Pie IX

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Pie IX
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Bienheureux Pie IX
Pape de l‚Äô√Čglise catholique

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Armoiries pontificales de Bienheureux Pie IX

Nom de naissance Giovanni Maria Mastai Ferretti
Naissance 13 mai 1792
√† Senigallia, Drapeau d'Italie Italie
√Člection au pontificat 16 juin 1846
Intronisation 21 juin 1846
Fin du pontificat 7 février 1878
Prédécesseur Grégoire XVI
Successeur Léon XIII
Listes des papes : chronologie ¬∑ alphab√©tique

Giovanni Maria Mastai Ferretti a √©t√© pape sous le nom de Pie IX (en latin Pius IX, en italien Pio IX). Il est n√© √† Senigallia (Italie), le 13 mai 1792 et mort au Vatican le 7 f√©vrier 1878 √† l'√Ęge de 85 ans. Son pontificat de 31 ans est le plus long de l'histoire de la papaut√©.

Pie IX est le pape qui a proclamé le dogme de l'immaculée conception.

Il convoqua le premier concile Ňďcum√©nique du Vatican qui d√©finit notamment l'infaillibilit√© pontificale. Ce concile fut interrompu quand les troupes italiennes envahirent Rome. Pie IX fut √©galement le dernier souverain des √Čtats de l'√Čglise qui disparaissent en 1870.

Il a √©t√© proclam√© bienheureux par l'√Čglise catholique en 2000.

Sommaire

Prélat

Giovanni Maria Mastai Ferretti était le fils du Comte Girolamo Mastai Ferretti et de Caterina Solazzi, qui eurent 8 autres enfants. Après avoir fréquenté le collège piariste de Volterra, il étudie la théologie et la philosophie à Rome. Il est ensuite refusé chez les gardes nobles à cause de sa santé (il est sujet à l'épilepsie) et il poursuit ses études au séminaire romain.

Ordonn√© pr√™tre en 1819, il est nomm√© directeur spirituel d'un c√©l√®bre orphelinat romain. En 1823, Pie VII l'envoie au Chili en tant qu'auditeur de Mgr Muzi, d√©l√©gu√© apostolique. En 1825, √† son retour, il est nomm√© par L√©on XII chanoine de Sainte-Marie de Via Lata et directeur de l'h√īpital San Michele. En 1827, il est fait archev√™que de Spol√®te. En 1832, il est transf√©r√© au dioc√®se d'Imola.

En 1840, il reçoit le chapeau de cardinal-prêtre du titre des Santi Marcellino e Pietro.

Pontificat

Photo de Pie IX
par les Frères D'Alessandri, ca 1865

Le 16 juin 1846 a lieu le conclave suivant la mort de Gr√©goire XVI. Le cardinal Luigi Lambruschini, Secr√©taire d'√Čtat de Gr√©goire XVI, est le candidat des conservateurs tandis que Mastai Ferretti est le candidat des lib√©raux.

Lambruschini obtient la majorité des voix dès les premiers tours, mais ne parvient pas à recueillir les deux tiers des voix requis pour être élu pape.

Le cardinal von Gaisruck, archev√™que de Milan, arrive trop tard pour remettre l'exclusive prononc√©e par l'Empereur d'Autriche Ferdinand Ier, suivant la politique de Metternich, contre Mastai Ferretti ; celui-ci ayant recueilli les deux tiers des voix accepte la tiare et prend alors le nom de ¬ę Pie IX ¬Ľ, en hommage √† Pie VII.

Des débuts libéraux

Pie IX b√©n√©ficie √† cette √©poque d‚Äôune grande popularit√© au sein de la population italienne : durant son √©piscopat en Romagne, il n'a pu ignorer les besoins de r√©formes dont souffrait l'√Čtat pontifical et que le soul√®vement de Rimini, en 1845, avait d√©montr√©. Les premi√®res ann√©es de son pontificat sont marqu√©es par des mesures lib√©rales qui s‚Äôopposent aux m√©thodes de Gr√©goire XVI et de son secr√©taire d‚Äô√Čtat, le cardinal Lambruschini. Il choisit pour secr√©taire d'√Čtat le cardinal Gizzi.

