Armand Jean Du Plessis De Richelieu

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Armand Jean Du Plessis De Richelieu

Armand Jean du Plessis de Richelieu

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Cardinal
Berretta cardinalizia.png
Armand-Jean du Plessis de Richelieu
de l'Église catholique romaine
Image de Armand-Jean du Plessis de Richelieu
Richelieu, par Philippe de Champaigne
Cardinal de Richelieu
Blason de Armand-Jean du Plessis de Richelieu
Naissance 9 septembre 1585
Ă  Paris (France)
Ordination
sacerdotale
17 avril 1607
Consécration
Ă©piscopale
ÉvĂȘque ÉvĂȘque de Luçon
Créé
cardinal
5 septembre 1622
DĂ©cĂšs 4 dĂ©cembre 1642
Ă  Paris
 
Cardinal
Titre cardinalice
CollÚge cardinalice · Consistoire
Tous les cardinaux
(en) Fiche

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Cardinal de Richelieu, par Philippe de Champaigne.

Armand Jean du Plessis, cardinal-duc de Richelieu et duc de Fronsac, pair de France, ministre de Louis XIII. NĂ© Ă  Paris le 9 septembre 1585, il meurt le 4 dĂ©cembre 1642 Ă  l'Ăąge de 57 ans.

Initialement destinĂ© au mĂ©tier des armes, il est contraint de rentrer dans les ordres afin de conserver Ă  sa famille le bĂ©nĂ©fice de l'Ă©vĂȘchĂ© de Luçon. Il devient secrĂ©taire d’État en 1616 puis cardinal en 1622 et principal ministre de Louis XIII en 1624. Il reste en fonction jusqu'Ă  sa mort, en 1642 ; le cardinal Jules Mazarin lui succĂšde.

La fonction exercée par Richelieu auprÚs de Louis XIII est souvent désignée par le qualificatif de premier ministre, alors que le titre n'existe pas à l'époque. Aussi le cardinal est-il parfois considéré comme le premier des Premiers ministres que le monde ait connus. Son action englobe aussi bien des dimensions politiques, diplomatiques et coloniales que culturelles et religieuses.

RĂ©putĂ© pour son habiletĂ© voire son caractĂšre jugĂ© retors, souvent critiquĂ© pour sa fermetĂ© intransigeante, il fait du concept moderne de raison d'État la clĂ© de voĂ»te de ses mĂ©thodes de gouvernement et de sa vision diplomatique et politique. En lutte Ă  l'intĂ©rieur contre la noblesse et les protestants, et Ă  l'extĂ©rieur contre les Habsbourg, rĂ©primant sĂ©vĂšrement aussi bien les duels meurtriers que les rĂ©voltes antifiscales paysannes, il est considĂ©rĂ© comme un fondateur essentiel de l'État moderne en France.

Son action est un dur combat pour un renforcement du pouvoir royal, qui s'affirmera d'une maniÚre plus triomphante sous le gouvernement personnel de Louis XIV (1661-1715) et plus apaisée sous celui du cardinal Fleury (1726-1743). Cette nouvelle forme de la monarchie sera plus tard désignée par le terme d'absolutisme.

Sommaire

L'Ă©vĂȘque de Luçon

Jeunesse

Richelieu naĂźt Ă  Paris, rue du Bouloi, bien qu'une ancienne polĂ©mique situe sa naissance dans le fief familial, au chĂąteau des Richelieu, en Poitou. Il est le cinquiĂšme d'une famille de six enfants: Françoise, nĂ©e en 1578, Henri, nĂ© en 1580, Alphonse, nĂ© en 1582, Armand lui-mĂȘme, nĂ© en 1585, et Nicole, nĂ©e en 1587. L'une de ses sƓurs, Isabelle, a Ă©tĂ© rĂ©cemment « redĂ©couverte Â» par l'historien Roland Mousnier dans sa biographie de Richelieu « L'Homme Rouge Â». Il est aussi question d'une "Marguerite" dans les registres de naissances de l'Ă©glise de Braye-sous-Faye, paroisse du chĂąteau de Richelieu en Poitou, mais, faute d'Ă©lĂ©ments, on peut penser que cette enfant est morte en bas-Ăąge.

