Pollution induite par les munitions

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Pollution induite par les munitions

Toutes les munitions de guerre et l'essentiel des munitions de chasse contiennent des composants ou agents toxiques et/ou polluants. La toxicité des munitions tirées ou non tirées est un des problèmes de séquelles des guerres qui préoccupe de plus en plus les experts en pollution environnementale.

Les mémoriaux ont rassemblé de nombreux témoignages sur les séquelles de guerres mais, étonnamment, il semble que les impacts écotoxicologiques ou même sanitaires liés aux munitions tirées ou perdues aient été complètement oubliés par les historiens, comme d'ailleurs par les gestionnaires et usagers des sites concernés.

Des munitions dites ¬ę vertes ¬Ľ ou ¬ę non polluantes ¬Ľ ont √©t√© con√ßues √† partir de la fin du XXe si√®cle, mais elles ne sont que tr√®s marginalement vendues et utilis√©es (moins de 0,1 % du total en service), et elles contiennent souvent encore une proportion de composants toxiques.

Sommaire

Le plomb

Gauche : bille de plomb sur sol calcaire. Droite : √† - 60 cm, issue d'un obus shrapnell tir√© entre 1914 et fin 1918, r√©cup√©r√©e √† 60 cm de profondeur dans un site boulevers√© par la guerre de 14-18 (pr√®s de Verdun)
Les anciens sites, abandonnés ou non, de fabrication ou stockage ou essais de munition peuvent être durablement pollués par des fuites, accidents ou éléments des processus normaux de fonctionnement. (Ici, ruine d'une ancienne usine et site de stockage de munitions, près d'Illiopolis, dans l'Illinois)
√Ä la diff√©rence des fl√®ches tir√©es par les arcs, les munitions contenant un explosif (nitrate ou autres) et une amorce (fulminate de mercure, azoture de plomb), ou une balle (ou de la grenaille) compos√©e de m√©tal lourd sont toutes √† ce jour intrins√®quement polluantes, de par la nature de leurs composants. Les munitions dites ¬ę vertes ¬Ľ r√©cemment mises sur le march√© ont att√©nu√© leurs impacts environnementaux, sans les √©liminer

En raison de ses caractéristiques (poids, malléabilité, disponibilité), le plomb est le composant le plus ancien et le plus utilisé pour fabriquer les projectiles et grenaille pour armes à feu et canons. Des milliards de billes de plomb durci d'arsenic et/ou d'antimoine ont été fabriquées pour les obus Shrapnel les plus utilisés dans les zones de tranchées.
On voit nettement qu'apr√®s environ 80 ans pass√©s dans le sol, √† 60 cm de profondeur environ, le plomb se d√©lite sur la partie p√©riph√©rique de la bille (couleur grise et consistance entre cr√©meuse et granuleuse) alors que l'oxyde blanch√Ętre de la bille de gauche n'a pas sensiblement corrod√© la bille, qui m√™me est rest√©e presque intacte sur sa face aplatie √† l'impact (dans un milieu plus acide, il aurait pu en √™tre autrement). Le caract√®re bioassimilable du plomb oxyd√© en surface ou dans le sol ou dans l'eau √† partir de ce type d'objet ne semble pas encore avoir √©t√© √©tudi√©. Le plomb, √† l'√©tat de mol√©cules bioassimilables est une substance tr√®s toxique pour tous les animaux et l'Homme, notamment pour l'embryon et le fŇďtus.

Autres toxiques

Le plomb est le premier polluant, mais d'autres toxiques sont pr√©sents dans les munitions ou √©mis par elles ; des radionucl√©ides contenus ou produits par les armes nucl√©aires en passant par les gaz de combats contenus par les munitions dites ¬ę chimiques ¬Ľ ou l'uranium appauvri r√©cemment utilis√©, de nombreux autres composants posent des probl√®mes potentiels ou av√©r√©s de sant√© publique et d'environnement.
Ces probl√®mes se posent au moment de leur fabrication, au moment du tir (ex : vaporisation de mercure issu de l'amorce ou de plomb et cuivre arrach√© par le frottement), au moment de l'impact (ex : vaporisation, dispersion et inhalation d'uranium appauvri). Le risque persiste √† moyen et long terme concernant les toxiques lib√©r√©s par la d√©gradation de munitions anciennes stock√©es, perdues ou immerg√©es en mer.