Les premières mesures

  • le 16 juillet 1846, il d√©cr√®te une amnistie g√©n√©rale pour les d√©tenus politiques et fait pr√©parer une constitution qui est conc√©d√©e le 14 mars 1848. C'est le Statut fondamental pour le gouvernement temporel des √Čtats de l'√Čglise qui instituait deux Chambres et le Sacr√© Coll√®ge des cardinaux pr√©sid√© par le pape. C'est l'√©poque des r√©formes politiques.
  • Il cr√©e le Conseil d'√Čtat.
  • Il institue la libert√© de la presse.
  • Il √©tablit une commission la√Įque charg√©e de la censure ;
  • en 1847, il √©tablit ainsi une Consulta, un conseil consultatif compos√© de la√Įcs dont le r√īle est de lui transmettre les d√©sirs de la population ; et, aupr√®s de lui, un conseil de cabinet puis une garde civique. Il cr√©e √©galement un certain nombre de commissions auxquelles participent des la√Įcs, afin de r√©viser les lois.

Cette p√©riode est √©galement celle de l‚Äôentr√©e dans la modernit√© pour les √Čtats pontificaux : √† la diff√©rence de Gr√©goire XVI, qui les consid√©rait comme ¬ę les chemins du diable ¬Ľ, Pie IX fait construire dans les √Čtats pontificaux des r√©seaux ferr√©s et t√©l√©graphiques ; il restaure l'√©clairage public.

En 1847, il s'oppose à l'Autriche qui avait fait occuper la ville de Ferrare alors qu'elle n'avait le droit que d'avoir une garnison dans la citadelle. Pie IX devient l'espoir des patriotes italiens, sa popularité est alors immense.

Leur accueil en Europe

Pie IX bénit les combattants de l'indépendance italienne, lithographie, vers 1850.

Ce mouvement r√©formiste qu‚Äôil contribue √† amorcer par ses choix personnels lui attire bient√īt la sympathie des nationalistes dans l'ensemble des √Čtats italiens (Toscane, Deux-Siciles, Pi√©mont, Parme ...) : certains d'entre eux n'h√©sitent pas √† souhaiter la r√©alisation d'une f√©d√©ration italienne, dont il prendrait la pr√©sidence.

Victor Hugo prononce √† la Chambre des pairs le 13 janvier 1848 un √©loge vibrant de Pie IX : ¬ę Cet homme qui tient dans ses mains les clefs de la pens√©e de tant d'hommes, il pouvait fermer les intelligences; il les a ouvertes. Il a pos√© l'id√©e d'√©mancipation et de libert√© sur le plus haut sommet o√Ļ l'homme puisse poser une lumi√®re. [...] ces principes de droit, d'√©galit√©, de devoir r√©ciproque qui il y a cinquante ans √©taient un moment apparus au monde, toujours grands sans doute, mais farouches, formidables et terribles sous le bonnet rouge, |...] il vient de les montrer √† l'univers rayonnants de mansu√©tude, doux et v√©n√©rables sous la tiare. [...] Pie IX enseigne la route bonne et s√Ľre aux rois, aux peuples, aux hommes d'√Čtat, aux philosophes, √† tous ¬Ľ. Ce discours est cependant mal accueilli dans une chambre conservatrice inqui√®te de la remont√©e en puissance des id√©es r√©publicaines.

Pie IX est √† ce moment le pape des droits de l'homme[r√©f. n√©cessaire]. Les √©v√©nements vont en faire un bien diff√©rent pape du Syllabus.

