Paix de Dieu

ÔĽŅ
Paix de Dieu

La Paix de Dieu est un mouvement spirituel et social des Xe et XIe si√®cles, organis√© par l'√Čglise catholique et soutenu par le pouvoir civil. Son but est d'obtenir une pacification du monde chr√©tien occidental et de ma√ģtriser l'usage de la violence dans la soci√©t√©.

Sommaire

Contexte

Charlemagne remet Durandal à Roland

La dissolution de l'empire carolingien au IXe si√®cle, et la ¬ę mutation f√©odale ¬Ľ qui l'accompagne, se caract√©rise par la croissance des exactions commises par les seigneurs. Ceux-ci tentent d'imposer √† la paysannerie et au clerg√© leur protection en √©change de revenus ou bien se livrent √† des guerres priv√©es qui entra√ģnent de nombreux ¬ę d√©g√Ęts collat√©raux ¬Ľ. Mais dans la seconde moiti√© du Xe si√®cle, √† l'approche de l'an mil, les religieux qui ont su conserver une conduite exemplaire dans le contexte de d√©sordres, ont acquis une grande autorit√© spirituelle.

S'inspirant des précédents carolingiens, tel le capitulaire de 884 par lequel le roi Carloman alourdit les sanctions contre les rapines et demande aux évêques de les réprimer, ou le concile de Trosly de 909 qui exhorte à la pénitence et a recours à l'anathème, les autorités religieuses du centre de la France imposent la Paix de Dieu. Les évêques et abbés réunissent des conciles qui condamnent les débordements des chevaliers et tentent de moraliser leur conduite. Ce mouvement eut une très grande importance car il aboutit à la définition des droits et devoirs des trois ordres et fonda les bases morales de la société médiévale occidentale.

La féodalité

Pendant le haut Moyen √āge, le pouvoir se mesurant √† la client√®le qu'il peut entretenir, le prince doit r√©tribuer ses vassaux pour s'assurer de leur fid√©lit√©. Les richesses principales de l'√©poque en l'absence d'un commerce d√©velopp√© sont la possession de terre ou de charges administratives ou religieuses. La dispersion de leur patrimoine aupr√®s de leurs vassaux conduit √† l'effacement des m√©rovingiens. Les premiers carolingiens essayent d'emp√™cher une √©volution similaire.

Sc√®ne de la ¬ę communion du chevalier ¬Ľ au revers de fa√ßade de la cath√©drale de Reims

Pour maintenir l'unit√© de l'empire carolingien, Charlemagne introduit la c√©r√©monie de recommandation qui impose un serment de vassalit√©. Il surveille de pr√®s ses vassaux gr√Ęce √† l'inspection r√©guli√®re conduite par les missi dominici et parce qu'ils sont convoqu√©s annuellement pour partir en campagne (dont les conqu√™tes territoriales et le butin associ√© pourront √™tre redistribu√©s). D'autre part, il ne conc√®de les charges qu'√† titre viager ce qui lui permet de r√©cup√©rer les terres √† la mort du vassal, d'√©viter la perte progressive de ses possessions et de conserver un moyen de pression sur ses vassaux auxquels la jouissance des terres accord√©es en pr√©caire peut √™tre retir√©e.

Mais son fils Louis le Pieux rompt l'√©quilibre entre les biens fonciers fiscaux et les biens fonciers accord√©s en jouissance √† la noblesse[1]. D√®s lors, il n'est plus assez riche pour entretenir ses vassaux et plus rien ne bride leurs vell√©it√©s naturelles d'ind√©pendance. De plus les campagnes militaires deviennent moins fr√©quentes apr√®s 820 et les contr√īles par les missi dominici se rar√©fient et sont de moins en moins efficaces (ils deviennent co√Ľteux √† entretenir, sont corruptibles et les voyages √† l'√©poque sont difficiles)[2]: le contr√īle des vassaux se fait de plus en plus l√Ęche.

