Phare

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Phare
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Un phare est un système de signalisation employé, soit dans le domaine maritime (phare maritime), soit dans le domaine aéronautique (phare aéronautique).

Le syst√®me de signalisation maritime est constitu√© d'un puissant syst√®me d'√©clairage plac√© g√©n√©ralement en haut d'une tour. Ces phares maritime sont g√©n√©ralement plac√©s pr√®s de la c√īte. Ils permettaient aux navires de rep√©rer la position des zones dangereuses se trouvant pr√®s des c√ītes, ainsi que les ports maritimes. Ils sont moins utiles gr√Ęce aux moyens √©lectroniques de g√©olocalisation. En France, le gouvernement a envisag√© en 2011 de confier les 60 principaux phares de France au Conservatoire du littoral[1].

Sommaire

Définition

Pour l'administration fran√ßaise, un phare est un √©tablissement de signalisation maritime sur support fixe comportant au moins deux crit√®res parmi les quatre ci-dessous :

  • Fonction : √©tablissement de grand atterrage ou de jalonnement (Voir Classifications des phares);
  • Hauteur : √©tablissement d'une hauteur totale au-dessus du sol de plus de 20 m√®tres ;
  • Intensit√© : √©tablissement dont le feu est d'une intensit√© sup√©rieure √† 100 000 cand√©las ;
  • Infrastructure : √©tablissement abritant dans son enceinte un ou plusieurs b√Ętiments du Bureau des Phares & Balises.

Par définition contraire, les feux sont les autres établissements, c'est-à-dire, ne remplissant pas pleinement au moins deux des critères ci-dessus énumérés.

√Čtymologie

Le mot phare vient du mot latin pharus, lui-m√™me d√©riv√© du grec Pharos (ŌÜő¨ŌĀőŅŌā), qui est le nom de l'√ģle o√Ļ se trouvait le phare d'Alexandrie. Cette origine est conserv√©e dans beaucoup de langues, comme dans l'italien (faro), l'espagnol (√©galement faro), le portugais (farol) et les langues scandinaves (fyr en norv√©gien, danois et su√©dois). Cependant, certaines langues comme l'anglais (lighthouse) l'allemand (Leuchtturm), le n√©erlandais (Vuurtoren), le russe (–ú–į—Ź–ļ) ou le tch√®que (Maj√†k) ont pr√©f√©r√© cr√©er un nom compos√© expliquant clairement la fonction du phare.

Phares maritimes

Les phares maritimes ont été le premier moyen pour les navires de repérer les zones dangereuses et les ports. Aujourd'hui, avec les systèmes de positionnement modernes, leur utilisation se raréfie. Ainsi, il n'y a que 1 500 phares maritimes encore en service dans le monde.

Historique

Premiers phares maritimes

Article d√©taill√© : Phares antiques.

Les premiers phares maritimes sont apparus dans l'Antiquité avec le développement de la marine. Ils sont attestés chez les Grecs et les Romains, et peut-être déjà chez les Puniques, voire les Minoens.

Tout comme les amers naturels (montagnes, volcans, etc.), les phares antiques servaient avant tout pour signaler la c√īte et plus g√©n√©ralement l'entr√©e d'un port.

Huile

6 phares jalonnent la c√īte fran√ßaise √† la fin du XVIIe si√®cle, 15 en 1770, ann√©e o√Ļ l'allumage se fait encore par un feu de bois sur la plateforme. C'est co√Ľteux et incommode (on utilise jusqu'√† 700 kilogrammes de bois par nuit sur le phare de Chassiron √† Ol√©ron[2]), on ne l'allume donc pas toutes les nuits. Le plus ouvent, ils ne sont allum√©s qu'√† l'approche d'un navire. Cette ann√©e-l√†, la Compagnie Tourville-Sangrain, qui vient d'obtenir la concession des phares, installe la premi√®re lampe √† huile munie d'un r√©flecteur sur le phare de S√®te. Ce proc√©d√©, moins on√©reux, se r√©pand rapidement (phare de Saint-Mathieu,...). On compte 15 phares l'utilisant en 1775. Les phares sont munis d'un r√©flecteur en cuivre argent√©. La port√©e du phare de Planier (Marseille) atteint 28 kilom√®tres par beau temps.