Un tournant conservateur

Pie IX, ca 1860
Photo Henri Le Lieure

En 1848, le ¬ę printemps des peuples ¬Ľ embrase l‚ÄôEurope du Congr√®s de Vienne. Charles-Albert, roi du Pi√©mont, d√©clare la contre l'Autriche. Le 24 mars, Pie IX autorise le d√©part de Rome pour Ferrare, d'un corps exp√©ditionnaire command√© par le g√©n√©ral Durando. Il s'agit d'un v√©ritable corps exp√©ditionnaire de 7 500 hommes, suivi, deux jours apr√®s par un corps de volontaires, la l√©gion des volontaires pontificaux (Legione dei Volontari Pontifici) form√©e d'hommes provenant du centre de l'Italie confi√©e au g√©n√©ral Andrea Ferrari[1]. Pie IX par l'allocution du consistoire du 29 avril 1848, condamne la guerre contre l'Autriche : ¬ę √† nos soldats envoy√©s aux fronti√®res pontificales, nous recommandons seulement de d√©fendre l'int√©grit√© et la s√©curit√© des √Čtats pontificaux. Mais si certains souhaiteraient que nous, ensemble √† d'autres peuples et princes d'Italie, prenions part √† la guerre contre les Autrichiens ‚Ķ ce n'est pas dans nos intentions et nos recommandations ¬Ľ, il conclut en invitant les Italiens ¬ę √† rester attach√© fermement √† leurs principes dont ils en avaient exp√©riment√© la bienveillance et qu'il ne s'en d√©tache pas ¬Ľ. En fait, le pape se trouve dans l'embarras de combattre une grande puissance catholique : ¬ę nous avons su que certains ennemis de la religion catholique ont profit√© de l'occasion pour enflammer les √Ęmes des Allemands afin de les d√©tacher du Saint Si√®ge ‚Ķ Les peuples allemands ne devraient pas nourrir un sentiment de d√©dain √† notre √©gard parce qu'il nous a √©t√© impossible de freiner nos sujets qui applaudirent les √©v√®nements anti-autrichiens en Italie septentrionale ‚Ķ d'autres souverains europ√©ens, qui disposent d'arm√©e plus puissantes que la notre, n'ont pu freiner l'agitation de leur peuple ¬Ľ. Cela met en √©vidence la contradiction et les incompatibilit√©s de la position du pape comme chef de l'√©glise universelle et en m√™me temps chef d'un √Čtat italien ; entre le pouvoir spirituel et temporel[2]. Il refuse donc de soutenir le mouvement d'unification, pour ne pas froisser l'Autriche catholique. Sa popularit√© s'effondre alors parmi les patriotes italiens.

Tout en √©tant d√©sireux d'affirmer l'ind√©pendance de la papaut√©, Pie IX doit accorder une constitution aux √Čtats pontificaux. Le 15 novembre 1848, le chef du gouvernement du Saint Si√®ge, Pellegrino Rossi est assassin√© et les insurg√©s proclament la R√©publique romaine.

Le 24 novembre 1848, Pie IX quitte de nuit dans la voiture √† cheval du duc d'Harcourt son palais du Quirinal, apr√®s que les partisans de Giuseppe Mazzini eurent attaqu√© le palais tuant Mgr Palma. Il se r√©fugie √† Ga√®te, dans le Royaume des Deux-Siciles. Il lance un appel aux puissances europ√©ennes pour retrouver son tr√īne. La France intervient en sa faveur. Le g√©n√©ral Oudinot s'empare de Rome √† la bataille du Janicule le 30 juin 1849 et chasse les r√©volutionnaires en juillet.

De retour √† Rome, le 12 avril 1850, il y m√®ne une politique de r√©pression contre les id√©es r√©publicaines. Un nouveau secr√©taire d‚Äô√Čtat, le cardinal Giacomo Antonelli, est nomm√©, renouant avec la politique conservatrice de Gr√©goire XVI.

Pour s'opposer aux vis√©es annexionnistes du royaume du Pi√©mont, les zouaves pontificaux sont cr√©√©s en 1860 avec la b√©n√©diction de Pie IX et du franco-belge Mgr Xavier de M√©rode. Ils sont plac√©s sous le commandement du g√©n√©ral de Lamorici√®re, ancien de la colonisation d'Alg√©rie et ancien ministre de la IIe r√©publique. Jusqu'en 1870, le recrutement se fait aupr√®s des volontaires enthousiastes de France, des Pays-Bas, de Belgique, d'Italie, du Qu√©bec. Mais le changement de politique de Napol√©on III et l'armement obsol√®te des arm√©es pontificales, malgr√© la victoire de Mentana contre Garibaldi en 1867 (o√Ļ pour la premi√®re fois le fusil Chassepot est utilis√©), permet aux troupes pi√©montaises de s'emparer sans difficult√© de Rome le 20 septembre 1870. Le pape ordonne aux zouaves de n'opposer qu'une r√©sistance symbolique.

La question romaine

Quelques années plus tard, la prise de Rome, le 20 septembre 1870, constitue un aboutissement à l’unification de la péninsule en faisant de la cité du pape la nouvelle capitale du royaume d’Italie.

