Prusse-Orientale

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Prusse-Orientale

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Histoire de la Prusse
Drapeau historique de la province de "Prusse orientale"

La Prusse-Orientale est une province allemande, aujourd'hui disparue, qui fit partie du royaume de Prusse de 1773 √† 1824 et de 1878 √† 1918, puis de l'√Čtat libre de Prusse de 1919 √† 1945. Situ√©e au bord de la mer Baltique, sa capitale √©tait la ville de K√∂nigsberg. Elle correspondait approximativement au territoire de l'ancien √Čtat monastique des chevaliers teutoniques qui fut transform√© en duch√© en 1525.

Sommaire

Histoire

La Prusse orientale au XIIIe si√®cle
Prusse orientale (en rouge) au sein du Royaume de Prusse (en bleu) dans l'empire germanique en 1871

Bien qu'√† l'origine peupl√©e de diverses ethnies de langue balte, dont celle des Vieux-Prussiens (ou Borusses), ou de langues scandinaves et gothiques, la r√©gion qui correspond √† la Prusse-Orientale bascula exclusivement dans l'espace linguistique allemand entre le XIIIe et XVIIIe si√®cle.

Elle fut de population presqu'exclusivement allemande du XIIIe si√®cle √† 1945. Ses anciens territoires font partie aujourd'hui de la Pologne et de la Russie, avec un changement de population survenu entre 1945 et 1947. Il ne restait que 193 000 personnes en mai 1945 sur les 2 400 000 habitants originaires de la province en 1944 et qui furent presque toutes expuls√©es dans les deux ann√©es suivantes. Seuls 90 000 Prussiens √©taient encore dans la partie polonaise dans les ann√©es 1960[1] et la plupart migr√®rent encore dans les ann√©es 1970, puis √† la chute du r√©gime communiste.

La Prusse-Orientale était organisée avant mars 1945 administrativement en trois districts:

Des origines au XIIIe si√®cle

Les premiers habitants de la r√©gion √©taient des tribus de chasseurs nomades qui se s√©dentarisent √† l'√Ęge de pierre. On trouve ainsi des traces de leur pr√©sence datant de 2000 avant JC qui sont essentiellement au bord des lacs, de la lagune de la Vistule et de la lagune de Courlande. Des restes sont notamment trouv√©s dans un village de l'√Ęge de pierre d√©nomm√© Succase, pr√®s d'Elbing. Puis un cimeti√®re de l'√Ęge de bronze est d√©couvert √† Georgenswalde en Sambie. Il est fait commerce d'ambre avec les populations du sud et de l'ouest. L'influence de tribus √©trang√®res est donc certaine d√®s l'√Ęge de bronze (vers 1 200 avant JC). Des tribus germaniques s'installent des deux c√īt√©s de la Vistule, √† partir du VIIIe si√®cle av. J.‚ÄĎC., √† l'est jusqu'√† Passarge et en Sambie (Samland, en allemand), c√ītoyant des tribus baltes. Il y a √† l'√©poque de La T√®ne (300 av. JC) des tribus burgondes, vandales, et, √† l'√®re chr√©tienne, des Goths. Elles √©taient en relation avec l'Empire romain pour le commerce de l'ambre. Tacite fait la description de cette route de l'ambre.

Une culture mixte se d√©veloppe au VIe et au VIIe si√®cle au sud-est de la Prusse, influenc√©e par ses tribus germaniques[2]. Lors des invasions des Vikings du IXe au XIe si√®cles, des tribus scandinaves s'installent au bord de la mer et une partie d'entre elles se sp√©cialisent ensuite dans le commerce en Sambie et dans la r√©gion actuelle de Klaipeda (ex-Memel), tandis que les autres font du piratage en mer. Ces Scandinaves se m√©langent aux populations locales. Deux-cents s√©pultures vikings avec des armes sont trouv√©es en Varmie, pr√®s de Cranz (aujourd'hui Zelenogradsk). Leur village de Truso, pr√®s d'Elbing est un march√© important. Les premi√®res mentions du terme de Prusse datent du IXe si√®cle. Ces tribus se battent soit contre les Scandinaves, soit contre les Slaves, qui ont chass√© les autres tribus de la Vistule, o√Ļ ils se sont install√©s. Ces Borusses balto-germains, de peuple pacifique deviennent donc un peuple guerrier et construisent des endroits fortifi√©s. Ces tribus ne se sont jamais unies entre elles cependant. Il y avait de petits princes, des paysans libres ou non-libres. Ils adorent quatre dieux pa√Įens et sont sous la forte influence de leurs grands pr√™tres, les Waidelott, et hostiles au christianisme. Ils vivent d'agriculture et d'√©levage, de commerce d'ambre, de commerce agricole et √©l√®vent particuli√®rement des chevaux[3]

