Paraphrase


Paraphrase

La paraphrase, du grec παράφρασις : "développement" de Para ("à côté") et frasein ("parler, dire") est une figure de style qui consiste à développer un thème majeur, un argument essentiel, une information générale, en déclinant toutes les qualités d'une réalité que l'on veut évoquer, en la décrivant aussi exhaustivement que possible.

La paraphrase s’attache à rendre le sens par des équivalents pour mieux le faire comprendre et est très utilisée en littérature. Les philologues la distinguent de la glose qui explique le mot et du commentaire qui réunit autour d’une difficulté les faits et renseignements de toute origine propres à l’éclaircir. C’est surtout pour l’Écriture sainte, et plus particulièrement pour les psaumes, qu’on a usé de la paraphrase.

Sommaire

Exemples

Un grand nombre de poètes français ont composé des Paraphrases de psaumes. Malherbe notamment en a produit de nombreux comme celle par exemple du psaume CXLV[1] commençant par ces vers :

N’espérons plus, mon âme, aux promesses du monde ;
Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde…

Plusieurs odes de Rousseau et de Lefranc de Pompignan sont des Paraphrases. L’ode fameuse de Gilbert :

j’ai révélé mon cœur au Dieu de l’innocence…

est une paraphrase de passages empruntés à divers psaumes.

La traduction de l’Imitation de Jésus-Christ par Corneille n’en est que la paraphrase. On cite comme un précieux monument de littérature anglophone la paraphrase poétique de la Genèse, de Cædmon. Parmi les paraphrases en prose, celles d’Érasme sur le Nouveau Testament, et celles de Massillon sur les Psaumes méritent un souvenir littéraire.On appelle aussi paraphrases certaines versions de la Bible, comme le Targum.

Erasme

Certaines œuvres entières sont dites des paraphrases, et alors les synonymes sont: la reprise, la parodie et le pastiche en fonction du ton adopté. Par exemple, L'Opéra de quat'sous de Kurt Weil est une paraphrase d'un opéra du XVIIe siècle, une reprise quasi intégrale.

Définition

Définition linguistique

Étymologiquement, la paraphrase est une "explication suivant le texte" : paraphraser (verbe dérivé du mot paraphrase[2] ; on dit aussi faire des paraphrases) c'est donc reprendre les éléments d'un texte, dans l'ordre d'origine mais en les formulant différemment afin d'éclairer, d'expliciter, ou pour développer certains points comme l'exprime Pierre Corneille : « J'avais des Phyllis à la tête ; J'épiais les occasions ; J'épiloguais mes passions ; Je paraphrasais un visage Â»

Au cours de l'Histoire, la paraphrase est venue au contraire à définir un développement volontairement obscur d'idées originelles.

La paraphrase est une figure d'amplification qui concerne la phrase dans son extension : elle vise l'exhaustivité des qualités d'une idée ou d'un argument. Peu à peu, le terme définit en littérature la copie quasi intégrale d'œuvres antérieures. Elle met en jeu un nombre important de moyens linguistiques comme la ponctuation, des groupes propositionnels, des adjectifs, des appositions, etc, pour développer l'idée principale. Elle peut aussi reposer, dans le cas des descriptions notamment, sur des progressions thématiques.

Attention de ne pas confondre les paronymes : périphrase et paraphrase, figures tout à fait différentes même si leur mode opératoire reste l'accumulation d'éléments pour viser l'exhaustivité[3].

Enfin il faut distinguer le mécanisme figural de la paraphrase étudié ici et la paraphrase dans sa définition en grammaire transformationnelle qui est une relation entre deux phrases fondée sur une nature de reformulation. Le passif notamment est une paraphrase de l'actif ; la nominalisation est un cas avéré de paraphrase en grammaire : « La voiture a dérapé Â» est paraphrasé par « Le dérapage de la voiture Â»

Définition stylistique

Depuis quelques siècles la paraphrase est perçue comme une maladresse de style, connotant la pâle copie d'un texte sans ajout personnel[4] proche de la redite pure et simple mais avec d'autres mots ; acceptation vulgarisée par l'enseignement des Lettres et du Français au collège et lycée lorsque le professeur reproche à l'élève d'avoir paraphrasé au lieu d'expliquer le texte donné.

La frontière est floue entre la paraphrase comme figure esthétique et la paraphrase comme dégradation de l'identité d'une œuvre antérieure, qui s'apparente alors au plagiat ou au détournement. La figure devient dès lors macrostructurale (au niveau des œuvres entières et non des phrases). Gérard Genette a notamment contribué à étudier les mécanismes de la paraphrase au sein de l'histoire littéraire, dans les phénomènes de reprises ou de forgerie.

Genres concernés

La paraphrase est une figure employée dans tous les genres littéraires et tous les types de textes. Au théâtre, le personnage de Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand compose la plus célèbre paraphrase dramatique dans sa tirade des nez.