Une loi des Garanties, vot√©e le 15 mai 1871, accorde au Saint Si√®ge un revenu annuel, l‚Äôextraterritorialit√© de quelques palais et les droits de souverainet√© sur sa cit√© du Vatican, mais le pape Pie IX se consid√®re d√©sormais comme prisonnier √† l‚Äôint√©rieur du palais du Vatican. Dans l‚Äô√Čglise, l‚Äô√©motion est grande. En France, la politique italienne de Napol√©on III suscite l‚Äôindignation des catholiques pour qui le pouvoir temporel du pape garantissait son ind√©pendance spirituelle. Pie IX appara√ģt alors comme ¬ę le pape-martyr ¬Ľ. Cependant le prestige moral de la papaut√© et l‚Äôautorit√© spirituelle qui en d√©coule en sortent renforc√©s.

La d√©fense de l'√Čglise catholique

En dehors du problème du territoire de Saint-Pierre, Pie IX entend lutter contre les politiques anti-catholiques.

Il d√©nonce ainsi le Kulturkampf allemand dans la ligne de Bismarck ainsi que les violences exerc√©es par les Suisses contre le clerg√© catholique : une encyclique de 1873 condamne les violences suisses. En 1874, le gouvernement autrichien rompt son concordat.

C'est l'√©poque aussi o√Ļ l'√Čglise se d√©veloppe dans le monde. Il cr√©e de nombreux dioc√®ses aux √Čtats-Unis, r√©tablit malgr√© l'opposition des protestants, la hi√©rarchie en Angleterre ( 1850 ) en Hollande ( 1853 ), en √Čcosse. Il refonde le patriarcat latin de J√©rusalem. De nombreux autres concordats sont √©galement sign√©s par le Saint Si√®ge avec des √Čtats europ√©ens catholiques comme l‚ÄôEspagne en 1851 et le Portugal en 1857 ou d‚ÄôAm√©rique du Sud comme le Costa Rica et le Guatemala en 1852, le Nicaragua en 1861, le Venezuela et l‚Äô√Čquateur en 1862.

Pie IX et les juifs

Réforme du statut de protection

A l'accession de Pie IX au tr√īne de Pierre en 1846, les juifs des √Čtats Pontificaux √©taient soumis √† un statut particulier dit de protection, la plupart √©tant les descendants des S√©pharades expuls√©s d'Espagne ou rejet√©s par l'Empire ottoman ayant trouv√© refuge aupr√®s du pape. Ils √©taient tenus de vivre dans des quartiers distincts (ghettos), ne pouvaient t√©moigner contre des chr√©tiens, avaient parfois l'obligation de suivre des sermons catholiques et √©taient soumis √† des taxes particuli√®res, comme dans nombre de pays de l'√©poque (Autriche, Russie, Danemark, etc...). Le culte juif √©tait le seul tol√©r√© en dehors du culte catholique dans les √Čtats Pontificaux, √† l'exclusion des ¬ę h√©r√©sies ¬Ľ protestantes. Au d√©but de son pontificat, Pie IX amorce des r√©formes en direction de la modernisation du statut des juifs et ouvre le ghetto de Rome parfois contre la volont√© de certains rabbins. Il sera supprim√© quelques ann√©es plus tard. Ces efforts ont n√©anmoins une port√©e limit√©e et sont interrompus avec l'√©clatement de l'affaire Mortara. Pie IX conserve la position traditionnelle de l'√Čglise catholique de l'√©poque, stigmatisant l' ¬ę aveuglement du Peuple √©lu ¬Ľ ; cependant bien que peu avare de propos virulents √† l'encontre des ¬ę ennemis de l'√Čglise ¬Ľ, ses √©crits, brefs et encycliques ne visent pas les juifs.

Affaire Mortara

Article d√©taill√© : Affaire Mortara.

