Premier concile de Nicée

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Premier concile de Nicée
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L'empereur Constantin, entourĂ© des Ă©vĂȘques conciliaires prĂ©sente le texte du symbole de NicĂ©e, adoptĂ© lors du premier concile ƓcumĂ©nique

Le premier concile ƓcumĂ©nique se tint Ă  NicĂ©e (en turc Ä°znik, Turquie actuelle) en 325. Il eut pour objectif principal de dĂ©finir l'orthodoxie de la foi, suite Ă  la controverse soulevĂ©e par Arius sur la nature du Christ.

Sommaire

ƒcumĂ©nique

Cela signifie qu'il rĂ©unissait toutes les Églises. En effet, chaque patriarcat Ă©tait indĂ©pendant et disposait de son propre magistĂšre en sorte qu'un excommuniĂ© dans un patriarcat pouvait faire lever son excommunication dans le patriarcat voisin (ce qui ne manquait pas de se faire). Le concile de NicĂ©e est considĂ©rĂ© comme le premier concile ƓcumĂ©nique bien qu'il ne s'agisse pas du premier concile Ă  proprement parler. Cependant, les prĂ©cĂ©dents conciles rĂ©unissaient un nombre bien plus restreints d'Ă©vĂȘques, venant de rĂ©gions moins Ă©loignĂ©es les unes des autres (concile de Rome en 313 et concile d'Arles en 314).

Circonstances

Articles dĂ©taillĂ©s : Ossius de Cordoue, Arius, Arianisme et HĂ©rĂ©sie.

L'empereur romain Constantin Ier convoque le concile. Il vient en effet de rĂ©unir l'Empire romain aprĂšs avoir vaincu Licinius Ă  Andrinople, en septembre 324. Se rendant en Orient, il constate vite le trĂšs grand nombre des dissensions au sein du christianisme. Afin de rĂ©tablir la paix religieuse et de construire l'unitĂ© de l'Église, et sans doute aussi de parvenir Ă  ses fins politiquement, il dĂ©cide de rĂ©unir un concile. Celui-ci rĂ©unit des reprĂ©sentants de presque toutes les tendances du christianisme, peu aprĂšs la fin des persĂ©cutions (celles lancĂ©es par DioclĂ©tien durent jusqu’en 313, et certains Ă©vĂȘques portent encore les traces des tortures infligĂ©es Ă  cette occasion).

AprĂšs plusieurs mois au cours desquels les Ă©vĂȘques ne parvinrent pas Ă  se mettre d'accord sur un texte dĂ©cidant de la nature de la relation du Christ au PĂšre, l'empereur menace les quatorze rĂ©calcitrants. Trois restent fidĂšles Ă  leurs conceptions, dont Arius, et sont excommuniĂ©s.

Toutefois, l'arianisme n'Ă©tait pas la premiĂšre dissidence Ă  encourir l'excommunication. L'originalitĂ© de la situation tient Ă  ce que l'excommunication prononcĂ©e contre Marcion par le conseil des presbytres de Rome, Valentin et Montanus, n'avait de validitĂ© que dans le diocĂšse oĂč elle avait Ă©tĂ© prononcĂ©e. Dans la situation prĂ©sente, les Ă©vĂȘques s'engagent Ă  ne pas lever l'excommunication prononcĂ©e par un autre diocĂšse. La suite du conflit arien montre que cet engagement n'est pas tenable.

Canons du Concile

IcĂŽne du premier concile de NicĂ©e (fĂȘtĂ© le dimanche aprĂšs l'Ascension). Au premier plan, l'Ă©vĂȘque saint Spyridon s'exprime devant le concile et confond Arius. DerriĂšre lui, prĂ©side Ă  gauche (Ă  droite de l'autel) le reprĂ©sentant de l'Ă©vĂȘque de Rome, et en seconde place, Ă  droite, la puissance invitante, l'empereur Constantin
  1. Le concile reconnaĂźt la prĂ©Ă©minence du siĂšge d'Alexandrie sur toutes les Églises d'Égypte et de Libye et signale qu'il existe une coutume analogue Ă  propos de Rome et d'Antioche, sans prĂ©ciser les limites des zones d'influence de ces deux siĂšges (sans doute l'Italie pour Rome, le diocĂšse d'Orient pour Antioche). C'est lĂ  l'origine des patriarcats.
  2. Le concile affirme la fondation de chaque Ă©glise locale autour d'un Ă©vĂȘque unique, le titulaire du siĂšge Ă©piscopal, qui est responsable de la communion de son Église avec toutes les autres Églises.
  3. Le concile crĂ©e la notion de « confession de foi Â», ce qui, d'un point de vue sĂ©mantique, rapproche le mot « foi Â» du mot « croyance Â».
  4. Le concile fixe la date de PĂąques : le premier dimanche aprĂšs la pleine lune de printemps, c'est-Ă -dire celle qui suit le 21 mars[1] .
  5. Le concile affirme la consubstantialité du PÚre du Fils.
  6. Le concile Ă©tend la validitĂ© de l'excommunication en crĂ©ant l'anathĂšme, qui reprĂ©sente une modification du herem traditionnel dans les Ă©coles rabbiniques aprĂšs Yabnah, c'est-Ă -dire la fixation d'une orthodoxie. La distinction tient au fait que cette excommunication est permanente tandis que le herem Ă©tait une sanction temporaire[2]. Auparavant, comme dans le herem, l'excommunication n'Ă©tait valide que dans le diocĂšse qui l'avait prononcĂ©e et il Ă©tait par exemple possible de faire lever une excommunication prononcĂ©e dans le diocĂšse d'Alexandrie par l'Ă©vĂȘque d'Antioche.