De plus, Charlemagne avait pris l'habitude de confier les terres en précaire au fils de ses vassaux à la mort de ceux-ci. Progressivement, la transmission héréditaire devient habituelle et la notion juridique de patrimoine royal selon laquelle la terre et les charges appartiennent au souverain est oubliée ou négligée. Les choses s'aggravent encore quand les fils de Louis le Pieux s'entre-déchirent pour le pouvoir et doivent concéder de plus en plus d'autonomie à leurs vassaux pour conserver leur soutien[3].

Le r√®gne de Charles le Chauve est symptomatique : apr√®s le partage de Verdun intervenu en 843 entre les trois fils de Louis le Pieux, il h√©rite du royaume de Francie occidentale, mais il a besoin du consentement et de l'appui de l'aristocratie pour entrer v√©ritablement en possession de son royaume : √† l'assembl√©e de Coulaine en novembre 843, il leur conc√®de ¬ę la jouissance paisible de leur fonction et de leurs biens ¬Ľ et en retour ils lui apportent ¬ę aide et conseil ¬Ľ[4]. Il tente de conserver l'autorit√© imp√©riale par tous les moyens s'adjoignant en particulier le soutien des eccl√©siastiques auxquels il conc√®de la possibilit√© de battre monnaie. Le passage d√©finitif vers la f√©odalit√© se fait quand il garantit √† ses vassaux la facult√© de l√©guer leurs terres √† leur h√©ritier par le capitulaire de Quierzy-sur-Oise du 16 juin 877[5].

Ch√Ęteau de Castelnou (Xe si√®cle).

L'autorit√© du roi s'effondre d'autant plus vite que l'arm√©e carolingienne est taill√©e pour une strat√©gie offensive avec l'organisation de campagnes annuelles qui forcent les voisins au respect (ils finissent d'ailleurs par payer un tribut). Cette logistique lourde ne peut r√©pondre aux raids rapides et incessants des Sarrasins ou des Vikings dont le principal atout est la mobilit√©[6]. D√®s lors la d√©fense doit √™tre prise en charge localement. Au Xe si√®cle, les ch√Ęteaux forts prolif√®rent, parfois au m√©pris de toute l√©galit√©, leurs propri√©taires exer√ßant protection et domination sur les territoires alentours[7]. Dans ces temps incertains d'invasions et de guerres priv√©es continuelles, les habitants viennent se regrouper √† proximit√© du ch√Ęteau ce qui l√©gitime le ch√Ętelain et l'exercice du ban seigneurial. Celui-ci peut imposer taxes, p√©ages, corv√©es, banalit√©s (usage impos√© d'√©quipements seigneuriaux √† titre on√©reux : fours, moulins...) lev√©es par ses sergents. En √©change, les vivres stock√©s au ch√Ęteau pourvoient √† la survie des manants (vient du latin ¬ę r√©sider ¬Ľ) r√©fugi√©s entre ses murs en cas de pillage[7]. Enfin, les amendes pr√©lev√©es en rendant justice selon le principe du Wergeld de la loi salique sont une autre source appr√©ciable de revenus seigneuriaux. Avec l'affaiblissement de l'autorit√© royale et comtale, les ambitions personnelles se d√©voilent, engendrant convoitises et contestations. Les tentatives d'imposer le droit de ban aux marges du territoire contr√īl√© et les conflits de succession dus √† l'instauration r√©cente du droit d'a√ģnesse, d√©g√©n√®rent r√©guli√®rement en guerres priv√©es, dont p√Ętit en premier lieu la population rurale[8].