Les lampes √† huile √©tant peu puissantes, on multiplie les m√®ches, mais le r√©sultat est d√©cevant (en 1782, le phare de Cordouan est muni de 84 m√®ches). Joseph Teul√®re apporte les am√©liorations propos√©es par Borda, les m√®ches deviennent circulaires et creuses, une invention du Genevois Ami Argand (1784). Un m√©canisme d'horlogerie entrainant le syst√®me optique pour r√©aliser un phare √† √©clat est utilis√© pour la premi√®re fois au phare de Dieppe en 1787. En 1791, le phare de Cordouan est √©quip√© de 12 miroirs paraboliques de 81 centim√®tres construit par √Čtienne Le Noir sur les indications de Borda. C'est le plus puissant du monde.

En 1792, les phares et balises sont nationalis√©s mais restent afferm√©s √† la Compagnie Tourville-Sangrain. En 1811, les phares passent du Minist√®re de la marine au Minist√®re de l'int√©rieur. Suite aux nombreux probl√®mes rencontr√©s, une Commission permanente est cr√©√©e pour analyser la question. En 1813, c'est l'arriv√©e de Fran√ßois Arago qui succ√®de √† Malus, d√©c√©d√©. Fort occup√© et devant les nombreuses plaintes, il s'adjoint un collaborateur : Augustin Fresnel. √Ä eux deux, ils am√©lioreront la puissance des lampes √† huile en munissant les becs de m√®ches concentriques aliment√©es par de l'huile sous pression (suivant les traces de Benjamin Rumford, Bertrand Guillaume Carcel et Wagner). Les plus puissantes consommeront jusqu'√† 750 grammes d'huile √† l'heure.

Lentilles Fresnel

Vue éclatée d'une optique avec lentilles de Fresnel
Article d√©taill√© : Lentille de Fresnel.

Fresnel pense que des lentilles sont plus adapt√©es que des miroirs pour concentrer la lumi√®re. Cependant, des lentilles simples de grands diam√®tres et de courtes distances focales auraient un poids excessif, seraient peu lumineuses et poseraient des probl√®mes de dispersion des couleurs. D'o√Ļ l'id√©e de lentilles √† √©chelons. L'id√©e n'est pas neuve, Buffon y avait d√©j√† pens√© pour concentrer les rayons du Soleil, mais c'est Fresnel, aid√© de l'opticien Jean-Baptiste Soleil qui s'attache √† leur construction pratique. La lumi√®re √©mise par la lampe √† l'horizontale est concentr√©e et la lumi√®re √©mise en haut et en bas est rabattue vers l'horizon par des miroirs. Test√© √† Paris en ao√Ľt 1822 (mont√© sur l'Arc de triomphe de l'√Čtoile, alors en construction, on peut observer la lumi√®re √† 32 kilom√®tres de l√†, √† Notre-Dame de Montm√©lian dans la commune de Saint-Witz). Le syst√®me est install√© le 20 juillet 1823 au phare de Cordouan. Les marins sont enthousiastes et, fort de ce succ√®s, un programme g√©n√©ral d'√©clairage des c√ītes fran√ßaises est lanc√©. Ainsi, 28 phares de premier ordre (60 km de port√©e), 5 de second ordre (40 km) et 18 du troisi√®me ordre (28 km), plus quelques autres sont construits. En 1843, les miroirs destin√©s √† rabattre la lumi√®re (difficiles √† fabriquer et qui s'encrassent facilement) sont remplac√©s par des prismes annulaires. En 1850, il y a 58 phares sur les c√ītes fran√ßaises. Le nombre de naufrages d√©croit fortement (en France, il passe de 161 par an √† 39 entre 1816 et 1831). √Ä la m√™me √©poque, on compte 126 phares au Royaume-Uni et 138 aux √Čtats-Unis. La plupart sont √©quip√©s de lentilles de Fresnel [3].

Gaz d'éclairage

Article d√©taill√© : Gaz d'√©clairage.
Le Phare de Chassiron dans lequel sera essayé le gaz Pintsch entre 1895 à 1902
Gaz d'huile végétale et animale
Article d√©taill√© : Gaz d'huile.

Entre 1824 et 1826, Fresnel r√©alisa des exp√©riences sur des gaz d'huile produits par distillation d'huile de baleine ,d'huile de colza et d'huile factice, en vue de les appliquer √† l'illumination des phares[4]. Cependant rien n'indique qu'ils seront mis en Ňďuvre avant ou apr√®s sa mort en 1827.

Gaz d'huile minérale
Articles d√©taill√©s : Gaz de p√©trole, Gaz Pintsch et Gaz Blau.

On utilisa dans les phares un gaz obtenu √† √† partir de la distillation de goudron ou de r√©sidus de p√©trole qu'on appela gaz d'huile mais aussi gaz Pintsch. Le gaz Blau, mis en Ňďuvre vers 1890 est une am√©lioration du gaz Pintsch.

