Port-Royal-des-Champs

ï»ż
Port-Royal-des-Champs

Port-Royal-des-Champs

48°44â€Č39″N 2°0â€Č58″E / 48.74417, 2.01611

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Port-Royal (homonymie).

Le site de Port-Royal-des-Champs est un ensemble constituĂ© des ruines de l’abbaye de Port-Royal, du musĂ©e des Granges et d’un domaine forestier et paysager. SituĂ© au cƓur de la vallĂ©e de Chevreuse, au sud-ouest de Paris, dans la commune de Magny-les-Hameaux (Yvelines), il est le tĂ©moin de l’histoire de l’abbaye de Port-Royal et du jansĂ©nisme.

MalgrĂ© un riche passĂ©, il ne reste aujourd’hui presque rien de ce monastĂšre fondĂ© en 1204.

Cet endroit fut le thĂ©Ăątre d’une intense vie religieuse, intellectuelle et politique du XIIIe siĂšcle Ă  nos jours. D’abord simple abbaye cistercienne fĂ©minine au cƓur du bassin parisien, Port-Royal devient au XVIIe siĂšcle l’un des symboles de la contestation politique et religieuse, face Ă  l’absolutisme royal naissant et aux rĂ©formes thĂ©ologiques et ecclĂ©siologiques de l’Église tridentine.

QualifiĂ© d’« affreux dĂ©sert Â» par la marquise de SĂ©vignĂ©[1] en raison de son isolement, Port-Royal apparaĂźt comme une « thĂ©baĂŻde Â» pour les admirateurs des Solitaires[2], c’est-Ă -dire un endroit privilĂ©giĂ© oĂč le chrĂ©tien est Ă  mĂȘme d’Ɠuvrer pour son salut sans ĂȘtre tentĂ© par le monde matĂ©riel. Attirant ou repoussant, il fascine le monde intellectuel et religieux du XVIIe siĂšcle.

DĂ©truits au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle sur ordre de Louis XIV, l’abbaye et son domaine deviennent des lieux de mĂ©moire et d’histoire, sĂ©duisant et inspirant visiteurs et intellectuels.

Port-Royal-des-Champs est aujourd’hui classĂ© musĂ©e national.

Le site de Port-Royal sur les cartes de Cassini

Sommaire

Une abbaye cistercienne (1204-1609)

La fondation

Le site de Port-Royal, au fond d’un vallon, est dans la tradition cistercienne

L’abbaye de Port-Royal est fondĂ©e en 1204 par Mathilde de Garlande. ApparentĂ©e aux familles royales de France et d’Angleterre[3], celle-ci dĂ©cide de crĂ©er cette abbaye avec des fonds que son mari Mathieu de Marly, partant pour la quatriĂšme croisade, a mis Ă  sa disposition pour des Ɠuvres pieuses.

Son choix se porte sur un lieu peu Ă©loignĂ© de l’abbaye des Vaux-de-Cernay, abbaye masculine. Elle souhaite, pour sa part, fonder un monastĂšre fĂ©minin. Le lieu s’appelle « Porrois Â» et abrite dĂ©jĂ  une chapelle dĂ©diĂ©e Ă  Laurent de Rome.

Le site de Porrois est marĂ©cageux et boisĂ©. Son nom viendrait des poireaux sauvages qui y poussaient. Par la suite, le nom s’est transformĂ© en « Port-Royal Â» en raison de l’appui que lui ont apportĂ© les rois de France, tels Philippe-Auguste puis Louis IX, de mĂȘme qu’Odon de Sully, Ă©vĂȘque de Paris. L’abbaye est donc dĂšs ses dĂ©buts liĂ©e au pouvoir royal[4].

L’abbaye est au dĂ©part considĂ©rĂ©e comme une simple extension fĂ©minine des Vaux de Cernay, comme un prieurĂ© dĂ©pendant de ce monastĂšre, c’est-Ă -dire dĂ©pourvue d’autonomie hiĂ©rarchique, financiĂšre et d’autoritĂ©. De mĂȘme qu’aux Vaux de Cernay, les religieuses de Port-Royal adoptent la rĂšgle de saint BenoĂźt en y adjoignant les grands principes de l'ordre des cisterciens.

Les premiers directeurs spirituels viennent Ă©galement de l’abbaye voisine. Mais en 1214, Ă  la suite de trois prieures, une premiĂšre abbesse est Ă©lue. Elle s’appelle Éremberge[5]. Port-Royal gagne ainsi son autonomie et un vĂ©ritable statut d’abbaye. Cependant son importance est numĂ©riquement faible : autour d’Éremberge, la communautĂ© ne compte qu’une douzaine de membres. En 1223, le pape Honorius III lui accorde le privilĂšge de cĂ©lĂ©brer la messe mĂȘme en cas d’interdiction dans tout le pays.

MĂȘme si les premiĂšres religieuses viennent de monastĂšres bĂ©nĂ©dictins, Port-Royal prend trĂšs vite une orientation cistercienne. Le site est typiquement cistercien : Port-Royal se trouve au fond d’un vallon fermĂ©, parcouru par une riviĂšre, le Rhodon. Le vallon est barrĂ© en son fond pour crĂ©er des Ă©tangs, ce qui favorise l’utilisation de la force hydraulique. Cet emplacement rĂ©pond au dĂ©sir de Bernard de Clairvaux d’inciter Ă  l’humilitĂ© et Ă  la vie intĂ©rieure par un retrait du monde. Les frĂ©quentes visites des gĂ©nĂ©raux de l’ordre cistercien laissent penser que Port-Royal s’est inscrit trĂšs tĂŽt dans l’orbite cistercienne.

Architecture de l’abbaye

Plan de Port-Royal des Champs, tableau peint d’aprùs les gravures de Louise-Magdeleine Horthemels

L’architecture est caractĂ©ristique de l’ordre cistercien. DĂšs la fondation de l’abbaye en 1204[6] et la construction des premiers bĂątiments, comme la partie conventuelle achevĂ©e en 1208, l’appartenance de Port-Royal Ă  l’obĂ©dience de CĂźteaux, Ă©vidente dĂšs ses dĂ©buts mĂȘme si elle n’est officielle qu’en 1240[7], dĂ©cide de l’organisation gĂ©nĂ©rale du lieu. La seule Ă©lĂ©vation est celle du clocher de l’église, qui est terminĂ©e en 1229. Le cloĂźtre est adossĂ© au cĂŽtĂ© sud de l’église, comme dans la plupart des abbayes cisterciennes. Le chapitre et le rĂ©fectoire, lui-mĂȘme surmontĂ© du dortoir, forment le cĂŽtĂ© est du cloĂźtre, dans le prolongement du transept.

L’église est construite sous la direction de Robert de Luzarches, architecte de la cathĂ©drale d’Amiens, engagĂ© et rĂ©munĂ©rĂ© par les Montmorency[8]. Son plan suit Ă©galement la tradition architecturale cistercienne : l’église a une forme de croix latine Ă  base carrĂ©e, dont le tracĂ© ne comporte que des lignes droites se coupant en angle droit. L’édifice comprend une nef de six travĂ©es flanquĂ©e de bas-cĂŽtĂ©s, et sa longueur totale est de 55 mĂštres. Le transept saillant est large de 28 mĂštres. Le sanctuaire est assez court (seulement deux travĂ©es) et se termine en chevet plat. Ceci s’explique par la tradition cistercienne, oĂč le chƓur des moines et des moniales n’est pas placĂ© aprĂšs la croisĂ©e du transept mais dans la nef centrale. À Port-Royal, le chƓur occupe les troisiĂšme, quatriĂšme et cinquiĂšme travĂ©es, et se termine par une grille.

Les gravures montrent que l’église est Ă©levĂ©e Ă  trois niveaux dans un style gothique archaĂŻque, avec de grandes arcades en arc brisĂ©. Cependant, malgrĂ© l’emploi de voĂ»tes sur croisĂ©es d’ogives, renforcĂ©es Ă  l’extĂ©rieur par des arcs-boutants, l’église ne comporte que des fenĂȘtres hautes, de petite taille et en plein cintre, sans doute par volontĂ© (lĂ  encore typiquement cistercienne) d’humilitĂ©. Les arcs de la voĂ»te reposent sur d’épaisses colonnes simplement ornĂ©es de feuillages sculptĂ©s.

À l’ouest de l’église, un pigeonnier, toujours visible aujourd’hui, est Ă©difiĂ© au XIIIe siĂšcle.

Les amĂ©nagements ultĂ©rieurs, assez peu nombreux, ont lieu essentiellement au XVIe siĂšcle sous l’impulsion de l’abbesse Jeanne II de La Fin (1513-1558), qui fait rĂ©parer l’église et reconstruire partiellement le cloĂźtre, le dortoir et l’infirmerie. Le chapitre est alors dĂ©placĂ© dans le bras droit du transept dont la grande arcade est murĂ©e. C’est Ă©galement Ă  cette Ă©poque que sont installĂ©es dans le chƓur des stalles et des boiseries sculptĂ©es, considĂ©rĂ©es comme « fort belles Â» deux siĂšcles plus tard, lorsqu’elles sont vendues aux Bernardins de Paris avant la dĂ©molition de l’église. Ces boiseries ont disparu Ă  la RĂ©volution.

La deuxiĂšme vague de restauration se situe au milieu du XVIIe siĂšcle, Ă  partir du retour des religieuses aux Champs en 1648. MalgrĂ© les travaux de drainage des Solitaires, l’église est rĂ©guliĂšrement inondĂ©e par les eaux qui dĂ©valent du plateau des Granges. L’abbesse AngĂ©lique Arnauld dĂ©cide donc de faire surĂ©lever de sept pieds (environ 2,30 m) le sol de l’église. Ces travaux enlaidissent l’ensemble, puisque les chapiteaux arrivent alors Ă  hauteur de tĂȘte, ce qui prive l’église de son harmonie. Mais cela ne dĂ©range pas l’abbesse, pour qui seule la priĂšre compte, et qui dit : « J’aime par l’esprit de JĂ©sus-Christ tout ce qui est laid Â»[9], prĂ©fĂ©rant que l’argent aille aux pauvres plutĂŽt qu’à l’ornement de l’église. Dans ses lettres, elle fustige d’ailleurs les CarmĂ©lites qui embellissent leurs couvents.

Une abbaye riche

Port-Royal devient l’une des plus puissantes abbayes du bassin parisien. Elle tire ses ressources de la possession de terres agricoles et forestiĂšres aux alentours et sur des terroirs plus Ă©loignĂ©s. Les religieuses ont rang de seigneurs sur la plupart de leurs terres, on les appelle les « dames de Port-Royal Â». Elles ont l’intĂ©gralitĂ© des droits seigneuriaux et reçoivent « foi, hommage, aveux et dĂ©nombrement Â»[10].

On Ă©value le patrimoine principalement de par le partage qui a lieu en 1669 entre l’abbaye des Champs et celle de Paris, lorsque celle-ci reçoit son autonomie (voir infra). La singularitĂ© de Port-Royal vient du fait que les religieuses ont converti en rentes une grande partie de leurs biens. Elles ont progressivement transformĂ© ces rentes en prĂȘts, ce qui fait que le monastĂšre fonctionne comme une banque.

En plus de la propriĂ©tĂ© originelle du vallon de Port-Royal, les religieuses reçoivent par don, au cours du XIIIe siĂšcle, celles de Magny, Champgarnier, Germainville, Launay et Vaumurier, situĂ©es sur la paroisse de Saint-Lambert des Bois, donc juste autour de l’abbaye.

En 1230, les religieuses reçoivent des terres Ă  Villiers-le-BĂącle, puis en 1479 Ă  Buc et ChĂąteaufort, et enfin Ă  Buloyer en 1504, ce qui permet d’augmenter les revenus fonciers. L’abbaye se met alors Ă  acheter des fermes plus Ă©loignĂ©es. Elle en reçoit aussi comme dons pieux. C’est ainsi qu’en 1258 un seigneur, Jean de Montfort, fait don de sa forĂȘt et de 240 arpents de terre au Perray en Yvelines, Ă  douze kilomĂštres Ă  l’ouest de Port-Royal. Au sud et Ă  l’ouest du monastĂšre, les seigneuries de Gourville et de Voise s’ajoutent Ă©galement au patrimoine pendant le Moyen Âge.

Au XVe siĂšcle, l’abbaye entre en possession d’une importante seigneurie, celle de Mondeville, Ă  35 kilomĂštres de distance, entre Melun et La FertĂ©-Alais. Elle y dĂ©tient les droits de haute, moyenne et basse justice, ainsi que le droit de notariat.

Au XVIe siĂšcle, Port-Royal contrĂŽle les terres et des forĂȘts dans un rayon de huit kilomĂštres. Les deux fermes qui constituent sa principale source de richesse sont celles des Granges et de Champgarnier. Au cours du XVIe siĂšcle, le monastĂšre acquiert autour de Nanterre de vastes propriĂ©tĂ©s qui lui fournissent des rentes considĂ©rables.

