĂšs variable cependant selon les rĂ©gions[3]. De plus, elle est en augmentation surfacique, mais aprĂšs une longue phase de rĂ©gression.
En termes quantitatifs, diffĂ©rentes estimations ont Ă©tĂ© faites pour la France mĂ©tropolitaine. Un premier chiffrage de 2 milliards de tonnes environ (en 1990[6]) a Ă©tĂ© portĂ© en 2004[7] Ă  2,5 Milliards de tonnes de carbone (soit l’équivalent de 9,2 Milliards de tonnes de CO2 absorbĂ©). Cette quantitĂ© de carbone serait stockĂ©e pour moitiĂ© dans les sols (litiĂšre + humus) et plus provisoirement peut-ĂȘtre pour moitiĂ© dans les arbres (feuilles, branches, racines y compris) [7]. Seule une petite partie de ce carbone peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme durablement stockĂ©e.
En termes de monĂ©tarisation, de 2000 Ă  2004, environ 24,4 millions de tonnes (Mt)/an de carbone auraient ainsi Ă©tĂ© provisoirement sĂ©questrĂ©es par les arbres et les sols forestiers (89 Mt/an de CO2). Le prix de la tonne de CO2 stockĂ©e a chutĂ© de 32 € en avril 2006, puis 0,20 € en 2007), ce serait 0,6 Md d’euros, 2,8 Mds d’euros et 0,02 Md d’euros Ă©conomisĂ©s[7]. Cette variation des prix dictĂ©e par le marchĂ© ne permet pas d'Ă©valuer la valeur financiĂšre de la fonction puits de carbone des forĂȘts, mais cette valeur devrait a priori augmenter avec le temps.

La filiÚre bois, selon la durée de vie du bois extrait et manufacturé, contribue ou non à la lutte contre le réchauffement climatique. Elle a en 2004 utilisé 98 Mt de carbone (équivalant 359 Mt de CO2) mais dont une partie (papier, carton, cagettes, etc.) ne contribue pas à stocker du carbone[7].

Océans

Le blanchiment des rĂ©cifs coralliens (ici Ă  la RĂ©union) a des causes encore mal comprise, peut-ĂȘtre liĂ©e Ă  des microbes, Ă  l'eutrophisation, l'acidification des eaux et/ou aux prĂ©misses de changement climatique. Il prĂ©occupe les experts du monde entier

Les ocĂ©ans sont les principaux puits naturels de carbone, assimilĂ© via le plancton, les coraux et les poissons, puis transformĂ© en roche sĂ©dimentaire ou biogĂ©nique. Ils absorberaient environ 50 % du carbone Ă©mis dans l'air (sous forme de carbone dissous ou minĂ©ral).
Mais 50 % environ des coraux des eaux chaudes semblent malades ou morts ces derniĂšres dĂ©cennies, et lorsque le niveau de CO2 s'accroĂźt au delĂ  d'un seuil critique dans l'atmosphĂšre, en augmentant Ă©galement l'aciditĂ© des eaux marines, crĂ©ant potentiellement de dĂ©sastreux ocĂ©ans acides qui pourraient tuer le plancton qui piĂ©geait le mieux le carbone, et rendant l'ocĂ©an plus acide encore. De plus des zones mortes s'Ă©tendent dans les ocĂ©ans, qui deviennent Ă©mettrices de carbone ou de mĂ©thane. Les mers contiennent une quantitĂ© variable de CO2 dissoute, fonction de la biomasse et de la nĂ©cromasse, de la disponibilitĂ© en nutriments, de la tempĂ©rature et de la pression.
Le phytoplancton marin, Ă  l'instar des arbres, utilise la photosynthĂšse pour extraire le carbone du CO2. Il est le point de dĂ©part de la chaĂźne alimentaire ocĂ©anique. Le plancton et d'autres organismes marins utilisent le CO2 dissous dans l'eau ou prĂ©levĂ© dans leur nourriture pour constituer leurs squelettes et coquilles Ă  base de calcaire minĂ©ral, CaCO3. Ce mĂ©canisme Ă©limine le CO2 contenu dans l'eau et favorise la dissolution de celui contenu dans l'air. Les squelettes et coquilles calcaires ainsi que le "carbone organique" (nĂ©cromasse, excrĂ©tats et excrĂ©ments) de ces organismes tombent finalement en une « pluie Â» continue (dite « Neige marine Â») dans les fonds marins oĂč ils sĂ©dimentent pour lentement former des roches sĂ©dimentaires. Le carbone des cellules du plancton doit ĂȘtre immergĂ© entre 2000 et 4000 mĂštres de profondeur pour ĂȘtre emprisonnĂ© pour plusieurs milliers Ă  millions ou milliards d'annĂ©es sous forme de roche, les sĂ©diments superficiels Ă©tant pour partie brassĂ©s, remis en suspension et rĂ©utilisĂ©s comme nutriments par la biosphĂšre.

