Pie IX


Pie IX
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Bienheureux Pie IX
Pape de l’Église catholique

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Armoiries pontificales de Bienheureux Pie IX

Nom de naissance Giovanni Maria Mastai Ferretti
Naissance 13 mai 1792
à Senigallia, Drapeau d'Italie Italie
Élection au pontificat 16 juin 1846
Intronisation 21 juin 1846
Fin du pontificat 7 février 1878
Prédécesseur Grégoire XVI
Successeur Léon XIII
Listes des papes : chronologie · alphabétique

Giovanni Maria Mastai Ferretti a été pape sous le nom de Pie IX (en latin Pius IX, en italien Pio IX). Il est né à Senigallia (Italie), le 13 mai 1792 et mort au Vatican le 7 février 1878 à l'âge de 85 ans. Son pontificat de 31 ans est le plus long de l'histoire de la papauté.

Pie IX est le pape qui a proclamé le dogme de l'immaculée conception.

Il convoqua le premier concile œcuménique du Vatican qui définit notamment l'infaillibilité pontificale. Ce concile fut interrompu quand les troupes italiennes envahirent Rome. Pie IX fut également le dernier souverain des États de l'Église qui disparaissent en 1870.

Il a été proclamé bienheureux par l'Église catholique en 2000.

Sommaire

Prélat

Giovanni Maria Mastai Ferretti était le fils du Comte Girolamo Mastai Ferretti et de Caterina Solazzi, qui eurent 8 autres enfants. Après avoir fréquenté le collège piariste de Volterra, il étudie la théologie et la philosophie à Rome. Il est ensuite refusé chez les gardes nobles à cause de sa santé (il est sujet à l'épilepsie) et il poursuit ses études au séminaire romain.

Ordonné prêtre en 1819, il est nommé directeur spirituel d'un célèbre orphelinat romain. En 1823, Pie VII l'envoie au Chili en tant qu'auditeur de Mgr Muzi, délégué apostolique. En 1825, à son retour, il est nommé par Léon XII chanoine de Sainte-Marie de Via Lata et directeur de l'hôpital San Michele. En 1827, il est fait archevêque de Spolète. En 1832, il est transféré au diocèse d'Imola.

En 1840, il reçoit le chapeau de cardinal-prêtre du titre des Santi Marcellino e Pietro.

Pontificat

Photo de Pie IX
par les Frères D'Alessandri, ca 1865

Le 16 juin 1846 a lieu le conclave suivant la mort de Grégoire XVI. Le cardinal Luigi Lambruschini, Secrétaire d'État de Grégoire XVI, est le candidat des conservateurs tandis que Mastai Ferretti est le candidat des libéraux.

Lambruschini obtient la majorité des voix dès les premiers tours, mais ne parvient pas à recueillir les deux tiers des voix requis pour être élu pape.

Le cardinal von Gaisruck, archevêque de Milan, arrive trop tard pour remettre l'exclusive prononcée par l'Empereur d'Autriche Ferdinand Ier, suivant la politique de Metternich, contre Mastai Ferretti ; celui-ci ayant recueilli les deux tiers des voix accepte la tiare et prend alors le nom de « Pie IX », en hommage à Pie VII.

Des débuts libéraux

Pie IX bénéficie à cette époque d’une grande popularité au sein de la population italienne : durant son épiscopat en Romagne, il n'a pu ignorer les besoins de réformes dont souffrait l'État pontifical et que le soulèvement de Rimini, en 1845, avait démontré. Les premières années de son pontificat sont marquées par des mesures libérales qui s’opposent aux méthodes de Grégoire XVI et de son secrétaire d’État, le cardinal Lambruschini. Il choisit pour secrétaire d'État le cardinal Gizzi.