Le 23 juin 1858 √† Bologne, la police pontificale, munie d'ordres √©manant de l'Inquisition romaine et approuv√©s par le Saint-Si√®ge, perquisitionne la demeure d'un couple de juifs, Salomone et Marianna Padovani Mortara, et enl√®ve un de leur huit enfants, Edgardo, √Ęg√© alors de six ans. Ce dernier est conduit √† Rome et confi√© √† une famille catholique pour √™tre √©lev√© dans la religion catholique sous le nom de Pio. Les autorit√©s de l'√Čglise justifient l'enl√®vement par le fait que la servante de la famille, Anna Morisi, avait baptis√© l'enfant, alors malade, de peur qu'il ne meure non-baptis√© et n'aille dans les limbes. Le bapt√™me d'Edgardo est en effet valide au regard du droit canonique quoique intervenu dans des circonstances contestables. Cette situation pose un s√©rieux probl√®me juridique et spirituel et Pie IX doit arbitrer entre deux droits inconciliables. Celui de l'enfant d'abord : baptis√©, il fait partie de l'√Čglise catholique dans laquelle il a vocation √† √™tre √©lev√©. Le droit naturel d'√©ducateur revenant √† ses parents, ensuite, qui interdit de baptiser des enfants n√©s de parents non catholiques sans leur assentiment. Pie IX tranche dans le sens de ce qu'il estime √™tre les int√©r√™ts spirituels d'Edgardo. ¬ę J'avais le droit et le devoir de faire ce que j'ai fait pour cet enfant, et duss√©-je le faire encore, je le referais ¬Ľ dit-il en 1865.

La famille Mortara proteste et exige que son enfant lui soit rendu sans conditions et épuise tous les recours auprès du Saint-Siège.

Quoique non unique, l'affaire conna√ģt un retentissement international in√©dit et la conduite de l'√Čglise est largement d√©nonc√©e, y compris par l'empereur Napol√©on III, alors m√™me que la France exerce la protection militaire des √Čtats Pontificaux contre les italiens r√©unificateurs et anti-cl√©ricaux.

Pour faire √©chec √† des d√©cisions de gouvernements catholiques √©trangers qui exigent la restitution de l'enfant √† sa famille, celui ci est d√©plac√© clandestinement pour passer d‚Äôorphelinat en institution religieuse. Sous la pression de l‚Äô√Čglise, une tentative de rencontre entre l'enfant et son p√®re √©choue, l'enfant ayant √©t√© convaincu que revoir son p√®re, juif est un grave p√©ch√©, sauf si toute la famille accepte de se convertir au catholicisme.

La famille demande continuellement la restitution de leur enfant, notamment √† l'occasion de la prise de Bologne en 1859 par les Pi√©montais et de la chute de Rome en 1870. √Ä sa majorit√©, Edgardo d√©clare son intention de rester catholique. Il entre dans la congr√©gation des Augustins en France et est ordonn√© pr√™tre quelques ann√©es plus tard. Jusqu'√† sa mort en 1940, il d√©fend la position de l'√Čglise et t√©moigne en faveur de Pie IX lors de son proc√®s en b√©atification.

La famille Mortara continue à ce jour à demander les excuses du Vatican et milite contre le projet de canonisation de Pie IX[3].

Pie IX d√©clare apr√®s 1870 que la perte de ses √Čtats est une punition des hommes pour la conversion ¬ę forc√©e ¬Ľ des petits juifs mais qu'il a sa conscience pour lui.

Une doctrine très conservatrice[non neutre]

Pie IX d√©veloppera √† partir de 1848 une doctrine particuli√®rement conservatrice, voire sur certains points r√©actionnaire.[r√©f. n√©cessaire]

Le rejet de la modernité

Cependant le pontificat de Pie IX correspond √©galement √† une r√©action de rejet √† l'√©gard de l‚Äô√©volution lib√©rale des soci√©t√©s europ√©ennes et plus largement des id√©es n√©es de la R√©volution. L‚Äôindustrialisation qui s‚Äôacc√©l√®re au cours du si√®cle voit se d√©velopper en Europe occidentale une classe ouvri√®re d√©racin√©e : n√© en dehors de toute influence religieuse, le prol√©tariat est tent√© par le socialisme. L‚Äôenseignement de Pie IX est empreint d‚Äôune grande hostilit√©, √† l‚Äô√©gard des id√©es modernes (lib√©ralisme, mat√©rialisme, socialisme, rationalisme) et de ceux qui les diffusent, en particulier les francs-ma√ßons, regard√©s comme responsables de l'√©volution lib√©rale et la√Įque des √Čtats europ√©ens.