Saint Adalbert

C'est à partir de l'an mille que les Slaves de Pologne commencent à vouloir étendre leur influence à l'est et notamment par un premier essai de christianisation avec saint Adalbert qui se solde par un échec (saint Adalbert[note 1] est tué). La mission de Bruno de Querfurt, mandaté en 1009 par l'empereur Othon III, est aussi un échec. Il est tué à Kolno (aujourd'hui en Pologne).

Ce sont les cisterciens qui rencontrent alors un certain succ√®s, en d√©veloppant parall√®lement des m√©thodes d'agriculture. Ainsi en 1207 la mission des cisterciens envoy√©s par l'√©v√™que polonais Christian, originaires de l'abbaye de Lekno en Grande Pologne. Mais les populations finissent par se rebeller de crainte de perdre leur autonomie et le duc Conrad de Mazovie fait appel √† partir de 1225 √† l'Ordre teutonique pour poursuivre la christianisation, apr√®s le reflux des chevaliers chr√©tiens de Terre Sainte. Ces terres sont donc l'enjeu d'une course √† la colonisation avec les Allemands, surtout venus de Saxe et des Marches de l'est, mais aussi les Mazoviens, les Danois qui commencent √† coloniser les c√ītes et √† se battre contre les Polonais, et les villes libres de Br√™me et de L√ľbeck qui y voient un int√©r√™t √©conomique.

Du XIIIe si√®cle √† 1525, les chevaliers teutoniques

Le duc Conrad de Mazovie fait appel au d√©but du XIIIe si√®cle √† l'Ordre teutonique, dirig√© par Hermann von Salza, pour combattre les Vieux-Prussiens, ou Borusses, qui sont rest√©s pa√Įens et qui font des razzias en Mazovie. Guillaume de Mod√®ne est nomm√© par le pape en 1224 l√©gat en Sambie et en Prusse et l'empereur Fr√©d√©ric II par la bulle d'or de Rimini en 1226, donne son assentiment √† l'exp√©dition des chevaliers qui avaient pourtant √©t√© √©chaud√©s par celle de Transylvanie auparavant. Le duc de Mazovie est pr√™t √† offrir en d√©dommagement aux chevaliers le pays de Culm, ou Culmerland, situ√© dans la basse vall√©e de la Vistule. Cependant Hermann von Salza h√©site, car il est pris par des engagements en Terre Sainte[4]. L'empereur garantit donc les droits des chevaliers teutoniques, ce qui est confirm√© par le trait√© de Kruschwitz, sign√© par Conrad de Mazovie, le 16 juin 1230, qui souhaite lever les doutes d'Hermann von Salza[5] et donne en plus la forteresse de Nessau. L'√©v√™que Christian de Prusse donne quant √† lui le tiers de la Prusse.

Les chevaliers arrivent donc munis de toutes ces garanties en 1230 en Prusse et Hermann von Salza y envoie comme ma√ģtre provincial Hermann Balk[note 2]. Ils fondent la future ville de Thorn qui va servir de mod√®le √† toutes les autres fondations de l'Ordre en Prusse[6] en 1231 et reconstruisent le fortin de Nessau. C'est ainsi que commence √† voir le jour le syst√®me d√©fensif de maillage des fortifications teutoniques. Balk franchit avec un millier d'hommes[7] la Vistule au printemps 1231. La nouvelle ville de Culm est fond√©e en 1232 avec un plan en √©chiquier caract√©ristique. Son ch√Ęteau deviendra la r√©sidence des ma√ģtres de Prusse, jusqu'en 1309. La ville donne jour au droit de Culm, charte qui donne des privil√®ges commerciaux aux villes fond√©es par les chevaliers, ainsi qu'√† d'autres plus tard. Tout de suite apr√®s Culm, les chevaliers fondent Marienwerder, r√©sidence des √©v√™ques de Pom√©r√©lie de 1254 √† 1526[8]. Les colons allemands affluent, attir√©s par la perspective d'√™tre paysans libres. Le pape Gr√©goire IX prononce la bulle de Rieti en 1234.

