Philippe VI de France

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Philippe VI de France
Philippe VI
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Philippe VI de Valois

Titre
Roi de France
1er fĂ©vrier 1328 – 22 aoĂ»t 1350
&&&&&&&&&&&0823822 ans, 6 mois et 21 jours
Couronnement 29 mai 1328,
en la cathédrale de Reims
Prédécesseur Charles IV
Successeur Jean II
Biographie
Dynastie Maison de Valois
Date de naissance 1293
Date de dĂ©cĂšs 22 aoĂ»t 1350 (Ă  56 ans)
Lieu de décÚs Nogent-le-Roi ou Coulombs (France)
PĂšre Charles de France,
comte de Valois
MĂšre Marguerite d'Anjou
Conjoint Jeanne de Bourgogne
(1313-1349)
Blanche de Navarre
(1349-1359)
Enfants Jean II Red crown.png
Marie de France
Louis de France
Louis de France
Jean de France
Philippe de France
Jeanne de France

Armes de France anciennes.png
Rois de France

Philippe VI de France, dit Philippe de Valois (nĂ© en 1293, mort le 22 aoĂ»t 1350)[1] Ă  Nogent le Roi, fut le premier roi de France de la branche collatĂ©rale des Valois.

Sommaire

Biographie

Article dĂ©taillĂ© : Arbre gĂ©nĂ©alogique des Valois.

SurnommĂ© le « roi trouvĂ© Â», ce sobriquet lui fut donnĂ© peu aprĂšs son couronnement lors de la bataille de Cassel du 23 aoĂ»t 1328 par les Flamands lesquels, avant la bataille, s'Ă©taient moquĂ©s du roi de France en peignant un coq sur leur Ă©tendard avec cette inscription : Quand ce cocq icy chantera, le Roy trouvĂ© cy entrera[2]

Son accession sur le trĂŽne de France en 1328 dĂ©coule d'un choix politique, fait en deux temps, Ă  la mort de Louis X le Hutin en 1316 puis Ă  celle de Charles IV en 1328, afin d'Ă©viter que la couronne ne passe dans les mains d'un « Ă©tranger Â». Édouard III d'Angleterre, pourtant petit-fils de Philippe le Bel, est ainsi Ă©vincĂ© au profit du neveu de ce dernier.

Lors de son avĂšnement, il doit aussi nĂ©gocier avec Jeanne II de Navarre (1311-1349), fille de Louis X le Hutin qui a Ă©tĂ© Ă©vincĂ©e de la couronne de France en 1316 pour motif qu'elle est une femme (avancement de la "loi salique") mais Ă©galement qu'elle est soupçonnĂ©e de batardise ou illĂ©gitimitĂ©, sa mĂšre ayant Ă©tĂ© compromise dans le scandale de la tour de Nesle quand elle Ă©tait mariĂ©e au dauphin, futur Louis X. Mais celle-ci revendique de maniĂšre parfaitement lĂ©gitime la couronne de Navarre et les comtĂ©s de Champagne et de Brie que Philippe le Bel tenait de son Ă©pouse Jeanne 1Ăšre de Navarre. N'Ă©tant pas lui-mĂȘme descendant et hĂ©ritier des rois de Navarre, comme l'Ă©taient ses prĂ©dĂ©cesseurs, Philippe VI restitue donc le royaume de Navarre Ă  son hĂ©ritiĂšre lĂ©gitime Jeanne de Navarre, mais refuse de lui cĂ©der la Champagne et la Brie redoutant d'ĂȘtre confrontĂ© Ă  un parti trop puissant.

S'il accĂšde Ă  la tĂȘte de l'État le plus puissant d'Occident, il gouverne dans une pĂ©riode de crise qui conduit Ă  la guerre de Cent Ans. Il manque de moyens financiers pour administrer son royaume, ce qui ne peut ĂȘtre obtenu que par la manipulation de la monnaie et des impĂŽts supplĂ©mentaires, lesquels ne sont tolĂ©rĂ©s qu'en pĂ©riode de guerre. Il doit asseoir au plus vite sa lĂ©gitimitĂ©. Il le fait en restaurant l'autoritĂ© royale en Flandre en Ă©crasant les rebelles Flamands lors de la bataille de Cassel le 23 aoĂ»t 1328.

Par une habile politique diplomatique et matrimoniale, il contribue à augmenter l'influence du royaume à l'Est du royaume de France. Il rachÚte le Dauphiné pour le compte de son petit-fils, remarie son fils à une héritiÚre potentielle de la Bourgogne et prend une option sur le comté de Provence.

En conflit larvĂ© avec le roi Édouard III d'Angleterre, il finit par obtenir de celui-ci l'hommage pour la Guyenne, mais leurs intrigues pour le contrĂŽle des Flandres, l'alliance franco-Ă©cossaise et la nĂ©cessitĂ© de justifier l'impĂŽt nĂ©cessaire au fonctionnement d'un État moderne, conduisent inexorablement Ă  la guerre de Cent Ans. Celle-ci commence de maniĂšre larvĂ©e, aucun des deux rois ne pouvant obtenir suffisamment de ressources fiscales pour mener Ă  bien leur ambition. La guerre se mĂšne par alliĂ©s interposĂ©s, hormis en Guyenne oĂč les forces françaises assiĂšgent Bordeaux mais doivent renoncer faute de vivres. De la mĂȘme maniĂšre si la flotte française est en grande partie dĂ©truite Ă  la bataille de l'Écluse en 1340, Édouard III ne peut concrĂ©tiser cette victoire sur terre et l'alliance germano-anglaise qu'il a organisĂ©e se disloque faute de pouvoir tenir ses promesses pĂ©cuniaires.

AprÚs la mort du duc Jean III de Bretagne, en avril 1341, un conflit successoral oppose Jean de Montfort à Charles de Blois pour la succession de Bretagne. Philippe VI arbitre en faveur de son neveu, Charles de Blois. Jean de Montfort s'allie aux Anglais, qui débarquent à Brest en 1342 et occupent l'est de la Bretagne, ce jusqu'en 1397.

Le vĂ©ritable tournant du conflit a lieu en juin 1344, quand Édouard III obtient du Parlement anglais des ressources fiscales importantes pour deux ans. Philippe ne peut rĂ©pondre qu'en recourant Ă  des mutations monĂ©taires qui entraĂźnent des dĂ©valuations trĂšs impopulaires car elles dĂ©stabilisent l'Ă©conomie. Fort de ses ressources financiĂšres, Édouard III est capable d'attaquer en force sur au moins deux fronts. Il regagne du terrain en Aquitaine et surtout inflige une dĂ©faite Ă©crasante Ă  Philippe Ă  la bataille de CrĂ©cy le 11 aoĂ»t 1346. Ce dernier n'a plus les moyens d'empĂȘcher le roi d'Angleterre de prendre Calais aprĂšs onze mois de siĂšge (1347).

C'est complÚtement discrédité et en pleine épidémie de peste qu'il meurt en 1350.

Jeunesse

Philippe de Valois est le fils aßné de Charles de Valois, frÚre cadet du roi Philippe le Bel, et de Marguerite d'Anjou (1273-1299). Il est donc cousin des trois fils de Philippe le Bel, (Louis X, Philippe V et Charles IV), lesquels se succÚdent sur le trÎne de France entre 1314 et 1328.

Philippe de Valois se marie en juillet 1313 avec Jeanne de Bourgogne (v. 1293-1349).

Succession de Charles IV le Bel

Article dĂ©taillĂ© : Succession de Charles IV le Bel.

« Le roi trouvĂ© Â»

Pour comprendre l'accession de Philippe VI au trĂŽne de France au dĂ©triment de Édouard III, il faut remonter en 1316. Cas inĂ©dit depuis Hugues Capet, Louis X meurt sans hĂ©ritier mĂąle : l’hĂ©ritier direct du royaume de France se trouve donc ĂȘtre Jeanne de Navarre, une fille mineure[3]. La dĂ©cision qui est prise Ă  ce moment est trĂšs importante, car elle devient coutume et sera Ă  nouveau appliquĂ©e lorsque la question dynastique se posera en 1328. L’infidĂ©litĂ© avĂ©rĂ©e de la reine Marguerite fait planer le risque qu'un prĂ©tendant au trĂŽne, pour lĂ©gitimer sa rĂ©volte, ne prenne pour prĂ©texte que la reine fĂ»t bĂątarde[4]. Le puissant Philippe de Poitiers, chevalier aguerri et formĂ© par son pĂšre au mĂ©tier de roi, s'impose comme rĂ©gent Ă  la mort de son frĂšre Louis X le Hutin. À la mort de Jean le Posthume il est considĂ©rĂ© par les grands comme le plus apte Ă  gouverner et se fait sacrer roi de France, consacrant l'Ă©viction de Jeanne[3] : si le choix du monarque français se fonde sur l'hĂ©rĂ©ditĂ© et le sacre, l’élection peut reprendre ses droits en cas de problĂšme.

Les Rois de la Guerre de Cent ans
Royaume de France en 1328      Possessions de Charles de Navarre      Ă‰tats pontificaux      Territoires contrĂŽlĂ©s par Édouard III      Zone d'influence Ă©conomique Anglaise      Zone d'influence culturelle Française

AprĂšs le court rĂšgne de Philippe V, mort sans hĂ©ritier mĂąle, c’est son plus jeune frĂšre, Charles IV, qui, bĂ©nĂ©ficiant du prĂ©cĂ©dent de son aĂźnĂ©, ceint Ă  son tour la couronne. Mais son rĂšgne dure Ă©galement peu de temps, et quand ce troisiĂšme et dernier fils de Philippe le Bel meurt sans descendant mĂąle en 1328, la question dynastique est la suivante : Jeanne de Navarre n'a pas encore de fils (Charles de Navarre ne naĂźt que quatre ans plus tard), Isabelle de France, derniĂšre fille de Philippe le Bel, a un fils, Édouard III, roi d’Angleterre. Peut-elle transmettre un droit qu’elle ne peut elle-mĂȘme exercer selon la coutume fixĂ©e dix ans plus tĂŽt ?

Édouard III pourrait ĂȘtre candidat, mais c’est Philippe VI de Valois qui est choisi[5]. Il est le fils de Charles de Valois, frĂšre cadet de Philippe le Bel et descend donc par les mĂąles de la lignĂ©e capĂ©tienne. Il s’agit d’un choix gĂ©opolitique et une claire expression d'une conscience nationale naissante : le refus de voir un Ă©ventuel Ă©tranger Ă©pouser la reine et diriger le pays[6]. Les pairs de France refusent de donner la couronne Ă  un roi Ă©tranger, suivant la mĂȘme logique de politique nationale que dix ans auparavant[7]. La nouvelle ne surprend pas en Angleterre, seule Isabelle de France qui est fille de Philippe le Bel proteste de cette dĂ©cision qui prive son fils de la couronne. Elle envoie deux Ă©vĂȘques Ă  Paris pour rĂ©clamer l'hĂ©ritage de son fils, mais ceux-ci ne sont mĂȘme pas reçus[8]. En outre, le parlement anglais rĂ©uni en 1329, dĂ©clare qu'Édouard n'a pas de droit Ă  la couronne et doit prĂȘter l'hommage pour l'Aquitaine[9]. De la mĂȘme maniĂšre Jeanne de Navarre, qui avait Ă©tĂ© Ă©vincĂ©e en 1316, reste candidate en 1328, son fils Charles qui est le descendant mĂąle le plus direct de Louis X ne naĂźt qu'en 1332 et ne peut a fortiori ĂȘtre candidat.

RĂ©gence

MalgrĂ© ses mariages successifs, Charles IV est toujours sans hĂ©ritier mĂąle lorsqu'il dĂ©cĂšde, Ă  Vincennes, le 1er fĂ©vrier 1328. Jeanne d'Évreux, sa veuve, Ă©tant enceinte, on attend avec impatience de savoir quel sera le sexe de l'enfant. Philippe de Valois est choisi comme rĂ©gent et a donc de grandes chances de devenir roi s'il s'avĂšre que c'est une fille. Il profite de la rĂ©gence pour neutraliser ses Ă©ventuels rivaux les plus menaçants, les Evreux-Navarre.

Succession de Navarre, Brie et Champagne

Sacre de Philippe VI, par Jean Froissart, Grandes Chroniques de France, Paris, BibliothĂšque nationale de France

À sa majoritĂ©, Jeanne aurait dĂ» confirmer sa renonciation Ă  la Navarre, Ă  la Champagne et Ă  la Brie. Philippe le Bel dĂ©tenait ces terres de sa femme Jeanne Ie de Navarre et Jeanne se trouve ĂȘtre leur descendante et hĂ©ritiĂšre directe (dans ce cas, le roi tenant ces terres par les femmes ne peut contester que leur transmission se fasse par les femmes). Jeanne est mariĂ©e Ă  Philippe d'Évreux (hĂ©ritier de la Couronne si la branche des Valois s'Ă©teignait) et peut compter sur le soutien inconditionnel des barons navarrais qui refusent que le royaume ne soit qu'une annexe gouvernĂ©e Ă  distance par le roi de France. Contre Philippe d'Évreux et sa femme, il y a les filles de Philippe V et de Charles IV qui ont tous deux Ă©tĂ© rois de Navarre. Elles rappellent n'avoir jamais renoncĂ© mĂȘme provisoirement Ă  leur hĂ©ritage et surtout n'avoir reçu aucune indemnisation. Elles ont elles aussi leurs champions. L'aĂźnĂ©e des filles de Philippe V a Ă©pousĂ© Eudes, duc de Bourgogne qui met son influence dans la balance. Sa mĂšre Ă©tait fille de Saint-Louis, le couple n'est donc pas Ă  prendre Ă  la lĂ©gĂšre. Quant aux enfants du dernier roi, ils ont pour champion leur propre mĂšre, la reine Jeanne d'Evreux. On voit donc lĂ  rĂ©apparaĂźtre cette famille d'Evreux qui est la premiĂšre branche collatĂ©rale de la maison de France mais porte Ă©galement les couleurs des CapĂ©tiens directs. Les Navarrais ont choisi leur camp, ils rĂ©clament la fille du fils aĂźnĂ© de leur ancienne reine pour souveraine, soit Jeanne de Navarre, femme de Philippe d'Évreux. Ils n'ont en effet pas le souci d'Ă©viter que leur couronne ne tombe entre les mains de souverains Ă©trangers imprĂ©visibles, eux qui ont vu leur couronne passer en un siĂšcle des Champenois aux CapĂ©tiens. De plus, les Navarrais ont mal supportĂ© de voir la femme de Philippe IV ne s'occuper, de la ville de Paris oĂč elle rĂ©side, que de la Champagne, ce qui s'explique par la proximitĂ© gĂ©ographique. Les souverains champenois s'Ă©taient installĂ©s dans leur royaume pyrĂ©nĂ©en, ce que les CapĂ©tiens ne feront pas, transformant la Navarre en un bout de France. Les Navarrais choisissent en fait l'indĂ©pendance. Philippe VI doit donc transiger : en avril 1328, le grand conseil assemblĂ© Ă  Saint-Germain-en-Laye laisse la Navarre Ă  Jeanne, mais refuse de cĂ©der la Champagne et la Brie, car cela ferait des Navarrais des prĂ©tendants trop puissants, prenant Paris en tenaille entre leurs terres normandes et champenoises. Une compensation est donc prĂ©vue mais n'est pas fixĂ©e. Les Evreux ont le tort d'accepter Ă  l'avance l'Ă©change qui sera fixĂ© en 1336: ils obtiennent seulement la baronnie de Mortain et, pour un temps seulement, le comtĂ© d'AngoulĂȘme. Le roi Ă©carte une terrible menace Ă  l'Est, mais le voilĂ  avec un second roi Ă©tranger (aprĂšs le roi d'Angleterre) possĂ©dant des terres en France, et qui rechignerait Ă  lui prĂ©senter l'hommage vassalique.