Les premières mesures

  • le 16 juillet 1846, il décrète une amnistie générale pour les détenus politiques et fait préparer une constitution qui est concédée le 14 mars 1848. C'est le Statut fondamental pour le gouvernement temporel des États de l'Église qui instituait deux Chambres et le Sacré Collège des cardinaux présidé par le pape. C'est l'époque des réformes politiques.
  • Il crée le Conseil d'État.
  • Il institue la liberté de la presse.
  • Il établit une commission laïque chargée de la censure ;
  • en 1847, il établit ainsi une Consulta, un conseil consultatif composé de laïcs dont le rôle est de lui transmettre les désirs de la population ; et, auprès de lui, un conseil de cabinet puis une garde civique. Il crée également un certain nombre de commissions auxquelles participent des laïcs, afin de réviser les lois.

Cette période est également celle de l’entrée dans la modernité pour les États pontificaux : à la différence de Grégoire XVI, qui les considérait comme « les chemins du diable », Pie IX fait construire dans les États pontificaux des réseaux ferrés et télégraphiques ; il restaure l'éclairage public.

En 1847, il s'oppose à l'Autriche qui avait fait occuper la ville de Ferrare alors qu'elle n'avait le droit que d'avoir une garnison dans la citadelle. Pie IX devient l'espoir des patriotes italiens, sa popularité est alors immense.

Leur accueil en Europe

Pie IX bénit les combattants de l'indépendance italienne, lithographie, vers 1850.

Ce mouvement réformiste qu’il contribue à amorcer par ses choix personnels lui attire bientôt la sympathie des nationalistes dans l'ensemble des États italiens (Toscane, Deux-Siciles, Piémont, Parme ...) : certains d'entre eux n'hésitent pas à souhaiter la réalisation d'une fédération italienne, dont il prendrait la présidence.

Victor Hugo prononce à la Chambre des pairs le 13 janvier 1848 un éloge vibrant de Pie IX : « Cet homme qui tient dans ses mains les clefs de la pensée de tant d'hommes, il pouvait fermer les intelligences; il les a ouvertes. Il a posé l'idée d'émancipation et de liberté sur le plus haut sommet où l'homme puisse poser une lumière. [...] ces principes de droit, d'égalité, de devoir réciproque qui il y a cinquante ans étaient un moment apparus au monde, toujours grands sans doute, mais farouches, formidables et terribles sous le bonnet rouge, |...] il vient de les montrer à l'univers rayonnants de mansuétude, doux et vénérables sous la tiare. [...] Pie IX enseigne la route bonne et sûre aux rois, aux peuples, aux hommes d'État, aux philosophes, à tous ». Ce discours est cependant mal accueilli dans une chambre conservatrice inquiète de la remontée en puissance des idées républicaines.

Pie IX est à ce moment le pape des droits de l'homme[réf. nécessaire]. Les événements vont en faire un bien différent pape du Syllabus.

Un tournant conservateur

Pie IX, ca 1860
Photo Henri Le Lieure

En 1848, le « printemps des peuples » embrase l’Europe du Congrès de Vienne. Charles-Albert, roi du Piémont, déclare la contre l'Autriche. Le 24 mars, Pie IX autorise le départ de Rome pour Ferrare, d'un corps expéditionnaire commandé par le général Durando. Il s'agit d'un véritable corps expéditionnaire de 7 500 hommes, suivi, deux jours après par un corps de volontaires, la légion des volontaires pontificaux (Legione dei Volontari Pontifici) formée d'hommes provenant du centre de l'Italie confiée au général Andrea Ferrari[1]. Pie IX par l'allocution du consistoire du 29 avril 1848, condamne la guerre contre l'Autriche : « à nos soldats envoyés aux frontières pontificales, nous recommandons seulement de défendre l'intégrité et la sécurité des États pontificaux. Mais si certains souhaiteraient que nous, ensemble à d'autres peuples et princes d'Italie, prenions part à la guerre contre les Autrichiens … ce n'est pas dans nos intentions et nos recommandations », il conclut en invitant les Italiens « à rester attaché fermement à leurs principes dont ils en avaient expérimenté la bienveillance et qu'il ne s'en détache pas ». En fait, le pape se trouve dans l'embarras de combattre une grande puissance catholique : « nous avons su que certains ennemis de la religion catholique ont profité de l'occasion pour enflammer les âmes des Allemands afin de les détacher du Saint Siège … Les peuples allemands ne devraient pas nourrir un sentiment de dédain à notre égard parce qu'il nous a été impossible de freiner nos sujets qui applaudirent les évènements anti-autrichiens en Italie septentrionale … d'autres souverains européens, qui disposent d'armée plus puissantes que la notre, n'ont pu freiner l'agitation de leur peuple ». Cela met en évidence la contradiction et les incompatibilités de la position du pape comme chef de l'église universelle et en même temps chef d'un État italien ; entre le pouvoir spirituel et temporel[2]. Il refuse donc de soutenir le mouvement d'unification, pour ne pas froisser l'Autriche catholique. Sa popularité s'effondre alors parmi les patriotes italiens.