Cette √©volution de la soci√©t√© pose probl√®me car elle implique que la jouissance des terres passe d'une √©lite fonci√®re √† une √©lite guerri√®re. Le d√©coupage des grandes propri√©t√©s fonci√®res n'est pas lin√©aire : au fil des donations les terres sont extr√™mement morcel√©es et dispers√©es sur de grandes distances[9] et la zone sur laquelle la ch√Ętellenie exerce sa protection est trou√©e d'enclaves autonomes, que le seigneur pr√©tend soumettre aux m√™mes redevances et la m√™me justice que ses manants. D√®s lors la revendication du droit de ban et de justice sur les terres d'√©glise ou de propri√©taires la√Įcs dont les biens et les revenus sont menac√©s, entra√ģne un fort m√©contentement. De plus les seigneurs n'h√©sitent pas √† user de violence, intimident ou maltraitent les paysans ou se livrent au pillage, ce qui ne manque pas d'accro√ģtre le m√©contentement de la population[10].

Les principales sources sur ces changements sont eccl√©siastiques et doivent √™tre analys√©es avec prudence. En effet, les nombreuses exactions d√©nonc√©es par les clercs, comme les brigandages, ne sont pas forc√©ment des actes de violence directe : les ch√Ętelains essayent d'imposer des taxes aux habitants des terres d'√©glise ce qui r√©duit les revenus de ces religieux. Ces ¬ę brigands ¬Ľ sont bien souvent des spoliateurs de l'√Čglise en ce sens qu'ils contestent ou rejettent les droits des √©glises sur les terres dont ils sont les h√©ritiers. Les adversaires de l'√Čglise sont des puissances la√Įques que l'autorit√© politique ne parvient pas seule √† r√©primer. Les couvents et les √©glises, subissent souvent les pressions de descendants des donateurs qui cherchent √† r√©cup√©rer les biens patrimoniaux dont ils auraient d√Ľ h√©riter[11]. L'√Čglise prend donc sa propre d√©fense, ce qui est r√©v√©lateur du glissement de l'autorit√© dans sa direction et de l'affaiblissement de l'√Čtat. L'√Čglise repr√©sente la seule force morale, le seul frein √† la violence des seigneurs et des chevaliers[12].

Au total, les int√©r√™ts des ch√Ętelains sont en conflit avec ceux de la paysannerie, du clerg√© et des puissants et le mouvement de la paix de Dieu d√©coule des efforts de ces trois groupes sociaux pour neutraliser les exc√®s de la noblesse naissante.

Articles d√©taill√©s : F√©odalit√© et Chevalerie.

Renouveau religieux de l'an mille

Statue-reliquaire de Sainte-Foy (IXe si√®cle). Tr√©sor de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques

L'√©glise n'est pas √©pargn√©e par les d√©sordres des IXe et Xe si√®cles. Des charges d'abb√©s, paroissiales ou eccl√©siastiques sont donn√©es √† des la√Įcs pour se former des client√®les et la discipline monastique se rel√Ęche, le niveau culturel des pr√™tres chute[13]. En contrepoint, les rares monast√®res qui ont conserv√© une conduite irr√©prochable acqui√®rent une grande autorit√© morale.

Si on consid√®re actuellement que les craintes g√©n√©r√©es par l'approche de l'an mil ont √©t√© largement surestim√©es il n'en reste pas moins que l'√©poque est travers√©e par un regain de ferveur religieuse. P√®lerinages et cultes des reliques sont de plus en plus pratiqu√©s. D'apr√®s Georges Duby, qui d√©fend la th√®se d'une mutation f√©odale rapide aux alentours de l'an mil, l'Apocalypse est le texte sacr√© qui retient l'attention la plus passionn√©e[14]. On y lit que ¬ę Les mille ans √©coul√©s, Satan, rel√Ęch√© de sa prison, s'en ira s√©duire les nations dans les 4 coins de la terre, Gog et Magog, et les rassembler pour la guerre, aussi nombreux que le sable de la mer. ¬Ľ[15]. Les exactions des guerriers semblent correspondre √† ce texte sacr√©. D√®s lors un soin particulier est mis √† se laver de ses p√©ch√©s. En particulier les monast√®res int√®gres re√ßoivent de nombreuses donations pour obtenir des pri√®res d'absolution post mortem[16]. Le choix des abb√©s s'oriente de plus en plus vers des hommes d'une grande int√©grit√© et certains tels Guillaume d'Aquitaine vont jusqu'√† donner l'autonomie et l'immunit√© √† des monast√®res qui √©lisent leur abb√©. Ce fut le cas de Gorze, Brogne ou Cluny. D'autres monast√®res utilisent des faux certificats d'immunit√© pour acqu√©rir l'autonomie[17].

