Pastel des teinturiers

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Pastel des teinturiers
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 Isatis tinctoria
Isatis tinctoria
Classification de Cronquist
Règne Plantae
Division Magnoliophyta
Classe Magnoliopsida
Ordre Capparales
Famille Brassicaceae
Genre Isatis
Nom binominal
Isatis tinctoria
L., 1753
Classification APG III
Ordre Brassicales
Famille Brassicaceae
 Plante en fleurs

Plante en fleurs

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Le pastel des teinturiers ou la guède est une plante bisannuelle de la famille des Brassicacées, très cultivée autrefois dans la région du Lauragais pour la production d'une teinture bleue, le pastel.

Son nom scientifique est : Isatis tinctoria L., (sous-)famille des Brassicoideae.

Sommaire

Noms vernaculaires

Le pastel des teinturiers porte de nombreux noms vernaculaires :

en français

En fran√ßais, la forme "gu√®de" est aussi attest√©e. Elle est employ√©e notamment dans le Calendrier R√©publicain, √† la date du 26 pluvi√īse (g√©n√©ralement le 14 f√©vrier). Le pastel est parfois agglomor√© en boules nomm√©es cocagne, d'o√Ļ le surnom du Laragais pays de Cocagne.

Le nom de ¬ę pastel ¬Ľ vient du latin pasta, ¬ę p√Ęte ¬Ľ, car autrefois les feuilles √©taient broy√©es dans les moulins √† pastel et formaient une p√Ęte ensuite ferment√©e et s√©ch√©e.

  • pastel ou pastel des teinturiers,
  • gu√®de ou guesde,
  • waide ou vou√®de (picard),
  • herbe de saint Philippe,
  • bleu de Picardie,
  • herbe du Lauragais,

dans d'autres langues

Le terme fran√ßais ¬ę gu√®de ¬Ľ, autrefois ¬ę vou√®de ¬Ľ (picard : waide) d√©rive d'une racine germanique qu'on retrouve dans l'anglais woad et dans l'allemand Waid.

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Description

Aspect général

La plante forme une rosette de feuilles basales la première année. Ses feuilles sont vertes, oblongues lancéolées. La deuxième année, elle émet une tige dressée qui peut atteindre 1,5 m de hauteur, sur laquelle s'étagent des feuilles plus petites, les feuilles supérieures embrassant la tige par des oreillettes.

Les fleurs, à pétales jaunes, sont groupées en grappes.

Les fruits sont des siliques de petite taille.

Ce sont les feuilles qui sont récoltées pour la production de teinture.

Distribution

Cette espèce est spontanée en Afrique du Nord, en Europe (pourtour méditerranéen principalement) et en Asie occidentale, jusqu'au Xinjiang (Chine).

Elle a été répandue par la culture dans toute l'Europe, particulièrement en Europe occidentale et méridionale depuis des temps très reculés.

Isatis tinctoria est consid√©r√©e comme une plante envahissante dans une partie des √Čtats-Unis d'Am√©rique.

Utilisation

Plante tinctoriale

La teinture bleue est extraite des feuilles de la plante. Ces feuilles, allong√©es, se d√©tachent facilement par simple torsion lorsqu'elles ont atteint leur maturation au solstice d'√©t√©. Mais la r√©colte se poursuit de juillet √† la mi-septembre jusqu'√† ce que la plante ne poss√®de plus de feuilles[1]. Puis on les √©crase en les m√©langeant √† de l'eau pour en exprimer une pulpe que l'on comprime sous forme de boulettes ou ¬ę cocagnes ¬Ľ de quelques centim√®tres. Ces boulettes fermentent en s√©chant pendant un √† deux mois. Au bout de cette p√©riode, les cocagnes sont √©cras√©es dans un moulin et la poudre est additionn√©e d'urine pour provoquer une oxydation : on obtient ainsi une p√Ęte qui, s√©ch√©e, donne la poudre tinctoriale, contenant de l'indigotine[2]. Il s'agit bien d'une teinture, qui se r√©v√®le par oxydation, et qui est ensuite d'une tr√®s grande stabilit√©. L'usage du pastel comme pigment colorant √©tait un sous-produit de la teinture : on recueillait l'√©cume √† la surface des bains de teinture, et cette fleur√©e s√©ch√©e donnait une poudre bleue utilis√©e comme pigment pour des peintures.

