Philosophie des Sciences

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Philosophie des Sciences

Philosophie des sciences

La philosophie des sciences est la branche de la philosophie qui étudie les fondements philosophiques, les systèmes et les implications de la science, qu'il s'agisse de sciences naturelles (physique, biologie, etc.) ou de sciences sociales (psychologie, économie, etc.). La philosophie des sciences est à rapprocher de l'épistémologie et de l'ontologie, deux domaines auxquels elle emprunte beaucoup et pose de nouveaux questionnements.

Sont abord√©es en philosophie des sciences, entre autres probl√©matiques :

  • la nature de la pens√©e scientifique, de son discours et de ses concepts ;
  • les processus par lesquels la science devient une activit√© ;
  • le rapport entre science et nature ;
  • les mani√®res de jauger la validit√© des th√©ories en sciences ;
  • la m√©thode scientifique ;
  • les raisonnements scientifiques et leurs port√©es philosophiques ;
  • les implications r√©ciproques entre m√©thode scientifique et soci√©t√©...

Sommaire

Nature du discours et des concepts scientifiques

La science est à la fois l'énoncé d'hypothèses concernant la nature du monde, et la vérification de ces théories comme adéquates à la réalité selon une méthode expérimentale, qui diffère selon les domaines.

Rationalisme

Article d√©taill√© : Rationalisme.

Le rationalisme pose comme principe la dépendance de règles scientifiques établies par la raison, principalement les règles mathématiques, physiques, chimiques, éventuellement appuyées par des vérifications expérimentales.

On consid√®re le plus souvent que le fondateur du rationalisme est Ren√© Descartes, qui dans le Discours de la m√©thode (1637) exposa sa conception de la m√©thode scientifique, et d√©veloppa, dans les Principes de la philosophie (1644), sa vision de la philosophie des sciences. La m√©thode propos√©e est tr√®s personnelle et d√©ductive, la classification des sciences se rapporte √† la situation du XVIIe si√®cle. Les conditions dans lesquelles Descartes a √©labor√© son syst√®me ne sont plus exactement celles de notre √©poque.(Cf. Vuillemin).

Dans une conception plus radicale, Auguste Comte fonda le positivisme, pensant que le monde pouvait se r√©duire √† des ph√©nom√®nes explicables par des "lois" exprim√©es en langage math√©matique. Cette position a √©t√© discr√©dit√©e par la critique √©pist√©mologique. Elle est souvent critiqu√©e pour son parti pris subjectif.[r√©f. n√©cessaire]

Empirisme

Article d√©taill√© : Empirisme.

L'empirisme pose comme principe la d√©pendance aux √©vidences. C'est un des piliers de la philosophie des sciences, qui s'est surtout d√©velopp√© dans le monde anglo-saxon. L'empirisme indique que la connaissance d√©rive directement de l'exp√©rience humaine du monde, de sorte que l'√©nonc√© scientifique vient et reste tributaire de nos exp√©riences et observations. Les th√©ories scientifiques sont construites et mises √† l'√©preuve √† travers l'exp√©rimentation, manipulation m√©thodique de l'exp√©rience, gr√Ęce √† des m√©thodes empiriques. Ces informations tir√©es de l'exp√©rience, une fois rassembl√©es en nombre suffisant, peuvent devenir une base consensuelle pour la communaut√© scientifique qui pose comme √©vidence ses principes, et √©tablit que ces √©vidences serviront de bases de l'explication scientifique. Toute science est donc un attachement √† l'exp√©rience empirique, √† la loi invariante, ce qui reviendrait √† dire selon certaines √©coles de pens√©es que la science est fondamentalement une croyance r√©flexive a priori.

L'observation implique la perception, ce qui en fait un acte cognitif, action de pensée également tributaire de la manière dont nous pouvons construire une compréhension rationnelle du monde. Si cette compréhension venait à changer, alors nos observations également, au moins au stade de l'apparence.

Les scientifiques essayent d'utiliser l'induction, la déduction, des méthodes quasi-empiriques, ou encore des métaphores conceptuelles pour transformer ce flux d'observations en un système à la cohérence propre.