De tous ceux-ci, Cluny conna√ģt le d√©veloppement et l'influence les plus remarquables. Sous la f√©rule d'abb√©s dynamiques tels qu'Odon, Ma√Įeul ou Odilon, l'abbaye entra√ģne d'autres monast√®res qui lui sont rattach√©s et constitue bient√īt un ordre tr√®s puissant (en 994, l'ordre de Cluny compte d√©j√† 34 couvents)[18]. L'une des grandes forces de Cluny est de recruter une bonne partie de ses membres et particuli√®rement ses abb√©s dans la haute aristocratie : Bernon (909-927) appartient √† l'aristocratie du comt√© de Bourgogne, Odon (927-942) √† une grande famille de Touraine, Mayeul (948-994) √† la famille proven√ßale des Valensole, Odilon de Mercoeur (994-1048) √† un lignage comtal d'Auvergne, Hugues de Semur (1049-1109) est le beau-fr√®re du duc cap√©tien de Bourgogne et sa ni√®ce √©pousera le roi de Castille Alphonse VI, Pons de Melgueil (1109-1122) est apparent√© aux comtes d'Auvergne et de Toulouse, Pierre de Montboissier, dit Pierre le V√©n√©rable (1122-1156), est issu d'une famille seigneuriale d'Auvergne[19]. Aymard (942-948) est le seul abb√© issu d'un milieu modeste.

Pour favoriser la conversion des populations pa√Įennes, le culte des saints a √©t√© vivement encourag√© d√®s le VIe si√®cle. La possession de reliques par les monast√®res et autres √©difices religieux est recherch√©e car l'afflux de p√®lerins qu'elles entra√ģnent est source de b√©n√©fices importants[13]. Les p√®lerinages se d√©veloppent intens√©ment et c'est d'ailleurs sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle que Cluny √©tend son influence √† cette √©poque[20].

Depuis l'√©poque carolingienne, les √©v√™ques r√©unissent des conciles r√©gionaux o√Ļ il est de bon ton pour la noblesse d'y figurer[21]. Avec les invasions du IXe si√®cle et leur cort√®ge de d√©vastations, on prend l'habitude de sortir les reliques de leur sanctuaire, en organisant des processions lors des calamit√©s publiques, et pour r√©clamer la justice contre les ennemis ou les usurpateurs d'une √©glise[22] . Cet usage s'applique aussi aux d√©pr√©dations dues aux seigneurs locaux : c'est lors d'un de ces rassemblements expiatoires que d√©marre le mouvement de la paix de Dieu.

Articles d√©taill√©s : Ordre de Cluny, Abbaye de Cluny, Abbaye de Gorze et Reliques.

L'invention de la paix

Premières assemblées de paix

La participation des √©v√™ques √† la paix de Dieu. D'apr√®s H.-W. Goetz, ¬ę La paix de Dieu en France... ¬Ľ, p. 138.

