Pline l'Ancien

ÔĽŅ
Pline l'Ancien
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Pline.
Gaius Plinius Secundus
Portrait imaginaire d'apr√®s une encyclop√©die du XIXe si√®cle (Biblioth√®que du Congr√®s).
Portrait imaginaire d'apr√®s une encyclop√©die du XIXe si√®cle (Biblioth√®que du Congr√®s).

Surnom Pline l'Ancien
Naissance 23 ap. J.-C
Novum Comum, l'actuelleC√īme (Italie)
D√©c√®s 24 ao√Ľt 79 ap. J.-C (√† 56 ans)
Stabies près de Pompéi (Italie)
Nationalité romain
Profession écrivain, naturaliste

Pline l'Ancien (en latin Gaius Plinius Secundus) est un √©crivain et naturaliste romain du Ier si√®cle, auteur d'une monumentale encyclop√©die intitul√©e Histoire naturelle.

Sommaire

Introduction

Il naquit en 23 apr√®s J.-C. √† Novum Comum (l'actuelle C√īme) dans le nord de l'Italie et d√©c√©da en 79, √† Stabies (Stabia en latin), pr√®s de Pomp√©i, lors de l'√©ruption du V√©suve. Il adopta son neveu qui prit le nom de Caius Plinius Caecilius Secundus, Pline le Jeune, en 79 apr√®s J.-C.

L'Histoire naturelle (Naturalis historia), qui compte trente-sept volumes, est le seul ouvrage de Pline l'Ancien qui soit parvenu jusqu'à nous. Ce document a longtemps été la référence en sciences et en techniques. Pline a compilé le savoir de son époque sur des sujets aussi variés que les sciences naturelles, l'astronomie, l'anthropologie, la psychologie ou la métallurgie.

Biographie

Son lieu de naissance

Pline l'Ancien naquit sous le consulat d‚ÄôAsinius Pollion et de Ca√Įus Antistius Vetus en 23 de l'√®re chr√©tienne, soit l'an de Rome 776. Une incertitude perdure sur le lieu de sa naissance : V√©rone selon les uns et C√īme (Novocomum), selon d'autres. Ce qui fait croire que Pline est de V√©rone, c'est que des manuscrits portent en effet Plinius Veronensis, et que Pline lui-m√™me, dans sa pr√©face, appelle d'un mot militaire Catulle son pays (conterraneus) ; or Catulle √©tait de V√©rone. En faveur de C√īme, on remarque qu'Eus√®be de C√©sar√©e, dans sa Chronique, joint au nom de Pline l'√©pith√®te de Novocomensis ; mais Eus√®be et les √©crivains post√©rieurs ont longtemps confondu Pline l'auteur de l'Histoire naturelle et Pline le Jeune, son neveu, l'auteur des Lettres et du Pan√©gyrique de Trajan. L'argument le plus consid√©rable en faveur de C√īme, est le nombre d'inscriptions trouv√©es dans cette ville o√Ļ le nom de Pline revient souvent : elles ne sont pas, il est vrai, relatives √† notre Pline, mais du moins elles montrent qu'√† C√īme ce nom √©tait commun, et l'on en tire la conclusion que notre auteur pouvait √™tre aussi de cette ville. En d√©finitive, ce point ne para√ģt pas avoir trouv√© sa conclusion d√©finitive.

Sa formation

Pline l'Ancien √©tait membre de la classe sociale des chevaliers romains (eques) par sa m√®re, fille du s√©nateur Gaius Caecilius de Novum Comum. Avant 35[1], son p√®re l'emmena √† Rome, o√Ļ il confia son √©ducation √† un de ses amis, le po√®te et g√©n√©ral Publius Pomponius Secundus. Pline y acquit le go√Ľt d'apprendre, qu'il conserva toute sa vie. Deux si√®cles apr√®s la mort des Gracques, le jeune homme put admirer certains de leurs manuscrits autographes, dans la biblioth√®que de son pr√©cepteur. Il leur consacra plus tard une biographie. Pline mentionna les grammairiens et rh√©toriciens Remmius Palaemon et Arellius Fuscus dans sa Naturalis historia[2], et fut sans doute leur √©l√®ve. √Ä Rome, il √©tudia la botanique au topiaire d'Antonius Castor et vit les anciens ¬ę arbre lotus ¬Ľ sur les terrains qui avaient appartenu auparavant √† Crassus[3]. Il put √©galement contempler la vaste structure √©difi√©e par Caligula[4] et assista probablement au triomphe de Claude Ier sur la Bretagne, en 44 (III, 119). Sous l'influence de S√©n√®que, il devint un √©tudiant passionn√© de philosophie et de rh√©torique et commen√ßa √† exercer la fonction d'avocat.