Résultats contradictoires sur l'état et capacités des puits de carbone océaniques

  • Une Ă©tude qui cherchait Ă  affiner la mesure de la dissolution rĂ©cente du CO2 dans l'ocĂ©an (utilisant les chlorofluorocarbones comme marqueurs), publiĂ©e en 2003 laissait penser que la capacitĂ© des ocĂ©ans Ă  absorber le CO2 avait Ă©tĂ© sous-estimĂ©e[8], cependant ceci est aussi le signe d'une accĂ©lĂ©ration de l'acidification des ocĂ©ans qui peut mettre en pĂ©ril le puits de carbone ocĂ©anique et se traduire par un relargage de CO2.
  • Inversement, des travaux rĂ©cents concluent Ă  une Ă©mission importante de CO2 et de mĂ©thane par les estuaires, et Ă  une saturation du puits ocĂ©anique pour l'hĂ©misphĂšre sud, ou plutĂŽt Ă  une dĂ©gradation de la capacitĂ© de ces mers Ă  pomper du carbone en raison des changements climatiques qui affectent les vents et l'agitation de l'eau. Selon Nicolas Metzl et son Ă©quipe, les mesures faites de 1998 Ă  2007 par le service d'observation de l'ocĂ©an indien (OISO) et les donnĂ©es accumulĂ©es depuis 1991 montrent que le taux de CO2 a augmentĂ© plus vite dans les eaux de surface de cet ocĂ©an que dans l'air (sachant que la diffusion du CO2 dĂ©pend de la tempĂ©rature et de la diffĂ©rence de concentration dans l'air et l'eau). Cependant, les vents ont augmentĂ© dans l'hĂ©misphĂšre sud, induisant un brassage des eaux de surface qui leur font perdre du CO2, et qui induisent un mĂ©lange avec les eaux profondes plus riche en CO2. Le puits de carbone de l'ocĂ©an indien pourraient donc ĂȘtre environ 10 fois moins efficace qu'on ne l'avait antĂ©rieurement estimĂ©.
    Un autre programme, europĂ©en, CARBOOCEAN a Ă©galement conclu Ă  une situation mauvaise au nord : la capacitĂ© de puits de CO2 aurait Ă©tĂ© divisĂ©e par deux aux latitudes Ă©levĂ©es de l'hĂ©misphĂšre nord, depuis 1996.
    Les hydrates de méthane piégés dans l'océan sont également un facteur à prendre en compte en cas de début de réchauffement marqué, qu'ils pourraient accélérer.
    Ces quatre éléments, sous réserve de confirmation pourraient significativement modifier les modélisations quand elles les intÚgreront[9].
  • Une Ă©tude[10]. du dĂ©but 2009 a montrĂ© qu'on avait fortement sous-estimĂ© l'importance des poissons qui, par leur capacitĂ© Ă  constamment produire dans leur intestin des carbonates peu solubles contribue aussi Ă  sĂ©questrer du carbone des eaux marines. Par exemple, le flet europĂ©en synthĂ©tise et rejette chaque heure et en moyenne 18 micromoles de carbone par kg de poisson (sous forme de calcite)[10]. Les poissons contribueraient ainsi Ă  3 %[11] Ă  15 %[12] du puits de carbone ocĂ©anique (voire 45 % si l'on prenait les hypothĂšses les plus "optimistes")[10]. De plus, un climat chaud associĂ© Ă  la surpĂȘche tendent Ă  rĂ©duire le nombre de grands poissons ; or, une petite taille du poisson et un eau plus chaude favorisent la formation de carbonates de calcium ou de magnĂ©sium (qui sont Ă©liminĂ©s avec la nĂ©cromasse, les fĂšces ou des boulettes de mucus)[10].
    Hélas, ces carbonates plus riche en magnésium sont aussi plus solubles à grande profondeur. Ils peuvent alors relarguer une partie de leur carbone, mais en tamponnant le milieu, au point que cela pourrait expliquer jusqu'à un quart de l'augmentation de l'alcalinité titrable des eaux marines dans les 1000 mÚtres sous la surface (cette anomalie de dureté de l'eau était jusqu'ici controversée car non expliquée par les océanographes)[10]).
    HĂ©las encore, c'est aussi dans les zones les plus favorables Ă  ce piĂ©geage du carbone (plateaux continentaux oĂč se concentre environ 80 % de la biomasse en poisson) que la surpĂȘche est la plus intense et que les zones mortes ont fait disparaitre le plus de poissons.

RĂŽle encore mal compris de la grande faune marine

Selon [13] l'universitĂ© Flinders (Australie), le cachalot joue par exemple un rĂŽle important dans le recyclage du fer, via ses excrĂ©ments qui en contiennent de grandes quantitĂ©s ; le fer - quand il est biodisponible - est un stimulant connu de la photosynthĂšse phytoplanctonique, qui est Ă  la base de la pompe Ă  carbone ocĂ©anique[13]. Les 12.000 cachalots d'Antarctique contribuent ainsi Ă  permettre l'absorption d'environ 400.000 t de carbone (environ deux fois ce que les cachalot Ă©mettent en respirant). Leurs excrĂ©ments dispersent annuellement environ 50 t/an (de fer) dans l'ocĂ©an, ce serait au moins 10 fois plus, s'ils n'avaient pas Ă©tĂ© pourchassĂ©s depuis deux siĂšcles[13]. Sans la pĂȘche baleiniĂšre, on estime qu'il y aurait aujourd'hui environ 120 000 cachalots rien que dans l'ocĂ©an Antarctique[13].

Améliorer la séquestration naturelle

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ForĂȘts

Les forĂȘts sont des rĂ©servoirs importants de carbone, par leur biomasse et nĂ©cromasse, et via leur sol (certains sols forestier tourbeux d'IndonĂ©sie atteignent 40 mĂštres d'Ă©paisseur). Ce puits de carbone est cependant faible dans certaines forĂȘts, et il n'existe que si elles grandissent ou si leur sol s'enrichit durablement en carbone.