Le mouvement de la paix de Dieu √©merge au milieu du Xe si√®cle lorsque les premi√®res assembl√©es de paix s'organisent. Il s'agit d'assembl√©es r√©unies en plein air, dans des lieux choisis pour leur antique sociabilit√© populaire[r√©f. souhait√©e], pour restaurer ¬ę la paix qui vaut mieux que tout ¬Ľ (pax que omnia superat... ) selon √Čtienne II, √©v√™que de Clermont √† l'assembl√©e qu'il y convoque en 958[23]. Plac√©es en g√©n√©ral sous la protection d'un saint particuli√®rement v√©n√©r√© (Martial √† Limoges, Front en Velay, Foy en Rouergue, Saturnin dans le Toulousain), elles rassemblent le clerg√© local et les milites (seigneurs et chevaliers) sous le regard d'une population consid√©rable attir√©e par la pr√©sence des reliques. Certaines chroniques ou recueils de miracles insistent sur l'importance de ces foules pieuses r√©unissant, si l'on en croit le moine bourguignon Raoul Glaber dans ses Histoires, ¬ę les grands, les moyens et les petits, [...] tous pr√™ts √† ob√©ir √† ce qui aurait √©t√© ordonn√© par les pasteurs de l'√Čglise, comme si une voix venant du ciel parlait aux hommes sur la terre ¬Ľ[23]. Cette voix, c'est celle de l'√©v√™que qui, parfois conjointement avec le prince ou le roi de France, convoque l'assembl√©e et en dirige les d√©bats. De fait, ces assembl√©es sont loin d'√™tres spontan√©es : le choix du lieu, des participants et du rituel sont fix√©s √† l'avance.

G√©ographiquement, le ph√©nom√®ne des assembl√©es de paix prend son essor dans la partie m√©ridionale du royaume de Francie, au sud de la Loire en Aquitaine. Jusqu'au d√©but du XIe si√®cle, c'est plus pr√©cis√©ment dans les terres ducales du Massif Central et de ses marges occidentales (Auvergne, Velay, Limousin, Poitou) qu'ont lieu l'essentiel des assembl√©es, prolong√©es vers le Languedoc (Narbonne, 990) et le royaume de Bourgogne (Anse, pr√®s de Lyon, 994). Il s'agit de territoires o√Ļ l'autorit√© royale et m√™me ducale peine √† s'imposer et o√Ļ la parcellisation du pouvoir entre les diff√©rents seigneurs est particuli√®rement importante. Auvergne et Limousin notamment sont des ¬ę zones p√©riph√©riques ¬Ľ mal contr√īl√©es : l'ind√©pendance assez large dont disposent les ch√Ętelains locaux leur permet de mener librement ces guerres priv√©es que, √† tort ou √† raison, les sources eccl√©siastiques √† notre disposition assimilent souvent √† de vulgaires rapines[24]. Cependant, le fait que la paix de Dieu √©merge dans ces territoires du centre de la France ne s'explique pas uniquement par la n√©cessit√© dans laquelle se trouvent des autorit√©s √©piscopales constatant la carence princi√®re : ce sont aussi des r√©gions plus ouvertes aux influences monastiques, moins marqu√©es par l'id√©al carolingien ancien d'une paix assum√©e par l'autorit√© royale, ¬ę moins traditionnelles, plus ouvertes aux nouveaut√©s : on y cherche des formes de r√©gulation sociale qui soient mieux adapt√©s √† l'√Ęge seigneurial, qui canalisent le pouvoir des sires et prot√®gent les faibles des exactions ¬Ľ[25].

Ce sont donc des √©v√™ques de ces r√©gions centrales du royaume qui assument la convocation des premi√®res assembl√©es de paix, sous forme de plaids. Ils sont souvent li√©s √† des milieux monastiques soucieux de r√©forme : √Čtienne II, √©v√™que de Clermont depuis 943, est √©galement abb√© de Conques et fondateur du monast√®re de Saint-Germain-Lembron. Il prend l'initiative de diriger deux plaids : l'un √† Clermont en 958, o√Ļ il cherche √† mettre un terme aux guerres priv√©es des seigneurs auvergnats ; l'autre, en collaboration avec les √©v√™ques de Cahors et de P√©rigueux, en 972 √† Coler pr√®s d'Aurillac, o√Ļ il parle de la paix sans laquelle ¬ę personne ne verra Dieu ¬Ľ pour d√©fendre les biens d'√Čglise[26]. De m√™me, Guy d'Anjou, √©v√™que du Puy, issu d'une puissante famille et r√©formateur de l'abbaye de Cormery, dirige le plaid de Laprade, vers 975. Ces deux hommes sont en outre issus de puissantes lign√©es et disposent de ce fait des r√©seaux n√©cessaires au d√©veloppement de leur action. Guy d'Anjou a ainsi les moyens militaires n√©cessaires pour imposer par la force aux milites pr√©sents √† Laprade de pr√™ter le serment de rendre les biens spoli√©s et de les garantir en livrant des otages[27].

