1914-1918

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1914-1918

PremiĂšre Guerre mondiale

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PremiĂšre Guerre mondiale
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Informations générales
Date du 4 août 1914
au 11 novembre 1918
Lieu Europe, Afrique et le Moyen-Orient (briĂšvement aussi en Chine et dans l’ocĂ©an Pacifique)
Issue Victoire de l’Entente;
Traité de Versailles. Création de la SDN.
Belligérants
Triple-Entente :
France France
Royaume-Uni Royaume-Uni
Russian Empire 1914 17.svg Russie impériale
Drapeau du Royaume de Serbie Royaume de Serbie
Flag of Italy (1861-1946).svg Royaume d'Italie
États-Unis Ă‰tats-Unis
Belgique Belgique
et autres
Triple-Alliance :
Drapeau: Empire allemand Empire allemand
Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Empire Ottoman  Empire ottoman
Drapeau bulgare Bulgarie
Commandants
France Georges Clemenceau
Flag of the United Kingdom.svg David Lloyd George
Russian Empire 1914 17.svg Nicolas II
Flag of Italy (1861-1946).svg Vittorio Emanuele Orlando
US flag 48 stars.svg Woodrow Wilson

Flag of Belgium (civil).svg Albert Ier de Belgique

Flag of the German Empire.svg Guillaume II
Flag of the Habsburg Monarchy.svg François-Joseph Ier
Ottoman Flag.svg Mehmed V
Flag of Bulgaria (1878-1944).svg Ferdinand Ier
Batailles
Front de l’Ouest

Frontiùres – Liùge – Anvers – Yser – Grande Retraite – Marne (1914) – Course à la mer – 1re Messines – Neuve Chapelle – Ypres (1915) – Artois (05-1915) – Artois (09-1915) – Loos – Hartmannswillerkopf – Verdun – Hulluch – Somme – Cîte 70 – Arras (1917) – Vimy – Chemin des Dames – 2e Messines – Passchendaele – Cambrai (1917) – Cambrai (1918) – Michael – Amiens (1918) – Lys – Aisne (1918) – Bois Belleau – Marne (1918) – Chñteau-Thierry – Hamel – Cent-Jours


Front italien
1re Isonzo – 2e Isonzo – 3e Isonzo – 4e Isonzo – 5e Isonzo – 6e Isonzo – 7e Isonzo – 8e Isonzo – 9e Isonzo – 10e Isonzo – Mont Ortigara – 11e Isonzo – Caporetto (12e Isonzo) – Piave –Vittorio Veneto –


Front de l’Est
Stalluponen – Gumbinnen – Tannenberg – Lemberg – Krasnik – Lacs de Mazurie (I) – Przemyƛl – Vistule – ƁódĆș – Bolimov – Lacs de Mazurie (II) – Gorlice-TarnĂłw – Varsovie – Lac Naroch – Offensive Brusilov – Offensive Kerensky


Afrique et Méditerranée
Lai – Sandfontein – Tanga – Dardanelles – Naulila – Jassin – Gibeon – Bukoba – Salaita – Beringia – Negomano


Batailles navales
1re Heligoland – Penang – Coronel – Falklands – Dogger Bank – Gotland – Juttland – Pas-de-Calais – DĂ©troit de Muhu – 2e Heligoland – Zeebruges – 1er Ostende – 2e Ostende

La PremiĂšre Guerre mondiale[note 1] est un conflit militaire qui s'est principalement dĂ©roulĂ© en Europe de 1914 Ă  1918. Un des Ă©vĂšnements marquants du XXe siĂšcle, cette guerre (parfois qualifiĂ©e de totale) a atteint une Ă©chelle et une intensitĂ© inconnues jusqu'alors. Elle a mis en jeu plus de soldats, provoquĂ© plus de dĂ©cĂšs et causĂ© plus de destruction matĂ©rielle que toute guerre antĂ©rieure. Plus de 60 millions de soldats y ont pris part[1],[2]. Pendant cette guerre, environ 10 millions de personnes sont dĂ©cĂ©dĂ©es et environ 20 millions sont devenues invalides[3]. D'autres Ă©vĂšnements survenus pendant cette pĂ©riode : le gĂ©nocide armĂ©nien (1915-1916), la premiĂšre Bataille de l'Atlantique (1917), la RĂ©volution russe (1917) et la grippe de 1918, ont augmentĂ© la dĂ©tresse des populations civiles. Pour toutes ces raisons, cette Ă©poque a marquĂ© de façon indĂ©lĂ©bile ceux qui l'ont vĂ©cue.

Cette guerre a amenĂ© de profonds changements gĂ©opolitiques, lesquels ont profondĂ©ment modifiĂ© le cours du XXe siĂšcle. Elle a causĂ© l'effondrement ou la fragmentation des empires austro-hongrois, russe et ottoman. L'Empire allemand a disparu et l'Allemagne a vu son territoire rĂ©duit. ConsĂ©quemment, les cartes de l'Europe et du Moyen-Orient ont Ă©tĂ© redessinĂ©es. Des monarchies ont Ă©tĂ© remplacĂ©es par des États communistes ou par des rĂ©publiques dĂ©mocratiques. Pour la premiĂšre fois, une institution internationale a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e dans le but de prĂ©venir les guerres : la SociĂ©tĂ© des nations.

L'Ă©tincelle qui provoqua la guerre survint le 28 juin 1914, lorsque des Serbes bosniaques parvinrent Ă  assassiner l'archiduc François-Ferdinand, hĂ©ritier du trĂŽne austro-hongrois. Les exigences de vengeance de l'Autriche-Hongrie Ă  l'encontre du Royaume de Serbie menĂšrent Ă  l'activation d'une sĂ©rie d'alliances qui obligĂšrent plusieurs puissances europĂ©ennes Ă  s'engager sur la voie de la guerre. Plusieurs de ces nations Ă©taient Ă  la tĂȘte d'empires s'Ă©tendant sur plusieurs continents, ce qui explique la portĂ©e mondiale du conflit.

Cette guerre fut surtout le fait de deux grandes alliances : la Triple-Entente et celle des Empires centraux. La Triple-Entente Ă©tait composĂ©e de la France, de la Grande-Bretagne, de la Russie et des empires qu'elles contrĂŽlaient en tant que grandes puissances coloniales. Plusieurs États se joignirent Ă  cette coalition, dont le Japon en aoĂ»t 1914, l'Italie en avril 1915 et les États-Unis en avril 1917. La coalition des Empires centraux Ă©tait initialement constituĂ©e de l'Allemagne, de l'Autriche-Hongrie et des empires qu'elles contrĂŽlaient. L'Empire ottoman les rejoignit en octobre 1914, suivi un an plus tard de la Bulgarie. À la fin des hostilitĂ©s, seuls les Pays-Bas, la Suisse, l'Espagne, les États scandinaves et Monaco Ă©taient demeurĂ©s officiellement neutres parmi les nations europĂ©ennes, mais certaines avaient participĂ© financiĂšrement ou matĂ©riellement aux efforts de guerre des protagonistes.

Les combats se dĂ©roulĂšrent en majoritĂ© sur diffĂ©rents fronts qui se situĂšrent surtout en Europe, mais une petite partie de l’Asie et de l’Afrique, ainsi que l’Atlantique Nord subirent des conflits. Le front de l'Ouest Ă©tait caractĂ©risĂ© par un ensemble de tranchĂ©es et de fortifications sĂ©parĂ©es par une aire surnommĂ©e le no man's land[4]. Ces fortifications s'Ă©tendaient sur plus de 600 kilomĂštres[4], incitant Ă  une forme de combats dĂ©nommĂ©e « guerre des tranchĂ©es Â». Sur le front de l'Est, l'Ă©tendue des plaines et la faible densitĂ© ferroviaire ont empĂȘchĂ© une stabilisation des champs de bataille, mais le conflit Ă©tait tout aussi Ă©tendu. Il y a eu d'importants combats dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Italie. La guerre s'est aussi dĂ©roulĂ©e dans les airs, mais de façon rudimentaire comparativement Ă  la Seconde Guerre mondiale.

Sommaire

Les origines

Si la PremiĂšre Guerre mondiale est dĂ©clenchĂ©e par l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand Ă  Sarajevo, hĂ©ritier du trĂŽne d’Autriche, cet Ă©vĂ©nement ne fait que cristalliser des tensions issues de contentieux antĂ©rieurs. C'est le dĂ©tonateur d'une guerre prĂ©parĂ©e de longue date, aux origines plus profondes. On compte parmi les raisons structurelles un nationalisme fort, la montĂ©e des impĂ©rialismes et les volontĂ©s expansionnistes ou qui y sont associĂ©es comme l'irrĂ©dentisme italien, des conflits prĂ©cĂ©dents non rĂ©solus (perte de l'Alsace-Lorraine par la France, guerres balkaniques) auxquelles s'ajoutent les rivalitĂ©s Ă©conomiques, un systĂšme d'alliances militaires complexe dĂ©veloppĂ© entre les diffĂ©rents pays europĂ©ens au cours du XIXe siĂšcle aprĂšs la dĂ©faite napolĂ©onienne de 1815 et le CongrĂšs de Vienne qui s'en est suivi, des malentendus diplomatiques (l'Allemagne croyait notamment que le Royaume-Uni resterait neutre[5][6]) ou encore des gouvernements instables comme le rĂ©gime parlementaire en France[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Le climat de tension rĂ©gnant avait poussĂ© les grandes puissances europĂ©ennes dans une course aux armements et chaque Ă©tat-major s'Ă©tait activement prĂ©parĂ© au conflit. L'attentat de Sarajevo va dĂ©clencher ce que l’historien Jean-Baptiste Duroselle appelle un « mĂ©canisme Â»[7] qui va entraĂźner presque malgrĂ© eux les protagonistes vers une guerre totale.

Impérialisme et nationalisme

La question coloniale et Ă©conomique

ReprĂ©sentation de la confĂ©rence de Berlin (en 1884) oĂč sont rĂ©unis les reprĂ©sentants des puissances europĂ©ennes.

L'impĂ©rialisme des nations europĂ©ennes est rendu visible Ă  travers la question coloniale. Depuis la confĂ©rence de Berlin de 1885, qui avait permis le partage de l'Afrique entre les grandes puissances europĂ©ennes, les diffĂ©rends coloniaux ne vont cesser de s'accroĂźtre, entretenant par lĂ  mĂȘme les tensions entre les mĂ©tropoles. Tensions d'abord entre Français et Anglais en Égypte et, surtout, au Soudan avec la Crise de Fachoda en 1898 puis tensions entre la France et l'Italie sur la Tunisie en 1881, qui vont entraĂźner l'adhĂ©sion de l'Italie Ă  la Triplice. Il y aura aussi tensions entre l'Angleterre et la Russie en Afghanistan et en Mandchourie. Les tensions entre la France et l'Allemagne apparaissent dĂšs 1905 au Maroc. Depuis 1871, l'Allemagne unifiĂ©e a rattrapĂ©, en quelques dĂ©cennies, son retard Ă©conomique sur le reste de l'Europe occidentale en se dotant par exemple d’une industrie trĂšs concentrĂ©e[8]. L'Allemagne regarde donc outre-mer et vers l’Afrique oĂč elle espĂšre trouver des matiĂšres premiĂšres Ă  bon marchĂ© ou mĂȘme fonder des comptoirs pour Ă©couler ses produits manufacturĂ©s[9]. Cependant, la France et l'Angleterre se sont depuis longtemps partagĂ©es l'Afrique et l'Asie. L'Allemagne, sauf en de rares endroits comme au Cameroun, Namibie, Tanzanie, Togo ne peut obtenir de zones d’influence dans les colonies. Aussi ressent-elle comme une injustice que son industrie de plus en plus compĂ©titive se heurte Ă  la crainte ou Ă  l’égoĂŻsme des autres puissances europĂ©ennes[10]. Ne disposant pas de colonies de peuplement, Guillaume II souhaite prendre pied au Maroc au nom de la Weltpolitik. Les deux crises, en 1905 avec le Coup de Tanger et en 1911 avec le Coup d'Agadir, qui l’opposent Ă  la France conduisent Ă  une multiplication des incidents diplomatiques. Pour l'historien allemand Fritz Fischer, cette situation est l’une des principales causes du dĂ©clenchement du conflit. DĂšs 1905, le conflit semble inĂ©vitable entre la France et l'Allemagne

Les inquiĂ©tudes sont aussi d'ordre Ă©conomique. MĂȘme si chaque pays dĂ©veloppe son Ă©conomie, la rivalitĂ© Ă©conomique entre l'Allemagne et la France s'accroĂźt Ă  partir de 1912[11]. La grande puissance industrielle allemande inquiĂšte les États europĂ©ens, car les produits allemands inondent les marchĂ©s français et britanniques[12]. Cette rivalitĂ© Ă©conomique « (a) contribuĂ© Ă  alourdir le climat gĂ©nĂ©ral entre les deux États et, par lĂ  mĂȘme, Ă  faciliter la rupture[13] Â». Quant aux Allemands, ils s’inquiĂštent de la croissance Ă©conomique et dĂ©mographique de la puissance russe qui les amĂšne Ă  penser qu’ils seraient incapables de lui rĂ©sister dans quelques annĂ©es ; de telle sorte qu’ils ont peut-ĂȘtre intĂ©rĂȘt Ă  provoquer un conflit avant qu’il ne soit trop tard[14].

L’antagonisme franco-allemand puise Ă©galement sa force dans l’idĂ©e de revanche et le retour Ă  la mĂšre patrie des provinces perdues d'Alsace-Lorraine[15] oĂč la rĂ©sistance Ă  l'Allemagne est forte[16]. L'antagonisme se nourrit aussi de la crainte qu’éprouvent les Français devant la poussĂ©e dĂ©mographique de l’Allemagne alors que la France connait un dĂ©clin dĂ©mographique durable[17]. Enfin, l’empereur Guillaume II est trĂšs influencĂ© par le milieu des officiers prussiens[18], garant de la soliditĂ© de l’empire, tout aurĂ©olĂ© de ses succĂšs du milieu du XIXe siĂšcle et qui a forgĂ© l’unitĂ© allemande face Ă  l’Autriche et Ă  la France. Pour l’empereur, la guerre, un conflit localisĂ© dans les Balkans notamment, peut ĂȘtre une solution pour rĂ©soudre les problĂšmes territoriaux de l'Allemagne et de l'Autriche.

Les ambitions territoriales en Europe

Articles dĂ©taillĂ©s : Guerres des Balkans et Crise bosnienne.
Carte des Balkans en 1913

Dans l’empire austro-hongrois, oĂč pas moins de quarante peuples cohabitent, les vellĂ©itĂ©s sĂ©paratistes sont nombreuses, liĂ©es Ă  l'Ă©veil des minoritĂ©s nationales (BohĂȘme, Croatie, Slavonie, Galicie, etc.)qui se manifestent depuis 1848. L’Empire ottoman, dĂ©jĂ  trĂšs affaibli, est Ă©branlĂ© par la rĂ©volution des Jeunes-Turcs en 1908. L’Autriche-Hongrie en profite pour mettre la main sur la Bosnie-HerzĂ©govine voisine. L’Autriche-Hongrie dĂ©sire continuer son expansion dans la vallĂ©e du Danube, jusqu’à la mer Noire, ou, du moins, maintenir le statu quo hĂ©ritĂ© du traitĂ© de San Stefano et du traitĂ© de Berlin. En Serbie, le nouveau roi, Pierre Ier envisage la formation d'une grande Yougoslavie, regroupant les nations qui appartiennent Ă  l'empire austro-hongrois. Dans les Balkans, la Russie trouve un alliĂ© de poids en la Serbie, qui a l’ambition d’unifier les Slaves du sud. Le nationalisme serbe se teinte donc d’une volontĂ© impĂ©rialiste, le panserbisme et rejoint le panslavisme russe, rĂ©coltant l’appui du tsar Ă  ces mĂȘmes Slaves du sud. Les Balkans, soustraits de l’Empire ottoman, sont en effet l’objet de rivalitĂ©s entre les grandes puissances europĂ©ennes[19]. En 1878, suite Ă  une rĂ©volte des Bulgares et Ă  une intervention des Russes puis des Autrichiens, la partie nord de Balkans est dĂ©tachĂ©e de l’Empire ottoman. La rivalitĂ© entre Russes et Autrichiens dans les Balkans s’accentue[20]. En 1912 et 1913, deux guerres affectent la rĂ©gion : la premiĂšre est tournĂ©e contre la Turquie qui perd tous ses territoires en Europe Ă  l’exception de la Thrace orientale ; la seconde est un conflit entre la Bulgarie et les autres pays balkaniques. Elle se traduit par un importante extension du territoire et du nationalisme de la Serbie, un mĂ©contentement de la Bulgarie, dĂ©possĂ©dĂ©e d'une partie de son territoire et par la crĂ©ation, sous la pression autrichienne, d’une Albanie indĂ©pendante qui empĂȘche la Serbie d’avoir une façade maritime.

Depuis longtemps, la Russie nourrit des ambitions face Ă  l’Empire ottoman : possĂ©der un accĂšs Ă  une mer chaude (mer MĂ©diterranĂ©e). Cette politique passe par le contrĂŽle des dĂ©troits. Dans cet Empire russe, les Polonais sont privĂ©s d’État souverain et se trouvent partagĂ©s entre les empires russe, allemand et austro-hongrois. En Allemagne et en Angleterre, dĂšs le dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, l'essor industriel et la remilitarisation se sont accentuĂ©s et l'Allemagne a des intĂ©rĂȘts dans l’Empire ottoman[21].

L’Italie, unifiĂ©e depuis 1860, a donnĂ© Ă  la France, Ă  la suite de la victoire de la France sur l’Autriche, la Savoie et le comtĂ© de Nice. MalgrĂ© un fort courant pacifiste, l’Italie veut prendre au voisin autrichien, avec lequel elle a un vieux contentieux, des territoires qu’elle considĂšre comme italiens, les Terres irrĂ©dentes, car majoritairement italophones[22]. Elle dĂ©sire s’étendre en Dalmatie, liĂ©e historiquement Ă  l'Italie et oĂč l’on parle aussi italien, et contrĂŽler la mer Adriatique, Ă  l’instar de ce qu'a fait la RĂ©publique de Venise, et ce d’autant plus que ses tentatives de conquĂȘte d’un empire colonial africain ont Ă©chouĂ© aprĂšs la dĂ©bĂącle d’Adoua en Abyssinie en 1896. Seule une partie du TigrĂ© a Ă©tĂ© rattachĂ©e Ă  l’ÉrythrĂ©e dĂ©jĂ  italienne, ainsi que la Somalie. La Libye est devenue colonie italienne en 1911 Ă  la suite de la guerre italo-turque.

