Pierre Gassendi

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Pierre Gassendi
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Pierre Gassendi
Philosophe occidental
√Čpoque Moderne
Portrait par Louis-√Čdouard Rioult.

Naissance 22 janvier 1592, Champtercier
D√©c√®s 24 octobre 1655 (√† 63 ans), Paris
Nationalité Française
√Čcole/tradition √Čpicurisme, empirisme
Influenc√© par √Čpicure

Pierre Gassendi, dit Gassendi, né Pierre Gassend[1]à Champtercier le 22 janvier 1592 et mort à Paris le 24 octobre 1655, est un mathématicien, philosophe, théologien et astronome français. Un cratère lunaire porte son nom.

Sommaire

Biographie

La l√©gende veut que Pierre Gassendi ait commenc√© √† se passionner pour les beaut√©s du ciel en gardant les troupeaux de ses parents pendant la nuit. Enfant, il a suivi les cours des √©coles de Digne, et fit preuve de grandes dispositions pour les langues et les math√©matiques. Il s'inscrit par la suite √† l'Universit√© d'Aix-en-Provence, o√Ļ il suit l'enseignement philosophique de Philibert Fesaye.

Premières années

En 1612, le coll√®ge de Digne lui demande quelques conf√©rences de philosophie. En 1614, Pierre Gassendi obtient son doctorat en th√©ologie √† Avignon. Il est nomm√© chanoine de Digne. En 1617, il entre dans les ordres. Il est nomm√© professeur de rh√©torique au coll√®ge de Digne. En 1618, Gassendi note ses premi√®res observations du ciel lors de l'apparition d'une com√®te ¬ę √† t√™te cr√©pue ¬Ľ. Il entre en relation avec l'astronome Joseph de Gaultier de La Valette (1564-1647). En 1620, il √©tablit les tables de la position de Jupiter par rapport aux √©toiles fixes. L'ann√©e suivante, il donne leur nom aux aurores bor√©ales. De 1622 √† 1623, Gassendi est nomm√© professeur de philosophie au coll√®ge d'Aix. Il en est chass√© semble-t-il par l'arriv√©e des j√©suites[2]. Le 14 avril 1623, il observe une √©clipse de lune √† Digne. La m√™me ann√©e, il d√©crit les positions de la plan√®te Mars. Il se rend √† Grenoble.

En 1625, il publie √† Grenoble contre Aristote ses Exercitationes paradoxic√¶ versus Aristoteleos, son premier livre (r√©dig√© en 1622). Cette rupture pr√©pare celle que Descartes op√©rera 12 ans plus tard avec la publication du discours de la M√©thode. En 1625, Gassendi est √† Paris, il observe la position de Venus depuis le pont neuf et une √©clipse avec Claude Mydorge. En avril, il retourne dans le midi. En 1626, il devient le pr√©v√īt de la cath√©drale de Digne ; mais d√®s lors sa vie se confond avec ses observations astronomiques ; il est un inlassable collectionneur d'√©clipses. En correspondance avec le philosophe Thomas Hobbes, avec lequel il partage ses critiques contre Descartes, Gassendi est en rapport avec tous les grands astronomes de son temps : K√©pler, Riccioli, Hortensius, H√©v√©lius... sa renomm√©e s'√©tend de Prague √† Aix en passant par Dantzig, Leyde et Bologne. Une grande partie de ses observations sont men√©es en √©troite liaison avec son ami le conseiller au Parlement Nicolas Claude Fabri de Peiresc au pr√®s duquel il passe ses ann√©es de transition. √Ä Galil√©e, il √©crit le 20 juillet 1625 :

¬ę Tout d'abord, ami Galil√©e, je voudrais que vous soyez bien convaincu du plaisir de l'√Ęme avec lequel j'embrasse votre opinion en astronomie, sur le syst√®me de Copernic. Les barri√®res d'un monde assur√©ment vulgaire sont bris√©es. L'esprit lib√©r√© erre √† travers l'immensit√© de l'espace. Peut-√™tre conviendrait-il que vous publiiez votre travail. En le cachant vous feriez une grave injure aux lettres et √† ceux qui s'adonnent aux sciences les plus divines‚ĶSi une r√©solution bien arr√™t√©e, ou la destin√©e, vous imposent une r√©serve telle que vous ne puissiez m√™me pas communiquer par lettre √† vos amis ce que vous avez con√ßu, faites une exception pour moi. Laissez -moi esp√©rer ou vous demander d'√™tre votre correspondant. ¬Ľ