La reine Jeanne d'Évreux accouche d'une fille, Blanche, Philippe de Valois devient roi de France. Le dimanche 29 mai 1328, il est sacrĂ© Ă  Reims par l’archevĂȘque Guillaume de Trie. En tant que duc d'Aquitaine, Édouard III, pourtant pair de France, n’assiste pas Ă  la cĂ©rĂ©monie.

Premiers temps du rĂšgne

La bataille de Cassel

Article dĂ©taillĂ© : Bataille de Cassel (1328).
Les insurgés surprennent l'infanterie française à son campement, mais Philippe VI regroupe la chevalerie. Chroniques de Jean Froissart, Paris, BibliothÚque nationale de France.

Les positions du roi en Flandre peuvent paraĂźtre fortes. Les expĂ©ditions militaires du temps de Philippe IV le Bel sont oubliĂ©es, le long contentieux autour des clauses inapplicables du traitĂ© d'Athis de 1305 Ă©galement. Les "matines de Bruges" et le massacre de Courtrai Ă©taient par contre dans tous les esprits et ne donnaient pas envie Ă  la noblesse française de se frotter aux Flamands. L'adversaire le plus coriace du CapĂ©tien au temps de Robert de BĂ©thune, comte de Flandre, est son fils Louis Ier de Nevers, qui meurt quelques mois avant son pĂšre. À Robert de BĂ©thune succĂšde donc son petit-fils, Louis Ier de Flandre connu aussi sous les noms de Louis de Nevers, de Louis de Dampierre ou encore Louis de CrĂ©cy. Comte de Flandre en 1322, ce prince va jouer la carte royale et s'appuyer dĂ©libĂ©rĂ©ment Ă  l'intĂ©rieur sur l'aristocratie d'affaires, qui avait partie liĂ©e avec le roi de France. Son arriĂšre-grand-pĂšre Gui de Dampierre et son grand-pĂšre Robert de BĂ©thune avaient su jouer des tensions sociales engendrĂ©es par un dĂ©veloppement Ă©conomique axĂ© sur l'industrie textile contre les empiĂštements du pouvoir royal. Louis Ier de Flandre, alliĂ© au patriciat, sera une cible de choix quand se manifesteront les premiers remous sociaux.

Son accession Ă  la tĂȘte du comtĂ© de Flandre provoque en 1323 le mĂ©contentement de certains Flamands, mais ce n'est d'abord qu'un grondement diffus Ă  travers les campagnes de la Flandre maritime. Des officiers et des chĂątelains sont molestĂ©s. L'affaire change de dimension quand Bruges, grand port industriel riche de ses trente mille habitants et d'un mouvement portuaire favorable aux brassages des idĂ©es et des hommes, s'insurge.

Gand se range Ă©videmment dans le camp adverse de celui de Bruges. Les Gantois gardent un souvenir amer de ce qu'il avait coĂ»tĂ© aux villes flamandes de suivre Bruges en 1302. En revanche, Ypres suit Bruges par hostilitĂ© pour les Gantois, leurs concurrents dans l'industrie des draperies. Furnes, Dixmude, Poperingue s'allient Ă  Bruges. La guerre civile commence. L'audace du petit peuple est confortĂ© par le souvenir de Courtrai, oĂč la chevalerie française fut corrigĂ©e par tisserands et foulons. Les insurgĂ©s battent la campagne pendant cinq ans. Les villages brĂ»lent, les villes tremblent derriĂšre leurs murailles. Les collecteurs d'impĂŽts et tout homme du comte de Flandre se terrent s'ils n'ont pas fui. Les patriciens s'exilent, leurs maisons sont abattues. On ne compte plus les morts : les bourgeois sont Ă©gorgĂ©s aux coins des rues, paysans et artisans sont rossĂ©s Ă  leur domicile ou massacrĂ©s en bataille rangĂ©e.

Les problĂšmes sont aggravĂ©s par l'alourdissement des exigences fiscales du comte qui, en grossissant les moyens de son gouvernement, lui permettent de rĂ©sister Ă  l'administration tentaculaire du roi de France. Celle-ci se rajoute Ă  des rĂ©coltes difficiles qui conduisent Ă  la misĂšre, tandis que le chĂŽmage progresse Ă  cause de l'inadaptation des productions. L'Église n'Ă©chappe pas Ă  la fureur populaire.

En 1328, le comte de Flandre profite de l'hommage qu'il rendait Ă  son nouveau seigneur Philippe VI pour lui demander de l'aide. Il le relance lors de la cĂ©rĂ©monie du sacre de Philippe VI en juin. Philippe y voit l'occasion de renforcer sa lĂ©gitimitĂ© en restaurant l'ordre social bafouĂ© sur le champ. On profite du fait que l'ensemble des barons se retrouve Ă  Reims pour le sacre. Philippe veut marcher tout de suite contre les Flamands. Il convoque l'ost Ă  Arras pour le mois de juillet 1328 et va prendre l'oriflamme Ă  Saint-Denis. Gand attaque Bruges immobilisant pour la dĂ©fense de la ville une bonne partie des forces de l'insurrection. Comptant forcer l'ennemi Ă  le combattre en rase campagne et en terrain favorable Ă  sa cavalerie, le roi confie aux marĂ©chaux l'organisation d'une chevauchĂ©e qui pille et ravage la Flandre occidentale jusqu'aux portes de Bruges. Pendant ce temps, le gros de l'armĂ©e marche sur Cassel. La rencontre s'y fait le 23 aoĂ»t 1328. Les insurgĂ©s sont retranchĂ©s sur le mont Cassel, une butte haute de 157 mĂštres[10]. Ils voient de lĂ  leurs villages brĂ»ler et l'armĂ©e française qui se dĂ©ploie. La "bataille" du roi compte 29 banniĂšres, celle du comte d'Artois 22. Le souvenir de la bataille de Courtrai, oĂč en 1302 les piquiers flamands ont mis en piĂšces la chevalerie Française, est toujours prĂ©sent, et l'Ă©poque est marquĂ©e par la prĂ©Ă©minence de la dĂ©fense sur l'attaque. Philippe VI en est parfaitement conscient et se garde bien de faire charger sa cavalerie sans rĂ©flĂ©chir. Nicolaas Zannekin est le chef des insurgĂ©s. C'est un petit propriĂ©taire foncier qui veut jouer au chevalier. Il envoie des messagers pour proposer au roi de fixer "jour de bataille" mais on leur rĂ©pond par le mĂ©pris, considĂ©rant qu'ils Ă©taient "gens sans chef" tout juste bons Ă  rosser. Sans considĂ©ration pour cet adversaire de basse classe sociale, les chevaliers du roi dĂ©lacent leurs armures et prennent leurs aises dans leur campement[10]. Les insurgĂ©s ne l'entendant pas de cette oreille attaquent Ă  l'improviste, surprenant en pleine sieste l'infanterie laquelle ne doit son salut que dans la fuite. On retrouvera l'infanterie Ă  peu prĂšs groupĂ©e le lendemain Ă  Saint-Omer. L'alerte est donnĂ©e et le roi et ses chevaliers se ressaisissent vite. Le roi, en robe bleue brodĂ©e de fleurs de lys d'or et seulement coiffĂ© d'un chapeau de cuir, regroupe sa chevalerie et lance la contre-attaque dans le plus pur esprit chevaleresque payant de sa personne Ă  la tĂȘte de ses troupes[10]. Les chevaliers avaient perdu l'habitude de voir le roi s'exposer ainsi, ceci depuis la mort de Saint-Louis sous les murailles de Tunis. Son cri de ralliement : « qui m'aime me suive Â» est restĂ© cĂ©lĂšbre. La contre-attaque française contraint les insurgĂ©s Ă  se former en cercle, coude Ă  coude, ce qui leur interdit tout repli. À bout portant les arcs sont peu efficaces et c'est un vrai carnage. MenĂ©s par le comte de Hainaut, les chevaliers du roi entament une charge tournante autour du cercle faisant voler les tĂȘtes au bout de leurs longues Ă©pĂ©es. Il n'y a pas un survivant parmi les insurgĂ©s.

L'armĂ©e royale incendie Cassel. Ypres se soumet et Bruges suit[11]. Louis de Nevers reprend le contrĂŽle du comtĂ© dans le sang des exĂ©cutions capitales et Philippe VI en retire tout le prestige d'un roi chevalier : il assoit ainsi pleinement son autoritĂ© sur le trĂŽne. Plus encore, en se posant comme le dĂ©fenseur d'un de ses princes dont le pouvoir Ă©tait contestĂ© par ces temps de mutation, il devient le garant de l'ordre social fĂ©odal et obtient le soutien de ces puissants princes qui auraient pu contester sa lĂ©gitimitĂ© et son autoritĂ©. La lĂ©gitimitĂ© du Valois s'en trouve grandie. À partir de ce moment, l'Ă©ventuelle contestation de sa souverainetĂ© sur la Guyenne par Édouard III devient difficile[11].

Hommage d'Édouard III d'Angleterre

hommage d'Édouard III en 1329, Chroniques de Jean Froissart, Paris, Bibliothùque nationale de France.

Édouard III avait recouvrĂ© le duchĂ© de Guyenne perdu suite Ă  l'affaire de Saint-Sardos contre promesse d'une indemnitĂ© de guerre le 31 mars 1327. Mais encore fallait-il traduire cette dĂ©cision par des faits, et les faits sont que les officiers du roi de France tenaient toujours les places conquises trois ans plus tĂŽt. Du duchĂ© reconnu Ă  Henri III par le traitĂ© de Paris de 1259, son arriĂšre-petit-fils Édouard III ne conservait, de la Charente Ă  l'Adour, que les rĂ©gions cĂŽtiĂšres de Saintonge et de Gascogne. Bordeaux, place forte de l'Ă©conomie aquitaine, coupĂ© de son arriĂšre-pays, Ă©tait menacĂ© d'asphyxie. Tous les prĂ©textes sont bons aux officiers du roi de France pour retarder la remise des territoires rendus, secondĂ©s en cela par les vassaux aquitains du duc-roi qui jouaient la carte de l'autonomie favorisĂ©e par ces temporisations. Ces officiers tracassaient sans cesse les gens du duc-roi. La seule rĂ©plique du vassal humiliĂ© Ă©tait de tergiverser pour l'hommage.

Lors de l'avĂšnement de Philippe VI, celui-ci lui dĂ©pĂȘcha immĂ©diatement des ambassadeurs Ă  Londres pour rappeler l'obligation vassalique. L'idĂ©e de prĂȘter hommage Ă  son cousin, qui ne descend pas de Philippe le Bel, a tout pour lui dĂ©plaire, mĂȘme s'il n'imagine pas encore revendiquer la Couronne de France. Isabelle de France adopte une position intransigeante vis-Ă -vis de l'hommage pour la Guyenne, rĂ©pondant aux envoyĂ©s français qu'Édouard « qui Ă©tait nĂ© de roi, ne ferait jamais hommage Ă  un fils de comte Â». Le roi d'Angleterre, pourtant pair de France, n'assiste pas au sacre. Phillipe VI consulte son Conseil qui s'oppose Ă  la confiscation pour le moment mais dĂ©clare licite la saisie des revenus jusqu'Ă  l'hommage. Une nouvelle citation fut portĂ©e en Angleterre, engageant la procĂ©dure de confiscation. Édouard III, dont le pouvoir Ă©tait battu en brĂšche en Angleterre mĂȘme, ne voulait pas d'un conflit sur le continent. En outre, la victoire Ă©crasante de Philippe VI Ă  Cassel n'est pas pour rassurer les Anglais, qui n'ont pu opposer de dĂ©fense crĂ©dible de la Guyenne lors de la confiscation par Charles IV en 1323. Édouard se soumet donc et rend hommage le 6 juin 1329 Ă  la cathĂ©drale d'Amiens. Le roi d'Angleterre vient en grande compagnie, deux jours sont nĂ©cessaires pour faire passer de Douvres Ă  Wissant les chevaux de l'escorte. Le roi de France en fit de mĂȘme et la fĂȘte, qui dura huit jours, fut mĂ©morable. Froissart recueillit l'Ă©cho de la fĂȘte :

« Le roi Philippe Ă©tait tout appareillĂ© et pourvu pour le recevoir. Le roi de BohĂȘme, le roi de Navarre et le roi de Majorque Ă©taient prĂšs de lui, et si grand foison de ducs, de comtes et de barons que merveille serait Ă  rappeler. Car lĂ  Ă©taient tous les douze pairs de France, venus pour le roi d'Angleterre festoyer, et aussi pour ĂȘtre personnellement et faire tĂ©moin Ă  son hommage. Â»

Édouard III fit son hommage, les mains dans les mains de son seigneur le roi Philippe VI. Ce dernier fait consigner que cet hommage n'est pas prĂȘtĂ© pour l'Agenais, dĂ©tachĂ© du duchĂ© de Guyenne par Charles IV. Édouard III proteste que son hommage n'implique pas qu'il renonce Ă  revendiquer ces terres, et qu'il ne s'agit pas d'un hommage lige. Son porte-parole, l'Ă©vĂȘque de Lincoln, fait un discours de protestation prĂ©sentant la liste des arguments juridiques contre l'hommage lige[12]. L'hommage Ă©tait trop incertain au goĂ»t du roi de France qui met Ă  l'Ă©tude le projet d'un nouvel hommage plus significatif. Une confĂ©rence d'experts se rĂ©unit en fĂ©vrier 1330 Ă  Paris. Édouard III de son cĂŽtĂ© recherche dans ses archives Ă  quoi son hommage l'a engagĂ©. Chacun des deux rois voulait gagner du temps pour mieux assurer leurs couronnes.