Le gaz Pintsch, diffus√© vers 1880 en France par la Soci√©t√© internationale d‚Äô√Čclairage par le Gaz d'Huile (SIEGH) permettra la mise en place du premier r√©seau de balisage flottant. Diff√©rentes usines √† gaz seront install√©es sur le littoral, √† Honfleur, Dunkerque, Royan, Saint-Nazaire, Granville et Brest. Les phares suivants en seront √©quip√©s [5]:

Seront √©galement mis en Ňďuvre les gaz suivants[5]:

  • √Ä partir de 1895, le p√©trole vaporis√© n'est toutefois pas un gaz mais une vaporisation.
  • √Ä partir de 1900, l'ac√©tyl√®ne est utilis√© en France jusqu'aux alentours de 1940. Ce gaz √©tait alors assez dangereux et son stockage demandait l'utilisation de citernes garnies d'un ciment poreux. L'incandescence √† l'ac√©tyl√®ne sera essay√©e au phare de Chassiron √† titre exp√©rimental de 1902 √† 1905. Il sera tr√®s utilis√© √† l'√©tranger.
  • En 1923, le gaz BBT (du fabricant fran√ßais de phares Barbier B√©nard Turenne) repr√©sente une forte am√©lioration des qualit√©s de compression et de s√©curit√©. Il sera produit entre les deux guerres mondiales. Des usines de fabrication seront install√©es √† Sfax en Tunisie et √† Marseille.
  • Apr√®s 1935, le butane et le propane: Le d√©veloppement des exploitations p√©troli√®res, dans les ann√©es 1930, permettait la fabrication standardis√©e du propane puis du butane. Les premiers essais en mer seront r√©alis√©s au banc du Turc (Phare de la Banche), en face de Lorient en 1932. Il faudra toutefois attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour qu'une utilisation r√©guli√®re soit faite par le Service des phares et balises. Les deux gaz seront utilis√©s jusque dans les ann√©es 1980. Les citernes de gaz √©taient directement livr√©es dans les services qui les ventilaient en fonction de leurs besoins.

L'électricité (Des lampes à arc et ensuite des lampes à incandescence) remplacera le gaz d'éclairage dans les phares à partir de 1863 mais surtout à partir de 1920[5]

Pétrole

L'arriv√©e du p√©trole, dont la premi√®re qualit√© est une tr√®s grande fluidit√©, donne aux phares maritimes une puissance encore inconnue, d'abord avec des br√Ľleurs √† m√®ches concentriques √† la fin des ann√©es 1850[6], puis avec des syst√®mes √† pression munis du bec Auer et du manchon √† incandescence.

Manchon à incandescence

Les br√Ľleurs √©taient au d√©part √† flamme nue (1885) puis se transform√®rent par l'arriv√©e du manchon √† incandescence de Carl Auer von Welsbach (vers 1895) qui √©quipera tous les syst√®mes √©clairants. Les br√Ľleurs, que l'on croise encore, correspondent √† des fabrications d√©velopp√©es vers 1900[5].

La nature ponctuelle, très puissante et très blanche de la lumière à incandescence s'allie au mieux aux procédés de concentration de la lumière de la lentille de Fresnel[7]. Cette évolution est exactement parallèle à celle des lampes à pétrole et des lampes à pression d'usage domestique. L'éclairage à pétrole se maintient jusqu'à la période récente de l'électrification.

√Člectrification

Ampoule (√©poque r√©cente) usag√©e utilis√©e sur le Phare d'Eckm√ľhl

L'√Člectrification des phares commence en Angleterre : en d√©cembre 1858, le phare de South Foreland est √©lectrifi√© √† titre exp√©rimental. L'essai √©tant concluant, le phare de Dungeness est le premier a √™tre d√©finitivement √©lectrifi√©, en juin 1862[8]. L'ing√©nieur fran√ßais L√©once Reynaud, qui a visit√© le phare de South Foreland, travaille pour appliquer cette nouvelle technologie aux √©difices des phares et balises. Ainsi, les phares sud, puis nord de la H√®ve sont √©lectrifi√©s, le 26 d√©cembre 1863 et le 1er septembre 1865[8].