Sa famille, d'ancienne noblesse poitevine mais pauvre, est trĂšs honorablement connue : son pĂšre, François du Plessis, seigneur de Richelieu, est un soldat et un courtisan qui occupe la charge de Grand prĂ©vĂŽt de France ; sa mĂšre, Suzanne de La Porte, est la fille d'un fameux juriste. Alors que le jeune Armand n'est ĂągĂ© que de cinq ans, son pĂšre, capitaine des gardes d'Henri IV, meurt au combat le 10 juin 1590 dans les Guerres de Religion. Il laisse une famille endettĂ©e mais la gĂ©nĂ©rositĂ© royale lui permet d'Ă©viter les difficultĂ©s financiĂšres. Pour la rĂ©compenser de la participation de François du Plessis aux Guerres de Religion, le roi Henri III donne l'Ă©vĂȘchĂ© de Luçon Ă  sa famille. Celle-ci en perçoit ainsi pour son usage privĂ© la plus grande partie des revenus, ce qui mĂ©contente les ecclĂ©siastiques qui auraient prĂ©fĂ©rĂ© que ces fonds fussent utilisĂ©s pour l'Église.

À l'Ăąge de neuf ans, le jeune Armand est envoyĂ© Ă  Paris, par son oncle Amador de la Porte, en septembre 1594 au CollĂšge de Navarre, pour Ă©tudier la philosophie. Il reçoit ensuite une formation Ă  l'Ă©cole de Monsieur de Pluvinel, qui forme les gentilshommes en vue d'une carriĂšre militaire.

Investiture canonique

DestinĂ© Ă  une carriĂšre militaire, Richelieu se trouve dans l'obligation en 1605 de se tourner vers une carriĂšre religieuse, son frĂšre Alphonse-Louis du Plessis ayant refusĂ© l'Ă©vĂȘchĂ© de Luçon pour devenir moine en rentrant Ă  la Grande Chartreuse, sa famille refusant de perdre ce qu'elle considĂ©rait comme une vĂ©ritable source de profit. Cette perspective de devenir Ă©vĂȘque ne lui dĂ©plaĂźt nullement car il est frĂȘle et maladif et des Ă©tudes universitaires l’attirent davantage.

Il commence ses Ă©tudes de thĂ©ologie en 1605, pour ĂȘtre nommĂ© Ă©vĂȘque de Luçon le 18 dĂ©cembre 1606 par le roi Henri IV. Il reçoit le 14 avril 1607 l'investiture canonique par le pape Ă  Rome, obtenant ainsi la dispense d'Ăąge lui permettant d'ĂȘtre Ă©vĂȘque Ă  22 ans au lieu de 23, avant de rencontrer le chapĂźtre de Luçon Ă  Fontenay-le-Comte le 15 dĂ©cembre 1608. Il ne rejoindra Luçon que l'annĂ©e suivante.

Peu aprĂšs son installation dans son diocĂšse, il montre son caractĂšre de rĂ©formateur catholique en Ă©tant le premier Ă©vĂȘque en France Ă  mettre en Ɠuvre les rĂ©formes institutionnelles que le Concile de Trente avait prescrites entre 1545 et 1563.

C’est vers cette Ă©poque que Richelieu devient l’ami de François Leclerc du Tremblay (plus connu sous le nom de « PĂšre Joseph Â»), un moine capucin, devenant son confident le plus proche. Son intimitĂ© avec Richelieu (qu’on appelait « Son Éminence Â») et la couleur grise de son froc vaut au PĂšre Joseph le surnom d’« Ă©minence grise Â». Par la suite, Richelieu l’emploie souvent comme agent Ă  l’occasion de tractations diplomatiques.