Sa carrière militaire

Il servit sous les ordres de Gnaeus Domitius Corbulo en Germanie en 47, participant à la conquête romaine des Chauques, tribu germanique du littoral Nord-Ouest et à la construction du canal entre le Rhin et la Meuse. En tant que jeune commandant d'un corps de cavalerie (praefectus alae), il écrivit, dans ses quartiers d'hiver, un essai sur l'art de lancer le javelot à cheval (de jaculatione equestri).

En Gaule et en Espagne, il apprit la signification d'un certain nombre de mots celtiques. Il nota les sites associés à l'invasion romaine en Germanie, et les lieux des victoires de Drusus, (Plin. Epp., III, 5, 4). Son rêve était de raconter l'histoire de toutes les guerres entre Romains et Germains. Il accompagna Pomponius, ami de son père, en expédition contre les Chattes (50) et visita la Germanie pour une troisième fois, en tant que compagnon du futur empereur Titus Flavius (Praef. § 3).

Ses recherches

Sous Néron, il vécut principalement à Rome. Il mentionna la carte d'Arménie et les abords de la mer Caspienne qui fut cédée à Rome par le personnel de Corbulo en 59 (VI, 40). Il assista aussi à la construction de la Domus Aurea de Néron après le grand incendie de 64 (XXXVI, 111).

Entre-temps, il compl√©ta les vingt livres de son ¬ę Histoire des guerres germaniques ¬Ľ, seul ouvrage de r√©f√©rence cit√© dans les six premiers livres des Annales de Tacite (I, 69). Cet ouvrage fut probablement l'une des principales sources de renseignements sur la Germanie jusqu'aux √©crits de Tacite. Au d√©but du Ve si√®cle, Symmaque eut un petit espoir de retrouver une copie (Epp., XIV, 8).

Il consacra beaucoup de son temps √† des sujets relativement plus s√Ľrs, comme la grammaire et la rh√©torique. Studiosus, un travail d√©taill√© sur la rh√©torique est suivi des huit livres de Dubii sermonis (67).

Au service de l'√Čtat

Reconstitution de l'éruption du Vésuve dans le docufiction Le dernier jour de Pompéi (2003).

Sous le r√®gne de son ami Vespasien, il retourna au service de l'√Čtat comme procurateur en Gaule narbonnaise (70) et en Hispanie romaine (73). Il visita aussi la Gaule belgique (74). Durant son s√©jour en Espagne, il se familiarisa avec l'agriculture et les mines du pays, en plus de visiter l'Afrique (VII, 37). √Ä son retour en Italie, il accepta une charge aupr√®s de Vespasien, qui le consultait aux aurores avant de vaquer √† ses occupations officielles. √Ä la fin de son mandat, il consacra l'essentiel de son temps √† ses √©tudes (Pun. Epp., III, 5, 9).

Il compl√©ta une Histoire de son Temps en 31 livres, traitant du r√®gne de N√©ron jusqu'√† celui de Vespasien, qu'il voulait ne laisser para√ģtre qu'apr√®s sa mort (N. H., Praef. 20). Cette Ňďuvre, cit√©e par Tacite (Ann., XIII, 20 ; XV, 53 ; Hist., III, 29), influen√ßa Su√©tone et Plutarque.

Pline termina presque son grand ouvrage Naturalis historia, une encyclop√©die dans laquelle il collecta une grande partie du savoir de son √©poque, travail planifi√© sous la direction de N√©ron. Les informations qu'il collecta √† cette fin ne remplissaient pas moins de 160 volumes en l'an 73, lorsque Larcius Licinus, le l√©gat pr√©teur d'Hispania Tarraconensis, essaya vainement de les acheter pour l'√©quivalent de plus de 200 000 ¬£ (valeur estim√©e en 2002). Il d√©dia son Ňďuvre √† Titus Flavius en 77.