Malgr√© les avantages de l'√©lectricit√© en termes de performance, l'√©lectrification ne se fait pas massivement, surtout pour des raisons de co√Ľt : les phares √©lectriques n√©cessitent alors d'importantes installations[8]. Chaque phare doit en effet produire sa propre √©lectricit√©, avec des moteurs √† vapeur entra√ģnant des alternateurs, ce qui requiert donc des r√©serves de carburant, d'eau, des installations de contr√īle, etc ; de plus, les faibles performances de ces premi√®res machineries et le manque de sp√©cialistes handicapaient ce nouveau concept d'√©clairage. En Angleterre, seuls six phares sont √©lectrifi√©s dans les ann√©es 1860-1890, et trois phares, dont les deux pionniers, reviennent √† des modes d'√©clairage classiques[9]. La France choisit d'√©lectrifier plusieurs phares, comme le phare du cap Gris-Nez, le phare du Touquet, le phare des Baleines, le phare de La Palmyre, le phare de Planier; ce choix lui permet de prendre une avance technique et industrielle, et lui vaut de vendre des machineries de phares dans toute l'Europe, et parfois au del√†[Note 1],[9].

En France, le 27 janvier 1880, le directeur des phares et balises Emile Allard, propose dans un rapport √† ce qu'une ceinture de feux √©lectriques soit cr√©√©e sur les c√ītes fran√ßaises. Ce sera l'ing√©nieur L√©on Bourdelles qui aura la t√Ęche de moderniser les phares fran√ßais, en les √©lectrifiant, en y adjoignant une optique compatible et souvent en les rehaussant de mani√®re √† profiter pleinement de leur nouvelle puissance. Le co√Ľt d'√©lectrification d'un phare √©tait alors de 125 000 francs de l'√©poque, le budget total allou√© par l'√©tat fut d'environ 6 millions[10]. En cours de projet, des √©tudes permettent de constater que les routes de navigation ont chang√©, faisant perdre de leur importance √† une partie des anciens phares. La modification de ceux-ci sera abandonn√©e, et les cr√©dits concentr√©s sur les phares d'atterrissage principaux, r√©duisant de quarante-deux √† treize les sites √† moderniser[10]. Dans le m√™me temps, l'arriv√©e du gaz de p√©trole, les am√©liorations de l'ancien syst√®me d'√©clairage et son faible co√Ľt compar√© √† sa modernisation concurrencent s√©rieusement l'√©lectrification.

Ainsi seuls une vingtaine de phares sont √©lectriques dans le monde en 1885, dont huit en France, quatre en Grande-Bretagne, trois en Russie, les rares autres √† Suez, en Australie, au Br√©sil, en Italie et au Portugal[11]. En 1895, ils sont une trentaine, dont douze en France (et douze autres, vendus par le France dans le monde). Les diff√©rents pays du globe ne se pressent pas, les √Čtats-unis et la Norv√®ge allument leur premier phare √©lectrique en 1898; l'Allemagne, les Pays-Bas et la France ne modifieront en masse leurs phares qu'√† la fin des ann√©es 1920[11].

L'am√©lioration et fiabilit√© et en puissance des moyens de production d'√©lectricit√©, le raccordement de certains phares au r√©seau nationaux, ainsi que le remplacement des lampes √† arc par des lampes √† incandescence au d√©but du XXe si√®cle, permet √† l'√©lectricit√© de prendre le monopole[11].

Automatisation

Le probl√®me des phares en mer, difficiles d'acc√®s, poussent les services des phares √† chercher un syst√®me automatique. Les syst√®mes d'√©clairages au gaz de houille semblent un temps permettre le fonctionnement d'un feu en continu; en France, en 1881, des tourelles en sont √©quip√©s √† Boulogne et √† Marseille, mais cette m√©thode est finalement abandonn√©e pour des raisons de co√Ľt[12]. Au Grande-Bretagne, Su√®de et Finlande, ce sont les phares au gaz de p√©trole qui permettent de se passer de gardiens. D'autres gaz, comme l‚Äôac√©tyl√®ne, sont essay√©s, et des m√©canismes sont con√ßus et test√©s. En France, en 1893, le feu de la tourelle des Mor√©es (dans l'estuaire de la Loire) fonctionne jour et nuit pendant plus de 150 jours, sans intervention humaine[13].

Les difficult√©s sont pourtant nombreuses; les br√Ľleurs doivent √™tre entretenus r√©guli√®rement pour conserver une bonne intensit√©, les m√©canismes de rotation des optiques sont fragiles face aux conditions climatiques en bord de mer[14] : certains feux s'√©teignent et doivent √™tre r√©par√©s.