Impacts à long terme des munitions tirées et obus ayant explosé

On ignore ce que sont devenus les tonnes de mercure lib√©r√©s par les amorces (d'obus, balles et autre engins). Depuis un si√®cle, les taux de mercure cro√ģssent dans l'environnement, en mer notamment, mais il reste difficile d'en tracer l'origine. De plus le fulminate de mercure naturellement tr√®s instable √©tait souvent stabilis√© et prot√©g√© dans une capsule assez r√©sistante √† la corrosion, ce qui pourrait ralentir sa diffusion dans l'environnement.

Pour le tripl√© Plomb/Antimoine/Arsenic, les sites longuement pilonn√©s par les obus shrapnels sont probablement ceux qui pourraient poser le plus probl√®me. En France, c'est a priori essentiellement sur terre et en "Zone Rouge" (11 d√©partements), et plus particuli√®rement dans les secteurs de Verdun, de la Somme et de Vimy que ce probl√®me se pose, avec une densit√© de plomb-m√©tal qui compte parmi les plus √©lev√©es au monde. Ce ¬ę plomb de guerre ¬Ľ est un d√©chet toxique et dangereux, pr√©sent en quantit√© dispers√©e. C'est une forme de s√©quelle tr√®s mal prise en compte par la l√©gislation et les administrations, et non √©valu√© du point de vue √©cotoxicologique et sanitaire.

- Dans un domaine proche qui peut √©clairer celui des s√©quelles de guerre, certains effets environnementaux et sanitaires du plomb de chasse (grenaille) et de p√™che (agr√®s) ou de tir sportif ou d'exercice ont √©t√© mieux √©tudi√©s, notamment en Am√©rique du Nord et chez les Inuits o√Ļ on a confirm√© leur impact √©cologique et sanitaire (gr√Ęce au tra√ßage isotopique notamment). En France, l‚Äô√©cole nationale v√©t√©rinaire de Nantes a √©galement confirm√©[1] et pr√©cis√© le niveau de risque de saturnisme aviaire pour les oiseaux d‚Äôeau (exp√©riences d‚Äôintoxications de canards colverts).
Même si les tonnages[2] annuels de plomb émis annuellement par les munitions de chasse et de ball-trap ne doivent pas être sous-estimés, on ne peut transférer ces résultats au cas du plomb de guerre, généralement présent sous forme de balles, billes ou pièces ou éclats plus gros et plus lourds que la grenaille de chasse ou ball-trap, et donc a priori beaucoup plus lent à diffuser dans l'environnement.

On a curieusement √©lud√© l'√©tude et le suivi des impacts √©cologiques et sanitaire des munitions de guerre, m√™me l√† o√Ļ elles ont √©t√© le plus utilis√©es, en particulier autour de Verdun, de Vimy ou dans la Somme, l√† o√Ļ les sols ont √©t√© soumis √† une pluie de feu, de fer et de plomb durant plusieurs mois parfois. Ni en milieu agricole, ni en milieu forestier ou urbain, il ne semble y avoir eu d'√©valuation scientifique s√©rieuse, pas plus que de gestion des impacts √©cologiques li√©s √† la toxicit√© des m√©taux lourds ou des composants des munitions de la "grande guerre". Quelques indices montrent pourtant que le monde agricole soup√ßonnait d√®s les ann√©es 1920 les risques li√© aux m√©taux lourds (cf. par exemple les pr√©cautions prises lors de l'installation de la premi√®re porcherie industrielle en zone rouge pr√®s de Verdun peu apr√®s la guerre).

Les premiers travaux publi√©s sur ce sujet en France ne datent que de la fin des ann√©es 1990 ou du d√©but du XXIe si√®cle [3].

La nature et le pH du sol ont une grande importance pour la mobilité et la biodisponibilité de ces métaux. Par chance, la plupart des zones de combat présentaient des sols calcaires réputés peu propices à la circulation rapide des métaux toxiques.