Les systùmes d’alliances

Les systùmes d’alliances

De vastes systĂšmes d’alliances se sont crĂ©Ă©s Ă  la fin du XIXe et au dĂ©but du XXe siĂšcle. Deux grands systĂšmes d'alliances se dessinent. La Triplice, plus ancienne, est l’Ɠuvre du chancelier prussien Otto von Bismarck[23]. Conscient de l’hostilitĂ© française depuis l’annexion de l’Alsace-Lorraine, Bismarck cherche, sur le plan diplomatique, Ă  isoler la France de la IIIe RĂ©publique pour l’empĂȘcher de nouer une alliance contre le Reich. En 1879, sous son impulsion, un premier rapprochement a lieu entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. En 1881, l’Italie demande son intĂ©gration dans l’association germano-autrichienne par opposition Ă  la France qui a pris pied en Tunisie, territoire que l’Italie revendiquait. Le 20 mai, un accord tripartite voit donc le jour : la Triplice ou Triple-Alliance. Mais l’Italie revendique en effet le Trentin et l’Istrie les terre irrĂ©dentes sous domination autrichienne. Le traitĂ© est cependant sans cesse renouvelĂ© mĂȘme si l’attitude de l’Italie devient de plus en plus ambiguĂ«, en particulier avec la signature d’un accord secret de neutralitĂ© avec la France en 1902[23]. La dĂ©marche diplomatique française vis-Ă -vis du royaume transalpin a l’avantage d’éviter Ă  la France de devoir combattre sur deux fronts. En 1914, l’Allemagne peut aussi compter sur la sympathie de la Turquie[23]. La menace russe pour prendre le contrĂŽle des dĂ©troits se prĂ©cise. En effet, l’Angleterre qui, jadis, protĂ©geait l’Empire ottoman, est maintenant alliĂ©e Ă  la Russie. Pour la Turquie, seul un rapprochement avec l’Allemagne de Guillaume II peut la sortir de son isolement. Elle a ainsi pu trouver des sympathies auprĂšs des peuples colonisĂ©s dans tout le bassin de la MĂ©diterranĂ©e, du Caucase Ă  Marrakech.

La France finit cependant par sortir de son isolement. Le 27 aoĂ»t 1891, une convention militaire secrĂšte est signĂ©e entre la France et la Russie aprĂšs le lancement du premier emprunt russe sur la place de Paris[24]. Ce choix diplomatique est dictĂ© par les impĂ©ratifs de la politique internationale. Cet accord est officialisĂ© le 27 dĂ©cembre 1893. L’alliance franco-russe est renforcĂ©e en 1912 et prĂ©voit une alliance dĂ©fensive entre les deux pays. La France bĂ©nĂ©ficie ainsi d’un alliĂ© de poids, notamment sur le plan dĂ©mographique et stratĂ©gique, avec la possibilitĂ© d’un deuxiĂšme front Ă  l’est de l’Allemagne, ou d’un front en Inde en cas de guerre avec l’Angleterre, tandis que l’empire tsariste peut moderniser l’économie et l’armĂ©e du pays grĂące aux capitaux français. AprĂšs la crise de Fachoda en 1898 entre Français et Anglais, les deux États ont rĂ©glĂ© leurs diffĂ©rends coloniaux. En 1904, inquiet des progrĂšs Ă©conomiques et commerciaux de l’Empire allemand et de la puissance acquise sur mer par la flotte allemande, le Royaume-Uni accepte enfin de sortir de son isolement. ThĂ©ophile DelcassĂ©, alors ministre des Affaires Ă©trangĂšres français, rĂ©ussit le rapprochement franco-anglais avec la signature de l’Entente cordiale en 1904[25]. Celle-ci n’est pas un traitĂ© d’alliance liant les deux pays, mais leur destin est de plus en plus imbriquĂ©. Enfin, en 1907, Ă  l’instigation de la France, le Royaume-Uni et la Russie rĂšglent leurs contentieux en Asie en dĂ©limitant leurs zones d’influences respectives en Perse, en Afghanistan et en Chine. Ainsi naĂźt la Triple-Entente.

Stratégies et course aux armements

Article dĂ©taillĂ© : Culte de l'offensive.
Plans de bataille des états-majors allemand (plan Schlieffen) et français (plan XVII).

Sur le plan stratĂ©gique, le haut Ă©tat-major allemand Ă©labore un nouveau plan militaire entre 1898 et 1905. Contrainte de combattre sur deux fronts en cas de guerre, l’Allemagne choisit en consĂ©quence de faire porter tous ses efforts sur une rapide victoire Ă  l’ouest. La crainte d'un encerclement est le cauchemar de l'Allemagne[26]. Le plan Schlieffen prĂ©voit donc de mener une blitzkrieg sur le front de l’Ouest, en France et en Belgique, alors qu’une petite partie des troupes allemandes et la totalitĂ© des troupes austro-hongroises garderaient le front de l’Est, qui ne serait pas directement menacĂ© par la Russie Ă  cause de la lenteur de la mobilisation. Avec ce plan, l’Allemagne pense dĂ©faire la France en six semaines[27]. Pour qu'il puisse rĂ©ussir, c'est-Ă -dire pour que l'armĂ©e allemande puisse prendre Ă  revers l'armĂ©e française, les Allemands font le pari de violer dĂ©libĂ©rĂ©ment la neutralitĂ© de la Belgique garantie par des traitĂ©s internationaux que l'Allemagne avait pourtant signĂ©s. Une fois la victoire acquise Ă  l'ouest, les armĂ©es allemandes comptent se retourner contre la Russie et l'anĂ©antir. Les Allemands craignent plus la France que la Russie. Ce plan Ă©laborĂ© oblige cependant l’Allemagne de Guillaume II Ă  prendre l’initiative des opĂ©rations militaires.

De son cĂŽtĂ©, la France met sur pied Ă  partir de 1913 le plan XVII[28] qui, respectant la neutralitĂ© belge, prĂ©voit d’attaquer l’Allemagne par la Lorraine sur un terrain moins favorable que les plaines de Flandre. Enfin, les Britanniques sous l'impulsion de Henry Hughes Wilson, directeur des opĂ©rations militaires au MinistĂšre de la Guerre, adoptĂšrent un plan de dĂ©barquement du Corps expĂ©ditionnaire britannique en France en cas d'attaque allemande. L'Ă©tat-major de la Royal Navy s'opposait Ă  cette idĂ©e, car cela serait trop long Ă  mettre en Ɠuvre ; les Allemands seraient Ă  mi-chemin de Paris le temps d'agir. En plus, les quatre Ă  six divisions que les Britanniques seraient susceptibles de mettre sur pied auraient peu de poids dans une guerre oĂč chaque camp alignait entre 70 et 80 divisions. Ils prĂ©fĂ©raient garder l'armĂ©e au pays, pour ĂȘtre dĂ©barquĂ©e Ă  Anvers ou sur la cĂŽte allemande, lorsque cela serait opportun. Les arguments de Wilson, expliquant que la grande qualitĂ© des soldats britanniques et leur utilisation pour renforcer le flanc gauche des Français pour s'opposer Ă  la puissante aile droite des Allemands suivant le plan Schlieffen, aurait un effet hors de proportion avec les effectifs impliquĂ©s, convainquirent le gouvernement[Quoi ?].

Dans les deux camps, la course aux armements s’accĂ©lĂšre et il y a surenchĂšre dans la prĂ©paration de la guerre. Les dĂ©penses consacrĂ©es aux armĂ©es s’envolent. Les fortifications frontaliĂšres (du moins Ă  la fin du XIXe siĂšcle), l’artillerie (le fameux canon de 75 de l’armĂ©e française) et les flottes de guerre (le Dreadnought britannique) absorbent une bonne partie des crĂ©dits militaires. Le matĂ©riel est modernisĂ© et la durĂ©e du service militaire allongĂ©e dans plusieurs pays : en France, la durĂ©e du service militaire passe Ă  3 ans en aoĂ»t 1913[29] pour pallier (dans une certaine mesure) l’infĂ©rioritĂ© numĂ©rique de la France face Ă  l’Allemagne. En effet, si, en 1870, les deux pays avaient une population quasi-identique, en 1914 l’Allemagne comprenait une population de 67 millions[30], tandis que la France, ayant Ă  peine comblĂ© la perte de l’Alsace-Lorraine, Ă©tait peuplĂ©e d'environ 40 millions d’habitants[31].

L'attentat de Sarajevo

Article dĂ©taillĂ© : Attentat de Sarajevo.
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Arrestation de Gavrilo Princip suite à l'assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d'Autriche le 28 juin 1914.

Le dĂ©tonateur du processus diplomatique aboutissant Ă  la guerre est le double assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, hĂ©ritier du trĂŽne d’Autriche-Hongrie, et de son Ă©pouse morganatique Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg, Ă  Sarajevo le 28 juin 1914 par un Ă©tudiant nationaliste serbe de Bosnie, Gavrilo Princip[32]. Les autoritĂ©s autrichiennes soupçonnent immĂ©diatement la Serbie voisine d’ĂȘtre Ă  l’origine du crime. Le 5 juillet, l’Allemagne assure l’Autriche-Hongrie de son soutien et lui conseille la fermetĂ©. Les Autrichiens pensent battre facilement la Serbie et lui donner ainsi une bonne leçon qui calmera ses ardeurs expansionnistes. Il semble au haut commandement allemand que jamais les chances d’un succĂšs contre la Serbie, la Russie et la France ne seraient aussi favorables. C’est la politique dite « du risque calculĂ© Â» dĂ©finie par le chancelier Bethmann-Hollweg. L’Autriche, quant Ă  elle, compte profiter de l’occasion pour Ă©liminer la Serbie en tant que puissance dans les Balkans[33].

L’entrĂ©e en guerre

En Allemagne, Guillaume II assure l'Autriche de son appui inconditionnel. C'est alors que survient l'attentat de Sarajevo, prétexte pour l'Autriche d'en finir avec le foyer pro-slave que constitue la Serbie.

Crise de juillet

AprĂšs concertation avec l'Allemagne, le 23 juillet, l’Autriche-Hongrie lance un ultimatum en dix points Ă  la Serbie dans lequel elle exige que les autoritĂ©s autrichiennes puissent enquĂȘter en Serbie[34]. Le lendemain, Ă  l’issue du Conseil des ministres tenu sous la prĂ©sidence du tsar Ă  KrasnoĂŻe-SĂ©lo, la Russie ordonne la mobilisation gĂ©nĂ©rale pour les rĂ©gions militaires d’Odessa, Kiev, Kazan et Moscou, ainsi que pour les flottes de la Baltique et de la mer Noire. Elle demande en outre aux autres rĂ©gions de hĂąter les prĂ©paratifs de mobilisation gĂ©nĂ©rale[35]. La Serbie dĂ©crĂšte la mobilisation gĂ©nĂ©rale le 25 et, au soir, dĂ©clare accepter tous les termes de l’ultimatum, hormis celui rĂ©clamant que des enquĂȘteurs autrichiens se rendent en Serbie[34]. Suite Ă  cela, l’Autriche rompt ses relations diplomatiques avec la Serbie. Le lendemain, l’Autriche ordonne une mobilisation partielle contre la Serbie pour le 28, jour oĂč, sur le refus d'approuver son ultimatum lancĂ© 5 jours plus tĂŽt, elle lui dĂ©clare la guerre.

Le 29 juillet, la Russie dĂ©clare unilatĂ©ralement - en dehors de la concertation prĂ©vue par les accords militaires franco-russes - la mobilisation partielle contre l’Autriche-Hongrie[36]. Le chancelier Bethmann-Hollweg se laisse alors jusqu’au 31 pour une rĂ©ponse appropriĂ©e. Le 30, la Russie ordonne la mobilisation gĂ©nĂ©rale contre l’Allemagne. En rĂ©ponse, le lendemain, dĂ©clare l'Ă©tat de guerre le 31 juillet. L’Allemagne proclame « l’état de danger de guerre Â». C’est aussi la mobilisation gĂ©nĂ©rale en Autriche pour le 4 aoĂ»t. En effet, le Kaiser Guillaume II demande Ă  son cousin le tsar Nicolas II de suspendre la mobilisation gĂ©nĂ©rale russe. Devant son refus, l’Allemagne adresse un ultimatum exigeant l’arrĂȘt de sa mobilisation et l’engagement de ne pas soutenir la Serbie. Un autre est adressĂ© Ă  la France, lui demandant de ne pas soutenir la Russie si cette derniĂšre venait Ă  prendre la dĂ©fense de la Serbie. En France, Jean JaurĂšs, Ă  la veille de dĂ©noncer les manƓuvres qu’il perçoit comme bellicistes du gouvernement Viviani[rĂ©f. nĂ©cessaire], est assassinĂ© Ă  Paris par Raoul Villain le 31 juillet. Le 1er aoĂ»t, Ă  la suite de la rĂ©ponse russe, l’Allemagne mobilise et dĂ©clare la guerre Ă  la Russie.

En France, le gouvernement dĂ©crĂšte la mobilisation gĂ©nĂ©rale le mĂȘme jour, Ă  16h00[37]. Le lendemain, l’Allemagne envahit le Luxembourg, un pays neutre et adresse un ultimatum Ă  la Belgique, elle aussi neutre, pour rĂ©clamer le libre passage de ses troupes[38]. Au mĂȘme moment, l’Allemagne et l’Empire ottoman signent une alliance contre la Russie. Le 3 aoĂ»t, la Belgique rejette l’ultimatum allemand. L’Allemagne, qui entend prendre l’initiative militaire selon le plan Schlieffen, dĂ©clare la guerre Ă  la France qui, Ă  l'ultimatum allemand, avait rĂ©pondu que « la France agirait conformĂ©ment Ă  ses intĂ©rĂȘts Â»[39]. L'Allemagne dĂ©clare ensuite la guerre Ă  la Belgique[40]. L’Angleterre dĂ©clare qu’elle garantit la neutralitĂ© de la Belgique. Le lendemain, les armĂ©es allemandes pĂ©nĂštrent en Belgique. Le Royaume-Uni adresse un ultimatum Ă  l’Allemagne, lui demandant de retirer ses troupes de Belgique. Le gouvernement de Londres ne reçoit aucune rĂ©ponse, et dĂ©clare donc la guerre Ă  l’Allemagne. Seule l’Italie, membre de la Triplice qui l'attache Ă  l'Allemagne et Ă  l'Autriche, se rĂ©serve la possibilitĂ© d'intervenir plus tard suivant les circonstances. Le 6 aoĂ»t, l’Autriche-Hongrie dĂ©clare la guerre Ă  la Russie aux cĂŽtĂ©s de l’Allemagne. Le 11, la France dĂ©clare la guerre Ă  l’Autriche-Hongrie, suivie par l’Angleterre le 13. Comme la plupart des pays engagĂ©s possĂšdent des colonies, l'affrontement prend rapidement un caractĂšre mondial : faisant partie du Commonwealth, le Canada, l’Australie, l’Inde, la Nouvelle-ZĂ©lande et l’Afrique du Sud entrent automatiquement en guerre contre l’Allemagne.

Le 23 aoĂ»t, le Japon offre son appui aux AlliĂ©s et dĂ©clare la guerre Ă  l’Allemagne. Le premier novembre, la Turquie se joint aux puissances centrales. Le sort de la guerre cependant se joue en Europe, surtout en France, qui en supporte la charge la plus lourde.

Forces en présence

Carte des forces en prĂ©sence, en noir les Empires centraux (Triplice), en bleu les AlliĂ©s (Entente) et en gris les États neutres.

Les deux camps sont équilibrés. L'Alliance et l'Entente possÚdent des effectifs pratiquement identiques. En 1918, la guerre concerne la plupart des pays du monde.

La France, malgrĂ© une population d’environ 39 millions d’habitants, peut disposer immĂ©diatement de prĂšs de 800 000 soldats d’active depuis l’adoption de la loi qui fixe la durĂ©e du service militaire Ă  trois ans[41]. La mobilisation, terminĂ©e vers le 15 aoĂ»t, complĂšte les effectifs. Les uniformes portĂ©s par les soldats français ressemblent singuliĂšrement Ă  ceux portĂ©s lors de la guerre de 1870 avec le fameux pantalon garance. Il est portĂ© non seulement par tradition, mais aussi pour ĂȘtre vu de loin par l’artillerie, et donc pour Ă©viter les pertes par tirs amis. En effet, la doctrine française de l’offensive s’appuyait sur le canon Ă  tir rapide de 75, devant accompagner l’infanterie pour rĂ©duire les troupes adverses avant l’assaut. Il faut attendre 1915 pour que soit distribuĂ© l'uniforme bleu horizon[42].

Au dĂ©but des hostilitĂ©s, le Corps expĂ©ditionnaire britannique n’est encore qu’en petit nombre, environ 70 000 hommes[43], et ne joue qu’un rĂŽle mineur dans le dĂ©roulement des opĂ©rations. Il est essentiellement composĂ© de soldats professionnels bien entraĂźnĂ©s, bien Ă©quipĂ©s et expĂ©rimentĂ©s. L’Angleterre peut Ă©galement s’appuyer sur les millions de soldats venus de ses colonies (Indes, Kenya, Nigeria, etc.), et surtout des dominions : Canada, Australie, Nouvelle-ZĂ©lande, Afrique du Sud et Terre-Neuve.

Les armĂ©es russes sont Ă©normes, et la France compte beaucoup sur elles pour diviser l’armĂ©e allemande ; mais ce nombre impressionnant de soldats (1 300 000 soldats d'active et 4 000 000 de rĂ©servistes[44]) masque le fait qu’il ne s’agit le plus souvent que de paysans sans aucune formation militaire, mal armĂ©s et mal Ă©quipĂ©s. Le commandement russe se rĂ©vĂšle lui-mĂȘme mĂ©diocre.

L’Allemagne est bien plus peuplĂ©e, 67 millions d’habitants, mais elle doit rĂ©server une partie de ses forces au front de l’Est. La moyenne d’ñge des soldats allemands est Ă©galement infĂ©rieure Ă  celle des Français. Au dĂ©but de la guerre, l’Allemagne, contrairement Ă  la France, n’a pas rappelĂ© les classes d’ñge Ă©levĂ© et dispose encore d’importantes rĂ©serves humaines : 870 000 hommes[45]. L’équipement du soldat allemand est gĂ©nĂ©ralement meilleur que celui du soldat français. En dehors de certains anachronismes, comme le casque Ă  pointe, il tient gĂ©nĂ©ralement compte de l’expĂ©rience acquise dans les conflits de la fin du XIXe siĂšcle et du dĂ©but du XXe siĂšcle.

La guerre du droit

Articles dĂ©taillĂ©s : Union sacrĂ©e (mouvement) et Burgfrieden.
Mobilisation des soldats bavarois
Les mobilisés parisiens devant la gare de l'Est le 2 août 1914
Volontaires britanniques en août 1914.

Lorsque la mobilisation est dĂ©crĂ©tĂ©e en France le 1er aoĂ»t 1914, la France est en pleine moisson et ne pense pas Ă  la guerre[46]. Duroselle qualifie l'hypothĂšse d'une guerre de revanche comme absurde[47]. Les mobilisĂ©s font pourtant preuve d’une vĂ©ritable rĂ©solution devant cette guerre Ă  entreprendre. Le patriotisme des combattants est un patriotisme dĂ©fensif[48]. De plus, beaucoup pensent que la guerre sera courte. Les moments d’enthousiasme sont une rĂ©alitĂ©, notamment Ă  l’occasion du rassemblement des mobilisĂ©s dans les gares. Mais ils demeurent une exception Les Français ne sont pas moins dĂ©cidĂ©s Ă  se battre, comme en tĂ©moigne le nombre de dĂ©serteurs, 1,5 % des mobilisĂ©s[49].