Les premiers feux br√Ľlaient jour et nuit. Il n'y avait aucun moyen de limiter le temps de leur allumage. Gustaf Dal√©n (Prix Nobel de physique 1912), fondateur de la soci√©t√© AGA, fut le premier √† proposer un interrupteur √† valve solaire, qui contr√īle le flux de gaz ac√©tyl√®ne selon la luminosit√© du ciel et qui permettait donc la coupure du gaz pendant la journ√©e[5]. Cette technique permettait d'√©conomiser jusqu'√† 90% de gaz[14]. Gustaf Dal√©n inventera aussi des √©clipseurs qui programmaient les √©clats des feux au gaz ac√©tyl√®ne et des √©conomiseurs (entre 1905 et 1915)[5].

En France, les mécanismes semblent plus tardifs, probalement du fait de gros investissements récents dans d'autres technologies[14]. Vers 1950, l'horloger Augustin Henry-Lepaute proposera des éclipseurs mécaniques à mouvement d'horlogerie utilisables pour les feux au gaz propane et butane. Une autre génération de programmateur est le "DECOGAR" fabriqué par le Service des phares et balises, vers 1970, qui introduit l'électronique dans les appareillages[5].

Une deuxi√®me phase de l'automatisation se fera dans le dernier tiers du XXe si√®cle, avec l'arriv√© de phares contr√īlables depuis la terre. L'√©lectricit√© des phares est alors fourni par panneaux solaires, ou par des √©oliennes[15], √©vitant les probl√®mes de ravitaillement.

Pour autant, beaucoup de phares restèrent encore habités jusqu'aux années 1990. En 2011, les phares habités sont rares; les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont automatisé l'ensemble de leur parc, le dernier phare américain habité ayant été le Trinity House en 1998. En France, le dernier phare en mer habité est celui de Cordouan, quelques autres phares sur terre et facilement accessibles ne sont pas totalement robotisés[16]. L'automatisation, si elle a permis de ne plus envoyer des hommes dans des endroits solitaires et dangereux, laisse cependant sans surveillance constante des édifices historiques comme Ar-Men, La Vieille ou Kéréon[16].

Phares nucléaires

L'Union soviétique a également construit un certain de nombre de phares utilisant l'énergie d'un générateur thermoélectrique à radioisotope. Suite à la chute de l'Union soviétique, des phares de ce type sont restés sans surveillance ni entretien, posant des problèmes environnementaux. Outre leur vieillissement, ces phares ont aussi été la cible de voleurs de métaux, dont certains sont morts suite à une contamination radioactive[bellona 1]. Ces phares posent également des problèmes de sécurité, l'élément radioactif pouvant être volé pour faire une bombe radiologique[bellona 2].

Certains de ces phares ont finalement été modifiés pour fonctionner à l'énergie solaire[17],[18].

Autres évolutions

Certains phares sont entretenus uniquement parce qu'ils servent d'attraction touristique, mais on continue encore à en construire dans des zones dangereuses, certains produisant un feu directionnel.

Dans les phares modernes, inhabit√©s, le syst√®me de lentilles en rotation est souvent remplac√© par des flashs omnidirectionnels, courts et intenses (dans ce cas on concentre la lumi√®re dans le temps plut√īt que dans l'espace). Ces signaux lumineux sont similaires √† ceux utilis√©s pour la signalisation a√©rienne. Leur alimentation √©lectrique est le plus souvent assur√©e par l'√©nergie solaire.

Constitution

Tour

Phare de Waitemata, golfe de Hauraki, en Nouvelle-Zélande.

La tour sert de support au syst√®me d'optique. Sa hauteur d√©termine sa port√©e g√©ographique, qui correspond √† la distance maximale d'o√Ļ l'on peut voir le phare.

La forme de la tour est généralement cylindrique, ce qui lui permet de mieux résister aux rafales de vent, et aux lames pour les phares en mer, qui peuvent être très puissantes. Des formes carrées, hexagonales ou octogonales sont aussi courantes. La plupart on une base légèrement plus grande que leur sommet, pour des raisons de stabilité. Enfin, de rares phares sont construits sur piliers, comme celui situé dans le golfe de Hauraki, en Nouvelle-Zélande.

Différents matériaux ont été utilisé, comme le bois, la brique, la pierre de taille, le béton, le métal.

Système optique

Lanterne de phare, contenant un syst√®me optique √† lentilles de Fresnel, tournant gr√Ęce √† un contre-poids.

Le système d'optique se trouve au sommet de la tour. Il est constitué de la source lumineuse, d'un système de lentilles, le tout est ensuite placé dans une lanterne.