Le risque d'incendie et d'érosion sont aussi à prendre en compte.

Les champignons sont un facteur de biomagnification du transfert des polluants qui pourrait avoir été très sous-estimé[4]. En particulier ils pourraient accélérer le transfert de métaux tels que le mercure vers les arbres et certains animaux (dont les sangliers).

Risques liés au vieillissement des munitions non-tirées ou non explosées

(Ce paragraphe inclut les munitions perdues ou stockées en vue d'un traitement ultérieur).

Ces munitions ou engins sont une source potentielle durable de diffusion de toxiques et de polluants dans l'environnement. Le risque et le danger d'exposition de l'Homme et de l'Environnement à ces toxiques augmente avec le temps.

Depuis 1946, des états, organisations, pêcheurs ou ONG alertent périodiquement sur la gravité de ce risque, mais il n'existe toujours pas de stratégies commune ni consensuelle concernant les impacts, la connaissance, le suivi, la gestion et le devenir des munitions cachées, perdues, et des stocks considérables d'obus et munitions dispersés dans l'environnement, mais encore potentiellement actifs pour des décennies, voire des siècles lorsque conservés à l'abri de l'air et de la corrosion.

Dans la plupart des pays europ√©ens des engins de guerre non explos√©s (hors mines terrestres) mais toujours en √©tat de fonctionnement sont quotidiennement mis √† jour ou d√©tect√©s‚Ķ Ils causent r√©guli√®rement la mort ou des blessures corporelles par perforation, amputation, arrachement ou effet de choc, mais aussi surdit√©, c√©cit√©, graves br√Ľlures, sans parler du traumatisme psychologique. Au Kosovo, 2/3 des victimes des engins non expos√©s sont des enfants. Au Cambodge, selon AeDe, les enfants sont 3 fois plus victimes d'engins non explos√©s que de mines ! Obus, mortiers, grenades, roquettes, bombes et "sous-munitions" issues de bombes d'avion du type cluster ou dispenser restent une menace permanente, m√™me des d√©cennies apr√®s les conflits. Localement, jusqu'√† 1/3 des bombes du type cluster ou "bombelettes" sont encore actives. Sur certains terrains ¬ę mous ¬Ľ (vases, tourbes, boue, s√©diments, zones humides) de nombreux engins n'ont pas explos√© (jusqu'√† 80 % sur certains sites de 14-18). Dans les vases froides et peu oxyg√©n√©es ou √† grande profondeur les munitions et certains agents chimiques peuvent se conserver bien plus longtemps qu'expos√©es √† l'air ou en sub-surface, ce qui ne signifie pas qu'elles perdent de leur toxicit√©. Dans l'ex-URSS qui a beaucoup contribu√© √† la course aux armements lors de la guerre froide, les risques pour l'environnement et de perte de la "m√©moire des faits" sont √©lev√©s, y compris concernant les armes nucl√©aires. Mais ailleurs l'information reste tr√®s peu disponible, et il semble qu'en Belgique, on ait oubli√© durant au moins 20 ans le d√©p√īt immerg√© de Zeebrugge.

Cas particuliers

La mer n'est pas le seul domaine concern√©, les munitions volontairement immerg√©es dans certains lacs, √©tangs, douves, etc. (en France √† Jardel, dans un gouffre, ou dans le lac d'Avrillet, ou en Suisse par exemple) apr√®s les 2 derni√®res guerres mondiales ou plus r√©cemment l'ont √©t√© en quantit√© parfois importante et sans la moindre √©tude d'impact. Il est probable que le cycle des toxiques en eau douce et en milieu tr√®s confin√© diff√®re fortement de ce qu‚Äôil est en mer. De m√™me en mer, un d√©p√īt de sub-surface (comme en Belgique) ne se comportera probablement pas comme un d√©p√īt √† grande profondeur, ou d√©veloppera des impacts diff√©rents.