En Allemagne et au Royaume-Uni se manifeste aussi un patriotisme sans faille[50]. De mĂȘme, en Russie, une opposition Ă  la guerre se dĂ©veloppe dans les milieux libĂ©raux et rĂ©volutionnaires. Les socialistes russes sont divisĂ©s entre le ralliement et le dĂ©faitisme. Le prĂ©sident français Raymond PoincarĂ© appelle Ă  l’Union SacrĂ©e[51]. La Chambre et le SĂ©nat français votent les crĂ©dits de guerre Ă  l’unanimitĂ©. Il en va de mĂȘme au Reichstag oĂč les dĂ©putĂ©s sociaux-dĂ©mocrates votent aussi par 78 contre 14 les crĂ©dits de guerre[52] malgrĂ© leurs engagements contre la course aux armements. Au mĂȘme moment, l’Union SacrĂ©e se forme en Russie : la Douma vote des crĂ©dits de guerre.

Comme les armĂ©es commencent Ă  s’affronter, les belligĂ©rants se lancent dans une lutte mĂ©diatique au moyen de publications sĂ©lectivement documentĂ©es, exhibant essentiellement des Ă©changes diplomatiques. Le Livre blanc de l'Allemagne en contient ainsi 36. Le Livre jaune français, achevĂ© aprĂšs trois mois de travail, en regroupe 164. Ils mesurent l’effort consenti par les gouvernements respectifs pour convaincre les opinions publiques et les peuples du bien-fondĂ© de leurs actions. Ouvrages de propagande, ils prĂ©sentent tous des amĂ©nagements qui trahissent les objectifs recherchĂ©s. Dans le Livre Blanc, des coupures Ă©liminent ainsi tout ce qui pourrait bĂ©nĂ©ficier Ă  la position russe[53]. Le Livre Jaune reprĂ©sente une vaste « collection de falsifications Â»[54] visant Ă  dissimuler l’appui inconditionnel accordĂ© Ă  la Russie, lui garantissant un second front, et Ă  prouver que cette derniĂšre a Ă©tĂ© contrainte Ă  la mobilisation gĂ©nĂ©rale par celle de l’Autriche-Hongrie. Il fournit la base sur laquelle le gouvernement français s’est appuyĂ© pour formuler l’article 231 du traitĂ© de Versailles qui affirme l’exclusive responsabilitĂ© de l’Allemagne et de ses alliĂ©s.

Les buts de guerre

Réfugiés belges. Pour le Royaume-Uni, la réinstallation de la Belgique dans ses droits est un but de guerre.

La formulation des buts de guerre est dĂ©licate pour la plupart des États belligĂ©rants. Beaucoup de chefs d'État considĂšrent cela comme dangereux et inutile, car la proclamation de buts de guerre concrets pourrait entraĂźner des obligations qu'ils prĂ©fĂšreraient Ă©viter. Ne pas atteindre les buts de guerre annoncĂ©s publiquement pourrait en effet ĂȘtre perçu par la suite comme une dĂ©faite. Les chefs d'État parlent dans la premiĂšre phase de la guerre des buts de guerre uniquement de maniĂšre gĂ©nĂ©rale et cela jusqu'en 1917[55] et se consacrent plus volontiers Ă  rallier l'opinion publique Ă  l'idĂ©e gĂ©nĂ©rale de victoire. Des buts de guerre dĂ©taillĂ©s sont secondaires, ne compte que le caractĂšre hĂ©roĂŻque de la guerre. D'un autre cĂŽtĂ©, les aspirations d'expansion exprimĂ©es publiquement ont une influence nĂ©gative sur la position des États neutres. Par la suite, la formulation publique des buts de guerre se rĂ©vĂšle souvent nĂ©cessaire pour analyser s'il est toujours la peine de combattre pour telle ou telle ambition[56]. Tout comme les AlliĂ©s, les Empires centraux utilisent les buts de guerre pour encourager leur population, leurs alliĂ©s ou les pays neutres ou les brandissent pour menacer et ainsi dĂ©courager leurs ennemis[57]. La politique des buts de guerre de chaque camp comporte Ă©galement un aspect Ă©conomique : occuper ou exercer une influence dans les secteurs commerciaux pour ses propres exportations d'une part et obtenir de nouvelles sources de matiĂšres premiĂšres d'autre part.

Les opérations militaires

Aout 1914 : la guerre de mouvement

L'offensive allemande, le coup d'arrĂȘt de la Marne et la « course Ă  la mer Â»

Albert Ier, roi des Belges en 1914.

Le chef d’état-major allemand Helmut von Moltke applique le plan Schlieffen. Le 4 aoĂ»t, l’Allemagne envahit la Belgique et le Luxembourg. L'attaque-Ă©clair en Belgique au dĂ©but du mois d’aoĂ»t rencontre une rĂ©sistance acharnĂ©e autour de LiĂšge. Les Allemands pĂ©nĂštrent en Belgique prĂšs d’Aix-la-Chapelle. Le roi Albert Ier lance un appel Ă  la France et au Royaume-Uni. Il accuse les Allemands de se livrer Ă  des atrocitĂ©s, d'exĂ©cuter des civils et de couper les mains des prisonniers pour qu'ils ne puissent plus se battre[58]. Le 8 aoĂ»t, les troupes françaises entrent Ă  Mulhouse, qui tombe Ă  nouveau aux mains des Allemands deux jours plus tard[59]. La percĂ©e en Lorraine, suivant le plan XVII, est un Ă©chec pour la France (bataille de Lorraine des 19-20 aoĂ»t) et les IIIe et IVe armĂ©es se replient derriĂšre la Meuse. Les Allemands forcent la VĂšme ArmĂ©e française au recul lors de la bataille de Charleroi le 23 aoĂ»t. Trois jours auparavant-le 20 aoĂ»t-, les troupes allemandes Ă©taient entrĂ©es Ă  Bruxelles[60]. Sur toute la ligne de front belge, les AlliĂ©s reculent. Le plan Schlieffen se dĂ©roule selon les prĂ©visions.

Article dĂ©taillĂ© : Bataille des FrontiĂšres.

Les Britanniques, dirigĂ©s par le gĂ©nĂ©ral French, et les Français se replient prĂ©cipitamment, mais en ordre, sur la Marne. Ils sont poursuivis par trois armĂ©es allemandes qui parviennent Ă  franchir la riviĂšre, mais ne peuvent isoler l’aile gauche franco-britannique. Joffre, gĂ©nĂ©ral en chef de l’armĂ©e française, parvient Ă  opĂ©rer un glissement des troupes vers l’ouest pour Ă©viter la manƓuvre de dĂ©bordement et d’encerclement des armĂ©es allemandes. L’attaque de la capitale semble imminente : c’est pourquoi du 29 aoĂ»t au 2 septembre, le gouvernement français quitte Paris et s’installe Ă  Bordeaux, laissant la capitale sous le gouvernement militaire du gĂ©nĂ©ral Gallieni. Le gouvernement civil exige des militaires que la capitale soit dĂ©fendue et constitue une armĂ©e pour dĂ©fendre Paris[61].

Article dĂ©taillĂ© : Grande Retraite.

Mais Paris n’est pas le but des Allemands. Aussi pivotent-ils, toujours conformĂ©ment au plan Schlieffen, en direction du sud-est pour encercler les armĂ©es françaises. Le 4 septembre, l’armĂ©e allemande occupe Reims. Le commandement voit lĂ  l’occasion d’attaquer les Allemands sur leur flanc. L’armĂ©e française fait demi-tour le 6 septembre et repart Ă  l’attaque. Des renforts sont envoyĂ©s de Paris grĂące Ă  la rĂ©quisition de taxis parisiens. C’est la PremiĂšre victoire de la Marne (6-9 septembre)[62]. AprĂšs 4 jours de combats acharnĂ©s, les armĂ©es allemandes sont stoppĂ©es et reculent. L’ensemble des forces allemandes se replie sur l’Aisne puis se fixe le long des Ardennes et de l’Argonne. En raison de l’échec du plan allemand et de la victoire française, Erich von Falkenhayn prend la tĂȘte de l’état-major allemand, le 14 septembre, en remplacement de von Moltke. Le 5 octobre, le conflit connaĂźt ses premiers duels aĂ©riens prĂšs de Reims oĂč un biplace Aviatik allemand est abattu Ă  la carabine par les aviateurs français Frantz et QuĂ©nault.

Article dĂ©taillĂ© : PremiĂšre bataille de la Marne.

Au nord-ouest du front, le 19 octobre, la « course Ă  la mer Â» dĂ©bute entre les armĂ©es allemande, française et britannique. Chaque camp cherche Ă  dĂ©border l’autre par le nord et Ă  arriver en premier Ă  la mer. Les Allemands souhaitent atteindre les ports de Dunkerque, de Boulogne-sur-Mer et de Calais pour couper les Anglais de leurs bases d’approvisionnement et ainsi les contraindre Ă  se rendre. Mais ils Ă©chouent Ă  s’emparer des ports français de la Manche, grĂące aux inondations provoquĂ©es par les Belges dans la rĂ©gion de l’Yser. Les Britanniques avancent jusqu’à Ypres, Ă  l’extrĂ©mitĂ© sud-ouest de la Belgique. Ils sont peu nombreux mais comme les soldats anglais sont des professionnels, ils combattent mieux que les Allemands. AprĂšs avoir pris Anvers le 10 octobre, les Allemands tentent une percĂ©e lors de la sanglante bataille des Flandres, en novembre, mais ils se heurtent Ă  la rĂ©sistance des troupes alliĂ©es commandĂ©es par Joffre. Le 27 octobre, les Allemands lancent une vaste offensive en Belgique dĂ©clenchĂ©e au nord, Ă  l’est et au sud d’Ypres.

Article dĂ©taillĂ© : Course Ă  la mer.

Le 3 novembre, l'AmirautĂ© britannique fait miner la mer du Nord dĂ©clarĂ©e « zone de guerre Â». Le Royaume-Uni fait confiance en sa marine pour protĂ©ger le pays et Ă©tablir un blocus Ă©conomique. Il ne possĂšde en effet qu’une armĂ©e de mĂ©tier de 250 000 hommes dispersĂ©s Ă  travers le monde, dont 60 000 seulement sont prĂȘts Ă  partir pour la France.

En dĂ©cembre, les armĂ©es alliĂ©es contre-attaquent sur toute la longueur du front allant de Nieuport Ă  l’ouest jusqu’à Verdun Ă  l’est, mais ne gagnent aucune victoire dĂ©cisive[63]. La « mĂȘlĂ©e des Flandres Â» marque la fin de la guerre de mouvement et des combats Ă  dĂ©couvert sur le front occidental, qui se stabilise sur prĂšs de 800 km, de la Suisse Ă  la mer du Nord. À la fin de 1914, les deux camps creusent des tranchĂ©es. La guerre de mouvement a Ă©chouĂ©. Commence alors une terrible attente, celle d'une offensive qui rompra le front.

Le front Est

Troupes russes se rendant au front.

Sur le front oriental, suivant les plans des AlliĂ©s, le tsar lance l’offensive en Prusse-Orientale le 17 aoĂ»t, plus tĂŽt que prĂ©vu par les Allemands. En aoĂ»t, deux armĂ©es russes pĂ©nĂštrent en Prusse-Orientale et quatre autres envahissent la province autrichienne de Galicie aprĂšs les victoires de Lemberg, en aoĂ»t et septembre. Les armĂ©es russes sĂšment la terreur en Prusse et sont accusĂ©es d'assassinats et de viols par la propagande allemande[64]. Face aux armĂ©es autrichiennes mal Ă©quipĂ©es, les armĂ©es russes avancent rĂ©guliĂšrement. Elles s’emparent de Lvov (3 septembre) et de la Bucovine et repoussent les Autrichiens dans les Carpates, oĂč le front se stabilise en novembre.

Face aux Allemands, les Russes remportent une victoire Ă  Gumbinnen (19-20 aoĂ»t) sur les forces de la huitiĂšme armĂ©e allemande, infĂ©rieures en nombre. Ceux-ci sont sur le point d’évacuer la rĂ©gion lorsque des renforts commandĂ©s par le gĂ©nĂ©ral Paul von Hindenburg remportent sur les Russes une victoire dĂ©cisive lors de la bataille de Tannenberg (27-30 aoĂ»t 1914), confirmĂ©e lors de la bataille des lacs Mazures en Prusse-Orientale, le 15 septembre, ce qui oblige les Russes Ă  battre en retraite vers leur frontiĂšre[65]. Les Allemands stoppent dĂ©finitivement les offensives russes en Prusse (fin le 31 aoĂ»t). Le mĂȘme jour, les Russes Ă©crasent les Autrichiens lors de la bataille de Lemberg qui s’achĂšve le 11 septembre. Le 20 octobre, au cours de la Bataille de la Vistule, les Allemands battent en retraite devant les Russes dans la boucle de la Vistule. Au dĂ©but du mois de novembre, Hindenburg devient commandant en chef des armĂ©es allemandes sur le front Est. Il est considĂ©rĂ© comme un hĂ©ros et ses avis sont toujours Ă©coutĂ©s par le Kaiser.

Sur le front Sud-est, les Autrichiens tentent Ă  trois reprises d’envahir la Serbie, mais ils sont repoussĂ©s et subissent une dĂ©faite Ă  Cer, le 24 aoĂ»t. Les Serbes reprennent Belgrade le 13 dĂ©cembre. Et enfin, entre le 29 octobre et le 20 novembre, les Turcs bombardent les cĂŽtes russes de la mer Noire. L’Empire ottoman rejoint les Allemands et les Autrichiens dans la guerre.

Mondialisation du conflit

Le 1er novembre 1914, les autorités turques déclarent officiellement la guerre contre les pays de la Triple-Entente.

Peu Ă  peu, le conflit se mondialise. Le Japon, en tant qu’alliĂ© du Royaume-Uni, dĂ©clare la guerre Ă  l’Allemagne le 23 aoĂ»t 1914, mais sa participation au conflit se limite Ă  l’occupation des colonies allemandes de l’ocĂ©an Pacifique (Ăźles Marshall, Carolines et Mariannes) et des concessions allemandes de Chine (Shandong). Il profite du conflit pour renforcer ses positions face aux grandes puissances europĂ©ennes en Asie.

La Turquie entre en guerre contre les pays de la Triple-Entente le 1er novembre 1914, en tant qu’alliĂ©e de l’Allemagne[66]. La motivation principale de la Turquie dans cette guerre est de combattre la Russie tsariste qui cherche Ă  prendre le contrĂŽle des dĂ©troits.

L’Italie, bien que membre de la Triplice, dĂ©clare la guerre Ă  l’Autriche-Hongrie en mai 1915 aprĂšs bien des hĂ©sitations. En aoĂ»t 1914, elle s’était prudemment dĂ©clarĂ©e neutre. SollicitĂ©e par les deux camps, elle finit par pencher du cĂŽtĂ© des pays de la Triple-Entente. En effet, par le traitĂ© secret de Londres d’avril 1915, la France et le Royaume-Uni lui promettent qu’une fois la victoire acquise, elle bĂ©nĂ©ficierait de larges compensations territoriales, Ă  savoir : les terres irrĂ©dentistes mais aussi une zone d’influence en Asie Mineure et en Afrique.

La Bulgarie, initialement neutre mais sollicitĂ©e par les deux camps, s’engage finalement aux cĂŽtĂ©s des puissances centrales en octobre 1915, Ă  un moment oĂč celles-ci semblent l’emporter sur le front des Balkans. Pour enlever l'adhĂ©sion des Bulgares, ces derniers n'avaient pas hĂ©sitĂ© Ă  leur promettre en cas de victoire, la cession de la MacĂ©doine serbe, la Dobroudja roumaine, ainsi qu'un accĂšs Ă  la Mer adriatique, que Sofia justement revendiquait.

Le Portugal entre en guerre aux cĂŽtĂ©s de l’Entente en mars 1916 pour consolider sa position en Europe et prĂ©server ses colonies, convoitĂ©es par l’Allemagne. La Roumanie dĂ©clare la guerre Ă  l’Allemagne en aoĂ»t 1916, aprĂšs la contre-offensive russe victorieuse sur le front oriental laissant espĂ©rer une dĂ©faite de l’Autriche-Hongrie. Elle revendique la Transylvanie hongroise. En 1914, la GrĂšce reste neutre, puis elle rejoint l’Entente en dĂ©clarant la guerre Ă  la Bulgarie en novembre 1916, puis Ă  l’Allemagne en juin 1917 aprĂšs l’abdication et l’exil du roi Constantin.

Les États-Unis ont dĂ©clarĂ© la guerre Ă  l’Allemagne le 6 avril 1917. Cette entrĂ©e en guerre, quoique tardive et malgrĂ© le retrait russe de la guerre suite Ă  la rĂ©volution bolchĂ©vique, fut dĂ©cisive.

Sachant que les colonies participent Ă  l’effort de guerre des mĂ©tropoles europĂ©ennes, la guerre est mondiale.

Année 1915

Avril : l'Italie entre en lice et rejoint les AlliĂ©s dans la lutte.

Le front Ouest

L’annĂ©e 1915 commence avec une innovation technique Ă  l’Ouest. Le 19 janvier, un zeppelin effectue le premier bombardement aĂ©rien de civils au Royaume-Uni ainsi que le 21 mars oĂč ce mĂȘme dirigeable bombarde Paris. Pendant toute la guerre, les dirigeables vont terroriser les citadins français et anglais. Le 21 janvier, les Russes rĂ©alisent une offensive dans les Carpates et 3 jours plus tard, la flotte britannique ressort victorieuse face Ă  l’escadre allemande prĂšs du Dogger Bank, en mer du Nord. En fĂ©vrier, les premiers avions armĂ©s d’une mitrailleuse, les Vickers F.B.5, Ă©quipent une escadrille de chasse britannique du Royal Flying Corps. Le gouvernement allemand proclame « zone de guerre Â» les eaux territoriales britanniques et c’est le dĂ©but de la guerre sous-marine. Le 1er mars, les AlliĂ©s Ă©tendent le blocus Ă  la totalitĂ© des marchandises allemandes.

Ainsi la guerre devient une guerre d’usure, qui met Ă  l’épreuve tant les forces morales que matĂ©rielles des combattants. Les Ă©tats-majors veulent "saigner Ă  blanc" les armĂ©es adverses. Pour soulager les Russes, qui doivent faire face Ă  une grande offensive des puissances centrales, les Turcs Ă©tant Ă©galement passĂ©s Ă  l’attaque au Caucase, Français et Britanniques lancent assaut sur assaut en Artois, puis en Champagne, le 16 fĂ©vrier. Quatre jours plus tard, Reims est bombardĂ©e par les Allemands. Enfin, le 16 mars, la bataille de Champagne est terminĂ©e : la tentative de percĂ©e française est un Ă©chec. Ces offensives de 1915 rĂ©ussissent Ă  bousculer quelque peu les dispositifs allemands au prix de pertes effroyables. Le haut-commandement alliĂ© dĂ©plore l’insuffisance des moyens d’attaque et particuliĂšrement en artillerie lourde, domaine dans lequel l’Allemagne possĂšde une supĂ©rioritĂ© incontestable depuis le dĂ©but de la guerre.