Les teutoniques rassemblent sous leur bannière des chevaliers allemands et surtout des croisés venus de toutes les principautés polonaises[9]. Les Polonais sont, au début, les alliés des chevaliers teutoniques. Une fois leur puissance acquise, ils n'auront de cesse par la suite de s'opposer aux chevaliers[note 3].

En attendant les chevaliers √©difient les forteresses de Kulmsee et de Rehden, conqui√®rent la Pog√©sanie[note 4] (il y b√Ętissent le ch√Ęteau d'Elbing en 1237) et dominent toute la Pom√©sanie Les chefs des tribus borusses se convertissent les uns apr√®s les autres, entra√ģnant la soumission de leurs sujets et la construction d'un ch√Ęteau fort par les chevaliers, autour duquel un village ou un bourg se dessine. Il en est ainsi des ch√Ęteaux de Kreuzburg en Natangie, de Heilsberg et de Braunsberg en Varmie, de Bartenstein, R√∂ssel et Weissenburg en Bartonie, et de m√™me pour le ch√Ęteau de Balga, construit en 1239 au bord de la lagune de la Vistule (Frisches Nehrung).

Les territoires conquis par les chevaliers sont divisés en quatre diocèses en 1245, sous la dépendance juridictionnelle et spirituelle de l'archevêque de Riga. Dantzig entre en possession des chevaliers en 1309, ce qui est confirmé en 1343 par la Pologne. La capitale de l'Ordre est depuis 1309 Marienbourg, imposante forteresse construite en l'honneur de la Vierge Marie, patronne des chevaliers[note 5].

L'apog√©e du pouvoit teutonique se situe au XIVe si√®cle, jusqu'√† la bataille de Tannenberg de 1410, √† partir de laquelle, l'Ordre d√©cline, jusqu'√† se convertir au luth√©rianisme et √† se s√©culariser en 1525. La Prusse-Orientale conna√ģt, quant √† elle, une p√©riode d'expansion √©conomique √† laquelle la guerre de Trente Ans met un terme.

Peuplement

Le caract√®re diffus de l'immigration rurale rend difficile de conna√ģtre l'origine des colons que celle des habitants des nouvelles villes qu'ils fondent. Les chevaliers allemands qui ont re√ßu des territoires en fiefs, ou les locatores entrepreneurs de colonisation, ont, √©videmment, entra√ģn√© derri√®re eux des √©migrants de leurs r√©gions d'origine. Beaucoup sont ainsi venus de Basse-Saxe, d'Allemagne moyenne, de la Misnie. Toute la bande de territoire d√©j√† colonis√©e de L√ľbeck √† la Sil√©sie a fourni aussi un important contingent. Puis, quand cette premi√®re vague a √©t√© √©tale, vers 1320, l'on a assist√© √† un d√©placement de la jeune g√©n√©ration √† l'int√©rieure de la Prusse en direction de l'Est. Ont peut estimer que cette marche √† la colonisation a √©t√© une sorte de renouvellement progressif qui a dur√© une centaine d'ann√©es. D'une fa√ßon g√©n√©rale, les colons n'ont port√© leur action que dans les zones foresti√®res et dans les terres basses, mais peu ou pas dans les territoires d√©j√† mis en culture par les Borusses. L'√©lan de la colonisation allemande en Prusse-Orientale a pris fin au XVe si√®cle avec le d√©clin de la puissance de l'Ordre.[10]

De 1525 à 1618

Carte postale ancienne de l'université Albertina de Königsberg

Héritière du duché de Prusse et donc des possessions des chevaliers teutoniques sécularisées après la conversion de l'Ordre à la Réforme protestante en 1525, cette région était luthérienne-évangélique, à part quelques enclaves catholiques en Varmie au sud, et les communautés juives, surtout dans des petites villes et à Königsberg[note 6]. Königsberg est l'ancienne capitale de l'Ordre teutonique depuis 1457, et la capitale du nouveau duché.