Le rationalisme et les id√©ologies scientiste et positiviste sont condamn√©es √† partir de 1864 par deux documents, capitaux dans l'histoire de l'√Čglise catholique contemporaine :

  • L'encyclique Quanta cura (1864)
  • Le Syllabus, liste de 80 propositions condamn√©es par l'√Čglise, qui accompagne cette encyclique, la m√™me ann√©e.

Libert√© de pens√©e et de culte, la√Įcit√© et r√īle de l'√©cole

Le Syllabus est une liste de 80 propositions condamn√©es par l'√Čglise. Pie IX y condamne explicitement le rationalisme, la libert√© d'opinion et la s√©paration de l'√Čglise et de l'√Čtat[4].

En 1864, Pie IX explique le r√īle qu'il entend assigner √† l'√©cole : ¬ę Les √©coles populaires sont principalement √©tablies en vue de donner au peuple un enseignement religieux, de le porter √† la pi√©t√© et √† une discipline morale ¬Ľ[5].

L'opposition au rationalisme, au darwinisme, au scientisme

Pie IX condamne les travaux de Charles Darwin sur l‚Äôorigine des esp√®ces, dont la formulation est jug√©e incompatible avec le dogme de la cr√©ation et l'anthropologie jud√©o-chr√©tienne. Pie IX aurait d√©clar√© que la th√©orie darwinienne √©tait ¬ę le doigt du d√©mon ¬Ľ[6].

Il condamne également les travaux d'Ernest Renan sur les origines du christianisme. La méthode historico-critique de lecture de la Bible que cet écrivain inaugure se fonde sur le rejet a priori du caractère surnaturel de la révélation chrétienne, position incompatible avec la foi catholique.

La question sociale

L'encyclique Quanta cura, le 8 d√©cembre 1864, condamne violemment les ¬ę h√©r√©sies et erreurs qui souillent l'√Čglise et la Cit√© ¬Ľ, comme le socialisme et le communisme, mais √©galement le ¬ę d√©lire ¬Ľ (selon l'expression de Gr√©goire XVI) de la libert√© de conscience et de culte et autres ¬ę opinions d√©r√©gl√©es ¬Ľ et ¬ę machinations criminelles d'hommes iniques ¬Ľ parmi lesquelles la s√©paration du temporel et du spirituel et l'√©cole la√Įque. Il pr√©cise que l√† o√Ļ la religion a √©t√© mise √† l'√©cart de la soci√©t√© civile (...) la pure notion m√™me de justice et du droit humain s'obscurcit et se perd, et la force mat√©rielle prend la place de la v√©ritable justice. Il attaque √©galement implicitement une certaine conception de la libert√© de la presse, lorsque ¬ę les ennemis acharn√©s de notre religion, au moyen de livres empoisonn√©s, de brochures et de journaux r√©pandus par toute la terre, trompent les peuples, mentent perfidement, et diffusent toutes sortes d'autres doctrines impies ¬Ľ. Pie IX souligne que ¬ę non contents de mettre la religion √† l'√©cart de la soci√©t√©, ils veulent m√™me l'√©carter de la vie priv√©e des familles. En effet enseignant et professant l'erreur tr√®s funeste du communisme et du socialisme, ils affirment que la soci√©t√© domestique ou la famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d'√™tre. ¬Ľ

C'est à cette époque que le catholicisme social se développe contre le libéralisme industriel, inspiré par les initiatives de l'évêque de Mayence Mgr Ketteler, soutenu par ce pape, notamment sur l'obligation d'un salaire décent pour les familles, de l'interdiction du travail des mineurs et l'obligation du repos dominical.

Sur l'esclavage

En 1866, alors que la France a aboli l'esclavage depuis 18 ans, Pie IX signe une instruction du Saint-Office[7] qui le justifie encore :

¬ę L'esclavage, en lui m√™me, est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d'esclavage, et celles-ci se r√©f√®rent √† des th√©ologiens approuv√©s... Il n'est pas contraire au droit naturel et divin pour un esclave, qu'il soit vendu, achet√©, √©chang√© ou donn√©. ¬Ľ

Le concile Vatican I : l'infaillibilit√© pontificale

En 1867, il convoque le concile Vatican I, qui s'ouvre le 8 d√©cembre 1869. Malgr√© les r√©sistances d'une minorit√©[8], les P√®res conciliaires promulguent le 18 juillet 1870 la constitution apostolique Pastor √¶ternus, affirmant l'infaillibilit√© du pape, lorsque celui-ci se prononce, solennellement et ex cathedra, en vertu de sa charge, sur un point de doctrine devant √™tre tenu par toute l'√Čglise[9]. Les travaux du Concile sont interrompus par la guerre entre la France et la Prusse.