MalgrĂ© l'engagement de ne pas lever l'excommunication promulguĂ©e par leurs collĂšgues, il arriva que des Ă©vĂȘques outrepassent cette convention. Arius et Athanase bĂ©nĂ©ficiĂšrent Ă  tour de rĂŽle de cette transgression des canons du concile.

Credo de Nicée

Une confession de foi est adoptĂ©e au concile de NicĂ©e :

« Nous croyons en un seul Dieu, PĂšre tout-puissant, CrĂ©ateur de toutes choses visibles et invisibles ; et en un seul Seigneur JĂ©sus-Christ, Fils unique de Dieu, engendrĂ© du PĂšre, c'est-Ă -dire, de la substance du PĂšre. Dieu de Dieu, lumiĂšre de lumiĂšre, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendrĂ© et non fait, consubstantiel au PĂšre ; par qui toutes choses ont Ă©tĂ© faites au ciel et en la terre. Qui, pour nous autres hommes et pour notre salut, est descendu des cieux, s'est incarnĂ© et s'est fait homme ; a souffert et est mort crucifiĂ© sur une croix, est ressuscitĂ© le troisiĂšme jour, est montĂ© aux cieux, et viendra juger les vivants et les morts. Nous croyons aussi au Saint-Esprit. Â»

Cette confession sera complĂ©tĂ©e au concile de Constantinople en 381, pour devenir le « Symbole de NicĂ©e-Constantinople Â» ou « Credo Â».

Le principe de la confession de foi est simple : pour ĂȘtre chrĂ©tien, il faut adhĂ©rer Ă  la confession de foi. ContraposĂ©e : quiconque n'adhĂšre pas Ă  la confession de foi n'est pas chrĂ©tien ; il est donc, selon l'humeur du prince :

C'est une importante modification de la dĂ©finition de l'« ĂȘtre chrĂ©tien Â» ; en effet, jusqu'au concile de NicĂ©e, le baptĂȘme faisait le chrĂ©tien. Cette conception n'a pas disparu de toutes les Églises : les Églises professantes, souvent anabaptistes, et plus largement les Églises issues de la RĂ©forme, conservent cette idĂ©e que le baptĂȘme fait le chrĂ©tien, du fait du libre examen.

Controverses trinitaires

Article dĂ©taillĂ© : Christologie.
IcĂŽne dite de la TrinitĂ© de saint AndrĂ© l'Iconographe. Il s'agit des trois anges apparus Ă  Abraham aux chĂȘnes de MambrĂ© Gn 181] qu'AndrĂ© Roublev interprĂšte comme une figure du mystĂšre de la TrinitĂ© invisible.

Une controverse survenue au cours de ce concile est devenue cĂ©lĂšbre, et est restĂ©e dans l'expression « ne pas varier d'un iota Â»[3]. Les NicĂ©ens soutenaient la thĂšse que le Fils Ă©tait « de mĂȘme substance Â» (áœÎŒÎżÎżÏ…ÏƒÎčÎżÏ‚, homoousios) que le PĂšre, tandis que les (semi-)ariens (qui furent excommuniĂ©s) soutenaient celle que le Fils Ă©tait « de substance semblable Â» (áœÎŒÎżÎčÎżÏ…ÏƒÎčÎżÏ‚, homoiousios) au PĂšre. Les deux termes ne se distinguaient en effet que par un iota.

Les dĂ©cisions prises au concile conduisent Ă  la dĂ©finition du dogme de la double nature Ă  la suite des controverses trinitaires et inaugurent le processus de dogmatisation. UltĂ©rieurement, certaines Églises qui contestent les conclusions des conciles fondent les « Ă‰glises des deux conciles Â», Ă  l'issue du concile d'ÉphĂšse de 431, et la sĂ©paration avec les « Ă‰glises des trois conciles Â», Ă  l'issue du concile de ChalcĂ©doine de 451 qui dĂ©finit la TrinitĂ©.

Notes et références

  1. ↑ Le canon ne fait pas rĂ©fĂ©rence au printemps astronomique mais Ă  la date du 21 mars. Cette circonstance explique que la date de PĂąques puisse diffĂ©rer selon qu'on la fixe Ă  partir du calendrier julien (seul existant lors du concile) ou Ă  partir du calendrier grĂ©gorien instaurĂ© par le pape de Rome en 1582.
  2. ↑ (en) Alan F. Segal, Two powers in heaven: early rabbinic reports about Christianity and Gnosticism, Alan F. Segal, 2002.
  3. ↑ Laquelle utilisait une citation du Nouveau Testament : « pas un iota, pas un dĂ©tail de la loi ne passeront avant que tout soi accompli Â», Matthieu 5:18.

Bibliographie

  • FrĂ©dĂ©ric Lenoir, Comment JĂ©sus est devenu Dieu, Fayard, 2010
  • Jean-Pierre Armogathe. Histoire gĂ©nĂ©rale du christianisme. Premier volume. P.U.F. 2009
  • Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrĂ©tien (312-394), BibliothĂšque Albin Michel IdĂ©es, 2007
  • Richard E. Rubenstein, Le jour oĂč JĂ©sus devint Dieu, Bayard, 2000, rĂ©Ă©d. La DĂ©couverte, 2004
  • J.-M. Le Mayeur et al., Histoire du Christianisme - tome 2 - naissance d'une chrĂ©tientĂ©, DesclĂ©e, 1995
  • Henri-IrĂ©nĂ©e Marrou, L'Église de l'AntiquitĂ© tardive 303-604, Éditions du Seuil, Points Histoire, 1985

Voir aussi

Articles connexes

Histoire

Théologie

Dogme et canon

Liens externes


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