Le 24 ao√Ľt 79, lors de l'√©ruption du V√©suve qui ensevelit Pomp√©i et Herculanum, il se trouvait √† Mis√®ne. Voulant observer le ph√©nom√®ne au plus pr√®s et d√©sirant porter secours √† quelques uns de ses amis en difficult√© sur les plages de la Baie de Naples, il partit avec ses gal√®res, traversant la baie jusqu'√† Stabies (aujourd'hui Castellammare di Stabia) o√Ļ il mourut, probablement √©touff√©, √† 56 ans.

L'√©ruption fut d√©crite par son neveu Pline le Jeune dont le nom est retenu en volcanologie ancienne pour d√©crire ce type d'√©ruption : on parle en effet d' ¬ę √©ruption plinienne ¬Ľ.

Le r√©cit de ses derni√®res heures est relat√© dans une int√©ressante lettre que Pline le Jeune adressa, 27 ans apr√®s les faits, √† Tacite (Epp., VI, 16[1]). Il envoya aussi, √† un autre correspondant, un expos√© sur les √©crits et le mode de vie de son oncle (III, 5) :

¬ę Il commen√ßait √† travailler bien avant l'aube... Il ne lisait rien sans en faire de r√©sum√© ; il disait m√™me qu'il n'existait aucun livre, si mauvais soit-il, qui ne contienne quelque valeur. Au pays, seule l'heure du bain l'exemptait d'√©tudier. En voyage, lorsqu'il √©tait d√©charg√© d'autres obligations, il se consacrait uniquement √† l'√©tude. En bref, il consid√©rait comme perdu le temps qui n'√©tait pas consacr√© √† l'√©tude. ¬Ľ

Le seul fruit de son inlassable labeur qui subsiste de nos jours est sa Naturalis Historia qui fut utilisée comme référence pendant de nombreux siècles par d'innombrables élèves.

Ňíuvres

Pline le Jeune dans une de ses lettres cite toutes ses Ňďuvres.

¬ę Je suis tr√®s heureux que la lecture des livres de mon oncle vous passionne au point de vouloir les poss√©der tous et d'en r√©clamer la liste compl√®te. Je remplirai le r√īle de catalogue et m√™me je vous indiquerai l'ordre de leur composition, car cette connaissance ne d√©pla√ģt pas non plus aux curieux de lettres.

L'Art de lancer le javelot √† cheval (en 1 livre) : il l'a compos√© avec autant de talent que de soin, lorsqu'il √©tait aux arm√©es comme commandant d'une aile de cavalerie.

La Vie de Pomponius Secundus (en 2 livres) : il en √©tait particuli√®rement aim√© ; il √©crivit cet ouvrage comme pour s'acquitter d'une dette envers la m√©moire de son ami.

Les Guerres de Germanie (en 20 livres) : il y a racont√© toutes les guerres que nous avons soutenues contre les Germains. Il les commen√ßa pendant son service en Germanie ; un songe lui en donna l'id√©e ; pendant son sommeil il vit debout devant lui le fant√īme de Drusus N√©ron, qui, apr√®s avoir soumis une grande partie de la Germanie, y mourut ; il lui recommandait de veiller sur sa m√©moire et le priait de le sauver d'un injurieux oubli.

L'Homme de lettres (en 3 livres, divis√©s en 6 volumes √† cause de leur √©tendue) : il y prend l'orateur au berceau et le conduit √† sa perfection.

Les Difficult√©s de la grammaire (en 8 livres) : il l'√©crivit pendant les derni√®res ann√©es du r√®gne de N√©ron, quand tous les genres d'√©tudes un peu libres et un peu s√©rieuses eurent √©t√© rendues p√©rilleuses par la servitude.

La Suite d'Aufidius Bassus (en 31 livres).

L'Histoire naturelle (en 37 livres) : ouvrage √©tendu, savant, presque aussi vari√© que la nature elle-m√™me.  ¬Ľ