Pour utiliser au mieux l'√©nergie lumineuse disponible, elle est concentr√©e :

  • Le faisceau est aplati sur l'axe vertical pour ne pas s'√©parpiller inutilement.
  • Dans le sens horizontal, un ou plusieurs rayons sont cr√©√©s simultan√©ment et balayent l'horizon afin d'√™tre vus dans toutes les directions.

Traditionnellement, on concentre la lumi√®re par un syst√®me de lentilles en rotation. Dans les tr√®s anciens phares, l'√©clairage √©tait assur√© par une lampe √† p√©trole et la rotation par un m√©canisme d'horlogerie. Le b√Ęti sur lequel reposait l'optique pouvait reposer sur du mercure afin de r√©duire la friction. On a ensuite utilis√© des ampoules et des moteurs √©lectriques, aliment√©s par un groupe √©lectrog√®ne qui fournissait √©galement l'√©lectricit√© au gardien du phare.

Il n'est pas évident de concentrer efficacement un flux lumineux à partir d'une source omnidirectionnelle. Pour éviter d'utiliser des lentilles d'une épaisseur trop importante, on a développé le système des lentilles de Fresnel spécifiquement pour cet emploi. Leur conception permet d'obtenir un grand diamètre et une distance focale suffisamment courte, sans le poids et le volume inhérent à des lentilles classiques. Certains phares, comme ceux de Cape Race à Terre-Neuve et le Makap'uu Point de Hawaii utilisent des lentilles hyperradiantes fabriquées par la société Chance Bros.

Pour ne pas être confondus avec d'autres sources lumineuses, les phares émettent une lumière intermittente.

Classifications des phares

Selon leur utilité pour la navigation

  • Les phares de ¬ę grand atterrissage ¬Ľ marquent les tournants des routes de navigation (exemples : Cr√©ac'h, √† Ouessant et Bishop Rock, √† l'entr√©e de la Manche; Gris-Nez dans le pas de Calais, cap Bon, en Tunisie);
  • Les phares et feux d'¬ę atterrissage secondaire ¬Ľ ou de ¬ę jalonnement ¬Ľ des c√ītes qui pr√©cisent le trac√© d'une route tr√®s fr√©quent√©e;
  • Les phares et feux d'¬ę entr√©e de port ¬Ľ balisent les estuaires et les ports[19].‚Ä®

Selon leur portée

  • Le phares de ¬ę premier ordre ¬Ľ (60 km de port√©e);
  • Les phares de ¬ę second ordre ¬Ľ (40 km);
  • Les phares de ¬ę troisi√®me ordre ¬Ľ (28 km).

Selon leur éclairage

  • Les phares dits ¬ę feux √† secteurs ¬Ľ pr√©sentant diff√©rentes couleurs sur tout l'horizon (g√©n√©ralement blanc pour une navigation saine, selon qu'on se trouve d'un c√īt√© ou de l'autre du secteur blanc, mais ce n'est pas une norme) se distinguent des phares qui pr√©sentent une seule couleur.
  • Les phares dits ¬ę feux de direction ¬Ľ √©clairant un secteur √©troit (exemple : le phare de Tr√©zien, au nord-ouest de Brest), avec le cas particulier des phares dits ¬ę feux d'alignement ¬Ľ qui, ensemble, indiquent en outre un axe (exemple : l'alignement de feux permettant l'acc√®s au port du Havre), se distinguent des phares qui √©clairent sur une grande partie de l'horizon[19].

Selon l'intérêt pour les gardiens de phare

En fonction de la duret√© des conditions de vie √† l'int√©rieur, les gardiens de phare fran√ßais d√©signaient les phares selon trois appellations :

  • Les paradis, phares situ√©s √† terre,
  • Les purgatoires, phares situ√©s sur des √ģles,
  • Les enfers, phares isol√©s en mer, qui impliquent en plus des rel√®ves dangereuses.

Cette classification correspondait également à une progression de carrière, qui commençait dans un enfer pour terminer dans un paradis.

Bateaux-phare

Le bateau-phare Kemi, en Finlande
Article d√©taill√© : Bateau-phare.

Les bateaux-phares, ou bateaux-feux, √©taient des navires con√ßus sp√©cialement pour supporter des feux l√† o√Ļ la construction d'un b√Ętiment en dur √©tait impossible. Utilis√©s entre le milieu du XVIIIe si√®cle et la fin du XXe si√®cle, ils ont presque tous √©t√© remplac√©s par des bou√©es automatiques. En France, le dernier a √©t√© le Sandetti√©, retir√© en 1989[20].

Phares aéronautiques

Article d√©taill√© : Phare a√©ronautique.