La sĂ©questration forestiĂšre est faible au regard des rejets de CO2 liĂ©s Ă  la combustion de carbone fossile (charbon, pĂ©trole et gaz naturel). Il y a un consensus sur l'importance de protĂ©ger les forĂȘts relictuelles, notamment contre les incendies de forĂȘt, mais mĂȘme les scĂ©narios les plus optimistes concluent que massivement planter de nouvelles forĂȘts ne suffirait pas Ă  contre-balancer l'augmentation des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre ni endiguer le rĂ©chauffement climatique. Par exemple, la rĂ©duction des Ă©missions amĂ©ricaines de carbone de 7 %, comme stipulĂ© dans le protocole de Kyƍto, nĂ©cessiterait la plantation d'une forĂȘt de la taille du Texas tous les 30 ans, selon William H. Schlesinger, doyen de "l'Ă©cole Nicolas sur l'environnement et les sciences de la terre" Ă  l'universitĂ© Duke de Durham, N.C... Pour compenser leurs Ă©missions, la plupart des rĂ©gions dĂ©veloppĂ©es devraient planter une surface bien plus grande que l'ensemble de leur territoire. Il faudrait au total boiser une surface plus grande que celle qui est disponible sur les terres Ă©mergĂ©es (champs, villes et routes inclus). NĂ©anmoins, le potentiel n'est pas nĂ©gligeable, surtout si l'on vise des bois durs et denses et l'enrichissement des sols en matiĂšre organique, en zone tempĂ©rĂ©e notamment.

Le type de forĂȘt a une importance : les forĂȘts tempĂ©rĂ©es sont celles qui poussent le plus vite, mais les forĂȘts tourbeuses plus nordiques forment des puits de carbone Ă©galement (tourbiĂšres). Les forĂȘts tropicales ont d'abord Ă©tĂ© jugĂ©es neutres Ă  l'Ă©gard du carbone, mais une Ă©tude rĂ©cente[14] (mesures faites sur 2 millions d'arbres dans le monde) a montrĂ© qu'elles Ă©taient globalement aussi des puits de carbone, fonction qui pourrait bientĂŽt ĂȘtre limitĂ©e par le stress hydrique.
Le type de gestion importe Ă©galement : une trĂšs jeune forĂȘt plantĂ©e sur coupe rase peut avoir un bilan-carbone nĂ©gatif les 10 ou 12 premiĂšres annĂ©es, perdant plus de carbone qu'elle n'en stocke. La coupe rase favorise en outre souvent l'Ă©rosion des sols et la perte du carbone qu'ils contenaient (significative en zone tempĂ©rĂ©e et froide).

Le « rĂ©seau forestier de puits CO2 Â» Ă  long terme est exposĂ© aux incendies, aux tempĂȘtes, aux maladies qui peuvent ĂȘtre exacerbĂ©es par un « effet local de refroidissement Â» dĂ» Ă  l'absorption de carbone lors de la pousse des forĂȘts peut ĂȘtre contre-balancĂ© par les effets de la forĂȘt sur la rĂ©flexion de la lumiĂšre solaire, ou albĂ©do. Les forĂȘts de haute Ă  moyenne latitude ont un effet albĂ©do plus faible durant les pĂ©riodes de neige que les forĂȘts enneigĂ©es de latitude basse, contribuant au rĂ©chauffement climatique. Divers programmes proposent Ă  des entreprises d'acheter des parcelles de forĂȘt pour les protĂ©ger (ex action « Cool Earth Â»), en Ă©change de "crĂ©dits-carbone" compensant des Ă©missions industrielles ou de particuliers. Cette approche est discutĂ©e. Ainsi en octobre 2007, Davi Kopenawa (chamane amĂ©rindien (yanomami) ayant obtenu le prix Global 500 du PNUE en 1991) a remis Ă  Gordon Brown (1er ministre britannique) un rapport montrant que la protection de la forĂȘt par la reconnaissance des droits fonciers de leurs populations autochtones permettrait de protĂ©ger rapidement 15 000 fois la surface concernĂ©e par le programme « Cool Earth Â» (162 millions d'ha de forĂȘt tropicale ont dĂ©jĂ  ainsi Ă©tĂ© protĂ©gĂ©es, par reconnaissance des droits des populations qui y vivent, suite notamment au mouvement lancĂ© par Chico Mendes dans les annĂ©es 1970)[15]

2008. Selon l'étude de Beverly Law menée sur 519 plots forestiers ùgés de l'hémisphÚre nord, ces arbres anciens ont bien un bilan de capture de CO2 positif.

Séquestration océanique

Article dĂ©taillĂ© : fertilisation de l'ocĂ©an.

L'océan est le principal puits de carbone planétaire, mais il est saturé et semble commencer à s'acidifier.

L'ajout de micro-particules de fer (hĂ©matite) ou de sulfate de fer dans l'eau a Ă©tĂ© proposĂ© pour doper la sĂ©questration du carbone par l'ocĂ©an par le plancton. Le fer naturel est un oligoĂ©lĂ©ment, facteur limitant pour la croissance du phytoplancton. Il provient des remontĂ©es d'eau le long de cĂŽtes (« upwellings Â»), des riviĂšres et dĂ©pĂŽts d'aĂ©rosols et poussiĂšres. Certains estiment que les sources naturelles de fer diminuent depuis quelques dĂ©cennies, limitant la productivitĂ© organique et la biomasse ocĂ©aniques (NASA, 2003) et donc le pompage biologique du CO2 atmosphĂ©rique par la photosynthĂšse.

