Projet Génome Humain

ÔĽŅ
Projet Génome Humain

Projet génome humain

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir PGH.

Le Projet Génome Humain est un projet entrepris en 1990 dont la mission était d'établir le séquençage complet de l'ADN du génome humain. Son achèvement a été annoncé en avril 2003[1].

Le g√©nome humain est l'ensemble de l'information g√©n√©tique port√©e par l'ADN sur nos 23 paires de chromosomes. Il porte l'ensemble de notre information g√©n√©tique, dont celle de nos 20 000 g√®nes[2]. Cette entreprise de grande ampleur est le r√©sultat d'une coop√©ration scientifique internationale qui s'est √©tal√©e sur pr√®s de quinze ans. Elle a donn√© lieu sur le final √† une comp√©tition acharn√©e entre le consortium public international et une soci√©t√© priv√©e, Celera Genomics[3].

Sommaire

Historique

Genèse du projet

L'idée du projet est lancée début 1985. Trois scientifiques vont indépendamment proposer ce projet. Tout d'abord Renato Dulbecco, prix Nobel 1975 pour la découverte des oncogènes évoque cette possibilité au cours de conférences. Il publiera ensuite une tribune dans le journal américain "Science"[4]. Puis, Robert Sinsheimer, le chancelier de l'Université de Santa Cruz (Californie), organise une conférence sur la question en mai 1985[5], mais ne trouve pas de financements. Le projet sera initialement soutenu par le Department of Energy (DOE) américain en 1986, et son directeur de la biologie, Charles DeLisi, qui financera un certain nombre d'études de faisabilité et de développements précoces.

Deux années de discussions animées sur l'opportunité du séquençage suivront dans la communauté scientifique, avant que, fin 1988, la décision de lancer le projet en grand ne soit prise sur recommandation du National Research Council américain. Simultanément, en Suisse est créée HUGO, la "Human Genome Organisation", qui a pour objectif de coordonner les efforts de tous le pays au niveau mondial.

Le projet débute en 1989 pour une durée prévue de 15 ans, avec un budget global estimé à 3 milliards de dollars. Il comprendra l'étude non seulement du génome humain, mais aussi celui d'organismes modèles comme le colibacille ou la drosophile. Le pilotage en est finalement confié au National Institutes of Health et son premier directeur sera James Watson, co-découvreur de la structure de la double-hélice d'ADN. La publication de la séquence "brute" sera finalement faite en février 2001[6], trois ans avant l'échéance prévue.

La course avec Celera

En 1998, Craig Venter qui dirige alors le The Institute for Genomic Research (TIGR), une fondation privée sans but lucratif, annonce qu'il fonde une compagnie privée, Celera Genomics, avec le soutien de Perkin-Elmer, une grande société d'instrumentation scientifique. Leur objectif est de séquencer le génome humain en trois ans seulement, par une approche hautement robotisée. Celera compte rentabiliser son investissement massif (environ 300 millions de dollars) en vendant l'accès au génome à des sociétés pharmaceutiques.

Cette annonce provoque un tollé dans la communauté scientifique qui considère le génome humain comme un patrimoine commun de l'humanité, dont l'appropriation par des intérêts privés est intolérable. Il s'en suivra dès lors une course de trois ans entre Celera et le consortium international public, dirigé par Francis Collins, qui a succédé à James Watson. Celle-ci se terminera par un match nul en juin 2000. Le 26 juin, Bill Clinton annonce officiellement la fin du séquençage "brut" du génome depuis la Maison Blanche.

La polémique

La publication officielle des deux séquences "brutes", celles du consortium international et celle de Celera interviennent en février 2001. Pour reconstruire le génome à partir des fragments d'ADN séquencés, Celera annonce avoir utilisé non seulement ses propres données, mais aussi celles publiées en ligne au fur et mesure par le consortium international. La communauté scientifique s'indigne de ce procédé et affirme que la méthode utilisée par Venter et ses collègues de Celera n'aurait pu fonctionner sans ce pillage.

Trois ans après, l'équipe de Celera republiera sa séquence, obtenue cette fois sans l'aide des données du consortium international, pour démontrer la faisabilité de son approche.

La séquence terminée

Les séquences publiées en 2001 étaient des ébauches, ce que l'on appelle alors des séquences brutes, il y restait encore un grand nombre de trous et d'imperfections. La séquence complète a été terminée en 2004 par le consortium international public.