L'ypérite

L'yp√©rite est le toxique le plus utilis√© en 14-18. Gazeux √† l'air libre, il est liquide et se transforme en une substance collante et √©paisse en dessous de 6 ¬įC, notamment dans les fonds marins o√Ļ il peut prendre l'apparence d'une galette de p√©trole. Ce compos√© reste tr√®s stable et r√©actif tant qu'il ne s'est pas √©vapor√©. De l'yp√©rite entrepos√©e dans des installations terrestres durant plus de 80 ans est rest√©e parfaitement active et pourrait semble-t-il le rester apr√®s plus de 50 ans sous l'eau. Dans l'eau de mer il peut √™tre confondu avec du p√©trole et exposer des p√™cheurs, polluer un stock de poissons p√™ch√©s ou br√Ľler des baigneurs ou des riverains.

Impacts diff√©r√©s sur la sant√© ?

Myles Kehoe cite un chimiste militaire qui, en 1946, dans un article de presse, expliquait que le gaz des stocks immergés allait s'échapper lentement et qu'il ne serait pas nocif pour les pêcheurs ni pour les poissons[5]. À l'époque, ajoute-t-il, on ignorait que les composants de l'ypérite ont la capacité de se lier de façon irréversible avec l'ADN et de dérégler son fonctionnement normal, et qu'ils peuvent prédisposer au cancer une personne qui y aurait été exposée ou susciter des anomalies congénitales chez ses enfants. C'est d'ailleurs cette même capacité à détruire l'ADN qui en a fait une des premières substances testées pour détruire les tumeurs cancéreuses (avec le platine).

La s√©dimentation √©lev√©e dans certains lacs et dans certaines zones marines peut noyer les obus ou des contenants de toxiques de combat sous la vase, ou sous d'autres d√©chets (8000 conteneurs de d√©chets radioactif anglais ont √©t√© immerg√©s dans la fosse des Casquets qui contenait d√©j√† un lit de munitions de la Seconde Guerre mondiale). Les munitions sont alors difficilement rep√©rables par une cam√©ra-robot sous-marine ou d'autres mat√©riels. Les vases modernes sont souvent anormalement riches en mati√®res organiques et pauvres en oxyg√®ne. Elles peuvent conserver des munitions actives durant des d√©cennies, voire des si√®cles (et aussi favoriser la m√©thylation du mercure). En cas de fuite ou accident, l'yp√©rite ou d'autres toxiques, et leurs produits toxiques de d√©gradation peuvent se disperser dans les s√©diments environnants ou sous-jacents, exposant directement les poissons plats, les animaux fouisseurs. Les m√©tabolites d'organismes marins peuvent √† leur tour √™tre contamin√©e (le mucus des ar√©nicoles ou n√©r√©√Įs (vers fouillant le sable ou la vase √† la recherche de leur nourriture qui se d√©barrassent d'une partie de leurs toxines via leur mucus par ex) Il se trouve que dans le Pas-de-Calais, des quantit√©s importantes de poissons plats pr√©sentent des tumeurs de la face ventrale avec des fr√©quences tr√®s anormales. (De Boulogne-sur-Mer jusqu'au niveau de la baie de Canche, au nord de l'estuaire de la Somme o√Ļ l'on a durant plusieurs d√©cennies fait p√©tarder les armes chimiques trouv√©s par les d√©mineurs de la r√©gion). Que se passerait-il pour les poissons, les mammif√®res marins, les riverains, les p√™cheurs en cas de migration d'yp√©rite dans les s√©diments ?

Selon le minist√®re canadien de l'environnement : "Une fois que l'inventaire sera termin√©, une √©valuation de chaque site pourra √™tre effectu√©e, sur le plan des risques pour la sant√© humaine et des risques √©cologiques"‚Ķ/.. Une r√©union initiale s'est tenue le 21 mai 2002 au MDN avec le minist√®re des P√™ches et des Oc√©ans, Environnement Canada et Ressources naturelles Canada pour discuter ce probl√®me (en r√©ponse √† une p√©tition). Le d√©versement en mer d'agents de guerre chimiques et biologiques est interdit au Canada depuis 1975. Depuis cette date, Environnement Canada a la responsabilit√© r√©glementaire de contr√īler les activit√©s de d√©versement en mer. Environnement Canada assure √©galement la surveillance des sites d'immersion en mer en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement.

Nouveaux facteurs de risque ?