Pour plusieurs historiens, notamment Christian-Lauranson-Rosaz, ces premi√®res assembl√©es marquent bien les d√©buts du mouvement de la paix de Dieu, dans la mesure o√Ļ elles montreraient que l'√Čglise a pr√©cocement et progressivement ¬ę √©t√© amen√©e √† relayer un pouvoir civil d√©faillant tout en s'inscrivant dans le prolongement d'une tr√®s vieille tradition canonique selon laquelle se tenaient parfois dans les dioc√®ses des assembl√©es de paix ¬Ľ[28], et cela m√™me si elles sont juridiquement des synodes plus que des conciles de paix. En effet, il leur manque un √©l√©ment institutionnel important : le serment, qui n'√©merge qu'avec le concile de Charroux en 989.

Premiers conciles de paix

C'est au concile de Charroux, le 1er juin 989, que la Paix de Dieu prend toute son ampleur. C'est l√†, en effet, que les assembl√©es se transforment v√©ritablement en conciles, les d√©cisions √©tant consign√©es dans des canons de plus en plus √©labor√©s. D'autres conciles suivent en Aquitaine, √† Narbonne en 990, √† Saint-Paulien (concile dit ¬ę du Puy ¬Ľ) vers 993/994, √† Limoges en 998 et √† Poitiers vers 1010. Cependant, la Paix de Dieu n'est pas homog√®ne ni universelle. Au contraire, il s'agit pendant longtemps d'un mouvement intermittent et localis√©, l'√Čglise ne l'initiant que l√† o√Ļ elle en a besoin et peut l'imposer.

Une fois prise en main par Cluny (√† partir de 1016), le mouvement touche d'autres r√©gions : il atteint la Bourgogne o√Ļ un concile se tient √† Verdun-sur-le-Doubs (1021). Sous la pr√©sidence de Hugues de Ch√Ęlon, √©v√™que d'Auxerre, d'Odilon de Cluny et peut-√™tre du roi Robert le Pieux, la ¬ę paix des Bourguignons ¬Ľ est sign√©e. Odilon de Cluny commence alors √† jouer un r√īle majeur. Il propose dans un premier temps aux chevaliers bourguignons une diminution de la faide (guerre priv√©e) et la protection des chevaliers qui feront le Car√™me. Dans un second temps √† partir de 1020, Odilon instaure une nouvelle paix clunisienne en Auvergne par le biais de sires de sa parent√©.

Le mouvement se propage vers le nord par la vall√©e du Rh√īne (concile de Vienne). Le Nord de la France est atteint plus tardivement en raison de l'opposition initiale de plusieurs pr√©lats : conciles de Verdun-sur-le-Doubs vers 1019-1021 et de Beauvais en 1023. De fait, avec la mort de Guy d'Anjou en 996, le mouvement change pour une part de nature : d√©sormais, √† partir du concile de Limoges de 998, les princes eux aussi s'investissent dans le mouvement et en utilisent la dynamique[29]. Ce sont d'ailleurs ces princes qui transmettent le mouvement au Nord malgr√© l'opposition virulente de plusieurs pr√©lats importants tels que G√©rard de Cambrai ou Adalb√©ron de Laon proches des carolingiens et tr√®s hostiles aux Clunisiens qui soutiennent l'instauration d'une dynastie cap√©tienne. En particulier, Robert le Pieux multiplie les assembl√©es : apr√®s celle d'Orl√©ans, il en rassemble une √† Compi√®gne (1023), puis √† Yvois (1023) et enfin √† H√©ry[Laquelle ?] (1024). La seconde vague de paix, de plus en plus impr√©gn√©e par les moines, conna√ģt son paroxysme avec l'initiation √† la tr√™ve de Dieu (concile de Toulouges, 1027)[30].