Aujourd'hui, les feuilles de pastel sont mélangées à l'eau. Cette phase de macération permet d'extraire l'indoxyle qui est, une fois oxydée, l'élément chimique donnant la coloration bleue. L'indoxyle est d'abord incolore. Il est oxygéné par agitation pour provoquer son oxydation. Le liquide passe alors de la couleur verte à la couleur bleue intense. Une fois l'oxydation achevée, le liquide est mis au repos et le pigment est récupéré au fond de la cuve par précipitation. Il est ensuite filtré plusieurs fois pour le raffiner[3]. Il faut 1 tonne de feuilles de pastel pour produire 2 kilos de pigments[4].

La culture du pastel en Europe a décliné avec l'arrivée de l'indigo au XVIIe siècle. Elle a disparu presque totalement à la fin du XIXe. Actuellement, on assiste à des tentatives de remettre à l'honneur cette plante, pour ses vertus particulières. Un agriculteur de la Somme, en France, Jean-François Mortier, essaie de faire revivre cette tradition[5]. À Lectoure, dans le Gers, un architecte décorateur belge, Henri Lambert, produit des teintures et des pigments de pastel avec des techniques nouvelles sans rapport avec la longue fabrication traditionnelle[6].

Plante fourragère

Plante cultivée et destinée à l'alimentation animale. Voir Fourrage.

Plante ornementale

Plante de 1239 venant de Xaotang (chine) .

Plante médicinale

La racine et la feuille du pastel des teinturiers appelées respectivement Ban Lan Gen et Da Qing Ye [Langue chinoise) sont employées en Médecine Traditionnelle Chinoise contre les oreillons, l'hépatite infectieuse, le mal de gorge, le mal de tête et la fièvre.

Récemment, des scientifiques ont découvert que le pastel des teinturiers pourrait servir à prévenir le cancer, car il a un taux de glucobrassicine vingt fois supérieur à celui du brocoli[7].

Histoire

Le pastel fut la seule source de teinture bleue disponible en Europe jusqu'à la fin du XVIe siècle, avant que le développement des routes commerciales vers l'Extrême Orient permette l'arrivée de l'indigo.

Les premi√®res traces arch√©ologiques du pastel remontent au N√©olithique et ont √©t√© trouv√©es dans la grotte de l'Audoste dans les Bouches-du-Rh√īne en France. Dans un habitat de l'√āge du fer du Heuneburg (Allemagne), on a trouv√© des impressions de graines sur des poteries. Les s√©pultures du Hallstatt de Hochdorf et de Hohmichele contiennent des tissus teints au pastel.

Jules C√©sar raconte dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules que les Brittons se peignaient le corps avec du vitrum ; on en a souvent d√©duit qu'ils se peignaient ou se tatouaient √† l'aide de pastel. Mais vitrum ne se traduit pas par ¬ę pastel ¬Ľ, mais se r√©f√®re plus vraisemblablement √† un type de verre bleu-vert qui √©tait courant √† l'√©poque[8].

Les Pictes doivent probablement leur nom (du Latin Picti, d√©signant des personnes peintes ou peut-√™tre tatou√©es) √† leur coutume d'aller au combat nus, couverts seulement de peintures de guerre. (Cela a √©t√© comm√©mor√© dans une chanson humoristique britannique, The Woad Ode (en).) Cependant, des recherches plus r√©centes ont jet√© de s√©rieux doutes sur l'hypoth√®se selon laquelle le pastel serait la substance dont les Pictes se servaient pour leurs peintures corporelles. Des exp√©riences contemporaines sur le pastel ont d√©montr√© qu'il ne convenait pas du tout pour les peintures corporelles ni comme pigment de taouage. En effet, le pastel √©tant tr√®s astringent, il provoque, lorsqu'on l'emploie pour faire un taouage ou qu'on le pose sur une blessure, une forte r√©action cicatricielle et, une fois cicatris√©, ne laisse aucune marque bleue. En outre, l'emploi courant de fumier dans les pr√©parations traditionnelles de teinture de pastel rend aussi invraisemblable qu'elles aient pu √™tre appliqu√©es √† des blessures[8].

