Pedalier (orgue)

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Pedalier (orgue)

Pédalier (orgue)

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Pédalier d'orgue (BDO 32 marches)

Le pédalier est un clavier d'instrument de musique spécialement conçu pour être joué avec les pieds. Il est l'un des éléments essentiels de l'orgue.

Sommaire

Histoire

La première idée de pédalier est née lorsque les organistes ont éprouvé le besoin de tenir en continu des notes de basse pour soutenir une polyphonie. Il s'agissait alors simplement de quelques chevilles placées à hauteur des pieds qui permettaient d'actionner les notes les plus graves du clavier par l'intermédiaire d'un mécanisme de tirasse (probablement une simple cordelette tendue entre la cheville et la marche du clavier). On situe la naissance de ce mécanisme vers le XIIIe.

On trouve l'usage du p√©dalier proprement dit d√®s le XVe si√®cle et sans doute pour des raisons de complexit√© m√©canique, il sera souvent ind√©pendant, c'est-√†-dire sans tirasse. Les p√©daliers ou ¬ę claviers de p√©dales ¬Ľ des anciennes orgues fran√ßaises jusqu'au commencement du XIXe se composaient de tenons ou petites pi√®ces de bois, faisant saillie hors du plancher, sur deux rangs qui pouvaient √™tre √† plat, un peu ou tr√®s inclin√©s. √Ä la m√™me √©poque, existaient d√©j√† dans les orgues allemandes des p√©daliers plus commodes, compos√©s de "marches" allong√©es et rapproch√©es les unes des autres, de sorte que l'ex√©cutant pouvait les actionner soit de la pointe du pied, soit du talon. L'espacement des marches √©tait ajust√© de telle sorte qu'√† l'enfoncement, le pied n'enfonce qu'une marche √† la fois.

D√®s le d√©but du XVIIe, le p√©dalier des grandes orgues embrassait d√©j√† 28 √† 30 notes. C'√©tait la dimension du p√©dalier de J.S. Bach. En Angleterre, on ne construisit de p√©daliers qu'en 1790 sans jeu propre et parlant uniquement √† l'aide de tirasses. Pour y suppl√©er, on ajoutait quelquefois √† la basse des claviers manuels, une s√©rie de tuyaux de 16 pieds. Le p√©dalier ¬ę √† la fran√ßaise ¬Ľ rendait tr√®s difficiles le jeu li√© et l'ex√©cution des passages rapides. Raison pour laquelle les p√©daliers ¬ę √† l'allemande ¬Ľ leur furent substitu√©s vers 1836 ; √† cette √©poque, on refit ainsi, sur la demande de Bo√ęly, le p√©dalier de Saint-Germain-l'Auxerrois √† Paris.

Normalisation

Le Congrès catholique tenu à Malines en 1864 fixa dans sa section de musique religieuse, les dimensions d'un pédalier normalisé proposé aux facteurs pour l'unification de la construction et du jeu de l'instrument.

  • nombre des touches pour les orgues ordinaires, 27
  • pour les grandes orgues, 30;
  • largeur d'un p√©dalier de 27 touches, 975 mm.;
  • longueur apparente des touches, 60 mm ;
  • largeur des marches diatoniques, 65 mm ;
  • longueur des rehausses des di√®ses, 13 mm ;
  • hauteur des m√™mes, 50 mm, d√©passant les notes naturelles de 25 mm ;
  • inclinaison vers la pointe du pied environ 4%, soit 2 cm pour 60.

La position du p√©dalier relativement aux claviers manuels fut √©galement d√©termin√©e : Le troisi√®me r√© du premier clavier manuel doit √™tre √† la verticale du deuxi√®me r√© du p√©dalier.

Cette norme a été réactualisée en y ajoutant le format du pédalier de 32 marches que l'on trouve sur la plupart des orgues modernes, en particulier lorsque ceux-ci ont des claviers de 5 octaves (61 touches).