En 2002, un test dans l'ocĂ©an Pacifique prĂšs de l'Antarctique a suggĂ©rĂ© qu'entre 10 000 et 100 000 atomes de carbone sont absorbĂ©s lorsque un atome de fer est ajoutĂ© dans l'ocĂ©an. Des travaux allemands (2005) ont laissĂ© penser que tout type de biomasse carbonique des ocĂ©ans, soit enfoui en profondeur, soit recyclĂ© dans la zone euphotique, reprĂ©sente un stockage Ă  long terme du carbone. L'apport de nutriments ferreux dans des zones sĂ©lectionnĂ©es de l'ocĂ©an, Ă  juste mesure, pourrait alors doper la productivitĂ© ocĂ©anique et limiter les effets dĂ©sastreux des Ă©missions humaines de CO2 dans l'atmosphĂšre.

Le Pr Wolfgang Arlt de l'Université d'Erlangen-Nuremberg (Allemagne) propose d'injecter du CO2 dissous à grande profondeur, en veillant à le répartir à l'échelle planétaire et en le tamponnant éventuellement avec des substances alcalines. Il estime que ce CO2 n'aurait qu'un faible impact en termes d'acidification s'il était injecté dans des eaux froides et denses plongeant dans l'océan profond, et que le CO2 ainsi injecté prÚs de l'Europe serait redistribué jusqu'en Australie en un siÚcle, selon lui sans affecter la vie marine ni la vie des fonds marins.

D'autres doutent de la fiabilité de la méthode, notamment à long terme. Ils argumentent que les effets globaux d'adjonction de fer sur le phytoplancton et sur les écosystÚmes océaniques sont mal connus, et nécessitent des études plus poussées.

  • Le phytoplancton produit des nuages via la libĂ©ration de sulfure de dimĂ©thyle (DMS) qui est converti en aĂ©rosols sulfatĂ©s dans l'atmosphĂšre et formant noyau de condensation nuageuse (ou CCN en anglais), l'eau vapeur Ă©tant un gaz Ă  effet de serre et les nuages contribuant Ă  modifier l'insolation et donc la photosynthĂšse.
  • Le risque d'eutrophisation et d'acidification doit ĂȘtre localement pris en compte, alors que les zones marines mortes sont plus nombreuses et s'Ă©tendent.
  • Enfin, ce sont les mers du Sud qui se sont montrĂ©es pauvres en fer, alors qu'il ne manque pas dans l'hĂ©misphĂšre Nord, lĂ  oĂč les Ă©missions de CO2 sont les plus importantes et oĂč la bioproductivitĂ© est la plus Ă©levĂ©e.
  • Une campagne (KEOPS[16]) a montrĂ©[17] autour des Ăźles Kerguelen, zone de floraison estivale annuelle de phytoplancton, que le phĂ©nomĂšne Ă©tait corrĂ©lĂ© Ă  la prĂ©sence de fer venant des eaux profondes, mais que le puits de carbone Ă©tait au moins deux fois plus important avec le fer naturel que dans le cas d'une fertilisation artificielle, et qu'il fallait bien moins de fer dans le cas de cette « fertilisation Â» naturelle qui s'est montrĂ©e plus de 10 fois plus efficace que les expĂ©rimentations d'ensemencement de la mer en fer. Ceci jette le doute sur les propositions d'intervention par l'homme (gĂ©o-ingĂ©nierie), tout en confirmant l'importance des apports naturels de fer qui pourraient aussi ĂȘtre modifiĂ©s par des modifications des courants profonds, ce qui pourrait expliquer certaines fluctuations palĂ©oclimatiques.

L'IPCC reste trĂšs prudent sur les capacitĂ©s de l'ocĂ©an Ă  absorber plus de carbone, mais juge que l'Ă©tude des impacts et du comportement du CO2 dans l'ocĂ©an profond doit ĂȘtre mieux Ă©tudiĂ©. L'OMI et la convention de Londres ont estimĂ© fin 2008 que les activitĂ©s de fertilisation de l'ocĂ©an autres que pour des expĂ©rimentations scientifiques devaient ĂȘtre interdites[18].

Le cycle du méthane dans les écosystÚmes et dans les eaux est par ailleurs encore également mal connu.

Sols

On estime que les sols stockaient Ă  la fin du XXe siĂšcle environ 2 000 gigatonnes de carbone sous forme de matiĂšre organique. C'est presque trois fois le carbone atmosphĂ©rique, et quatre fois le carbone de la biomasse vĂ©gĂ©tale. Mais cette fonction se dĂ©grade rapidement et presque partout, dans les sols agricoles labourĂ©s surtout. L'augmentation des quantitĂ©s d'humus et de matiĂšre organique permettraient d'amĂ©liorer la qualitĂ© de ces sols et la quantitĂ© de carbone sĂ©questrĂ©. Le semis direct, la vraie jachĂšre la restauration de sols vivant par des techniques de type BRF (Bois ramĂ©al fragmentĂ©) peuvent y contribuer.
Le sous-sol stocke deux fois plus que le sol trĂšs superficiel.