Remarque pr√©alable : Par chance, la plupart des zones terrestres concern√©es en Europe sont √† faible risque d'incendie, et les sols y sont souvent √† dominante calcaires alors que ce sont les sols acides qui acc√©l√®rent la corrosion et la circulation des m√©taux lourds, tout en augmentant la bio-disponibilit√© de ces derniers). Le th√®me des risques pour l'eau n'a pas ou tr√®s peu √©t√© pris en compte lors de l'application en cours de la directive europ√©enne sur l'eau.

Plusieurs phénomènes se croisent, exacerbant les risques liés aux objets explosifs et/ou toxiques légués par les guerres.
Ce sont notamment (liste non exhaustive) :

L’avancée de la corrosion

Plus le temps passe, plus la dégradation des obus chimiques et des amorces (contenant du fulminate de mercure, des sels toxiques de plomb..) permet que leur contenu toxique puisse se répandre dans l'environnement sous des formes chimiques très pures et concentrées, rarement ou très peu présentes dans l'environnement naturel.

L’ampleur et l’emprise croissante des activités maritimes

‚Ķqui augmentent le risque de contact direct ou de mise √† jour d'objets dangereux et d'acc√©l√©ration de la corrosion par modification des courants. Les activit√©s concern√©es sont notamment :

- La pêche sur les grands fonds (au Sabre, Grenadier, Empereur…),
- la pose de c√Ębles (√©lectriques, t√©l√©phoniques, fibre optique..),
- les activités de prospection ou exploitation (pétrolières et gazières, et plus rarement minérales (gravières sous-marines, exploitation de nodules polymétalliques),
- la pose d'éoliennes offshore ou de turbines à courants,
- la construction de barrages, écluses, pipe-lines, plate forme de forage, construction de ponts (ex entre Danemark et Suède)
- et autres activités sous-marines…

√Ä titre d'exemple, lors de la construction par Mobil Oil du couloir du pipeline Venture au large de la c√īte de Nouvelle √Čcosse (Canada) en 1983, des √©tudes du plancher oc√©anique ont r√©v√©l√© √† cette occasion la pr√©sence d'un site historique d'immersion de mat√©riel militaire, qui a entra√ģn√© une modification de l'itin√©raire du pipeline. Le Warfare Agent Disposal Project (Projet d'√©limination des agents de guerre) vise au Canada √† notamment "d√©tecter, caract√©riser et cataloguer ces anciens sites d'immersion de mat√©riel militaire". Les recherches sur le nettoyage et l'√©limination des produits chimiques en question doivent √™tre men√©es par des professionnels qualifi√©s des Forces arm√©es canadiennes. L'inventaire historique des sites d'immersion auquel le MDN proc√©dait avec un groupe de travail interminist√©riel. en 2002 ¬ę devrait aboutir √† une meilleure connaissance de ces facteurs ¬Ľ.

Fréquentation accrue des littoraux, des mers et des épaves

Un nombre accru de personnes sont ainsi exposées. Le nombre de personnes habitant les littoraux, fréquentant ses plages, pratiquant la plongée ou naviguant pour leurs loisirs n'a cessé d'augmenter depuis 60 ans. Il conviendrait d'étudier l'éventualité du risque de fuites de toxiques en mer, et de mieux informer les acteurs du littoral si ces études existent déjà ou au moins d'entretenir une veille plus organisée et pluridisciplinaire. Les activités scientifiques, archéologiques et de plongée sous-marine, ou de loisir (ancrage de bateaux de plaisance ou de pêche, pêche à pied…) peuvent parfois aussi être concernées.

Fréquence d’immersion et nature des produits

Dans le monde, depuis 7 ou 8 décennies, l'immersion de munitions et de déchets en mer et dans les lacs a été fréquente, associant souvent une grande diversité de déchets parfois à longue durée de vie (radioactifs notamment) et susceptibles de migrer et interagir entre eux après délitement ou dégradation des emballages ou containers.

Interactions et synergies ?

Dans les fosses profondes, on ne peut exclure que des réactions chimiques produites par le mélange de divers déchets immergés puissent dégager de la chaleur et faire remonter des substances indésirables vers la surface ou des courants qui les amèneraient vers le littoral ou des zones de pêche, de frayères, etc.