Les différents types de pédaliers

Malgr√© ces essais de normalisation, on rencontre de par le monde au moins cinq types de p√©daliers :

  • le p√©dalier classique fran√ßais (conserv√© dans les orgues class√©s monument historique) √† marches parall√®les courtes ;
  • le p√©dalier classique √† l'allemande √† marches parall√®les longues de forme simple horizontale ;
  • le p√©dalier moderne √† l'allemande √† marches parall√®les longues de forme concave (le plus r√©pandu) √† la norme BDO[1] ;
  • le p√©dalier moderne √† marches radiales longues de forme concave √† la norme BDO[1] ;
  • le p√©dalier moderne √† l'am√©ricaine √† marches radiales de forme concave √† la norme AGO[2].
  1. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ BDO = Bund Deutscher Orgelbauer
  2. ‚ÜĎ AGO = American Guild of Organists

Comparaison AGO / BDO et ergonomie

Les techniques de toucher diffèrent entre le pédalier américain (AGO) et le pédalier européen (BDO). D'abord la distance entre les marches est différente, de sorte que pour une même étendue de 32 marches, le pédalier AGO est moins large de 5 cm. Alors que le pédalier BDO concave à marches parallèles favorise le jeu avec les pointes des pieds et convient à tous les styles de musique dont la musique classique, le pédalier américain avec les marches en éventail favorise plus le jeu des talons que des pointes et convient seulement à la musique qui lui est adaptée.

Il est largement admis par les organistes, professeurs et musicologues que l'on obtient la meilleure pr√©cision tant dans le relev√© que dans l'enfoncement de la touche avec la pointe du pied, le contr√īle se faisant naturellement avec l'articulation de la cheville. Le talon ne peut avoir la m√™me pr√©cision, obligeant toute la jambe √† monter ou descendre. On consid√®re donc que la technique de p√©dale la plus √©quilibr√©e de toutes les √©poques reste et demeure celle de Johann Sebastian Bach, privil√©giant l'usage des pointes. Cette technique s'√©panouit naturellement sur un p√©dalier BDO.

Une diff√©rence importante r√©side aussi dans l'appr√©ciation des distances entre les touches. L'organiste retrouve plus facilement les distances quand les touches sont parall√®les (intervalles constants). Si elles sont en √©ventail, il devra toujours fr√īler les di√®ses pour trouver ses intervalles. Avec le p√©dalier parall√®le, il peut plus facilement prendre des risques et jouer portato juste avec les pointes. En fait le p√©dalier √† touches parall√®les n√©cessite un simple mouvement pendulaire de la jambe, √† gauche et √† droite, en avant et en arri√®re. Plus compliqu√©, le p√©dalier en √©ventail oblige en plus une rotation dans le plan horizontal de la jambe et de la cheville pour s'aligner avec la marche. L'organiste est alors oblig√©, pour atteindre les extr√©mit√©s du p√©dalier de prendre des positions peu naturelles et inconfortables.

Le pédalier AGO permet néanmoins le glissando, plus difficile à réaliser sur un pédalier classique.

L'aplomb du pédalier par rapport aux claviers est d'une grande importance pour l'ergonomie de la console. La console idéale doit présenter un positionnement du pédalier en sorte que le front des dièses soit à peine devant la pointe des pieds lorsque les jambes pendent verticalement. Un pédalier trop enfoncé dans le soubassement (ce qui malheureusement se rencontre souvent) oblige l'organiste à se maintenir en porte-à-faux, ce qui est extrêmement inconfortable et épuisant (risquant de causer des crampes et des douleurs lombaires). Cependant, comme tout le monde n'a pas des jambes de la même longueur, quelques consoles modernes offrent la possibilité d'avancer ou reculer le pédalier sans oublier le banc à hauteur réglable.

Technique du pédalier

Comme son nom l'indique, le pédalier est un clavier conçu pour être joué avec les pieds. il nécessite donc un apprentissage spécifique qui fait partie de la formation de l'organiste.

Il existe deux √©coles d'orgue en mati√®re de technique de p√©dalier que l'on peut r√©sumer ainsi :

  • la technique qui n'utilise que les pointes ;
  • la technique qui utilise talons et pointes.

La technique des pointes

Pédalier de l'orgue de Weissenau (XVIIe), conçu pour n'être joué qu'avec les pointes.