Le temps des éclipses

En 1628, apr√®s un passage √† Paris en mai, Gassendi voyage pendant neuf mois avec Fran√ßois Luillier et sur ses instances. Il arrive vers la fin de l'ann√©e en Flandres et en Hollande o√Ļ il rencontre Isaac Beeckman, Thomas Hobbes[3] et Henricus Reneri (Henri Regnier). Il compose de Paraheliis sur la demande Peiresc et Examen de la doctrine de Fludd demand√©e par Mersenne[3]. En 1629, il tente de dissuader l'astronome-astrologue Jean-Baptiste Morin de publier une fausse th√©orie des mar√©es ; il fait quelques observations sur les flocons de neige dont se servit ult√©rieurement Descartes[4]. Le 10 juin 1630, il observe (de Paris) une √©clipse de Soleil quasiment totale. Il contribue alors √† populariser √† Paris les th√®ses de Galil√©e, notamment par la publication de ses lettres : De motu impresso a motore translato et De proportione qua gravia decidentia accelerentur. Le 6 novembre 1631, toujours √† Paris, Gassendi d√©crit le passage de Mercure devant le Soleil (annonc√© par Kepler). Il tente de reprendre son exp√©rience avec le passage de V√©nus en d√©cembre, mais son passage a lieu de nuit. Le 27 octobre 1632, il d√©crit une √©clipse de lune √† Lyon chez le fr√®re du ministre-cardinal Armand de Richelieu. Le 8 avril 1633, Gassendi se d√©place √† la chapelle de Saint-Lazare, pr√®s de Digne, afin d'y observer une √©clipse de Soleil. En f√©vrier 1634, il adresse une lettre de consolation √† Galil√©e qui vient d'√™tre condamn√© et auquel il conseille, la patience. Le 14 mars 1634, il est √† nouveau √† Digne pour y observer une √©clipse de lune. Le 9 avril de la m√™me ann√©e, il se trouve √† Aix pour observer Jupiter ; et le 11 septembre pour observer Mars. En 1635, Gassendi est √† Aix ; il y d√©crit la premi√®re √©clipse de lune de l'ann√©e. En 1636, il mesure √† Marseille, la hauteur du Soleil au solstice d'√©t√© afin de reprendre les mesures effectu√©es 2000 ans plus t√īt par Pyth√©as.

L'après Peiresc

Apr√®s la mort de Peiresc en 1637, dont il √©dite la vie et garde un profond chagrin, Gassendi se lie avec le gouverneur de Provence, Louis de Valois, comte d'Alais et duc d'Angoul√™me qui devient alors son protecteur, mais demeure essentiellement √† Paris. Il y enseigne aux familles nobles et aux jeunes gens qu'elles prot√®gent, Claude-Emmanuel Chapelle, le fils naturel de Fran√ßois Luillier, ma√ģtre des Comptes et ses amis, Fran√ßois Bernier, Jean Hesnault, sans doute Cyrano de Bergerac, Moli√®re, peut-√™tre Boileau et La Fontaine, suivent son enseignement. Il est en correspondance avec le p√®re Mersenne.

Le 18 octobre 1641, Il observe une √©clipse de lune de l'abbaye de Saint-Germain. La m√™me ann√©e, il illustre √† Marseille par une exp√©rience de physique les th√©ories de Galil√©e sur la chute des corps. Un curieux narre la sc√®ne :

¬ę M. Gassendi ayant √©t√© toujours si curieux de chercher √† justifier par les exp√©riences la v√©rit√© des sp√©culations que la philosophie lui propose, et se trouvant √† Marseille en l'an 1641 fit voir sur une gal√®re qui sortit expr√®z en mer par l'ordre de ce prince, (...) qu'une pierre lasch√©e du plus haut du mast, tandis que la gal√®re vogue avec toute la vitesse possible, ne tombe pas ailleurs qu'elle ne feroit si la m√™me gal√®re √©toit arr√™t√©e et immobile. ¬Ľ