Réalisme scientifique et instrumentalisme

Le r√©alisme scientifique, ou empirisme na√Įf, consiste √† prendre le discours scientifique comme r√©alit√© du monde. Le terme na√Įf n'est pas p√©joratif, mais indique qu'il s'agit de s'en tenir au discours scientifique pour appr√©hender la r√©alit√© - ce qui est le point de vue de nombreux scientifiques. Ainsi, un adepte du r√©alisme tiendra pour existant les √©lectrons et les champs magn√©tiques.[r√©f. n√©cessaire]

Contrairement au r√©alisme, l'instrumentalisme avance que nos perceptions, les id√©es et th√©ories scientifiques ne refl√®tent pas n√©cessairement la parfaite r√©alit√© du monde, mais qu'ils sont d'utiles moyens pour expliquer, pr√©voir et contr√īler nos exp√©riences. Selon le point de vue d'un instrumentaliste, les √©lectrons et les champs magn√©tiques sont des id√©es commodes, dont l'existence est contingente. L'instrumentalisme vient en partie du pragmatisme selon John Dewey.[r√©f. n√©cessaire]

Constructivisme

Article d√©taill√© : Constructivisme (√©pist√©mologie).

Dans le champ de l'épistémologie, les constructivismes sont des courants de pensée reposant sur l'idée que nos représentations, nos connaissances, ou les catégories structurant ces connaissances et ces représentations sont le produit de l'entendement humain. Le constructivisme rejoint dans son approche l'instrumentalisme et le pragmatisme.

Constructivisme social

Article d√©taill√© : Constructivisme social.

En sociologie, le constructivisme social est au croisement de diff√©rents courants de pens√©e et fut pr√©sent√© par Peter L. Berger et Thomas Luckmann dans leur livre The Social Construction of Reality (1966). Il cherche √† d√©couvrir la mani√®re dont la r√©alit√© sociale et les ph√©nom√®nes sociaux sont ¬ę construits ¬Ľ c‚Äôest-√†-dire la mani√®re dont ces ph√©nom√®nes sont cr√©√©s, institutionnalis√©s et transform√©s en traditions.

Analyse et réductionnisme

L'analyse consiste à scinder une observation ou une théorie en des étapes ou des concepts plus simples, afin de la comprendre. L'analyse est essentielle à la science, tout comme à n'importe quelle entreprise rationnelle. Il serait par exemple impossible de décrire mathématiquement le mouvement d'un projectile sans séparer la force de la gravité, l'angle de projection et la vitesse initiale du corps mis en mouvement. Seule l'analyse distincte de ces composantes, puis leur regroupement en un système, permet de formuler une théorie du mouvement pratique.

Le r√©ductionnisme en science peut avoir diff√©rents sens. Un type de r√©ductionnisme scientifique consiste en la croyance que tous les domaines d'√©tudes peuvent se ramener au final √† une explication purement scientifique. Ainsi, un √©v√®nement historique peut certainement √™tre expliqu√© en des termes sociologiques ou psychologiques ; du point de vue r√©ductionniste, cette explication peut-√™tre d√©crite sans perte de sens en termes de physiologie humaine, elle-m√™me pouvant se d√©crire comme le r√©sultat de processus chimiques ou physiques, de sorte que l'√©v√®nement historique se trouve ramen√© √† un √©v√®nement de la science physique. Cela impliquerait donc que l'√©v√®nement historique n'√©tait rien d'autre que le fruit d'un sch√©ma physique, ce qui nie l'existence de ph√©nom√®nes spontan√©s ind√©pendants. Le physicalisme est la r√©duction de tous les ph√©nom√®nes √† des ph√©nom√®nes explicables par les lois physiques.

Au plus simple et au plus court le réductionnisme, par le suffixe "isme" qui désigne une doctrine, consiste à ramener le "complexe" au simple, comme, par exemple, une photographie bidimensionnelle d'une statue tridimensionnelle, la complexité biologique à la simplicité mécanique. Le réductionnisme n'est pas la règle d'économie d'explication du rasoir d'Occam.

  • "[‚Ķ] R√©ductionnisme : Pour rendre compte des donn√©es connues, tout savant doit fournir l‚Äôexplication la plus simple possible, la plus √©conomique et (g√©n√©ralement) la plus √©l√©gante possible. Mais le r√©ductionnisme devient un d√©faut si l‚Äôon accorde une importance excessive au principe que l‚Äôexplication la plus simple est la seule possible. Il arrive qu‚Äôon doive envisager les donn√©es dans une Gestalt plus grande". (Gregory Bateson, p. 235, "La Nature et la Pens√©e", Seuil, Paris, 1984).