Philippe donne Ă  Édouard jusqu'au 30 juillet 1330 pour revenir lui prĂȘter l'hommage lige selon le protocole bien Ă©tabli. En juillet 1330, on frĂŽle l'accord, mais finalement Édouard III refuse de comparaĂźtre devant le Parlement. Les Anglais rĂ©clament que les territoires saisis pendant la guerre de Saint-Sardos leur soient rendus. Philippe refuse catĂ©goriquement et fixe une nouvelle date butoir portĂ©e au 15 dĂ©cembre 1330, la mĂ©diation du pape Jean XXII ayant empĂȘchĂ© le dĂ©clenchement du conflit. Devant un nouveau refus, le roi de France charge son frĂšre Charles II d'Alençon de s'emparer de la ville de Saintes dont il fait raser le chĂąteau aprĂšs avoir mis Ă  sac la ville. AprĂšs avoir Ă©vincĂ© sa mĂšre et Roger Mortimer, lesquels gouvernaient le royaume d'Angleterre en tant que rĂ©gents, Édouard III prend en main les affaires. Il fait amende honorable et, le 30 mars 1331, envoie une ambassade porteuse d'un acte scellĂ© au roi de France lui annonçant que son hommage rendu Ă  Amiens peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un hommage lige :

« Pour qu'au temps Ă  venir il n'y ait jamais discorde ni question Ă  faire le dit hommage, nous promettons en bonne foi, pour nous et nos successeurs ducs de Guyenne qui seront pour le temps, que le dit hommage se fera en cette maniĂšre : Le roi d'Angleterre, duc de Guyenne, tiendra ses mains entre les mains du roi de France. Et celui qui adressera les paroles au roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine, et qui parlera pour le roi de France, dira ainsi : « Vous devenez homme lige au roi de France, mon seigneur, qui ci est, comme duc de Guyenne et pair de France, et vous lui promettez foi et loyautĂ© porter ! Dites: voire ! Â» Et le roi d'Angleterre, duc de Guyenne, et ses successeurs diront : Voire ! Et lors, le roi de France recevra le dit roi d'Angleterre et duc de Guyenne au dit hommage lige, Ă  la foi et Ă  la bouche, Ă©tant saufs son droit et le droit d'autrui... Ainsi sera fait et renouvelĂ© toutes les fois que l'hommage se fera. Et de ce, fait le dit hommage, nous et nos successeurs ducs de Guyenne baillerons lettres patentes scellĂ©es de notre grand sceau si le roi de France le requiert[13]. Â»

Édouard III passe en France dĂ©guisĂ© en marchand et accompagnĂ© de quinze chevaliers seulement pour dĂ©jouer la surveillance de ses barons. Il s'embarque Ă  Douvres et explique son absence par un dĂ©part en pĂšlerinage. En avril 1331, prĂšs de Pont-Sainte-Maxence, il a une entrevue secrĂšte avec Philippe VI. Il y confirme que l'hommage fut dĂ©cidĂ©ment lige. Philippe se montre conciliant, il retire son armĂ©e de Saintes et promet une indemnisation pour le sac de la ville[14]. Édouard III obtient encore de ne pas raser les forteresses que la trĂȘve de 1327 lui faisait obligation de dĂ©molir. Ce qu'il abandonne sur les principes, il le rĂ©cupĂ©re donc sur le terrain. Cinq jours plus tard, il est de retour Ă  Douvres.

Mais, assemblĂ© Ă  Winchester en septembre 1331, le Parlement anglais juge que le PlantagenĂȘt ne peut se contenter d'une Guyenne amputĂ©e. Le roi avait besoin de ce Parlement qui votait les crĂ©dits de guerre lorsque les choses tournaient mal sur le continent. Il poursuit donc les nĂ©gociations, en espĂ©rant obtenir l'Agenais. Les ambassades anglaises se multiplient Ă  Paris, tandis que les incidents se multiplient sur le terrain. On frĂŽle une guerre dont personne ne veut Ă  de nombreuses reprises. Les officiers du roi de France malmĂšnent en Saintonge les marchands londoniens et taxent indĂ»ment leurs cargaisons de vin sur la Garonne. Un bateau de pĂȘche français est pillĂ© par les gens de Douvres. En reprĂ©sailles, un bateau de Douvres relĂąchant Ă  Calais est saisi. La restitution des chĂąteaux pris naguĂšre par Charles de Valois traĂźne en longueur.

En 1334, on croit la paix faite. L'archevĂȘque de CantorbĂ©ry et les autres ambassadeurs anglais regagnent leurs hĂŽtels parisiens sous les acclamations du peuple lorsqu'ils sont rappelĂ©s par le roi de France qui prĂ©cise que l'Écosse de David Bruce est comprise dans la paix. Le sujet n'avait jamais Ă©tĂ© Ă©voquĂ© jusque lĂ . Les ambassadeurs n'avaient obtenu aucun pouvoir pour nĂ©gocier sur l'affaire d'Écosse. Ils repartent pour Londres avec le sentiment d'avoir Ă©tĂ© flouĂ©s.

DisgrĂące de Robert d'Artois

L'affaire de Robert d'Artois, cependant, procure Ă  Philippe VI un ennemi nouveau, totalement Ă©tranger aux rivalitĂ©s qui se manifestent autour de la couronne de France, mais portĂ© Ă  s'en mĂȘler pour venger sa propre frustration.

Son pÚre étant décédé en 1298 de ses blessures subies à la bataille de Furnes, Robert d'Artois, à la mort en juillet 1302 de son grand-pÚre Robert II, fut écarté de la succession au profit de sa tante Mahaut. Elle lui fut préférée de par la coutume d'Artois qui privilégie l'héritage des enfants, fille ou garçon, sur les petits-enfants. Louis IX, en donnant l'apanage d'Artois à son frÚre Robert Ier, n'avait nullement stipulé qu'il fût réservé aux mùles. On sait qu'une telle clause n'apparaßt dans le droit dynastique français que, pour le Poitou, le jour de la mort de Philippe le Bel. De plus, le roi et les pairs privilégiÚrent Mahaut, une puissante femme mariée à un homme précieux, Othon IV de Bourgogne. Ce dernier, prince désabusé, allait laisser le Capétien mettre la main, presque sans coup férir, sur cette terre d'empire inespérée qu'était le comté de Bourgogne, autrement dit la Franche-Comté.

Robert d'Artois, se contentant difficilement du comtĂ© de Beaumont-le-Roger, ne manque pas une occasion de se dĂ©clarer spoliĂ©. En 1316, dans le grand mouvement d'agitation fĂ©odale, il est Ă  la tĂȘte des barons d'Artois en lutte contre la comtesse. Il obtient du roi Philippe V une enquĂȘte, qui aboutit fĂącheusement pour lui Ă  confirmer la dĂ©cision de 1302. En mai 1318, la Cour des pairs le dĂ©boute Ă  nouveau de ses prĂ©tentions au comtĂ©.

MalgrĂ© tout, Robert d'Artois devient, et pour longtemps, une personne influente Ă  la cour. Philippe V a beau ĂȘtre le gendre de Mahaut, il charge Robert d'Artois de diverses missions. Quand meurt Philippe V, son frĂšre Charles IV lui succĂšde et, Ă  son tour, le comble de faveurs et de cadeaux. En 1318, un brillant mariage le fait gendre de Charles de Valois et de feue Catherine de Courtenay, l'hĂ©ritiĂšre du titre impĂ©rial de Constantinople. Il devient donc beau-frĂšre de Philippe de Valois, futur roi de France sous le nom de Philippe VI. Il est d'ailleurs de ceux qui ont portĂ© bien haut les couleurs du comte de Valois au Conseil de fĂ©vrier 1328. Philippe VI s'en souvient : il le fait pair de France, il lui donne pension sur pension. Au Conseil, Robert d'Artois est Ă©coutĂ©. Pour l'opinion publique et pour les pairs, il est l'homme du roi, mais il ne souhaite pas se contenter de cette position avantageuse.

Il juge le temps venu de reprendre sa vieille querelle contre sa tante Mahaut. Il sent que la faveur a tournĂ© depuis 1302 et 1318, et il y a de plus du nouveau dans un domaine oĂč la coutume fait la loi. En effet, le comte de Flandre Robert de BĂ©thune vient de laisser son comtĂ© Ă  Louis de Nevers, l'aĂźnĂ© de ses petits-fils, et non Ă  ceux de ses fils qui ont survĂ©cu Ă  leur aĂźnĂ©. Il peut donc lĂ©gitimement faire valoir ses droits Ă  partir de ce prĂ©cĂ©dent. Il met de son cĂŽtĂ© le duc de Bretagne et le comte d'Alençon, frĂšre du roi. Il s'acoquine avec ceux que l'autoritarisme de Mahaut a jetĂ©s, en Artois mĂȘme, dans une sorte de complot permanent.

Jeanne de Divion, ancienne maßtresse de Thierry d'Hirson, puissant conseiller de la comtesse Mahaut, lui offre à point ses services. Elle lui procure des témoins et des documents pour prouver qu'au mariage de son pÚre Philippe d'Artois, son grand-pÚre le comte Robert II, n'ayant pas d'autres enfants mùles, a manifesté la volonté que la succession du comté d'Artois aille à la descendance de son fils Philippe plutÎt qu'à sa fille Mahaut.

À la mort de Mahaut en novembre 1329, le roi de France prend le comtĂ© d'Artois sous sa garde en attendant une sentence dĂ©finitive de la Cour assemblĂ©e en faveur de Robert d'Artois. C'est un baron brouillĂ© avec la vieille comtesse dĂ©funte, Ferri de Picquigny, qui est chargĂ© par le roi de gouverner l'hĂ©ritage en instance. La rivale de Robert d'Artois, fille et hĂ©ritiĂšre de Mahaut, est Jeanne d'Artois, la veuve du roi Philippe V, jadis impliquĂ©e dans l'adultĂšre de ses sƓur et belle-sƓur (cf Affaire de la tour de Nesle). Elle est admise Ă  prĂȘter un hommage provisoire mais meurt peu aprĂšs en janvier 1330. Cette mort arrange fort Ă  point les affaires de Robert d'Artois (d'aucuns diront qu'elle l'arrangeait trop pour ĂȘtre naturelle). Elle arrange aussi celles du duc Eudes IV de Bourgogne, le principal adversaire de Robert Ă  la Cour des pairs, dont la femme, Jeanne III de Bourgogne, fille de Jeanne d'Artois et du roi Philippe V, devient hĂ©ritiĂšre du comtĂ© d'Artois si Robert est Ă  nouveau dĂ©boutĂ©.

L'affaire est tellement embrouillée que le roi Philippe VI envisage un moment la pire des solutions. Il songe à garder pour lui l'Artois et à indemniser tous les ayants-droit, Robert d'Artois et Eudes IV de Bourgogne. Mais les états d'Artois refusent de voter l'impÎt pour régler ces indemnités, et provoquer ainsi l'annexion de l'Artois au royaume de France.

Il faut donc en finir avec le procĂšs. Le 14 dĂ©cembre 1330, les clercs du Parlement font Ă  l'audience l'expertise des documents fournis par Robert d'Artois Ă  l'appui de ses dires. Ils se rĂ©vĂšlent ĂȘtre des faux grossiers. Le faussaire est dĂ©noncĂ©, c'est Jeanne de Divion.

C'est le tollĂ©, les appuis du comte l'abandonnent, tout comme le roi. Le duc Eudes IV de Bourgogne et son beau-frĂšre, le comte de Flandre Louis de Nevers triomphent. La Cour rend immĂ©diatement un premier arrĂȘt au civil donnant tort Ă  Robert. Il perd donc pour la troisiĂšme fois. Une action au criminel commence, la confection de faux actes royaux Ă©tant un crime de lĂšse-majestĂ©. Le roi ne peut transiger avec ceux qui ruinent l'un des moyens essentiels d'expression de sa puissance souveraine, ie la juridiction se traduisant par le scellement d'actes authentiques. Le 6 octobre 1331, Jeanne de Divion est brĂ»lĂ©e sur le bĂ»cher. Robert d'Artois, dont on pouvait deviner qu'il serait citĂ© Ă  comparaĂźtre, prĂ©fĂšre s'Ă©clipser. La production de faux est passĂ©e pour l'aveu d'une cause indĂ©fendable. Rares sont ceux qui, tels l'abbĂ© de VĂ©zelay, affirment au prince que, faux documents ou pas, ses droits sur l'Artois sont fondĂ©s.

Robert d'Artois est Ă©galement ruinĂ©. Le 6 avril 1332, la Cour des pairs le condamne au bannissement. Seul parmi tous les pairs, le duc Jean III de Bretagne a votĂ© contre la sentence. Robert d'Artois choisit, aprĂšs s'ĂȘtre retrouvĂ© Ă  Namur, Louvain, Bruxelles et mĂȘme Ă  Avignon, de porter sa clientĂšle en Angleterre. Si quelqu'un peut ĂȘtre un jour l'instrument de la vengeance du comte Robert, c'est bien Édouard III. Car Robert ne s'avoue pas vaincu : « Par moi a Ă©tĂ© roi. Et par moi en sera dĂ©mis. Â»

DĂ©guisĂ© en marchand, il atteint au printemps 1334[15] ou en dĂ©cembre 1336[16] l'Angleterre et commence son travail de sape. Il affirme au roi d'Angleterre que le fils d'Isabelle de France est plus proche hĂ©ritier des CapĂ©tiens que le comte de Valois. Édouard n'avait pas besoin qu'on le lui dise pour le penser. Il n'empĂȘche que les propos de Robert avivent son ambition.

Politique d'expansion Ă  l'est

Royaume de France en 1328      Possessions de Charles de Navarre      Ă‰tats pontificaux      Territoires contrĂŽlĂ©s par Édouard III      Zone d'influence Ă©conomique Anglaise      Zone d'influence culturelle Française

Depuis Saint Louis, la modernisation du systĂšme juridique attire dans la sphĂšre culturelle française de nombreuses rĂ©gions limitrophes. En particulier en terres d'Empire, les villes du DauphinĂ© ou du comtĂ© de Bourgogne (future Franche-ComtĂ©) recourent depuis Saint Louis Ă  la justice royale pour rĂ©gler des litiges. Le roi envoie par exemple le bailli de MĂącon, qui intervient Ă  Lyon pour rĂ©gler des diffĂ©rends, comme le sĂ©nĂ©chal de Beaucaire intervient Ă  Vivier ou Ă  Valence[17]. Ainsi, la cour de Philippe VI est largement cosmopolite : beaucoup de seigneurs tels le connĂ©table de Brienne ont des possessions Ă  cheval sur plusieurs royaumes. Les rois de France Ă©largissent l'influence culturelle du royaume en attirant Ă  leur cour la noblesse de ces rĂ©gions en lui allouant des rentes et en se livrant Ă  une habile politique matrimoniale. Ainsi, les comtes de Savoie prĂȘtent hommage au roi de France contre l'octroi de pensions. Jean de Luxembourg, dit l'Aveugle, roi de BohĂȘme, est un habituĂ© de la cour de France tout comme son fils Venceslas, le futur empereur Charles IV[18].

En 1330, le conflit entre le pape Jean XXII et l'empereur Louis IV tourne Ă  l'avantage du premier. Louis IV, excommuniĂ©, tente de nommer un antipape mais, se retrouvant discrĂ©ditĂ©, est obligĂ© de quitter l'Italie oĂč il n'a plus de soutien. Le roi de France y voit l'occasion d'Ă©tendre son royaume Ă  l'est, et de prendre plus particuliĂšrement le contrĂŽle de l'axe Rhodanien car il est l'une des principales voies de commerce entre l'Europe du Nord et la MĂ©diterranĂ©e. Ainsi, le DauphinĂ©, la Provence ou le comtĂ© de Bourgogne sont fortement convoitĂ©s par les rois de France.