Le 22 avril, une nouvelle arme apparait : les gaz asphyxiants sont utilisĂ©s Ă  Strenstraate et Ă  Ypres par les Allemands[67]. L’effet est immĂ©diat et foudroyant. Mais jamais les Allemands ni les AlliĂ©s, qui l’essaient Ă  leur tour, ne procĂšdent Ă  une utilisation systĂ©matique. ContrĂŽlant mal le mouvement des vents, les uns et les autres avaient peur que les nappes ne se retournent, et les soldats ne sont pas Ă©quipĂ©s pour occuper les zones infectĂ©es. Aussi, l’emploi des gaz ne permit jamais de remporter plus qu’un succĂšs local.

Le 26 avril, le pacte de Londres entre les membres de l’Entente est signĂ© et l’Italie s’engage Ă  entrer en guerre contre les Empires centraux dans un dĂ©lai d’un mois. Les AlliĂ©s acceptent les revendications du 9 mars. Au bout d'une vive campagne des « interventionnistes Â» pour l'entrĂ©e en guerre de l'Italie, lancĂ©e en particulier par le discours du 5 mai 1915 de Gabriele D'Annunzio, Rome entre en guerre le 23 mai. La dĂ©cision a Ă©tĂ© prise par trois hommes : le roi d'Italie, Victor-Emmanuel III, le prĂ©sident du Conseil, Antonio Salandra et le ministre des Affaires Ă©trangĂšres, Sidney Sonnino[68].

Pour la premiĂšre fois de la guerre, les pays en guerre vont mobiliser toutes leurs ressources : humaines, Ă©conomiques et financiĂšres, dans la conduite d’un conflit total.

L’organisation en armĂ©es, corps d'armĂ©e, divisions, brigades, rĂ©giments, bataillons, compagnies, sections et escouades est relativement similaire dans les deux camps. La dotation et la rĂ©partition en matĂ©riel et en armes sont pratiquement identiques. Toutefois, la France a privilĂ©giĂ© l’offensive et possĂšde une artillerie plus lĂ©gĂšre fondĂ©e, notamment, sur le canon de 75, afin de favoriser les mouvements. L’Allemagne possĂšde une artillerie plus lourde et Ă  plus longue portĂ©e, favorisĂ©e notamment par ses capacitĂ©s de production et capable de mener des combats plus dĂ©fensifs. Ces choix ont une importance non nĂ©gligeable au dĂ©but de la guerre et la diffĂ©rence n’est comblĂ©e qu’au dĂ©but de 1916.

Les 11 mars et 10 avril, les gouvernements britannique et français donnent leur accord sur le principe d’une annexion de Constantinople par la Russie[69]. Deux semaines plus tard, le 24 avril, plus de 600 intellectuels armĂ©niens de Constantinople sont arrĂȘtĂ©s et dĂ©portĂ©s par les Jeunes-Turcs, date symboliquement considĂ©rĂ©e comme marquant le dĂ©but du gĂ©nocide armĂ©nien.

La guerre Ă  l'est

Lawrence d’Arabie fomente pour le compte des Britanniques le soulĂšvement des tribus arabes pour gĂȘner les Turcs[70].

Avec l’aide bulgare, les austro-allemands rĂ©ussissent Ă  occuper toute la Serbie en 1915, contraignant l’armĂ©e royale serbe Ă  traverser le pays pour trouver refuge Ă  Corfou.

Troupes britanniques lors du débarquement à Gallipoli en mai 1915.

Au lieu de se heurter au gros des troupes ennemies lĂ  oĂč elles Ă©taient bien organisĂ©es, installĂ©es dans un rĂ©seau savant de tranchĂ©es, l’état-major des AlliĂ©s dĂ©cide de porter ses coups sur des points de dĂ©fense plus vulnĂ©rables, ceux de l'alliĂ© turc de l'Allemagne. Le 25 avril 1915, un corps expĂ©ditionnaire alliĂ© dĂ©barque aux Dardanelles[71]. Le contrĂŽle des dĂ©troits permettrait Ă  la France et au Royaume-Uni de ravitailler la Russie et d’encercler les Empires centraux. Cette idĂ©e, dĂ©fendue notamment par le chef de l’AmirautĂ© britannique, Winston Churchill, dĂ©bouche sur un dĂ©barquement Ă  Gallipoli de troupes essentiellement constituĂ©es d’Australiens et de NĂ©o-ZĂ©landais. MalgrĂ© le courage des soldats de l’ANZAC, les AlliĂ©s ne parviennent pas Ă  pĂ©nĂ©trer par surprise dans l’Empire ottoman et Ă©chouent dans leurs offensives successives. L’entreprise coĂ»te 145 000 hommes aux AlliĂ©s et elle est un Ă©chec total. Les rescapĂ©s sont dĂ©barquĂ©s Ă  Salonique, au mĂ©pris de la neutralitĂ© grecque pour aider les Serbes menacĂ©s par les puissances centrales. Le corps expĂ©ditionnaire constitue l’ArmĂ©e d'Orient. Cette armĂ©e soutient ensuite les Serbes et participe Ă  l’effondrement de l’empire austro-hongrois en 1918.

AprĂšs la stabilisation des fronts, les Allemands reprennent l’initiative sur le front russe. Le 7 fĂ©vrier 1915, les Allemands lancent une offensive au sud-est des lacs de Mazurie, dirigĂ©e par Hindenburg. Les Russes sont encerclĂ©s et se replient sur le NiĂ©men. Les Allemands remportent des succĂšs spectaculaires, occupant toute la Pologne, la Lituanie et une partie de la Lettonie. Faute de munitions et d’artillerie lourde, les Russes n’ont pu tenir tĂȘte ; ils perdent prĂšs de 2 000 000 d'hommes, une catastrophe qui, Ă  long terme, Ă©branle le rĂ©gime. Il n’en paraĂźt pourtant rien puisque les Russes se replient en bon ordre sur des positions retranchĂ©es.

L’annĂ©e 1916

Article dĂ©taillĂ© : Bataille de Verdun.
Soldats français du 87e régiment prÚs de Verdun (France) en 1916.

Au dĂ©but de l’annĂ©e 1916, le commandement allemand dĂ©cide d’user complĂštement l’armĂ©e française en l’obligeant Ă  s’engager Ă  fond. Il choisit d’attaquer Verdun, un pivot du front fortifiĂ© que les Français voudront dĂ©fendre coĂ»te que coĂ»te[72]. Le site offre la possibilitĂ© d’attaquer les lignes françaises de trois cĂŽtĂ©s. De plus, l’armĂ©e allemande bĂ©nĂ©ficie, contrairement aux Français, de nombreuses voies ferrĂ©es qui facilitent les approvisionnements en matĂ©riel et en hommes. Enfin, les manƓuvres d’approche peuvent se dĂ©rouler dans une relative discrĂ©tion Ă  l’abri du manteau forestier. Dans l’esprit du haut commandement allemand, « il ne s’agissait pas essentiellement de prendre Verdun [...], mais de fixer les forces françaises, de les attirer sur ce champ de bataille qu’elles dĂ©fendraient pied Ă  pied [...], de saigner Ă  blanc l’armĂ©e française grĂące Ă  la supĂ©rioritĂ© en artillerie Â»[73]. Exsangue, l’armĂ©e française serait incapable de mener Ă  bien l’offensive prĂ©vue sur la Somme.

Le lundi 21 fĂ©vrier, aprĂšs une courte mais violente prĂ©paration d’artillerie, le commandement allemand lance une attaque avec trois corps d’armĂ©e. Les deux divisions françaises qui dĂ©fendent les seize kilomĂštres de la premiĂšre ligne sont submergĂ©es. TrĂšs vite, le commandant de la IIe ArmĂ©e, Philippe PĂ©tain, organise la riposte. Il met en place une liaison avec Bar-le-Duc, Ă  l’arriĂšre. En 24 heures, 6 000 camions montent vers le front en empruntant cette route devenue la Voie sacrĂ©e. L’assaut allemand est repoussĂ© et la brĂšche colmatĂ©e. Mais les attaques vont se renouveler pendant plusieurs mois, sans cesse contenues. Le 6 mars, les Allemands lancent une nouvelle attaque Ă  Mort-Homme. « On les aura ! Â» Ă©crit PĂ©tain dans le cĂ©lĂšbre ordre du jour du 10 avril. Il obtient que ses troupes soient rĂ©guliĂšrement renouvelĂ©es avant qu’elles ne soient trop Ă©prouvĂ©es. C’est le « tourniquet Â», oĂč toute l’armĂ©e française connait l’enfer de Verdun. Le dĂ©clenchement de l’offensive de la Somme en juillet et une nouvelle offensive des Russes sur le front oriental obligent les Allemands Ă  relĂącher leur pression sur Verdun. En dĂ©cembre, Mangin reprend les forts perdus. PrĂšs de 700 000 combattants français ou allemands sont morts sur ce champ de bataille[74].

Entre le 1er juillet et 18 novembre 1916 a lieu la bataille de la Somme[75]. Les troupes anglaises et françaises attaquent et tentent de percer les lignes de dĂ©fense fortifiĂ©es allemandes au nord de la Somme sur une ligne nord-sud de 45 km. L’offensive est prĂ©cĂ©dĂ©e par une intense prĂ©paration d’artillerie. Pendant une semaine, 1,6 million d’obus tombent sur les lignes allemandes. Les AlliĂ©s sont persuadĂ©s d’avoir liquidĂ© toute rĂ©sistance du cĂŽtĂ© ennemi. L’offensive de la Somme, au dĂ©part offensive de rupture, se transforme progressivement en une guerre d’usure. La plupart des soldats anglais sont des engagĂ©s volontaires qui n’ont aucune expĂ©rience du feu. DĂšs les premiĂšres minutes, ils succombent en grand nombre dans les barbelĂ©s qui sĂ©parent les ennemis. Les soldats des deux bords ont l’impression de vivre en enfer. Les dĂ©bauches d’artillerie empĂȘchent toute percĂ©e d’aboutir. Les soldats combattent souvent pour quelques mĂštres et n’arrivent pas Ă  percer les tranchĂ©es ennemies protĂ©gĂ©es par un tir nourri d’artillerie et des lignes de barbelĂ©s. Le bilan de la bataille de la Somme est trĂšs lourd. 650 000 alliĂ©s, principalement des Britanniques, et 580 000 hommes du cĂŽtĂ© allemand sont hors de combat, tuĂ©s, blessĂ©s ou disparus. Les troupes alliĂ©es n’avancent que de 13 km sur un front de 35 km de long.

L’annĂ©e 1917

Le front Ouest

Article dĂ©taillĂ© : Mutineries de 1917.
Infanterie australienne en 1917 dans les tranchées

1917 connaĂźt une crise qui affecte tous les secteurs. MalgrĂ© les Ă©checs des batailles de Verdun et de la Somme, le gĂ©nĂ©ral Nivelle Ă©labore un nouveau plan d’attaque frontale qui doit ĂȘtre le dernier. Il choisit un secteur situĂ© entre Reims et Soissons : le Chemin des Dames, qu’il estime mal dĂ©fendu[76]. Pendant six semaines, de dĂ©but avril Ă  la mi-mai, des assauts successifs tentent de conquĂ©rir ce site. Pendant le premier assaut, 40 000 Français tombent sous le feu infranchissable des mitrailleuses allemandes. L’attaque n’avait rien d’une surprise. Les Allemands avaient appris par des prisonniers la prochaine offensive contre leur site et avaient grandement amĂ©liorĂ© leurs positions en plaçant davantage de mitrailleuses, en construisant des souterrains de protection et des abris souterrains Ă  10 ou 15 m de profondeur. En tout, 270 000 soldats français pĂ©rissent.

Photo de Pétain, lequel a remédié aux mutineries de 1917.

L’échec de l’offensive du Chemin des Dames a pour consĂ©quence immĂ©diate les mutineries[77] qui s'Ă©lĂšvent contre les conditions de combat et non contre le fait de combattre en lui-mĂȘme. Parmi les 40 000 mutins, il n’y pas de dĂ©sertion, ni de fraternisation avec l’ennemi. Ils restent dans leur cantonnement et refusent de monter en ligne. Ils insultent les officiers qu’ils jugent incompĂ©tents. Les mutins sont punis avec une relative modĂ©ration par PĂ©tain, devenu le gĂ©nĂ©ral en chef des armĂ©es françaises Ă  la place de Nivelle. Il y a 629 condamnations Ă  mort et finalement 75 exĂ©cutions. PĂ©tain tente de mettre fin au mĂ©contentement des soldats en amĂ©liorant leur vie quotidienne par le repos, la nourriture et le rythme des permissions[78]. Il dĂ©cide aussi de ne plus lancer les hommes Ă  l’attaque tant qu’il ne disposerait pas d’une supĂ©rioritĂ© absolue en matĂ©riel. En effet, l’entrĂ©e en guerre des AmĂ©ricains aux cĂŽtĂ©s des alliĂ©s français et britanniques en avril 1917 laisse espĂ©rer un retournement de la situation. Toutefois, le commandement français n’ose plus lancer les hommes Ă  l’attaque tant qu’il ne dispose pas d’une supĂ©rioritĂ© absolue en matĂ©riel grĂące aux AmĂ©ricains et aux chars de combat. Pourtant, impatient de remporter un succĂšs qui lui soit propre, l’état-major anglais lance une offensive Ă  Passchendaele, dans les Flandres, Ă  l’automne 1917. Il rĂ©ussit seulement Ă  mener Ă  une mort inutile plusieurs centaines de milliers de Britanniques et d’Allemands.

En mars 1917, l’état-major impĂ©rial allemand prend la dĂ©cision stratĂ©gique de reculer le front plus au nord, sur la « ligne Hindenburg Â», et fait Ă©vacuer toutes ses armĂ©es des positions occupĂ©es depuis 1914 dans le secteur de l’Aisne. Les Allemands dynamitent systĂ©matiquement les Ă©difices emblĂ©matiques des villes et villages auparavant occupĂ©s. Ainsi disparaissent notamment les forteresses de Ham (Somme), situĂ©e non loin de lĂ , et de Coucy (27 mars 1917). Ce recul permet de raccourcir le front et d’économiser les forces nĂ©cessaires Ă  sa dĂ©fense. Les seules offensives alliĂ©es victorieuses de 1917 ont lieu autour d’Arras et d’Ypres en avril et juin 1917, lorsque les troupes britanniques et du Commonwealth prennent quelques villages aux Allemands. La prise de Vimy par les Canadiens le 9 avril 1917 est devenu un symbole de la force du Canada et de la capacitĂ© des Canadiens de gagner un objectif sans l’aide des Britanniques.

Au sud, les forces italiennes et autrichiennes s’affrontent sans rĂ©sultat depuis deux ans et demi sur le front d’Isonzo au nord-ouest de Trieste, avec un lĂ©ger avantage pour l'armĂ©e italienne qui, en 1916, avait conquis la ville de Gorizia lors d'une contre-offensive. Les Italiens avaient pĂ©nĂ©trĂ© aussi de quelques kilomĂštres dans le Tyrol, mais sans rĂ©sultats majeurs. Cet Ă©quilibre est rompu Ă  l'automne 1917 lorsque les Allemands dĂ©cident de soutenir leurs alliĂ©s autrichiens sur le front italien et envoient 7 divisions. Le 14 octobre 1917, lors de la bataille de Caporetto, les soldats italiens reculent devant l'offensive austro-allemande. Plus de 600 000 soldats italiens, fatiguĂ©s et dĂ©moralisĂ©s, dĂ©sertent ou se rendent. L’Italie vit sous la menace d’une dĂ©faite militaire totale. Mais le 7 novembre, les Italiens parviennent Ă  arrĂȘter l'avancĂ©e des austro-allemands sur la ligne du Piave, Ă  environ 110 kilomĂštres du front d’Isonzo. La dĂ©faite italienne de Caporetto incite la France et le Royaume-Uni Ă  envoyer des renforts et Ă  mettre en place le Conseil suprĂȘme de guerre pour coordonner les efforts de guerre des AlliĂ©s.

La guerre sous-marine et entrĂ©e en guerre des États-Unis

En 1917, sous la pression des militaires, et notamment de l’amiral Tirpitz[79], le Kaiser se dĂ©cide Ă  pratiquer la guerre sous-marine Ă  outrance, c’est-Ă -dire couler tous les navires se rendant au Royaume-Uni, mĂȘme les neutres. Les Allemands espĂšrent ainsi Ă©touffer l’économie britannique et la contraindre Ă  se retirer du conflit. En avril 1917, les sous-marins allemands ont dĂ©jĂ  coulĂ© 847 000 tonnes[80], soit l’équivalent du quart de la flotte commerciale française. Toutefois, l’organisation de convois sous la protection de la marine anglaise et le dragage des mines rĂ©ussissent Ă  Ă©mousser l’arme sous-marine. En fin de compte, au lieu de faire baisser pavillon au Royaume-Uni et de terroriser les neutres, la guerre sous-marine Ă  outrance provoque l’intervention amĂ©ricaine.

De plus, le Royaume-Uni demande l’aide du Japon. Le croiseur Akashi et huit destroyers sont envoyĂ©s Ă  Malte, chiffre qui est portĂ© par la suite Ă  17 navires, sans compter les navires Ă  commandement mixte. Cette flotte d’escorte et de soutien protĂšge les convois alliĂ©s en MĂ©diterranĂ©e et permet aux troupes alliĂ©es d’ĂȘtre acheminĂ©es d’Égypte vers Salonique et Marseille, pour prendre part Ă  la grande offensive de 1918. Le destroyer Matsu a sauvĂ© plus de 3 000 soldats et membres d’équipage du navire de transport Transylvania, torpillĂ© au large des cĂŽtes françaises. En tout, le Japon a escortĂ© 788 bateaux en MĂ©diterranĂ©e, dont 700 000 hommes de troupes du Commonwealth britannique.

Pendant la PremiĂšre Guerre mondiale, l'US Army publie une affiche de recrutement mettant en vedette l'Oncle Sam. Le texte I want you for U.S. Army peut se traduire par « Je te rĂ©clame pour l'armĂ©e amĂ©ricaine Â».

En aoĂ»t 1914, les États-Unis, trĂšs isolationnistes, restent neutres malgrĂ© les liens privilĂ©giĂ©s avec des pays de l’Entente, en particulier le Royaume-Uni. Le blocus imposĂ© par la flotte des pays de l’Entente met quasiment fin aux Ă©changes entre les États-Unis et l’Allemagne. Dans le mĂȘme temps, les liens financiers et commerciaux entre les États-Unis et les pays de l’Entente ne cessent de croĂźtre. Le torpillage du paquebot britannique Lusitania le 7 mai 1915, a tuĂ© 128 ressortissants amĂ©ricains, ce qui Ă©meut l’opinion amĂ©ricaine et la fait basculer en faveur de la guerre.

Les maladresses de la diplomatie allemande aident son revirement : en janvier 1917, le ministre-conseiller Zimmermann n’hĂ©site pas Ă  promettre au Mexique l’alliance de l’Allemagne contre les États-Unis avec, pour salaire de la victoire, le retour des provinces perdues (Texas, Arizona et Nouveau-Mexique)[81]. Cette intervention du Kaiser dans les affaires amĂ©ricaines suscite l’indignation. Le congrĂšs amĂ©ricain dĂ©cide l’entrĂ©e en guerre contre les empires centraux. Le prĂ©sident Woodrow Wilson fixe dĂšs janvier 1918 ses objectifs de paix. Plusieurs pays d’AmĂ©rique latine s’engagent aussi dans le conflit aux cĂŽtĂ©s de l’Entente.