La poésie moderne fonde en grande partie sa vision esthétique sur la reprise de thèmes antérieurs, développés à la lumière des libertés contemporaines. Le surréalisme notamment fait de la parodie et de la paraphrase des figures fondamentales de déconstruction du langage. Raymond Queneau le premier dans son ouvrage Exercices de style tourne de 99 manières différentes une seule et même histoire. Il développe là près de cent paraphrases différentes.

Franz Liszt

En musique le mot paraphrase désigne le développement dans de larges proportions d'un thème musical mineur mais élaboré antérieurement par un compositeur. Franz Liszt par exemple a composé de grandes paraphrases au piano comme la Paraphrase de concert sur l’Ouverture de Tannhäuser ; ce qu'il nomme des transcriptions. Les variations musicales comme celle de Bach sont également des sortes de paraphrases, parfois emprunté à un autre compositeur. On retrouve ce sens de la paraphrase comme reprise d'un auteur à l'autre d'un même thème développé dans le domaine littéraire.

Historique de la notion

En rhétorique classique, la paraphrase était un exercice préparatoire pour les futurs orateurs qui consistait à reformuler un texte d'auteur ou une sentence et incluse dans tous les progymnasta (en latin : les primordia, "exercices incontournables de l'enseignement lettré") aux côtés de la fable, de la narration, de la chreia (formulation de lieux communs) et de la maxime. À cette époque les élèves avaient le choix entre trois exercices d'éloquence, trois types de reformulation par conséquent : la traduction des rhéteurs grecs, la mise en prose de poésie latine et la reformulation de ses propres textes. Cette dimension liée à l'apprentissage se retrouve de nos jours dans les exercices scolaires du résumé et de l’exercice de réécriture qui constituent des points clés de l'enseignement de la langue. Elle a fait l'objet d'un des débats rhétoriques les plus animés de l'Antiquité ; elle fut critiquée par Cicéron dans son De oratore, et défendue par Théon et Quintilien pour ses vertus pédagogiques. Ce dernier la définit comme l'opération « (...) où il est permis d'abréger ou d'embellir ici ou là, tout en respectant la pensée du poète. Â» (livre I).

L'exégèse religieuse fonde ensuite sur la paraphrase toute l'activité intellectuelle de la théologie ; il s'agissait de reprendre les textes sacrés et de les développer afin d'éclairer leur sens. Les paraphrases d'Erasme sur les Épîtres et les Évangiles sont parmi les plus connues. Ce n'est que vers la Renaissance que la paraphrase prend un sens péjoratif, synonyme de commentaire verbeux et sans ajout d'information supplémentaire ; il désigne alors des "traductions libres". C'est en 1525 que le mot paraphrase apparaît, crée par Lefèvre d'Etaples.

Pourtant la paraphrase est une figure d'amplification puissante et créatrice, on parle même pour certains orateurs ou écrivains d'un style paraphrastique dans lequel, notamment, Charles Péguy excelle. Il en donne même une définition mystique : « Epuiser l'immensité, l'indéfinité, l'infinité du détail pour obtenir la connaissance de tout le réel, telle est la surhumaine ambition de la méthode discursive (...) Â»

Pour C.Fuchs : « l'(L'activité de paraphrasage) consiste à identifier les sémantismes respectifs des deux séquences comparées (...) et (...) cette identification constitue un jugement sur les séquences, effectué par le sujet parlant en situation Â»[5]. La paraphrase ne se comprend donc qu'en situation de communication réelle faisant intervenir un contexte commun et identifié. Fuchs identifie la paraphrase comme un acte énonciatif tenant de la pratique langagière.

Très récemment, Bertrand Daunay tente dans son essai Eloge de la paraphrase de réhabiliter la figure ; il montre qu'elle ne confine pas seulement à la redite, mais qu'elle permet une créativité sur laquelle la littérature tout entière, comme Gérard Genette l'avait déjà montré pour l'intertextualité, se fonde. Il prouve donc sa légitimité historique et son intérêt didactique dans l'enseignement scolaire[6].

Figures proches

Notes et références

Voir aussi

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Bibliographie

Bibliographie des figures de style



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  • Paraphrase — Par a*phrase, v. i. To make a paraphrase. [1913 Webster] …   The Collaborative International Dictionary of English

  • paraphrasé — paraphrasé, ée (pa ra frâ zé, zée) part. passé de paraphraser. Un texte paraphrasé …   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré

  • paraphrase — [n] translation, interpretation digest, explanation, rehash, rendering, rendition, rephrasing, restatement, rewording, summary, version; concepts 55,57,268 Ant. quotation paraphrase [v] interpret, translate express in other words, express in own… …   New thesaurus


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