Des ouvrages de Pline, un seul est arriv√© jusqu'√† nous, son Histoire naturelle. Ce n'est pas, √† proprement parler, ce que dans notre langage moderne nous entendrions par un titre semblable. Voici le plan de ce livre : l'auteur commence par exposer des notions sur le monde, la terre, le soleil, les plan√®tes, et les propri√©t√©s remarquables des √©l√©ments. De l√† il passe √† la description g√©ographique des parties de la terre connues des anciens. Apr√®s la g√©ographie vient ce que nous appellerions l'histoire naturelle, √† savoir, l'histoire des animaux terrestres, des poissons, des insectes et des oiseaux. La partie botanique qui suit est tr√®s consid√©rable, d'autant plus que Pline introduit beaucoup de renseignements sur les arts, tels que la fabrication du vin et de l'huile, la culture des c√©r√©ales, et diff√©rentes applications industrielles. La partie botanique termin√©e, il revient sur les animaux pour √©num√©rer les rem√®des qu'ils fournissent ; enfin il passe aux substances min√©rales, et l√† (ce qui est une des parties les plus int√©ressantes de son livre) il fait √† la fois l'histoire des proc√©d√©s d'extraction de ces substances, et celle de la peinture et de la sculpture chez les anciens. On voit qu'√† vrai dire l'ouvrage de Pline est une sorte d'encyclop√©die.

Ses intérêts principaux

La philosophie

Comme beaucoup de gens cultiv√©s du d√©but de l'empire romain, Pline √©tait adepte du sto√Įcisme. Il √©tait li√© avec son plus noble repr√©sentant, Publius Clodius Thrasea Paetus et subit aussi l'influence de S√©n√®que. Ce sto√Įcien qui s'adonnait √† l'√©tude de la nature et dont la morale lui enseignait d'√™tre agr√©able avec les autres, chercha sans cesse dans son Ňďuvre litt√©raire √† √™tre b√©n√©fique et √† instruire ses contemporains (Praef. 16, XXVIII, 2 ; XXIX, I).

Il fut aussi influenc√© par l'√©picurisme, l'acad√©misme et la renaissante √©cole pythagoricienne, mais sa vision de la nature et des dieux resta essentiellement sto√Įcienne. Selon lui, c'est la faiblesse de l'humanit√© qui enferme la d√©it√© sous des formes humaines entach√©es de fautes et de vices (II, 148). La divinit√© est r√©elle : c'est l'√Ęme du monde √©ternel, dispensant sa bienfaisance tant sur terre que sur le soleil et les √©toiles (II, 12 sqq., 154 sqq.). L'existence de la divine Providence est incertaine (II, 19) mais la croyance en son existence et √† la punition des m√©faits est salutaire (II, 26) ; et la r√©compense de la vertu consiste en l'√©l√©vation √† la divinit√© de ceux qui ressemblaient √† un dieu en faisant le bien pour l'humanit√© (II, 18, ¬ę Deus est mortali iuuare mortalem, et haec ad aeternam gloriam via ¬Ľ)[5]. Il est mauvais de s'enqu√©rir du futur et de violenter la nature en ayant recours aux arts de la magie (II, 114 ; XXX, 3) mais l'importance des prodiges et des pr√©sages n'est pas rejet√©e (II, 92, 199, 232).

La vision que Pline a de la vie √©tait sombre : il voyait la race humaine plong√©e dans la ruine et la mis√®re (II, 24 ; VII, 130). Contre le luxe et la corruption morale, il se livra √† des d√©clamations si fr√©quentes (comme celles de S√©n√®que) qu'elles finissent par lasser le lecteur. Sa rh√©torique fleurit pratiquement contre des inventions utiles (comme l'art de la navigation) dans l'attente du bon sens et du go√Ľt (XIX, 6).

Avec l'esprit de fiert√© nationale du Romain, il combina l'admiration des vertus qui men√®rent la r√©publique √† sa grandeur (XVI, 14 ; XXVII, 3 ; XXXVII, 201). Il n'√©luda pas les faits historiques d√©favorables √† Rome (XXXIV, 139) et, bien qu'il honor√Ęt les membres √©minents des maisons romaines distingu√©es, il √©tait libre de l'indue partialit√© de Tite-Live pour l'aristocratie. Les classes agricoles et les vieux seigneurs de la classe √©questre (Cincinnatus, Curius Dentatus, Serranus et Caton l'Ancien) √©taient pour lui les piliers de l'√©tat et il se lamentait am√®rement du d√©clin de l'agriculture en Italie (XVIII, 21 et 35, ¬ę latifundia perdidere Italiam ¬Ľ)[6]. De m√™me, pour l'Histoire des d√©buts de Rome, il pr√©f√©ra suivre les auteurs pr√©-august√©ens ; cependant il vit le pouvoir imp√©rial comme indispensable au gouvernement de l'empire et il salua le salutaris exortus de Vespasien (XXXIII, 51).