En 1659, l’abbaye achĂšte la terre et la seigneurie de Montigny, puis d’autres domaines Ă  Voisins-le-Bretonneux et Trappes. Au terme de ces acquisitions, le territoire de l’abbaye touche au parc de Versailles, ce qui peut reprĂ©senter un motif de dissension avec le roi, notamment sur la question du contrĂŽle des sources. À partir de la fondation du monastĂšre de Port-Royal de Paris, les religieuses achĂštent Ă©galement des maisons dans la capitale, situĂ©es dans le faubourg Saint-Jacques.

Port-Royal est donc extrĂȘmement riche. Lors de la sĂ©paration des deux monastĂšres en 1669, environ un tiers des terres est dĂ©volu au couvent parisien, le reste demeurant en possession de celui des Champs.

La richesse matĂ©rielle de l’abbaye, fondĂ©e sur le foncier, est extrĂȘmement dĂ©pendante des alĂ©as politiques. MalgrĂ© un patrimoine important dĂšs ses dĂ©buts, les pĂ©riodes de troubles causent des pertes de richesse consĂ©quentes qui entraĂźnent un dĂ©clin du monastĂšre Ă  la fin du Moyen Âge.

Les difficultĂ©s de l’abbaye Ă  la fin du Moyen Âge et Ă  la Renaissance

Connaissant un rapide dĂ©veloppement Ă  ses dĂ©buts, l’abbaye entre ensuite dans une pĂ©riode de relatif dĂ©clin. La guerre de Cent Ans est particuliĂšrement destructrice pour Port-Royal, les Ă©pidĂ©mies se succĂšdent, l’insalubritĂ©, la baisse des vocations et des difficultĂ©s Ă©conomiques laissent croire un temps Ă  la fermeture du monastĂšre. En 1468, l’abbesse Jeanne de La Fin parvient cependant Ă  rĂ©cupĂ©rer les biens et les terres perdues dans le chaos de la guerre. En 1513, elle dĂ©missionne en faveur d’une de ses niĂšces, Jeanne II de La Fin, qui poursuit les travaux de restauration : l’église est embellie, le cloĂźtre et les autres bĂątiments sont rĂ©novĂ©s.

Au XVIe siĂšcle, commence Ă  se poser un problĂšme de moralitĂ© parmi les religieuses. Le premier Ă  s’en prĂ©occuper est Jean de Pontallier, abbĂ© de CĂźteaux. En dĂ©cembre 1504, il effectue une visite Ă  Port-Royal et organise une restauration matĂ©rielle. ChoquĂ© par ce qu’il y voit, l’abbĂ© dĂ©nonce le peu de piĂ©tĂ© des moniales, qui expĂ©dient le plus vite possible les priĂšres et font preuve d’un mauvais Ă©tat d’esprit, selon lui. Les maniĂšres cavaliĂšres des rĂ©sidentes de Port-Royal ne semblent pas s’arranger avec le temps, car Ă  la fin du XVIe siĂšcle, un de ses successeurs, Nicolas Boucherat, remarque au cours d’une visite de l’abbaye que les religieuses y sont « coutumiĂšres de prendre noise, de dire injures atroces, sans avoir Ă©gard au lieu et Ă  la compagnie oĂč elles sont Â»[11]. Il leur recommande de respecter le silence et de recommencer Ă  pratiquer les aumĂŽnes Ă  la porte du monastĂšre.

Vue de Port-Royal des Champs par Louise-Magdeleine Horthemels

N’étant pas concernĂ© par le concordat de Bologne, qui permet au roi de nommer les Ă©vĂȘques, abbĂ©s et abbesses de France, Port-Royal continue Ă  Ă©lire ses propres abbesses. L’abbesse Catherine de La VallĂ©e, qui dirige Port-Royal de 1558 Ă  1574, est tellement peu encline Ă  rĂ©former son monastĂšre qu’elle est menacĂ©e d’excommunication aprĂšs ses refus rĂ©pĂ©tĂ©s d’obĂ©ir aux ordres de CĂźteaux. Elle finit par s’enfuir, prenant prĂ©texte des guerres de Religion[12].

La pratique de la commende est devenue banale, comme dans la plupart des monastĂšres de l'Ă©poque. C’est ainsi qu’en 1599 une petite fille de huit ans Ă  peine, Jacqueline Arnauld, est nommĂ©e coadjutrice de l’abbesse Jeanne de Boulehart. Elle prononce ses vƓux en 1600, et le chapitre l’élit abbesse en 1602. À cette Ă©poque, Port-Royal est un exemple symbolique des abus que l’Église issue du concile de Trente cherche Ă  Ă©radiquer : les sƓurs vivent dans le relĂąchement et parfois dans la licence avec leurs domestiques. Philippe Sellier dit de cette Ă©lection : « Un abus de plus dans une petite communautĂ© dont plusieurs historiens ont Ă©crit le relĂąchement Â»[13].

En prononçant ses vƓux, Jacqueline Arnauld prend le nom d’AngĂ©lique de Sainte-Madeleine. Elle poursuit son Ă©ducation Ă  l’abbaye de Maubuisson, qu’elle ne quitte que le jour de son Ă©lection comme abbesse, sous la conduite de son pĂšre, Antoine Arnauld. La communautĂ© ne compte plus alors qu’une douzaine de moniales.

Dans son autobiographie de 1655, Jacqueline Arnauld indique que le monastĂšre est en « trĂšs mauvais Ă©tat Â». Ses parents s’inquiĂštent pour elle. Ils demandent donc au gĂ©nĂ©ral de l’ordre de CĂźteaux l’autorisation de placer auprĂšs d’elle une religieuse d’une autre maison, Madame de Jumeauville. Celle-ci a pour tĂąche de terminer l’éducation de l’enfant et de surveiller la conduite du monastĂšre. La jeune MĂšre AngĂ©lique s’interroge sur sa vocation, lorsqu’en 1608 un Capucin vient prĂȘcher pour l’Annonciation. « Dieu me toucha tellement que, de ce moment, je me trouvais plus heureuse d’ĂȘtre religieuse que je m’étais estimĂ©e malheureuse de l’ĂȘtre Â»[14], dira-t-elle. Ce choc religieux marque le dĂ©but de la renaissance du monastĂšre.

La rĂ©forme d’AngĂ©lique Arnauld et les Solitaires

Une réforme dans la lignée du concile de Trente

La mÚre Angélique Arnauld par Philippe de Champaigne, Musée d'Evreux

AprĂšs sa « rĂ©vĂ©lation Â» de 1608, AngĂ©lique Arnauld entreprend doucement une rĂ©forme de son monastĂšre. À la fin de l’annĂ©e, elle fait nommer un nouveau directeur spirituel, le cistercien Claude de Kersaillou, qui engage la communautĂ© Ă  respecter les rĂšgles cisterciennes.

L’annĂ©e 1609 marque un tournant dans l’histoire de l’abbaye de Port-Royal. En effet, AngĂ©lique Arnauld rĂ©tablit la communautĂ© des biens entre religieuses. La clĂŽture monastique est Ă©galement remise en vigueur. Le 25 septembre a lieu un Ă©vĂ©nement important, connu sous le nom de « journĂ©e du Guichet Â» : donnant l’exemple, la jeune abbesse, ĂągĂ©e de dix-huit ans, interdit Ă  sa famille de franchir la clĂŽture du monastĂšre, au nom du respect de la RĂšgle. Port-Royal reprend une vraie vie monacale, sans plus de dĂ©rogation pour l’abbesse que pour ses religieuses.

En 1613, Port-Royal se dote d’un nouveau directeur, le pĂšre jĂ©suite Jean Suffren, qui devient le directeur spirituel de l’abbesse pendant douze ans. Le monastĂšre revit, accueillant de nouvelles religieuses. Plusieurs sƓurs de l’abbesse rejoignent ainsi AngĂ©lique Arnauld Ă  Port-Royal.

La mĂšre AngĂ©lique quitte le monastĂšre de 1618 Ă  1623, se donnant pour mission de rĂ©former Ă©galement l’abbaye voisine de Maubuisson. Elle confie Port-Royal Ă  la prieure Catherine Dupont, et Ă  sa sƓur Jeanne (en religion mĂšre AgnĂšs de Saint-Paul) qui devient en 1620 sa coadjutrice. C’est Ă  cette Ă©poque qu’AngĂ©lique Arnauld entre en relation avec Jean Duvergier de Hauranne, abbĂ© de Saint-Cyran. C’est son frĂšre, Robert Arnauld d'Andilly, qui les met en relation Ă©pistolaire en 1621. Ils se rencontrent Ă  Paris en 1623.

À cette date, AngĂ©lique Arnauld vient de rĂ©intĂ©grer Port-Royal, amenant avec elle une trentaine de novices et de professes de Maubuisson. Le monastĂšre compte alors environ quatre-vingts personnes. Saint-Cyran y introduit une spiritualitĂ© rigoureuse mais qui reste dans la ligne de la RĂ©forme catholique, telle que peuvent la vivre Ă  la mĂȘme Ă©poque François de Sales ou Jeanne de Chantal, avec lesquels l’abbesse est Ă©galement en contact Ă©troit.

Les religieuses font Ă©galement un effort de rĂ©forme dans l’exercice de la priĂšre et des cĂ©lĂ©brations. Alors que le plain-chant grĂ©gorien est progressivement abandonnĂ© dans la liturgie tridentine, elles sont parmi les seules, non seulement Ă  le conserver, mais Ă  faire en sorte qu’il soit bien maĂźtrisĂ© par l’ensemble des religieuses[15]. Une certaine rigueur dans la prononciation des priĂšres est Ă©galement demandĂ©e, y compris chez les jeunes filles qui sont Ă©levĂ©es dans l’abbaye. Jacqueline Pascal, sƓur de Blaise Pascal et religieuse Ă  Port-Royal, rĂ©dige Ă  cet effet un RĂšglement pour les enfans qui dĂ©taille la mĂ©thode d’apprentissage de la liturgie.

Cette mĂ©thode se fonde sur une maĂźtrise de l’écriture et de la mĂ©moire et une rĂ©pĂ©tition des chants et priĂšres, les plus grandes faisant rĂ©pĂ©ter les plus petites. Le rĂšglement stipule que ces apprentissages se font de maniĂšre rĂ©guliĂšre. Ainsi, les jours de fĂȘtes, le temps entre les cĂ©lĂ©brations est employĂ© « Ă  apprendre par cƓur ce qu’elles doivent savoir, qui est toute la thĂ©ologie familiĂšre, l'exercice de la sainte messe, le traitĂ© de la confirmation ; aprĂšs cela elles apprennent tous les hymnes en français qui sont dans leurs Heures, et puis toutes les latines du brĂ©viaire, et quand elles sont venues jeunes dans le monastĂšre, il y en a beaucoup qui apprennent leur psautier en entier. Elles n’y ont pas grande difficultĂ© pourvu qu’elles y soient exhortĂ©es et poussĂ©es Â»[16].

L’enseignement n’est pas rĂ©servĂ© aux jeunes pensionnaires de l’abbaye. La charitĂ© des religieuses (remise en vigueur par la mĂšre AngĂ©lique) s’exerce aussi auprĂšs des enfants du voisinage. Le portier du monastĂšre, sans doute un Solitaire, enseigne la lecture et l’écriture, comme le rapporte un prĂȘtre venu visiter Port-Royal : « Il y a un portier de condition, qui n’a que l’usage d’une main et d’une jambe, lequel fait pourtant trois ou quatre mĂ©tiers. Il sert Ă  la porte ; il fait des balais tous les jours ; il enseigne le plain-chant, Ă  lire et Ă  Ă©crire aux petits enfants qui viennent de la campagne. Au reste, c’est un homme d’une vertu solide, intelligent, Ă©dificatif et trĂšs charitable aux pauvres qui sont lĂ  Ă  toute heure Â»[17].

L’abbĂ© de Saint-Cyran, conseiller spirituel de Port-Royal

Cette rĂ©forme et l’essor qui en rĂ©sulte sont brusquement arrĂȘtĂ©s par une forte mortalitĂ© qui ravage l’abbaye pendant la dĂ©cennie 1620. Le paludisme, dĂ» au caractĂšre marĂ©cageux du site, dĂ©cime les religieuses. Sur le conseil insistant de sa mĂšre, AngĂ©lique Arnauld se dĂ©cide en 1624 Ă  acheter un hĂŽtel dans le faubourg Saint-Jacques, Ă  Paris. L’abbĂ© de CĂźteaux et l’évĂȘque de Paris donnent leur accord pour le transfert de la communautĂ©. AngĂ©lique quitte donc Port-Royal le 28 mai 1625 avec quinze religieuses, pour s’installer Ă  Paris. Les autres religieuses les rejoignent progressivement.