En 1614, il se fait Ă©lire dĂ©putĂ© du clergĂ© poitevin aux États gĂ©nĂ©raux devant se tenir Ă  Paris. Il se fait alors Ă©lire porte-parole de l'assemblĂ©e. En prĂ©sence de la rĂ©gente Marie de MĂ©dicis, il y fait l'Ă©loge du gouvernement dans son discours de clĂŽture le 23 fĂ©vrier 1615. Ces États gĂ©nĂ©raux sont les derniers avant ceux plus connus de 1789.

Il est nommĂ© par Marie de MĂ©dicis en novembre 1615 Grand AumĂŽnier auprĂšs de la future reine Anne d'Autriche. Ce poste lui permet de siĂ©ger au Conseil du Roi en 1616 pendant cinq mois comme secrĂ©taire d'État pour l'IntĂ©rieur et la Guerre.

Ascension politique

Richelieu commence par servir le parti adverse de Louis XIII, sous l'autorité de Concino Concini, maréchal d'Ancre et de la reine mÚre, dont il est d'abord le courtisan et le favori avant d'en devenir l'ennemi irréconciliable.

En 1617, l'assassinat de Concini, dont Louis XIII et le duc de Luynes sont les instigateurs, entraĂźne la mise Ă  l'Ă©cart de celle-ci de l'entourage du roi. Richelieu se trouvant alors du mauvais cĂŽtĂ© doit suivre la reine mĂšre, alors en disgrĂące, Ă  Blois puis il est confinĂ© dans son Ă©vĂȘchĂ©.

ChargĂ© de nĂ©gocier un accommodement entre la mĂšre et le fils, il rĂ©ussit Ă  rapprocher Louis XIII et Marie de MĂ©dicis, acquĂ©rant une rĂ©putation de fin nĂ©gociateur et fait conclure les traitĂ©s d'AngoulĂȘme (1619) et d'Angers (1620) : le chapeau de cardinal lui est donnĂ© en rĂ©compense le 5 septembre 1622. Il est intronisĂ© Ă  Lyon le 12 dĂ©cembre de cette mĂȘme annĂ©e.

Le 29 avril 1624, il entre au Conseil du Roi avec la protection de la reine mĂšre, Marie de MĂ©dicis, et presque malgrĂ© Louis XIII qui se mĂ©fie de lui.

La politique du cardinal de Richelieu

À un Louis XIII ombrageux et soucieux d’affirmer l’autoritĂ© royale, Richelieu propose le programme suivant :

  • dĂ©truire la puissance politique du protestantisme en France,
  • abattre l'orgueil et l'esprit factieux de la noblesse,
  • et abaisser la maison d'Autriche.

D’abord mĂ©fiant, Louis XIII accorde sa confiance Ă  Richelieu.

Marie de MĂ©dicis, Ă  la tĂȘte du parti dĂ©vot, finit par s’offenser de la volontĂ© de Richelieu de contrer l’hĂ©gĂ©monie de la maison catholique des Habsbourg : il est en plus de cela prĂȘt Ă  s’allier avec des Ă©tats protestants. Au cours de la journĂ©e des dupes (1630), elle exige du roi la destitution du cardinal qu’elle juge trop indĂ©pendant. Ce dernier, qui doit tout Ă  la reine mĂšre, se croit perdu ! Son ami le cardinal de La Valette le retient de prendre la fuite. Mais le roi confirme sa confiance Ă  Richelieu. C’est Marie de MĂ©dicis qui doit partir.

L’exil de la Reine MĂšre confirme l'abandon d'une politique qui, pour assurer le triomphe du catholicisme en Europe, Ă©tait prĂȘte Ă  laisser le premier rĂŽle Ă  l’Espagne.

Soumission politique et militaire des protestants

Le Cardinal de Richelieu au siĂšge de la Rochelle par Henri-Paul Motte.

Les protestants de France, suite Ă  l'Édit de Nantes, forment un Ă©tat dans l’état: ils ont leurs assemblĂ©es politiques, une organisation territoriale et leurs places fortes militaires. Leur mĂ©tropole est la ville de La Rochelle qui s’est de fait affranchie de l’autoritĂ© royale depuis un demi siĂšcle. Le pouvoir royal entend mettre un terme Ă  cette exception politique qui remet en cause son autoritĂ©.