En 1875, Pie IX invite √©galement tous les fid√®les √† consacrer leur vie au Sacr√© CŇďur, le cŇďur charnel de J√©sus symbole de l‚Äôamour de Dieu pour les hommes. Paris construit d√©j√† √† cette √©poque sa basilique du Sacr√©-CŇďur, √©difice expiatoire pour les crimes qu'aurait commis la Commune[10].

Actes marquants du pontificat

Le dogme de l'Immaculée conception

Statue de Bernadette Soubirous, cathédrale d'Auch.

Le 8 décembre 1854, Pie IX proclame, dans sa bulle Ineffabilis Deus, le dogme de l'Immaculée Conception. Il définit solennellement, en vertu de son autorité apostolique, que la bienheureuse Vierge Marie a été exempte du péché originel. L'Immaculée conception est souvent confondue avec la conception virginale de Jésus à l'Annonciation.

Peu de temps apr√®s, entre le 11 f√©vrier et le 16 juillet 1858, Bernadette Soubirous affirmera avoir √©t√© t√©moin, dans la petite grotte de Massabielle √† Lourdes, d'apparitions ("aquerro" dira la jeune voyante) d√©clarant en patois bigourdan : ¬ę Que soy era Immaculada councepciou ¬Ľ.

La f√™te du Sacr√©-CŇďur

C'est sous son pontificat, en 1856, que la f√™te du Sacr√©-CŇďur est √©tendue √† toute l'√Čglise catholique romaine et inscrite dans le calendrier liturgique universel[11].

Vie privée[12]

Pie IX commen√ßait sa journ√©e √† six heures du matin par une heure d'oraison, puis c√©l√©brait la Messe √† sept heures dans sa chapelle priv√©e, suivie d'une autre Messe √† laquelle il assistait en action de gr√Ęces. Apr√®s le petit-d√©jeuner, commen√ßaient alors les audiences. Il recevait aussi bien de hauts personnages que de simples fid√®les, les foules de visiteurs √©taient beaucoup moins nombreuses qu'√† l'√©poque actuelle. Le jeudi √©tait r√©serv√© aux p√©titions des Romains et tous les quatorze du mois, le pape recevait en audience publique ceux qui le d√©siraient.

Pie IX prenait son d√©jeuner √† deux heures de l'apr√®s-midi de fa√ßon frugale et toujours termin√© par des fruits, selon l'habitude maternelle. Il se promenait ensuite dans ses jardins, ou avant la prise de ses √Čtats parcourait Rome en attelage. Il rentrait ensuite au Palais du Quirinal (aujourd'hui r√©sidence du pr√©sident de la R√©publique) travailler √† son bureau. Apr√®s le d√ģner, il avait souvent un entretien avec son confesseur et se rendait devant le tabernacle de sa chapelle priv√©e. Il aimait particuli√®rement la pri√®re de la Couronne des Douze √Čtoiles compos√©e par saint Joseph Calasanz, √©voquant Marie non touch√©e par le p√©ch√© originel, r√©miniscence de ses temps d'√©tudes chez les Piaristes.

Sa mort

Les funérailles de Pie IX, Library of Congress.

Pie IX est mort au Vatican, le 7 f√©vrier 1878, √† l'√Ęge de 85 ans. Sa tombe se trouve dans une chapelle derri√®re le chŇďur de la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs.

Si on met √† part le pontificat de Saint-Pierre (v. 33/64), Pie IX eut le plus long pontificat de l'histoire de la papaut√© (soit 32 ans, de 1846 √† 1878), avant Jean-Paul II (1978-2005) et L√©on XIII (1878-1903). Il est b√©atifi√© le 3 septembre 2000 par Jean-Paul II, non sans que cette b√©atification n'ait entra√ģn√© des pol√©miques[13].