Germanophone donc et luth√©rienne, la r√©gion conna√ģt une p√©riode de prosp√©rit√© apr√®s 1525 gr√Ęce √† Albert II de Brandebourg qui la met sous vassalit√© polonaise[note 7] et prend ses distances avec l'empereur romain germanique qui ne reconna√ģt pas la s√©cularisation de l'Ordre teutonique, dont les terres sont devenues le duch√© de Prusse. Le grand-ma√ģtre suivant, Walther von Cronberg, d√©cide de ne plus demeurer √† K√∂nigsberg, mais √† Mergentheim. Il est nomm√© administrateur de l'Ordre en 1527 par l'empereur. La di√®te d'Empire √† Augsbourg donne finalement le droit en 1530 au grand-ma√ģtre[note 8] d'user du pouvoir r√©galien dans ses terres et d'acqu√©rir en fief les terres de Prusse. Vienne reconna√ģt donc √† partir de 1526 le titre d'administrateur de Prusse (nomm√© aussi grand-ma√ģtre allemand de l'Ordre teutonique, Hoch- und Deutschmeister des Deutschen Ordens) qui est au m√™me rang protocolaire que celui de prince-√©lecteur. Le duc Albert de Prusse fonde l'universit√© Albertina de K√∂nigsberg en 1544 qui √©duquera les √©lites allemandes de Prusse et de la Baltique (m√™me jusqu'avant la r√©volution celles sujettes de l'Empire russe, appel√©es germano-baltes par l'historiographie moderne) jusqu'en 1945. C'est aussi un centre de rayonnement protestant qui forme des pr√©dicateurs luth√©riens dans tout l'espace nordique. Albert-Fr√©d√©ric de Prusse succ√®de √† son p√®re en 1568, mais le roi de Pologne nomme comme administrateur de Prusse Georges-Fr√©d√©ric de Brandebourg-Ansbach √† partir de 1577, √† cause de la maladie mentale d'Albert-Fr√©d√©ric. Joachim III Fr√©d√©ric de Brandebourg lui succ√®de en 1605, puis Jean-Sigismond en 1608.

De 1618 à 1772, l'union personnelle

La r√©gion est appel√©e aussi Prusse brandebourgeoise √† partir de 1618, apr√®s l'union dynastique du Brandebourg[note 9]. La Pologne, de peur que le duch√© ne penche vers la Su√®de, signe le trait√© de Wehlau en 1657 qui reconna√ģt la pleine souverainet√© de Fr√©d√©ric-Guillaume Ier de Brandebourg sur le duch√© de Prusse. La suzerainet√© de la couronne polonaise n'est plus que formelle, ce qui est confirm√© par le trait√© d'Oliva en 1660. C'est √† K√∂nigsberg que l'√©lecteur de Brandebourg, Fr√©d√©ric III de Hohenzollern, se couronne lui-m√™me en 1701. Il devient Fr√©d√©ric Ier de Prusse. Vassal de l'empereur romain germanique en th√©orie pour ses autres possessions, et bien que les terres de Prusse orientale n'appartiennent pas au Saint-Empire, Fr√©d√©ric montre ainsi qu'il n'a pas besoin de se rendre √† Vienne, et qu'il se fait lui-m√™me roi en Prusse [note 10]. Le trait√© de Wehlau est devenu caduc, les Hohenzollern n'ayant plus besoin de l'accord formel du roi de Pologne pour confirmer leur souverainet√© sur leurs terres prussiennes de l'est √† chaque accession au tr√īne. Les anciennes terres du duch√© de Prusse (qui deviendront grosso modo la province de Prusse-Orientale) sont appel√©es alors la Vieille-Prusse (Altpreu√üen) pour la distinguer de la Marche de Brandebourg, cŇďur de la nouvelle Prusse.

De 1772 à 1919

R√©partition des groupes linguistiques en 1880 : rose pour l'allemand, vert pour le polonais et le mazure, jaune pour les langues baltes et slaves

Finalement le premier partage de la Pologne de 1772 confirme un état de fait pour le jeune royaume de Prusse. Les terres de la Vieille-Prusse sont désormais directement administrées par le royaume, et ainsi les Hohenzollern, qui étaient souverains de deux entités séparées par la vassalité formelle de l'une, réunissent leurs terres sous la même couronne. La Prusse royale, la Varmie (Ermland), la Vieille Prusse, etc... deviennent possession de Frédéric le Grand. Il forme une nouvelle province, la province de Prusse-Orientale, à partir du 31 janvier 1773 en fusionnant la Varmie et la Vieille Prusse. Les autres territoires prussiens forment la Prusse-Occidentale[note 11]. Sa capitale demeure Königsberg, la capitale teutonique. Elle le reste jusqu'en 1945.