C’est de cette Ă©poque que datent les appellations de Port-Royal-des-Champs et Port-Royal-de-Paris. En effet, si les religieuses s’installent dans le faubourg Saint-Jacques oĂč se dĂ©veloppent alors les couvents fĂ©minins, elles gardent l’abbaye des Champs, qui fournit de substantiels revenus Ă  la communautĂ©. Le site de Port-Royal n’est plus alors habitĂ© que par un chapelain qui assure les offices pour les personnes s’occupant de l’entretien du monastĂšre et de la ferme des Granges, situĂ©e sur le plateau qui surplombe l’abbaye.

La rĂšgle du monastĂšre de Port-Royal se modifie Ă  cette Ă©poque : la mĂšre AngĂ©lique change le mode de nomination de l’abbesse. Celle-ci est dorĂ©navant Ă©lue tous les trois ans. Elle-mĂȘme dĂ©missionne de sa charge en 1630. La sƓur Marie-AgnĂšs Le Tardif lui succĂšde alors, elle-mĂȘme remplacĂ©e en 1636 par la jeune sƓur d’AngĂ©lique, la mĂšre AgnĂšs Arnauld. La mĂšre Le Tardif redevient simple religieuse et meurt, aveugle, en 1646[18].

Un lieu attractif

Les religieuses n’étant plus prĂ©sentes sur le site de Port-Royal des Champs, celui-ci devient un lieu d’attraction pour des hommes souhaitant se retirer temporairement du monde.

La maison des Solitaires aux Granges de Port-Royal

Le premier Ă  s’y installer est Antoine Le Maistre, qui sĂ©journe Ă  Port-Royal de mai Ă  juillet 1638, avec ses frĂšres, d’autres Solitaires et des enfants. Mais ils sont dispersĂ©s par ordre de la Cour, qui ne voit pas d'un bon Ɠil cette nouvelle expĂ©rience. Antoine Le Maistre et son frĂšre Simon Le Maistre de MĂ©ricourt reviennent cependant Ă  Port-Royal Ă  l’étĂ© 1639. C’est le dĂ©but de la pĂ©riode des Solitaires Ă  Port-Royal des Champs. Pendant une dizaine d’annĂ©es, des hommes jeunes ou moins jeunes viennent se retirer Ă  Port-Royal, attirĂ©s par le goĂ»t de la solitude et de la pĂ©nitence. L’abbĂ© de Saint-Cyran leur rend visite pendant le court temps sĂ©parant sa libĂ©ration de la Bastille (mai 1643) et sa mort, en octobre de la mĂȘme annĂ©e.

À Port-Royal de Paris, la communautĂ© prend de l’ampleur. La mĂšre AgnĂšs Arnauld laisse sa place d’abbesse Ă  sa sƓur, la mĂšre AngĂ©lique, en 1642. RĂ©Ă©lue sans interruption jusqu’en 1651, elle a le projet de faire revenir la communautĂ© aux Champs, qui ont Ă©tĂ© profondĂ©ment assainis par les travaux des Solitaires. Jean-François de Gondi, archevĂȘque de Paris, autorise en 1647 la mĂšre AgnĂšs Ă  envoyer quelques religieuses aux Champs. L’annĂ©e suivante, la mĂšre AngĂ©lique elle-mĂȘme revient Ă  Port-Royal des Champs avec neuf religieuses.


Le bĂątiment construit aux Granges pour les Petites Écoles, prĂ©cĂ©dĂ© du verger plantĂ© par Robert Arnauld d’Andilly

Les Solitaires quittent alors le site de l’abbaye pour s’installer aux Granges, comme le dĂ©crit AngĂ©lique dans une lettre Ă©crite le 14 mai 1648 Ă  la reine de Pologne : « Les ermites, qui occupaient nos bĂątiments, nous reçurent en trĂšs grande joie, et chantĂšrent le Te Deum, nous quittant la place de trĂšs bon cƓur. Quelques-uns se sont retirĂ©s bien affligĂ©s : on ne les abandonnera pourtant pas. Ils ont louĂ© une maison Ă  Paris, en attendant que Dieu nous donne la paix. Mes neveux et quelques autres se sont retirĂ©s Ă  une ferme qui est au-delĂ  de la montagne Â»[19]. La mĂšre abbesse passe son temps entre les deux monastĂšres, qui n’ont qu’une seule autoritĂ©. Elle regrette cependant dans ses Ă©crits de ne pas habiter en permanence Port-Royal des Champs, qu’elle appelle sa « chĂšre solitude Â».

La vie s’organise entre l’abbaye rĂ©investie par les religieuses et les Granges qui accueillent les Solitaires. Le 21 dĂ©cembre 1649, Louis-Isaac Lemaistre de Sacy est ordonnĂ© prĂȘtre Ă  Port-Royal des Champs. Dans le monastĂšre de Port-Royal de Paris, c’est son oncle Henri Arnauld qui est sacrĂ© Ă©vĂȘque, le 29 juin 1649. La famille Arnauld est alors toute puissante dans un monastĂšre qui fait figure de phare spirituel. Le Maistre de Sacy devient le confesseur des religieuses et des Ă©lĂšves des Petites Écoles, installĂ©s aux Granges oĂč Ă  partir de 1652 est construit le grand bĂątiment de style Louis XIII qui accueille actuellement le musĂ©e[20]. On compte parmi les Solitaires installĂ©s en haut de la colline, Louis-Isaac Lemaistre de Sacy, Antoine Arnauld, Claude Lancelot, Jean Hamon, Pierre Nicole et d’autres moins cĂ©lĂšbres. C’est dans ce cadre que Blaise Pascal vient faire deux courtes retraites aux Granges, en 1656.

Plaque commémorant la présence des Solitaires aux Granges

La pĂ©riode est alors celle de l’ñge d’or de Port-Royal, malgrĂ© la Fronde qui commence. Celle-ci touche durement l’abbaye. Les pauvres affluent, cherchant un refuge. Le monastĂšre est dĂ©fendu par les Solitaires. Du 24 avril 1652 au 15 janvier 1653, la tension est telle que les religieuses doivent se rĂ©fugier Ă  Paris avec la mĂšre AngĂ©lique, en raison de la « guerre des Princes Â». Les Solitaires, au nombre d’une vingtaine, sont eux restĂ©s garder l’abbaye et les Granges. C’est Ă  cette pĂ©riode que le duc de Luynes fait construire sur le territoire de l’abbaye un chĂąteau, le chĂąteau de Vaumurier.

La controverse janséniste

Article dĂ©taillĂ© : JansĂ©nisme.

Port-Royal entre dans l’histoire avec la controverse jansĂ©niste. MĂȘme si, lorsque celle-ci touche vĂ©ritablement le monastĂšre en 1656, les idĂ©es de Jansenius sont exposĂ©es depuis prĂšs de vingt ans, mĂȘme si Saint-Cyran est dĂ©jĂ  mort, mĂȘme si la spiritualitĂ© du monastĂšre est dĂ©jĂ  fortement teintĂ©e de cet augustinisme rigoureux, les religieuses et les Solitaires ont Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©s bien longtemps. Les tracasseries du pouvoir royal, qui refusait pĂ©riodiquement la vie communautaire des Solitaires, Ă©taient davantage dues Ă  des raisons politiques : les Solitaires ont attirĂ© Ă  eux un certains nombre d’anciens frondeurs, dont leurs chefs de file, la duchesse de Longueville et le prince de Conti.

En 1655 et 1656, la Sorbonne est agitĂ©e par de violents combats thĂ©ologiques opposant Antoine Arnauld, accompagnĂ© de plusieurs docteurs en thĂ©ologie, Ă  ceux qu’ils nomment les « molinistes Â», c’est-Ă -dire les partisans du libre arbitre[21].

Le 14 janvier, Antoine Arnauld est condamnĂ© et exclu de la Sorbonne[22]. Fait sans prĂ©cĂ©dent, il est rayĂ© de la liste des docteurs. À Port-Royal, les Solitaires, les maĂźtres des Petites Ă©coles et les enfants doivent quitter les Granges. Peu avant, Blaise Pascal qui Ă©tait venu se retirer quelques jours a commencĂ© l’écriture des Provinciales, pamphlets rĂ©guliers et cinglants envers les JĂ©suites. Le succĂšs des Provinciales donne une popularitĂ© certaine au monastĂšre Ă  Paris. Cette campagne polĂ©mique est doublĂ©e par un miracle, qui semble fort Ă  propos donner une onction divine aux positions thĂ©ologiques de Port-Royal : le 24 mars 1656, la niĂšce de Pascal, Marguerite PĂ©rier, est guĂ©rie d’une fistule lacrymale aprĂšs avoir touchĂ© une relique de la Sainte-Épine (morceau de la couronne du Christ)[23]. Ce miracle est rapidement reconnu par l’Église, ce qui oblige l’entourage royal Ă  cesser ses pressions sur le monastĂšre. Robert Arnauld d'Andilly et plusieurs Solitaires reçoivent de nouveau l’autorisation de rĂ©sider Ă  Port-Royal des Champs.

Les Cent-Marches, qui relient les Granges au site de l’abbaye

À la fin de l’annĂ©e 1658, la mĂšre AgnĂšs Arnauld est Ă  nouveau Ă©lue abbesse, et ce jusqu’en dĂ©cembre 1661. L’abbaye compte alors cent trente religieuses, dont cent treize professes. C’est donc un monastĂšre important et en pleine expansion. Mais le 13 avril 1661, les difficultĂ©s reprennent : le Conseil d’État, par un arrĂȘt, rend obligatoire pour les religieuses comme pour tous les ecclĂ©siastiques de France la signature du Formulaire d'Alexandre VII, qui condamne cinq propositions tirĂ©es de l`Augustinus de Jansenius[24]. C’est une grande source de problĂšmes en perspective pour le monastĂšre, oĂč l’on considĂšre que les propositions sont bien « hĂ©rĂ©tiques Â» en droit, mais qu’ en fait elles ne se trouvent pas exposĂ©es telles quelles dans l’ouvrage du thĂ©ologien. Cet argument est Ă  la source de ce que l’on appelle dans l'histoire du jansĂ©nisme la distinction du droit et du fait. Les religieuses (appuyĂ©es par Blaise Pascal et Antoine Arnauld) vont essayer par ce biais d’esquiver la signature du Formulaire. Les religieuses de Paris, puis celles des Champs, signent finalement le formulaire en y adjoignant la prĂ©cision du droit et du fait, ce qui aboutit ensuite Ă  l’annulation de ce texte par le Conseil du Roi. À partir du moment oĂč on leur interdit la distinction du droit et du fait, une partie importante des religieuses du monastĂšre refuse catĂ©goriquement de signer le Formulaire.

Mais le mĂȘme jour Louis XIV, qui depuis sa majoritĂ© exerce personnellement le pouvoir, interdit Ă  la communautĂ© de Port-Royal de recevoir dĂ©sormais des novices et des pensionnaires. Celles qui sont prĂ©sentes sont dispersĂ©es. C’est signer l’arrĂȘt de mort de l’abbaye, puisque la communautĂ© ne peut se perpĂ©tuer sans recrutement. Les directeurs spirituels (Antoine Singlin, qui doit se cacher, Louis-Isaac Lemaistre de Sacy et d’autres prĂȘtres proches des religieuses) doivent quitter l’abbaye[25].

C’est Ă©galement Ă  cette Ă©poque que la mĂšre AngĂ©lique, fatiguĂ©e et malade, quitte l’abbaye des Champs pour rentrer au monastĂšre parisien. Impuissante dans cette crise, elle meurt le 6 aoĂ»t 1661. Son corps est enterrĂ© sous les dalles du chƓur du monastĂšre parisien et son cƓur ramenĂ© aux Champs. Jacqueline Pascal, sƓur de Blaise Pascal et sous-prieure aux Champs, meurt peu aprĂšs, le 4 octobre. Le 12 dĂ©cembre, la mĂšre AgnĂšs cĂšde sa place d’abbesse Ă  la mĂšre Madeleine de Sainte-AgnĂšs de Ligny, qui occupe cette fonction jusqu’en 1669[26]. C’est un mandat marquĂ© par d’importantes crises, puisque la mĂšre Madeleine de Sainte-AgnĂšs connaĂźt en huit ans l’affrontement avec l’archevĂȘque de Paris, l’emprisonnement et l’enfermement aux Champs.