En cette ann√©e 1641, Gassendi est √©lu √† l'agence g√©n√©rale du clerg√© de France. Une position officielle parmi les plus importante car elle fait le lien entre l'√©glise et les s√©culiers. Il rencontre Thomas Hobbes. En mars, il re√ßoit les M√©ditations de Descartes ; leur querelle commence v√©ritablement √† cette occasion. Descartes r√©pond √† Mersenne qu'il ¬ę m√©prise ¬Ľ ce pauvre homme qui ¬ę n'a pas le sens commun et ne sait en aucune fa√ßon raisonner ¬Ľ. Apr√®s la r√©ponse de Descartes √† ses objections, il publie ses Instances, que fait imprimer son ami Sorbi√®re et auxquelles Descartes r√©pondit par une lettre √† son √©diteur[3]. Le 14 avril 1642, Gassendi observe une √©clipse de lune de l'h√ītel de Thou. Mersenne l'engage √† porter la contradiction √† Jean-Baptiste Morin qui a attaqu√© son De motu impresso une translato motore. Le 27 septembre 1643, il observe une √©clipse de lune √† Sucy-en-Brie, en compagnie de l'abb√© de Champigny et du pr√©sident Mol√©.

La consécration et la fin
Buste de Gassendi dans la cour du Collège de France

En 1645, il est nomm√© professeur de math√©matiques au Coll√®ge royal. Il y enseigne l'atomisme d'√Čpicure et de Lucr√®ce. Pour lui, cette physique est compatible avec la doctrine chr√©tienne. Une de ses t√Ęches est d'y lutter contre la croyance, ordinaire √† l'√©poque, en les feux infernaux souterrains. Le 30 janvier 1646, Gassendi observe encore une √©clipse de lune ; toujours en 1646, il publie avec Fermat[3], contre le j√©suite Casr√©e, un livre sur l'acc√©l√©ration des graves. En 1647, il publie De Vita, moribus, et doctrina Epicuri libri octo. pour d√©fendre la doctrine d'Epicure. L'ann√©e suivante, il se r√©concilie officiellement avec Descartes (de passage √† Paris) gr√Ęce aux bons soins de C√©sar d'Estr√©es. Tannery a √©voqu√© un repas des trois philosophes, Descartes, Gassendi et Hobbes, r√©unis √† la table du marquis de Newcastle[5].

En 1648, une maladie de poitrine le contraint √† quitter Paris pour le midi. En 1649, il publie ses commentaires sur le dixi√®me livre de Diog√®ne La√ęrce et son Syntagma philosophiae Epicuri. qui est son livre le plus c√©l√®bre. Il voyage en Provence, passe deux ans √† Toulon o√Ļ il retrouve son secr√©taire, √©l√®ve et prot√©g√©, Fran√ßois Bernier, revenu d'un long voyage en Europe de l'est. Le 8 avril 1652, il d√©termine les diam√®tres apparents du Soleil et de la Lune qui selon lui, sont dans un rapport de 1 contre 1,000 √† 1,028. L'ann√©e suivante il revient √† Paris. Bernier y attaque Morin pour d√©fendre Gassendi ; l'astrologue le fait menacer d'excommunication et Gassendi obtient de Bernier qu'il cesse sa dispute. Sorbi√®re se propose de traduire la philosophie de Gassendi et d'Epicure mais la publication ne se fait pas et l'impression en est arr√™t√©e pour complaire √† Gassend[6]. En 1653, Gassendi publie ses vies de Tycho-Brah√© et de Copernic ainsi qu'une histoire de l'√©glise de Digne[3]. Le 11 ao√Ľt 1654, Gassendi observe sa derni√®re √©clipse dans le ch√Ęteau de Montmort, au Mesnil-Saint-Denis. Soign√© par sept m√©decins, et de nombreux apothicaires, il re√ßoit douze saign√©es, sept purges et vingt-deux lavements avant de s'√©teindre le 24 octobre 1655 entre les bras de son √©l√®ve. Un monument de marbre blanc re√ßut sa d√©pouille dans la propre chapelle de son ami Montmort, en l'√©glise Saint Nicolas des Champs.

La post√©rit√© 

Henri Louis Habert de Montmor publia ses Ňďuvres compl√®tes √† Lyon en 1658 et Bernier r√©pandit sa doctrine en la vulgarisant. D√©form√©e, la philosophie de Gassendi apparut d√®s lors comme celle d'un mat√©rialiste. Les m√©decins Nicolas de Bl√©gny, Guillaume Lamy, G.B. de Saint Romain (t√©moin des exp√©riences sur le vide r√©alis√©es au Puy-de-D√īme)[7] contribu√®rent √† forger cette image.