Comme le Royaume-Uni, les États-Unis disposent uniquement d’une armĂ©e de mĂ©tier. Ainsi, lorsque la proposition de guerre du prĂ©sident Wilson devant le CongrĂšs le 2 avril est acceptĂ©e, et que les États-Unis entrent en guerre le 6, le prĂ©sident amĂ©ricain doit compter majoritairement sur la base du volontariat pour constituer la force de 1,2 million d’hommes qui n’arrivera en France qu’à partir du mois d’octobre 1917. C’est la fameuse campagne d’affichage ayant pour symbole l’Oncle Sam pointant son index vers le lecteur.

Le corps militaire amĂ©ricain, lorsqu’il Ă©tablit ses premiers campements autour de Nantes et de La Rochelle en octobre 1917, surprend l’opinion française par sa modernitĂ© et surtout par son humanitĂ© Ă  l’égard des hommes du rang (cas des douches qui contraste fortement avec la situation des poilus et des camps français trĂšs sobres et modestes). L’uniforme amĂ©ricain est vert, complĂ©tĂ© par un casque en forme de cercle tout comme le modĂšle anglais. C’est enfin une armĂ©e qui contribuera grandement Ă  la victoire sur les Empires centraux, puisque lorsque la contre-attaque gĂ©nĂ©rale est lancĂ©e par le marĂ©chal Foch en 1918, les GI ne reprĂ©sentent pas moins de 31 % des forces combattantes alliĂ©es.

Au total, 2 millions de militaires amĂ©ricains seront en Europe au moment de l’armistice.

Le front Est et l'Empire ottoman

La Russie ne peut pas soutenir une guerre contre un ennemi mieux Ă©quipĂ© et mieux organisĂ©. L’effort que demande une guerre, production industrielle et agricole accrue, engendre un rationnement de la population et des troubles sociaux. Au dĂ©but de l’annĂ©e 1917, la Russie est Ă©puisĂ©e, les dĂ©sertions se multiplient et les villes connaissent des troubles d’approvisionnement qui rendent la situation explosive. Il suffit de peu pour que tout Ă©clate. En mars 1917, une premiĂšre rĂ©volution Ă©clate. Elle porte au pouvoir la bourgeoisie libĂ©rale qui entend continuer la guerre alors que les soviets, de plus en plus influents, exigent la paix. Mais la Russie n’est plus une force d’attaque et les AlliĂ©s craignent une intensification de l’effort allemand Ă  l’ouest. En octobre, LĂ©nine organise la seconde rĂ©volution et lance des pourparlers de paix menant Ă  l’armistice en dĂ©cembre.

Le ministre des Affaires Ă©trangĂšres britannique, Lord Arthur Balfour, promet l’établissement d’un État juif en Palestine entre autres pour motiver les Juifs amĂ©ricains Ă  soutenir l’entrĂ©e en guerre des États-Unis[82]. La mĂȘme annĂ©e, les Britanniques attaquent la Palestine, dont ils gardent le contrĂŽle jusqu’en 1947. De nombreux Juifs s’y installeront aprĂšs les Ă©preuves de la Seconde Guerre mondiale.

1918, la fin de la guerre

Territoire occupé par les puissances centrales aprÚs le traité de Brest-Litovsk, signé en mars 1918.

DĂ©but 1918, les AlliĂ©s perdent un front avec la sortie du conflit de la Russie. La Russie bolchevique signe le traitĂ© de Brest-Litovsk (nĂ©gociĂ©e par LĂ©on Trotsky) en mars 1918. L’Allemagne reçoit un « train d'or Â» (le contenu de celui-ci est confisquĂ© Ă  l’Allemagne par le traitĂ© de Versailles), occupe la Pologne, l’Ukraine, la Finlande, les Pays baltes et une partie de la BiĂ©lorussie. Les Allemands profitent aussi de cette dĂ©fection pour envoyer d’importants renforts sur le front Ouest et tenter d’obtenir une victoire rapide avant l’arrivĂ©e effective des AmĂ©ricains. C’est le « retour de la guerre de mouvement Â».

Le haut commandement allemand (marĂ©chal Hindenburg et quartier maĂźtre gĂ©nĂ©ral Erich Ludendorff) sait qu’il dispose d’un dĂ©lai de quelques mois — jusqu’à juin-juillet 1918 — pour remporter une victoire dĂ©cisive sur les troupes alliĂ©es. RenforcĂ©s par les troupes venant du front est, et souhaitant forcer la dĂ©cision avant l’arrivĂ©e des troupes amĂ©ricaines, les Allemands mettent toutes leurs forces dans d’ultimes offensives Ă  l’ouest. Le commandement allemand dĂ©cide de lancer une sĂ©rie de coups de boutoir contre les Anglais, particuliĂšrement Ă©prouvĂ©s depuis Passchendaele. Ils portent l’effort Ă  la jonction du front français : connaissant la mĂ©sentente entre Haig et PĂ©tain, ils espĂ©raient en jouer. Il s’en faut de peu que les lignes anglaises ne soient emportĂ©es lors de l’offensive du 21 mars, dans la rĂ©gion de Saint-Quentin[83]. PĂ©tain n’envoie pas de renforts et il faut l’autoritĂ© de Clemenceau et de Foch pour amener Fayolle au secours des Anglais et sauver la situation. Une offensive contre les Français, le 27 mai, au Chemin des Dames, amĂšne l’armĂ©e allemande Ă  la hauteur de Reims et de Soissons, soit une avancĂ©e de 60 kilomĂštres.

Paris est de nouveau Ă  la portĂ©e des canons allemands Ă  longue portĂ©e. Pourtant, la rupture dĂ©cisive du front alliĂ© n’étant pas atteinte, le haut commandement allemand envisage alors un ultime effort et souhaite le diriger Ă  l’encontre des troupes britanniques, rĂ©putĂ©es plus affaiblies afin de les rejeter Ă  la mer en les coupant de l’armĂ©e française. Cette offensive doit ĂȘtre prĂ©cĂ©dĂ©e par une offensive contre l’armĂ©e française afin d’immobiliser les rĂ©serves de celle-ci pour l’empĂȘcher de secourir ensuite l’armĂ©e britannique. LancĂ©e le 15 juillet 1918 par les troupes allemandes en Champagne, cette offensive prĂ©liminaire de « diversion Â» permet de mettre en Ɠuvre pour la premiĂšre fois Ă  cette Ă©chelle la tactique de la zone dĂ©fensive (formalisĂ©e par le gĂ©nĂ©ral PĂ©tain depuis prĂšs d’une annĂ©e) qui va permettre de faire Ă©chec aux visĂ©es allemandes. Les troupes allemandes pĂ©nĂštrent en effet les premiĂšres lignes françaises, dont les forces organisĂ©es en profondeur, avec des mĂŽles de rĂ©sistance, opposent un feu meurtrier. La progression des troupes allemandes est importante, et elles franchissent la Marne (seconde bataille de la Marne aprĂšs celle de septembre 1914). AventurĂ©es trĂšs au sud et disposĂ©es en pointe sans se prĂ©munir contre des attaques sur ses flancs, les troupes allemandes sont bousculĂ©es par la contre-attaque française dans la rĂ©gion de Villers-CotterĂȘts, entamĂ©e le 18 juillet 1918[84]. Les rĂ©sultats de cette contre-attaque sont dĂ©vastateurs pour ces troupes allemandes qui doivent refluer vers le nord en Ă©vitant de justesse l’encerclement.

Derniers instants et armistices

Article dĂ©taillĂ© : Armistice de 1918.

À compter de cette date, l’armĂ©e allemande n’est plus jamais en mesure d’engager une action offensive, l’initiative Ă©tant dĂ©sormais dans le seul camp des AlliĂ©s qui vont engager dans les mois suivants des contre-attaques permettant de regagner le terrain perdu au cours du printemps 1918 puis des contre-offensives majeures. La grande offensive victorieuse a lieu le 8 aoĂ»t 1918[85]. Les soldats canadiens, soutenus par les Australiens, les Français et les Britanniques, lancent une attaque en Picardie et enfoncent les lignes allemandes. Plus au sud, les soldats amĂ©ricains et français se lancent aussi dans l'offensive Meuse-Argonne, victorieuse. Pour la premiĂšre fois, des milliers de soldats allemands se rendent sans combat. Les troupes allemandes ne peuvent rĂ©sister aux armĂ©es alliĂ©es maintenant coordonnĂ©es par le gĂ©nĂ©ral Foch. Ces derniĂšres sont renforcĂ©es chaque jour davantage par le matĂ©riel et les soldats amĂ©ricains, par les premiers chars Renault FT-17 et par une supĂ©rioritĂ© navale et aĂ©rienne.

L’armistice est demandĂ© par les Bulgares le 26 septembre. L’armĂ©e turque est anĂ©antie par les Anglais lors de la bataille de Megiddo. Les gĂ©nĂ©raux allemands, conscients de la dĂ©faite de l’Allemagne Ă  terme, ne songent plus qu’à hĂąter la conclusion de l’armistice. Ils voudraient le signer avant que l’adversaire ne mesure sa victoire avec exactitude, avant qu’il ait reconquis le territoire français.

Sur le front italien, au printemps 1918, l'armĂ©e austro-hongroise essaie de forcer les lignes italiennes, mais elle se heurte Ă  une rĂ©sistance acharnĂ©e lors de la Bataille du Piave. Le 24 octobre 1918, l'armĂ©e italienne (51 divisions italiennes et 7 alliĂ©s dont 2 françaises) lance une vaste offensive contre les forces austro-hongroises (63 divisions). Les Italiens parviennent Ă  couper en deux les lignes autrichiennes dans la bataille de Vittorio Veneto. Les Autrichiens, menacĂ©s d'encerclement, reculent sur toute la ligne du front. Le 3 novembre, les Italiens prennent les villes de Trente et de Trieste. Une tĂȘte de pont de l'armĂ©e italienne pĂ©nĂštre en SlovĂ©nie jusqu'Ă  la ville de Postumja. L’armĂ©e austro-hongroise, dĂ©moralisĂ©e par la dĂ©sertion de nombreux contingents slaves, est vaincue. Elle perd 350 000 soldats et plus de 5000 piĂšces d'artillerie. L'Autriche elle-mĂȘme reste presque sans dĂ©fense, et l'empire Austro-Hongrois est contraint de signer l'armistice le 4 novembre, Ă  Villa Giusti dans le nord de l'Italie. Charles Ier abandonne son trĂŽne. La dĂ©fection de l'Autriche-Hongrie est un coup dur pour les Allemands qui perdent ainsi leur principal alliĂ©.

En Allemagne, Guillaume II refuse d’abdiquer, ce qui entraine des manifestations en faveur de la paix. Le 3 novembre, des mutineries Ă©clatent Ă  Kiel : les marins refusent de livrer une bataille « pour l’honneur Â». La vague rĂ©volutionnaire gagne toute l’Allemagne. Le 9 novembre, Guillaume II est contraint d’abdiquer. L'État-major demande Ă  ce que soit signĂ© l'armistice[86]. Le gouvernement de la nouvelle RĂ©publique allemande le signe alors Ă  dans la forĂȘt de CompiĂšgne Ă  cĂŽtĂ© de Rethondes le 11 novembre 1918 dans le train du marĂ©chal Foch alors que les troupes canadiennes lancent la derniĂšre offensive de la guerre en attaquant Mons, en Belgique. Ainsi, les Allemands n’ont pas la guerre sur leur territoire ; ayant campĂ© pendant quatre ans en terre ennemie, ils imaginent mal qu’ils sont vraiment vaincus. Pour sauver les apparences, l'État-major allemand fait circuler la thĂšse du Coup de poignard dans le dos. Les clauses de l’armistice leur paraissent d’autant plus dures : reddition de la flotte de guerre, Ă©vacuation de la rive gauche du Rhin, livraison de 5 000 canons et 30 000 mitrailleuses, etc. Pourtant, en comparaison des dĂ©vastations causĂ©es en territoire ennemi, elles n’affaiblissent que trĂšs peu la puissance allemande. En 1918, la force d’une nation rĂ©side dans la puissance industrielle. Plus tard, les propagandistes nazis ont ainsi pu dĂ©clarer que l’armĂ©e ne s’était pas rendue et que la dĂ©faite incombait aux civils.

Les conséquences

Un bilan humain lourd

Les nations ravagées

L'Ossuaire de Douaumont abrite les restes de 130 000 soldats.

Le bilan humain de la PremiĂšre Guerre mondiale s'Ă©lĂšve Ă  environ 9 millions de morts et environ 8 millions d’invalides[87], soit environ 6 000 morts par jour[88]. Proportionnellement, la France est le pays le plus touchĂ© avec 1,4 million de tuĂ©s et de disparus[89], soit 10 % de la population active masculine. Cette saignĂ©e s’accompagne d’un dĂ©ficit des naissances considĂ©rable. Le dĂ©ficit allemand s'Ă©lĂšve Ă  5 436 000, le dĂ©ficit français Ă  3 074 000, le dĂ©ficit russe est le plus Ă©levĂ© et atteint 26 millions[90]. La stagnation dĂ©mographique française se prolonge, avec un vieillissement de la population qui ne cesse de croĂźtre qu’avec le recours Ă  l’immigration. Cette derniĂšre participe Ă  la reconstruction d’un pays dont le Nord est en ruines. ApparaĂźt Ă©galement le phĂ©nomĂšne nouveau des gueules cassĂ©es, nom donnĂ© aux mutilĂ©s de guerre qui survivent grĂące aux progrĂšs de la mĂ©decine tout en gardant des sĂ©quelles physiques graves[91]. L’intĂ©gration de ces victimes de guerre en nombre Ă  la sociĂ©tĂ© doit alors se faire au moyen de nouvelles lois et d'organismes comme l'Union des blessĂ©s de la face. On compte alors en France de 10 000 Ă  15 000 grands blessĂ©s de la face[92]. Au Royaume-Uni, des sculpteurs, comme Francis Derwent Wood, fabriquent des masques pour rendre un aspect humain aux soldats blessĂ©s[93]. Les sociĂ©tĂ©s d'aprĂšs-guerre vont garder les marques vivantes de la guerre de nombreuses annĂ©es encore.

Génocide, occupation, déportations et atrocités

Arméniens abattus vers 1918 pendant le génocide arménien qui a fait plus d'un million de victimes.

La PremiĂšre Guerre mondiale est aussi le premier conflit Ă  entraĂźner une entreprise d’extermination et de dĂ©portation planifiĂ©es par un État de tout un peuple constituant une minoritĂ©, sous prĂ©texte de sĂ©dition : le gĂ©nocide armĂ©nien est dĂ©clenchĂ© le 24 avril 1915 par le gouvernement jeune-turc de l’Empire ottoman pour qui, officiellement, il ne s'agit que d'un transfert de la population armĂ©nienne loin du front. C'est principalement entre avril 1915 et juillet 1916 qu'entre 800 000 et 1 250 000 d’ArmĂ©niens sont assassinĂ©s, soit presque la moitiĂ© de la population armĂ©nienne ottomane. Dans le mĂȘme temps, 275 000 Assyriens[94] sont massacrĂ©s dans l'est de l'Empire ottoman, selon la mĂȘme optique d'Ă©puration ethnique. L'Empire ottoman perpĂštre un autre gĂ©nocide pendant et aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale, celui des Grecs pontiques. De 1916 Ă  1923, le massacre fait prĂšs de 360 000 victimes[95]. La reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien pose encore problĂšme au XXIe siĂšcle, bien qu'il soit reconnu comme tel par un certain nombre de pays. Le gĂ©nocide des Grecs pontiques rencontre lui aussi une reconnaissance trĂšs limitĂ©e, tout comme le massacre des Assyriens.

Articles dĂ©taillĂ©s : AtrocitĂ©s allemandes et Massacre de Tamines.
Monument érigé à Tamines, rappel du massacre de Tamines. Photo prise par Jean-Pol Grandmont le 16 avril 2008.

Pendant le conflit, des massacres surviennent Ă©galement dans certains pays, en particulier en Belgique oĂč l'armĂ©e allemande commet des atrocitĂ©s envers la population civile. Le mythe du franc-tireur de la guerre de 1870 fait vite son apparition[96] et en reprĂ©sailles, les troupes allemandes vont se livrer Ă  la dĂ©portation ainsi qu'Ă  l'exĂ©cution d'un grand nombre de civils aussi bien en Belgique que dans le nord de la France. L'occupation de ces rĂ©gions est trĂšs dure pour les populations qui doivent fournir dans un premier temps les vivres nĂ©cessaires aux troupes d'occupation[97]. De nombreux civils sont rĂ©quisitionnĂ©s pour des travaux forcĂ©s et beaucoup d'entre eux sont Ă©galement faits prisonniers puis dĂ©portĂ©s en Allemagne comme par exemple 1 500 habitants d'Amiens qui sont envoyĂ©s dans des camps de travail[98]. Certains vont rester prisonniers jusqu’en 1918[98].

L'occupation et les dĂ©portations sont accompagnĂ©es de nombreuses destructions et d'exĂ©cutions, dont la plupart se dĂ©roulent sur le territoire belge. À Tamines, le 22 aoĂ»t 1914, ce sont 422 personnes qui sont exĂ©cutĂ©es[99], Ă  Haybes, ville dĂ©truite, 61 civils sont tuĂ©s[96] et Ă  Dinant, ce sont 674 civils qui sont passĂ©s par les armes[100]. À Louvain, les troupes allemandes mettent le feu Ă  la ville et 29 personnes sont fusillĂ©es[101]. La Belgique et la France ne sont pas les seuls pays Ă  ĂȘtre touchĂ©s. La ville de Kalisz en Pologne est bombardĂ©e et incendiĂ©e par les Allemands en aoĂ»t 1914, des civils sont tuĂ©s. Dans les ruines de la ville dĂ©vastĂ©e, dont la majeure partie de la population est partie en exode, il ne reste plus que 5 000 habitants alors qu'elle en comptait 65 000 avant guerre[102].

Hommages aux soldats

Tombe du soldat inconnu Ă  Canberra, Australie.

Dans l'immĂ©diat aprĂšs-guerre fleurissent un peu partout des monuments aux morts pour rendre hommage aux soldats tombĂ©s au champ d'honneur. En France, on compte environ 36 000 monuments[103]. En Allemagne, ce sont les communes et les Ă©glises qui organisent le plus souvent la construction des monuments. Ces derniers consistent le plus souvent en une liste des soldats tombĂ©s et rares sont les monuments qui arborent des symboles nationaux auxquels on prĂ©fĂšre la feuille de chĂȘne, la croix de fer ou une symbolique christique, l'Allemagne ayant perdu la guerre et l'Empire ayant disparu.