Littérature et science

À la fin de ses longs travaux littéraires, en tant que seul Romain à avoir choisi comme thème l'entièreté du monde de la nature, il implora la bénédiction de la mère universelle sur tout son travail.

En litt√©rature, il attribua la plus haute place √† Hom√®re et √† Cic√©ron (XVII, 37 sqq.) puis en second lieu Virgile. Il fut influenc√© par les recherches du roi Juba II de Numidie et qu'il appelait ¬ę mon Ma√ģtre ¬Ľ

Il voua un profond intérêt à la nature et aux sciences naturelles, les étudiant d'une manière nouvelle pour cette époque dans le monde romain. Malgré le peu d'estime que l'on portait pour ce genre d'études, il s'efforça toujours d'être au service de ses concitoyens (XXII, 15).

L'envergure de son Ňďuvre est vaste et compl√®te, une encyclop√©die de toutes les connaissances et les arts tant qu'ils sont li√©s √† la nature ou qu'ils en tirent leurs mat√©riaux. Dans ce but, il √©tudia tout ce qui fait autorit√© dans chacun de ces sujets et ne manqua pas d'en citer des extraits. Ses indices auctorum (index d'auteurs) sont, dans certains cas, les autorit√©s qu'il a lui-m√™me consult√©es (bien que cela ne soit pas exhaustif) parfois ces noms repr√©sentent les auteurs principaux sur le sujet qui ne sont connus que de seconde main. Il reconnut franchement ses obligations √† tous ses pr√©d√©cesseurs dans une phrase qui m√©rite d'√™tre proverbiale (Praef. 16, ¬ę plenum ingeni pudoris fateri per quos profeceris ¬Ľ)[7]. Il n'eut pas en revanche le temp√©rament ou le loisir d'aller enqu√™ter lui-m√™me.

Il est √©vident que quelqu'un qui passe tout son temps √† lire, √©crire et compulser des extraits de ses pr√©d√©cesseurs, n'en a plus pour une pens√©e ind√©pendante ou pour une observation exp√©rimentale patiente des ph√©nom√®nes naturels. Mais ce fut sa curiosit√© scientifique pour les ph√©nom√®nes de l'√©ruption du V√©suve qui mena sa vie d'√©tude infatigable √† une fin pr√©matur√©e et toute critique de ses d√©fauts d'omission est d√©sarm√©e par la candeur de sa confession dans sa pr√©face : ¬ę nec dubitamus multa esse quae et nos praeterierint ; homines enim sumus et occupati officiis ¬Ľ. Pr√©face,13 : Je ne doute pas que beaucoup de choses m'ont √©chapp√©, mais je suis un homme, occup√© par les affaires publiques..

Son style trahit une influence de S√©n√®que. Il vise moins √† la clart√© qu'√† l'√©pigramme. Il est plein d'antith√®ses, de questions, d'exclamations, de tropes, de m√©taphores, et d'autres mani√©rismes de l'√Ęge d'argent de la litt√©rature romaine (deux premiers si√®cles). La forme rythmique et artistique de la phrase est sacrifi√©e √† une passion pour l'emphase qui enchante par le report de l'argument vers la fin. La structure de la phrase est aussi souvent erratique et d√©cousue. On note aussi une utilisation excessive de l'ablatif absolu et des phrases √† l'ablatif sont souvent mises en apposition pour exprimer l'opinion de l'auteur sur un √©nonc√© qui pr√©c√®de imm√©diatement. Par exemple : XXXV, 80, ¬ę dixit (Apelles) ... uno se praestare, quod manum de tabula sciret tollere, memorabili praecepto nocere saepe nimiam diligentiam ¬Ľ.

L'art

Il s'intéressa spécialement à la fabrication de grands papyrus (XIII, 68-38) et aux différentes sortes de teintures de pourpre (IX, 130), alors que sa description du chant du rossignol est un exemple élaboré du caractère parfois splendide de sa prose (XXIX, 81 sqq.)

La plupart des √©tudes r√©centes sur Pline se concentrent sur l'√©tude de ses domaines d'expertise, sp√©cialement ceux pr√©sent√©s dans ses chapitres sur l'histoire de l'art (les livres XXXIII √† XXXVII) - le plus ancien expos√© sur ce sujet ayant surv√©cu. Ses sources sont les trait√©s perdus sur la sculpture en bronze et sur la peinture du sculpteur X√©nocrate d'Ath√®nes (IIIe si√®cle av. J.‚ÄĎC.) et l'√©rudit romain Varron (Ier si√®cle av. J.‚ÄĎC.).