Vieillissement des épaves

Des milliers de tonnes de munitions sont emprisonnées en Baltique dans l'épave de navires volontairement coulés après guerre. Assez de temps a passé pour que les premières de ces carcasses d'effondrent sur elles-mêmes (75 épaves environ existent en Manche/Mer du Nord dont les plus anciennes se sont effondrées, mais elles sont exposées à des courants plus violents).

Attraction des organismes marins

Tout objet ou structure posée sur le fond marin constitue un attrait pour de nombreux poissons et organismes aquatiques fixes ou mobiles (effet "récif artificiel").

Accessibilité à la faune

On sait maintenant que pour se nourrir, de nombreux poissons, oiseaux (pingouins, manchots, certains canards marins), et mammifères marins (cachalot notamment) descendent à des profondeurs bien plus importantes que ce qu'on pensait possible il y a 10 ans. Ils peuvent aussi consommer des poissons contaminés dans les grands fonds lorsque ces derniers remontent plus près de la surface.

Accessibilité à l’Homme

Des zones qu'on avait jug√© il y a 60 ou 80 ans assez profondes ou assez √©loign√©es pour √™tre d√©finitivement √† l'abri des activit√©s humaines sont en r√©alit√© devenues tr√®s accessibles et font l'objet de p√™che au chalut, ou d'activit√©s qui augmentent le risque de contact avec des munitions ou leur contenu. De plus, en raison de l'√©puisement des autres stocks et gr√Ęce aux subventions accord√©es par les collectivit√©s et l'appui d'organismes scientifique, la p√™che en eau profonde est maintenant largement pratiqu√©e avec des moyens puissants. Dans le m√™me temps de nombreux fonds sont d√©grad√©s par les chaluts sur le plateau continental, affaiblissant la capacit√© de cicatrisation des √©cosyst√®mes.

Les activités portuaires, creusement de chenaux, dragages, endiguements, construction d'épis modifient aussi les courants et peuvent mettre à jours des objets ou sites à risques.

√Črosion du trait de c√īte

Sur des zones aujourd'hui touristiques, o√Ļ la pr√©sence militaire √©tait importante (ex Nord de l'estuaire de la Somme ou de la Canche (o√Ļ un camp d'entrainement a accueilli jusqu'√† 80 000 personnes en 14-18), plages de Oye-plage ou de Wissant pour le Nord pas de calais, le recul du trait de c√īte touche 75 % du littoral et peut atteindre pr√®s de 10 m/an, avec un risque persistant de mise √† jour d'objets dangereux.

Bioconcentration

Les √©cosyst√®mes marins sont connus pour √™tre particuli√®rement performant en mati√®re de bioconcentration et biomagnification (ex pour le m√©thyl mercure). Les moules et hu√ģtres peuvent rapidement et facilement concentrer √† taux atteignant 700 000 fois √† 1 million de fois des produits si peu pr√©sent dans l‚Äôeau qu‚Äôils sont ind√©tectables par les moyens classiques d‚Äôanalyse.

Travaux terrestres à risques

Sur terre, les grands travaux (ex : TGV Paris-Lille, autoroute A1, projets d'A 21, TGV-Est et Canal Seine-Nord), se font ou se sont faits sur des zones √† risque dont en "zone rouge") De m√™me, les pratiques agricoles et urbaines favorisant le ruissellement et l'√©rosion des sols obligent √† des curages fr√©quents des cours d'eau. Ces curages, comme d'ailleurs les mises √† grand gabarit renforcent le risque de contact avec des engins de guerre perdus ou des s√©diments toxiques.

Sur terre, les pratiques agricoles (tracteurs de plus en plus puissants, dessouchage, labours profonds, sous-solage, drainage, suppression des talus.. recul des herbages au profit du labour, etc.) sont autant de facteur exacerbant le risque.