Les soldats des diffĂ©rentes nations reposent dans des cimetiĂšres et des nĂ©cropoles, comme l'Ossuaire de Douaumont. DiffĂ©rentes associations s'occupent des tombes et de la mĂ©moire des soldats. Pour la France, le Souvenir français, pour l'Allemagne le Volksbund Deutsche KriegsgrĂ€berfĂŒrsorge qui s'occupe en France de 192 lieux de mĂ©moire, pour l'Autriche l'Österreichisches Schwarzes Kreuz, pour le Royaume-Uni et les pays du Commonwealth la Commonwealth War Graves Commission et pour les États-Unis l'American Battle Monuments Commission. Dans les diffĂ©rents pays, le culte du soldat inconnu est mis en place.

Les destructions matérielles

Les productions agricole et industrielle se sont effondrĂ©es Ă  cause des impĂ©ratifs de l’économie de guerre et de la mobilisation d’un grand nombre d’actifs : la France perd 17,3% de ses mobilisĂ©s, le Royaume-Uni 5,1% et l'Allemagne 9,8%[104]. La guerre entraĂźne une dĂ©sorganisation des circuits commerciaux traditionnels. Il fallut reconstruire, relancer l’activitĂ© et revenir Ă  une Ă©conomie de paix tout en faisant face Ă  une grave pĂ©nurie de main-d’Ɠuvre. En France par exemple, 50% des paysans sont morts[105]. S’ajoute donc le problĂšme de la reconversion de l’économie de guerre en Ă©conomie de paix.

Les AmĂ©ricains sont les premiers Ă  en connaĂźtre les effets, dĂšs 1920, avec une rĂ©cession brutale du fait d’un retour Ă  une politique dĂ©flationniste. La production amĂ©ricaine d’acier baisse ainsi de moitiĂ©, et celle d’automobiles de 40%[106]. La crise amĂ©ricaine va rapidement s’étendre. Tout d’abord au Japon, puis au Royaume-Uni qui connaĂźt un taux de chĂŽmage de 20% en 1921[107]. En Italie, le problĂšme principal est la rĂ©intĂ©gration dans le marchĂ© du travail d’une population massivement mobilisĂ©e. On compte alors en effet 600 000 chĂŽmeurs[106] d’oĂč des dĂ©sordres sociaux dont la consĂ©quence directe va ĂȘtre le Biennio rosso (littĂ©ralement « Les Deux AnnĂ©es rouges Â»), pĂ©riode marquĂ©e par une agitation rĂ©volutionnaire de gauche. La reconversion de l’économie va Ă©galement engendrer la dĂ©sorganisation du systĂšme monĂ©taire. Les Ă©conomies occidentales abandonnent l'Ă©talon-or, prĂ©fĂ©rant la monnaie fiduciaire[108].

Carte d'ensemble des zones détruites pendant la PremiÚre Guerre mondiale dans le nord et l'est de la France.

Les destructions matĂ©rielles sont importantes et affectent durement les habitations, les usines, les exploitations agricoles et autres infrastructures de communication comme les ponts, les routes ou les voies ferrĂ©es et cela principalement en France[109] oĂč une vaste zone ravagĂ©e de 120 000 hectares prend le nom de « zone rouge Â». Dans le nord et l'est de la France, onze dĂ©partements seront classĂ©s en zone rouge. L’agriculture y sera en maints endroits interdite avant le dĂ©sobusage et dĂ©minage qui vont prendre plusieurs annĂ©es (pour n’ĂȘtre terminĂ© que dans les annĂ©es 2 600 au rythme actuel des dĂ©couvertes et Ă©limination d’obus et autres munitions actives dans l’ex-zone rouge), sans mĂȘme envisager le traitement des munitions immergĂ©es par millions car jugĂ©es trop dangereuses pour ĂȘtre dĂ©mantelĂ©es, ou faute de moyens financiers pour les stocker et traiter en sĂ©curitĂ©. Trois millions d’hectares de terres sont ravagĂ©es par les combats[89]. Certains villages de la Meuse, de la Marne ou du Nord sont rayĂ©s de la carte et ne peuvent pas ĂȘtre reconstruits Ă  leur emplacement. Des villes sont bombardĂ©es comme Reims qui voit sa cathĂ©drale sĂ©vĂšrement touchĂ©e ou Londres qui reçoit prĂšs de 300 tonnes de bombes[110]. Louvain voit quant Ă  elle sa bibliothĂšque brĂ»ler. En France comme en Belgique est instituĂ© un ministĂšre de la Reconstruction. C’est une pĂ©riode pauvre en archives oĂč toutes les Ă©nergies sont consacrĂ©es Ă  la reconstruction, avec une premiĂšre pĂ©riode sombre oĂč l’on fait intervenir les prisonniers de guerre allemands[111], les travailleurs chinois[112] Ă©pargnĂ©s par la grippe espagnole, ainsi qu’une main d’Ɠuvre immigrĂ©e[113], notamment pour le dĂ©sobusage. Cette pĂ©riode va gĂ©nĂ©rer quelques grandes fortunes dans le domaine de la rĂ©cupĂ©ration des mĂ©taux. L'Allemagne n'a quant Ă  elle pas subi les destructions qu'ont dĂ» subir les autres. StĂ©phane Audoin-Rouzeau et Annette Becker souligne que le « potentiel productif de l'Allemagne est intact Â»[109].

SĂ©quelles de guerre

Article dĂ©taillĂ© : SĂ©quelle de guerre.
Amputé de guerre en 1916


Les sĂ©quelles de guerre sont importantes : la reconstruction doit se faire sur des dizaines de milliers d’hectares physiquement dĂ©vastĂ©s oĂč les villes, les villages, les usines, les puits de mines et les champs sont parfois littĂ©ralement effacĂ©s du paysage, sur des sols polluĂ©s par des milliers de cadavres humains et animaux, rendus dangereux par les sapes, les tranchĂ©es et les milliards d’obus et autres munitions non explosĂ©es ou non tirĂ©es (perdues ou dangereusement stockĂ©es). Des dizaines de milliers d’hectares sont gravement contaminĂ©s par les mĂ©taux lourds et parfois par les armes chimiques que l’on dĂ©mantĂšle ou que l’on fait pĂ©tarder sans prĂ©cautions suffisantes.

Séquelles géographiques
Moreuil, village picard totalement rasé lors de la seconde bataille de la Somme en mars 1918 (combats Castel et du bois Sénécat en particulier) et de la 3e bataille de Picardie en août 1918.
Ruelles de l'ancien village de Fleury-devant-Douaumont.

Sur les sites les plus bouleversĂ©s oĂč les explosifs et les toxiques de combat sont encore trop nombreux pour que l’on puisse rendre les sols Ă  l’agriculture ou Ă  l’urbanisation, on plantera des forĂȘts de guerre, dont la forĂȘt de Verdun et la forĂȘt d'Argonne, qui ont poussĂ© sur d’anciens champs criblĂ©s de trous d’obus et de tranchĂ©es. Dans ces forĂȘts, certains villages ne sont pas reconstruits. Ces sĂ©quelles terrestres sont connues des spĂ©cialistes, en particulier des dĂ©mineurs, mais il semble que la pollution libĂ©rĂ©e par les dizaines de milliards de billes de plomb des shrapnel et les balles, ou le mercure des amorces soient lentement capables de s’accumuler dans les Ă©cosystĂšmes et certains aliments. C’est un problĂšme qui n’a pas Ă©tĂ© traitĂ© par les historiens ni les spĂ©cialistes en santĂ© publique. Aucune Ă©tude officielle ne semble s’ĂȘtre intĂ©ressĂ©e au devenir des mĂ©taux lourds et des toxiques de combat dans les sols et les Ă©cosystĂšmes de la zone rouge.

Les sĂ©quelles marines, bien que prĂ©occupantes semblent avoir Ă©tĂ© oubliĂ©es durant 70 Ă  80 ans. Ainsi les pays baltes voient-ils la situation Ă©cologique de la mer Baltique s’effondrer des annĂ©es 1990 Ă  2006, tout en redĂ©couvrant des dizaines de milliers de tonnes de munitions immergĂ©es de 1914 Ă  1918 et aprĂšs (incluant des armes chimiques dont certaines commençant Ă  fuir). Les pĂȘcheurs remontent parfois de l'ypĂ©rite dans leurs filets dans la Baltique[114]. En Belgique, Ă  Zeebrugge, on retrouve incidemment un dĂ©pĂŽt immergĂ© de 35 000 tonnes d’obus noyĂ©s lĂ  peu aprĂšs 1918 puis oubliĂ©s. Parmi ces obus, 12 000 tonnes sont chargĂ©s d’ypĂ©rite et de chloropicrine toujours actives, Ă  quelques centaines de mĂštres de la plage et de l’embouchure du port mĂ©thanier. C’est encore plus tardivement en 2005 que quelques articles de presse Ă©voquent la publication discrĂšte d’un rapport Ă  la Commission OSPAR listant les dĂ©pĂŽts immergĂ©s de millions de munitions dangereuses et polluantes, datant de la grande guerre et des pĂ©riodes suivantes. C’est face au littoral français que le nombre de dĂ©pĂŽts immergĂ©s est le plus important. Alors que ces munitions commencent Ă  fuir et Ă  perdre leurs contenus toxiques, la question de leur devenir se pose. Une centaine de zones mortes ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©es en mer par l’ONU, la plupart coĂŻncident avec des zones d’immersion en mer de munitions, ce qui pose la question de l’évaluation des impacts environnementaux de ces dĂ©chets toxiques et/ou dangereux immergĂ©s. Les taux de mercure augmentent de maniĂšre prĂ©occupante dans les Ă©cosystĂšmes et notamment dans le poisson. On peut craindre qu’une partie de ce mercure provienne des milliards d’amorces au fulminate de mercure des tĂȘtes d’obus et des douilles d’obus ou de balles ou d’autre munitions (1 g de mercure par amorce en moyenne) non utilisĂ©e ou non explosĂ©e et jetĂ©es en mer aprĂšs cette guerre ou la suivante.

SĂ©quelles psychiques
Article dĂ©taillĂ© : Grippe de 1918.

À ceci s’ajoutent de graves sĂ©quelles psychiques et sanitaires : gueules cassĂ©es, trauma psychologiques, choc et contre-choc de la grippe espagnole qui a fait entre 20 et 50 millions de morts[115]. Il y a Ă©galement des non-dits notamment quant aux rĂ©pressions des mutineries de 1917 chez les Français, les Allemands et les Britanniques, comme la mutinerie d'Étaples. En quatre ans, 2 400 « poilus Â» auront Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă  mort et 600 exĂ©cutĂ©s, les autres voyant leur peine commuĂ©e en travaux forcĂ©s[116]. Parmi ces soldats fusillĂ©s pour l'exemple, quelques uns dont FĂ©lix Baudy ont Ă©tĂ© rĂ©tablis dans leur honneur dans les annĂ©es 1920 ou 1930. Sans oublier le sort rĂ©servĂ© aux dĂ©serteurs, fusillĂ©s au dĂ©but du conflit puis dĂ©portĂ©s au bagne quand ils refusent de se soumettre, comme Robert Porchet. Ce conflit mondial laisse des millions d’orphelins, de dĂ©sƓuvrĂ©s et surtout, un esprit de haine et de revanche qui prĂ©pare dĂ©jĂ  la Seconde Guerre mondiale. Alors qu’en France et en Belgique se construisent et se dĂ©corent les ossuaires et des centaines de cimetiĂšres militaires, alors que chaque commune ou presque construit son monument aux morts, et alors qu’arrivent les annĂ©es folles oĂč l’on cherche avant tout Ă  oublier, un vent pacifiste rapidement contrĂŽlĂ© par les États proclame que cette guerre sera « la der des ders Â», c'est-Ă -dire la « derniĂšre des derniĂšres (guerres) Â».

Un monde redessiné par les traités de paix

Article dĂ©taillĂ© : TraitĂ© de Versailles.
Carte de l’Europe en 1923.

Quatre empires se sont Ă©croulĂ©s, ce qui transforme profondĂ©ment la carte de l’Europe redessinĂ©e par les traitĂ©s de paix de 1919[117].

À l’issue du traitĂ© de Versailles, l'Empire allemand perd 1/7e de son territoire : outre l’Alsace et la Lorraine dĂ©jĂ  restituĂ©es Ă  la France et Eupen et MalmĂ©dy rattachĂ©s Ă  la Belgique, l’Allemagne perd Ă  l’est la Posnanie et une partie de la Prusse-Orientale pour permettre la recrĂ©ation de la Pologne ; La Haute-SilĂ©sie est partagĂ©e entre la Pologne et l’Allemagne. Le territoire allemand est coupĂ© en deux par le « couloir de Dantzig Â», dĂ©militarisĂ©, voyant ses colonies confisquĂ©es, surveillĂ©, condamnĂ© Ă  de lourdes rĂ©parations est rendu seul responsable du conflit. Ces rĂ©parations, dont le montant n’est fixĂ© qu’en 1921, s’élĂšvent Ă  132 milliards de marks-or, Ă  verser en trente annuitĂ©s (elle ne versera au total que 22,8 milliards de marks-or jusqu’en 1932).

L'Empire russe, devenu la Russie communiste, ne retrouve pas les territoires cĂ©dĂ©s au TraitĂ© de Brest-Litovsk : les pays baltes et la Finlande deviennent indĂ©pendants. L’Ouest de la Russie est attribuĂ© Ă  la Pologne.

L'Empire ottoman est rĂ©duit Ă  l’actuelle Turquie. La Syrie et l’Irak deviennent des mandats français et britanniques.

L'Empire austro-hongrois est quant Ă  lui dĂ©mantelĂ© - avec la naissance d’une Autriche, d’une Hongrie et d’une TchĂ©coslovaquie. Le Royaume des Serbes, Croates et SlovĂšnes, qui deviendra la Yougoslavie, est constituĂ©e de l’union du Royaume de Serbie avec l’État des SlovĂšnes, Croates et Serbes et le Royaume de MontĂ©nĂ©gro. Elle rĂ©unit les Slaves du sud des Balkans, mais elle doit cĂ©der l’Istrie Ă  l’Italie au terme du traitĂ© de Rapallo de novembre 1920.

Tous ces États adoptent des rĂ©gimes parlementaires. La dĂ©mocratie s’installe enfin dans bon nombre de pays d’Europe centrale et orientale. Mais, dans certains de ces pays, la dĂ©mocratie ne rĂ©siste pas Ă  l’installation rapide de rĂ©gimes autoritaires dans toute l’Europe centrale et orientale.

Une guerre nouvelle

Les tranchées

Article dĂ©taillĂ© : TranchĂ©e.
Tranchée britannique dans la Somme en juillet 1916.

Ce conflit mondial est caractĂ©risĂ© par une ligne de front continue de 700 kilomĂštres[118], fortifiĂ©e, qui ne sera jamais rompue par aucune des armĂ©es en prĂ©sence avant 1918. Le front est constituĂ© de plusieurs lignes de dĂ©fense creusĂ©es dans la terre, les tranchĂ©es, reliĂ©es entre elles par des boyaux d’accĂšs[119]. Les conditions de vie dans ces tranchĂ©es sont Ă©pouvantables, bien que les tranchĂ©es allemandes soient les mieux amĂ©nagĂ©es[118]. Les troupes allemandes ont en effet trĂšs rapidement bĂ©tonnĂ© leurs tranchĂ©es alors que du cĂŽtĂ© français, on trouve des tranchĂ©es de terre qui rĂ©sistent tant bien que mal aux obus. Les soldats y vivent entourĂ©s par la boue, la vermine, les rats et l’odeur des cadavres en dĂ©composition. De plus, pour les tranchĂ©es les plus exposĂ©es au front, le ravitaillement laisse parfois Ă  dĂ©sirer.

Un no man's land rendu infranchissable par des rĂ©seaux denses de barbelĂ©s, battu par le feu des mitrailleuses, sĂ©pare les deux premiĂšres lignes. Le danger est permanent, mĂȘme en pĂ©riode de calme quand l’activitĂ© du front est faible, la mort survient n’importe quant au cours d’une patrouille, d’une corvĂ©e, d’une relĂšve ou d’un bombardement d’artillerie.

L’observation aĂ©rienne par les avions et les ballons permet aux armĂ©es de connaĂźtre avec prĂ©cision la configuration du terrain ennemi, si bien que les tirs d’artillerie ne tombent jamais au hasard. Les obus qui pleuvent de jour comme de nuit font un maximum de dĂ©gĂąts. En 1918, on compte 250 millions d'obus tirĂ©s pour la France[120]. Les soldats ne se trouvent en sĂ©curitĂ© qu’à une dizaine de kilomĂštres derriĂšre les lignes quand ils sont hors de portĂ©e de l’artillerie lourde.

Extrait du film La Bataille de la Somme oĂč l'on voit le rĂ©seau de barbelĂ©s.

On a souvent reprochĂ© aux chefs militaires d’avoir conduit leurs troupes dans cette guerre de tranchĂ©e de façon aussi coĂ»teuse en vies humaines qu’inutile. Pourtant, cette guerre de position n’est pas un choix stratĂ©gique. Elle est due au fait que, en ce dĂ©but de l'Ăšre industrielle, alors que les nations occidentales sont dĂ©jĂ  capables de produire des armements en masse, les progrĂšs techniques, qui ne cesseront de se succĂ©der durant quatre ans, ont surtout concernĂ© le matĂ©riel et la puissance de destruction plutĂŽt que les moyens de s’en protĂ©ger.

L’uniforme des diffĂ©rentes armĂ©es ne prĂ©voit pas non plus de protĂ©ger efficacement la tĂȘte des soldats. Ce n’est qu’en septembre 1915 que le casque Adrian remplace le kĂ©pi pour les Français. Les Anglais quant Ă  eux distribuent le casque Brodie dans la mĂȘme pĂ©riode[121]. Le casque Ă  pointe allemand offre peu de protection et est progressivement remplacĂ© par le Stahlhelm en 1916[122].

Les dĂ©bauches d’artillerie empĂȘchent toute percĂ©e d’aboutir. Les soldats combattent souvent pour quelques mĂštres et n’arrivent pas Ă  percer les tranchĂ©es ennemies protĂ©gĂ©es par un tir nourri d’artillerie et des lignes de barbelĂ©s. De 1914 Ă  1918, prĂšs de 70 % des pertes en vies humaines ont Ă©tĂ© provoquĂ©es par l’artillerie, contre moins de 20 % dans les conflits prĂ©cĂ©dents[123]. Ainsi, pour emporter les tranchĂ©es et mettre fin Ă  cette forme de guerre, il faut attendre une arme entiĂšrement nouvelle et qui apparaĂźt plus tard : le char d’assaut.

Nouvelles armes et nouvelles tactiques

Avion militaire allemand, de marque Aviatik, virant sur l'aile dans la lumiĂšre matinale. Sa mitrailleuse LMG 14 Parabellum est visible Ă  l'arriĂšre de l'observateur.