Dans les niveaux de l'√Ęge des Vikings √† York (Angleterre), on a mis au jour les vestiges d'une √©choppe de teinturier et des restes de pastel et de garance datant du Xe si√®cle. A l'√©poque m√©di√©vale, les centres de culture du pastel se situaient notamment en Angleterre (Lincolnshire et Somerset), en France (Bretagne, Normandie, Somme, Gascogne et Toulouse), en Allemagne (J√ľlich, r√©gion d'Erfurt en Thuringe) et en Italie (Pi√©mont et Toscane). Les habitants des cinq villes du pastel de Thuringe, Erfurt, Gotha, Tennstedt, Arnstadt et Bad Langensalza avaient leurs propres chartes. A Erfurt, les n√©gociants du pastel ont financ√© la cr√©ation de l'universit√©. Un tissu traditionnel est encore de nos jours imprim√© au pastel en Thuringe, en Saxe et en Lusace : il y est connu sous le nom de Blaudruck (litt√©ralement ¬ę impression bleue ¬Ľ - il s'agit de tissus imprim√©s).

En France, le Lauragais, triangle compris entre Toulouse, Albi et Carcassonne connut une grande prosp√©rit√© gr√Ęce au commerce du pastel. Les pastelliers figuraient parmi les plus grandes fortunes de l'√©poque et ont laiss√© de nombreux t√©moignages, comme les grands h√ītels particuliers de Toulouse. Le commerce des coques d√©butait dans cette r√©gion appel√©e ¬ę pays de cocagne ¬Ľ. Les coques transitaient dans les ports fran√ßais de Bordeaux, Marseille et Bayonne. Le XVIe si√®cle marque l'apog√©e de la culture du pastel occitan. Le bleu √©tait devenu un produit de luxe[9].

Au Moyen √āge, l'utilisation de la teinture de pastel ne se limitait pas aux tissus. Ainsi l'illustrateur des √Čvangiles de Lindisfarne employait un pigment √† base de pastel comme couleur bleue.

Notes

  1. ‚ÜĎ S√©bastien Vaissi√®re et Alain F√©lix, Le Pastel, Visite en pays de cocagne, √Čdition Loubati√®res, juin 2006, (ISBN 2-86266-492-8), p.18
  2. ‚ÜĎ S√©bastien Vaissi√®re et Alain F√©lix, Le Pastel, Visite en pays de cocagne, p.25
  3. ‚ÜĎ S√©bastien Vaissi√®re et Alain F√©lix, Le Pastel, Visite en pays de cocagne, p.22 et 23
  4. ‚ÜĎ S√©bastien Vaissi√®re et Alain F√©lix, Le Pastel, Visite en pays de cocagne, p.27
  5. ‚ÜĎ ¬ę Nature : couleur waide ¬Ľ, dans Vivre en Somme, no 5, Avril 2006 [texte int√©gral] 
  6. ‚ÜĎ Bleu Pastel de Lectoure
  7. ‚ÜĎ (en) Une plante tinctoriale contre le cancer, BBC News
  8. ‚ÜĎ a et b (en) Le probl√®me du pastel sur Cyberpict
  9. ‚ÜĎ S√©bastien Vaissi√®re et Alain F√©lix, Le Pastel, Visite en pays de cocagne, √Čdition Loubati√®res, juin 2006, (ISBN 2-86266-492-8), p.8

Voir également

Liens internes

Références

  • de Beauvais-Raseau M., ¬ę ¬ę L'art de l'indigotier ¬Ľ ¬Ľ, impr. de L.F. Delatour, Paris, 1770. Consult√© le 28 mai 2007
  • Maurice Daumas - ¬ę Histoire g√©n√©rale des techniques ¬Ľ (1964, r√©√©d. 1996), P.U.F., coll. Quadrige, vol. 2, 2e partie, livre 1 (ISBN 2-13-047862-X)
  • (fr) S√©bastien Vaissi√®re et Alain F√©lix, Le Pastel, Visite en pays de cocagne, √Čdition Loubati√®res, juin 2006, (ISBN 2-86266-492-8)
  • Film : "Centurion" de Neil Marshall - 2010 - 47i√®me minute

Liens externes


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