Mariage de Jean le Bon

Articles dĂ©taillĂ©s : Louis IV du Saint-Empire et Jean XXII.

L'accession au trĂŽne de Philippe VI s'Ă©tant faite au dĂ©triment d'Édouard III, pourtant petit-fils de Philippe le Bel, le nouveau roi doit donc impĂ©rativement asseoir la lĂ©gitimitĂ© de sa dynastie. À son avĂšnement, au printemps 1328, Jean le Bon, alors ĂągĂ© de neuf ans, est son seul fils vivant. En 1332, naĂźt Charles de Navarre, prĂ©tendant plus direct qu'Édouard III Ă  la couronne de France. Philippe VI dĂ©cide donc de marier rapidement son fils - alors ĂągĂ© de treize ans - pour nouer l'alliance matrimoniale la plus prestigieuse possible et de lui confier un apanage (la Normandie). Il envisage un temps de l'unir Ă  AliĂ©nor sƓur du roi d'Angleterre.

Mais, c'est à l'est que Philippe VI trouve une alliance matrimoniale prestigieuse. Jean de Luxembourg est le fils de l'empereur Henri VII, mais il a été évincé de l'élection impériale en raison de son jeune ùge. Avide de projets grandioses, il est particuliÚrement dispendieux et chroniquement endetté. Il cadre parfaitement avec les projets d'expansion vers l'Est du royaume de France aux dépens du Saint-Empire, lequel est au plus bas de sa puissance politique, et tout est fait de la part du monarque français pour le fidéliser: il est pensionné à la cour de France qu'il fréquente assidument[18]. Le conflit entre le Saint-Empire et la papauté d'Avignon vient de tourner à l'avantage du pape Jean XXII et donne l'occasion à Philippe VI et Jean de BohÚme de sceller leur alliance de maniÚre bénéfique pour les deux parties. Le départ forcé de l'empereur Louis IV d'Italie permet au roi de BohÚme Jean de Luxembourg de mettre la main sur plusieurs villes italiennes ce qui le met en position forte pour régner sur un royaume guelfe en Italie du Nord subordonné à l'autorité pontificale équivalent au royaume de Naples pour l'Italie du Sud. Cela permettrait aussi de limiter les possibilités pour Robert d'Anjou, roi de Naples, de soumettre la papauté à un véritable protectorat[19]. Pour ce faire le roi de BohÚme à besoin du soutien diplomatique du plus puissant souverain d'Occident: le roi de France.

En janvier 1332, Philippe VI invite Jean de Luxembourg pour lui proposer un traitĂ© d'alliance qui serait cimentĂ© par le mariage d'une des filles du roi de BohĂȘme avec son fils Jean. Le roi de BohĂȘme, qui a des visĂ©es sur la Lombardie et a besoin du soutien diplomatique français, accepte cet accord. Les clauses militaires du traitĂ© de Fontainebleau stipulent qu'en cas de guerre, le roi de BohĂȘme se joindrait Ă  l'armĂ©e du roi de France avec quatre cents hommes d'armes si le conflit se dĂ©roule en Champagne ou dans l'AmiĂ©nois ; avec trois cents hommes, si le thĂ©Ăątre des opĂ©rations est plus Ă©loignĂ©. Les clauses politiques prĂ©voient que la Couronne lombarde ne serait pas contestĂ©e au roi de BohĂȘme s'il parvient Ă  la conquĂ©rir ; et que s'il peut disposer du royaume d'Arles, celui-ci reviendrait Ă  la France. Par ailleurs, le traitĂ© entĂ©rine le statu quo concernant les avancĂ©es françaises en terre d'Empire. Le choix est laissĂ© au roi de France entre les deux filles du roi de BohĂȘme. Il choisit Bonne comme Ă©pouse car celle-ci, Ă©tant en Ăąge de procrĂ©er (elle a 16 ans et sa sƓur Anne 9), peut lui donner un fils. La dot est fixĂ©e Ă  120 000 florins.

Les clauses militaires du traitĂ© de Fontainebleau stipulent qu'en cas de guerre, le roi de BohĂȘme devra se joindre Ă  l'armĂ©e du roi de France avec quatre cents hommes d'armes si le conflit se dĂ©roule en Champagne ou dans l'AmiĂ©nois ; avec trois cents hommes, si le thĂ©Ăątre des opĂ©rations est plus Ă©loignĂ©. Les clauses politiques prĂ©voient que la Couronne lombarde ne serait pas contestĂ©e au roi de BohĂȘme s'il parvient Ă  la conquĂ©rir ; et que s'il peut disposer du royaume d'Arles, celui-ci reviendrait Ă  la France. Enfin la ville de Lucques est cĂ©dĂ©e au roi de France. Mais Robert d'Anjou, roi de Naples et comte de Provence, ne peut qu’ĂȘtre hostile Ă  ce projet soutenu par Jean XXII. Surtout que les villes italiennes, ayant depuis longtemps goĂ»tĂ© Ă  leur indĂ©pendance, il n'est plus possible dans les faits de leur imposer leur soumission Ă  un royaume guelfe comme c'est le cas en Italie du sud. Guelfes et Gibelins s'allient et crĂ©ent une ligue Ă  Ferrare qui met Ă  mal les forces de Jean de Luxembourg et de Bertrand du Pouget[20]. Brescia, Bergame, ModĂšne et Pavie retombent Ă  l'automne 1332 aux mains des Visconti. Jean de Luxembourg retourne en BohĂšme en 1333 et Bertrand du Pouget est chassĂ© de Bologne par une insurrection en 1334[21].

Acquisition du Dauphiné

Le comte Humbert II, ruiné du fait de son incapacité à lever l'impÎt[22] et sans héritier aprÚs la mort de son fils unique, vend le Dauphiné[23], terre du Saint-Empire romain germanique. Ni le pape ni l'empereur ne se portant acquéreurs, l'affaire est conclue avec Philippe VI.

Selon l'accord, il doit revenir à un fils du futur roi Jean le Bon. C'est donc Charles V, en tant que fils aßné de ce dernier, qui devient le dauphin. Il n'a que onze ans, mais est immédiatement confronté à l'exercice du pouvoir.

Le contrÎle du Dauphiné est précieux pour le royaume de France car il occupe la vallée du RhÎne, un axe commercial majeur entre Méditerranée et nord de l'Europe depuis l'Antiquité, les mettant en contact direct avec Avignon, ville papale et centre diplomatique incontournable de l'Europe médiévale.

Philippe VI veut rĂ©cupĂ©rer le duchĂ© de Guyenne, qui fait partie territorialement du royaume de France, mais qui est une possession du roi d'Angleterre. Édouard III revendique la couronne de France, ce qui dĂ©clenche la guerre de Cent Ans.

Le roi de France confisque alors la Guyenne et met en place une stratĂ©gie de blocus maritime pour faire plier Édouard III : l'Angleterre est trĂšs dĂ©pendante du commerce des vins du Sud de la France, des importations de sel de Bretagne et de Poitou et des exportations de laine vers les Flandres. Les Français et leurs mercenaires gĂ©nois perdent la maĂźtrise maritime Ă  la bataille de l'Écluse en 1340.

La marche Ă  la guerre

Causes culturelles, démographiques, économiques et sociales du conflit

Alors que, sous l’effet des progrĂšs des techniques agraires et des dĂ©frichements, la population s’accroĂźt en Occident depuis le Xe siĂšcle, il est atteint un seuil qui dĂ©passe les capacitĂ©s de productions agricoles dans certaines zones d’Europe dĂšs la fin du XIIIe siĂšcle. Avec le jeu des partages successoraux les parcelles se rĂ©duisent : elles n’ont plus en 1310 que le tiers de leur superficie moyenne de 1240[24]. Certaines rĂ©gions comme les Flandres sont en surpopulation et essayent de gagner des terres cultivables sur la mer. NĂ©anmoins, pour couvrir leurs besoins, elles optent pour une Ă©conomie de commerce permettant d’importer les denrĂ©es agricoles. En Angleterre, dĂšs 1279, 46 % des paysans ne disposent que d’une superficie cultivable infĂ©rieure Ă  5 hectares. Or, pour nourrir une famille de 5 personnes, il faut de 4 Ă  5 hectares[24]. La population rurale s’appauvrit, le prix des produits agricoles baisse et les revenus fiscaux de la noblesse diminuent alors que la pression fiscale augmente et donc les tensions avec la population rurale. Beaucoup de paysans tentent donc leur chance comme saisonniers dans les villes pour des salaires trĂšs faibles engendrant aussi des tensions sociales en milieu urbain. Le refroidissement climatique[25] provoque de mauvaises rĂ©coltes qui se traduisent du fait de la pression dĂ©mographique en famines (lesquelles avaient disparu depuis le XIIe siĂšcle) dans le nord de l’Europe en 1314, 1315 et 1316 : Ypres perd 10 % de sa population et Bruges 5 % en 1316[24].

La noblesse doit compenser la diminution de ses revenus fonciers et la guerre en est un excellent moyen : par les rançons perçues aprĂšs capture d’un adversaire, le pillage et l’augmentation des impĂŽts justifiĂ©e par la guerre. C’est ainsi que la noblesse pousse Ă  la guerre et particuliĂšrement la noblesse anglaise dont les revenus fonciers sont les plus touchĂ©s[26]. Philippe VI a besoin de renflouer les caisses de l'État et une guerre permettrait de lever des impĂŽts exceptionnels.

Le conflit Ă©cossais

En dĂ©barquant Ă  la tĂȘte d'une armĂ©e privĂ©e le 6 aoĂ»t 1332 dans le comtĂ© de Fife au Nord-Ouest de l'Écosse, Édouard Balliol, le fils de l'ex-roi pro-anglais John Balliol, ravive le conflit anglo-Ă©cossais[27]. Depuis 1296, profitant de la mort d’Alexandre III sans hĂ©ritier mĂąle et d’une tentative de prise de contrĂŽle par mariage, l’Angleterre considĂšre l’Écosse comme un État vassal. Cependant, les Écossais ont contractĂ© avec la France la Auld Alliance le 23 octobre 1295. Philippe le Bel joue des Écossais contre Édouard Ier d'Angleterre, Ă  qui le fait d'avoir arbitrĂ© en faveur de John Baillol la difficile succession de Marguerite d'Écosse ne procurait mĂȘme pas la fidĂ©litĂ© de ce roi-vassal. Le roi de France Ă©tait intervenu en faveur de Balliol vaincu et avait obtenu sa libĂ©ration. William Wallace, chef des barons insurgĂ©s contre la tutelle anglaise, trouve refuge en France aprĂšs sa dĂ©faite de 1298. Le chancelier Pierre Flote menace tout ensemble le pape Boniface VIII et les nĂ©gociateurs anglais, lors d'une mĂ©diation du Saint-SiĂšge, d'intervenir directement en Écosse si le roi d'Angleterre s'obstine Ă  soutenir les insurgĂ©s flamands. Les annĂ©es suivantes marquent un revirement, la paix franco-anglaise et la succession des princesses capĂ©tiennes sur le trĂŽne d'Angleterre dissuadent le roi de France d'interventions trop voyantes en faveur des rebelles Ă©cossais. En 1305, Philippe le Bel laisse prendre et exĂ©cuter Wallace. L'abcĂšs de fixation que fut l'Écosse de Robert Bruce pour Édouard Ier assura Ă  la France une relative tranquillitĂ©. Conflits de frontiĂšres, brĂšves expĂ©ditions militaires, harcĂšlement sur le terrain se succĂšdent. Robert Bruce (futur Robert Ier d’Écosse) finit, lors de la bataille de Bannockburn en 1314, par Ă©craser la chevalerie anglaise, pourtant trĂšs supĂ©rieure en nombre, grĂące Ă  ses piquiers qui, en fichant leurs lances dans le sol, peuvent briser les charges de cavalerie comme l'ont fait les Flamands contre les Français Ă  la bataille de Courtrai[28]. Ces formations de piquiers peuvent ĂȘtre utilisĂ©es de maniĂšre offensive Ă  la maniĂšre des phalanges grecques (la formation serrĂ©e permet de cumuler l'Ă©nergie cinĂ©tique de tous les combattants qui peuvent renverser l'infanterie adverse) et ont disloquĂ© les rangs anglais, leur infligeant une sĂ©vĂšre dĂ©faite. En 1328, Robert Bruce est reconnu roi d'Écosse par le traitĂ© de Northampton. Mais Ă  la mort de ce dernier en 1329 David II n'a que huit ans et l'occasion est belle pour Édouard Balliol de rĂ©clamer la couronne[27].

AprĂšs le dĂ©sastre de Bannockburn, les Anglais prennent acte de la fin de la supĂ©rioritĂ© de la chevalerie sur les champs de bataille et mettent au point de nouvelles tactiques. Le roi Édouard Ier d’Angleterre instaure ainsi une loi qui incite les archers Ă  s’entraĂźner le dimanche en bannissant l’usage des autres sports ; les Anglais deviennent ainsi habiles au maniement de l’arc long. Le bois utilisĂ© est l’if (que l’Angleterre importe d’Italie) qui possĂšde des qualitĂ©s mĂ©caniques supĂ©rieures Ă  l’orme blanc des arcs gallois : les performances sont ainsi amĂ©liorĂ©es. Cette arme plus puissante peut ĂȘtre utilisĂ©e en tir massif Ă  longue distance. Les Anglais adaptent leur maniĂšre de combattre en diminuant la cavalerie mais en utilisant plus d’archers et d’hommes d’armes Ă  pied protĂ©gĂ©s des charges par des pieux plantĂ©s dans le sol (ces unitĂ©s se dĂ©placent Ă  cheval mais combattent Ă  pied)[29],[30]. Pour ĂȘtre efficace l'arc long doit ĂȘtre employĂ© par une armĂ©e protĂ©gĂ©e et donc en position dĂ©fensive. Il faut donc obliger l'adversaire Ă  attaquer. Pour cela les Anglais utilisent en Écosse le principe de la chevauchĂ©e : l'armĂ©e dĂ©ployĂ©e sur une grande largeur dĂ©vaste tout un territoire jusqu'Ă  ce que l'adversaire soit obligĂ© de l'attaquer pour mettre un terme au pillage. Utilisant ainsi un schĂ©ma tactique qui prĂ©figure la bataille de CrĂ©cy, avec des hommes d'armes retranchĂ©s derriĂšre des pieux fichĂ©s dans le sol et des archers disposĂ©s sur les flancs pour Ă©viter que les projectiles ne ricochent sur les bassinets et armures profilĂ©s pour dĂ©vier les coup portĂ©s de face, Édouard Balliol Ă©crase les Écossais pourtant trĂšs supĂ©rieurs en nombre, le 11 aoĂ»t 1332 Ă  la bataille de Dupplin Moor. AprĂšs un autre succĂšs, John Balliol est couronnĂ© roi d'Écosse Ă  Scone en aoĂ»t 1332. Édouard n'a pas participĂ© Ă  la campagne mais, laissant faire, il n'ignore pas que le rĂ©sultat lui est trĂšs favorable : il a un alliĂ© Ă  la tĂȘte de l'Écosse[27].