Aviation et blindĂ©s : Cette guerre est l’occasion pour l’industrie de l’armement de lancer de nouveaux matĂ©riaux qui aident Ă  la maturation des techniques et des mĂ©thodes. De nombreux secteurs industriels et militaires se sont dĂ©veloppĂ©s dont l'aviation. DĂ©sormais, la reconnaissance aĂ©rienne permet l’ajustement du tir de l’artillerie et la cartographie prĂ©cise des lignes ennemies. L'aviation permet en outre de mitrailler et bombarder les positions. Cette pĂ©riode voit en effet les premiers bombardements aĂ©riens de l'histoire. Ce sont surtout les zeppelin qui se chargent de cette mission, de maniĂšre d'abord rudimentaire (des obus lĂąchĂ©s Ă  la main au dĂ©but, avant la mise au point de premiers bombardiers ; le premier « bombardier lourd Â», le Zeppelin-Staaken VGO1 allemand, rebaptisĂ© Zeppelin-Staaken R1, volera pour la premiĂšre fois le 11 avril 1915). Les combats aĂ©riens rĂ©vĂšlent de nombreux pilotes surnommĂ©s les « as Â» comme l’Allemand Richthofen, le « baron rouge Â», les Français Fonck et Guynemer, l’Anglais Mannock ou le Canadien Bishop[124].

Les véhicules blindés apparaissent pour couvrir les soldats lors de l'attaque de position, avec une premiÚre attaque massive de chars d'assaut anglais dans la Bataille de Cambrai. Des chemins de fer de campagne (systÚme Péchot sont installés pour desservir les fronts. Des canons de marine montés sur wagons sont inventés et transportés prÚs du front.

Armes chimiques

Article dĂ©taillĂ© : Gaz moutarde.
Soldats britanniques victimes des gaz lacrymogĂšnes pendant la bataille d'Estaires en avril 1918.

L'utilisation des armes chimiques pendant la PremiĂšre Guerre mondiale remonte au mois d'aoĂ»t 1914 oĂč les troupes françaises utilisent contre les troupes allemandes un gaz lacrymogĂšne, le xylylbromide, un gaz dĂ©veloppĂ© par les forces de police parisiennes. Par la suite, les diffĂ©rents camps ont cherchĂ© Ă  fabriquer des armes chimiques plus efficaces bien que les confĂ©rences de La Haye aient interdit l'utilisation d'armes toxiques.

L'Empire allemand, manquant cruellement de matiĂšres premiĂšres, utilise alors des produits qu'il possĂšde en abondance, dont le chlore, produit rejetĂ© par les industries chimiques, est disponible en grandes quantitĂ©s. Les troupes allemandes emploient donc le chlore en le prĂ©sentant comme un gaz irritant et non mortel, ne portant ainsi pas atteinte aux accords des confĂ©rences de la Haye. Le premier emploi massif de gaz a lieu le 22 avril 1915 lors de la DeuxiĂšme bataille d'Ypres. 150 tonnes de chlore sont lĂąchĂ©es faisant 5 000 morts et 10 000 blessĂ©s. La guerre du gaz avait commencĂ©.

Les armes chimiques sont contenues dans des bonbonnes, des obus, des bombes ou des grenades. Les gaz utilisĂ©s sont trĂšs volatils : chlore, phosgĂšne, « gaz moutarde Â», arsines ou encore chloropicrine[125]. La dĂ©tection de certaines de ces armes chimiques est Ă  l'Ă©poque quasi impossible. En effet, les consĂ©quences de leur inhalation sur le corps humain n'Ă©tant visibles que trois jours aprĂšs, on ne peut savoir Ă  temps s'il y a eu contamination ou pas. D'oĂč la production de dĂ©fenses prĂ©ventives telles que les masques Ă  gaz.

Le front intérieur

Les femmes

Femmes de tous Ăąges fabriquant des obus, France, 1917.

Dans tous les pays, les femmes deviennent un indispensable soutien Ă  l’effort de guerre. En France, le 7 aoĂ»t 1914, elles sont appelĂ©es Ă  travailler par le chef du gouvernement Viviani[126]. Dans les villes, celles qui fabriquent des armes dans les usines (comme les usines Schneider au Creusot) sont surnommĂ©es les « munitionnettes Â». Les femmes auront fabriquĂ© en quatre ans 300 millions d’obus et plus de 6 milliards de cartouches. DĂ©sormais, les femmes distribuent aussi le courrier, s’occupent de tĂąches administratives et conduisent les vĂ©hicules de transport.

Dans les campagnes, elles retroussent leurs manches pour s’atteler aux travaux agricoles. Beaucoup de jeunes femmes s’engagent comme infirmiĂšres dans les hĂŽpitaux qui accueillent chaque jour des milliers de blessĂ©s. Elles assistent les mĂ©decins qui opĂšrent sur le champ de bataille. Certaines sont marraines de guerre : elles Ă©crivent des lettres d’encouragement et envoient des colis aux soldats, qu’elles rencontrent parfois lors de leurs permissions. Avec la PremiĂšre Guerre mondiale, les femmes ont fait les premiers pas sur le chemin de l’émancipation. Mais pour beaucoup, l’aprĂšs-guerre a constituĂ© un retour Ă  la normale et aux valeurs traditionnelles. En 1921, les femmes au travail en France n’étaient pas plus nombreuses qu’avant 1914. Certaines ont toutefois atteint un niveau de responsabilitĂ© inĂ©dit. Environ 700 000 veuves de guerre deviennent d’ailleurs des chefs de famille. Dans certains pays, comme l’Allemagne et les États-Unis, le droit de vote est accordĂ© aux femmes dĂšs 1919. La France attend 1945 pour permettre aux femmes de devenir enfin des citoyennes.

Les colonies

Carte postale montrant l'armée française d'Afrique défilant à Amiens, France, en 1914 ou en 1915.


Groupe de poilus à l'entrée d'un abri de tranchée à Hirtzbach dans le Haut-Rhin


Les colonies ont jouĂ© un rĂŽle primordial pendant la PremiĂšre Guerre mondiale, fournissant aux AlliĂ©s de la matiĂšre premiĂšre et de la main-d’Ɠuvre. 134 000 « tirailleurs sĂ©nĂ©galais Â» (un corps de militaire constituĂ© en 1857 par NapolĂ©on III) sont mobilisĂ©s en renfort des troupes françaises, souvent en premiĂšre ligne. En octobre 1915, un dĂ©cret ordonne la mobilisation des Africains de plus de 18 ans. Un dĂ©putĂ© sĂ©nĂ©galais, Blaise Diagne, pense tenir lĂ  une opportunitĂ© pour les Africains de s'Ă©manciper[127]. Ces hommes viennent d’Afrique noire (SĂ©nĂ©gal, Burkina Faso, BĂ©nin, Mali et Niger), d’Afrique du Nord (AlgĂ©rie, Tunisie, Maroc et Mauritanie) et de Madagascar, de Chine[128], d’Indochine, des Antilles et de Guyane. Au total, ils sont 600 000 Ă  combattre[129]. Des dizaines de milliers y laisseront la vie. MĂȘme si l’image de l’« indigĂšne Â» laisse place Ă  celle du soldat, globalement les prĂ©jugĂ©s demeurent. Par la suite, avant et aprĂšs la dĂ©colonisation, la dette de sang contractĂ©e par la France au cours des deux guerres mondiales pĂšsera lourd dans les reproches d’ingratitude formulĂ©s Ă  son Ă©gard, mĂȘme si, contrairement Ă  une lĂ©gende noire tenace, le nombre d’ « indigĂšnes Â» morts au combat ne fut pas proportionnellement plus Ă©levĂ© que celui des mĂ©tropolitains.

Le KhĂ©dive d'Égypte Abbas II Hilmi appelle les Égyptiens Ă  lutter contre le Royaume-Uni, qui plaça l’Égypte sous son protectorat et remplaça Abbas par son oncle Hussein Kamal[130].

De plus, la perte de prestige des EuropĂ©ens dans les colonies et dans le monde est importante. En Afrique, les Franco-britanniques se sont emparĂ©s des colonies allemandes, les Japonais font de mĂȘme en Chine, capturant la colonie allemande de Tsingtao et dans le Pacifique oĂč ils s'emparent de plusieurs archipels situĂ©s au nord de l'Ă©quateur qui formeront le mandat des Ăźles du Pacifique. Les Australiens ont capturĂ© la Nouvelle-GuinĂ©e allemande et les NĂ©o-ZĂ©landais les Samoa allemandes. Les colonies ont fourni des vivres, des matiĂšres premiĂšres, des « tirailleurs sĂ©nĂ©galais Â» et des « zouaves marocains Â», souvent engagĂ©s dans les combats de premiĂšre ligne, comme en tĂ©moignent les cimetiĂšres militaires de l’Ourcq. Au lendemain de la guerre, les peuples colonisĂ©s ne croient plus Ă  ce qu’on leur inculque – la supĂ©rioritĂ© naturelle de la mĂ©tropole – et rĂ©clament une amĂ©lioration de leur sort. À ce premier dĂ©clin de l’influence europĂ©enne dans les colonies s’ajoute l’expansion des États-Unis, les plus grands bĂ©nĂ©ficiaires de la guerre, et du Japon, dont les capitaux se placent dĂ©sormais Ă  Londres et Ă  Paris[rĂ©f. nĂ©cessaire].

Industrie et Ă©conomie

Carte postale française, publiée vers 1914, demandant aux Français de donner leur or à la France pour la cause nationale. La piÚce de monnaie en or, avec en bas-relief un coq gaulois stylisé, écrase un soldat allemand.

Cette guerre se distingue des conflits prĂ©cĂ©dents en ce qu’elle est aussi la premiĂšre « guerre industrielle Â»[131]. Entre 1915 et 1917, tous les pays impliquĂ©s dans le conflit sont contraints de restructurer leur industrie : il apparaĂźt immĂ©diatement que les stocks sont tout Ă  fait insuffisants pour soutenir l’effort de guerre. Si elle n’avait pas veillĂ© Ă  augmenter sa production, la France, par exemple, se serait retrouvĂ©e Ă  court de munitions pour l’artillerie lourde, deux mois Ă  peine aprĂšs l’ouverture des hostilitĂ©s[132]. En Italie, oĂč Marinetti et les autres futuristes se font les chantres enthousiastes de l’ùre de la machine, la production de mitrailleuses passe, entre 1915 et 1918, de 613 Ă  19 904 unitĂ©s; les automobiles, de 9200 Ă  20 000 unitĂ©s. De 10 400, la fabrication de munitions passe Ă  88 400 unitĂ©s par jour[133].

Les dĂ©penses de guerre pĂšsent fortement sur le budget des États qui tentent de faire face Ă  leur lourd dĂ©ficit en appliquant diverses mĂ©thodes : l’emprunt public (en Allemagne), l’augmentation des impĂŽts directs (Royaume-Uni), l’émission d’emprunts publics et l’augmentation de la circulation monĂ©taire (Italie et France). La main-d’Ɠuvre employĂ©e dans les secteurs de l’industrie liĂ©s Ă  l’effort de guerre augmente elle aussi. Il faut pourvoir les postes laissĂ©s vacants par les hommes appelĂ©s au front. Pour cela, on fait appel aux femmes et Ă  la main-d’Ɠuvre coloniale ou Ă©trangĂšre : en France, Ă  la fin de la guerre, sur 1 700 000 personnes affectĂ©es Ă  l’industrie de guerre, on compte 497 000 militaires, 430 000 femmes, 425 000 civils, 133 000 jeunes, 61 000 coloniaux et 40 000 prisonniers.

Les emprunts de guerre en France, les campagnes de collecte d’or sont menĂ©es auprĂšs des civils pour financer la guerre. Mais la principale source de financement se situe aux États-Unis, soit en numĂ©raire, soit par l’achat Ă  crĂ©dit de matĂ©riel.

L’État

Photo du Cabinet de guerre impérial britannique.

Les États tirent profit de la guerre pour accroĂźtre leurs pouvoirs et leurs domaines de compĂ©tences. Ainsi assiste-t-on d’abord Ă  un phĂ©nomĂšne de centralisation du pouvoir, visible en Angleterre au travers du Cabinet de guerre impĂ©rial de Lloyd George qui ne comporte que quatre ministres dont un gĂ©nĂ©ral, Jan Smuts[134]. En Allemagne, les pouvoirs du Kaiser sont Ă©galement renforcĂ©s, et il en va de mĂȘme pour ceux de l’empereur en Autriche. En France, l’Union sacrĂ©e permet un gel, temporaire, des divisions politiques. AprĂšs s’ĂȘtre effacĂ© en 1914, le Parlement français reprend le contrĂŽle du gouvernement et bientĂŽt celui du commandement militaire, malgrĂ© la toute puissance de Joffre[135].

Le pouvoir Ă©largit ensuite le champ de ses compĂ©tences. La censure est partout rĂ©habilitĂ©e au nom de l’intĂ©rĂȘt national. En France, elle prend la forme d’une loi du 4 aoĂ»t 1914, votĂ©e dans l’urgence, interdisant tout article apte Ă  rĂ©vĂ©ler des informations Ă  l’ennemi, ou Ă  dĂ©courager les Français (notamment en rĂ©vĂ©lant la rĂ©alitĂ© des conditions de vie au sein des tranchĂ©es). Cette loi fut par la suite allĂ©gĂ©e par Clemenceau, en 1917, et il Ă©tait dĂ©sormais permis de critiquer l’action gouvernementale. Cependant elle restera effective jusqu’en octobre 1919, soit un an aprĂšs la fin des hostilitĂ©s. Paradoxalement, la censure fut beaucoup plus rigoureuse en France qu’en Allemagne ou en Angleterre, ce qui pose le problĂšme de sa compatibilitĂ© avec un rĂ©gime dĂ©mocratique, mais a aussi permis d’empĂȘcher que l’état-major allemand connaisse la gravitĂ© de la crise du moral en 1917[136].

Autres aspects

Les tentatives de paix

De nombreuses tentatives de paix sont nées durant la PremiÚre Guerre mondiale et cela dÚs 1914, allant de l'exhortation au calme aux négociations secrÚtes en vue de signer une paix. Un des acteurs de ces tentatives de paix est le pape Benoßt XV qui se prononce contre la guerre dÚs son élection le 3 septembre 1914 alors que le conflit fait rage[137]. En réaction aux socialistes soutenant la guerre, d'autres socialistes se réunissent à Zimmerwald en 1915 et se prononcent contre la guerre. Les premiÚres tentatives de paix datent de 1916 avec la proposition de paix de l'Allemagne qui se révÚle comme peu sérieuse[138] et la proposition du président américain Wilson. Des négociations ont également lieu entre l'Allemagne et le Japon afin d'obtenir une paix séparée, négociations qui échouent pour l'Allemagne.

Photo du pape BenoĂźt XV vers 1915.

C'est en 1917 que l'on rencontre le plus grand nombre de tentatives de paix, cette année marquant en quelque sorte l'apogée de la lassitude face à la guerre. La plus sérieuse des propositions de paix de 1917[139] est la négociation secrÚte du prince Sixte de Bourbon-Parme, intermédiaire idéal puisqu'étant le beau-frÚre de l'empereur d'Autriche-Hongrie, Charles Ier. Officier dans l'armée belge, Sixte de Bourbon Parme reçoit une note de l'empereur, en accord avec son ministre des Affaires étrangÚres, dans laquelle ce dernier propose non seulement une paix séparée mais également la restitution de l'Alsace-Lorraine à la France sans s'accorder à ce sujet avec l'Allemagne[140]. Raymond Poincaré et Lloyd George se montrent alors vivement intéressés par ces propositions, mais les Italiens, qui ne veulent pas entendre d'une paix blanche avec l'Autriche-Hongrie font blocage. Ils souhaitent l'application intégrale du pacte de Londres. Les négociations sont alors interrompues.

Sans que l'on puisse trÚs exactement savoir s'il s'agit de l'expression de véritables convictions, ou d'une volonté de ne pas laisser le terrain du pacifisme aux socialistes[141], la seconde grande proposition de paix de l'année 1917 émane du pape Benoßt XV. Dans sa proclamation du 9 août 1917, rendue publique le 16, le pape appelle les belligérants à la paix, en des termes trÚs vagues, ne faisant aucune mention du cas de l'Alsace-Lorraine[141]. Ces propositions sont vivement rejetées par l'opinion catholique française. En Allemagne, le Reichstag tente d'influer sur le cours politique et proclame une résolution de paix le 17 juillet 1917, qui échoue elle aussi.

Vont suivre ensuite une sĂ©rie de nĂ©gociations secrĂštes dont l'affaire dite Briand-Lancken en septembre 1917 qui commence avec les nĂ©gociations entre le comte de Brocqueville, premier ministre belge exilĂ© au Havre, et le baron Von Lancken, dirigeant du gouvernement gĂ©nĂ©ral de Belgique sous autoritĂ© allemande, qui a alors l'appui du chancelier Theobald von Bethmann Hollweg[142]. Pour Lancken, la Belgique pourrait servir d'intermĂ©diaire en vue de nĂ©gociations de paix et demande Ă  rencontrer le premier ministre français, Aristide Briand, en septembre 1917. Reposant sur un malentendu[142], l'affaire Ă©choue : Briand ne se rend pas au rendez-vous et les nĂ©gociations avortent avant mĂȘme d'avoir pu s'amorcer. D'autres nĂ©gociations sont menĂ©es en 1918, comme celles du projet de paix sĂ©parĂ©e entre l'Autriche-Hongrie et les États-Unis[143], mais elles Ă©chouent. Il faut attendre le 11 novembre pour que l'armistice vienne mettre un terme Ă  quatre annĂ©es de guerre.

Prisonniers de guerre

Soldats russes faits prisonniers Ă  Tannenberg

Environ huit millions de soldats ont Ă©tĂ© faits prisonniers dans des camps pendant la PremiĂšre Guerre mondiale. Chaque nation s'est engagĂ©e Ă  suivre les accords des confĂ©rences de La Haye exigeant un traitement juste des prisonniers de guerre. En gĂ©nĂ©ral, le taux de survie des prisonniers de guerre a Ă©tĂ© beaucoup plus Ă©levĂ© que celui des soldats sur le front[144]. En gĂ©nĂ©ral, ce sont des unitĂ©s entiĂšres qui se rendent. Les cas de prisonniers se rendant individuellement sont rares. À la bataille de Tannenberg, ce sont 92 000 soldats russes qui sont capturĂ©s[145]. Plus de la moitiĂ© des pertes russes sont des prisonniers. Les proportions pour les autres pays sont les suivantes : Autriche-Hongrie 32%, Italie 26%, France 12%, Allemagne 9% et Royaume-Uni 7%. Le nombre des prisonniers des forces alliĂ©es s'Ă©lĂšve Ă  environ 1,4 million (ce chiffre n'inclue pas la Russie, dont 2,5 Ă  3,5 millions de soldats sont faits prisonniers). Les Empires centraux voient quant Ă  eux 3,3 millions d'hommes capturĂ©s[146].

Pendant le conflit, l'Allemagne fait 2,4 millions de prisonniers[147], la Russie 2,4 millions[148], le Royaume-Uni environ 100 000[149], la France environ 450 000[150] et l'Autriche-Hongrie entre 1,2 et 1,86 million[151]. Le moment de la capture est un moment des plus dangereux, on rapporte en effet le cas de certains soldats qui ont Ă©tĂ© tuĂ©s[152],[153]. Une fois que les prisonniers atteignent leurs camps, commence pour eux une vie de privations, de travail et de maladies dont beaucoup mourront. Les conditions de captivitĂ© en Russie sont les plus terribles : la famine y fait des ravages et de 15 Ă  20% des prisonniers meurent. En Allemagne oĂč la situation alimentaire est elle aussi dĂ©sastreuse, ce sont 5% qui en meurent.