Par ailleurs, le climat religieux de l'Ă©poque est Ă  l’heure d’une contre-offensive du catholicisme : c’est la contre-rĂ©forme. Richelieu lui-mĂȘme inaugure l'Ă©glise Saint Louis de l'ordre des JĂ©suites Ă  Paris. Louis XIII est profondĂ©ment catholique depuis toujours, contrairement Ă  son pĂšre Henri IV qui s’est converti pour accĂ©der au trĂŽne. Il impose le rĂ©tablissement du culte catholique dans la province protestante du BĂ©arn (1620). Il mĂšne plusieurs campagnes militaires contre les protestants mais Ă©choue car mal servi par son favori Charles d'Albert de Luynes.

Quand Richelieu accĂšde au pouvoir, il poursuit la politique du roi avec une volontĂ© inflexible. Dans un contexte de tension entre la France et l'Angleterre, cette derniĂšre encourage la sĂ©dition des rĂ©formĂ©s. La ville de La Rochelle dĂ©sire prĂ©server ses libertĂ©s, notamment celle d’entretenir directement des relations avec des puissances Ă©trangĂšres, en particulier l’Angleterre.Richelieu dĂ©cide de soumettre dĂ©finitivement la ville.

Il entreprend le siĂšge et ne recule devant aucun moyen: il fait Ă©difier une digue qui bloque toute communication de la ville avec la mer. Le siĂšge prend une tournure dramatique : La Rochelle rĂ©siste pendant plus d’une annĂ©e au prix de la mort de la plus grande partie de sa population. La reddition de la ville (1628) sonne le glas de l’autonomie politique et militaire des protestants. Louis XIII confirme cependant la libertĂ© de culte par l’édit de grĂące d’AlĂšs (1629).

Suprématie du pouvoir royal contre les Grands

Face Ă  la noblesse turbulente et ses prises d'arme rĂ©guliĂšres, Richelieu rĂ©pond par la fermetĂ©. Il supprime les hautes charges que les grands seigneurs exercent auprĂšs du roi. Il fait raser plus de 2 000 chĂąteaux forts qui ne sont plus utiles Ă  la dĂ©fense du royaume. Il gĂ©nĂ©ralise l'envoi en province d'intendants chargĂ©s de faire appliquer les dĂ©cisions royales. Les assemblĂ©es provinciales, les États, sont supprimĂ©es ou surveillĂ©es et les gouverneurs, parfois de puissants notables, sont contrĂŽlĂ©s.

Richelieu n'hĂ©site pas Ă  sĂ©vir avec les plus Grands. Il fait dĂ©capiter le duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc, qui avait commis l’erreur de prendre les armes avec Gaston d'OrlĂ©ans en 1632 et de dĂ©fendre les rĂ©clamations de la province. Le cardinal finit par assigner Ă  rĂ©sidence le vieux duc d’Epernon, gouverneur de Guyenne, dans la forteresse de Loches. Ce dernier, fidĂšle de Marie de MĂ©dicis, rapportait les effets nĂ©gatifs sur la population des prĂ©lĂšvements fiscaux croissants du pouvoir central.

ProfondĂ©ment affectĂ© par la mort, le 8 juillet 1619, de son frĂšre Henri au cours d'un duel, Richelieu rĂ©prime avec la plus grande sĂ©vĂ©ritĂ© cette pratique et fait mettre Ă  mort les nobles pris en flagrant dĂ©lit de se battre. Le 22 juin 1627 sont exĂ©cutĂ©s François de Montmorency-Bouteville et son cousin François de Rosmadec, comte de Chapelles, qui avaient tuĂ© en duel le marquis Bussy d'Amboise.

Par ailleurs, Richelieu doit dĂ©jouer les nombreuses intrigues organisĂ©es par tous ceux que gĂȘne son action. Parmi ses ennemis figurent la reine mĂšre Marie de MĂ©dicis et le frĂšre du roi Gaston, duc d'OrlĂ©ans. Les comploteurs ne craignent pas d'envisager l'assassinat du cardinal ou de faire appel aux puissances Ă©trangĂšres. Richelieu fait procĂ©der Ă  l'exĂ©cution du comte de Chalais en 1626 et du marquis de Cinq-Mars en 1642.