Centres de séquençage du consortium international

  • Whitehead Institute, Cambridge, Etats-Unis [3] (site officiel)
  • Washington University, Saint-Louis, Etats-Unis
  • Baylor college, Houston, Etats-Unis [4] (site officiel)
  • DOE Joint Genome Center, Walnut Creek, Etats-Unis [5] (site officiel)
  • Sanger Center, Hinxton, Royaume-Uni [6] (site officiel)

Ces cinq centres ont produit un peu plus de 80% de la s√©quence. L'ensemble du consortium international comportait onze autres centres :

  • Genoscope-Centre national de s√©quen√ßage, Evry, France
  • Beijing Human Genome Center, Beijing, Chine
  • Gesellschaft f√ľr Biotechnologische Forschung, Braunschweig, Allemagne
  • Genome Therapeutics Corporation, Waltham, Etats-Unis
  • Institute for Molecular Biotechnology, Jena, Allemagne
  • Keio University, Tokyo, Japon
  • Max Planck Institute for Molecular Genetics, Berlin, Allemagne
  • RIKEN Genomic Sciences Center, Saitama, Japon
  • Stanford DNA Sequencing and Technology Development Center, Palo Alto, Etats-Unis
  • University of Washington Genome Center, Seattle, Etats-Unis
  • University of Washington Multimegabase Sequencing Center, Seattle, Etats-Unis

Objectifs

Les objectifs du PGH original n'étaient pas seulement de séquencer l'ensemble des 3 milliards de paires de bases du génome humain avec un taux d'erreur minimal, mais aussi d'identifier tous les gènes dans cette grande quantité de données. Cette partie du projet n'est pas encore finie malgré un compte préliminaire indicant environ 25000 gènes dans le génome humain, ce qui est beaucoup moins que prévu par la plupart des scientifiques.

L'Accord des Bermudes

En 1995, les diff√©rents scientifiques √† la t√™te du projet de s√©quen√ßage du g√©nome humain se retrouvent pour une r√©union aux Bermudes sous l'√©gide du Wellcome Trust. Ils prennent deux decisions politiques majeures qui vont influencer le cours du projet. Tout d'abord, ils d√©cident du caract√®re public du g√©nome, qui est consid√©r√© comme patrimoine de l'humanit√©. Tout fragment de s√©quence d√©chiffr√© doit √™tre imm√©diatement publi√© sur Internet. Ensuite, l'objectif de pr√©cision finale est fix√© √† 99,99 % soit au plus une erreur tous les 10 000 nucl√©otides

Améliorations technologiques

Un autre but du PGH √©tait de d√©velopper des m√©thodes plus rapides et efficaces pour le s√©quen√ßage de l'ADN et l'analyse des s√©quences, ainsi que de transf√©rer ces technologies √† l'industrie. Entre 1989 et 2001, le d√©bit de la technologie de s√©quen√ßage s'est am√©lior√©e d'environ un facteur 100. Ceci est d√Ľ en particulier √† l'utilisation de traceurs fluorescents, de lasers et de s√©paration par √©lectrophor√®se capillaire.

Un autre aspect critique a été l'amélioration considérable des performances des ordinateurs qui ont permis l'assemblage des dizaines de millions de fragments individuels d'ADN qui ont été décodés un par un.

Analyse du génome

La s√©quence de l'ADN humain est stock√©e dans des bases de donn√©es consultables par n'importe qui sur Internet. Le Centre National √Čtasunien pour l'Information sur les Biotechnologies (U.S. National Center for Biotechnology Information) (ainsi que des organisations sŇďurs en Europe et en Asie) accueille la s√©quence du g√®ne dans une base de donn√©es connue sous le nom de Genbank, avec des s√©quences de g√®nes et de prot√©ines connus et hypoth√©tiques. D'autres organisations comme l'Universit√© de Californie √† Santa Cruz et ENSEMBL pr√©sentent des donn√©es additionnelles ainsi que des notes, et met √† la disposition des outils pour les visualiser et les rechercher. Des programmes informatiques ont √©t√© d√©velopp√©s pour analyser la s√©quence, car les donn√©es brutes sont difficiles √† interpr√©ter seules.

Le processus permettant d'identifier les limites entre les gènes et d'autres caractéristiques sur la séquence d'ADN brute est appelé annotation du génome, et appartient au domaine de la bio-informatique. Alors que des experts biologistes constituent les meilleurs annotateurs, leur capacité de traitement est limitée et les programmes informatiques sont de plus en plus utilisés pour répondre aux immenses besoins de traitement de données des projets de séquençage génomique.

Diversité entre individus

Tous les humains ont des séquences de gène uniques, donc les données publiées par le PGH ne représentent pas la séquence exacte du génome individuel de chaque individu. C'est le génome combiné d'un petit nombre de donneurs anonymes. Le génome du PGH est un échafaudage pour un futur travail consistant à identifier les différences entre les individus. La plus grande partie du travail actuel pour identifier les différences entre les individus concerne des polymorphismes nucléotidiques simples (ou SNP pour Single nucleotide polymorphism)

Enjeux

La connaissance est importante pour la recherche fondamentale effectuée dans le domaine public mais les enjeux économiques sont tout aussi importants. L'industrie pharmaceutique espère beaucoup des développements en matière de diagnostic ou de thérapie, basés sur les données du génome. Ceci soulève toutefois le problème de l'appropriation de certaines parties de l'information génétique de l'homme par des compagnies privées. Le séquençage du génome pose en effet la question de la brevetabilité du vivant, l'UNESCO a déclaré le 11 novembre 1997 que le génome humain est partie intégrante du patrimoine de l'humanité, et ne saurait donc être la propriété de quiconque.