Le scepticisme de Saint-Evremond s'en r√©clame ; on en retrouve des √©chos chez Jean-Baptiste Vico en Italie et chez Martin Martinez en Espagne. En Angleterre, Francis Glisson reprend certaines de ses th√®ses. Sa pens√©e se confond au XVIIIe si√®cle avec celle des sensualistes voire des libertins. L'√©picurisme et l'atomisme de Pierre Gassendi sont mal connus, on ne conserve souvent de lui que sa d√©fense de l'√Ęme animale. Son article dans l'Encyclop√©die[8] court sur trente lignes. En 1852, une statue de bronze est √©rig√©e en son honneur dans sa ville natale. Il demeure n√©anmoins, selon le mot d'Edward Gibbon, ¬ę le plus grand philosophe parmi les hommes de lettres, et le plus grand homme de lettres parmi les philosophes ¬Ľ.

L'homme

Selon le t√©moignage de ses contemporains, Gassendi se levait r√©guli√®rement √† trois heures du matin, jamais plus tard que quatre heures, et quelquefois √† deux. Il √©tudiait jusqu'√† onze heures, √† moins de recevoir une visite et se remettait √† l'√©tude vers deux ou trois heures apr√®s midi jusqu'√† huit. Il soupait l√©g√®rement (une tisane ti√®de, des l√©gumes, rarement de la viande) et se couchait entre neuf et dix. On le disait pieux, et pratiquant avec scrupule ses devoirs de pr√™tre ; ses paroissiens l'appelaient le saint pr√™tre. Par sa pauvret√©, sa modestie, sa douceur, son humanit√©, sa bienfaisance, sa charit√© et sa simplicit√©, il faisait figure d'un anachor√®te, vivant dans le monde selon la r√®gle d'un monast√®re[9]. Son ami Guy Patin, √©crivit de lui[10] :

¬ę M. Gassendi est si d√©licat qu'il n'en ose boire, et s'imagine que son corps br√Ľlerait s'il en avait jamais bu. ¬Ľ

Peu d'auteurs ont imaginé qu'il s'agissait là d'une posture, ou d'un masque.

Ses travaux

Sciences

De 30 ans plus jeune que Galil√©e, Gassendi, s'est consacr√© en astronomie √† l'observation et √† la description du mouvement des plan√®tes, des √©clipses de Soleil et √† l'√©volution des taches solaires. Une de ses observations les plus marquantes a lieu le 7 novembre 1631 lors du passage de la plan√®te Mercure devant le Soleil (un transit). Elle lui assure une place dans le panth√©on de l'astronomie. Alors qu'on ne peut observer la plan√®te √† l'Ňďil nu, il a l'id√©e de faire projeter son image sur une feuille de papier. Cela lui permet de se rendre compte de la petitesse de la plan√®te. Il en a tir√© une publication :

  • Mercurius in Sole visus, Parisiis, pro voto et admonitione Kepleri[11]

Ses travaux portent également sur la propagation des sons ainsi que sur les lois du mouvement et de l'inertie, et en collaboration avec Pierre de Fermat sur l'étude des graves. Opposé à l'astrologie, il entretint une querelle avec Jean-Baptiste Morin[12]. Ce dernier alla jusqu'à prédire la mort prochaine du philosophe dès 1650.

Philosophie

√Ä la recherche d'une voie moyenne entre dogmatisme et scepticisme, Gassendi s'attaque avec violence √† Aristote d√®s sa premi√®re publication. En r√©alit√©, sa critique porte contre tous ceux qui pr√©tendent avoir d√©couvert quelque recette, inn√©e, n√©cessaire et indubitable, relativement √† la nature r√©elle des choses. Pour lui, tout le savoir provient de l'exp√©rience sensible. Son courant de pens√©e tient du ph√©nom√©nalisme[13] et de l'√©clectisme. Gassendi est rationaliste et pragmatique. En particulier, il s'oppose √† Descartes, auquel il reproche √† la fois les id√©es inn√©es, et sa th√©orie des animaux machines. Un animal a une ¬ę petite √Ęme ¬Ľ, √©crit Gassendi (pour ajouter aussit√īt : ¬ę Pas aussi grande que celle des hommes ¬Ľ). Sa pr√©f√©rence va vers Hobbes, qu'il admire pour la force et la libert√© de sa pens√©e.