Daniel Dennett a montr√© qu'un r√©ductionnisme total √©tait possible, tout en soulignant qu'il s'agirait d'une ¬ę mauvaise science ¬Ľ, cherchant √† d√©montrer trop √† partir de trop peu. Les arguments avanc√©s √† l'encontre d'un tel r√©ductionnisme reposent sur l'id√©e que des syst√®mes auto-r√©f√©renc√©s contiennent en effet plus d'information pouvant √™tre d√©crite par des comportements individuels, ou participants √† celui d'un groupe, que les autres syst√®mes. Des exemples concrets sont par exemples les organisations fractales ou les syst√®mes auto-√©volutifs d√©couverts en chimie. Mais l'analyse de telles organisations est n√©cessairement destructive d'informations, parce que l'observateur doit d'abord s√©lectionner un √©chantillon du syst√®me √©tudi√©, qui peut √™tre partiellement repr√©sentatif de l'ensemble coh√©rent. La th√©orie de l'information peut √™tre mise √† profit pour calculer l'ampleur de la perte d'information ; c'est d'ailleurs une des techniques appliqu√©es dans la th√©orie du chaos.

La justification des résultats scientifiques

Les √©nonc√©s scientifiques les plus puissants sont g√©n√©ralement ceux offrant le plus large cadre d'application ; la troisi√®me loi de Newton (sur l'attraction r√©ciproque √©gale des corps pesants) en est l'exemple parfait.

Mais il n'est √©videmment pas possible pour les scientifiques de tester chaque cas particulier que cette th√©orie permet d'envisager. Comment d√®s lors affirmer que la troisi√®me loi de Newton est, en un sens, vraie ? Comment √™tre s√Ľr que, malgr√© tous les pr√©c√©dents ayant confirm√© la loi, l'exp√©rience suivante ne viendra pas la contredire et la tenir cette fois pour fausse de fa√ßon certaine ?

Rasoir d'Ockham

Le rasoir d'Ockham est une pierre de touche en philosophie des sciences. Guillaume d'Occam √©non√ßa qu'il faut toujours pr√©f√©rer la mani√®re la plus simple d'expliquer un ph√©nom√®ne si on a le choix entre plusieurs possibilit√©s valides. Lui-m√™me ne dit rien sur la v√©racit√© intrins√®que d'un tel √©nonc√©, mais souvent la mani√®re la plus simple d'expliquer parfaitement un ph√©nom√®ne s'est r√©v√©l√©e √™tre finalement plus exacte que les propositions plus ¬ę complexes ¬Ľ.

Le rasoir d'Ockham est généralement mis à profit comme un critère performant et rationnel dans le choix entre plusieurs théories s'affrontant sur un même sujet scientifique. Cependant, il est rare que deux théories fournissent des explications véritablement similaires, ie. aussi satisfaisantes en tout point l'une que l'autre. De fait, l'usage du Rasoir d'Ockham est resté limité. Il existe maintenant des approches mathématiques, basées sur la théorie de l'information, qui confrontent simplicité et portée théorique.

Le rasoir d'Ockham est souvent mal utilis√© ou invoqu√© dans des cas o√Ļ il se r√©v√®le en fait inadapt√©. Ce principe ne dit pas qu'il faille pr√©f√©rer l'explication la plus simple au d√©triment de sa capacit√© √† expliquer des exceptions ou des ph√©nom√®nes annexes. Le principe de falsification requiert du scientifique qu'√† partir du moment o√Ļ une exception est constat√©e exp√©rimentalement, et qu'elle peut √™tre r√©p√©t√©e pour infirmer la th√©orie, il doit construire une nouvelle explication, la plus simple possible, rendant compte de ce nouveau ph√©nom√®ne, et que cette nouvelle explication doit √™tre pr√©f√©r√©e √† l'ancienne.

Induction

Article d√©taill√© : Induction.