  • Les prairies accumulent d'Ă©normes quantitĂ©s de matiĂšres organiques, essentiellement sous forme de racines et micro-organismes, de maniĂšre relativement stable sur de longues durĂ©es. Mais dans le monde, depuis 1850, une grande partie de ces prairies ont Ă©tĂ© converties en champs ou urbanisĂ©es, perdant ainsi par oxydation de grandes quantitĂ©s de carbone.
  • Une agriculture sans labour augmente le carbone stockĂ© dans le sol, y compris en zone tempĂ©rĂ©e (testĂ©e par exemple Ă  Boigneville en France dans le Bassin parisien oĂč l'on a ainsi obtenu un doublement du stockage annuel de carbone sous une rotation maĂŻs-blĂ© dans le sol les 20 premiĂšres annĂ©es (passant d'environ 0,10 t de C/ha/an Ă  0,20), aprĂšs quoi un effet de saturation semble intervenir[19],
  • une conversion de champs en pĂąturage bien gĂ©rĂ©e emprisonne encore plus de carbone.
  • Les mesures de lutte contre l'Ă©rosion, le maintien d'une couverture vĂ©gĂ©tale hivernale et une rotation des cultures augmentent aussi le taux de carbone des sols.

L’augmentation du CO2 de l’air pourrait ne pas ĂȘtre compensĂ© par une plus grande sĂ©questration dans les sols. Une Ă©tude[20] a montrĂ© que l’exposition longue Ă  un doublement du taux de CO2 atmosphĂ©rique accĂ©lĂšre fortement la dĂ©gradation de la matiĂšre organique des sols forestiers d’un boisement de chĂȘnes (⇒ dĂ©stockage de carbone du sol). Les arbres ont stockĂ© plus de carbone (212 g/mÂČ en aĂ©rien et 646 g/mÂČ dans les racines), mais 442 g/mÂČ de carbone ont Ă©tĂ© perdu dans le sol, essentiellement dans les 10 cm superficiels, en raison semble-t-il des impacts du CO2 sur le sol (acidification et stimulation de l'activitĂ© enzymatique des microorganismes du sol qui augmente la dĂ©composition de la matiĂšre organique, et plus encore s’il y a des apports carbonĂ©s (litiĂšre)). Cette Ă©tude doit ĂȘtre confirmĂ©e par des Ă©tudes sur sols riches, car il s’agissait ici de sols pauvres oĂč le carbone Ă©tait Ă  75% constituĂ© de chaĂźnes carbonĂ©es fragiles.

SĂ©questration artificielle

Schéma de principe de la séquestration artificielle du carbone produit par une centrale électrique au fuel, ou de sa valorisation comme engrais (mais acidifiant, et avec un effet de seuil)

Pour sĂ©questrer du carbone artificiellement (i.e. sans utiliser le processus naturel de cycle de carbone), il doit prĂ©alablement ĂȘtre capturĂ©. Ensuite, il est stockĂ© par diffĂ©rents moyens.

Les usines de purification du gaz naturel doivent Ă©liminer le dioxyde de carbone, pour Ă©viter que la glace carbonique obstrue les camions-citernes ou empĂȘcher les concentrations de CO2 d'excĂ©der les 3% maximum permis sur le rĂ©seau de distribution de gaz naturel.

Au delĂ , une des techniques les plus prometteuses d'emprisonnement de carbone est la capture du CO2 provenant des fumĂ©es de centrales Ă©lectriques (dans le cas du charbon, ceci est connu en tant que "charbon propre"). Typiquement, une station Ă©lectrique rĂ©cente produisant 1000 mĂ©gawatts par combustion du charbon rejette environ 6 millions de tonnes de CO2 annuellement. De plus, une usine de charbon de 1000-MW requiert le stockage de 50 millions de barils de CO2 par an. Les coĂ»ts de production de l'Ă©lectricitĂ© sont rĂ©duits quand la technologie de gazĂ©ification du charbon est utilisĂ©e dans les nouvelles installations, bien que cette Ă©lectricitĂ© coĂ»te 10 Ă  12 % plus cher que celle produite par combustion de carbone fossile.

Le transport du dioxyde de carbone devra rĂ©pondre Ă  des normes de sĂ©curitĂ© sĂ©vĂšres, Ă©tant donnĂ© qu'il est mortel Ă  des concentrations supĂ©rieures Ă  10%, comme l'a montrĂ© le tragique dĂ©gazage du lac Nyos. La conception de bateaux de transport de dioxyde de carbone sur le mĂȘme principe que les mĂ©thanier est Ă  l'Ă©tude.

Capture du carbone

Actuellement, l'absorption du CO2 se fait à grande échelle au moyen de dissolvants aminés, surtout avec le monoéthanolamine (2-aminoéthanol, nomenclature UICPA). D'autres techniques sont à l'étude, comme l'absorption par variation rapide de température/pression, la séparation des gaz et la cryogénie.

Dans les centrales Ă©lectriques Ă  charbon, les principales alternatives aux absorbeurs de CO2 Ă  base d'amine sont la gazĂ©ification du charbon et la combustion oxygĂšne-fuel. La gazĂ©ification produit un gaz primaire constituĂ© d'hydrogĂšne et de monoxyde de carbone, qui est brĂ»lĂ© pour donner du dioxyde de carbone. La combustion oxygĂšne-fuel brĂ»le le charbon avec de l'oxygĂšne Ă  la place de l'air, produisant ainsi uniquement du CO2 et de la vapeur d'eau, facilement sĂ©parables. Cependant, cette combustion produit une tempĂ©rature extrĂȘme et les matĂ©riaux supportant cette tempĂ©rature restent Ă  crĂ©er.