Dans les deux annĂ©es qui suivent, les religieuses cherchent Ă  Ă©chapper Ă  une nouvelle signature du Formulaire. Mais la crise se rĂ©veille en 1664. En effet, le 8 juin de cette annĂ©e, le nouvel archevĂȘque de Paris, Hardouin de PĂ©rĂ©fixe de Beaumont, fait publier un nouveau mandement : il demande la foi divine pour le droit et la simple foi humaine pour le fait. C’est-Ă -dire qu’il demande aux religieuses de croire comme un article de Foi que les propositions condamnĂ©es sont hĂ©rĂ©tiques, mais qu’il ne leur est demandĂ© qu’une simple approbation humaine, sans notion de sacrilĂšge, au sujet de la prĂ©sence (ou non) de ces propositions dans l'Augustinus de Jansenius.

Cependant, malgrĂ© une visite de l’archevĂȘque Ă  l’abbaye, les religieuses refusent toujours de signer. PĂ©rĂ©fixe se rend alors, le 26 aoĂ»t 1664, dans le couvent de Port-Royal de Paris. Il dĂ©cide d’exiler seize religieuses dans diffĂ©rents couvents de la capitale. Elles sont emmenĂ©es de force. À la mi-novembre de la mĂȘme annĂ©e, il se rend aux Champs, oĂč les religieuses non signataires sont privĂ©es de sacrements et de leurs confesseurs habituels. On leur interdit Ă©galement tout contact avec l’extĂ©rieur[27].

La coupure avec Port-Royal de Paris

La duchesse de Longueville, protectrice du monastĂšre

Alors qu’aux Champs on rĂ©siste Ă  l’archevĂȘque Beaumont de PĂ©rĂ©fixe, les religieuses de Paris, et notamment la prieure, signent le Formulaire dans le courant de l’annĂ©e 1665. Les religieuses parisiennes rĂ©calcitrantes, accompagnĂ©es des seize religieuses exilĂ©es, sont envoyĂ©es Ă  Port-Royal-des-Champs. Le monastĂšre compte alors quatre-vingt-seize religieuses, surveillĂ©es en permanence par quatre gardes, qui leur imposent brimades et interdictions. L’abbesse de Port-Royal des Champs n’est plus reconnue en tant que telle : l’archevĂȘque ne reconnaĂźt comme lĂ©gitime abbesse que celle de Paris. La mĂšre Madeleine de Ligny n’assure donc plus que la fonction de supĂ©rieure de la communautĂ©. Les religieuses sont coupĂ©es du monde jusqu’à la Paix de l'Église[28] qui survient Ă  l’étĂ© 1668[29].

Le 13 fĂ©vrier 1669, l’évĂȘque de Meaux, qui est aussi le frĂšre de l’abbesse, se rend Ă  Port-Royal, accompagnĂ© secrĂštement par Antoine Arnauld et Louis-Isaac Lemaistre de Sacy. Tous trois convainquent les religieuses de signer la requĂȘte de l’archevĂȘque[29]. Le 18 fĂ©vrier, elles peuvent Ă  nouveau recevoir les sacrements et accueillir pensionnaires et novices. En revanche, le monastĂšre de Port-Royal de Paris reste sĂ©parĂ© de celui des Champs. Quelques mois plus tard, l’abbesse est remplacĂ©e par la mĂšre Marie de Sainte-Madeleine Angennes du Fargis, qui prend AngĂ©lique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly, niĂšce de la MĂšre AngĂ©lique et de la mĂšre AgnĂšs, comme prieure.

Les Solitaires et les amis de Port-Royal, comme la duchesse de Longueville, reviennent s’installer aux Granges ou Ă  l’abbaye. De nombreux travaux sont entrepris, notamment l’achĂšvement des quatre cĂŽtĂ©s du cloĂźtre. Celui-ci est prolongĂ© jusqu’à l’infirmerie et aux bĂątiments des enfants. Les travaux sont achevĂ©s en 1671[29].

La fin de la Paix de l'Église

Le 3 aoĂ»t 1678 AngĂ©lique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly est Ă©lue abbesse. Cette niĂšce des deux grandes abbesses Arnauld a passĂ© presque toute sa vie Ă  Port-Royal. Elle a Ă©tĂ© maĂźtresse des pensionnaires, puis des novices, aux Champs comme Ă  Paris, avant de prendre la tĂȘte du refus de signature du formulaire. Elle est l’ñme du monastĂšre Ă  cette Ă©poque, comme prieure puis comme abbesse. Elle communiquera son Ă©nergie aux religieuses, qui s’apprĂȘtent Ă  affronter plusieurs Ă©preuves : le 15 avril 1679 meurt la duchesse de Longueville, principale protectrice du monastĂšre que, par sa qualitĂ© de cousine du roi Louis XIV, elle a rendu quasi-intouchable. Le 21 juillet de la mĂȘme annĂ©e, c’est au tour de Nicolas Choart de Buzenval, Ă©vĂȘque de Beauvais et appui du monastĂšre, de disparaĂźtre. Le monastĂšre se retrouve privĂ© de deux importants soutiens, l’un politique et l’autre religieux. Le monastĂšre est alors presque au complet : on y compte quatre-vingt-douze sƓurs professes, treize postulantes et quarante-deux pensionnaires[30].

Le nouvel archevĂȘque de Paris, François Harlay de Champvallon, fait une visite aux Champs le 17 mai 1679. Il apprend Ă  l’abbesse que le roi a dĂ©cidĂ©, Ă  nouveau, d’interrompre le recrutement de novices, de limiter le nombre de professes de chƓur Ă  cinquante, au lieu des soixante-douze alors prĂ©sentes, et de renvoyer postulantes et pensionnaires[31]. Les Solitaires doivent Ă©galement quitter les lieux. C’est la fin de la Paix de l'Église.

Les proches de l’abbaye doivent donc partir : Louis-SĂ©bastien Le Nain de Tillemont, Louis-Isaac Lemaistre de Sacy et quelques autres se retirent sur leurs terres. Antoine Arnauld rejoint alors les Flandres[32].

En 1684, plusieurs dĂ©cĂšs marquent l’abbaye. Celui de Louis-Isaac Le Maistre de Sacy le 4 janvier, puis AngĂ©lique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly le 29 janvier. La mĂšre Marie de Sainte-Madeleine du Fargis est rĂ©Ă©lue abbesse. Elle prend comme prieure AgnĂšs de Saint-ThĂšcle Racine, tante de Jean Racine. En 1690, cette derniĂšre succĂšde Ă  la mĂšre Marie de Sainte-Madeleine quand elle dĂ©missionne de sa charge pour cause de maladie. AgnĂšs Racine sera rĂ©Ă©lue abbesse en 1693 et 1696. Durant ces annĂ©es, les grandes figures de Port-Royal disparaissent peu Ă  peu. L’abbĂ© de PontchĂąteau, la mĂšre de Fargis, Mademoiselle de Vertus, Antoine Arnauld, Claude Lancelot et Pierre Nicole meurent tous entre 1690 et 1695[33].

Cette annĂ©e 1695 voit arriver au siĂšge de Paris un nouvel archevĂȘque, Louis Antoine de Noailles. Il est rĂ©putĂ© favorable aux jansĂ©nistes. Mais il ne parvient pas Ă  faire lever l’interdiction royale de faire entrer de nouvelles religieuses dans l’abbaye. MĂȘme Jean Racine se voit refuser l’entrĂ©e de sa fille Marie-Catherine Ă  Port-Royal des Champs en 1699.

En 1699, la derniĂšre abbesse de Port-Royal est Ă©lue. Il s’agit de la mĂšre Élisabeth de Sainte-Anne Boulard de Denainviliers, auparavant prieure de la mĂšre AgnĂšs Racine. Elle doit faire face Ă  une recrudescence des dĂ©bats thĂ©ologiques Ă  la Sorbonne : la bulle du pape ClĂ©ment XI, proclamĂ©e en 1705, est sĂ©vĂšre : tous les ecclĂ©siastiques et religieux de France doivent condamner les erreurs dĂ©noncĂ©es par Rome. Les religieuses acceptent de signer en 1706, mais elles ajoutent : « Sans dĂ©roger Ă  ce qui s’est fait Ă  l’égard de ce monastĂšre Ă  la Paix de l'Église, sous ClĂ©ment IX Â», ce qui rend contestable leur soumission[34]. Louis XIV est trĂšs irritĂ© par cette rĂ©sistance[35].

La fin du monastĂšre

Anonyme, début du XVIIIe siÚcle. Des pauvres secourus à la porte de l'abbaye. Gouache sur parchemin.

En 1706, la mĂšre Élisabeth de Sainte-Anne Boulard de Denainvilliers[36] meurt. Elle a auparavant dĂ©signĂ© la sƓur Louise de Sainte-Anastasie du Mesnil pour prendre sa suite. Mais la communautĂ© n’a pas le droit de procĂ©der Ă  l’élection. La mĂšre Louise reste donc prieure, jusqu’à la fin de l’abbaye[37]. L’annĂ©e suivante, Louis XIV donne l’ordre de donner les revenus de Port-Royal des Champs Ă  l’abbaye de Port-Royal de Paris. C’est signer, Ă  trĂšs brĂšve Ă©chĂ©ance, la mort de l’abbaye. L’archevĂȘque de Paris interdit aux religieuses de recevoir la communion. Il les dĂ©clare Ă©galement « contumaces et dĂ©sobĂ©issantes aux constitutions apostoliques et comme telles incapables de participer aux sacrements de l’Église[38]». Les sƓurs sont donc privĂ©es Ă  la fois des nourritures spirituelles et des nourritures temporelles. Leur nombre se rĂ©duit, au fur et Ă  mesure des dĂ©cĂšs.

Le 27 mars 1708, une bulle pontificale retire aux religieuses l’usage de leurs terres, ne leur laissant que l’église et le monastĂšre. Une deuxiĂšme bulle, datĂ©e de septembre, ordonne la suppression de Port-Royal des Champs. Louis PhĂ©lypeaux de Pontchartrain, chancelier, essaie de s’opposer aux dĂ©cisions royales et pontificales. Mais le parlement de Paris enregistre les textes du pape et du roi.

L’archevĂȘque de Paris confirme en 1709 la suppression du monastĂšre. AprĂšs une visite orageuse de l’abbesse de Port-Royal de Paris le 1er octobre, qui n’est pas reconnue comme supĂ©rieure par les religieuses, le Conseil d’État rend un arrĂȘt confirmant les droits du monastĂšre parisien sur celui des Champs. Le 26 octobre, il ordonne Ă©galement l’expulsion des religieuses.

Le lieutenant de police d’Argenson est dĂ©signĂ© pour procĂ©der Ă  l’expulsion. Le 29 octobre 1709, il se rend Ă  l’abbaye, accompagnĂ© de soldats. Les quinze sƓurs professes et les sept sƓurs converses prĂ©sentes sont emmenĂ©es vers diffĂ©rents couvents d’exil. Une derniĂšre sƓur, malade, est expulsĂ©e le lendemain en litiĂšre[39].

Quelques mois plus tard, en janvier 1710, le Conseil d’État ordonne la dĂ©molition de l’abbaye[40]. Entre le mois d’aoĂ»t 1710 et l’annĂ©e 1711, de nombreuses familles de proches du monastĂšre viennent exhumer les corps des religieuses enterrĂ©es dans l’église. Certaines dĂ©pouilles, comme celles des Arnauld, sont transfĂ©rĂ©es Ă  Palaiseau, d’autres Ă  Magny-Lessart. PrĂšs de 3 000 corps sont enterrĂ©s Ă  Saint-Lambert-des-Bois, dans une fosse commune encore identifiable aujourd’hui et appelĂ©e « carrĂ© de Port-Royal Â». Les dĂ©pouilles de Jean Racine, Antoine LemaĂźtre et Louis-Isaac Lemaistre de Sacy sont emmenĂ©es Ă  Saint-Étienne-du-Mont Ă  Paris.

Au cours de l’annĂ©e 1713, l’abbaye est rasĂ©e Ă  la poudre. Ses pierres sont vendues ou rĂ©cupĂ©rĂ©es par les habitants des alentours, parfois comme reliques mais le plus souvent comme matĂ©riau de construction.