Une des r√©ponses √† la probl√©matique de la ¬ę La justification des r√©sultats scientifiques ¬Ľ repose sur la notion d'induction. Un raisonnement inductif consiste √† tenir pour vraie une assertion ou une th√©orie dans certains cas g√©n√©raux, sous la condition que l'assertion ou th√©orie ait √©t√© montr√©e comme vraie dans tous les cas observ√©s ad√©quats, c'est-√†-dire conformes √† la situation g√©n√©rale. De fait, apr√®s avoir men√© avec succ√®s une s√©rie d'exp√©rimentations sur la troisi√®me loi de Newton, il est justifi√© de maintenir cette loi pour vraie - quand bien m√™me elle peut √™tre infirm√©e.

Comprendre pourquoi l'induction est viable la plupart du temps a √©t√© longtemps source d'interrogations. On ne peut pas y utiliser la d√©duction, ce processus logique qui part des pr√©misses pour aboutir √† la conclusion, parce qu'il n'y a pas en induction de syllogismes qui le permettraient. Quel que soit le nombre de fois que les biologistes du XVIIe si√®cle ont observ√© des cygnes blancs, quelle que soit la vari√©t√© des lieux de ces observations, il n'existe pas de voie purement logique pour arriver √† la conclusion que tous les cygnes sont blancs. Ce qui revient grosso modo √† dire que cette conclusion peut √™tre tout √† fait fausse. De la m√™me mani√®re, rien n'interdit de penser que demain, il pourra √™tre observ√© une action n'entra√ģnant pas de r√©action ; la m√™me exp√©rience de pens√©e peut √™tre faite pour n'importe quelle loi scientifique.

Donner une r√©ponse concernant l'induction n√©cessite de changer de logique relationnelle, d'adopter d'autres arguments rationnels. La d√©duction autorise √† formuler une v√©rit√© particuli√®re en s'appuyant sur une v√©rit√© g√©n√©rale (par exemple ¬ę tous les corbeaux sont noirs ; ceci est un corbeau ; donc il est noir ¬Ľ), tandis que l'induction permet d'√©noncer une v√©rit√© g√©n√©rale - ou non - avec le soutien d'une tr√®s forte probabilit√© de v√©rit√©, tir√©e d'une s√©rie d'observations suffisante (par exemple ¬ę ceci est un corbeau et il est noir ; cet autre oiseau est un corbeau et il est noir ; ... ; tous nos exemples montrent que les corbeaux sont noirs en g√©n√©ral ¬Ľ).

Le probl√®me de l'induction a engendr√© un d√©bat consid√©rable et reste d'une importance capitale en philosophie des sciences : l'induction est-elle justifi√©e comme m√©thode scientifique, et si oui, comment et pourquoi ?

Réfutabilité

Karl Popper, dans Conjectures et réfutations, utilise la réfutabilité comme critère de scientificité. Une théorie qui n'est pas réfutable, c'est à dire dont les prédictions ne peuvent prises en défaut par l'expérimentation, n'est pas scientifique. Une science indépassable ne prouve rien.

Il n'est pas possible de d√©duire un √©nonc√© g√©n√©ral d'une s√©rie d'√©nonc√©s particuliers, mais il est tout √† fait possible d'infirmer un √©nonc√© g√©n√©ral si un seul cas particulier est d√©montr√© faux. Trouver un cygne noir est une raison suffisante de dire que l'√©nonc√© ¬ę tous les cygnes sont blancs ¬Ľ est faux.

La réfutabilité évince habilement le problème de l'induction, parce qu'elle n'utilise précisément pas de raisonnement inductif. Cependant, elle introduit une autre difficulté. Lorsqu'une observation vient contredire une loi, il est presque toujours possible d'introduire une extension théorique qui lui rendra son caractère de vérité scientifique. Par exemple, les ornithologistes ayant trouvé un cygne noir en Australie n'auraient eu qu'à dire que ce cygne n'était pas vraiment un cygne en construisant une nouvelle espèce ad hoc.

Le probl√®me intrins√®que de la r√©futabilit√© comme examen critique de la science est que les th√©ories scientifiques ne sont en fait jamais r√©futables. Il est toujours possible d'ajouter des hypoth√®ses ad hoc, pour sauver une loi. Cela signifie qu'√† partir du moment o√Ļ l'on souhaite rejeter une th√©orie scientifique, on doit faire intervenir un jugement de valeur.