Tout en étant désireux d'affirmer l'indépendance de la papauté, Pie IX doit accorder une constitution aux États pontificaux. Le 15 novembre 1848, le chef du gouvernement du Saint Siège, Pellegrino Rossi est assassiné et les insurgés proclament la République romaine.

Le 24 novembre 1848, Pie IX quitte de nuit dans la voiture à cheval du duc d'Harcourt son palais du Quirinal, après que les partisans de Giuseppe Mazzini eurent attaqué le palais tuant Mgr Palma. Il se réfugie à Gaète, dans le Royaume des Deux-Siciles. Il lance un appel aux puissances européennes pour retrouver son trône. La France intervient en sa faveur. Le général Oudinot s'empare de Rome à la bataille du Janicule le 30 juin 1849 et chasse les révolutionnaires en juillet.

De retour à Rome, le 12 avril 1850, il y mène une politique de répression contre les idées républicaines. Un nouveau secrétaire d’État, le cardinal Giacomo Antonelli, est nommé, renouant avec la politique conservatrice de Grégoire XVI.

Pour s'opposer aux visées annexionnistes du royaume du Piémont, les zouaves pontificaux sont créés en 1860 avec la bénédiction de Pie IX et du franco-belge Mgr Xavier de Mérode. Ils sont placés sous le commandement du général de Lamoricière, ancien de la colonisation d'Algérie et ancien ministre de la IIe république. Jusqu'en 1870, le recrutement se fait auprès des volontaires enthousiastes de France, des Pays-Bas, de Belgique, d'Italie, du Québec. Mais le changement de politique de Napoléon III et l'armement obsolète des armées pontificales, malgré la victoire de Mentana contre Garibaldi en 1867 (où pour la première fois le fusil Chassepot est utilisé), permet aux troupes piémontaises de s'emparer sans difficulté de Rome le 20 septembre 1870. Le pape ordonne aux zouaves de n'opposer qu'une résistance symbolique.

La question romaine

Quelques années plus tard, la prise de Rome, le 20 septembre 1870, constitue un aboutissement à l’unification de la péninsule en faisant de la cité du pape la nouvelle capitale du royaume d’Italie.

Une loi des Garanties, votée le 15 mai 1871, accorde au Saint Siège un revenu annuel, l’extraterritorialité de quelques palais et les droits de souveraineté sur sa cité du Vatican, mais le pape Pie IX se considère désormais comme prisonnier à l’intérieur du palais du Vatican. Dans l’Église, l’émotion est grande. En France, la politique italienne de Napoléon III suscite l’indignation des catholiques pour qui le pouvoir temporel du pape garantissait son indépendance spirituelle. Pie IX apparaît alors comme « le pape-martyr ». Cependant le prestige moral de la papauté et l’autorité spirituelle qui en découle en sortent renforcés.

La défense de l'Église catholique

En dehors du problème du territoire de Saint-Pierre, Pie IX entend lutter contre les politiques anti-catholiques.

Il dénonce ainsi le Kulturkampf allemand dans la ligne de Bismarck ainsi que les violences exercées par les Suisses contre le clergé catholique : une encyclique de 1873 condamne les violences suisses. En 1874, le gouvernement autrichien rompt son concordat.