Édouard III devant Berwick, Chroniques de Jean Froissart, Paris, Bibliothùque nationale de France.

Les succĂšs de Balliol ont montrĂ© la supĂ©rioritĂ© tactique confĂ©rĂ©e par l'arc long anglais, aussi quand celui-ci est renversĂ© le 16 dĂ©cembre 1332, Édouard prend ouvertement les choses en main. Il rĂ©voque le traitĂ© de Northampton qui avait Ă©tĂ© signĂ© durant la rĂ©gence, renouvelant ainsi les prĂ©tentions de souverainetĂ© anglaise sur l’Écosse et dĂ©clenchant la seconde guerre d’indĂ©pendance Ă©cossaise. Dans l’intention de regagner ce que l’Angleterre avait concĂ©dĂ©, il assiĂšge et reprend le contrĂŽle de Berwick, puis il Ă©crase l'armĂ©e de secours Ă©cossaise Ă  la bataille de Halidon Hill en utilisant exactement la mĂȘme tactique qu'Ă  Dupplin Moor. Il fait preuve d'une extrĂȘme fermetĂ©: tous les prisonniers sont exĂ©cutĂ©s[31]. Édouard III est alors en position de mettre Édouard Balliol sur le trĂŽne d’Écosse. Ce dernier prĂȘte hommage au roi d'Angleterre en juin 1334 Ă  Newcastle et lui cĂšde 2 000 « librates Â» de terrains dans les comtĂ©s du sud : les Lothians, le Roxburghshire, le Berwickshire, le Dumfriesshire, le Lanarkshire et le Peebleshire[31].

La longueur du conflit Ă©cossais sert les desseins de Philippe VI, il laisse donc ses alliĂ©s traditionnels se dĂ©brouiller seuls. Il sait son pouvoir en France encore faible et ne peut risquer les troubles que provoqueraient la perte des approvisionnements en laine anglaise dont l'industrie drapante des grandes villes flamandes est friande. Le roi de France se contente donc d'observer. Philippe VI gagne la paix dans l'immĂ©diat par sa prudence, mais Ă  terme, il est perdant. Un David Bruce eut Ă©tĂ© plus utile puissant et avec des raisons d'ĂȘtre reconnaissant. Le pape BenoĂźt XII voit dans le conflit anglo-Ă©cossais le principal risque de conflit europĂ©en, si le roi de France s'en mĂȘle de nouveau, le comte de Namur, celui de Gueldre et celui de Juliers Ă©tant impliquĂ©s en Écosse par les contingents qu'ils mettent Ă  disposition d'Édouard III. De plus, les marins de Dieppe et de Rouen se risquent Ă  la course contre ceux de Southampton. On peut raisonnablement situer la prochaine guerre autour de la Manche, et non vers Saint-Sardos, oĂč les barons font traĂźner les pourparlers avec la mauvaise volontĂ© la plus Ă©vidente. Cela fait le jeu de Philippe VI qui accueille David II en mai 1334 et l'installe avec sa cour dans le glacial ChĂąteau Gaillard[32]. Ce qui compte n'est pas le succĂšs des Écossais, mais la menace qu'ils font peser sur l'Angleterre. Édouard tente d'apaiser le roi de France et d'obtenir rĂ©trocession des terres saisies par Charles IV en Aquitaine, mais Philippe exige en Ă©change le rĂ©tablissement de David II: les questions de Guyenne et d'Écosse sont dĂ©sormais liĂ©es. En dĂ©pit des victoires de Dupplin et Halidon, les forces de David Bruce commencent bientĂŽt Ă  se ressaisir. DĂšs juillet 1334 Édouard Balliol doit fuir Ă  Berwick et demander l'aide d'Édouard III. GrĂące Ă  une taxe obtenue du Parlement et Ă  un emprunt auprĂšs de la banque Bardi, il relance une campagne Ă©cossaise[32]. Il lance une chevauchĂ©e dĂ©vastatrice mais les Écossais ont compris la leçon. Ils Ă©vitent les batailles rangĂ©es et lui opposent la tactique de la terre dĂ©serte. L’occupation des PlantagenĂȘts est mise en danger et les forces de Balliol perdent rapidement du terrain. Édouard lĂšve alors une armĂ©e de 13 000 hommes qui s'engage dans une deuxiĂšme campagne stĂ©rile. Les Français montent un corps expĂ©ditionnaire de 6000 hommes et livrent une guerre de course dans la Manche[33]. Édouard III licencie son armĂ©e Ă  l'automne. Fin de l’annĂ©e 1335, les Écossais indĂ©pendantistes menĂ©s par sir Andrew Murray livrent bataille Ă  Culblean contre un partisan de John Balliol. Ils feignent de fuir et les Anglais chargent en quittant leur position dĂ©fensive. Ils subissent alors une charge de flanc et se dĂ©bandent.

En 1336, Philippe VI, sentant son pouvoir plus assurĂ©, prend des initiatives. En mars, il est Ă  Avignon oĂč le pape BenoĂźt XII, qui commence Ă  bĂątir la cĂ©lĂšbre forteresse, refuse de lancer la croisade tant voulue par le roi de France, jugeant l'opĂ©ration impossible Ă©tant donnĂ©es les divisions nombreuses en Occident. Ce dernier, vexĂ© (on lui avait promis le commandement de la Croisade) fait passer la flotte française de MĂ©diterranĂ©e en Mer du Nord. L'Angleterre tremble. Édouard III met ses cĂŽtes en Ă©tat d'alerte. Les shĂ©rifs arment de toute urgence tous les hommes de seize Ă  soixante ans. Le Parlement vote un subside sans se faire prier. BenoĂźt XII avait dĂ©jĂ  retenu le roi de France sur le chemin de la Croisade, il s'efforce de le retenir Ă©galement sur celui de l'Écosse. Philippe VI reçoit de lui une lettre d'une sagesse politique consommĂ©e et dont le roi aurait eu avantage Ă  mĂ©diter la leçon:

« En ces temps de troubles, oĂč des conflits Ă©clatent dans toutes les parties du monde, il faut longuement rĂ©flĂ©chir avant de s'engager. Il n'est pas difficile d'entreprendre une affaire. Mais il faut d'abord savoir, c'est une question de science et de rĂ©flexion, comment on la terminera et quelles en seront les consĂ©quences. Â»

Le roi de France ignore la leçon et ses ambassadeurs tiennent en Angleterre une confĂ©rence avec ceux de David Bruce et une dĂ©lĂ©gation de barons Ă©cossais. On y parle de guerre. Édouard III, informĂ©, ne se fait plus d'illusions, son cousin se pose en ennemi. BenoĂźt XII impose Ă  nouveau sa mĂ©diation, et calme difficilement les ardeurs de Philippe. Il empĂȘche Ă©galement l'empereur Louis de BaviĂšre de former contre la France une coalition avec Édouard III. L'Ă©quilibre est fragile et la course aux armements reprend de plus belle, gĂȘnĂ©e par le manque d'argent de chacune des parties. Avec le concours de son principal conseiller Miles de Noyers, Philippe VI s'assure le soutien de quelques États (GĂȘnes, Castille, Montferrat) et achĂšte des places fortes au nord et Ă  l'est du royaume[34].

À cette Ă©poque, en 1336, le frĂšre d’Édouard III, Jean d'Eltham, comte de Cornouailles, meurt. Dans son ouvrage gestia annalia, l’historien John de Fordun accuse Édouard d’avoir tuĂ© son frĂšre dans une querelle Ă  Perth. Bien qu’Édouard III alloue une trĂšs large armĂ©e aux opĂ©rations Ă©cossaises, la vaste majoritĂ© de l’Écosse a Ă©tĂ© reconquise par les forces de David II en 1337, laissant uniquement quelques chĂąteaux tels que Édimbourg, Roxburgh et Stirling aux mains des PlantagenĂȘts. Une mĂ©diation papale tente d'obtenir la paix : on propose que Balliol reste roi jusqu'Ă  sa mort et qu'il soit ensuite remplacĂ© par David Bruce. Ce dernier refuse Ă  l'instigation de Philippe VI[33]. Au printemps de 1337, la guerre franco-anglaise semble inĂ©vitable.

Les quelques places fortes encore sous contrĂŽle sont insuffisantes pour imposer la loi d’Édouard et dans les annĂ©es 1338-1339, il passe d’une stratĂ©gie de conquĂȘte Ă  une stratĂ©gie de dĂ©fense des acquis. Édouard doit faire face Ă  des problĂšmes militaires sur deux fronts ; la lutte pour le trĂŽne de France n’est pas d’une moindre importance. Les Français reprĂ©sentent un problĂšme dans trois domaines : premiĂšrement, ils pourvoient un support constant aux Écossais par le biais d’une alliance franco-Ă©cossaise. Ensuite, les Français attaquent rĂ©guliĂšrement plusieurs villes cĂŽtiĂšres anglaises, initiant les rumeurs d’une invasion massive en Angleterre[35]. En effet, Philippe VI monte une expĂ©dition de 20 000 hommes d'armes et 5000 arbalĂ©triers. Mais pour transfĂ©rer une telle force il doit louer des galĂšres gĂ©noises. Édouard III, mis au courant par des espions, empĂȘche le projet en payant les GĂ©nois pour neutraliser leur flotte : Philippe VI n'a pas les moyens de surenchĂ©rir[33].

DĂ©buts de la guerre de Cent Ans

La course aux alliances

À la Toussaint 1337, l'Ă©vĂȘque de Lincoln, Henry Burghersh, arrive porteur d'un message du roi d'Angleterre adressĂ© Ă  "Philippe de Valois, qui se dit roi de France". C'est une rupture de l'hommage et une dĂ©claration de guerre. Depuis le vote des subsides par le Parlement anglais rĂ©uni Ă  Nottingham un an plus tĂŽt, la marche Ă  la guerre avait Ă©tĂ© rapide. Le roi d'Angleterre avait armĂ© une flotte et envoyĂ© des armes en Guyenne. Il avait, Ă  la fin de l'annĂ©e 1336, dĂ©crĂ©tĂ© l'interdiction de la vente de laines anglaises Ă  destination de la Flandre et accordait en fĂ©vrier 1337 des privilĂšges aux ouvriers Ă©trangers qui viendraient s'Ă©tablir dans les villes anglaises, pour forcer les villes drapantes (Ypres, Gand, Bruges, Lille) de choisir entre ses fournisseurs anglais et ses clients français. L'importation de draps Ă©trangers est interdite. L'Angleterre veut donner l'impression de se prĂ©parer Ă  vivre sans la Flandre. Édouard III jouait Ă©galement sur les rivalitĂ©s entre les provinces du Nord. Il favorise les exportations anglaises vers le Brabant, la draperie de Malines et de Bruxelles commençant de rivaliser efficacement avec celle des grands centres traditionnels de Flandre. Le Brabant reçoit 30 000 sacs de laine Ă  la seule condition de n'en rien cĂ©der aux citĂ©s flamandes. Le roi d'Angleterre rĂ©compensait Ă©galement la fermetĂ© du duc de Brabant, Jean III, face aux observations du roi de France au temps oĂč Robert d'Artois Ă©tait en exil sur ses terres. La diplomatie du sterling se dĂ©ploie aux confins occidentaux du Saint-Empire romain germanique contre le roi de France. Des ambassadeurs anglais tiennent Ă  Valenciennes, aux portes du royaume, une bourse aux alliances oĂč se monnaie la haine du Valois. Le roi de France masse de son cĂŽtĂ© sa flotte en Normandie et relance contre Édouard III la rĂ©sistance des Écossais. Le 24 mai 1337, ayant refusĂ© de dĂ©fĂ©rer Ă  la citation, Édouard III est condamnĂ© Ă  la saisie de son duchĂ©. Le pape BenoĂźt XII obtient du roi de France un sursis Ă  l'exĂ©cution de la saisie. Philippe VI promet de n'occuper le duchĂ© de Guyenne que l'annĂ©e suivante. La rĂ©plique d'Édouard III fut le dĂ©fi portĂ© par l'Ă©vĂȘque de Lincoln.

Les citĂ©s flamandes et le Brabant optent donc pour l'alliance anglaise, entraĂźnant avec eux le Hainaut, qui aprĂšs un temps d'hĂ©sitation, se dĂ©cide pour ne pas se trouver inutilement isolĂ©. De plus, Édouard III, Ă©poux de Philippa de Hainaut, est gendre du comte. Comme Guillaume Ier de Hainaut est Ă©galement comte de Hollande et de ZĂ©lande, la Flandre se trouve entourĂ©e du cĂŽtĂ© de l'Empire, de la Mer du Nord Ă  la frontiĂšre française, par un État rĂ©solument hostile au Valois. Les principautĂ©s rhĂ©nanes complĂštent la coalition. Juliers, Limbourg, ClĂšves et quelques autres cĂšdent Ă  la politique du sterling. Philippe VI ne peut, lui, compter dans cette rĂ©gion que sur les survivances d'une influence française qui connut son apogĂ©e sous Saint-Louis et Philippe IV le Bel. Le comte de Flandre n'est pas fiable car son comtĂ© lui Ă©chappe. L'Ă©vĂȘque de LiĂšge et la ville de Cambrai permettent tout juste de balancer l'influence de leurs trop puissants voisins de Brabant et de Hainaut. Le roi de France a finalement peu Ă  espĂ©rer au Nord.

Le jeu est plus subtil du cĂŽtĂ© de l'empereur Louis de BaviĂšre, excommuniĂ© et schismatique. Pour survivre, lui si affaibli, il doit donc disloquer l'entente des princes chrĂ©tiens et met son alliance aux enchĂšres. En aoĂ»t 1337, il finit par vendre son adhĂ©sion aux PlantagenĂȘts. Édouard III obtient mĂȘme de l'empereur le titre de "vicaire impĂ©rial en Basse-Germanie" qui en fait le reprĂ©sentant officiel de l'autoritĂ© impĂ©riale sur le Rhin et sur la Meuse. L'affaire se fĂȘte en septembre 1338 Ă  Coblence lors de rĂ©jouissances magnifiques organisĂ©es par l'empereur mais financĂ©es par le roi d'Angleterre. Cela devrait automatiquement entraĂźner le soutien du pape au roi de France mais BenoĂźt XII tergiverse, se contentant de protester contre cette alliance, espĂ©rant toujours imposer sa mĂ©diation. Le roi d'Angleterre le forcera Ă  se dĂ©cider lorsqu'il rappellera en juillet 1338 ses ambassadeurs en Avignon. Édouard se croit tout permis. Il reçoit Ă  Coblence l'hommage des vassaux de l'Empire, Ă  l'exception de l'Ă©vĂȘque de LiĂšge. Il noue des relations avec le comte de GenĂšve et le comte de Savoie. Le duc de Bourgogne lui-mĂȘme, toujours amer du choix dynastique de 1328, prĂȘte une oreille complaisante aux propos du PlantagenĂȘt. Édouard III passe commande d'une couronne fleurdelisĂ©e, il se voit dĂ©jĂ  Ă  Reims.