Cohérence

L'induction et la falsification essayent toutes deux de justifier le discours scientifique en mettant en perspective plusieurs √©nonc√©s scientifiques les uns par rapport aux autres. Ces deux m√©thodes √©cartent le probl√®me du crit√®re de justification, chaque justification devant elle-m√™me √™tre justifi√©e, cela entra√ģnant un mouvement de recul illimit√©. Pour √©chapper √† ce probl√®me, on se tourne vers le fondationnalisme ou principe de certitude. Le fondationnalisme avance qu'il existe des √©nonc√©s fondamentaux qui ne requi√®rent pas de justifications. En fait, l'induction et la falsification sont des formes de fondationnalisme en ce qu'elles reposent sur des √©nonc√©s qui d√©rivent directement des observations.

Mais la mani√®re dont ces √©nonc√©s fondamentaux d√©rivent de l'exp√©rience d√©voile un probl√®me : l'observation est un acte cognitif, reposant sur notre compr√©hension r√©flexive, nos croyances, nos habitudes. Une observation telle que le passage de V√©nus devant le Soleil requiert un d√©ballage technique non n√©gligeable, ce qui implique des croyances auxiliaires en grand nombre : certitudes en la valeur de l'optique des t√©lescopes, de la m√©canique des t√©lescopes, compr√©hension de la m√©canique c√©leste... √Ä premi√®re vue, l'observation n'a rien de ¬ę simple ¬Ľ.

Le crit√®re de coh√©rence est une solution qui vient comme un principe de mise en relation des faits et des explications. Selon le principe de coh√©rence, des √©nonc√©s peuvent √™tre justifi√©s par leur appartenance √† un syst√®me coh√©rent d√©j√† √©rig√© selon le m√™me proc√©d√©. Dans le cas de la science, le syst√®me consid√©r√© est g√©n√©ralement constitu√© de l'ensemble des croyances dites scientifiques d'un individu ou d'un groupe de scientifiques. W. V. Quine a d√©fendu cette approche de la science, qui est celle majoritairement adopt√©e aujourd'hui, notamment en physique o√Ļ le souci d'unit√© et de g√©n√©ralit√© des lois est primordial. L'observation d'un passage de V√©nus devant le Soleil se justifie ensuite comme √©nonc√© scientifique par son ad√©quation coh√©rente avec nos croyances usuelles sur l'optique, les t√©lescopes et la m√©canique c√©leste. Si cette observation venait √† √™tre en discordance avec l'une de ces composantes n√©cessaires √† l'√©tablissement d'un √©nonc√© scientifique la concernant, alors un ajustement du syst√®me serait n√©cessaire pour √©vincer la contradiction.

Responsabilité sociale

L'infaillibilité scientifique

Une question cruciale en sciences est d'essayer de déterminer dans quelle mesure le bagage actuel des connaissances scientifiques peut être pris comme une explication véridique du monde physique dans lequel nous vivons. L'acceptation sans conditions de cette connaissance comme un savoir absolument vrai, c'est-à-dire non critiquable positivement, s'appelle le scientisme. La science se rapproche alors d'une théologie rationnelle.

Le qualificatif "scientifique" a longtemps été considéré par le grand public comme un gage de fiabilité absolue. Dans cette perception de la science qui se rapproche du scientisme, de nombreuses personnes ont été amenées à croire que les scientifiques font quotidiennement, dans leur travail, la preuve de l'infaillibilité.

Dans les soci√©t√©s la√Įques et impr√©gn√©es de techniques, la science dans sa diversit√© peut sembler apporter un arbitrage. Cela conduit malheureusement √† des abus sur le langage scientifique et la valeur objective de la science, √† des fins politiques ou commerciales. La science ne peut apporter des garde-fous que seule la coh√©sion sociale peut apporter selon des crit√®res √©thiques sur la nature de la r√©alit√© per√ßue.

Le décalage croissant entre le travail des scientifiques et la manière dont leurs travaux et résultats sont perçus par la société a conduit à effectuer des campagnes de communication ciblées, pour expliciter la notion de scepticisme scientifique et expliquer la méthode scientifique.

Par ailleurs, il faut distinguer les sciences et leurs applications pratiques. Autant une théorie scientifique peut sembler apporter des critères fiables de vérité, autant aujourd'hui les risques sont grands lorsque les applications techniques sont complexes et touchent un large public.