On peut voir des statues des deux Pline en position assise, et rev√™tus de l'habit des √©rudits des ann√©es 1500, dans l'entr√©e principale de la cath√©drale de C√īme.

Les anecdotes de Pline l'Ancien concernant les artistes grecs inspirent à Vasari les sujets des fresques qui décorent encore les murs de son ancienne maison à Arezzo.

La botanique : les livres XII √† XXVII

Dans 16 livres de l'Histoire naturelle, Pline tenta de r√©unir toutes les connaissances de son temps sur les v√©g√©taux. Non seulement il rassembla toutes les informations botaniques disponibles dans les ouvrages auxquels il avait acc√®s mais mena aussi des enqu√™tes aupr√®s des m√©decins, des herboristes, des gens de la campagne et fait par lui-m√™me des observations sur le terrain. De cette large collecte, il a tira un inventaire de la plus grande partie des plantes connues et nomm√©es de son temps, soit environ 900 v√©g√©taux[8], le double de ce qu'avait donn√© Th√©ophraste, quatre si√®cles plus t√īt. Il donna sur chaque plante des informations de nature botanique mais pr√©cisa aussi leurs utilisations agricoles, alimentaires, pharmaceutiques ou magiques. En g√©n√©ral, il rapportait ces informations en disant "on dit" "on raconte" sans porter de jugement de valeur, sans qu'on puisse savoir ce que lui-m√™me en pensait.

Pour Ducourthial[8], ¬ę En d√©pit de leurs d√©fauts et des erreurs qu'ils contiennent, les seize Livres de l'Histoire naturelle que Pline a consacr√©s √† l'√©tude des plantes constituent sans nul doute l'ouvrage le plus complet sur le sujet que l'Antiquit√© nous ait l√©gu√©. Ils sont une mine inestimable de renseignements sur les connaissances botaniques au Ier si√®cle de notre √®re ainsi que sur les croyances populaires attach√©es √† la cueillette de nombreux v√©g√©taux et √† leurs propri√©t√©s ¬Ľ.

La gastronomie et le vin, livre XIV

Pline est une mine in√©puisable de renseignements sur les aliments et sur les mŇďurs √©pulaires des Romains. " Apr√®s Columelle, Pline est de tous les auteurs latins celui auquel nous devons le plus de donn√©es sur les diff√©rentes esp√®ces de vignes et de vins connus des anciens. Le livre XIV de l'Histoire Naturelle est consacr√© √† ce th√®me ; il compte 22 chapitres qui traitent du sujet dans ses moindres d√©tails, depuis les diff√©rentes esp√®ces de vignes, la nature du sol, le r√īle que joue le climat, le vin en g√©n√©ral, les diff√©rents vins d'Italie et d'outre-mer connus depuis les temps les plus recul√©s, jusqu'√† l'√©num√©ration des plus c√©l√®bres ivrognes de la Gr√®ce et de Rome. Il fournit √©galement des renseignements pr√©cieux sur les plantes odorantes, les arbres fruitiers, le bl√©, l'agriculture, le jardinage, les plantes m√©dicinales, les viandes, poissons, gibiers, l'apiculture, la boulangerie, les l√©gumes.

Article d√©taill√© : Vins romains.

Les animaux

Pline l'Ancien consacra quatre livres aux animaux dans son Ňďuvre encyclop√©dique L'Histoire naturelle (Naturalis Historia).

  • Livre VIII Traitant de la nature des animaux terrestres
  • Livre IX Contenant les animaux aquatiques
  • Livre X Contenant l'histoire des oiseaux
  • Livre XI Traitant des insectes

De plus, il compléta cet ensemble par quatre autres livres consacrés aux remèdes tirés des animaux.

  • Livre XXVIII Traitant des rem√®des tir√©s des animaux
  • Livre XXIX Traitant des rem√®des fournis par les autres animaux qui ne sont pas susceptibles d'√™tre apprivois√©s, ou qui sont sauvages
  • Livre XXX Traitant des autres rem√®des fournis par les animaux
  • Livre XXXII Traitant des rem√®des que fournissent les animaux aquatiques

L'ornithologie, livre X

Le livre X est consacré aux oiseaux et s'ouvre sur l'autruche. Pline la considérait comme le point de passage des mammifères aux oiseaux. Il aborda de très nombreuses espèces et s'attarde particulièrement sur les aigles et d'autres rapaces comme les éperviers.