C'est l'époque aussi où l'Église se développe dans le monde. Il crée de nombreux diocèses aux États-Unis, rétablit malgré l'opposition des protestants, la hiérarchie en Angleterre ( 1850 ) en Hollande ( 1853 ), en Écosse. Il refonde le patriarcat latin de Jérusalem. De nombreux autres concordats sont également signés par le Saint Siège avec des États européens catholiques comme l’Espagne en 1851 et le Portugal en 1857 ou d’Amérique du Sud comme le Costa Rica et le Guatemala en 1852, le Nicaragua en 1861, le Venezuela et l’Équateur en 1862.

Pie IX et les juifs

Réforme du statut de protection

A l'accession de Pie IX au trône de Pierre en 1846, les juifs des États Pontificaux étaient soumis à un statut particulier dit de protection, la plupart étant les descendants des Sépharades expulsés d'Espagne ou rejetés par l'Empire ottoman ayant trouvé refuge auprès du pape. Ils étaient tenus de vivre dans des quartiers distincts (ghettos), ne pouvaient témoigner contre des chrétiens, avaient parfois l'obligation de suivre des sermons catholiques et étaient soumis à des taxes particulières, comme dans nombre de pays de l'époque (Autriche, Russie, Danemark, etc...). Le culte juif était le seul toléré en dehors du culte catholique dans les États Pontificaux, à l'exclusion des « hérésies » protestantes. Au début de son pontificat, Pie IX amorce des réformes en direction de la modernisation du statut des juifs et ouvre le ghetto de Rome parfois contre la volonté de certains rabbins. Il sera supprimé quelques années plus tard. Ces efforts ont néanmoins une portée limitée et sont interrompus avec l'éclatement de l'affaire Mortara. Pie IX conserve la position traditionnelle de l'Église catholique de l'époque, stigmatisant l' « aveuglement du Peuple élu » ; cependant bien que peu avare de propos virulents à l'encontre des « ennemis de l'Église », ses écrits, brefs et encycliques ne visent pas les juifs.

Affaire Mortara

Article détaillé : Affaire Mortara.

Le 23 juin 1858 à Bologne, la police pontificale, munie d'ordres émanant de l'Inquisition romaine et approuvés par le Saint-Siège, perquisitionne la demeure d'un couple de juifs, Salomone et Marianna Padovani Mortara, et enlève un de leur huit enfants, Edgardo, âgé alors de six ans. Ce dernier est conduit à Rome et confié à une famille catholique pour être élevé dans la religion catholique sous le nom de Pio. Les autorités de l'Église justifient l'enlèvement par le fait que la servante de la famille, Anna Morisi, avait baptisé l'enfant, alors malade, de peur qu'il ne meure non-baptisé et n'aille dans les limbes. Le baptême d'Edgardo est en effet valide au regard du droit canonique quoique intervenu dans des circonstances contestables. Cette situation pose un sérieux problème juridique et spirituel et Pie IX doit arbitrer entre deux droits inconciliables. Celui de l'enfant d'abord : baptisé, il fait partie de l'Église catholique dans laquelle il a vocation à être élevé. Le droit naturel d'éducateur revenant à ses parents, ensuite, qui interdit de baptiser des enfants nés de parents non catholiques sans leur assentiment. Pie IX tranche dans le sens de ce qu'il estime être les intérêts spirituels d'Edgardo. « J'avais le droit et le devoir de faire ce que j'ai fait pour cet enfant, et dussé-je le faire encore, je le referais » dit-il en 1865.

La famille Mortara proteste et exige que son enfant lui soit rendu sans conditions et épuise tous les recours auprès du Saint-Siège.

Quoique non unique, l'affaire connaît un retentissement international inédit et la conduite de l'Église est largement dénoncée, y compris par l'empereur Napoléon III, alors même que la France exerce la protection militaire des États Pontificaux contre les italiens réunificateurs et anti-cléricaux.

Pour faire échec à des décisions de gouvernements catholiques étrangers qui exigent la restitution de l'enfant à sa famille, celui ci est déplacé clandestinement pour passer d’orphelinat en institution religieuse. Sous la pression de l’Église, une tentative de rencontre entre l'enfant et son père échoue, l'enfant ayant été convaincu que revoir son père, juif est un grave péché, sauf si toute la famille accepte de se convertir au catholicisme.