Les alliances de Philippe VI sont moins nombreuses mais plus solides et donc plus utiles sur le long terme. Des distributions de rente sur le TrĂ©sor ont acquis au Valois les comtes de GenĂšve et de Savoie tentĂ©s par l'alliance anglaise, tout comme le comte de VaudĂ©mont et celui de Deux-Ponts. Jean l'Aveugle, comte de Luxembourg et roi de BohĂȘme, un habituĂ© de la cour de France, se range dans le camp français, entraĂźnant avec lui son gendre, le duc de Basse-BaviĂšre. GĂȘnes s'engage Ă  fournir des navires et des arbalĂ©triers expĂ©rimentĂ©s. Le Habsbourg marque sa sympathie. Mais le plus grand succĂšs de l'activitĂ© diplomatique française, menĂ©e par Miles de Noyers, est l'alliance du roi de Castille obtenue en dĂ©cembre 1336. Alphonse XI promet au roi de France un appui maritime qui se rĂ©vĂšlera trĂšs utile sur l'Atlantique. En effet, marins gascons et anglais d'un cĂŽtĂ© et marins français et bretons de l'autre combattent Ă  toute occasion, sur mer ou Ă  quai. Quatre ans plus tard, on verra le renfort des navires castillans jusqu'en Mer du Nord.

Offensive en Aquitaine

Au dĂ©but de la guerre de Cent Ans, constatant l'inefficacitĂ© de la campagne qu'il a confiĂ© Ă  Raoul II de Brienne, Philippe VI se tourne vers Jean Ier de BohĂȘme. En effet, le connĂ©table de France, ayant commis l'erreur de diviser ses troupes pour tenter de prendre les forteresses gasconnes, se retrouve enlisĂ© depuis le printemps 1338 dans des siĂšges interminables alors que les Anglais ont trĂšs peu d'hommes[36]. Jean de BohĂȘme se voit adjoindre Gaston PhĂ©bus (qui reçoit en Ă©change quelques seigneuries) et deux mercenaires savoyards : Pierre de la Palu et Le Galois de la Baume[36]. Le roi alloue 45 000 livres par mois Ă  cette force qui compte 12 000 hommes. ConsidĂ©rant qu'il va s'agir de prendre les forteresses gasconnes les unes aprĂšs les autres sans espoir de les affamer, on recrute un corps de sapeurs-mineurs allemands et on Ă©quipe cette armĂ©e de quelques bombardes. Le succĂšs est rapide : les places fortes de Penne, Castelgaillard, Puyguilhem, Blaye et Bourg sont prises[36]. L'objectif n'est pas loin d'ĂȘtre atteint quand l'armĂ©e met le siĂšge devant Bordeaux en juillet 1339. Mais la ville rĂ©siste, une porte est prise, mais les assaillants sont repoussĂ©s avec difficultĂ©. Le problĂšme du ravitaillement de 12 000 hommes se rĂ©vĂšle insoluble, les ressources locales sont Ă©puisĂ©es. Des troupes sont prĂ©levĂ©es pour aller combattre dans le nord. Le siĂšge est levĂ© le 19 juillet 1339[37].

ChevauchĂ©e d'Édouard III en 1339

L'armĂ©e de Philippe ayant lancĂ© son offensive victorieuse en Aquitaine et Édouard III Ă©tant sous la menace d'un dĂ©barquement français en Angleterre, ce dernier dĂ©cide de porter la guerre en Flandre. Il s'est assurĂ© l'alliance des villes flamandes qui ont besoin de la laine anglaise pour faire tourner leur Ă©conomie, mais aussi de l'empereur et des princes de la rĂ©gion qui voient d'un mauvais Ɠil les avancĂ©es françaises en terres d'empire. Parmi ces princes du Nord, non des moindres, se rencontrent Guillaume Ier (d’Avesnes), comte de Hainaut[38] , le duc de Brabant, le duc de Gueldre, l’archevĂȘque de Cologne et le comte (marquis ?) de Juliers. Ces alliances se sont faites sous la promesse de compensations financiĂšres de la part du roi d'Angleterre. Aussi quand il dĂ©barque le 22 juillet 1338 Ă  Anvers, Ă  la tĂȘte de 1 400 hommes d'armes et 3 000 archers, ses alliĂ©s s'empressent de lui demander d'acquitter ses dettes plutĂŽt que de lui fournir les contingents prĂ©vus. Le roi d'Angleterre passe l'hiver en Brabant Ă  nĂ©gocier avec ses crĂ©anciers[39]. Pour neutraliser les troupes du roi de France arrivĂ©es Ă  Amiens le 24 aoĂ»t, il lance des nĂ©gociations que mĂšnent l'archevĂȘque de CantorbĂ©ry et l'Ă©vĂȘque de Durham. La manƓuvre ayant rĂ©ussi, le roi de France doit renvoyer sa considĂ©rable armĂ©e.

Mais ce statu quo, lequel va durer prĂšs d'une annĂ©e, mĂ©contente les contribuables des deux camps qui se saignent pour financer des armĂ©es qui se regardent en chiens de faĂŻence[40]. Au cours de l'Ă©tĂ© 1339, c'est Édouard III qui lance l'offensive. Ayant reçu des renforts d'Angleterre, et ayant rĂ©ussi Ă  garantir ses dettes vis-Ă -vis de ses alliĂ©s, il marche avec eux sur Cambrai (ville d'empire mais dont l'Ă©vĂȘque s'est rangĂ© du cĂŽtĂ© de Philippe VI) fin septembre 1339. Cherchant Ă  provoquer une bataille rangĂ©e avec les Français, il pille tout sur son passage, mais Philippe VI ne bouge pas. Le 9 octobre, commençant Ă  Ă©puiser les ressources locales, le roi d'Angleterre doit se dĂ©cider Ă  livrer bataille. Il oblique donc vers le sud-ouest et traverse le CambrĂ©sis en brĂ»lant et tuant tout sur son passage : 55 villages du diocĂšse de Noyon sont rasĂ©s[41]. Pendant ce temps, Philippe VI a fait rĂ©unir son ost et arrive jusqu’à Buironfosse. Les deux armĂ©es marchent alors l'une vers l'autre et se rencontrent une premiĂšre fois prĂšs de PĂ©ronne. Édouard a 12 000 hommes et Philippe 25 000. Le roi d'Angleterre, trouvant le terrain dĂ©favorable, se retire. Philippe VI lui propose de se rencontrer le 21 ou 22 octobre en terrain dĂ©couvert oĂč leurs armĂ©es pourront y dĂ©coudre selon les rĂšgles de chevalerie. Édouard III, l'attend prĂšs du village de La Capelle oĂč il a Ă©tabli son camp en terrain favorable, retranchĂ© derriĂšre pieux et fossĂ©s, ses archers positionnĂ©s sur les ailes. Le roi de France, estimant qu'une charge de cavalerie serait suicidaire, se retranche aussi, laissant l'honneur aux Anglais d'attaquer. Le 23 octobre 1339, faute que l'un des deux adversaires prenne l'initiative, les deux armĂ©es rentrent chez elles. La chevalerie française qui comptait se financer sur les rançons demandĂ©es aux Ă©ventuels prisonniers faits au cours des combats, gronde et accuse Philippe VI de « renardie Â»[42].

Enlisement du conflit

La conduite de la guerre de Philippe VI engendre de nombreux mĂ©contentements. Faute de pouvoir lever suffisamment d’impĂŽts pour soutenir l’effort de guerre autant que son administration et les pensions et exemptions de plus en plus importantes qu’il alloue aux seigneurs qu’il craint voir basculer dans le camp anglais, il a recours Ă  de frĂ©quentes mutations monĂ©taires qui gĂ©nĂšrent de l’inflation. Pour ce faire il doit gĂ©rer les changements de teneur en mĂ©taux nobles de la monnaie dans la confidentialitĂ©. Il gouverne avec un conseil restreint constituĂ© de parents proches, ce qui mĂ©contente les princes exclus de la sphĂšre dĂ©cisionnelle. Sa stratĂ©gie qui consiste Ă  Ă©viter les batailles rangĂ©es est dĂ©criĂ©e par la chevalerie qui espĂšre beaucoup des rançons octroyĂ©es par d'Ă©ventuels prisonniers. Quant Ă  Édouard III, qui est ruinĂ©, il garde toutefois l’aura d’un roi chevalier qui travaille Ă  obtenir le maximum de dĂ©fections venant des vassaux gascons favorables au roi de France. Fin 1339, Inham, sĂ©nĂ©chal de Bordeaux, rĂ©ussit Ă  tirer dans son camp Bernard-Ezy V, sire d’Albret qui entraĂźne avec lui de nombreux seigneurs. Édouard III le dĂ©signe comme lieutenant en Aquitaine. À la tĂȘte de troupes gasconnes, il progresse vers l’est prenant Sainte-Bazeille sur la Garonne et assiĂšge Condom. Son avancĂ©e culmine en septembre 1340 mais Pierre de la Palu, le sĂ©nĂ©chal de Toulouse, mĂšne alors une contre-offensive qui l’oblige Ă  lever le siĂšge. Dans la foulĂ©e toutes les villes sont reprises[43].

L’annĂ©e 1340 n’est pas plus favorable Ă  Édouard III sur le front Ă©cossais : la guĂ©rilla des partisans de David Bruce s’intensifie et des raids sont menĂ©s sur le Northumberland. William Douglas, Lord de Liddesdale, s’empare d’Édimbourg et David Bruce rentre d’exil en juin[44].

Édouard III, qui n’a nĂ©gociĂ© la trĂȘve d’Esplechin que pour gagner du temps au moment oĂč l’évolution du conflit lui est dĂ©favorable (il n’a aucune confiance dans la mĂ©diation papale qu’il juge complĂštement pro-française), reprend les hostilitĂ©s et prend Bourg en aoĂ»t 1341 alors que la tension monte entre Philippe VI et Jacques II de Majorque qui refuse de lui prĂȘter hommage pour la ville de Montpellier[45].

Guerre de succession de Bretagne

Article dĂ©taillĂ© : Guerre de Succession de Bretagne.

Le 30 avril 1341, meurt le duc Jean III de Bretagne, sans descendance malgrĂ© trois mariages, avec Isabelle de Valois, Isabelle de Castille et Jeanne de Savoie, et sans avoir dĂ©signĂ© son successeur. Les prĂ©tendants sont, d'une part, Jeanne de PenthiĂšvre, fille de son frĂšre Guy de PenthiĂšvre, mariĂ©e depuis 1337 Ă  Charles de Blois, parent du roi et, d'autre part, Jean de Montfort, comte de Montfort-l'Amaury, demi-frĂšre du dĂ©funt duc, fils du second mariage d'Arthur II de Bretagne avec Yolande de Dreux, comtesse de Montfort-l'Amaury.

Les Nantais rendent hommage Ă  Jean de Montfort, Chroniques de Jean Froissart, Paris, BibliothĂšque nationale de France.

En mai 1341, sentant que le verdict serait en faveur de Charles de Blois, proche parent du roi, Jean de Montfort, poussĂ© par sa femme, Jeanne de Flandre, prend les devants : il s’installe Ă  Nantes, la capitale ducale et s’empare du trĂ©sor ducal Ă  Limoges, ville dont Jean III avait Ă©tĂ© le vicomte. Il convoque les grands vassaux bretons pour se faire reconnaĂźtre comme duc mais la majoritĂ© ne vient pas (beaucoup d’entre eux ont aussi des possessions en France qu’ils risqueraient de se voir confisquer s’ils s’opposaient au roi)[46].

Dans les mois qui suivent (juin-juillet), il effectue une grande chevauchée dans son duché pour s'assurer le contrÎle des places fortes (Rennes, Malestroit, Vannes, Quimperlé, La Roche-Piriou, Quimper, Brest, Saint-Brieuc, Dinan et Mauron avant de rentrer à Nantes). Il parvient à prendre le contrÎle d'une vingtaine de places[47].

SiĂšge de Hennebont par Charles de Blois, Chroniques de Jean Froissart, Paris, BibliothĂšque nationale de France.

Jean de Montfort ayant pris possession de toutes les places fortes du duchĂ© au printemps 1341 et ayant donnĂ© l'hommage lige Ă  Édouard III, il faut mettre effectivement Charles de Blois en possession du duchĂ©[47]. Philippe VI convoque donc une armĂ©e de 7000 hommes renforcĂ©e de mercenaires gĂ©nois Ă  Angers pour le 26 septembre 1341. Jean le Bon, duc de Normandie est mis Ă  la tĂȘte de l’expĂ©dition, flanquĂ© de Miles de Noyer, du duc de Bourgogne et de Charles de Blois. L’armĂ©e quitte Angers dĂ©but octobre 1341, bouscule Jean de Montfort Ă  L’Humeau, puis assiĂšge Nantes oĂč il s’est rĂ©fugiĂ©. Il enlĂšve la forteresse de Champtoceaux qui, sur la rive gauche de la Loire, verrouille l'accĂšs de Nantes[48]. Édouard III qui vient de prolonger la trĂȘve d’Esplechin ne peut intervenir. La ville capitule au bout d’une semaine, dĂ©but novembre 1341[49]. Jean de Montfort se rend sur parole au fils du roi de France le 21 novembre et lui remet sa capitale. Il reçoit un sauf-conduit pour se rendre Ă  Paris pour plaider sa cause mais il y est arrĂȘtĂ© et incarcĂ©rĂ© au Louvre en dĂ©cembre 1341[50]. PrivĂ© de son chef et du soutien des grandes familles bretonnes, le parti monfortiste devait s'effondrer. Avec l'hiver le duc de Normandie achĂšve la campagne sans avoir annihilĂ© les derniers obstacles : pensant avoir rĂ©glĂ© l'affaire en s'assurant de la personne de Jean de Montfort, il rentre Ă  Paris. C'est compter sans Jeanne de Flandre, Ă©pouse de Jean de Montfort, qui ranime la flamme de la rĂ©sistance et rallie ses partisans Ă  Vannes. Elle se retranche Ă  Hennebond, envoie son fils en Angleterre et conclut un traitĂ© d’alliance avec Édouard III en janvier 1342[49]. Soucieux d'ouvrir un nouveau front susceptible d'allĂ©ger la pression française en Guyenne et de limiter le nombre de troupes qu'ils peuvent envoyer en soutien des Écossais, Édouard III se dĂ©cide Ă  rĂ©pondre favorablement aux demandes d'assistance militaire de Jeanne de Flandre[51]. Le roi d’Angleterre n’a pas un sou pour payer une expĂ©dition : c’est donc le trĂ©sor ducal breton qui va la financer. Il ne peut envoyer en avril 1342 que 34 hommes d’armes et 200 archers. Entretemps les Français ont pris Rennes et assiĂšgent Hennebont, Vannes et Auray qui rĂ©sistent. Charles de Blois est contraint de lever le camp en juin 1342 devant l'arrivĂ©e de Wauthier de Masny et Robert d'Artois Ă  la tĂȘte de troupes anglaises[52]. En juillet 1342, de forts renforts français arrivent et Jeanne de Flandre doit fuir et se retrouve assiĂ©gĂ©e dans Brest[53]. Mais le 15 aoĂ»t, le gros des troupes anglaises arrivent enfin Ă  Brest avec 260 bateaux et 1350 combattants. Charles de Blois se replie vers Morlaix et s’y retrouve assiĂ©gĂ© par Robert d’Artois qui espĂšre ouvrir aux Anglais un deuxiĂšme port au Nord de la Bretagne. Les Anglais tentent de prendre Rennes et Nantes, mais ils doivent se contenter de saccager Dinan et de mettre le siĂšge devant Vannes, ville devant laquelle Robert d'Artois est gravement blessĂ©[51]. Les Français, qui les attendaient Ă  Calais, avaient retirĂ© leurs forces du fait des succĂšs de Charles de Blois. Le 30 septembre, les forces de ce dernier subissent de sĂ©rieuses pertes prĂšs de Lanmeur[53].