Une autre option à long terme est la capture du carbone de l'air en utilisant des hydroxydes. L'air sera littéralement dépouillé de tout son CO2. Cette idée est une alternative aux combustibles non fossiles pour le secteur des transports (voiture, camion, transports en commun
)

Un test mené à l'usine d'électricité de 420 mégawatts de la société Elsam, à Esbjerg (Danemark) a été inauguré le 15 mars 2006[21] dans le cadre du projet européen Castor piloté par l'Institut français du pétrole (IFP) qui rassemble une trentaine de partenaires industriels et scientifiques. Ce procédé postcombustion doit permettre de diviser de moitié le coût de capture du CO2, le ramenant entre 20 et 30 euros la tonne.

Son coĂ»t sur quatre ans (2004-2008) est de 16 millions d'euros, dont 8,5 millions sont financĂ©s par l'Union europĂ©enne. Castor vise Ă  valider des technologies destinĂ©es aux grosses unitĂ©s industrielles - usine Ă©lectrique, aciĂ©rie, cimenterie, etc. -, dont l'activitĂ© engendre 10 % des Ă©missions europĂ©ennes de CO2, afin que cette technique soit en rapport avec le prix europĂ©en des permis d'Ă©mission de CO2 (alors Ă  27 € la tonne).

Capture post-combustion

Les rejets de centrales thermiques sont constituĂ©s de moins de 20 % de dioxyde de carbone. Ainsi, avant de l'enfouir sous la terre, il faut le capturer: c'est la capture post-combustion. En Ă©tant en contact avec des gaz acides (comme le CO2), une solution aqueuse de 2-aminoĂ©thanol forme un sel Ă  tempĂ©rature ambiante. La solution est alors transportĂ©e dans un milieu fermĂ© oĂč elle est chauffĂ©e Ă  environ 120°, ce qui, selon le principe de Le ChĂątelier, libĂšre le CO2 (pur) et regĂ©nĂšre, en solution aqueuse, le 2-aminoĂ©thanol. Capture co2 avec monoethanolamine.JPG

Océans

L'injection directe du carbone dans l'ocĂ©an est un autre type de sĂ©questration envisageable. Dans cette mĂ©thode, le CO2 est enfoui dans les eaux profondes, afin de former un « lac Â» de CO2 liquide piĂ©gĂ© par la pression exercĂ©e en profondeur. Des expĂ©riences menĂ©es entre 350 et 3600 mĂštres indiquent que le CO2 liquide rĂ©agit Ă  la pression en se solidifiant en hydrate de mĂ©thane, qui se dissout graduellement dans les eaux environnantes. L'emprisonnement n'est donc que temporaire.

Cette technique a des conséquences environnementales dangereuses. Le CO2 réagit avec l'eau pour former de l'acide carbonique H2CO3. L'équilibre biologique des fonds marins, mal connu, sera probablement affecté. Les effets sur les formes de vie benthique des zones pélagiques sont inconnus. D'un point de vue politique, il n'est pas certain que le stockage du carbone dans ou sous les océans soit compatible avec la Convention de Londres sur la prévention de la pollution marine [1].

Une autre mĂ©thode de sĂ©questration ocĂ©anique Ă  long terme est le rassemblement de rĂ©sidus de rĂ©coltes (comme les fanes de blĂ©s ou l'excĂšs de paille) dans de grands ballots de biomasse, puis leur dĂ©pĂŽt dans les zones "d'Ă©ventails alluviaux" (alluvial fan) des bassins ocĂ©aniques profonds. Immerger ces rĂ©sidus dans les Ă©ventails alluviaux aura pour effet de les enterrer rapidement dans la vase du plancher ocĂ©anique, emprisonnant la biomasse pour un temps trĂšs important. Les Ă©ventails alluviaux existent dans tous les ocĂ©ans et mers du monde oĂč les riviĂšres des deltas se jettent dans le plateau continental, comme par exemple pour l'Ă©ventail alluvial du Mississippi dans le golfe du Mexique et l'Ă©ventail du Nil dans la mer MĂ©diterranĂ©e.

Utilisation spécifique d'algues

La ville de Libourne envisage d'Ă©quiper un de ses parkings de « lampadaires absorbeurs de CO2 Â». Ils se trouveraient munis d'un rĂ©servoir contenant des algues. Celles-ci, placĂ©es Ă  proximitĂ© d'une source de lumiĂšre absorberaient le dioxyde de carbone et Ă©mettraient du dioxygĂšne[22].

La sélection d'organismes adaptés permet d'envisager d'important rendements. On estime qu'un dispositif de ce type d'un volume d'1,5 m³ pourrait absorber jusqu'à une tonne de CO2 par an.

Sols

Le projet Castor prĂ©voit l'Ă©tude de quatre sites de stockage gĂ©ologique du CO2 : Le rĂ©servoir pĂ©trolier de Casablanca qui se situe au large des cĂŽtes nord-est de l'Espagne, le gisement de gaz naturel d'Atzbach-Schwanenstadt (Autriche), l'aquifĂšre de Snohvit (NorvĂšge) et le gisement de gaz naturel K12B exploitĂ© par Gaz de France au large de la Hollande, desquels il est nĂ©cessaire de s'assurer de l'Ă©tanchĂ©itĂ©. D'autres projets d'esprit similaire sont en cours de par le monde.