La famille demande continuellement la restitution de leur enfant, notamment à l'occasion de la prise de Bologne en 1859 par les Piémontais et de la chute de Rome en 1870. À sa majorité, Edgardo déclare son intention de rester catholique. Il entre dans la congrégation des Augustins en France et est ordonné prêtre quelques années plus tard. Jusqu'à sa mort en 1940, il défend la position de l'Église et témoigne en faveur de Pie IX lors de son procès en béatification.

La famille Mortara continue à ce jour à demander les excuses du Vatican et milite contre le projet de canonisation de Pie IX[3].

Pie IX déclare après 1870 que la perte de ses États est une punition des hommes pour la conversion « forcée » des petits juifs mais qu'il a sa conscience pour lui.

Une doctrine très conservatrice[non neutre]

Pie IX développera à partir de 1848 une doctrine particulièrement conservatrice, voire sur certains points réactionnaire.[réf. nécessaire]

Le rejet de la modernité

Cependant le pontificat de Pie IX correspond également à une réaction de rejet à l'égard de l’évolution libérale des sociétés européennes et plus largement des idées nées de la Révolution. L’industrialisation qui s’accélère au cours du siècle voit se développer en Europe occidentale une classe ouvrière déracinée : né en dehors de toute influence religieuse, le prolétariat est tenté par le socialisme. L’enseignement de Pie IX est empreint d’une grande hostilité, à l’égard des idées modernes (libéralisme, matérialisme, socialisme, rationalisme) et de ceux qui les diffusent, en particulier les francs-maçons, regardés comme responsables de l'évolution libérale et laïque des États européens.

Le rationalisme et les idéologies scientiste et positiviste sont condamnées à partir de 1864 par deux documents, capitaux dans l'histoire de l'Église catholique contemporaine :

  • L'encyclique Quanta cura (1864)
  • Le Syllabus, liste de 80 propositions condamnées par l'Église, qui accompagne cette encyclique, la même année.

Liberté de pensée et de culte, laïcité et rôle de l'école

Le Syllabus est une liste de 80 propositions condamnées par l'Église. Pie IX y condamne explicitement le rationalisme, la liberté d'opinion et la séparation de l'Église et de l'État[4].

En 1864, Pie IX explique le rôle qu'il entend assigner à l'école : « Les écoles populaires sont principalement établies en vue de donner au peuple un enseignement religieux, de le porter à la piété et à une discipline morale »[5].

L'opposition au rationalisme, au darwinisme, au scientisme

Pie IX condamne les travaux de Charles Darwin sur l’origine des espèces, dont la formulation est jugée incompatible avec le dogme de la création et l'anthropologie judéo-chrétienne. Pie IX aurait déclaré que la théorie darwinienne était « le doigt du démon »[6].

Il condamne également les travaux d'Ernest Renan sur les origines du christianisme. La méthode historico-critique de lecture de la Bible que cet écrivain inaugure se fonde sur le rejet a priori du caractère surnaturel de la révélation chrétienne, position incompatible avec la foi catholique.

La question sociale

L'encyclique Quanta cura, le 8 décembre 1864, condamne violemment les « hérésies et erreurs qui souillent l'Église et la Cité », comme le socialisme et le communisme, mais également le « délire » (selon l'expression de Grégoire XVI) de la liberté de conscience et de culte et autres « opinions déréglées » et « machinations criminelles d'hommes iniques » parmi lesquelles la séparation du temporel et du spirituel et l'école laïque. Il précise que là où la religion a été mise à l'écart de la société civile (...) la pure notion même de justice et du droit humain s'obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la véritable justice. Il attaque également implicitement une certaine conception de la liberté de la presse, lorsque « les ennemis acharnés de notre religion, au moyen de livres empoisonnés, de brochures et de journaux répandus par toute la terre, trompent les peuples, mentent perfidement, et diffusent toutes sortes d'autres doctrines impies ». Pie IX souligne que « non contents de mettre la religion à l'écart de la société, ils veulent même l'écarter de la vie privée des familles. En effet enseignant et professant l'erreur très funeste du communisme et du socialisme, ils affirment que la société domestique ou la famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d'être. »

C'est à cette époque que le catholicisme social se développe contre le libéralisme industriel, inspiré par les initiatives de l'évêque de Mayence Mgr Ketteler, soutenu par ce pape, notamment sur l'obligation d'un salaire décent pour les familles, de l'interdiction du travail des mineurs et l'obligation du repos dominical.