Abaissement de la Maison d'Autriche

C'est aprĂšs avoir rĂ©tabli l’autoritĂ© du roi en France que Richelieu entreprend de rabaisser les prĂ©tentions de la maison d’Autriche en Europe. Les Habsbourg ont rĂ©ussi grĂące Ă  une heureuse politique patrimoniale Ă  rĂ©unir sous leur coupe un grand nombre d’états europĂ©ens : Autriche, BohĂšme, Espagne, Milan, Naples, Pays-Bas, Portugal. Au nom d’un catholicisme militant, ils cherchent Ă  Ă©tablir leur autoritĂ© en Allemagne et Ă  y rĂ©duire les Ă©tats protestants. Nous sommes en pleine guerre de Trente Ans (1618-1648).

La France finance dĂ©jĂ  la Hollande et la SuĂšde, puissances protestantes en guerre contre les Habsbourg. Dans un premier temps, Richelieu replace sous contrĂŽle français la vallĂ©e de la Valteline, un nƓud de communications essentiel en Europe, que l'Espagne lui disputait (1626). Il assure au duc de Nevers le duchĂ© de Mantoue et le Montferrat en forçant le pas de Suze (1629): c'est l'Ă©pisode de la Guerre de Succession de Mantoue.

En 1632, l'armĂ©e du roi occupe les États de Charles IV, duc de Lorraine, hostile Ă  la France.

Louis XIII dĂ©clare la guerre Ă  l’Espagne en 1635. Les premiers temps de guerre sont difficiles : la chute de Corbie sur la Somme en 1636 laisse craindre une attaque sur Paris. Richelieu est effondrĂ© mais Louis XIII organise la dĂ©fense de la capitale.

L’effort de guerre fait basculer le sort en faveur de la France. Richelieu accroĂźt les prĂ©lĂšvements fiscaux et dĂ©veloppe une armĂ©e permanente. Il exploite le manque de cohĂ©sion au sein de la monarchie espagnole : la Catalogne et le Portugal font sĂ©cession en 1640.

Les armĂ©es du roi de France font la conquĂȘte de l’Alsace, l’Artois (1640) et le Roussillon (1642). Un brillant chef militaire, le futur prince Louis II de CondĂ©, remportera aprĂšs la mort du cardinal les victoires de Rocroi (1643), Fribourg (1644), Nördlingen (1645) et Lens (1648).

Autres Ɠuvres

Richelieu est aussi cĂ©lĂšbre pour le soutien qu’il apporte aux arts ; le fait le plus connu est la fondation de l'AcadĂ©mie française, sociĂ©tĂ© responsable des questions concernant la langue française. Il reste fameux aussi pour la couleur rouge de sa cape de cardinal, qu’on disait accordĂ©e Ă  son caractĂšre sanguinaire. Tout le monde connaĂźt le vers par lequel se termine Marion Delorme : « Regardez tous ! VoilĂ  l’homme rouge qui passe Â».

Il s'occupe de l'administration intĂ©rieure aussi bien que de la direction politique, rĂ©tablit l'ordre dans les finances, rĂ©forme la lĂ©gislation, crĂ©e une marine en 1626 en se donnant le titre de « Grand MaĂźtre et Surintendant de la Navigation Â», donne une grande extension aux Ă©tablissements coloniaux, fait occuper la Nouvelle-France, les Petites-Antilles, Saint-Domingue, la Guyane, le SĂ©nĂ©gal, etc.

Pour soutenir Samuel de Champlain et conserver le poste de QuĂ©bec, il fonde la Compagnie des Cent-AssociĂ©s et, par le TraitĂ© de Saint-Germain-en-Laye de 1632, rend le Canada Ă  l’autoritĂ© française de Champlain, aprĂšs que la colonie eut Ă©tĂ© prise par les frĂšres Kirke en 1629. Ce succĂšs permet Ă  la colonie de se dĂ©velopper par la suite et de devenir le centre de la culture francophone en AmĂ©rique du Nord.