Aux débuts de l'aviation, des phares terrestres furent utilisés pour guider les avions de nuit, comme pour l'aéropostale, l'atterrissage de Charles Lindbergh au Bourget, le phare sur la Tour Eiffel...

Signature lumineuse du phare

Le signal lumineux émis par un phare ou un bateau-phare a des caractéristiques spécifiques qui permettent aux marins de l'identifier et de l'utiliser pour déterminer leur position et/ou leur route.

On distingue :

  • les feux √† √©clats courts ou longs : ils √©mettent bri√®vement un ou plusieurs signaux de lumi√®re. Les p√©riodes d'extinction sont plus longues que les p√©riodes de lumi√®re.
  • les feux scintillant : les signaux de lumi√®re sont tr√®s brefs et tr√®s rapproch√©s
  • les feux isophases : la dur√©e des p√©riodes de lumi√®re et d'extinction sont identiques
  • les feux √† occultations : les p√©riodes d'extinction sont plus courtes que les p√©riodes de lumi√®re.

La signature compl√®te du phare est fournie par :

  • la couleur du signal lumineux : le plus souvent blanc (visible de plus loin), parfois rouge. Le vert est r√©serv√© aux feux √† secteur car cette couleur n'est visible que de relativement pr√®s (les feux √† secteurs √©mettent un signal de plusieurs couleurs : il √©claire g√©n√©ralement en blanc la zone de navigation saine, en vert et rouge les zones dangereuses situ√©es √† b√Ębord et tribord de la zone saine).
  • le nombre des √©clats lumineux ou des phases d'obscurit√©
  • la p√©riode au bout de laquelle le feu reproduit la m√™me s√©quence d'√©clats ou de p√©riodes d'obscurit√© : par exemple 15 secondes

Pour éviter toute erreur d'identification, deux phares situés dans la même zone de navigation n'auront jamais les mêmes caractéristiques.

Les signaux √©mis par les phares, la description des phares (hauteur du phare, hauteur au-dessus du niveau de la mer), leur port√©e th√©orique et leur position sont fournis dans des ouvrages publi√©s par les services hydrographiques (le SHOM pour la France, UKHO pour le Royaume-Uni‚Ķ) : livres des feux / Admiralty List of Lights and Fog Signals. Ces informations figurent √©galement dans des guides plus locaux (par exemple en France pour la c√īte Atlantique et la Manche l'Almanach du Marin Breton).

Ces informations sont notées sur les cartes marines sous une forme abrégée, les codes sont disponibles dans l'ouvrage 1D du SHOM (symboles et abréviations figurant sur les cartes marines françaises).

Voici un exemple : ¬ę Fl(3) G 12s ¬Ľ signifie : feu √† 3 √©clats verts, p√©riode 12 secondes) ; les principaux √©l√©ments de cette l√©gende sont :

  • la premi√®re abr√©viation indique le type du feu :
    • feu √† √©clats : Fl (pour Flash),
    • feu scintillant : Q (pour Quick),
    • feu isophase : Iso,
    • feu √† occultations Occ,
  • le nombre d'√©clats ou d'occultations est donn√© entre parenth√®ses (rien : 1 seul √©clat ou occultation)
  • la deuxi√®me abr√©viation donne la couleur : pas de mention pour les feux blancs ; G : vert (pour Green) ; R pour rouge (Red), Y pour jaune (Yellow) ;
  • la p√©riode est donn√©e en secondes ;
  • la hauteur est donn√©e en m√®tres (ex : 75 m) ;
  • la port√©e en milles est indiqu√©e sous la forme "x M" (exemple : 8 M pour une port√©e de 8 milles marins) ;
  • les signaux sonores compl√©mentaires peuvent √™tre figur√©s sous la forme d'une mention (Horn pour une corne de brume, Whis (Whistle) pour un sifflet ;
  • lorsque le feu porte un radiophare, la l√©gende est compl√©t√©e par RC (radiophare circulaire).

Exemple de l√©gende complexe : ¬ę Fl 5s 60m 24M Siren(1) 60s RC ¬Ľ signifie : feu √† un √©clat blanc toutes les cinq secondes, dont la lanterne est situ√©e √† une hauteur de 60 m, portant √† 24 milles, muni d'une sir√®ne √©mettant un signal toutes les 60 secondes et d'un radiophare.