Une armĂ©e française aux ordres, une nouvelle fois, du duc de Normandie, est rassemblĂ©e pour faire face. Mais Jean de Montfort Ă©tant prisonnier et Jeanne de Flandre ayant sombrĂ© dans la folie, une trĂȘve est signĂ©e le 19 janvier 1343[54]. De fait les Anglais occupent et administrent les places fortes encore fidĂšles Ă  Jean de Montfort. Une importante garnison anglaise va occuper Brest. Vannes sera administrĂ©e par le pape. Le conflit nullement rĂ©glĂ© va se prolonger 22 ans et permettre aux Anglais de prendre durablement pied en Bretagne.

La trĂȘve de Malestroit en janvier 1343, conduit au renvoi de nombreux mercenaires qui forment les premiĂšres Grandes Compagnies. Ces derniĂšres agissent en Languedoc comme la SociĂ©tĂ© de la Folie qui sĂ©vit dans les environs de NĂźmes ou encore les bandes anglaises ou bretonnes non soldĂ©es qui rançonnent les populations et enfoncent du mĂȘme coup le duchĂ© de Bretagne dans l’anarchie[55].

Campagne de Henry de Lancastre en Aquitaine

Le tournant de la guerre se joue sur le plan financier. Mettant Ă  profit la trĂȘve de Malestroit, Édouard rĂ©ussit Ă  convaincre le Parlement qu’il n’est pas possible de remporter cette guerre sans envoyer des forces considĂ©rables contre l’ennemi[56]. Il a dĂ©ployĂ© d’importants efforts de propagande pour convaincre la population de la menace que fait peser sur elle le roi de France[57]. Le Parlement lui vote en juin 1344 un impĂŽt sur deux ans : de quoi rĂ©unir deux armĂ©es trĂšs bien Ă©quipĂ©es pour mener des campagnes dĂ©cisives en Aquitaine et dans le nord de la France, et de plus petits contingents pour peser sur la guerre de Succession de Bretagne.

DĂ©but aoĂ»t 1345, le comte Henry de Lancastre dĂ©barque Ă  Bordeaux avec 500 hommes d’armes, 1000 archers et 500 fantassins gallois. Il a le titre de lieutenant pour l’Aquitaine et toute libertĂ© d’action. Son premier objectif : neutraliser Bergerac d’oĂč partent rĂ©guliĂšrement des raids dĂ©vastateurs. La ville est prise dĂšs le mois d’aoĂ»t. Il y fait des centaines de prisonniers qui sont mis Ă  rançon. RenforcĂ© de troupes gasconnes et des troupes de Stafford (son armĂ©e compte 2000 hommes d’armes et 5000 archers et fantassins), il assiĂšge PĂ©rigueux[58]. Jean le Bon, chargĂ© de la dĂ©fense de l’Aquitaine, envoie le comte de Valentinois, Louis de Poitiers, avec 3000 hommes d’armes et 6000 fantassins secourir la ville. Mais Ă  quinze kilomĂštres de PĂ©rigueux, Louis de Poitiers s’arrĂȘte pour assiĂ©ger le chĂąteau d’Auberoche. Il y est surpris par Henry de Lancastre le 21 octobre, l’armĂ©e française est dĂ©faite et les Anglais font une nouvelle fois de nombreux prisonniers[59]. Fort de ce succĂšs, Henry de Lancastre prend plusieurs bastides, nettoyant de ses garnisons françaises l’espace compris entre la Dordogne et la Garonne, puis il met le siĂšge devant la RĂ©ole. La ville est prise dĂšs le 8 novembre, mais la citadelle rĂ©siste : elle promet de se rendre si aucun secours n’arrive dans les cinq semaines[60]. Jean le Bon, lui, ne bouge pas, une grande partie de son armĂ©e a Ă©tĂ© dĂ©faite Ă  Auberoche et il a licenciĂ© le reste. La RĂ©ole mais aussi Langon et Sainte-Bazeille font de mĂȘme, en janvier 1346. Cela a un effet catastrophique : devant l’inertie des Français, de nombreux seigneurs gascons changent de camp, comme les puissantes familles Durfort et Duras, les communautĂ©s locales organisent leur propre dĂ©fense et refusent donc de payer les impĂŽts royaux[60]. De ce fait la souverainetĂ© française sur l’Aquitaine recule, laissant place Ă  l’action des Grandes Compagnies et aux guerres privĂ©es, ce qui accentue le phĂ©nomĂšne. D’autre part, les prisonniers de Bergerac et d'Auberoche rapportent prĂšs de 70 000 livres de rançon Ă  Henry de Lancastre et ses lieutenants ne sont pas en reste : on prend conscience en Angleterre que la guerre en France peut ĂȘtre rentable, ce qui suscite nombre de vocations[60]. Aiguillon chute dĂ©but 1346, Philippe VI se dĂ©cide enfin Ă  agir : il doit trouver des finances pour monter une armĂ©e. Il obtient avec grande difficultĂ© des finances des États de langue d’oĂŻl et de langue d'oc, il emprunte aux banques italiennes de Paris et surtout il reçoit le soutien du pape qui l’autorise Ă  prĂ©lever 10% des revenus ecclĂ©siastiques du royaume et lui prĂȘte 33 000 florins[61]. Il recrute des mercenaires en Aragon et en Italie. Son fils Jean se retrouve Ă  la tĂȘte de 15000 hommes dont 1400 GĂ©nois[61]. Il commence la campagne d’Aquitaine en assiĂ©geant Aiguillon le 1er aoĂ»t[61]. La place au confluent de la Garonne et du Lot est extrĂȘmement bien fortifiĂ©e et tenue par une solide garnison de 600 archers et 300 hommes d’armes[57]. Jean fait le serment de ne pas quitter les lieux avant d’avoir pris la ville. Il emploie les grands moyens : rĂ©seau de tranchĂ©es pour protĂ©ger l’approche et les arriĂšres, construction de ponts sur la Garonne et le Lot pour bloquer le ravitaillement de la ville. Mais, le siĂšge piĂ©tine et ce sont bientĂŽt ses propres forces qui se retrouvent affamĂ©es, d’autant que les assiĂ©gĂ©s ont fait main basse sur le ravitaillement des assiĂ©geants au cours de sorties audacieuses[57]. Fin aoĂ»t 1346, il doit lever le siĂšge : Édouard III a attaquĂ© au Nord du royaume et Philippe VI a besoin de lui.

Bataille de Crécy

Les Anglais se faisant menaçants, Philippe pousse le roi David II d'Écosse Ă  envahir l'Angleterre par le nord, thĂ©oriquement peu dĂ©fendu Ă©tant donnĂ© qu'Édouard prĂ©pare au sud l'invasion de la France. David II est battu Ă  Neville's Cross en octobre 1346.

Édouard III d'Angleterre dĂ©barque en Normandie et effectue une razzia systĂ©matique des rĂ©gions françaises traversĂ©es. Les deux armĂ©es se rencontrent Ă  CrĂ©cy le 26 aoĂ»t 1346. Les Français sont plus nombreux, mais l’armĂ©e française, comptant sur sa puissante chevalerie, affronte une armĂ©e anglaise composĂ©e d’archers et de fantassins en cours de professionnalisation.

Article dĂ©taillĂ© : ChevauchĂ©e d’Edouard III en 1346.

ConfrontĂ©e Ă  la baisse de ses revenus fonciers, la noblesse compte se renflouer avec les rançons demandĂ©es en Ă©change des chevaliers adverses capturĂ©s[26]. Elle est Ă©chaudĂ©e par les dĂ©robades de Philippe VI qui, conscient de la supĂ©rioritĂ© tactique anglaise confĂ©rĂ©e par l'arc long, a prĂ©fĂ©rĂ© plusieurs fois renoncer au combat plutĂŽt que de risquer une dĂ©faite. Le roi n'a plus le charisme et la crĂ©dibilitĂ© nĂ©cessaire pour tenir ses troupes. DĂšs lors, chacun veut atteindre le plus vite possible l’ennemi anglais afin de se tailler la part du lion ; personne n’obĂ©it aux ordres du roi Philippe VI qui, emportĂ© par le mouvement, est contraint de se lancer Ă  corps perdu dans la bataille. GĂȘnĂ©s dans leur progression par leurs propres piĂ©tons et les arbalĂ©triers mercenaires gĂ©nois mis en dĂ©route par la pluie de flĂšches anglaises, les chevaliers français sont obligĂ©s d’en dĂ©coudre avec leurs propres hommes. C’est un dĂ©sastre du cĂŽtĂ© français oĂč Philippe VI de Valois s’illustre par son incompĂ©tence militaire. Les chevaliers français chargent par vagues successives le mont de CrĂ©cy, mais leurs montures (Ă  l’époque non ou peu protĂ©gĂ©es) sont massacrĂ©es par les pluies de flĂšches dĂ©cochĂ©es par les archers anglais abritĂ©s derriĂšre des rangĂ©es de pieux. Peinant Ă  se relever de leur chute, les chevaliers français, lourdement engoncĂ©s dans leurs armures, sont des proies faciles pour les fantassins qui n’ont plus qu’à les achever[62].

Article dĂ©taillĂ© : Bataille de CrĂ©cy.

L’armĂ©e française anĂ©antie, Édouard III remonte vers le nord et met le siĂšge devant Calais. Avec une armĂ©e de secours, le roi de France essaie bien de lever le blocus de la ville, mais n’ose pas affronter Édouard III.

Statue des bourgeois de Calais par Auguste Rodin, Londres, Victoria Tower Gardens


C’est dans de dramatiques circonstances, au cours desquelles les cĂ©lĂšbres bourgeois de Calais remettent les clĂ©s de leur ville aux assiĂ©geants, que Calais passe sous domination anglaise, laquelle va durer jusqu’au XVIe siĂšcle. Philippe VI nĂ©gocie une trĂȘve avec Édouard III, qui, en position de force, obtient la souverainetĂ© pleine et entiĂšre sur Calais.

Article dĂ©taillĂ© : SiĂšge de Calais (1346).

En 1347, aprĂšs la chute de Calais, Philippe VI, ĂągĂ© (53 ans) et discrĂ©ditĂ©, doit cĂ©der Ă  la pression. C'est son fils Jean, le duc de Normandie qui prend les choses en main. Ses alliĂ©s (les Melun et les membres de la bourgeoisie d'affaires qui viennent d'ĂȘtre victimes de la purge qui a suivi CrĂ©cy et qu'il fait rĂ©habiliter) entrent au conseil du roi, Ă  la chambre des comptes[63] et occupent des postes Ă©levĂ©s dans l'administration. L'attraction politique de la France permet d'Ă©tendre le royaume vers l'est en dĂ©pit des dĂ©faites militaires. Ainsi, le comte Humbert II, ruinĂ© par son incapacitĂ© Ă  lever l'impĂŽt[22] et sans hĂ©ritier aprĂšs la mort de son fils unique, vend le DauphinĂ©[23] Ă  Philippe VI. Jean prend part directement aux nĂ©gociations et finalise l'accord.

Fin de rĂšgne

La grande peste

Carte de diffusion de la peste noire
Article dĂ©taillĂ© : Peste noire .

La peste noire est une pandémie de peste bubonique, qui a touché la population européenne entre 1347 et 1351. Elle n'est ni la premiÚre ni la derniÚre épidémie de ce type, mais elle est la seule à porter ce nom. Par contre, elle est la premiÚre épidémie de l'histoire à avoir été bien décrite par les chroniqueurs contemporains.

On estime que la peste noire a tuĂ© entre 30 et 50 % de la population europĂ©enne en cinq ans, faisant environ vingt-cinq millions de victimes. Cette Ă©pidĂ©mie eut des consĂ©quences durables sur la civilisation europĂ©enne, d'autant qu'aprĂšs cette premiĂšre vague, la maladie refit ensuite rĂ©guliĂšrement son apparition dans les diffĂ©rents pays touchĂ©s : entre 1353 et 1355 en France, et entre 1360 et 1369 en Angleterre, notamment.

Achat de Montpellier

En 1331, Jacques III de Majorque ĂągĂ© de 16 ans rend hommage Ă  Philippe VI pour la ville de Montpellier, que sa famille tient d'un mariage[64]. Montpellier est situĂ©e dans le royaume de France mais est une possession du roi de Majorque Ă  l'instar de la Guyenne pour le roi d'Angleterre. Le royaume de Majorque est lui-mĂȘme Ă©tat vassal du royaume d'Aragon mais supporte mal le poids fiscal de cette vassalitĂ© qui lui a Ă©tĂ© imposĂ©e par la force.

Royaume de Majorque

Montpellier a elle-mĂȘme beaucoup d'indĂ©pendance. Elle est Ă  3 jours de marche du reste des possessions continentales du roi de Majorque, en Roussillon. Elle est commercialement dĂ©pendante du Languedoc mais les Ă©changes avec les Espagnols sont moins avantageux du fait de leur propre monnaie. L'usage de monnaies françaises y est courant et ses intĂ©rĂȘts commerciaux la pousse vers le royaume de France[65]. Suspicieux quant aux vellĂ©itĂ©s d'indĂ©pendance de Jacques III de Majorque qui a rechignĂ© Ă  lui rendre hommage, Pierre IV d'Aragon dit le CĂ©rĂ©monieux travaille Ă  la rĂ©union des deux couronnes.