Entre 1824 et 1878, la province de Prusse-Orientale fusionna administrativement avec la province de Prusse-Occidentale pour former la province de Prusse, avant que celle-ci ne soit de nouveau scindée en deux.

Ses terres sont expos√©es pendant la Premi√®re Guerre mondiale √† cause de ses fronti√®res avec l'Empire russe et le front de l'est s'y trouve, provoquant des ravages. C'est dans ses limites qu'a lieu la bataille de Tannenberg, o√Ļ se distingua le futur mar√©chal von Hindenburg, originaire de Prusse-Orientale, o√Ļ il est extr√™mement populaire.

De 1919 à 1945

La province de Prusse-Orientale ainsi reconstitu√©e, fut s√©par√©e du reste de l'Allemagne √† l'issue de la Premi√®re Guerre mondiale en 1919, lors de la cr√©ation du ¬ę couloir de Dantzig ¬Ľ qui ouvrait un acc√®s vers la mer Baltique pour la Pologne, et dut √©galement subir la cr√©ation de la ville libre de Dantzig, d√©tach√©e de la Prusse, qui fut plac√©e sous le contr√īle de la Soci√©t√© des Nations et sous administration partielle polonaise (douanes, postes, etc...)

La Prusse-Orientale de 1923 à 1939

Elle perdit √©galement au nord le ¬ę territoire de Memel ¬Ľ, plac√© aussi sous le contr√īle de la SDN, avant d'√™tre annex√© en 1923 par la Lituanie, apr√®s une intervention militaire.

Le pl√©biscite en Mazurie en 1920, dit Abstimmung Ostpreu√üen, donna une majorit√© √©crasante en faveur du maintien au sein de l'√Čtat allemand. La province, isol√©e, appauvrie, se laissa partiellement s√©duire par le national-socialisme dans les ann√©es 1930. Mais les partis les plus puissants sont avant 1929 le Deutschnational Volkspartei et ensuite le SPD (entre 24% et 26% de 1922 √† 1929).

La Prusse-Orientale avec ses 37 000 km2 est la troisième province de Prusse, après le Brandebourg et Hanovre, mais c'est aussi un territoire au nombre d'habitants au kilomètre carré parmi les plus faibles d'Allemagne. Elle compte 2,26 millions d'habitants en 1925[11] et elle est surtout rurale. Ainsi dans toute l'Allemagne 61% des habitants vivent en 1925 dans des grandes villes, et 36% dans des communes de moins de deux mille habitants. La proportion est inverse pour la Prusse-Orientale: 61% vivent dans des communes de moins de deux mille habitants et un tiers (environ 280 000 habitants) d'habitants vit à Königsberg. Après Königsberg, il y a des villes moyennes comme Elbing avec 68 000 habitants et Tilsit avec 51 000 habitants. Allenstein, Gumbinnen et Marienwerder, comme sièges de districts, n'ont que quelques dizaines de milliers d'habitants. Insterburg compte 39 000 habitants.

Le gauleiter nazi Erich Koch (qui n'√©tait pas d'origine est-prussienne) la gouverna de main de fer (tout en gouvernant l'Ukraine de 1941 √† 1944). Apr√®s la d√©faite de la Pologne en 1939, elle fut agrandie de terres purement polonaises : Ciechanow (Zichenau) et SuwaŇāki (Suwalken), s'√©tendant ainsi jusqu'aux portes de Varsovie.

Jusqu'en 1945, la province eut une population allemande, mais il y avait aussi une minorité d'origine lituanienne, les Lietuvininsks (ou Lituaniens de Prusse), ainsi qu'une minorité mazurienne protestante qui parlait un dialecte polonais. Ces deux petites minorités se sentaient fortement attachées à la Prusse et à l'Allemagne. La population de la province représentait 2 490 000 habitants, dont 90% de souche allemande, le reste étant de souche polonaise, mazure ou lituaniens de Prusse, ou bien encore juifs dont une grande partie était de langue yiddish (Ils étaient neuf mille en 1933, et plus que trois mille en 1939, ayant fui la province). Les Allemands, Mazures ou Lituaniens de Prusse étaient luthériens, tandis que les Polonais de Varmie, avec quelques minorités allemandes, étaient catholiques.