Galerie

Bibliographie

Filmographie

  • Les Gardiens du feu, documentaire de 52 minutes sur la vie des deux gardiens du phare de la Vieille lorsqu'il √©tait encore gard√© et qu'il fonctionnait encore avec son feu au p√©trole, r√©alis√© par Jean-Yves Le Moine et Thierry Marchadier, produit par 1+1 Production en 1992
  • Le Phare, documentaire de 11' 15 r√©alis√© par Jean-Yves Le Moine et Thierry Marchadier et produit par 1+1 Production en 1992 ; documentaire po√©tique o√Ļ le phare de l'Espiguette se m√™le au phare de la Vieille pour cr√©er un phare onirique : le Phare.
  • La Lumi√®re et les hommes, documentaire de 52 minutes sur l'√©lectrification et l'automatisation du Phare de la Vieille avec la derni√®re rel√®ve en h√©licopt√®re de ses deux gardiens, r√©alis√© par Thierry Marchadier, produit par 1+1 Production en 1996
  • Un navire de granit , documentaire de 52 minutes sur le phare des Roches-Douvres,un des phares en mer les plus hauts et les plus spacieux, r√©alis√© par Thierry Marchadier, produit par 1+1 Production en 2001
  • Il √©tait un phare, documentaire de 52 minutes sur Ar-Men, le phare de l'enfer et K√©r√©on, le palace des oc√©ans, entre autres, r√©alis√© par Thierry Marchadier, produit par 1+1 Production en 2000
  • Le phare de Bell Rock dans la s√©rie Les Sept Merveilles du Monde Industriel (docu-fiction produit par la BBC en 2003 et le livre √©ponyme de Deborah Cadbury, met en sc√®ne la construction du phare par Robert Stevenson)

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Comme le phare du Cap Fontana, pr√®s d'Odessa
  1. ‚ÜĎ Julie Chauvaux Sarkozy veut confier les 60 grands phares fran√ßais au Conservatoire du littoral (avec un budget d'un puis 5 millions d'euros par an), mais le seul phare de Cordouan (Gironde) n√©cessiterait selon le journal Les Echos plus de 10 millions d'euros de travaux
  2. ‚ÜĎ James Lequeux, Fran√ßois Arago, un savant g√©n√©reux : physique et astronomie au XIXe si√®cle, chapitre Les phares, EDP Sciences, 2008 [lire en ligne], p. 363 
  3. ‚ÜĎ James Lequeux, Fran√ßois Arago, un savant g√©n√©reux. Physique et astronomie au XIX-i√®me si√®cle, EDP Science 2008, ISBN 978-2-86883-999-2
  4. ‚ÜĎ Augustin Fresnel Ňíuvres compl√®tes d'Augustin Fresnel: "Phares et appareils d'√©clairage". Imprimerie imp√©riale, 1870 Livre num√©rique google
  5. ‚ÜĎ a, b, c, d, e, f et g Les grands phares du littoral de France Objets et mat√©riels techniques et scientifiques : les syst√®mes √† gaz sur le site culture.gouv.fr
  6. ‚ÜĎ Louis Figuier, Les Merveilles de la science, Paris, 1867, BNF Gallica
  7. ‚ÜĎ Processus d'allumage du feu √† p√©trole sur Ar-Men
  8. ‚ÜĎ a, b et c Fichou, Le H√©naff, M√©vel, p. 280
  9. ‚ÜĎ a et b Fichou, Le H√©naff, M√©vel, p. 281
  10. ‚ÜĎ a et b Fichou, Le H√©naff, M√©vel, p. 282-284
  11. ‚ÜĎ a, b et c Fichou, Le H√©naff, M√©vel, p. 287
  12. ‚ÜĎ Fichou, Le H√©naff, M√©vel, p. 290
  13. ‚ÜĎ Fichou, Le H√©naff, M√©vel, p. 291
  14. ‚ÜĎ a, b et c Fichou, Le H√©naff, M√©vel, p. 292
  15. ‚ÜĎ Fichou, Le H√©naff, M√©vel, p. 416-417
  16. ‚ÜĎ a et b Fichou, Le H√©naff, M√©vel, p. 418-421
  17. ‚ÜĎ La "poubelle nucl√©aire" russe fait peau neuve dans l'Arctique, 7sur7.be. Consult√© le 8 ao√Ľt 2011
  18. ‚ÜĎ Russia removed radioactive lighthouses from Arctic coast, barentsobserver.com. Consult√© le 8 ao√Ľt 2011
  19. ‚ÜĎ a et b lexique sur Mandragore2.net
  20. ‚ÜĎ Fichou, Le H√©naff, M√©vel, p. 379
  1. ‚ÜĎ Chapitre 6, Incidents involving RTGs
  2. ‚ÜĎ Chapitre 7, The threat of terrorism

Voir aussi

Articles connexes

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