La succession des abbesses au XVIIe siĂšcle

Dates de la charge Nom de l’abbesse En religion ... Naissance - dĂ©cĂšs
1575-1602 Jeanne de Boulehart ? ?
1602-1630 Jacqueline Arnauld MÚre Angélique Arnauld 1591-1661
1630-1636 Marie-GeneviĂšve Le Tardif MĂšre Marie-GeneviĂšve de Saint-Augustin ? - 1646
1636-1642 AgnĂšs Arnauld MĂšre AgnĂšs Arnauld 1593-1672
1639-1654 Jacqueline Arnauld MÚre Angélique Arnauld 1591-1661
1654-1658 Marie Suireau MĂšre Marie-des-Anges Suireau 1599-1658
1658-1661 AgnĂšs Arnauld MĂšre AgnĂšs Arnauld 1593-1672
1661-1669 Madeleine de Ligny MĂšre Madeleine de Sainte-AgnĂšs de Ligny ?
1669-1678 Marie Angennes du Fargis MĂšre Marie de Sainte-Madeleine Angennes du Fargis 1618-1691
1678-1684 AngĂ©lique Arnauld d’Andilly MĂšre AngĂ©lique de Saint-Jean Arnauld 1624-1684
1684-1690 Marie Angennes du Fargis MĂšre Marie de Sainte-Madeleine Angennes du Fargis 1618-1691
1690-1699 AgnĂšs Racine MĂšre AgnĂšs de Saint-ThĂšcle Racine 1626-1700
1699-1706 Élisabeth Boulard de Denainvilliers Mùre Élisabeth de Sainte-Anne 1628-1706

Le site de Port-Royal au XVIIIe siĂšcle

Le pigeonnier du XIIIe siĂšcle, un des rares vestiges du monastĂšre

DĂšs sa destruction, le site de Port-Royal devient un lieu de pĂšlerinage et de mĂ©moire. Les habitants des villages alentour viennent sauver de la destruction ce qui peut l’ĂȘtre. De nombreux Ă©lĂ©ments architecturaux sont ainsi rĂ©utilisĂ©s dans les alentours. Le transport des ossements des religieuses et des proches de Port-Royal, lors de la destruction, a Ă©tĂ© tellement rapide qu’il reste aux fidĂšles du monastĂšre de nombreuses « reliques Â» Ă  collecter. Ainsi, dans son Manuel des pĂ©lerins de Port-Royal publiĂ© en 1767, l’abbĂ© Gazaignes dĂ©crit la scĂšne : « Les cahots que firent ces sortes de voitures, furent cause que plusieurs parties de ces prĂ©cieux restes tombĂšrent le long du chemin, et que des Passants les ayant trouvĂ©s, les ont enterrĂ©s sur le chemin mĂȘme Â»[41]. Cela permet donc au site de garder un caractĂšre sacrĂ© qui lui amĂšne des pĂšlerins de façon rĂ©guliĂšre.

Le site connaĂźt une constante dĂ©gradation. Augustin Gazier Ă©crit que « les ruines de l’abbaye furent longtemps une sorte de carriĂšre oĂč l’on venait chercher des pierres Ă  bĂątir ; les buissons et les ronces finirent par les envahir, si bien qu’au dĂ©but du XIXe siĂšcle il Ă©tait impossible de retrouver la place exacte de l’église et du sanctuaire Â»[42].

Alors que la présence physique (par ses habitants et ses pierres) de Port-Royal a cessé, le souvenir prend le relais. Ainsi commence la seconde histoire de Port-Royal, celle de son inscription dans la mémoire collective.

DĂšs avant la destruction du monastĂšre, Madeleine Boullogne, peintre morte en 1710, a reprĂ©sentĂ© les diffĂ©rentes parties du monastĂšre en une quinzaine de tableaux, d’un style rĂ©aliste et assez naĂŻf. Magdeleine Horthemels a reproduit ses gouaches en gravures, qui aprĂšs la destruction du monastĂšre ont eu un grand succĂšs. D’abord saisi par la police, l’album est rendu par le lieutenant de police d’Argenson, et peut ainsi ĂȘtre vendu.

Une grande partie des manuscrits de Port-Royal a Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©e, juste avant l’expulsion des religieuses, par Marguerite de Joncoux, une laĂŻque amie de la mĂšre du Mesnil. Elle put les faire sortir du monastĂšre et les conserver. GrĂące Ă  son action, ces manuscrits ont ensuite Ă©tĂ© remis Ă  l’abbaye de Saint-Germain-des-PrĂ©s, puis Ă  la BibliothĂšque nationale.

Les tableaux, eux, sont pour la plupart emmenĂ©s au monastĂšre de Port-Royal de Paris. Le grand tableau de la CĂšne de Philippe de Champaigne est replacĂ© sur l’autel de la chapelle parisienne, pour laquelle il avait Ă©tĂ© conçu. Le tableau appelĂ© les Religieuses est placĂ© dans le chapitre des religieuses. Mais la plupart des portraits sont entreposĂ©s dans les greniers parce qu’ils n’intĂ©ressent personne, ce qui permet de les sauvegarder. Un fidĂšle de Port-Royal, Jean-Philippe Gaspard Camet de La BonnardiĂšre (un des fondateurs de la SociĂ©tĂ© de Port-Royal au dĂ©but du XIXe siĂšcle), peut ainsi les acheter pour un prix trĂšs modique pendant la RĂ©volution, lors de la vente des biens de l’abbaye parisienne comme « biens nationaux Â»[43].

Durant tout le XVIIIe siĂšcle, les fidĂšles du jansĂ©nisme, qu’ils soient convulsionnaires ou non, viennent en pĂšlerinage sur les ruines. Le domaine appartient en droit au monastĂšre de Port-Royal-de-Paris mais les religieuses ont abandonnĂ© les ruines. Elles ne font que tirer les ressources des terres agricoles. Les pĂšlerinages ont donnĂ© lieu Ă  de nombreux Ă©crits dĂ©plorant la ruine du monastĂšre. Les titres en sont Ă©vocateurs : GĂ©missements sur les ruines de Port-Royal[44], par exemple. Les nombreux « manuels de pĂšlerinage Â», Ă©ditĂ©s du XVIIIe siĂšcle au milieu du XIXe siĂšcle, tĂ©moignent Ă©galement de cette vivacitĂ© du souvenir Ă  Port-Royal[45].

DĂšs 1710 en fait, la littĂ©rature s’empare de la mĂ©moire de Port-Royal et donne des textes qui ont pour but de continuer le souvenir du monastĂšre, mĂȘme si celui-ci n’existe plus physiquement. C’est avec les quatre livres attribuĂ©s Ă  l’abbĂ© Jean-Baptiste Le Sesne d’Étemare, et intitulĂ©s GĂ©missements d’une Ăąme vivement touchĂ©e de la destruction du saint monastĂšre de Port-Royal des Champs que commence vraiment l’histoire littĂ©raire de Port-Royal[46]. La publication de ces ouvrages suit les derniers soubresauts de l’histoire de Port-Royal, et sont donc nourris de l’indignation du tĂ©moin. Mais ils sont ensuite plusieurs fois rĂ©Ă©ditĂ©s, et remaniĂ©s au grĂ© de l’évolution du jansĂ©nisme au XVIIIe siĂšcle. Le souvenir de Port-Royal est donc nourri et mĂ©langĂ© avec la vision convulsionnaire du monde.

Dans le sillage de l’abbĂ© d’Étemare, de nombreux opuscules sont diffusĂ©s, afin d’entretenir le souvenir et d’aider au pĂšlerinage Ă  Port-Royal.

Le site, bien que dĂ©sertĂ© par les religieuses, n’en reste pas moins habitĂ©. Les Granges (en haut du plateau) sont habitĂ©es par un agriculteur qui travaille pour le compte du monastĂšre de Port-Royal de Paris, qui tire une grande part de ses revenus des terres de Port-Royal des Champs.

Le site de la RĂ©volution Ă  nos jours

Les ruines de l’abbaye

Les ruines de l’église de l’abbaye de Port-Royal dans leur Ă©tat actuel

Au commencement de la RĂ©volution française, le site de Port-Royal des Champs est toujours Ă  l’abandon, seules les terres agricoles sont utilisĂ©es. Les ruines du monastĂšre sont devenues presque invisibles.

À la suite du dĂ©cret du 2 novembre 1789, qui dĂ©clare les biens de l’Église « mis Ă  disposition de la Nation Â», les religieuses du couvent parisien n’ont plus de droits sur Port-Royal des Champs. Le 14 mai 1790, un nouveau dĂ©cret dĂ©cide de la mise en vente des biens du clergĂ©, en tant que biens nationaux. Le site de Port-Royal des Champs est vendu de façon sĂ©parĂ©e : un agriculteur achĂšte les Granges et une veuve, Marie-Françoise Humery de La BoissiĂšre de PlĂ©mont, veuve d’Antoine Desprez, achĂšte les ruines de l’abbaye en 1791, pour la somme de 90 200 livres[47]. Cette veuve appartient, pour ce qu’on en sait, au milieu jansĂ©niste parisien. En tout cas, elle vit dans le souvenir de Port-Royal et invite frĂ©quemment dans sa retraite (elle habite une des maisons attenantes au monastĂšre, non dĂ©truite) des personnes qui partagent sa dĂ©votion.

Ainsi, l’abbĂ© GrĂ©goire et ses amis de la SociĂ©tĂ© de philosophie chrĂ©tienne lui rendent souvent visite Ă  partir de 1797. Ils viennent notamment le 29 octobre, date anniversaire de la fin du monastĂšre. À la suite de ces visites l’abbĂ© GrĂ©goire publie en 1801 ses Ruines de Port-Royal des Champs dans les Annales de la religion. Ce texte exalte le souvenir de Port-Royal dans une Ă©criture tantĂŽt poĂ©tique et tantĂŽt politique, qui fait du monastĂšre et de ses habitants un lieu prĂ©curseur de la lutte contre l’absolutisme[48].

En 1809, une cĂ©rĂ©monie cĂ©lĂšbre le centenaire de la dispersion des religieuses. Y sont prĂ©sents une grande partie des membres des diverses mouvances du jansĂ©nisme. L’abbĂ© GrĂ©goire, mais aussi Louis Silvy et les membres de la SociĂ©tĂ© de Port-Royal (qui ne porte alors pas de nom), ainsi qu’Eustache Degola, prĂȘtre jansĂ©niste italien proche de Scipion de Ricci. Environ 200 personnes assistent Ă  ce qui est la premiĂšre dĂ©marche de commĂ©moration Ă  Port-Royal[49].

En 1810, madame Desprez vend Port-Royal Ă  son neveu Charles-Joseph de Talmours, pour la somme de 140 000 francs. Celui-ci meurt rapidement et sa veuve, Marie-AdĂ©laĂŻde GoulĂ©, ne vient que rarement Ă  Port-Royal, qu’elle entretient trĂšs peu. Elle revend la propriĂ©tĂ© en 1824 pour moitiĂ© Ă  Louis Silvy, figure importante du jansĂ©nisme parisien, et pour l’autre moitiĂ© Ă  quatre membres de la SociĂ©tĂ© de Port-Royal, regroupĂ©s en association tontiniĂšre. Outre un dĂ©but de restauration du site, les nouveaux propriĂ©taires installent en 1829 une congrĂ©gation de frĂšres enseignants, les FrĂšres des Écoles chrĂ©tiennes du faubourg Saint-Antoine, autrement appelĂ©s « FrĂšres tabourins Â», qui sont de tradition jansĂ©nisante. PartagĂ©s entre Port-Royal et la maison de Louis Silvy Ă  Saint-Lambert des Bois, ils enseignent gratuitement aux Ă©lĂšves du secteur. Louis Silvy rachĂšte Ă  la tontine « jansĂ©niste Â» en 1829 sa part du domaine.

Louis Silvy fait construire Ă  l’emplacement de l’autel de l’ancienne Ă©glise un oratoire, afin de perpĂ©tuer le souvenir de Port-Royal ; celui-ci est une chapelle « carrĂ©e, plafonnĂ©e, carrelĂ©e, sans dĂ©coration d’architecture. Au-dessus de la porte, une inscription[50] de sa composition, en vers français, rappelle que lĂ  autrefois JĂ©sus-Christ Ă©tait immolĂ© chaque jour par les mains des plus saints personnages Â»[51]. Louis Silvy a placĂ© dans cet oratoire des objets rappelant le souvenir des religieuses et des Solitaires, principalement des peintures, des gravures et des autographes[52]. Outre la construction de cet oratoire, Louis Silvy fait Ă©galement creuser un bras formant croix sur le grand canal qui traversait le domaine, et planter des tilleuls Ă  l’emplacement de l’ancien cloĂźtre, en en reprenant le plan, ce qui matĂ©rialise bien les dimensions de ce cloĂźtre (mĂȘme si les fouilles rĂ©centes montrent qu’il a commis quelques erreurs dans l’emplacement).

En 1832, Louis Silvy fait une donation du domaine de Port-Royal Ă  la congrĂ©gation des FrĂšres des Écoles chrĂ©tiennes du faubourg Saint-Antoine. Celle-ci dĂ©cline rapidement, malgrĂ© son financement assurĂ© par la SociĂ©tĂ© de Port-Royal. Le supĂ©rieur, peu honnĂȘte, a tendance Ă  rĂ©clamer toujours plus d’argent Ă  la SociĂ©tĂ©, et semble en dĂ©tourner une partie. En 1868, il menace de donner le domaine aux JĂ©suites, la congrĂ©gation Ă©tant moribonde. Cela oblige la SociĂ©tĂ© Ă  racheter le domaine, pour une somme de 80 000 francs[53].

L’oratoire construit Ă  la fin du XIXe siĂšcle.