En 1631, au faĂźte de sa puissance, il obtient du roi l'autorisation de construire un chĂąteau et un bourg en lieu et place du domaine de ses ancĂȘtres ou il vĂ©cut sa prime enfance : Richelieu. Celui-ci est considĂ©rĂ© aujourd'hui comme l'un des chefs d'Ɠuvre de l'urbanisme occidental du XVIIe siĂšcle.

Ce ministre est l'un des plus importants qui aient gouvernĂ© la France ; il a eu de grandes vues et en a poursuivi l'exĂ©cution avec une persĂ©vĂ©rance, une fermetĂ© inĂ©branlables, mais on l'a accusĂ© de s'ĂȘtre montrĂ© implacable et d'avoir quelquefois exercĂ© des vengeances personnelles sous le prĂ©texte des intĂ©rĂȘts de l'État.

En guise d'anecdote, l'Histoire a retenu l'amour que le Cardinal de Richelieu portait aux animaux et aux chats en particulier. À sa mort, il possĂ©dait quatorze fĂ©lins, dont les noms sont parvenus jusqu'Ă  nous : FĂ©limare, Lucifer, Ludovic-le-Cruel, Ludoviska, Mimi-Piaillon, Mounard-Le-Fougueux, Perruque, Rubis-sur-l'ongle, Serpolet, Pyrame, Thisbe, Racan, Soumise et Gazette.

Richelieu aprĂšs Richelieu

Impopularité à sa mort

Les exigences de sa politique l'ont rendu tellement impopulaire qu'Ă  l'annonce de sa mort le 4 dĂ©cembre 1642, le peuple allume des feux de joie pour fĂȘter l'Ă©vĂ©nement. En mourant, il recommande au roi son successeur Mazarin. Il possĂšde, Ă  son dĂ©cĂšs, 20 millions de livres (une des fortunes les plus importantes de l'Ă©poque et, dit-on, la plus importante de tous les temps en France, aprĂšs celle de Mazarin), et en lĂšgue un million et demi au roi, qui meurt quelques mois aprĂšs lui, le 14 mai 1643.

Pensée politique du cardinal

Le cardinal a beaucoup Ă©crit de son vivant et sous les formes les plus diverses pour justifier les objectifs de sa politique et ses actes.

Les citations suivantes sont extraites des MĂ©moires du Cardinal de Richelieu, et de son Testament politique.

  • « La politique consiste Ă  rendre possible ce qui est nĂ©cessaire. Â»
  • « Des petites Ă©tincelles naissent les grands embrasements. Â»
  • « Faire une Loi et ne pas la faire exĂ©cuter, c'est autoriser la chose que l'on veut dĂ©fendre. Â»
  • « Il faut dormir comme un lion, sans fermer les yeux. Â»
  • « Il ne faut pas se servir des gens de bas-lieu: ils sont trop austĂšres et trop difficiles. Â»
  • « L'autoritĂ© contraint Ă  l'obĂ©issance, mais la raison y persuade. Â»
  • « La mĂ©thode ne vaut que par l'exĂ©cution. Â»
  • « Les rois n'ont pas de pieds pour marcher en arriĂšre. Â»
  • « Nul ne voit jamais si clair aux affaires d'autrui que celui Ă  qui elles touchent le plus. Â»
  • « Perdre bientĂŽt la mĂ©moire d'un bienfait est le vice des français. Â»
  • « Pour perdre un rival, l'artifice est permis: on peut tout employer contre ses ennemis. Â»
  • « Poursuivre lentement un dessein, et le divulguer, est identique Ă  parler d'une chose pour ne pas la faire. Â»
  • « Qui a la force a souvent la raison, en matiĂšre d'État. Â»
  • « Savoir dissimuler est le savoir des rois. Â»
  • « Deux lignes de la main d'un homme suffisent Ă  faire condamner le plus innocent. Â»
  • « Les dĂ©penses les plus nĂ©cessaires pour la subsistance de l'État Ă©tant assurĂ©es, le moins qu'on peut prĂ©lever sur le peuple est le meilleur. Â»
  • « Il en est des États comme des corps humains: la bonne couleur qui apparait au visage de l'homme fait juger au mĂ©decin qu'il n'y a rien de gĂątĂ© au-dedans. Â»
  • « Il faut Ă©couter beaucoup et parler peu pour bien agir au gouvernement d'un État. Â»
  • « Il n'y a pas au monde de nation si peu propre Ă  la guerre que la notre. Â»
  • « En matiĂšre d'État, il faut tirer profit de toutes choses, et ce qui peut ĂȘtre utile ne doit jamais ĂȘtre mĂ©prisĂ©. Â»
  • « En matiĂšre de crime d'État, il faut fermer la porte Ă  la pitiĂ©. Â»
  • « Si Dieu dĂ©fendait de boire, aurait-il fait ce vin si bon ? Â»
  • « Quand une fois j'ai pris ma rĂ©solution, je vais droit au but et renverse tout de ma robe rouge. Â»
  • « Les plus nobles conquĂȘtes sont celles des cƓurs et des affections. Â»