De fait, Gassendi est l'h√©ritier de moralistes, comme Pierre Charron et d'anti-aristot√©liciens, comme Juan Luis Vives et Pierre de La Ram√©e. Renouvelant Pyrrhon d'Elis, il prend ainsi le relais de Francis Bacon, auquel il emprunte de nombreux √©l√©ments de la ¬ę m√©thode ¬Ľ scientifique. De surcro√ģt, il croit au vide (contrairement √† Descartes) et aux atomes[14] (alors que Descartes en tient pour les quatre √©l√©ments) ; il s'accorde avec la m√©thode exp√©rimentale de Blaise Pascal et manifeste un sentiment tr√®s vif de la connaissance approch√©e[15]. Fid√®le √† l'√©rudition des savants de la premi√®re moiti√© du XVIIe si√®cle[16], il s'oppose donc naturellement √† la tabula rasa cart√©sienne.

Pierre Gassendi.

√Ä l'oppos√© des certitudes du philosophe de la Haye, Pierre Gassendi maintient un scepticisme curieux. Alors que Descartes explique l'Univers par sa vision m√©caniste, Gassendi y devine une complexit√© sensible due √† l'interaction des atomes et du vide[17]. Il demande √† Descartes par quel m√©canisme une √Ęme immat√©rielle pourrait mouvoir un corps mat√©riel[15] ; questions qui irritent le philosophe de la Haye. D'autre part, Gassendi voudrait que soit reconnu √† l'imagination une place aussi importante que celle de la raison ; que le doute cart√©sien demeure un doute sceptique et non une simple pr√©t√©rition du discours. Leur querelle oppose deux philosophes d'√©gale renomm√©e √† l'√©poque[18] mais Descartes en retour le traite avec m√©pris de philosophe charnel, de disciple d'√Čpicure. Dans ses lettres, il l'appelle mon tr√®s chair ou ¬ę bonne grosse b√™te ¬Ľ, selon Tannery et Adam ¬ę √ī Caro optima ¬Ľ dans le texte... comme pour le d√©signer au b√Ľcher de l'inquisition. Mais √† ce jeu, Gassendi gagne l'avantage car, selon le mot d'Adolphe Franck, il sait mieux que Descartes, railler sans blesser[3]

La d√©marche de Gassendi consiste en fait √† une tout autre approche que le cart√©sianisme. Elle est d'abord nominaliste, au sens double o√Ļ

  • seuls les concepts sont universels
  • Il n'y a d'existence que singuli√®re[19].

Ce point de vue r√©duit la philosophie des cat√©gories substantialistes √† n√©ant, √©vacue la m√©taphysique et r√©clame d√®s lors de ne faire porter les raisonnements que sur la physique. Dans ce domaine, Gassendi adopte le point de vue de D√©mocrite et d'√Čpicure ; l'√©picurisme de Gassendi est la solution aux apories que r√©v√®le son nominalisme[19]. Il en retient la th√©orie corpusculaire et l'interpr√©tation de la lumi√®re. Contrairement √† Descartes, pour qui le propre de la mati√®re est l'√©tendue, Gassendi la relie √† l'imp√©n√©trabilit√©. Cette profession de foi atomiste lui attire alors de s√©v√®res critiques de Campanella. Il se d√©fend du coup du mat√©rialisme dont on l'accuse en supposant ces atomes sensibles... Pour Gassendi, la mati√®re est active ; ce qu'on a pu appeler un mat√©rialisme dynamique[19]. Il d√©fend ce point de vue dans trois ouvrages :

  • De Vita, moribus et doctrina Epicuri libri octo (Lyon, 1647, in-4),
  • De Vita, moribus et placitis Epicuri, seu Animadversiones in librum X Diogenis Laertii (Lyon, 1649, in-fol.; dern. √©dit., 1675)
  • Syntagma philosophiae Epicuri (Lyon, 1649, in-4; Amsterdam, 1684, in-4).

Ce syst√®me, o√Ļ les atomes sont mortels, mais l'√Ęme non, est le ferment qui donnera naissance au sensualisme de Locke et de Condillac. Il va bien au del√† de son pr√©curseur, l'archev√™que polonais Guillaume de Sanok[20]

Article d√©taill√© : Les controverses du cart√©sianisme.