À partir du moment oĂč la SociĂ©tĂ© est propriĂ©taire des ruines, elle entreprend une longue sĂ©rie d’amĂ©liorations, ainsi qu’une progressive ouverture au public. Elle commence par faire dĂ©molir l’oratoire de Louis Silvy, qui Ă©tait en trĂšs mauvais Ă©tat. Elle fait construire un nouvel Ă©difice en 1891, sur des plans de l’architecte Mabille. Cet oratoire est toujours visible de nos jours, mĂȘme si son Ă©tat de dĂ©labrement n’en permet plus la visite depuis les annĂ©es 1990. Il renferme les objets que Louis Silvy avait mis dans le prĂ©cĂ©dent, augmentĂ©s de fragments de l’ancienne abbaye provenant des fouilles qui sont faites de maniĂšre rĂ©guliĂšre depuis le dĂ©but du XIXe siĂšcle.

À la fin du XIXe siĂšcle, le domaine s’ouvre de façon rĂ©guliĂšre au public. Un gardien en assure l’entretien et les visites, tandis qu’un fermier occupe le bĂątiment restant, Ă  cĂŽtĂ© du pigeonnier. Les visites Ă  Port-Royal sont dĂšs lors payantes. Le site compte en moyenne entre 15 000 et 20 000 visiteurs chaque annĂ©e, des annĂ©es 1920 Ă  la fin de la Seconde Guerre mondiale[54]. Il est Ă©galement habitĂ© par une veuve, FĂ©licitĂ©-PerpĂ©tue de Marsac, vicomtesse d’Aurelle de Paladines, fidĂšle de l’esprit port-royaliste, qui se dĂ©finit elle-mĂȘme comme « la derniĂšre Solitaire de Port-Royal Â» et donne un aspect pittoresque au lieu en menant une vie de dĂ©votion dĂ©munie et exaltĂ©e au milieu des ruines[55].

En 1899, une importante cĂ©rĂ©monie commĂ©morative a lieu Ă  Port-Royal des Champs, pour cĂ©lĂ©brer le bicentenaire de la mort de Jean Racine. C’est l’occasion pour le monde intellectuel de se retrouver, de nombreux acadĂ©miciens sont prĂ©sents. Le site de Port-Royal acquiert ainsi une notoriĂ©tĂ© certaine dans toute la France. De nombreux professeurs y emmĂšnent leurs Ă©lĂšves et Port-Royal entre dans les « lieux de mĂ©moire Â» français[56].

Les Granges

Le puits de Pascal restauré, dans la cour intérieure de la ferme des Granges

Pendant ce temps, la ferme des Granges a vu se succĂ©der plusieurs propriĂ©taires, d’abord agriculteurs puis bourgeois. La famille Goupil, propriĂ©taire des Granges Ă  partir de 1860, y fait construire en 1896 un grand logis de style Louis XIII, appelĂ© « chĂąteau Â», dans le prolongement de la maison des Solitaires. Ce bĂątiment renferme aujourd’hui l’essentiel du musĂ©e national des Granges de Port-Royal[57].

Les Granges sont vendues en 1925 Ă  Charles RibardiĂšre, directeur du journal L’Intransigeant. Celui-ci meurt rapidement et son Ă©pouse nĂ©glige le domaine, qui est d’ailleurs coupĂ© en deux : la partie agricole (ferme, terres cultivables) est vendue Ă  des agriculteurs, madame RibardiĂšre conservant seulement le « chĂąteau Â» et le parc l’entourant. En 1952, constatant la forte dĂ©gradation des Granges, de nombreux intellectuels se mobilisent. La crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© des Amis de Port-Royal deux ans auparavant, le succĂšs du Port-Royal de Montherlant et la mobilisation de François Mauriac, notamment, poussent l’État Ă  acquĂ©rir le chĂąteau des Granges et le logis des Solitaires. On y installe rapidement un musĂ©e, qui retrace l’histoire de Port-Royal et conserve un certain nombre de tableaux, notamment de Philippe de Champaigne. La ferme, qui contient en son centre le puits de Pascal, est acquise par l’État en 1984.

Les écuries des Granges de Port-Royal, témoins de la vocation agricole du site

Pendant toutes ces annĂ©es, le site de Port-Royal est donc morcelĂ©. Le visiteur, s’il veut faire une visite exhaustive du site, doit d’abord visiter les ruines de l’abbaye, puis contourner les bois de Port-Royal pour recommencer une visite, cette fois-ci aux Granges.

Outre le cĂŽtĂ© peu pratique et attrayant de cette division, l’incohĂ©rence du morcellement de Port-Royal se fait de plus en plus Ă©vidente, d’autant plus qu’au fil des annĂ©es, les conservateurs du musĂ©e des Granges et les membres de la SociĂ©tĂ© de Port-Royal, qui gĂšrent toujours les ruines, ont de bons rapports et travaillent ensemble Ă  la promotion de Port-Royal. Le poids financier de l’entretien des ruines devient Ă©galement trĂšs important pour la SociĂ©tĂ© de Port-Royal. C’est ainsi qu’au printemps 2004, la SociĂ©tĂ© de Port-Royal a fait don Ă  l’État du site des ruines de l’abbaye[58]. Pour la SociĂ©tĂ©, il s’agit Ă  la fois de rĂ©unifier un site partagĂ© depuis plus de 200 ans, et donc de redonner une cohĂ©rence Ă  l’ensemble, mais Ă©galement de mener de plus ambitieux projets d’animation du site[59].

L’aile rajoutĂ©e Ă  la fin du XIXe siĂšcle et qui abrite aujourd’hui le musĂ©e

Le musĂ©e actuel, qui est le plus petit des musĂ©es nationaux français, contient essentiellement des Ɠuvres picturales. Il s’agit principalement de tableaux de Philippe de Champaigne et de gravures des XVIIe siĂšcle et XVIIIe siĂšcle, qui retracent la vie du monastĂšre. On peut Ă©galement y voir le masque mortuaire de la mĂšre AngĂ©lique Arnauld, ainsi que divers objets de dĂ©votion jansĂ©niste. L’intĂ©rĂȘt de ce musĂ©e est principalement de retracer l’histoire du monastĂšre. Une salle est dĂ©diĂ©e aux livres anciens, principalement ceux Ă©crits par les Solitaires. Depuis les annĂ©es 2000, le musĂ©e s’est dirigĂ© vers une mise en valeur des jardins. C’est ainsi qu’un programme a Ă©tĂ© lancĂ© pour tenter de reconstituer le verger des Solitaires, devant le logis principal. On y replante des essences anciennes (notamment des poiriers) pour redonner vie Ă  ce qui a fait, au XVIIe siĂšcle, une part de la renommĂ©e des Granges.

Le site de Port-Royal est par ailleurs frĂ©quemment demandĂ© pour des crĂ©ations thĂ©Ăątrales, des concerts (dans la grange mĂ©diĂ©vale) et des colloques. La majeure partie des bĂątiments de Port-Royal-des-Champs a Ă©tĂ© classĂ©e Ă  l’inventaire supplĂ©mentaire des monuments historiques en 1947[60]. Les granges ont Ă©tĂ© classĂ©es en 1953[61], de mĂȘme que le parc[62]. Puis en 1984, c’est la maison du portier qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© de cette mesure[63]. L’ensemble est un site classĂ© depuis 1972.

Un lieu d’inspiration

DĂšs le XVIIe siĂšcle, Port-Royal-des-Champs a inspirĂ© les Ă©crivains et les artistes, que ce soit pour dĂ©plorer les soucis rĂ©currents du monastĂšre ou faire revivre, de maniĂšre plus ou moins vĂ©ridique, le site et ses occupants.

Une inspiration engagée

Sa fille paralysée ayant été miraculeusement guérie au couvent de Port-Royal, Philippe de Champaigne peint en 1662 cet Ex-voto.

Pendant l’histoire tumultueuse du Port-Royal jansĂ©niste, les artistes qui l’ont frĂ©quentĂ© ont eu des liens spirituels forts avec ce lieu, tel le peintre Philippe de Champaigne, dont la fille Ă©tait religieuse au monastĂšre. Il a peint des portraits de moniales et des ex-voto qui rendent une image pieuse, austĂšre — et sans doute assez fidĂšle. À la fin de la vie monastique, Louise-Magdeleine Horthemels fait Ɠuvre militante en gravant et en diffusant des vues du monastĂšre et de la vie quotidienne des religieuses.

De mĂȘme, Jean Racine, dans son AbrĂ©gĂ© de l’Histoire de Port-Royal, souhaite Ă©difier les lecteurs futurs.

Les Ă©crivains du XVIIIe siĂšcle qui s’intĂ©ressent Ă  cette question sont plus des militants que des artistes, souvent entraĂźnĂ©s dans le mouvement convulsionnaire. On trouve tout de mĂȘme des textes sur Port-Royal qui forment une sorte de poĂ©sie, ou de prose poĂ©tique. Ainsi, les GĂ©missements d’une Ăąme vivement touchĂ©e de la destruction du saint monastĂšre de Port-Royal des Champs[64] attribuĂ©s Ă  l’abbĂ© d’Étemare sont un ensemble d’écrits qualifiĂ©s de « pastiches bibliques Â»[65] qui mĂšnent une rĂ©flexion poĂ©tique sur la notion de persĂ©cution et d’Église souffrante.

L’abbĂ© d’Étemare, comme ses contemporains jansĂ©nistes, utilise ce qu’on appelle le figurisme, c’est-Ă -dire qu’il transpose les protagonistes dans le monde hĂ©braĂŻque et cherche dans la Bible les Ă©vĂ©nements qui correspondent Ă  ce que vivent ou ont vĂ©cu les jansĂ©nistes. Cela donne, par exemple, un parallĂ©lisme entre la mĂšre AngĂ©lique, Deborah, Ève et Marie. Il reprend les formes de la poĂ©sie hĂ©braĂŻque et innove en mĂȘme temps une prose poĂ©tique mais mĂ©connue. On trouve mĂȘlĂ©s dans ses textes lyriques les thĂšmes bibliques comme les Ă©vocations du drame de la destruction de Port-Royal :

« Mais ĂŽ mon Dieu, pourquoi, au lieu de pousser de loin des soupirs, ne m’est-il pas plutĂŽt permis d’imiter le zĂšle du LĂ©vite ; de me transporter dans cette vallĂ©e de carnage et de sang ; et lĂ , aprĂšs avoir ramassĂ© dans mes mains ces os Ă©pars, ces membres dĂ©chirĂ©s et encore tout couverts de leur sang, de les porter par toute la terre sous tous les yeux d’IsraĂ«l ?[66] Â»

Tout en se lamentant, d’Étemare ne manque pas de relever la poĂ©sie qui Ă©mane des ruines de Port-Royal : « Que ceux qui l’ont aimĂ©e, cette demeure de grĂące, pleurent avec moi sur elle, Seigneur ; que ses ruines, toutes tristes qu’elles sont, aient encore pour vos serviteurs des charmes et des attraits comme les ruines de Sion, et que la douleur naissant de leur amour, ils aient compassion de cette terre ; de cette terre dĂ©solĂ©e. Â»[67] On n’est pas loin ici du prĂ©romantisme, mĂȘme si les rĂ©fĂ©rences de l’auteur sont davantage les Psaumes bibliques.

Cette Ă©volution vers une attirance pour les ruines en elles-mĂȘmes et ce qu’elles signifient, plus que pour la rĂ©alitĂ© historique et thĂ©ologique de Port-Royal et du jansĂ©nisme, Ă©clate avec les Ă©crits du dĂ©but du XIXe siĂšcle.

Vers une vision mythique

Une littĂ©rature liĂ©e Ă  Port-Royal apparaĂźt dĂšs le dĂ©but du XIXe siĂšcle. Ainsi Henri GrĂ©goire, dans Les Ruines de Port-Royal-des-Champs (1801 et 1809), dresse un tableau romantique du site, oĂč « la clĂ©matite, le lierre et la ronce croissent sur cette masure ; un marsaule Ă©lĂšve sa tige au milieu de l’endroit oĂč Ă©toit le chƓur Â»[68]. Mais l’abbĂ© GrĂ©goire est aussi le premier Ă  considĂ©rer Port-Royal comme un symbole de lutte contre l’absolutisme et comme un prĂ©curseur de la RĂ©volution française :

«  Sur le point de vue politique, les savans de Port-Royal peuvent ĂȘtre citĂ©s comme prĂ©curseurs de la rĂ©volution considĂ©rĂ©e, non dans ces excĂšs qui ont fait frĂ©mir toutes les Ăąmes honnĂȘtes, mais dans ses principes de patriotisme qui, en 1789, Ă©clatĂšrent d’une maniĂšre si Ă©nergique. (
) Depuis un siĂšcle et demi presque tout ce que la France possĂ©da d’hommes illustres dans l’Église, le barreau et les lettres, s’honora de tenir Ă  l’école de Port-Royal. C’est elle qui, dirigeant les efforts concertĂ©s de la magistrature et de la portion la plus saine du clergĂ© opposa une double barriĂšre aux envahissements du despotisme politique et du despotisme ultramontain. Doit-on s’étonner qu’en gĂ©nĂ©ral les hommes dont nous venons de parler aient Ă©tĂ© dans la RĂ©volution amis de la libertĂ© ?[68] Â»

Chateaubriand, dans la Vie de RancĂ©[69], compare la Trappe Ă  Port-Royal en ces termes : « La Trappe resta orthodoxe, et Port-Royal fut envahi par la libertĂ© de l’esprit humain. Â» Reprenant la description des ruines du monastĂšre qu’avait faite l’abbĂ© GrĂ©goire, il dĂ©peint avec une violence tragique l’exhumation des corps en 1710.