Bien qu'il ait emprunté de nombreux passages à Aristote, les récits les plus fabuleux cohabitent avec des faits plus réalistes.

Postérité

Vers le milieu du IIIe si√®cle, un r√©sum√© des parties g√©ographiques de l'Ňďuvre de Pline est r√©alis√© par Caius Julius Solinus et au d√©but du IVe si√®cle, les passages m√©dicaux sont r√©unis dans les Medicina Plinii[9]. . Au d√©but du VIIIe si√®cle, B√®de le V√©n√©rable poss√®de un manuscrit de toute l'Ňďuvre. Au IXe si√®cle, Alcuin envoie √† Charlemagne un exemplaire des premiers livres (Epp. 103, Jaff√©) et Dicuil r√©unit des extraits des pages de Pline pour sa mesure de la terre (Mensura orbis terrae, C, 825).

Les travaux de Pline sont tenus en grande estime au Moyen √āge. Le nombre de manuscrits restants est d'environ 200, mais le plus int√©ressant d'entre les plus anciens, celui de Bamberg, ne contient que les livres xxxii √† xxxvii. Robert de Cricklade, sup√©rieur du prieur√© de Sainte Frideswide √† Oxford, adresse au roi Henry II un Defloratio, contenant neuf volumes de s√©lections prises d'un des manuscrits de cette classe et qui est, depuis peu, reconnu comme donnant parfois la seule indication valable du texte initial. Parmi les manuscrits plus anciens, les codex Vesontinus, jadis √† Besan√ßon (XIe si√®cle), sont s√©par√©s en trois parties, d√©sormais une √† Rome, une √† Paris, et la derni√®re √† Leiden (o√Ļ il existe aussi une transcription du manuscrit total).

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Pline l'Ancien, Histoires Naturelles, XXXVII, 81
  2. ‚ÜĎ XIV, 4 ; XXXIII, 152
  3. ‚ÜĎ XVII, 1
  4. ‚ÜĎ XXXVI, 3
  5. ‚ÜĎ Pour l'homme, il est divin d'aider l'homme, telle est la voie vers la gloire √©ternelle.
  6. ‚ÜĎ Les grandes propri√©t√©s ont perdu l'Italie
  7. ‚ÜĎ (C'est un acte) plein d'une candeur honorable, de d√©clarer quels sont ceux qui nous ont √©t√© utiles.
  8. ‚ÜĎ a et b Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l'antiquit√©, Belin, 2003 
  9. ‚ÜĎ Compilation d'un Pseudo-Pline : Valentin Rose, "√úber die Medicina Plinii", Hermes, 8 (1874), p. 18-66.

Bibliographie

  • La premi√®re √©dition imprim√©e de l'Ňďuvre de Pline para√ģt en 1469 √† cent exemplaires.
  • Naturalis Historiae opus, ab innumeris mendis a D. Johan. Caesaio Juliacen .., vindicatum ... Apud Sanctam Ubiorum Coloniam Agrippinam, Eucharii Cervicorni, 1524. C'est le texte de Philippe Beroalde corrig√© par Jean Caesarius. Ce dernier pr√©tend avoir corrig√© 4 000 passages. L‚ÄôHistoire naturelle de Pline est le d√©p√īt de toutes les connaissances de l'Antiquit√©. C'est le tableau le plus complet de l'industrie humaine depuis les temps les plus recul√©s jusqu'au premier si√®cle de notre √®re.
  • Historiae Naturalis libri XXXVII. Quos recensuit et motis illustravit Gabriel Brottier, Paris, J. Barbou, 1779
  • Pline l'Ancien, Histoire naturelle Livre XXV, Les Belles Lettres, 2003 