Responsabilité sociétale

Le philosophe Hans Jonas (Le Principe responsabilité, 1979) pointe la responsabilité que portent toutes les personnes de la société vis-à-vis des conditions d'application technique des sciences. De là découle le principe de précaution, dont l'application est si controversée.

Cette philosophie a engendr√© les principes de d√©veloppement durable, qui entrent progressivement dans les mŇďurs.

Article d√©taill√© : D√©veloppement durable.

On considère désormais que les entreprises ont le devoir de rendre compte des conséquences environnementales et sociales de leur activité auprès de la société civile (parties prenantes).

Article d√©taill√© : Responsabilit√© sociale des entreprises.

Critiques de la science

Paul Feyerabend dans son ouvrage ¬ę Contre la m√©thode : Esquisse d'une th√©orie anarchiste de la connaissance ¬Ľ a voulu montrer qu'il n'y a pas une seule description de la m√©thode scientifique qui puisse √™tre suffisamment large et g√©n√©rale pour englober l'ensemble des m√©thodes et approches utilis√©es par les scientifiques. Il a critiqu√© l'√©tablissement d'une m√©thode scientifique normative, au titre qu'un tel proc√©d√© ne pourrait que ralentir, voire r√©primer le progr√®s scientifique. Pour lui, le seul principe qui ne g√™ne pas l'activit√© scientifique est le laisser-faire. En effet aucune m√©thodologie (ni l'inductivisme, ni le falsificationnisme) ne s'accorde avec l'histoire de la physique. Toutes les m√©thodologies ayant leurs limites, une seule r√®gle survit, c'est ¬ę Tout est bon ¬Ľ. Mais attention, ¬ę Tout est bon ¬Ľ ne veut pas dire faire n'importe quoi ! La m√©thodologie selon lui ¬ę peut ¬Ľ fournir des crit√®res d'√©valuation qui permettent aux scientifiques de prendre des d√©cisions (ie: les Programmes de recherches chez Imre Lakatos), mais elles ne contiennent pas de r√®gles qui leur disent ce qu'il ¬ę faut faire ¬Ľ.

Voir aussi

Sources

  • Snyder, Paul, Toward One Science : The Convergence of Traditions, St Martin's Press, 1977, cloth (ISBN 0-312-81011-3), papier (ISBN 0-312-81012-1).
  • Van Fraassen, Bas C., The Scientific Image, Oxford : Clarendon Press, 1980, (ISBN 0-198-24427-4).
  • Boyd, R.; Paul Gasper; J. D. Trout, Ed. (1991) The Philosophy of Science. Cambridge, Massachusetts, Blackwell Publishers.
  • Ian Hacking, Entre science et r√©alit√© : La construction sociale de quoi ?, Paris, La D√©couverte, 2001
  • Harre, R. (1972) The Philosophies of Science : An Introductory Survey. London, Oxford University Press.
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  • Kremer-Marietti (1999; 2√® √©d. 2007), Philosophie des sciences de la nature. Paris, P.U.F., L'Harmattan.
  • Losee, J. (1998). A Historical Introduction to The Philosophy of Science. Oxford, Oxford University Press.
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  • Papineau, D. Ed. (1997). The Philosophy of Science. Oxford Readings in Philosophy. Oxford, Oxford University Press.
  • Rosenberg, A. (2000). Philosophy of Science : A Contemporary Introduction. LOndon, Routledge.
  • Salmon, M. H. et. al. (1999). Introduction to the Philosophy of Science : A Text By Members of the Department of the History and Philosophy of Science of the University of Pittsburgh. Indianapolis, Hacket Publishing Company.
  • Lecourt D. dir. (1999). Dictionnaire d‚Äôhistoire et philosophie des sciences, 4e r√©ed. augment√©e PUF/¬ę Quadrige ¬Ľ, 2006.
  • Lecourt D. (2001) La philosophie des sciences, 4e r√©ed. PUF/Que sais je ?, Paris, 2008.
  • Newton-Smith, W. H. Ed. (2001). A Companion To The Philosophy of Science. Blackwell Companions To Philosophy. Malden, Massachusetts, Blackwell Publishers.
  • Erwin Chargaff : "Le feu d'H√©raclite: sc√®ne d'une vie devant la nature", Ed V. Hany, 2006, (ISBN 2-87858-185-7)

Rapport Lecourt

Liens externes

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