La province n'est pas affectée par les combats de la Seconde Guerre mondiale au début. Elle ne l'est qu'à partir de premiers bombardements anglo-américains à l'été et à l'automne 1944, puis elle est dévastée à partir de l'hiver 1944-1945 par l'avancée du front de l'est et par l'arrivée de l'Armée rouge qui chasse les nazis pendant la campagne de Prusse-Orientale, du 13 janvier au 25 avril 1945.

La Prusse-Orientale est la province allemande qui a connu proportionnellement le plus de victimes tant civiles que militaires. Sur ses 2,5 millions d'habitants, trois cent mille civils meurent sous les bombes, en fuyant (morts de froid ou de faim), ou dans des camps de prisonniers et deux cent mille soldats originaires de la province meurent sur différents champs de batailles[12].

√Čvacuation de la Prusse-Orientale

Arrivée de réfugiés de Prusse-Orientale à Dantzig en février 1945
Article principal : Bataille de K√∂nigsberg.

La capitale m√©di√©vale K√∂nigsberg qui n'avait jamais souffert de graves dommages en sept cents ans d'existence est compl√®tement d√©truite par des bombardements britanniques qui d√©marrent le soir du 26 ao√Ľt 1944 et se poursuivent le lendemain. Une autre s√©rie de raids a√©riens a lieu le soir du 29 ao√Ľt 1944 jusqu'au lendemain. Winston Churchill pensait √† tort que la ville √©tait une forteresse militaire modernis√©e par les Allemands et ordonna donc sa destruction totale[13] Le gauleiter Erich Koch avait censur√© l'information destin√©e aux populations civiles sur la situation r√©elle de la guerre et les premiers r√©fugi√©s qui fuient sur les routes se trouvent pris en √©tau entre la Wehrmacht √† l'ouest qui les repousse et l'avanc√©e de l'Arm√©e rouge √† l'est qui s'approche de la fronti√®re. La propagande de la guerre finale (Endsieg) ne fait qu'accro√ģtre le d√©sarroi, ainsi que l'annonce des massacres de Nemmersdorf du 22 octobre 1944 par les soldats sovi√©tiques sur des civils prussiens, et les viols syst√©matiques. Des dizaines de milliers de r√©fugi√©s perdent la vie lorsque des bateaux, comme le Wilhelm Gustloff, le Goya, ou le General von Steuben sont coul√©s par la marine sovi√©tique.

Königsberg, qui n'est qu'un tas de ruines depuis les bombardements, finit par se rendre le 9 avril 1945, après quatre jours de combats. 42 000 soldats allemands y sont tués, ainsi que 60 000 soldats soviétiques. Le nombre des civils tués est estimé à 300 000 personnes dans les environs. L'exode de la Prusse-Orientale est alors le plus important de l'histoire humaine[14]. C'étaient surtout des femmes, des vieillards et des enfants qui étaient jetés sur les routes. La population de la province qui était de 2 400 000 en 1944, ne se retrouve qu'à 193 000 personnes en mai 1945, après un hiver particulièrement rude[15].

Après 1945

√Čvacuation de Prussiens de l'est vers Berlin en f√©vrier 1945
Fuite de paysans prussiens de l'est par la mer Baltique gelée en janvier 1945

√Ä la fin de la Seconde Guerre mondiale, la province fut conquise par l'Arm√©e rouge √† partir de janvier 1945. Les habitants qui n'avaient pas r√©ussi √† s'enfuir furent massacr√©s pour certains et maltrait√©s pour tous, et finalement expuls√©s par les autorit√©s polonaises (en 1945-46, selon les d√©crets Bierut) et sovi√©tiques en 1947. La province fut divis√©e entre l'URSS et la Pologne conform√©ment aux accords des conf√©rences de Yalta et de Potsdam. C'est surtout le souhait de Staline, qui voulait agrandir la Pologne vers l'ouest et faire dispara√ģtre la Prusse, qui fut ainsi respect√© :

Le souvenir est-prussien aujourd'hui

En 2005, la Russie a fêté le 750e anniversaire de la fondation de Königsberg.