La technique des pointes enseigne une mani√®re de toucher le p√©dalier qui consiste √† utiliser exclusivement la pointe des pieds et prohibe a priori l'usage des talons. Cette technique repose sur deux justifications :

  • En premier lieu, elle est consid√©r√©e comme ¬ę historique ¬Ľ, les recherches des musicologues tendant √† prouver que c'est celle qui a toujours √©t√© privil√©gi√©e par les musiciens classiques, notamment Johann Sebastian Bach, ses contemporains et ses pr√©curseurs. La plupart des grands traits de virtuosit√© √† la p√©dale √©crits par Bach sont con√ßus pour n'√™tre jou√©s qu'avec les pointes. On peut citer comme exemple d'√©cole, entre autres, les traits de p√©dale solo des toccatas BWV 540, 564 et 566. Rappelons aussi que le type de p√©dalier "√† la fran√ßaise" excluait de pouvoir utiliser les talons, les marches √©tant trop courtes et trop espac√©es.
  • En second lieu, elle est consid√©r√©e comme naturelle du point de vue physiologique. Jouer avec la pointe des pieds permet d'utiliser l'articulation de la cheville pour contr√īler l'enfoncement et le relever de la marche. La seule articulation qui permette de contr√īler l'enfoncement et le relever du talon, c'est la cuisse, ce qui a pour cons√©quence une moins grande pr√©cision et une plus grand inertie. En outre les feintes (les marches des notes alt√©r√©es) sont inaccessibles aux talons.

La technique talons et pointes

La technique talons et pointes enseigne une mani√®re de toucher le p√©dalier qui consiste √† se servir du double mouvement d'articulation et de rotation de la cheville pour utiliser la pointe ou le talon dans l'enfoncement et le relever des marches. Cette technique a aussi ses d√©fenseurs et ses justifications :

  • Certaines Ňďuvres de r√©f√©rence de Johann Sebastian Bach sont visiblement et techniquement √©crites pour que les traits de p√©dale soient ex√©cut√©s en utilisant les pointes et les talons. On entend par l√† que l'organiste aura de plus grandes difficult√©s √† les ex√©cuter en utilisant uniquement les pointes. On peut citer comme exemple d'√©cole le pr√©lude et fugue en r√© majeur BWV 532 que Bach avait d'ailleurs compos√© pour faire une d√©monstration de sa virtuosit√© au p√©dalier. Le th√®me de la fugue, r√© mi fa mi r√©, ne peut se jouer qu'avec talons et pointes. Avec les pointes seules il obligerait un chevauchement incessant malais√© et risqu√©. Un autre exemple d'√©cole encore plus flagrant est le pr√©lude de choral BWV 686 imposant une double partie de p√©dale.
  • Le jeu legato est facilit√© par l'alternance talon-pointe, chaque pied ayant non plus un seul mais deux points d'appui. En fait, le jeu avec pointes seule mobilise les deux pieds pour encha√ģner plusieurs notes alors que le jeu talon-pointe permet d'encha√ģner plusieurs notes avec un seul pied.
  • Dans des Ňďuvres √©crite pour l'orgue √† partir de la fin du XIXe, les compositeurs exigent de plus en plus de virtuosit√© au p√©dalier. Maurice Durufl√©, Marcel Dupr√© et Jean Langlais, par exemple, demandent des accords de 3 et 4 notes √† la p√©dale, des successions de tierces, quartes ou quintes, qu'il est √©videmment totalement impossible de r√©aliser avec les pointes seules.

Synthèse

Si l'on a pu observer par le pass√© quelques farouches d√©fenseurs enferm√©s chacun dans leur camp, l'enseignement moderne de l'orgue ne privil√©gie aucune des deux techniques mais recommande plut√īt la technique la plus adapt√©e au style de la pi√®ce √† ex√©cuter. Encore qu'il n'y ait aucune r√®gle fig√©e, on peut dire qu'en g√©n√©ral la technique des pointes seules sera utilis√©e pour la musique ancienne, notamment la musique baroque fran√ßaise, alors que la technique talons-pointes sera de bon aloi dans la musique symphonique, lorsqu'elle n'est pas tout simplement obligatoire dans la musique moderne.

Autres pédaliers

Pédalier d'une console de carillon

Il faut souligner que le pédalier n'est pas exclusivement utilisé dans l'orgue. Il a existé des clavecins, des harmoniums et des pianos équipés d'un pédalier. Cependant ces instruments ne sont plus usités aujourd'hui. En revanche le pédalier pour carillon, permettant de faire sonner les cloches les plus grosses, est toujours usité (quoique très rare et ne couvrant guère plus que l'étendue d'une octave).

On trouve également sur les orgues de variété (orgues jazz, orgues Hammond) des pédaliers raccourcis ne couvrant qu'une seule octave (13 marches). L'orgue Hammond B3 offre un pédalier plat de 25 marches (deux octaves).

Voir aussi

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Articles connexes

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