En 1339, inquiĂ©tĂ© par les rumeurs de mariage d'un fils de Jacques III avec une fille d'Édouard III, rumeurs colportĂ©es par le roi d'Aragon qui travaille activement Ă  isoler son vassal, Philippe VI somme le roi de Majorque de renouveler son hommage pour la ville de Montpellier. Jacques III lui rĂ©pond qu'il doute de la lĂ©galitĂ© de cet hommage et s'en remet au pape[66]. Voyant que la France est mise en difficultĂ© par l'Angleterre, Jacques III fait organiser des joutes Ă  Montpellier ce qui est en contradiction avec l'ordre du roi de France qui les a interdites en temps de guerre: c'est une remise en cause claire de la souverainetĂ© de Philippe VI sur Montpellier[67]. Pierre IV, jouant un double jeu et assurant Ă  Jacques qu'il l'aiderait militairement en cas de conflit avec la France, pousse le roi de Majorque Ă  s'affirmer de plus en plus dans une alliance avec le roi d'Angleterre, mais dans le mĂȘme temps il demande le soutien du roi de France[68]. Philippe VI fait saisir la ville de Montpellier et les vicomtĂ©s d'Omella et Carladis. Il charge Jean le Bon de monter une armĂ©e pour entrer en Roussillon. Mais Jacques III se rend compte qu'il a Ă©tĂ© jouĂ© par le roi d'Aragon et fait amende honorable. Philippe VI, qui a bien compris que les jeux sont faits, entĂ©rine l'alliance avec Pierre le CĂ©rĂ©monieux et rend ses possessions françaises au roi de Majorque sachant pertinemment que celui-ci, cernĂ© par une si puissante alliance, ne pourra pas les conserver. En 1343, Pierre IV envahit les BalĂ©ares, et se rend maĂźtre du Roussillon en 1344. Le 5 septembre 1343, Philippe VI soutient l'offensive aragonaise en interdisant tout ravitaillement du roi de Majorque en armes, vivres ou chevaux[69]. ComplĂštement isolĂ©, Jacques III est contraint d'accepter la dĂ©faite. Son sort est scellĂ© par les Cortes Ă  Barcelone, oĂč il est dĂ©cidĂ© de lui laisser son fief de Montpellier. Mais il refuse et s’enfuit chez un de ses amis, le comte de Foix, avec une quarantaine de ses chevaliers. Rencontrant Philippe VI Ă  Avignon, il lui revend la ville de Montpellier et engage une partie de la Cerdagne et du Roussillon le 18 avril 1349 pour 120 000 Ă©cus d'or. Il peut ainsi se reconstituer une armĂ©e et une flotte. Les accords stipulent qu'il conserve les droits sur sa ville jusqu'Ă  sa mort. Celle-ci survient le 25 octobre 1349: Montpellier appartient dĂ©sormais Ă  la couronne de France[70]. Par contre, la Cerdagne et le Roussillon, contestĂ©s par le roi d'Aragon, restent espagnols.

Duché de Bourgogne

Sa belle-fille, Bonne de Luxembourg meurt de la peste en 1349 et Philippe VI rĂ©alise une nouvelle manƓuvre diplomatique qui accroĂźt ses possessions vers l'est. Jean Ă©pouse en secondes noces, le 19 fĂ©vrier 1350 Ă  Nanterre, la comtesse Jeanne de Boulogne et d'Auvergne, fille de Guillaume XII d'Auvergne et de Marguerite d'Évreux, veuve ĂągĂ©e de 24 ans. Elle est hĂ©ritiĂšre du duchĂ© de Bourgogne, qui, aprĂšs son dĂ©cĂšs, serait rattachĂ© Ă  la couronne. DĂ©jĂ  comtesse de Boulogne et d'Auvergne, depuis la mort de son pĂšre, elle est Ă  la tĂȘte du duchĂ© et du comtĂ© de Bourgogne ainsi que de l'Artois aprĂšs la disparition de son mari, Philippe de Bourgogne, en 1346, et de son beau-pĂšre. En contrepartie de ces terres appartenant Ă  son domaine, elle reçoit les seigneuries de Montargis, Lorris, Vitry-aux-Loges, Boiscommun, ChĂąteauneuf-sur-Loire, Corbeil, Fontainebleau, Melun et Montreuil[71].

La fin du rĂšgne de Philippe VI est marquĂ©e par les dĂ©buts de l'Ă©pidĂ©mie de peste noire, qui entraĂźne une longue trĂȘve. Il signe en 1349 le traitĂ© de Romans, par lequel Humbert II du Viennois vend le DauphinĂ© Ă  la France.

Funérailles de Philippe VI, Chroniques de Jean Froissart, Paris, BibliothÚque nationale de France.

Il meurt dans la nuit du 22 au 23 août 1350 au chùteau de Nogent-le-Roi selon certains historiens ou plus vraisemblablement à l'abbaye Notre-Dame de Coulombs selon d'autres[72].

Philippe laisse cependant un royaume durablement désorganisé, entré dans une phase de révoltes qui tournera à la guerre civile avec la Grande Jacquerie de l'année 1358.

Union et descendance

En juillet 1313, Philippe VI de Valois Ă©pouse en premiĂšres noces Jeanne de Bourgogne (v. 1293-1349), fille de Robert II (1248-1306), duc de Bourgogne (1272-1306) et roi titulaire de Thessalonique, et d'AgnĂšs de France (1260-1325). De cette union sont issus au moins huit enfants[73] :

Devenu veuf de Jeanne de Bourgogne, dĂ©cĂ©dĂ©e le 12 dĂ©cembre 1349, le roi Ă©pouse en secondes noces Ă  Brie-Comte-Robert, le 11 ou 29 janvier 1350 (selon les sources), Blanche de Navarre (v. 1333-1398), dite Blanche d'Évreux, fille de Philippe III (1301-1343), comte d'Évreux (1319-1343) et roi de Navarre Ă  titre « consort Â», et de Jeanne II (1311-1349), reine de Navarre (1328-1349) et comtesse de Champagne. De cette union est issue une fille posthume :

Philippe VI de Valois aurait eu deux fils naturels :

  • Jean d'Armagnac[74] (+ aprĂšs 1350), sans alliance ;
  • Thomas de la Marche (1318-1361), capitaine, nĂ© de BĂ©atrice La BerruĂšre. Certains auteurs[75] le donnent fils naturel de Charles de la Marche, alors qu'il Ă©tait comte de la Marche. Il a un fils, Jean de la Marche, chevalier, et postĂ©ritĂ©[76].

Citation

C'est lui qui prononça la phrase « Qui m'aime bien me suivra Â», plus connue sous la formulation « Qui m'aime me suive Â», utilisĂ©e Ă  maintes reprises.

Notes et références

  1. ↑ Le lieu exact du dĂ©cĂšs de Philippe VI semble faire divergence. Selon certaines sources, il serait mort Ă  Coulombs dans l’abbaye Notre-Dame, selon d'autres il serait mort dans l'ancien chĂąteau fort (aujourd'hui disparu) de Nogent-le-Roi
  2. ↑ Antonin Roche, Histoire de France - Depuis les temps les plus reculĂ©, Ch. Delagrave, Paris, 1867, p. 351
  3. ↑ a et b Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 32
  4. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 29.
  5. ↑ Alix Ducret, Cent ans de malheur : les origines de la guerre de Cent Ans, Historia Nostra
  6. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 33
  7. ↑ Comment le pĂšre au roi Édouard fut mariĂ© Ă  la fille au beau roi Philippe de France. Chroniques de Jean Froissart, Livre I, partie I, chapitre 3 pages 5-6 BibliothĂšque Nationale de France
  8. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, 2008, p. 40
  9. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .40.
  10. ↑ a, b et c Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 25.
  11. ↑ a et b Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 26.
  12. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .41.
  13. ↑ Les chroniques de sire Jean Froissart, 1867, p. 46
  14. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 42.
  15. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 47.
  16. ↑ AndrĂ© Castelot et Alain Decaux Histoire de la France et des Français au jour le jour, volume 3 : 1270 Ă  1408, partie 2, p. 34.
  17. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 60
  18. ↑ a et b Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.13
  19. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 448.
  20. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 449.
  21. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 450.
  22. ↑ a et b Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 72
  23. ↑ a et b Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 70
  24. ↑ a, b et c Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, pp. 222-223.
  25. ↑ Les constatations dĂ©crites par exemple par Scott A. Mandia,(en) The Little Ice Age in Europe www2.sunysuffolk.edu, sont corroborĂ©es par des mĂ©diĂ©vistes ayant analysĂ© les chroniques de l'Ă©poque tels Philippe Contamine, La guerre de cent ans, Que Sais-Je n° 1309, PUF 2002 ; mais pour d'autres auteurs le refroidissement climatique survient plus tard et d'autres modĂšrent l'impact que les changements climatiques en question ont eu sur l'Ă©conomie : Emmanuel Le Roy Ladurie Histoire humaine et comparĂ©e du climat, Fayard 2006, La Recherche.
  26. ↑ a et b Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, pp.231-232
  27. ↑ a, b et c Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .42.
  28. ↑ (en) Tony Pollard et Neil Oliver, A Soldier's View of Battle through the Ages, site de la BBC
  29. ↑ Bernard Coteret, Histoire de l'Angleterre, Tallandier 2007 page 116
  30. ↑ Emmanuel Constantin Antoche, Quelques aspects concernant l’évolution tactique du chariot sur le champ de bataille dans l’histoire militaire universelle. L’AntiquitĂ© et le Moyen Âge jusqu’à l’avĂšnement des Hussites (1420), p. 113 [1]
  31. ↑ a et b Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .43.
  32. ↑ a et b Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .44.
  33. ↑ a, b et c Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .45.
  34. ↑ Raymond Cazelles, La SociĂ©tĂ© politique et la crise de la royautĂ© sous Philippe de Valois, BibliothĂšque elzĂ©virienne, Paris, 1958, p.117-119
  35. ↑ (en) Ormrod, Reign of Edward III, 9.
  36. ↑ a, b et c Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .59.
  37. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .60.
  38. ↑ Geoffroy G. Sury, « Bayern Straubing – Hennegau : la Maison de BaviĂšre en Hainaut, XIVe – XVe s. Â», Edit. G. G. Sury, (2e Ă©d.), dĂ©p. lĂ©g., Bruxelles, 2010, p. 58. (Guillaume Ier, comte de Hainaut prend le parti du roi d’Angleterre au dĂ©but de la Guerre de Cent Ans.) Rappels historiques : -a.) Guillaume Ier (d’Avesnes), comte de Hainaut dit le Bon (°1286 - U 1337), jusque lĂ  fidĂšle alliĂ© de la France, se brouille en 1334, suite Ă  de constantes vexations, avec Philippe VI de Valois, son beau-frĂšre (Guillaume avait Ă©pousĂ© Jeanne de Valois) et se pose Ă  lui le dilemme de prendre finalement le parti du roi d’Angleterre contre le roi de France. Il devient l’ñme de la ligue que prĂŽne son beau-fils, le roi Édouard III d’Angleterre (Édouard III avait Ă©pousĂ© Philippa de Hainaut, fille dudit Guillaume et de Jeanne de Valois), contre Philippe VI. En 1337, tout au dĂ©but de la Guerre de Cent Ans Guillaume rejoint officiellement le parti d’Édouard III (qui revendiquait le trĂŽne de France, en tant que petit-fils de Philippe IV le Bel), contre le roi de France et forma une coalition avec l’Anglais, le duc de Brabant, le duc de Gueldre, l'archevĂȘque de Cologne et le comte (marquis ?) de Juliers : ceux-ci se proposant d’envahir la France. Mais il dĂ©cĂ©da peu aprĂšs, Ă  Valenciennes, le 7 juin 1337, au cours des prĂ©paratifs de la campagne militaire. Il sera inhumĂ© dans la nĂ©cropole de l’église des Cordeliers de cette ville, au terme d’un rĂšgne trĂšs long et trĂšs bĂ©nĂ©fique pour le comtĂ© de Hainaut. Jehan Froissart, le cĂ©lĂšbre chroniqueur valenciennois, s’en fera le premier historien vantant les mĂ©rites de feu ce comte. Son fils, Guillaume II, le nouveau comte de Hainaut dit le Hardi, (qui avait Ă©pousĂ© Jeanne, duchesse hĂ©ritiĂšre de Brabant) continuera dans la mĂȘme ligne, la politique prĂŽnĂ©e par son pĂšre. À noter Ă©galement qu’une autre fille de Guillaume Ier, comte de Hainaut et de Jeanne de Valois, Ă  savoir, Marguerite II, comtesse de Hainaut, avait Ă©pousĂ© Louis IV, duc de BaviĂšre et empereur germanique. -b.) La majeure superficie du comtĂ© de Hainaut Ă©tait, Ă  cette Ă©poque, fief de l’Empire germanique. Cependant, la partie comtale Ă  l’ouest de l’Escaut dite Terres d’Ostrevant Ă©tait fief-lige du roi de France. Les comtes de Hainaut portaient Ă©galement le titre de « comte d’Ostrevant Â». Le comtĂ© d’Ostrevant, globalement dĂ©limitĂ© par les riviĂšres de la Scarpe, de la SensĂ©e et de l’Escaut, Ă©tait un trĂšs ancien comtĂ© d’origine mĂ©rovingienne qui fut, au cours des siĂšcles, disputĂ© dans un premier temps entre les comtes de Flandre et les comtes de Hainaut et par aprĂšs, entre les comtes de Hainaut et les rois de France, qui le disloquĂšrent. Cependant, la majeure partie de cet ancien comtĂ© sera incorporĂ©e au Hainaut.
  39. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .62.
  40. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 63-64.
  41. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 64.
  42. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 65.
  43. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 76.
  44. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 75.
  45. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 77.
  46. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .78.
  47. ↑ a et b Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 133
  48. ↑ Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 135
  49. ↑ a et b Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .79.
  50. ↑ Y. Gicquel, Le Combat des Trente, Coop Breizh, 2004, p. 19.
  51. ↑ a et b Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 136
  52. ↑ La querelle de Bretagne, 1341-1364-1381, Jean Christophe Cassard, in Toute l'histoire de Bretagne, Morlaix, 2003.
  53. ↑ a et b Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .80.
  54. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 137.
  55. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 86-87.
  56. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 89.
  57. ↑ a, b et c Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 94.
  58. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 91.
  59. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p.91-92.
  60. ↑ a, b et c Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 92.
  61. ↑ a, b et c Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 93.
  62. ↑ (en) The Battle of CrĂ©cy, Jonathan Blair myarmoury.com
  63. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 150
  64. ↑ Dominique-Marie-Joseph Henry, Histoire de Roussillon, comprenant l'histoire du royaume de Majorque, Paris 1835, p. 270.
  65. ↑ Dominique Marie Joseph Henry, op. cit., p. 362-363.
  66. ↑ Dominique Marie Joseph Henry, op. cit., p. 240-241.
  67. ↑ Dominique Marie Joseph Henry, op. cit., p. 242.
  68. ↑ Dominique Marie Joseph Henry, op. cit., p. 244-245.
  69. ↑ Dominique Marie Joseph Henry, op. cit., p. 270.
  70. ↑ Laurent Theis, Histoire du Moyen-Age Français, Perrin 1992, p. 281-282.
  71. ↑ Les Valois directs : Jean II le Bon. Jeanne de Boulogne chrisagde.free.fr
  72. ↑ Note 3 page 185 dans La chronique de Jean le Bel de Jules Viard et Eugùne Deprez
  73. ↑ D'autres enfants morts-nĂ©s sont frĂ©quemment citĂ©s - voir "Les Valois", de Patrick Van Kerrebrouck - 1990.
  74. ↑ CitĂ© par Patrick Van Kerrebrouck, dans "les Valois" - 1990, page 85.
  75. ↑ Notamment Gaston Paris, dans "Journal des savants", 1900 - page 694 et s.
  76. ↑ Dont (au moins) un fils lĂ©gitimĂ© en 1359 de PĂ©tronille FlĂ©charde.

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