Selon le BRGM[23], les 20 milliards de tonnes de dioxyde de carbone Ă©mis chaque annĂ©e devront ĂȘtre stockĂ©es dans les aquifĂšres salins. Les aquifĂšres salins sont des nappes d'eau trop salĂ©es pour ĂȘtre exploitĂ©es. Leur capacitĂ© d'accueil est estimĂ©e de 400 Ă  10 000 milliards de tonnes, Ă  comparer aux 40 des gisements de charbons inaccessibles, aux 950 des gisements d'hydrocarbures et aux 20 des Ă©missions annuelles actuelles. Le gaz doit ĂȘtre injectĂ© Ă  une profondeur d'au moins 800 mĂštres sous 800 bars de pression, Ă  une tempĂ©rature de 40 degrĂ©s, sous une forme "supercritique" en Ă©quilibre avec son environnement. Il formera progressivement de l'eau gazeuse.

Stockage géologique

Aussi connu sous le nom de séquestration géologique (et plus rarement géoséquestration), cette technique utilise l'injection de dioxyde de carbone directement dans des formations géologiques souterraines. Les champs de pétroles et aquifÚres salins qui ne sont plus exploités sont des sites de stockages idéals. Les cavernes et anciennes mines, communément utilisés pour stocker le gaz naturel, ne sont pas utilisées à cause d'un manque de sécurité dans le stockage.

Le CO2 a Ă©tĂ© injectĂ© dans les champs de pĂ©troles en dĂ©clin depuis plus de 30 ans, afin d'augmenter le taux de rĂ©gĂ©nĂ©ration du pĂ©trole. Cette option est intĂ©ressante car le coĂ»t de stockage est compensĂ© par la vente du pĂ©trole additionnel qui a Ă©tĂ© rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©. D'autres bĂ©nĂ©fices de cette technique proviennent de l'usage d'infrastructures existantes et des donnĂ©s gĂ©ophysiques et gĂ©ologiques obtenus par l'exploration du pĂ©trole. Tous les champs de pĂ©trole disposent d'une barriĂšre gĂ©ologique empĂȘchant la remontĂ©e de fluides gazeux (tel le CO2 dans le futur).

Les inconvénients des champs de pétrole résident dans leur distribution géographique et leur capacité limitée.

Puits de carbone et protocole de Kyƍto

Le protocole de Kyƍto affirmant que la vĂ©gĂ©tation absorbe du CO2, les pays ayant des forĂȘts Ă©tendues peuvent en dĂ©duire une certaine partie de leurs Ă©missions (article 3, alinĂ©a 3 du protocole de Kyƍto); leur facilitant l'accĂšs au niveau d'Ă©mission qui leur a Ă©tĂ© fixĂ©.

On estime qu'en 2030, les combustibles fossiles reprĂ©senteront encore plus des trois quarts de l'Ă©nergie utilisĂ©e. Ceux qui sauront piĂ©ger le CO2 Ă  sa source (22 % des Ă©missions viennent de l'industrie, 39 % de la production Ă©lectrique) auront un levier puissant sur le futur marchĂ© mondial des quotas d'Ă©missions[21].


Voir aussi

Articles connexes

Documentaires

Carbon Public Enemy No 1 de Nicolas Koutsikas et Stephan Poulle ©Georama TV/BlueWing/2d3d Anamations/ERT

Bibliographie

  • [24]
  • APPS M.-J (2003). Les forĂȘts, le cycle mondial du carbone et le changement climatique. Actes du XIIe CongrĂšs forestier mondial, QuĂ©bec city, Canada, 2003. (consultĂ© le 08/10/2007).
  • DUPOUEY Jean-Luc, PIGNARD GĂ©rĂŽme (2001). Quelques problĂšmes posĂ©s par l’évaluation des flux de carbone forestier au niveau national. Revue ForestiĂšre Française, n° spĂ©cial "les 40 ans de l’IFN", 3-4-2001
  • DUPOUEY Jean-Luc, PIGNARD GĂ©rĂŽme, HAMZA Nabila (2006). INRA – La sĂ©questration de carbone en forĂȘt ; consultĂ© le 05/10/2007.
  • EurObserv’ER (2006). Le baromĂštre biomasse solide. SystĂšmes solaires n°176, dĂ©cembre 2006 (consultĂ© le 25/10/2007).
  • IFN (Inventaire Forestier National) (2005). L’IF n°7 – La forĂȘt française : un puits de carbone ? Son rĂŽle dans la limitation des changements climatiques PDF en ligne. L’IF, mars 2005.
  • MinistĂšre de l'Écologie, du DĂ©veloppement et de l’AmĂ©nagement Durables (2006). Qu’est-ce qu’un projet domestique CO2 ? ; DĂ©cembre 2006.
  • PIGNARD GĂ©rĂŽme (2000). Évolution rĂ©cente des forĂȘts françaises : surface, volume sur pied, productivitĂ©. Revue ForestiĂšre Française, Tome LII, n° spĂ©cial 2000, p. 27-36.
  • PIGNARD GĂ©rĂŽme, HAMZA Nabila, DUPOUEY Jean-Luc (2004). Estimation des stocks et des flux de carbone dans la biomasse des forĂȘts françaises Ă  partir des donnĂ©es de l’Inventaire forestier national, In LOUSTAU Denis (coord.). Rapport final du projet CARBOFOR : SĂ©questration de Carbone dans les grands Ă©cosystĂšmes forestiers en France. Quantification, spatialisation, vulnĂ©rabilitĂ© et impacts de diffĂ©rents scĂ©narios climatiques et sylvicoles. Juin 2004.