Théologie et Cosmologie

Nominaliste (et si l'on veut, en ce sens, relativiste), Pierre Gassendi resta sa vie durant fid√®le √† l'√Čglise et √† la foi chr√©tienne. Autre paradoxe, il √©tudia toute sa vie √Čpicure, qu'il r√©interpr√©ta √† la lumi√®re de la science de son temps et de sa foi. Sa th√©ologie s'exprime (autour d'√Čpicure), dans Du principe efficient, c'est-√†-dire des causes des choses.

Sans aller, comme Giordano Bruno, jusqu'√† d√©fendre l'id√©e d'une pluralit√© de Mondes, th√©orie qu'il condamne en regard de ses cons√©quences th√©ologiques, Gassendi, qui poss√©dait un exemplaire de Immenso[21] laisse affleurer dans ses ouvrages son accord avec l'aspect cosmologique des th√®ses du philosophe nolain, notamment l'id√©e que les √©toiles sont d'autres soleils, √©ventuellement entour√©s de plan√®tes. Il imagine √©galement que ces √©toiles sont dispers√©es dans l'univers mais pas forc√©ment rang√©es en ¬ę couches ¬Ľ comme l'imaginait encore Johannes Kepler. Il envisage que ces plan√®tes soient habit√©es, tout en mettant en garde contre les conceptions anthropomorphiques des conceptions du vivant[22].

Musique

L'√©dition compl√®te de ses Ňďuvres en 1655 (r√©dig√© en 1636) comprend entre autres un trait√© sp√©culatif intitul√© Manuductio ad theoriam seu partem speculativam music√¶. Il s'agit d'une introduction √† la th√©orie musicale assez convenue (intervalles, consonances, clefs, indications de mesure) et sans aspects pratiques, au contraire des Ňďuvres th√©oriques de son √©poque (Harmonie universelle de Marin Mersenne par exemple). Gassendi insiste sur les fondements math√©matiques des intervalles, des consonances et des modes.

Il comprend quatre parties :

  1. les proportions universelles et leur conséquences harmoniques
  2. les consonances et leurs proportions relatives ; dont on trouvera un commentaire pertinent sur le site consacr√© √† Peiresc[23]
  3. les genres musicaux (diatonique, chromatique, diatonique)
  4. les tons et modes de chant