Richelieu dans la littérature

Lorsqu' Alexandre Dumas en fait un des personnages principaux des Trois mousquetaires, il le dĂ©peint comme l'homme d'État par excellence, machiavĂ©lique et empli de sa mission gouvernementale (D'Artagnan devient lieutenant des mousquetaires grĂące Ă  Richelieu). La tradition populaire en a tirĂ© que ce dernier en faisait un personnage presque malĂ©fique (ce qui n'est pas le cas dans la vraie vie). C'est ainsi qu'en France, l'image de Richelieu reste mauvaise. Richelieu fut enterrĂ© dans la chapelle de la Sorbonne.

Si le personnage de Richelieu a Ă©tĂ© popularisĂ© (ou dĂ©popularisĂ©) par l'Ɠuvre d'Alexandre Dumas, l'un des premiers auteurs Ă  poser l'Homme Rouge fut Alfred de Vigny, dans son Cinq-Mars paru en 1826. Le cardinal y est l'ennemi du jeune marquis d'Effiat, qui va tout tenter pour l'Ă©liminer et affranchir l'infortunĂ© Louis XIII de l'influence de son tout-puissant Ministre. Richelieu est dĂ©peint par Vigny comme un ĂȘtre omnipotent, quasi-omniscient, machiavĂ©lique, Ă©gocentrique et valĂ©tudinaire.

Hugo sera influencé par cette perception du Cardinal-duc dans sa piÚce Marion de Lorme.

Balzac y fait également référence à la fin de son roman Illusions perdues.

Annexes

Profanation de son sépulcre

Le 5 dĂ©cembre 1793, les rĂ©volutionnaires saccagĂšrent son tombeau placĂ© dans la chapelle de la Sorbonne et ce, malgrĂ© l'intervention physique d'Alexandre Lenoir. Les assaillants exhumĂšrent le corps du cardinal, puis le dĂ©capitĂšrent. Le corps fut soit jetĂ© Ă  la Seine, soit placĂ© dans un des caveaux de la Sorbonne, faisant office de fosse commune, avec ceux de plusieurs membres de sa famille, dont le MarĂ©chal de Richelieu. La tĂȘte du Cardinal fut emportĂ©e par un commerçant parisien nommĂ© Cheval, bonnetier ou Ă©picier rue de la Harpe. La Terreur finie, peut-ĂȘtre repentant, il offrit avec insistance la partie antĂ©rieure de la tĂȘte du Cardinal (son visage) Ă  l'AbbĂ© Boshamp qui, Ă  sa mort en 1805, la lĂ©gua Ă  son tour Ă  l'AbbĂ© Nicolas Armez, curĂ© de Plourivo. Mise Ă  l'abri Ă  Saint-Brieuc, la relique ne retrouva la Sorbonne que le 15 dĂ©cembre 1866 lors d'une cĂ©rĂ©monie funĂšbre. En 1896, Gabriel Hanotaux s'empara du crĂąne pour l'examiner une derniĂšre fois avant de le placer dans un coffret scellĂ© et de le faire recouvrir d'une chape de ciment armĂ©, dans un lieu tenu secret Ă  proximitĂ© du tombeau[1].