Sur l'esclavage

En 1866, alors que la France a aboli l'esclavage depuis 18 ans, Pie IX signe une instruction du Saint-Office[7] qui le justifie encore :

« L'esclavage, en lui même, est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d'esclavage, et celles-ci se réfèrent à des théologiens approuvés... Il n'est pas contraire au droit naturel et divin pour un esclave, qu'il soit vendu, acheté, échangé ou donné. »

Le concile Vatican I : l'infaillibilité pontificale

En 1867, il convoque le concile Vatican I, qui s'ouvre le 8 décembre 1869. Malgré les résistances d'une minorité[8], les Pères conciliaires promulguent le 18 juillet 1870 la constitution apostolique Pastor æternus, affirmant l'infaillibilité du pape, lorsque celui-ci se prononce, solennellement et ex cathedra, en vertu de sa charge, sur un point de doctrine devant être tenu par toute l'Église[9]. Les travaux du Concile sont interrompus par la guerre entre la France et la Prusse.

En 1875, Pie IX invite également tous les fidèles à consacrer leur vie au Sacré Cœur, le cœur charnel de Jésus symbole de l’amour de Dieu pour les hommes. Paris construit déjà à cette époque sa basilique du Sacré-Cœur, édifice expiatoire pour les crimes qu'aurait commis la Commune[10].

Actes marquants du pontificat

Le dogme de l'Immaculée conception

Statue de Bernadette Soubirous, cathédrale d'Auch.

Le 8 décembre 1854, Pie IX proclame, dans sa bulle Ineffabilis Deus, le dogme de l'Immaculée Conception. Il définit solennellement, en vertu de son autorité apostolique, que la bienheureuse Vierge Marie a été exempte du péché originel. L'Immaculée conception est souvent confondue avec la conception virginale de Jésus à l'Annonciation.

Peu de temps après, entre le 11 février et le 16 juillet 1858, Bernadette Soubirous affirmera avoir été témoin, dans la petite grotte de Massabielle à Lourdes, d'apparitions ("aquerro" dira la jeune voyante) déclarant en patois bigourdan : « Que soy era Immaculada councepciou ».

La fête du Sacré-Cœur

C'est sous son pontificat, en 1856, que la fête du Sacré-Cœur est étendue à toute l'Église catholique romaine et inscrite dans le calendrier liturgique universel[11].

Vie privée[12]

Pie IX commençait sa journée à six heures du matin par une heure d'oraison, puis célébrait la Messe à sept heures dans sa chapelle privée, suivie d'une autre Messe à laquelle il assistait en action de grâces. Après le petit-déjeuner, commençaient alors les audiences. Il recevait aussi bien de hauts personnages que de simples fidèles, les foules de visiteurs étaient beaucoup moins nombreuses qu'à l'époque actuelle. Le jeudi était réservé aux pétitions des Romains et tous les quatorze du mois, le pape recevait en audience publique ceux qui le désiraient.

Pie IX prenait son déjeuner à deux heures de l'après-midi de façon frugale et toujours terminé par des fruits, selon l'habitude maternelle. Il se promenait ensuite dans ses jardins, ou avant la prise de ses États parcourait Rome en attelage. Il rentrait ensuite au Palais du Quirinal (aujourd'hui résidence du président de la République) travailler à son bureau. Après le dîner, il avait souvent un entretien avec son confesseur et se rendait devant le tabernacle de sa chapelle privée. Il aimait particulièrement la prière de la Couronne des Douze Étoiles composée par saint Joseph Calasanz, évoquant Marie non touchée par le péché originel, réminiscence de ses temps d'études chez les Piaristes.

Sa mort

Les funérailles de Pie IX, Library of Congress.