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Comme il √©tait d'usage chez les savants du XVIIe si√®cle, le patronyme Gassend a plus tard √©t√© latinis√© en Gassendi. Bien que l'historien des sciences Paul Tannery souhaitait fortement qu'il f√Ľt connu sous son nom de Pierre Gassend (Voir Ňíuvres de Descartes page 85), c'est finalement la forme Gassendi qui a pr√©valu.
  2. ‚ÜĎ Gassendi sur Mac Tutor.
  3. ‚ÜĎ a, b, c, d, e et f Adolphe Franck : Dictionnaire des sciences philosophiques, p. 496.
  4. ‚ÜĎ Adam-Tannery, Ňíuvres de Descartes, 1910, p. 201?
  5. ‚ÜĎ Adam-Tannery, Ňíuvres de Descartes, 1910, p. 448.
  6. ‚ÜĎ Adam-Tannery, Ňíuvres de Descartes, 1910, p. 424.
  7. ‚ÜĎ Sylvia Murr, Gassendi et l'Europe, 1592-1792, p. 115.
  8. ‚ÜĎ article Gassendi de l'encyclop√©die sur Wikisource
  9. ‚ÜĎ Louis Mandon, √Čtudes sur Gassendi, p. 172-176
  10. ‚ÜĎ Babou, Hippolyte, Les Amoureux de Madame de S√©vign√©. Les femmes vertueuses du grand si√®cle.
  11. ‚ÜĎ Observation de Gassendi : de Mercure le 7 novembre &631
  12. ‚ÜĎ Joseph Bougerel : Vie de Pierre Gassendi : pr√©v√īt de l'√Čglise de Digne
  13. ‚ÜĎ Ph√©nom√©nalisme sur le dictionnaire en ligne reverso
  14. ‚ÜĎ Gaston Godard fait remarquer en 1996 que Gassendi avait √©tudi√© la cristallisation des sels en 1635 et avait √©crit : ¬ę ces gros solides soient cubiques, soient octohedriques, ou autres, sont tous composez d'autres moindres, de mesme figure, et ceux cy d'autres moindres jusques √† la r√©solution en de si menus, qu'ils sont presque insensibles et tousjours figurez de mesme, dont je conclus que ceux cy se vont encores resolvant jusques aux atomes, qui par quelque sorte de n√©cessit√© doivent estre de mesme figure ¬Ľ. Il avait donc per√ßu la notion de structure atomique d'un cristal, g√©n√©ralement attribu√©e √† Ren√©-Just Ha√ľy
  15. ‚ÜĎ a et b Henri Gaston Gouhier La pens√©e m√©taphysique de Descartes
  16. ‚ÜĎ Son √©rudition fut d'ailleurs remarqu√©e par Leibniz, dans ses Opera (tome V) lorsqu'il √©crivit : Je trouve Gassendi d'un savoir grand et √©tendu, tr√®s vers√© dans la lecture des Anciens et dans tout genre d'√©rudition cit√© in √Čtudes sur Gassendi de Louis Mandon (1858)
  17. ‚ÜĎ Pierre Duhem, Paul Brouzeng : La th√©orie physique : son objet, sa structure.
  18. ‚ÜĎ Olivier Bloch, Mati√®re √† histoires.
  19. ‚ÜĎ a, b et c Olivier Ren√© Bloch, La Philosophie de Gassendi : nominalisme, mat√©rialisme, et m√©taphysique.
  20. ‚ÜĎ Sylvia Murr, Gassendi et l'Europe, 1592-1792 : actes du colloque international de Paris, ¬ę Gassendi et sa post√©rit√© (1592-1792) ¬Ľ, Sorbonne, 6-10 octobre 1992, Volume 63 Vrin, 1997
  21. ‚ÜĎ Antony McKenna, Pierre-Fran√ßois Moreau, Libertinage et philosophie au XVIIe si√®cle, vol. 4 p. 57-60.
  22. ‚ÜĎ Antonella Del Prete, R√©futer et traduire : Marin Mersenne et la cosmologie de Giordano Bruno.
  23. ‚ÜĎ Van Wymeersch dans les actes des cahiers Dhombres

Ňíuvres

  • Tychonis Brahei, equitis Dani, Astronomorum Coryphaei, vitae Accessit Nicolai Copernici, Georgii Peurbachii, & Joannis Regiomontani, Astronomorum celebrium, Vita, Hagae Comitum (La Haye), Vlacq, 1655.
  • Ňíuvres compl√®tes (6 vol.) √©dit√©es par son ami et l√©gataire Henri Louis Habert de Montmor, 1658. En latin.t√©l√©chargeable sur Gallica. voir ici les illustrations
  • Vie et mŇďurs d‚Äô√Čpicure par Pierre Gassendi, version bilingue, notes, introduction et commentaires par S. Taussig, Les Belles Lettres, Paris, 2005.
  • Les Lettres latines de Gassendi, √©dition, introduction et notes en 2 volumes par S. Taussig, Brepols, 2004.
  • Du principe efficient, c'est-√†-dire des causes des choses, Syntagma philosophicum, Physique, section I, Livre 4, traduit du latin, pr√©sent√© et annot√© par Sylvie Taussig, Brepols, Paris, 2006.
  • Initiation √† la th√©orie ou partie sp√©culative de la musique, Manuductio ad theoriam seu partem speculativam music√¶, 1655, introduction, traduction et notes par Patrice Bailhache (Pr. √©merite, Universit√© de Nantes), Brepols, Turnhout, 2005.
  • R√©sum√© des cours de Gassendi par Fran√ßois Bernier (philosophe) sur Gallica, disponible ici.
  • Une plaine sur la lune porte son nom, la mer ou crat√®re de Gassendi.

Annexes

Bibliographie

  • Jean-Charles Darmon, Philosophie √©picurienne et litt√©rature au XVIIe si√®cle en France. √Čtudes sur Gassendi, Cyrano, La Fontaine, Saint-√Čvremond, Paris, 1998
  • Franz Daxecker, The Physicist and Astronomer Christoph Scheiner: Biography, Letters, Works, Publikations of Innsbruck University 246, Innsbruck, 2004, (ISBN 3-901249-69-9)
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