Notes et références

  • Feuillet de Conches, "Causeries d'un curieux"
  • Journaux : "Le Moniteur"
  • L'IntermĂ©diaire.
  • MĂ©moires, par le Cardinal de Richelieu.
  • Testament politique, par le Cardinal de Richelieu.


Voir aussi

Articles connexes

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Bibliographie

  • Michel Carmona, "Richelieu, l'ambition et le pouvoir" Fayard 1983.
  • Michel Carmona, "Marie de MĂ©dicis" Fayard 1981.
  • Pierre Chevallier "Louis XIII, roi cornĂ©lien" Fayard 1979.
  • Michel Carmona, "La France de Richelieu" Fayard 1984.
  • Françoise Hildesheimer, Richelieu. Flammarion, 2004
  • Roland Mousnier, L'Homme rouge ou La vie du Cardinal de Richelieu (1585-1642). Robert Lafont/Bouquins, Paris 1992, ISBN 2-221-06592-1.
  • John H. Elliott, Richelieu and Olivares, Ă©d. UniversitĂ© de Cambridge, 1984 ; Ă©d. française, Presses universitaires de France (PUF), 1991.
  • Europe, attribuĂ©e Ă  Jean Desmarets de Saint-Sorlin et Richelieu, Ă©dition prĂ©cĂ©dĂ©e d’un essai de Sylvie Taussig (Brepols, 2006)
  • 1833 MĂ©moires sur la RĂ©volution de France et recherches sur les causes qui ont amenĂ© la RĂ©volution de 1789 et celles qui l'ont suivie (4 volumes). Texte en ligne : [1], [2] et [3], par le comte de Vaublanc, sur les relations entre Richelieu et les Parlements (tome 1)
  • Philippe Erlanger, Richelieu, Ă©d. Perrin, col. tempus.
  • Tallemant des Reaux, Le cardinal de Richelieu. Sa famille. Son favori Bois Robert, Introduction et notes de Émile Magne. Collection des chefs d'Ɠuvre mĂ©connus, Paris, Éditions Bossard, 1920.
  • L-G Toraude, Les tribulations posthumes du masque de Richelieu. Paris, Imprimerie du Palais, 1925
  • Pierre Blet, Richelieu et l'Église, Via Romana, 2007
  • Gabriel Hanotaux, Histoire du Cardinal de Richelieu, Ă©ditions Plon 1932.
  • Louis Auchlincloss, Richelieu, Viking Press, New-York.
  • Joseph Bergin, Pouvoir et fortune de Richelieu, Ă©ditions Robert Laffont.
  • François Bluche, Richelieu, Éditions Perrin.
  • Louis Battifol, Richelieu et le Roi Louis XIII, suivi de Autour de Richelieu, Ă©ditions Calmann-LĂ©vy.
  • Auguste Bailly, Richelieu, Ă©ditions Bayard.
  • AndrĂ© Castelot et Alain Decaux, Louis XIII et Richelieu, Ă©ditions Liriade.
  • Lt-Colonel CarrĂ©, La jeunesse et la marche au Pouvoir de Richelieu.
  • Richelieu et le monde de l'esprit, Imprimerie Nationale, novembre 1985.
  • Les Grands de Tous les Temps, Dargaud Ă©diteurs.
  • Edmond BonnafĂ©, Recherches sur les collections des Richelieu, Ă©ditions Plon, 1883.

Liens externes

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Duc de Fronsac
Jean Armand de Maillé-Brézé
Nicolas III de Neufville de Villeroy
Ministre français des affaires étrangÚres
1616-1617
Pierre Brûlart, marquis de Sillery
Claude Mangot
Secrétaire d'Etat français à la Guerre (1616-1617)
Nicolas Brûlart de Sillery
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