En 2008, la communauté (est-)prussienne continue à donner corps à la Landsmannschaft Ostpreußen ((de) [1]) et à des petites associations allemandes en Prusse-Orientale qui restaurent par exemple certains monuments[note 12].

Coiffe féminine de Prusse-Orientale (timbre de 1935)

Tous les noms de lieux ont √©t√© chang√©s et traduits de l'allemand au polonais ou au russe, que ce soit les noms des villes, des villages, des rues, mais aussi b√Ętiments historiques, rivi√®res, collines, for√™ts, lieux-dits, ponts, anciens domaines, etc... comme s'il fallait effacer pr√®s de huit si√®cles d'histoire. Beaucoup de b√Ętiments historiques ont √©t√© d√©truits. La question prussienne a longtemps √©t√© taboue et provoque encore un malaise en Pologne, surtout dans les territoires de l'ancienne Prusse-Orientale qui ont √©t√© presque exclusivement peupl√©s de nouveaux Polonais et d'Ukrainiens des anciennes provinces orientales apr√®s 1945, en remplacement des Prussiens expuls√©s. La question a √©t√© raviv√©e dans les ann√©es 1990, √† la chute des r√©gimes communistes, les autorit√©s polonaises craignant √† tort de verser des compensations financi√®res aux familles des civils prussiens expropri√©s et expuls√©s.

Répartition administrative

Districts de Prusse-Orientale

Carte de la Prusse-Orientale

Ces districts étaient dénommés de 1723 à 1808 départements de Lithuanie prussienne et de Prusse-Orientale, dépendant de la chambre des Domaines et de la chambre de Guerre (équivalents à des ministères régionaux).

Villes-districts

Arrondissements

Politique

Liste des hauts-présidents

La province de Prusse-Orientale était dirigée administrativement par un Oberpräsident (littéralement haut-président) dont les pouvoirs sont étendus à partir de 1919, et encore plus après 1933.

Au d√©but les terres sont dirig√©es par le pr√©sident de la chambre des domaines et de la chambre de guerre (correspondant √† des minist√®res r√©gionaux) de Gumbinnen et de K√∂nigsberg. Il s'agit √† partir de 1765 de Johann Friedrich von Domhardt. Il est de facto le premier Oberpr√§sident de Prusse-Orientale. Le baron Friedrich Ludwig von Schr√∂tter lui succ√®de en 1791, et qui est nomm√© ministre de la Prusse-Orientale et de la Nouvelle-Prusse-Orientale en 1795. De 1814 √† 1824 le poste d'Oberpr√§sident est attribu√© √† Hans Jakob von Auerswald. C'est sous son successeur, Heinrich Theodor von Sch√∂n (1824-1842), que la province fusionne avec la Prusse-Occidentale pour former la province de Prusse. Lui succ√®dent :

  • 1842-1848, Karl Wilhelm von B√∂tticher
  • 1848-1849, Rudolf von Auerswald
  • 1849-1850, Eduard Heinrich von Flottwell
  • 1850-1868, Franz August Eichmann
  • 1869-1882, Carl Wilhelm Heinrich Georg von Horn
  • 1882-1891, Albrecht Heinrich von Schlieckmann
  • 1891-1895, comte Udo zu Stolberg-Wernigerode
  • 1895-1901, comte Wilhelm von Bismarck-Sch√∂nhausen
  • 1901-1903, baron Hugo Samuel von Richthofen
  • 1903-1907, comte Friedrich von Moltke
  • 1907-1914, Ludwig von Windheim
  • 1914-1916, Adolf Tortilowicz von Batocki-Friebe
  • 1916-1918, Friedrich Wilhelm von Berg-Markienen
  • 1918-1919, Adolf Tortilowicz von Batocki-Friebe
  • 1919-1920, August Winnig, SPD
  • 1920-1932, Ernst Siehr, DDP
  • 1932-1933, Wilhelm Kutscher, DNVP
  • 1933-1945, Erich Koch, NSDAP

Résultats des élections à l'assemblée provinciale

Liste des présidents de l'assemblée provinciale

Les présidents (Landeshauptmann) de l'assemblée provinciale est-prussienne (Landtag) sont les suivants:

  • 1876-1878, Heinrich Rickert
  • 1878-1884, Kurt von Saucken
  • 1884-1888, Alfred Julius von Gramatzki
  • 1888-1896, Klemens von Stockhausen
  • 1896-1909, von Brandt
  • 1909-1916, Friedrich von Berg
  • 1916-1928, comte Manfred von Br√ľnneck-Bellschwitz
  • 1919-1920, Ernst Siehr, vice-pr√©sident
  • 1928-1936, Paul Blunk
  • 1936-1939, Helmuth von Wedelst√§dt

Notes et références

Frontières de l'Allemagne entre 1919 et 1945
Notes
  1. ‚ÜĎ Il est depuis le saint patron de la Prusse
  2. ‚ÜĎ Originaire comme lui de Thuringe
  3. ‚ÜĎ Jusqu'√† l'expulsion des populations allemandes et de la disparition de toute trace allemande sept si√®cles plus tard
  4. ‚ÜĎ Elbling et la Pog√©sanie appartenaient √† un dioc√®se d√©nomm√© Pom√©sanie, voir Elblag
  5. ‚ÜĎ La capitale de l'Ordre est transf√©r√©e √† K√∂nigsberg √† partir de 1457
  6. ‚ÜĎ Beaucoup de familles juives adoptent d'ailleurs le nom de la ville comme nom de famille - ainsi Allenstein, Braunsberg ou K√∂nigsberg, nom de famille de Woody Allen - lorsque les juifs sont √©mancip√©s et doivent prendre des noms de famille √† consonance allemande au d√©but du XIXe si√®cle
  7. ‚ÜĎ Sigismond Ier de Pologne en est le premier suzerain
  8. ‚ÜĎ Et non pas personnellement √† Albert de Brandebourg
  9. ‚ÜĎ Albert-Fr√©d√©ric meurt sans h√©ritier en 1618 et le duch√© passe donc √† la branche Hohenzollern des Brandebourg
  10. ‚ÜĎ Il est roi en Prusse, et non pas encore roi de Prusse
  11. ‚ÜĎ Ainsi des terres autour de Marienbourg, la Pom√©sanie, les terres de Culm, la Pom√©r√©lie, etc...
  12. ‚ÜĎ Comme la cath√©drale de l'ancienne K√∂nigsberg √† Kaliningrad en partenariat avec les autorit√©s russes
Références
  1. ‚ÜĎ (de) Karl Hauke, op. cit√©, p.3
  2. ‚ÜĎ (de) Karl Hauke, op. cit√©, p. 5
  3. ‚ÜĎ in (de) Karl Hauke, op. cit√©, p.6
  4. ‚ÜĎ Henry Bogdan, op. cit√©, p. 99
  5. ‚ÜĎ Totium ex integro chelmens territorium cum omnibus suis appendiciis ab eo loco.
  6. ‚ÜĎ Dont le nom est d√©riv√© de la forteresse de Toron en Terre Sainte, cf (de) W. Sonthofen, Der Deutsche Orden: 800 Jahre Geschichte, Freiburg im Breisgau, 1990
  7. ‚ÜĎ Henry Bogdan, op. cit√©, p. 101
  8. ‚ÜĎ Henry Bogdan, op. cit√©, p. 102
  9. ‚ÜĎ Henry Bogdan, op. cit√©, p. 103
  10. ‚ÜĎ Les Allemands en Europe centrale et orientale au Moyen-√āge, Charles Higounet, 1989
  11. ‚ÜĎ P√∂lking, op. cit√©, p. 471
  12. ‚ÜĎ P√∂lking, op. cit√©, p. 797
  13. ‚ÜĎ (en) Winston Churchill, The Second World War, tome XIII, Londres, 1948-1953
  14. ‚ÜĎ (en) Antony Beevor, Berlin. The Downfall 1945, Penguin Books, Londres, 2002, chapitres I √† VIII
  15. ‚ÜĎ (en) Antony Beevor, op. cit√©

Bibliographie

Ouvrages en français
Ouvrages en allemand
  • (de) Karl Hauke, Bilder aus Ostpreussen, 3 Glocken, Weinheim, 1960, 4e √©dition
  • (de) Egbert Kieser, Danziger Bucht 1945, Bechte Verlag, Munich, Esslingen, 1978 (relation historique)
  • (de) Hermann P√∂lking, Ostpreussen. Biographie einer Provinz, Berlin, be.bra.verlag, 2011

Articles connexes



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