La grange médiévale dans la ferme des Granges, lieu actuel de concerts et colloques

Mais celui qui va donner ses lettres de noblesse littĂ©raire Ă  ce thĂšme est Charles Augustin Sainte-Beuve. Dans un cours professĂ© Ă  Lausanne en 1837-1838, il brosse un portrait Ă©logieux d’un monastĂšre composĂ© d’intellectuels brillants et de religieuses exaltĂ©es mais pures. Il fixe pour longtemps cette vision dans l’imaginaire collectif, avec la publication de son monumental Port-Royal Ă  partir de 1848. Il voit en Port-Royal un exemple de rigueur et de courage, et Ă©labore une lecture Ă  la fois trĂšs prĂ©cise sur le plan historique et elliptique concernant les aspects dĂ©rangeants du jansĂ©nisme.

À sa suite, de nombreux intellectuels se rĂ©fĂšrent Ă  cette image mythique pour Ă©crire des romans ayant pour cadre le monastĂšre, ou pour invoquer l’esprit de Port-Royal au milieu d’autres rĂ©flexions[70]. Au dĂ©but du XXe siĂšcle on trouve mĂȘme des romans mettant en scĂšne des personnages rĂ©els, mais avec un comportement dĂ©connectĂ© de la rĂ©alitĂ© historique[71]. Les port-royalistes sont des « hĂ©ros Â», combattant l’Église et la monarchie. Dans un contexte d’installation difficile de la TroisiĂšme RĂ©publique et de lutte anticlĂ©ricale, Port-Royal est un argument de poids, souvent utilisĂ© comme tel.

En 1954, Henry de Montherlant Ă©crit une piĂšce de thĂ©Ăątre en un acte, Port-Royal, dont l’action se concentre sur la journĂ©e du « 26 d’aoĂ»t Â» 1664, c’est-Ă -dire la visite de Mgr de PĂ©rĂ©fixe au couvent du faubourg Saint-Jacques. Cette Ɠuvre remet au goĂ»t du jour les vestiges du monastĂšre. MontĂ©e dans le contexte du rachat par l’État d’une partie du site des Granges (voir supra), elle attire de nombreux visiteurs sur les lieux.

À la fin du XXe siĂšcle et au dĂ©but du XXIe siĂšcle, Port-Royal-des-Champs reste une rĂ©fĂ©rence intellectuelle et patrimoniale. Si son histoire et celle du jansĂ©nisme sont de moins en moins connues du grand public, son exemple reprĂ©sente un symbole, comme le montrent les crĂ©ations artistiques contemporaines : un Ă©crivain comme Gabriel Matzneff, qui fut l'ami de Montherlant, ne manque pas d'Ă©voquer dans nombre de ses livres l'abbaye. Le film de Vincent Dieutre, Fragments sur la grĂące, sorti en 2006, a remportĂ© un succĂšs d’estime surprenant. Des Ɠuvres littĂ©raires ayant le monastĂšre pour objet ou pour cadre sont rĂ©guliĂšrement Ă©ditĂ©es comme (en 2007) le roman de Claude Pujade-Renaud, Le dĂ©sert de la grĂące. Elles sont souvent empreintes d’une vision idĂ©alisĂ©e de la rĂ©alitĂ©, mais reflĂštent bien la fascination que Port-Royal continue d’exercer.

Bibliographie

  • « Un lieu de mĂ©moire : Port-Royal des Champs Â», Chroniques de Port-Royal, no 54, 2004.
  • « L’abbaye de Port-Royal des Champs. VIIIe centenaire Â», Chroniques de Port-Royal, no 55, 2005.
  • Augustin Gazier, Histoire gĂ©nĂ©rale du mouvement jansĂ©niste depuis ses origines jusqu’à nos jours, 2 tomes, 1924 (Tome I , Tome II en ligne).
  • Jean Lesaulnier, Images de Port-Royal, Nolin 2002, 594 p.
  • Dictionnaire de Port-Royal, sous la direction de Jean Lesaulnier et Anthony McKenna, HonorĂ© Champion 2004, 1775 p.
  • Charles Augustin Sainte-Beuve, Port-Royal, (1840-1859), (7 volumes en ligne).
  • Henri GrĂ©goire, Les ruines de Port-Royal des Champs en 1809, annĂ©e sĂ©culaire de la destruction de ce monastĂšre, introduction et notes par Rita Hermont-Belot, RĂ©union des MusĂ©es Nationaux, Paris 1995, 168 p.

« Port-Royal. La fracture jansĂ©niste Â», Les Lieux de MĂ©moire, t. III. Les France. 3 De l'archive Ă  l'emblĂšme, Paris, Gallimard, 1992, p. 471-529.