L'Empire ottoman traite Ă©galement ses prisonniers durement[154]. PrĂšs de 11 800 soldats britanniques, la plupart indiens, sont faits prisonniers lors du siĂšge de Kut en avril 1916. 4 250 d'entre eux meurent en captivitĂ©[155]. Alors que les prisonniers sont trĂšs faibles, les officiers ottomans les forcent Ă  marcher 1 100 kilomĂštres vers l'Anatolie. Les survivants sont forcĂ©s de construire une voie ferrĂ©e dans les Monts Taurus.

Historiographie

Article dĂ©taillĂ© : Kriegsschuldfrage.

La chronologie des Ă©vĂšnements laisse voir combien la question des responsabilitĂ©s reste entiĂšre. Ces derniĂšres se trouvent de fait dispersĂ©es au fil des dĂ©cisions. Rien dans cette succession n’était inĂ©luctable. DĂ©terminer des responsabilitĂ©s, c’est nĂ©cessairement accorder un poids, une valeur, Ă  chaque Ă©pisode, chaque dĂ©cision :

  • le degrĂ© d’implication des services de l’État serbe, probablement Ă  l’insu de ses dirigeants, dans la prĂ©paration et la rĂ©alisation de l’attentat ;
  • la nĂ©gligence envers l’avertissement prononcĂ© par l’ambassadeur serbe quant Ă  une menace d’attentat ;
  • l’erreur de jugement du Kaiser lorsqu’il donne son appui conditionnel Ă  l’Autriche-Hongrie, persuadĂ© que la Russie n’interviendra pas ;
  • la duretĂ© voulue de l’ultimatum austro-hongrois ;
  • le degrĂ© de pression que l’Allemagne a rĂ©ellement mis sur l’Autriche-Hongrie pour nĂ©gocier la condition rejetĂ©e par la Serbie sans faire perdre la face aux parties adverses ;
  • le degrĂ© de manƓuvre, face aux pan-slaves, du premier ministre serbe, si favorable Ă  une bonne entente avec son voisin ;
  • le fait que le tsar Nicolas II n’a pas pu ou su s’opposer aux bellicistes de son gouvernement, ainsi que d’avoir acceptĂ© l’idĂ©e d’une mobilisation secrĂšte, qui fut presque aussitĂŽt connue des Allemands ;
  • le soutien inconditionnel accordĂ© discrĂštement Ă  la Russie par le gouvernement français, qui, ayant dĂ©jĂ  refusĂ© de soutenir la Russie lors des prĂ©cĂ©dentes guerres balkaniques, craint que la Triple-Entente ne devienne une alliance creuse ;
  • son acceptation du non-respect du traitĂ© militaire qui lie les deux pays.

Ce qui favorise sans doute l’aspect inĂ©luctable des Ă©vĂ©nements est l’atmosphĂšre belliqueuse ouvertement affichĂ©e par les opinions publiques. Le nationalisme exacerbĂ© qui rĂšgne dans tous les pays europĂ©ens a ainsi jouĂ© un grand rĂŽle. En France, les sentiments revanchards Ă  propos de l’Alsace-Lorraine excitent la haine Ă  l’égard de l’« Allemand Â» (les dessins de Hansi en sont une illustration)[156]. De l’autre cĂŽtĂ© du Rhin, envisageant de devoir se battre sur deux fronts, le plan Schlieffen prĂ©conise que l’Allemagne frappe la premiĂšre, ce qui la contraint Ă  l’extrĂȘme vigilance envers la mobilisation des armĂ©es. De plus, contrairement Ă  la situation de 1908 ou de 1911, le temps de nĂ©gociation liĂ© Ă  la mobilisation ne peut jouer. Le plan allemand suppose en effet l'Ă©vacuation des troupes arrivĂ©es au noeud ferroviaire d'Aix la Chappelle vers la Belgique sous peine d'engorgement, ce qui veut dire que la mobilisation allemande, c'est la guerre. Aucun des mĂ©canismes de paix n'a pu fonctionner. Aucun arbitrage n'Ă©tait envisageable en Europe, dans la mesure oĂč les alliances rendaient toutes les nations parties prenantes. Les familles royales avaient des liens moins structurĂ©s depuis le dĂ©cĂšs de Victoria. L'influence du pape Ă©tait limitĂ©e par la rupture avec la France laĂźque depuis 1905. Le capitalisme en phase de protectionnisme se recentrait sur les Ă©conomies coloniales. Enfin, les internationales ouvriĂšres furent dĂ©stabilisĂ©es par l'assassinat de JaurĂšs et par les volontĂ©s d'unitĂ©s nationales.

Ainsi, tous les pays Ă©taient prĂȘts Ă  la guerre. On peut penser qu’une Ă©tincelle suffirait Ă  mettre le feu Ă  l’Europe. C’est la thĂšse que quelques historiens mettent en avant pour expliquer l’acceptation massive par les sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes du conflit, voire une rĂ©solution Ă  combattre. C’est ce que l’on appelle le consentement patriotique[157].

En Allemagne, le consensus de longue date selon lequel ce pays Ă©tait exempt de toute responsabilitĂ© dans le dĂ©clenchement de la guerre a Ă©tĂ© battu en brĂšche par les travaux d’un historien, Fritz Fischer, publiĂ©s Ă  partie de 1961 dans Les Buts de guerre de l'Allemagne impĂ©riale. Cette thĂšse iconoclaste, Ă  l’origine d’une vaste polĂ©mique en Allemagne, veut que la visĂ©e impĂ©riale (l’hĂ©gĂ©monie europĂ©enne), associĂ©e Ă  une stratĂ©gie incluant le conflit armĂ©, aurait favorisĂ© la dĂ©claration de guerre de l’Autriche-Hongrie Ă  la Serbie, Ă  la satisfaction des Ă©lites politiques et militaires, ainsi que des mouvements pangermanistes. C’est lĂ  le point de dĂ©part de la Kriegsschuldfrage, question de la culpabilitĂ© de guerre, qui empoisonne longtemps l’atmosphĂšre [158].

La thĂšse peut-ĂȘtre la plus exacte concernant la question de la responsabilitĂ© est celle du « MĂ©canisme Â» de l’historien français Jean-Baptiste Duroselle : par crainte qu’advienne une situation internationale dĂ©favorable Ă  leurs intĂ©rĂȘts nationaux, les États europĂ©ens ont pris des dĂ©cisions « pour le cas oĂč Â», « plutĂŽt que Â». Duroselle rĂ©sume, Ă  partir de cette thĂšse, la situation en cinq points[159] :

  1. L’Allemagne entre en guerre pour ne pas risquer de perdre son alliĂ© austro-hongrois.
  2. La France préfÚre entrer en guerre plutÎt que de menacer la solidité de son alliance avec la Russie.
  3. La Russie dĂ©clare la guerre afin d’éviter que de nouvelles populations slaves passent sous contrĂŽle de l’empire austro-hongrois.
  4. L’Angleterre, fidĂšle en cela Ă  la politique qu’elle mĂšne depuis 1793, prĂ©fĂšre dĂ©clarer la guerre plutĂŽt que de risquer de voir une grande puissance s’installer Ă  Anvers.
  5. L’Autriche-Hongrie prĂ©fĂšre en finir avec la Serbie plutĂŽt que d’ĂȘtre dissoute par les mouvements nationaux.

Autres noms

MalgrĂ© l'incidence plus marquĂ©e de la Seconde Guerre mondiale sur le monde contemporain, elle est appelĂ©e « la Grande Guerre Â» ou « la guerre des guerres Â»[160]. Elle est Ă©galement appelĂ©e « der des ders Â», c'est-Ă -dire la « derniĂšre des derniĂšres (guerres) Â», signifiant ainsi qu'il s'agit de la guerre aprĂšs laquelle il n'y en aura plus.

Elle est parfois dite « guerre 1914–1918 Â» ou « guerre de 1914–1918 Â», ce qui permet de mieux la situer dans le temps par rapport Ă  la « guerre 1939–1945 Â», aussi appelĂ©e « guerre de 1939–1945 Â».

Voir aussi

Articles connexes

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Liens externes

Bibliographie

Études historiques

Historiographie
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Littérature

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  • (fr) Belle Petite Monde, Histoire de Poilus racontĂ©e aux enfants" de Raymond Renefer, par Marie Gabrielle Thierry, Somogy Édition d'Art - Pour sa fille de 8 ans, Renefer, artiste et soldat sur le front, raconte ici la vie quotidienne des poilus. Dans les tranchĂ©es, Ă  l'assaut ou au repos: ce carnet constitue un rĂ©cit de "premiĂšre main" qui garde encore aujourd'hui toute sa valeur de tĂ©moignage  
  • (fr) Histoires orales de la PremiĂšre Guerre mondiale : Les anciens combattants de 1914 Ă  1918 Ă  BibliothĂšque et Archives Canada
  • (fr) La Main coupĂ©e de Blaise Cendrars 
  • (fr) Paroles de poilus est un recueil de lettres envoyĂ©es par des soldats Ă  leur famille compilĂ© par Jean-Pierre GuĂ©no, Yves Laplume et JĂ©rĂŽme Pecnard en 1998, Ă©d. Tallandier et Biblio.
  • (fr) Orages d'Acier d'Ernst JĂŒnger est le rĂ©cit d'un jeune officier allemand sur ses quatre annĂ©es de guerre et de combat dans les tranchĂ©es.
  • (fr) Les Champs d'honneur de Jean Rouaud Ă©d. Les Ă©ditions de minuit.
  • (fr) Un long dimanche de fiançailles de SĂ©bastien Japrisot Folio Ă©d. Gallimard, roman français Ă©d. DenoĂ«l prix InteralliĂ© 1991,
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  • (fr) Paroles de poilus Lettre et carnets du front sont des lettres Ă©crites par des poilus Ă©d. Librio
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Filmographie sélective

  • Pour une liste plus dĂ©taillĂ©e : CatĂ©gorie:Film sur la PremiĂšre Guerre mondiale

Références

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  3. ↑ Jean-Yves Le Naour et , La Grande Guerre, First, Paris, 2008 (ISBN 978-2-7540-0840-2) 
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  5. ↑ (en)Stephen Van Evera, « The Cult of the Offensive and the Origins of the First World War», dans : International Security, Vol. 9, N°1, 1984, p.62.
  6. ↑ (en)Fritz Fischer, War of Illusions: German Policies from 1911 to 1914 trad. (1975), p.69.
  7. ↑ Jean-Baptiste Duroselle, La Grande Guerre des Français, Paris, 2002, p.34.
  8. ↑ Raymond Poidevin, L’Allemagne de Guillaume II à Hindenburg 1900-1933, Editions Richelieu, Paris, 1972, p.57-62.
  9. ↑ Raymond Poidevin, op. cit., p.65.
  10. ↑ (de)Fritz Fischer, Krieg der Illusionen, DĂŒsseldorf, 1969, p.640-641.
  11. ↑ Jean-Baptiste Duroselle, op. cit., p.39.
  12. ↑ Raymond Poidevin, op. cit., p.64.
  13. ↑ Raymond Poidevin, Les relations Ă©conomiques et financiĂšres entre l'Allemagne et la France de 1898 Ă  1914, Paris, 1969, p.819
  14. ↑ Pierre Renouvin indique que les preuves manquent pour Ă©tablir cette thĂšse : Pierre Renouvin, La Crise europĂ©enne et la premiĂšre guerre mondiale, Paris, 1962, p.211-212.
  15. ↑ Pierre Renouvin, op. cit., p.212-213.
  16. ↑ Jean-Baptiste Duroselle, La Grande Guerre des Français 1914-1918, Perrin, 2002, p.35.
  17. ↑ Jean-Claude GĂ©got, La population française aux XIXe et XXe siĂšcles, Editions Ophrys, 1989, p.17.
  18. ↑ A. J. P. Taylor, La Guerre des plans, 1914, Lausanne, 1971, p.96.
  19. ↑ Raymond Poidevin, op. cit., p.54.
  20. ↑ Raymond Poidevin, op. cit., p.174.
  21. ↑ Raymond Poidevin, op. cit., p.176.
  22. ↑ FrĂ©dĂ©ric Le Moal, La France et l’Italie dans les Balkans, 1914-1919 le contentieux adriatique, Paris, 2006, p.26.
  23. ↑ a , b  et c  Raymond Poidevin, op. cit., p.39.
  24. ↑ Raymond Poidevin, op. cit., p.40.
  25. ↑ Raymond Poidevin, op. cit, p.148.
  26. ↑ Jules Isaac, Un dĂ©bat historique. Le problĂšme des origines de la guerre, Paris, 1933, p. 26-27.
  27. ↑ StĂ©phane Audoin-Rouzeau et Annette Becker (Ă©d.), La Violence de guerre 1914-1945 : approches comparĂ©es des deux conflits mondiaux, Editions Complexe, 2002, p.54.
  28. ↑ Jean Ruhlmann, Histoire de l'Europe au XXe siùcle, Bruxelles, 1994, p.308.
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  32. ↑ Pierre Miquel, La Grande Guerre, Fayard, 1983, p.54.
  33. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.59.
  34. ↑ a  et b  Jean-Baptiste Duroselle, op. cit., p.18.
  35. ↑ TĂ©lĂ©gramme n° 196/8, datĂ© du 24 juillet de l’ambassadeur de Serbie Ă  Saint-PĂ©tersbourg, SpalaĂŻkovitch, Ă  la prĂ©sidence du Conseil de Serbie Ă  Belgrade, Ă  l’attention de Pasic
  36. ↑ Jean-Baptiste Duroselle, op. cit., p.19.
  37. ↑ 1er aoĂ»t 1914 DĂ©but de la Grande Guerre, herodote.net (article sur la mobilisation gĂ©nĂ©rale en France)
  38. ↑ Jean-Baptiste Duroselle, op. cit., p.21.
  39. ↑ CitĂ© dans : SergeÄ­ Dmitrievich Sazonov, Les annĂ©es fatales, Payot, 1927, p.241.
  40. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.73.
  41. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.50.
  42. ↑ Jean-NoĂ«l Grandhomme, op. cit., p.27.
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  44. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.52.
  45. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.46.
  46. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.19.
  47. ↑ Jean-Baptiste Duroselle, op. cit., p.37.
  48. ↑ StĂ©phane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, La Grande Guerre, p.22.
  49. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.24.
  50. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.25.
  51. ↑ Jean-Baptiste Duroselle, op. cit., p.49.
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  57. ↑ (de) Ernst Rudolf Huber, op. cit., p.218.
  58. ↑ Jean-Jacques Becker, la Grande guerre, une histoire franco-alllemande publiĂ© chez Tallandier en 2008.[rĂ©f. incomplĂšte]
  59. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.100.
  60. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.124.
  61. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.164.
  62. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.191.
  63. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.208.
  64. ↑ Jean-Jacques Becker dans la grande guerre, une histoire franco-allemande publiĂ© chez Tallendier en 2008.[rĂ©f. incomplĂšte]
  65. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p. 158-162
  66. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.284.
  67. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.327-329.
  68. ↑ Pierre Milza/Serge Berstein, Le fascisme italien, 1919-1945, Le Seuil, 1980, pp.33-34.
  69. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.286-287.
  70. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.300.
  71. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.315-317.
  72. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.354f.
  73. ↑ CitĂ© dans : Marc Ferro, La Grande Guerre, 1914-1918, Gallimard, 1969, p.141.
  74. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.362.
  75. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.373f.
  76. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.370ff.
  77. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.407f.
  78. ↑ StĂ©phane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, op. cit., p.90-91.
  79. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.389.
  80. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.391.
  81. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.392f.
  82. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.511.
  83. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.547.
  84. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.574.
  85. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.576.
  86. ↑ (de)Erich Ludendorff, Meine Kriegserinnerungen 1914-1918, Berlin, 1919, p.553.
  87. ↑ StĂ©phane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, op. cit., p.120.
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  89. ↑ a  et b  Pierre Miquel, op. cit., p.606.
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  124. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.360.
  125. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.327-329.
  126. ↑ L’appel aux Françaises de Viviani
  127. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.459.
  128. ↑ La France et la Grande-Bretagne recruteront en Chine uniquement des non-combattants, suivant un accord datant de la dynastie Qing
  129. ↑ StĂ©phane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, op. cit., p.78.
  130. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.287.
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  140. ↑ Raymond Poidevin, op. cit., p.214.
  141. ↑ a  et b  Jean-Baptiste Duroselle, La Grande Guerre des Français, p.301.
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  145. ↑ Marc Ferro, La Grande guerre, 1914-1918, Gallimard, 1969, p.109.
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  147. ↑ (de) Uta Hinz, Gefangen im Großen Krieg. Kriegsgefangenschaft in Deutschland 1914-1921, Klartext Verlag, Essen, 2006, p.238.
  148. ↑ (de) Reinhard Nachtigal, « Die Repatriierung der MittelmĂ€chte-Kriegsgefangenen aus dem revolutionĂ€ren Rußland. Heimkehr zwischen Agitation, BĂŒrgerkrieg und Intervention 1918-1922 Â», In : Jochen Oltmer (Éd.), op. cit., p.239.
  149. ↑ (de) Panikos Panayi, « NormalitĂ€t hinter Stacheldraht. Kriegsgefangene in Großbritannien 1914-1919 Â», In : Jochen Oltmer (Éd.), op. cit., p.128.
  150. ↑ (de) Bernard Delpal, « Zwischen Vergeltung und Humanisierung der LebensverhĂ€ltnisse. Kriegsgefangene in Frankreich 1914-1920 Â», In : Jochen Oltmer (Éd.), op. cit., p.152.
  151. ↑ (de) Hannes Leidinger/Verena Moritz, « Verwaltene Massen. Kriegsgefangene in der Donaumonarchie 1914-1918 Â», In : Jochen Oltmer (Éd.), Kriegsgefangene im Europa des Ersten Weltkriegs, Paderborn, 2006, p.54.
  152. ↑ (en)Voir : Dale Blair, No Quarter: Unlawful killing and surrender in the Australian war experience, 1915-1918, 2005
  153. ↑ (en) Voir : Tim Cook, The politics of surrender: Canadian soldiers and the killing of prisoners in the First World War The Journal of Military History, Vol.70, No.3, 2006, p.637-665.
  154. ↑ (en) Gary Jonathan Bass, Stay the Hand of Vengeance : The Politics of War Crimes Tribunals, Princeton University Press, Princeton, 2000, p.107.
  155. ↑ (en) La Campagne de MĂ©sopotamie
  156. ↑ Pierre Miquel, op. cit., p.35-36.
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  158. ↑ Jean-Baptiste Duroselle, L'Europe, histoire de ses peuples, Paris, 1998, p 523.
  159. ↑ Jean-Baptiste Duroselle, L'Europe, histoire de ses peuples, p 524.
  160. ↑ « Ce mot [guerre] ne mĂ©rite jamais la majuscule initiale, sauf si la guerre est Grande, mondiale ou folle Â». Jean-Pierre Lacroux, « Guerre Â» [pdf]] in Orthotypographie, pp. 43-44. PubliĂ© de façon posthume sous le titre Orthotypo aux Ă©ditions Quintette en 2008 (ISBN 978-2-86850-147-9).

Notes

  1. ↑ Cette guerre a reçu diffĂ©rents noms : voir Autres noms.
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