(Consulter)

Liens externes

Références

  1. ↑ Voir Article 83 de la Loi Grenelle II, page 115/308 de la version PDF
  2. ↑ Giec, Changements climatiques 2001 : Rapport de synthĂšse. RĂ©sumĂ© Ă  l’intention des dĂ©cideurs, 2001, 37 p.
  3. ↑ a, b, c et d voir carte mondiale, in JoĂ«l Boulier, GĂ©ographie et environnement ; Les forĂȘts au secours de la planĂšte : quel potentiel de stockage du carbone ? ; L'Espace gĂ©ographique 2010/4 (Tome 39), 98 pages, Ed : Belin ; ISBN:9782701156217 (RĂ©sumĂ©)
  4. ↑ (en) The case of the missing sink
  5. ↑ a, b, c, d, e et f Évaluation des ressources forestiĂšres mondiales 2010 ; Rapport principal, Ă©valuation la plus complĂšte jamais faite des forĂȘts mondiales jamais effectuĂ©e, pour 233 pays et zones et pour la pĂ©riode 1990 Ă  2010 et pour pour plus de 90 variables clĂ©s relatives Ă  l’étendue, l’état, les utilisations et les valeurs des forĂȘts.. Version francophone, FAO, 2010
  6. ↑ IFN, La forĂȘt française : un puits de carbone ? son rĂŽle dans la limitation des changements climatiques, l'IF, 7 mars 2005
  7. ↑ a, b, c et d L’environnement en France - Édition 2010 - COll. RĂ©fĂ©rences Commissariat gĂ©nĂ©ral au dĂ©veloppement durable, juin 2010 par le service de l'observation et des statistiques
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  10. ↑ a, b, c, d et e R. W. Wilson,1; F. J. Millero; J. R. Taylor ; P. J. Walsh ; V. Christensen ; S. Jennings,;M. Grosell; « Contribution of Fish to the Marine Inorganic Carbon Cycle Â»; Science 16 January 2009: Vol. 323. no. 5912, pp. 359 - 362 DOI: 10.1126/science.1157972 ; 2009
  11. ↑ ...si on estime qu'il y a 812 millions de t de poissons dans les mers (fourchette basse)
  12. ↑ ...si l'on estime qu'il y a 2,05 milliards de tonnes(fourchette haute crĂ©dible)
  13. ↑ a, b, c et d Trish J. Lavery, Ben Roudnew, Peter Gill, Justin Seymour1, Laurent Seuront, Genevieve Johnson, James G. Mitchell1 and Victor Smetacek  ; Iron defecation by sperm whales stimulates carbon export in the Southern Ocean ; journal de recherche biologique de la Royal Society: Proceedings of the Royal Society, Biological Sciences ; Online ISSN:1471-2954 ([rĂ©sumĂ©])
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  15. ↑ Source : Courrier international du 24 nov 2007, et Survival International
  16. ↑ Kerguelen Ocean and Plateau compared Study, associant 16 laboratoires de recherche dans le monde (français, australien, belge et nĂ©erlandais)
  17. ↑ Effect of natural iron fertilization on carbon sequestration in the Southern Ocean. StĂ©phane Blain et al. Nature. 26 avril 2007.
  18. ↑ CommuniquĂ© de la Convention de Londres et de l'OMI intitulĂ© "Ocean fertilization operations should be allowed only for research, say Parties to international treaties"
  19. ↑ A Metay, B Mary, D Arrouays, J Labreuche, M Martin, B Nicolardot, J -C Germon Effets des techniques culturales sans labour sur le stockage de carbone dans le sol en contexte climatique tempĂ©rĂ©  ; Canadian Journal of Soil Science, 2009, 89:(5) 623-634, 10.4141/CJSS07108 (RĂ©sumĂ©)
  20. ↑ ExpĂ©rience faite par le Smithsonian Environmental Research Center, dans le Merritt Island Wildlife Refuge, (Cape Canaveral, Floride) sur des chĂȘnes de Turquie (Quercus laevis) poussant sur sols pauvres et exposĂ©s 6 ans Ă  un doublement du taux de CO2. Source : Karen M. Carney, Bruce A. Hungate, Bert G. Drake, and J. Patrick Megonigal, Altered soil microbial community at elevated CO2 leads to loss of soil carbon, Proc. Natl. Acad. Scie. U.S.A., published March 13, 2007, 10.1073/pnas.0610045104 texte intĂ©gral)
  21. ↑ a et b Le Monde du 19 mars 2006
  22. ↑ Archives du Monde lampadaires Ă  algues-absorbeurs de CO2 de Libourne, proposĂ©s par la stĂ© Tyca
  23. ↑ CitĂ© par LibĂ©ration, 3 juin 2006, page 37
  24. ↑ Arrouays D & al. Estimation de stocks de carbone organique des sols Ă  diffĂ©rentes Ă©chelles d’espace et de temps, Reçu: mai 2003; AcceptĂ©: novembre 2003 Étude et Gestion des Sols, Volume 10, 4, 2003 - pages 347 Ă  355

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