Liens externes

Commons-logo.svg

Notes et références

  1. ↑ « Je vous avoue que j’ai Ă©tĂ© ravie de voir cette divine solitude, dont j’avais tant ouĂŻ parler ; c’est un vallon affreux, tout propre Ă  inspirer le goĂ»t de faire son salut Â» dans la lettre Ă  son oncle de SĂ©vignĂ© le 24 janvier 1674 ; citĂ© par Sainte-Beuve, Port-Royal, T. IV, p. 408
  2. ↑ Nom donnĂ© au XVIIe siĂšcle aux hommes qui se retiraient Ă  Port-Royal-des-Champs pour y mener une vie ascĂ©tique et studieuse.
  3. ↑ Elle est proche des familles royales par son mari Mathieu de Montmorency, seigneur de Marly
  4. ↑ Jean Mesnard explique cette relation entre Port-Royal et le pouvoir royal dans « Les naissances de Port-Royal Â», Chroniques de Port-Royal n° 55, Paris, 2005, p. 9.
  5. ↑ On ne sait rien d’elle hormis son nom.
  6. ↑ Un bon rĂ©sumĂ© de l’architecture de Port-Royal est fait par Sandrine LĂ©ly, « Architecture et peinture Ă  Port-Royal Â», Chroniques de Port-Royal n° 54, Paris, 2004, pp. 75-86.
  7. ↑ AnnĂ©e oĂč le chapitre gĂ©nĂ©ral de CĂźteaux dĂ©cide de rattacher les abbayes de femmes non plus aux abbayes d’hommes mais directement Ă  l’ordre cistercien, cf. Jean Lesaulnier, « Chronologie de Port-Royal des Champs Â», Chroniques de Port-Royal n° 54, Paris, 2004, p. 14.
  8. ↑ Sandrine LĂ©ly, « Architecture et peinture Ă  Port-Royal des Champs Â», Chroniques de Port-Royal n° 54, Paris, 2004, p. 75.
  9. ↑ Voir les Lettres de la MĂšre AngĂ©lique Arnauld, Ă©ditĂ©es et introduites par Jean Lesaulnier, Paris, PhĂ©nix, 2003.
  10. ↑ Les donnĂ©es sur le patrimoine foncier de Port-Royal proviennent du travail d’Ellen Weaver-Laporte, « Le patrimoine de Port-Royal : seigneuries, fermes, rentes Â», Chroniques de Port-Royal n° 55, 2005, pp. 42-50. Mme Weaver-Laporte prĂ©cise qu’elle n’a pas intĂ©gralement terminĂ© ce travail d’analyse du foncier, qui fera l’objet d’une publication complĂšte ultĂ©rieure.
  11. ↑ CitĂ© par Marie-JosĂ© Michel dans « L’histoire de Port-Royal des Champs Â», Chroniques de Port-Royal n° 54, Paris, 2004, p. 28.
  12. ↑ Jean Lesaulnier, « Chronologie de Port-Royal des Champs Â», Chroniques de Port-Royal n° 54, Paris, 2004, p. 15.
  13. ↑ in Chroniques de Port-Royal n° 54, Paris, 2004.
  14. ↑ AngĂ©lique Arnauld, Autobiographie, 1655, contenu dans Perle Bugnion-SecrĂ©tan, La MĂšre AngĂ©lique Arnauld (1591-1661) d’aprĂšs ses Ă©crits : abbesse et rĂ©formatrice de Port-Royal, textes choisis, Paris, Cerf, 1991, 274 p.
  15. ↑ CĂ©cile Davy-Rigaux, « La pratique liturgique et le chant Â», Chroniques de Port-Royal n° 54, Paris, 2004. p. 92.
  16. ↑ Jacqueline Pascal, « RĂšglement pour les enfans Â», dans L’Image d’une religieuse parfaite et d’une imparfaite : avec les occupations intĂ©rieures pour toute la journĂ©e, C. Savreux, 1665, in-12°, 464 p.
  17. ↑ Lettre intĂ©ressante du P. Vincent Comblat, prĂȘtre des frĂšres mineurs, Ă  un Ă©vĂȘque, sur le monastĂšre de Port-Royal, s.l.n.d., 166 p., pp. 25-27. Repris dans CĂ©cile Davy-Rigaux, op. cit.
  18. ↑ L’essentiel de la chronologie de Port-Royal est tirĂ© de Jean Lesaulnier, « Chronologie de Port-Royal Â», Chroniques de Port-Royal n° 54, Paris, 2004.
  19. ↑ MĂšre AngĂ©lique Arnauld, Lettres, Introduction par Jean Lesaulnier, Paris, PhĂ©nix Éditions, 2003, 3 vol.
  20. ↑ ThĂ©rĂšse Picquenard, « Les Petites Ă©coles et la ferme des Granges Â», Chroniques de Port-Royal n° 54, Paris, 2004, p. 60.
  21. ↑ Augustin Gazier, Histoire gĂ©nĂ©rale du mouvement jansĂ©niste, tome 1, H. Champion, Paris, 1924. p. 100.
  22. ↑ idem, p. 101 : « Ce fut un vĂ©ritable coup d’État que la condamnation d’Arnauld (
) La question de fait fut rĂ©solue contre lui le 14 janvier 1656 ; et la question de droit fut immĂ©diatement entamĂ©e Â».
  23. ↑ idem p. 108 : « Il (Pascal) s’était senti encouragĂ©, au plus fort de la composition des Provinciales, par un Ă©vĂšnement vĂ©ritablement extraordinaire, la guĂ©rison subite de la petite Marguerite PĂ©rier, sa niĂšce, qui Ă©tait rongĂ©e par un ulcĂšre Ă©pouvantable. Â»
  24. ↑ Françoise Hildesheimer, Le jansĂ©nisme, l’histoire et l’hĂ©ritage, DesclĂ©es de Brower, Paris 1992, p. 48 : « S’impose dĂ©sormais une gestion politique du problĂšme jansĂ©niste (
) Les mesures autoritaires s’abattent avec l’imposition de la signature du Formulaire en 1661, l’expulsion des pensionnaires et postulantes de Port-Royal, la recherche policiĂšre de ses directeurs internĂ©s ou contraints Ă  la fuite, la dispersion des Petites Écoles et des Solitaires Â».
  25. ↑ Françoise Hildesheimer, op. cit., p. 48.
  26. ↑ La mĂšre Madeleine de Sainte-AgnĂšs de Ligny est entrĂ©e au monastĂšre comme postulante. Elle a fait sa profession en 1640. Lorsqu’elle est Ă©lue abbesse, elle a quarante-cinq ans. Elle est alors la prieure de la mĂšre AgnĂšs Arnauld et une de ses proches.
  27. ↑ Françoise Hildesheimer, op. cit., pp. 50-51.
  28. ↑ Ce qu'on appelle la « Paix de l'Église Â» est la pĂ©riode s'Ă©tendant entre 1668 et 1679, qui voit un apaisement dans la lutte entre les jansĂ©nistes et le pape. On l'appelle aussi parfois la « Paix clĂ©mentine Â», puisqu'elle se dĂ©roule sous les pontificats de ClĂ©ment IX et ClĂ©ment X.
  29. ↑ a , b  et c  Jean Lesaulnier, Chronologie de Port-Royal des Champs, p. 23.
  30. ↑ Recensement fait par deux envoyĂ©s de l’archevĂȘque de Paris venus aux Champs le 9 mai 1679, in Jean Lesaulnier, « Chronologie de Port-Royal des Champs Â», op. cit..
  31. ↑ Augustin Gazier, op. cit. p. 210 : « Il dĂ©fendit aux religieuses, de la part du roi, de se recruter en recevant des novices tant qu’elles seraient cinquante professes de chƓur. Â»
  32. ↑ Augustin Gazier, op. cit., pp. 210-211.
  33. ↑ Augustin Gazier, op. cit., pp. 211-217.
  34. ↑ Augustin Gazier, op. cit., p. 226.
  35. ↑ Voir Sainte-Beuve, Port-Royal, Tome VI, p. 184 : « Il Ă©tait singulier et ridicule que seules une vingtaine de filles, vieilles, infirmes, et sans connaissances suffisantes, qui se disaient avec cela les plus humbles et les plus soumises en matiĂšre de foi, vinssent faire acte de mĂ©fiance, et protester indirectement en interjetant une clause restrictive Â».
  36. ↑ Élisabeth de Sainte-Anne Boulard de Denainvilliers est la grande-tante d'Henri-Louis Duhamel du Monceau
  37. ↑ Jean Lesaulnier, « Chronologie... Â», p. 25
  38. ↑ Augustin Gazier, op. cit., p. 228.
  39. ↑ Augustin Gazier, op. cit., pp. 228-229.
  40. ↑ Augustin Gazier, p. 230 : « Restaient les bĂątiments. AprĂšs bien des tergiversations, on rĂ©solut de les dĂ©truire et de n’y pas laisser pierre sur pierre Â».
  41. ↑ AbbĂ© Gazaignes, Manuel des pĂšlerins de Port-Royal, Au DĂ©sert, 1767, p. 24.
  42. ↑ Augustin Gazier, Histoire gĂ©nĂ©rale du mouvement jansĂ©niste depuis ses origines jusqu’à nos jours, Paris, H. Champion, 1924. T. I, p. 231.
  43. ↑ Augustin Gazier, op. cit., T. I, p. 230.
  44. ↑ Ces Ă©crits ont Ă©tĂ© analysĂ©s par Marie-Christine Gomez-GĂ©raud, Si je t’oublie, JĂ©rusalem... PĂšlerinage aux ruines de Port-Royal et mĂ©moire d’IsraĂ«l, Chroniques de Port-Royal n° 53, 2003, pp. 199-214 et « Culte des reliques et dĂ©votion aux ruines de Port-Royal Â», Chroniques de Port-Royal n° 55, 2005, pp. 169-183.
  45. ↑ L’étude de ces manuels a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e par Marie-Christine Gomez-GĂ©raud, « Culte des reliques et dĂ©votion aux ruines de Port-Royal Â», Chroniques de Port-Royal, n° 55, 2005, pp. 169-183.
  46. ↑ Ces Ă©crits ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©s par Tony Gheeraert dont sont reprises ici les analyses publiĂ©es dans « Les GĂ©missements de l’abbĂ© d’Étemare ou la poĂ©sie des ruines Â», Chroniques de Port-Royal n° 55, 2005, pp. 143-168.
  47. ↑ VĂ©ronique Alemany, « Le renouveau de Port-Royal des Champs au XIXe siĂšcle Â», Chroniques de Port-Royal n° 55, 2005, pp. 185-207.
  48. ↑ Henri GrĂ©goire, Les ruines de Port-Royal des Champs, RĂ©union des musĂ©es nationaux, Paris, 1995. Introduction et notes par Rita Hermon Belot.
  49. ↑ Augustin Gazier, Histoire gĂ©nĂ©rale... op. cit., T. II, 175-177.
  50. ↑ Le texte de l’inscription est le suivant :
    « Entrez dans un profond et saint recueillement
    Chrétiens, qui visitez la place, en ce moment,
    D’un autel oĂč JĂ©sus, immolĂ© pour nos crimes,
    S’offrait Ă  Dieu son pĂšre, entourĂ© de victimes
    Qu’avec lui l’Esprit-Saint embrasait de son feu.
    Figurez-vous prĂ©sents ces PrĂȘtres vĂ©nĂ©rables,
    Ces humbles PĂ©nitents, ces Docteurs admirables,
    LumiĂšres de leur siĂšcle, et l’honneur de ce lieu ;
    Retracez-vous ce chƓur oĂč s’assemblaient des anges.
    Du Seigneur, jour et nuit, cĂ©lĂ©brant les louanges ;
    Et de ces souvenirs recueillez quelque fruit,
    Dans ce vallon dĂ©sert oĂč l’homme a tout dĂ©truit. Â»
  51. ↑ François de Guilhermy, Notes de voyage, BNF, ms nouv. acq. françaises 6114, fol. 160-162.
  52. ↑ L’inventaire fait en 1870 par Louis Morize a Ă©tĂ© publiĂ© par Pierre Gasnault, dans « Ă€ Port-Royal des Champs au XIXe siĂšcle Â», Chroniques de Port-Royal n° 56, 2006.
  53. ↑ Augustin Gazier, Histoire gĂ©nĂ©rale... op. cit., T. II, pp. 272-274.
  54. ↑ ProcĂšs-verbaux de la SociĂ©tĂ© de Port-Royal, Ă  la bibliothĂšque de Port-Royal (dossiers non cotĂ©s).
  55. ↑ Voir la thĂšse de VĂ©ronique AlĂ©many-Dessaint, Survivances jansĂ©nistes aux XIXe et XXe siĂšcles Ă  travers les archives de PerpĂ©tue de Marsac, vicomtesse d’Aurelle de Paladines, derniĂšre Solitaire de Port-Royal (1845-1932), UniversitĂ© Paris XIII, dĂ©cembre 2006.
  56. ↑ Pierre Nora et Mona Ozouf, Les Lieux de mĂ©moire, T. III « Les France Â», Paris, Gallimard 1992.
  57. ↑ VĂ©ronique AlĂ©many, « Il y a cent ans au chĂąteau des Granges Â», Chroniques de Port-Royal n° 54, 2004, pp. 151-153.
  58. ↑ ArrĂȘtĂ© d’acceptation signĂ© par Renaud Donnedieu de Vabres, alors ministre de la Culture et de la Communication, le 15 avril 2004, parution au Journal Officiel du 29 avril 2004.
  59. ↑ Voir Bernard Gazier, « Domaine de Port-Royal des Champs : le sens de la donation de 2004 Â», Chroniques de Port-Royal n° 54, 2004, pp. 199-200.
  60. ↑ Dossier de classement en ligne, 120 p., nombreuses figures, photographies et plans. Cette premiĂšre inscription concerne les parties suivantes : enclos, cimetiĂšre, cour, cloĂźtre, jardin, Ă©tang, Ă©glise, chapelle, communs, parties agricoles, colombier, atelier, enceinte. Voir Ă©galement le en ligne concernant la commune de Magny-les-Hameaux, qui signale les plans existants avec cotes d’archives.
  61. ↑ Dossier de classement en ligne, 37 p., nombreuses figures, photographies et plans. Le classement concerne les parties suivantes : cour, jardin, parc, logement de domestiques, chapelle, puits, grange, hangar, pressoir, Ă©table, glaciĂšre.
  62. ↑ Parties concernĂ©es : jardin, canal de jardin, escalier indĂ©pendant, verger, mare, colombier, oratoire, ferme.
  63. ↑ Dossier de classement en ligne, 6 p., photos.
  64. ↑ Les gĂ©missements d’une Ăąme vivement touchĂ©e par la destruction du saint monastĂšre de Port-Royal des Champs. TroisiĂšme Ă©dition, plus correcte que les prĂ©cĂ©dentes, attribuĂ©s Ă  l’abbĂ© d’Étemare, s. l., 1734.
  65. ↑ Tony Gheeraert, « Les GĂ©missements de l’abbĂ© d’Étemare ou la poĂ©sie des ruines Â», Chroniques de Port-Royal n° 55, Paris, 2005, pp. 145 et suivantes.
  66. ↑ TroisiĂšme GĂ©missement, chap. IX, p. 139.
  67. ↑ Second gĂ©missement, chap. II, p. 51.
  68. ↑ a  et b  « Les ruines de Port-Royal des Champs en 1801 Â», Annales de la Religion, T. XIII. [Paris], Mai 1801.
  69. ↑ La Vie de RancĂ©, livre troisiĂšme, 1844 (Texte complet).
  70. ↑ Le journaliste et Ă©crivain AndrĂ© Hallays, au dĂ©but du XXe siĂšcle, est ainsi un ardent prosĂ©lyte de Port-Royal et Ă©crit Le pĂšlerinage de Port-Royal en 1909, qui sert quasiment de guide pour la visite de la vallĂ©e de Chevreuse.
  71. ↑ Par exemple Louis Artus, Au soir de Port-Royal, Paris, Grasset, 1930, qui imagine un hĂ©ros athĂ©e et libertin amoureux d’une religieuse. Ou encore les nouvelles de Jean Quercy, Dans la lumiĂšre de Port-Royal, publiĂ©es en 1931, oĂč interviennent les religieuses et les Solitaires.
Goldenwiki 2.png
La version du 4 mars 2008 de cet article a Ă©tĂ© reconnue comme « article de qualitĂ© Â» (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complĂ©mentaire, consulter sa page de discussion et le vote l’ayant promu.
  • Portail du catholicisme Portail du catholicisme
  • Portail de la France du Grand SiĂšcle (1598-1715) Portail de la France du Grand SiĂšcle (1598-1715)
  • Portail de l’architecture chrĂ©tienne Portail de l’architecture chrĂ©tienne
  • Portail des Yvelines Portail des Yvelines
Ce document provient de « Port-Royal-des-Champs ».

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Port-Royal-des-Champs de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Port-royal-des-champs — 48°44â€Č39″N 2°0â€Č58″E / 48.74417, 2.01611 
   WikipĂ©dia en Français

  • Port Royal des Champs — 48°44â€Č39″N 2°0â€Č58″E / 48.74417, 2.01611 
   WikipĂ©dia en Français

  • Port Royal des Champs — Saltar a navegaciĂłn, bĂșsqueda Port Royal des Champs es un antiguo convento cisterciense situado en el valle de Chevreuse al sur oeste de ParĂ­s, cĂ©lebre por la comunidad religiosa de orientaciĂłn jansenista que se desarrollĂł allĂ­ desde 1634 a 1708 
   Wikipedia Español

  • Port-Royal-des-Champs — war ein Frauenkloster im Zisterzienserorden; es liegt sĂŒdwestlich von Versailles, heute befindet sich dort ein Museum. Es war im 17. Jahrhundert eine bedeutende Hochburg jansenistischen Ideenguts, besonders unter der Äbtissin AngĂ©lique Arnauld… 
   Deutsch Wikipedia

  • Port-Royal-des-Champs — was a Cistercian convent in Magny les Hameaux, in the VallĂ©e de Chevreuse southwest of Paris that launched a number of culturally important institutions.HistoryThe Abbey was established in 1204, but became famous when its discipline was reformed… 
   Wikipedia

  • Port Royal des Champs — (spr. P. RoĂŻal de Schang), Cistercienserkloster bei Cheuvreuse, 3 Meilen von Versailles, zu Anfang des 13. Jahrb. gestiftet, von bischöflicher Jurisdiction eximirt u. 1223 vom Papste mit dem Rechte begabt auch eine ZufluchtsstĂ€tte fĂŒr lebensmĂŒde… 
   Pierer's Universal-Lexikon

  • Port-Royal des Champs — (spr. pƍr rĆ­ajall dĂ€ schāng), Cistercienserinnenkloster bei Versailles, 1204 gegrĂŒndet, spielte seit 1635 als Sitz einer jansenistischen Klosterschule eine Rolle, ward aber 1709 aufgehoben und 1710 zerstört. Vgl. GrĂ©goire, Les ruines de P. (2.… 
   Meyers Großes Konversations-Lexikon

  • Port-Royal-des-Champs — (spr. pohr rƏaÄ­ĂĄll dĂ€ schang), Zisterziensernonnenkloster bei Versailles, gestiftet 1204, im 17. Jahrh. Mittelpunkt der jansenistischen Bewegung, aufgehoben und zerstört (1709 10); bekannt durch seine Beziehungen zu Lemaitre, Pascal, Racine,… 
   Kleines Konversations-Lexikon

  • Port-Royal-des-Champs — (Por Rojal dĂ€ Schang), Cistercienserinenklöster bei Versailles, gestiftet 1223, 1709 auf Befehl der Regierung aufgehoben und abgebrochen, weil die Nonnen hartnĂ€ckig an dem Jansenismus festhielten 
   Herders Conversations-Lexikon

  • Port-Royal des Champs — 48°44â€Č39″N 2°0â€Č58″E / 48.74417, 2.01611 
   WikipĂ©dia en Français


Share the article and excerpts

Direct link

 Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.