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Texte latin de l'Histoire Naturelle, mis en ligne en mode texte par l'universit√© de Chicago.]
  • Traduction fran√ßaise de Littr√©, mise en ligne en mode texte sur le site de Philippe Remacle (pas tous les livres)
  • Ouvrages de Pline l'Ancien, dont la traduction fran√ßaise de Littr√©. Textes num√©ris√©s par la BIUM (Biblioth√®que interuniversitaire de m√©decine et d'odontologie, Paris) collection Medic@, avec une pr√©sentation de Marie-Elisabeth Boutroue
  • Texte Bilingue Latin/Fran√ßais (Itinera Electronica, Livre II)
  • Le Mus√©e virtuel de l'absinthe : Bien que la plante d'absinthe soit mentionn√©e plusieurs fois dans la Bible (dans la R√©v√©lation de Saint Jean, chapitre 8, vers 11), la premi√®re description d√©taill√©e de son utilisation et de ses vertus th√©rapeutiques est dans le grand compendium du savoir de l'Antiquit√© qu'est l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien.


Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Pline l'Ancien de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Pline l'ancien ‚ÄĒ Pline l Ancien (en latin Caius Plinius Secundus) fut un important √©crivain et naturaliste romain, auteur d une monumentale encyclop√©die intitul√©e Histoire naturelle. Il naquit en 23 apr√®s J. C. √† Novum Comum (l actuelle C√īme) dans le nord de l… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Pline l‚ÄôAncien ‚ÄĒ Pline l Ancien Pline l Ancien Pline l Ancien (en latin Caius Plinius Secundus) fut un important √©crivain et naturaliste romain, auteur d une monumentale encyclop√©die intitul√©e Histoire naturelle. Il naquit en 23 apr√®s J. C. √† Novum Comum (l… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Pline l‚Äôancien ‚ÄĒ Pline l Ancien Pline l Ancien Pline l Ancien (en latin Caius Plinius Secundus) fut un important √©crivain et naturaliste romain, auteur d une monumentale encyclop√©die intitul√©e Histoire naturelle. Il naquit en 23 apr√®s J. C. √† Novum Comum (l… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • PLINE L‚ÄôANCIEN ‚ÄĒ ‚Äď ainsi nomm√© pour le distinguer de son neveu et fils adoptif Pline le Jeune ‚Äď fut parfois appel√© Pline le Naturaliste. Le seul ouvrage qui reste de lui est en effet une Histoire naturelle . Et, malgr√© l‚Äôimportance de ses √©crits historiques qui… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • Pline l'Ancien ‚ÄĒ (en lat. Caius Plinius Secundus) (23 79) √©crivain latin. Son Histoire naturelle en 37 livres expose toutes les connaissances des Anciens. Commandant de la flotte stationn√©e dans le golfe de Naples, il p√©rit asphyxi√© en observant de trop pr√®s l… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • Mort de Pline l'Ancien ‚ÄĒ Portrait de Pline imagin√© √† la Renaissance, √©poque o√Ļ sa mort est un motif particuli√®rement important. La mort de Pline l Ancien survient sur une plage du golfe de Naples durant une √©ruption volcanique du V√©suve rest√©e c√©l√®bre, l √©ruption de l an ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Histoire naturelle (Pline l'Ancien) ‚ÄĒ Pour les articles homonymes, voir Histoire naturelle (homonymie). Naturalis Historia, √©dition de 1669. Le titre latin appara√ģt au g√©nitif : Naturalis Histori√¶ ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Pline le jeune ‚ÄĒ Statue de Pline Le Jeune sur la fa√ßade de la cath√©drale de Santa Maria Maggiore √† C√īme Pline le Jeune (en latin Caius Plinius Caecilius Secundus) est un √©crivain et homme politique romain n√© autour de 61 √† C√īme dans le nord de l Italie et mort… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • ancien ‚ÄĒ ancien, ienne [ …ĎŐÉsj…õŐÉ, j…õn ] adj. ‚ÄĘ XIe; lat. tardif anteanus (VIIIe), de ante ¬ę avant ¬Ľ 1 ‚ô¶ Qui existe depuis longtemps, qui date d une √©poque bien ant√©rieure. ‚áí antique, vieux. Une coutume tr√®s ancienne. ‚áí s√©culaire. L Ancie ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • PLINE LE JEUNE ‚ÄĒ Le renom de Pline le Jeune est d√Ľ √† sa correspondance. Ses lettres √† Trajan, dont il fut l‚Äôun des hauts fonctionnaires, sont, avec les r√©ponses de l‚Äôempereur, un bon document sur les m√©thodes de l‚Äôadministration imp√©riale. Moins spontan√©e que… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.