Pie IX est mort au Vatican, le 7 février 1878, à l'âge de 85 ans. Sa tombe se trouve dans une chapelle derrière le chœur de la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs.

Si on met à part le pontificat de Saint-Pierre (v. 33/64), Pie IX eut le plus long pontificat de l'histoire de la papauté (soit 32 ans, de 1846 à 1878), avant Jean-Paul II (1978-2005) et Léon XIII (1878-1903). Il est béatifié le 3 septembre 2000 par Jean-Paul II, non sans que cette béatification n'ait entraîné des polémiques[13].

Notes et références

  1. Cesare Vimercati Histoire de l'Italie en 1848-49 Publié en 1856 Imprimé par H. et C. Noblet page 96
  2. Cesare Vimercati Histoire de l'Italie en 1848-49 Publié en 1856 Imprimé par H. et C. Noblet page 332-333, page 336
  3. Sur toute cette section, voir Gérard da Silva, L'Affaire Mortara et l'antisémitisme chrétien, Éditions Syllepse, octobre 2008 (ISBN 978-2-84950-18-63)
  4. Il considère que l'opinion suivant laquelle « l'Église doit être séparée de l'État ; et l'État séparé de l'Église est funeste et pernicieuse » : Pie IX, Syllabus, proposition no 55. Texte présenté dans Jean-Robert Armogathe, Pie IX, Quanta cura et Syllabus, Paris, Pauvert, 1967, p. 49-71.
  5. Émile Poulat, Liberté, laïcité: la guerre des deux France et le principe de la modernité, Éditions du Cerf, 1988.
  6. Dans la préface d'un livre qu'il a écrit contre Darwin, un certain docteur Jammes cite une lettre que le pape Pie IX lui aurait envoyée : ce dernier qualifie l'ouvrage de Darwin de « doigt du démon », cité dans un article de La Recherche (www.larecherche.fr), Dieu menace-t-il Darwin ?
  7. cité par Jean Mpisi, Les papes et l'esclavage des Noirs - Le pardon de Jean-Paul II, L'Harmattan, 2008, p.85 ISBN 978-2-296-06082-1 On voudrait la référence du texte original !
  8. Voir les origines du schisme de l'Église vieille-catholique.
  9. L'infaillibilité pontificale fut exercée en 1950 pour la première et dernière fois par Pie XII, lors de la proclamation de l'Assomption, comme dogme catholique.
  10. Voir Raymond Jonas Le Monument comme historiosophie ; la basilique du Sacré-coeur, in La butte Montmartre et le Sacré-Cœur, Cahiers du CREPIF, n° 53, déc. 1995.
  11. Jean Ladame, Les faits mystiques de Paray-le-Monial, 1970, Résiac, Rééd 1991, p.217-238
  12. Traduction de l'article Wikipédia en italien
  13. Voir la prise de position de « Pour un Autre Visage d'Église et de Société » (P.A.VE.S.), collectif belge de catholiques de gauche : «P.A.V.E.S» considère la béatification de Pie IX comme un jeu d'équilibre politique voué à l'échec : [1] ou encore l'article de l'Humanité : Rome. Le très réactionnaire et antisémite Pie IX béatifié au même titre que le pape de Vatican II, 4 septembre 2000 : [2]

Voir aussi

Articles connexes

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Liens externes

Bibliographie

  • q.v., Philippe Levillain, Dictionnaire historique de la papauté, Fayard, 1994.
  • C. Brice : Histoire de l'Italie, Tempus
  • D. Mack Smith : The making of Italy, 1796-1870, Londres 1870.
  • Yves Chiron, Pie IX, pape moderne, Paris, 2000.
  • Paul Christophe, Roland Minnerath, Le "Syllabus" de Pie IX, Cerf, 2000 ISBN 2-204-06582-X
  • David Kertzer, Natalie Zimmermann, Pie IX et l'enfant juif: L'enlèvement d'Edgardo Mortara, Librairie Académique Perrin, 2001 ISBN 2-262-01376-4
  • Gérard da Silva, L'Affaire Mortara et l'antisémitisme chrétien, Editions Syllepse, octobre 2008 ISBN 978-2-84950-186-3
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