Idem pour les pratiques foresti√®res parfois tr√®s m√©canis√©es (labour, sous-solage, drainage, terrassement‚Ķ). Les for√™ts sont d√©j√† des milieux qui ont accumul√© beaucoup de plomb-m√©tal issus des guerres et de la chasse. Certaines, dites ¬ę for√™ts de guerre" ¬Ľ ont √©t√© plant√©es sur des sols boulevers√©s par les obus et bombes (dans la Meuse en particulier). Les faiblesses du suivi des produits issus des for√™ts du point de vue ¬ę m√©taux lourds ¬Ľ, alors que la for√™t couvre 40 % du territoire de l'UE, montre aussi une absence de prise de conscience du risque.

Travaux marins et sous-marins

L'√©cholocation et les sondeurs utilis√©s pour la cartographie des fonds marins (ou lors d'√©tudes pour des forages p√©troliers) utilisent des ondes acoustiques puissantes (d√©passant le seuil de la douleur des √™tres humains et pour beaucoup d'animaux marins). Certains s'interrogent sur l'effet √©ventuel de ces ondes sur des obus ou contenants qui seraient d√©j√† tr√®s √©rod√©s, dans les fonds marins o√Ļ ils sont soumis √† une forte pression; Les tuyaux de gaz (projet balte), les ponts (ponts Danemark-Su√®de), la pose de c√Ębles sous-marins, la construction d'√©oliennes offshore ou de centrales √©lectriques √† vagues, etc sont des facteurs de risques suppl√©mentaires.

Remarque sur la localisation des risques et dangers

Voiture touch√© par des shrapnel √† Ha√Įfa, 4 ao√Ľt 2006)

En de nombreux endroits du monde, des mines, engins explosifs, armes chimiques ou explosifs ont été stockés et parfois oubliées.
On pense naturellement aux champs de bataille, mais sont aussi parfois concernés les lieux de fabrication d'armes, munitions ou explosifs (AZF Toulouse) ou de sites d'exercices (lacs, tir sur cible en mer) sont aussi parfois très concernés, sur des zones parfois très éloignées des zones de guerre.

√Čtats-Unis

Ainsi, par exemple, sur la p√©ninsule de Seward, en Alaska, les populations locales ont d√©couvert des bo√ģtes m√©talliques d'yp√©rite √† demi enfouies dans la toundra (milieu g√©n√©ralement tr√®s acide, riche en lichens et champignons, p√Ętur√© par les caribous, propice √† la circulation des m√©taux lourds et √† la contamination des r√©seaux trophiques). Les populations autochtones y ont aussi d√©couvert des batteries en corrosion dans des rivi√®res o√Ļ elles puisent leur eau potable pour leurs camps de p√™che, l'√©t√©, ainsi que des v√©hicules jet√©s au rebut par l'arm√©e am√©ricaine.


Suisse

En Suisse, de la munition immerg√©e se trouve dans diff√©rents lacs, les autorit√©s ont d√©cid√© de les y laisser[6]. Le lac de Thoune contient 4 600 tonnes de munitions qui ont √©t√© immerg√©es entre 1920 et 1963. De nombreux poissons, dont plus de 40 % des cor√©gones (ou pal√©es), y sont victimes d'anomalies cong√©nitales et sexuelles, sans que les analyses faites aient pu √©tablir qu'elles soient induites par des fuites de toxiques √† partir des milliers de munitions jet√©es au fond du lac[7].