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Cesare Vimercati Histoire de l'Italie en 1848-49 Publi√© en 1856 Imprim√© par H. et C. Noblet page 96
  2. ‚ÜĎ Cesare Vimercati Histoire de l'Italie en 1848-49 Publi√© en 1856 Imprim√© par H. et C. Noblet page 332-333, page 336
  3. ‚ÜĎ Sur toute cette section, voir G√©rard da Silva, L'Affaire Mortara et l'antis√©mitisme chr√©tien, √Čditions Syllepse, octobre 2008 (ISBN 978-2-84950-18-63)
  4. ‚ÜĎ Il consid√®re que l'opinion suivant laquelle ¬ę l'√Čglise doit √™tre s√©par√©e de l'√Čtat ; et l'√Čtat s√©par√© de l'√Čglise est funeste et pernicieuse ¬Ľ : Pie IX, Syllabus, proposition no 55. Texte pr√©sent√© dans Jean-Robert Armogathe, Pie IX, Quanta cura et Syllabus, Paris, Pauvert, 1967, p. 49-71.
  5. ‚ÜĎ √Čmile Poulat, Libert√©, la√Įcit√©: la guerre des deux France et le principe de la modernit√©, √Čditions du Cerf, 1988.
  6. ‚ÜĎ Dans la pr√©face d'un livre qu'il a √©crit contre Darwin, un certain docteur Jammes cite une lettre que le pape Pie IX lui aurait envoy√©e : ce dernier qualifie l'ouvrage de Darwin de ¬ę doigt du d√©mon ¬Ľ, cit√© dans un article de La Recherche (www.larecherche.fr), Dieu menace-t-il Darwin ?
  7. ‚ÜĎ cit√© par Jean Mpisi, Les papes et l'esclavage des Noirs - Le pardon de Jean-Paul II, L'Harmattan, 2008, p.85 ISBN 978-2-296-06082-1 On voudrait la r√©f√©rence du texte original !
  8. ‚ÜĎ Voir les origines du schisme de l'√Čglise vieille-catholique.
  9. ‚ÜĎ L'infaillibilit√© pontificale fut exerc√©e en 1950 pour la premi√®re et derni√®re fois par Pie XII, lors de la proclamation de l'Assomption, comme dogme catholique.
  10. ‚ÜĎ Voir Raymond Jonas Le Monument comme historiosophie ; la basilique du Sacr√©-coeur, in La butte Montmartre et le Sacr√©-CŇďur, Cahiers du CREPIF, n¬į 53, d√©c. 1995.
  11. ‚ÜĎ Jean Ladame, Les faits mystiques de Paray-le-Monial, 1970, R√©siac, R√©√©d 1991, p.217-238
  12. ‚ÜĎ Traduction de l'article Wikip√©dia en italien
  13. ‚ÜĎ Voir la prise de position de ¬ę Pour un Autre Visage d'√Čglise et de Soci√©t√© ¬Ľ (P.A.VE.S.), collectif belge de catholiques de gauche : ¬ęP.A.V.E.S¬Ľ consid√®re la b√©atification de Pie IX comme un jeu d'√©quilibre politique vou√© √† l'√©chec : [1] ou encore l'article de l'Humanit√© : Rome. Le tr√®s r√©actionnaire et antis√©mite Pie IX b√©atifi√© au m√™me titre que le pape de Vatican II, 4 septembre 2000 : [2]

Voir aussi

Articles connexes

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Liens externes

Bibliographie

  • q.v., Philippe Levillain, Dictionnaire historique de la papaut√©, Fayard, 1994.
  • C. Brice : Histoire de l'Italie, Tempus
  • D. Mack Smith : The making of Italy, 1796-1870, Londres 1870.
  • Yves Chiron, Pie IX, pape moderne, Paris, 2000.
  • Paul Christophe, Roland Minnerath, Le "Syllabus" de Pie IX, Cerf, 2000 ISBN 2-204-06582-X
  • David Kertzer, Natalie Zimmermann, Pie IX et l'enfant juif: L'enl√®vement d'Edgardo Mortara, Librairie Acad√©mique Perrin, 2001 ISBN 2-262-01376-4
  • G√©rard da Silva, L'Affaire Mortara et l'antis√©mitisme chr√©tien, Editions Syllepse, octobre 2008 ISBN 978-2-84950-186-3
Précédé par Pie IX Suivi par
Grégoire XVI
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Léon XIII



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