Une séquence d'ADN en tant que telle ne peut pas être brevetée. Toutefois un procédé diagnostique ou thérapeutique utilisant un ou des gènes humains peut l'être. La société américaine Myriad genetics a ainsi obtenu un brevet sur un test de dépistage de la prédisposition au cancer du sein chez la femme, basé sur l'identification de mutations dans deux gènes humains appelés BRCA1 et BRCA2[7].

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Références

  1. ‚ÜĎ [1]Site du genoscope
  2. ‚ÜĎ "Finishing the euchromatic sequence of the human genome" (2004) Nature, 431:931-945
  3. ‚ÜĎ Main basse sur le g√©nome par F. Dardel & R. Leblond, √©ditions Anne Carri√®re, Paris, 2008, (ISBN 2843375061)
  4. ‚ÜĎ A Turning Point in Cancer Research: Sequencing the Human Genome, R. Dulbecco (1986) Science 231:1055
  5. ‚ÜĎ The Santa Cruz Workshop, May 1985, R. Sinsheimer (1989) Genomics 5:954
  6. ‚ÜĎ Initial sequencing and analysis of the human genome. International human genome sequencing consortium (2001) Nature 409:890-921
  7. ‚ÜĎ "Myriad Genetics obtient gain de cause devant l'Office europ√©en des brevets" Le Monde, 21 novembre 2008 [2]
  • Portail de la biologie cellulaire et mol√©culaire Portail de la biologie cellulaire et mol√©culaire
  • Portail de la m√©decine Portail de la m√©decine

Ce document provient de ¬ę Projet g%C3%A9nome humain ¬Ľ.

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Projet Génome Humain de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Projet genome humain ‚ÄĒ Projet g√©nome humain Pour les articles homonymes, voir PGH. Le Projet G√©nome Humain est un projet entrepris en 1990 dont la mission √©tait d √©tablir le s√©quen√ßage complet de l ADN du g√©nome humain. Son ach√®vement a √©t√© annonc√© en avril 2003[1]. Le ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Projet g√©nome humain ‚ÄĒ Le g√©nome humain est constitu√© de l ensemble de l information port√©e par nos 23 paires de chromosomes Le Projet G√©nome Humain est un projet entrepris en 1990 dont la mission √©tait d √©tablir le s√©quen√ßage complet de l ADN du g√©nome humain. Son… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Projet du g√©nome humain ‚ÄĒ Projet g√©nome humain Pour les articles homonymes, voir PGH. Le Projet G√©nome Humain est un projet entrepris en 1990 dont la mission √©tait d √©tablir le s√©quen√ßage complet de l ADN du g√©nome humain. Son ach√®vement a √©t√© annonc√© en avril 2003[1]. Le ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Genome humain ‚ÄĒ G√©nome De l ADN √† la vie. Le g√©nome est l ensemble du mat√©riel g√©n√©tique d un individu ou d une esp√®ce cod√© dans son ADN (√† l exception de certains virus dont le g√©nome est port√© par des mol√©cules d ARN). Il contient en particulier toutes les… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • G√©nome humain ‚ÄĒ G√©n√©tique humaine La g√©n√©tique humaine est une branche de la g√©n√©tique s occupant de l esp√®ce animale Homo sapiens, c‚Äôest √† dire l Homme, l √™tre humain. Sommaire 1 Nombre de chromosomes 2 ADN mitochondrial 3 Nombre de g√®nes ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Genome ‚ÄĒ G√©nome De l ADN √† la vie. Le g√©nome est l ensemble du mat√©riel g√©n√©tique d un individu ou d une esp√®ce cod√© dans son ADN (√† l exception de certains virus dont le g√©nome est port√© par des mol√©cules d ARN). Il contient en particulier toutes les… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • G√©nome nucl√©aire ‚ÄĒ G√©nome De l ADN √† la vie. Le g√©nome est l ensemble du mat√©riel g√©n√©tique d un individu ou d une esp√®ce cod√© dans son ADN (√† l exception de certains virus dont le g√©nome est port√© par des mol√©cules d ARN). Il contient en particulier toutes les… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Projet 1000 Genomes ‚ÄĒ Le projet 1000 Genomes, d√©marr√© en janvier 2008, est une recherche internationale pour √©tablir le catalogue des variations g√©n√©tiques humaines le plus d√©taill√©. Les scientifiques projettent de s√©quencer les g√©nomes d au moins un millier de… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Projet de s√©quen√ßage de g√©nome ‚ÄĒ Les projets de s√©quen√ßage de g√©nome sont des projets scientifiques qui ont pour but d obtenir les s√©quences compl√®tes des g√©nomes de diff√©rents organismes: bact√©ries, plantes, champignons, animaux, et humain. Ce travail n√©cessite la s√©quence de l ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Projet:M√©decine/Index ‚ÄĒ Articles 0 9 1,2 dibromo 3 chloropropane ¬∑ 112 (num√©ro d urgence europ√©en) ¬∑ 1935 en sant√© et m√©decine ¬∑ 1941 en sant√© et m√©decine ¬∑ 1er r√©giment m√©dical ¬∑ 2 iodothyronine d√©iodinase ¬∑ 2,4,6 trichloroph√©nol ¬∑ 2005 en sant√© et m√©decine ¬∑ 2006 en… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.