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. ‚ÜĎ 1) Effet de l‚Äôingestion de plombs de chasse sur la reproduction du canard colvert, th√®se du Dr v√©t√©rinaire Mathilde Mezieres (ENV-Nantes) 2) Effet de l‚Äôingestion de plombs de chasse sur le comportement alimentaire et la condition corporelle du canard Colvert Th√®se du Dr v√©t√©rinaire Arnaud Duranel (ENV Nantes) Oct 99. 3) √Čcole nationale v√©t√©rinaire de Nantes ; √©tude de la relation dose-effet chez les anatid√©s. M√©thode Gavage par plomb n¬į6 - avec lots t√©moins gav√©s aux billes de verre. - avec 1 plomb : Mortalit√© comprise entre 33 % apr√®s 15 jours, et 80 % apr√®s 1 mois. - avec 3 plomb : 80 % en 5 jours. - Les canards qui ne meurent pas pondent d‚Äôautant moins d‚ÄôŇďufs qu‚Äôils ont ing√©r√© de plomb, avec des coquilles plus fines.
  2. ‚ÜĎ √Ä titre d'exemple, 8000 t/an √©taient estim√©es d√©pos√©es par ces activit√©s en France fin des ann√©es 1990, selon le rapport du s√©nateur Miquel, soit 500 √† 700 fois les √©missions annuelles de Metaleurop-Nord √† la fin des ann√©es 1990, avant sa fermeture)
  3. ‚ÜĎ exemples : √©tude INRA/ENSAIA √† Verdun dans le cadre d'un programme LIFE) + travail/Th√®se de Jean Paul Amat sur les Pol√©mosylvofacies qui n'a cependant pas port√© sur les aspects √©cotoxicologiques‚Ķ
  4. ‚ÜĎ (cf. √©tudes D. Michelot/CNRS)
  5. ‚ÜĎ (Cf. articles de journaux de 1946, publi√©s √† Cornwall, Ontario, et √† Halifax)
  6. ‚ÜĎ Les munitions de l‚Äôarm√©e resteront au fond des lacs, 24 heures (journal), par DAVID GENILLARD, 29.10.2008
  7. ‚ÜĎ Munitions immerg√©es, l'arm√©e d√©cide de les laisser au fond des lacs, 29 octobre 2008, par Chris

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  • Pollution de l'eau ‚ÄĒ Les d√©tritus de type d√©chets m√©nagers sont souvent indicateurs de pollutions (m√©taux lourds, microbes.. posant des probl√®mes de sant√© publique, notamment dans les r√©gions o√Ļ les eaux de surfaces sont utilis√©es pour la boisson, la lessive, la… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Pollution de l'air ‚ÄĒ Les √©missions de CO, de CO2, de soufre et de suies et particules li√©es √† la combustion du charbon ont probablement √©t√© la premi√®re source de pollution majeure de l‚Äôair d√®s le d√©but de l‚Äô√®re industrielle. La pollution de l‚Äôair (ou ¬ę pollution ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Munitions immerg√©es ‚ÄĒ Munition immerg√©e La notion de munition immerg√©e d√©signe les situations o√Ļ des munitions ont √©t√© perdues ou volontairement jet√©es dans les eaux marines, douces ou saum√Ętres, parfois continentales ou souterraines. Ce concept est directement ou… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Pollution ‚ÄĒ Les premi√®res grandes pollutions semblent avoir √©t√© induites par la ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Munitions non-explos√©es ‚ÄĒ Munition non explos√©e Exemples d obus de la Premi√®re Guerre mondiale, fr√©quemment trouv√©s non explos√©s ; Obus de 90 mm √† mitraille (shrapnel) Obus de 120 mm incendiaire en fonte mod√®le 77/14 Obus de 75 mm explosif mod√®le 16 Obus de 75 mm √†… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Munitions non explos√©es ‚ÄĒ Munition non explos√©e Exemples d obus de la Premi√®re Guerre mondiale, fr√©quemment trouv√©s non explos√©s ; Obus de 90 mm √† mitraille (shrapnel) Obus de 120 mm incendiaire en fonte mod√®le 77/14 Obus de 75 mm explosif mod√®le 16 Obus de 75 mm √†… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Pollution des sols ‚ÄĒ Certaines fum√©es industrielles charg√©es de r√©sidus de combustion et de divers polluants sont une des sources de retomb√©es susceptibles de polluer les sols ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Pollution marine ‚ÄĒ La pollution marine r√©sulte de tous les produits rejet√©s dans les mers et les oc√©ans en cons√©quence de l activit√© humaine. Cette pollution arrive dans le milieu marin par le vecteur des voies fluviales, des vents, de l air en basse altitude ou… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Pollution lumineuse ‚ÄĒ L‚Äôexpression pollution lumineuse (light pollution, ou photopollution pour les anglophones) d√©signe √† la fois la pr√©sence nocturne anormale ou g√™nante de lumi√®re et les cons√©quences de l √©clairage artificiel nocturne sur la faune, la flore, la… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Pollution sonore ‚ÄĒ La circulation automobile en ville, source majeure de nuisances sonores (Bangkok) ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais


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