Au total, on dénombre vingt-et-une assemblées de Paix, mais les décrets ne sont connus que pour seulement huit d'entre elles[31].

Le processus de propagation du mouvement de Paix s'est déroulé en deux phases principales[31]:

  1. 989-1010 : de Charroux √† Poitiers, la Paix en Aquitaine.
  2. 1019-1038 : de Verdun-sur-le-Doubs √† Bourges, la Paix gagne la Bourgogne, la Vall√©e du Rh√īne et enfin le Nord de la France, avant de conna√ģtre un renouveau en Aquitaine.

Un mouvement populaire et antiseigneurial ?

Le mouvement de la paix de Dieu assoit par des d√©cisions conciliaires le r√īle de chacun des trois ordres - principes, nobiles et vulgaris plebs - dans la soci√©t√© m√©di√©vale

Les historiens du XIXe si√®cle se sont appuy√©s sur les √©crits de l'√©poque (chroniques, r√©cits de miracles) pour d√©crire les foules implorant le secours des saints √† l'approche de l'an mil. Ainsi, le moine Raoul Glaber, dans ses Historiae de 1020-1047, d√©nonce dans une perspective eschatologique, la violence des seigneurs et d√©plore les malheurs des temps (l'ergotisme ou mal des ardents qui frappe en Aquitaine en 994 est per√ßu comme un ch√Ętiment divin) qui entra√ģne de grands rassemblements autour des reliques de saints limousins[32]. Les eccl√©siastiques r√©unis en concile vont exploiter ce mouvement pour imposer la paix de Dieu.

Cependant, la pr√©sence r√©elle et active des humbles est tr√®s difficile √† √©valuer, les moines ayant tout int√©r√™t √† en exag√©rer l'importance afin de marquer l'impact des translations de reliques et le pouvoir d'attraction des saints pr√©sent√©s aux conciles (gu√©risons, miracles)[31]. La crainte du clerg√© est de voir ces pratiques conduire √† un retour √† des pratiques pa√Įennes[26]. Sainte Foy de Conques est le symbole m√™me de la statue-v√©n√©ration.

Si la Paix de Dieu se base sur un mouvement populaire dans sa premi√®re phase (989-1010), elle b√©n√©ficie ensuite du soutien du roi Robert II le Pieux et de la haute noblesse qui y voient un moyen de structurer et de pacifier le royaume[26]. Les conciles en Aquitaine ont souvent √©t√© convoqu√©s par le duc Guillaume d'Aquitaine. Si la contestation paysanne √† un caract√®re antiseigneurial, l'√Čglise ne cherche pas √† se substituer au pouvoir central mais plut√īt √† moraliser la conduite de la noblesse[33]. Les serments √©tablissent un compromis juridique et foncier entre la√Įcs arm√©s et eccl√©siastiques : ils institutionnalisent la seigneurie[34].

Princes et √©v√™ques obtiennent que ces n√©gociations se d√©roulent sous leur tutelle pour √©viter que le mouvement ne leur √©chappe. D'autre part la faide, d√©plor√©e par les nombreux lettr√©s qui d√©crivent leur √©poque, est n√©cessaire √† la soci√©t√© : trouver des vengeurs garantit la s√©curit√© de telle ou telle seigneurie. La paix de Dieu n'est pas une r√©volte populaire visant √† changer le monde mais un courant soutenu par les puissants qui Ňďuvre au maintien de l'√©quilibre social.

Elle assoit, par les décisions de ses conciles, le nouvel ordre social donnant une structure ternaire à la société médiévale (ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent) à l’image de la Cité de Dieu chez saint Augustin[26],[35].

Objet des assemblées de Paix

La protection des biens d'√Čglise

Le mouvement de la paix de Dieu entend faire respecter les biens de l'√Čglise.

La pr√©occupation premi√®re de la plupart des assembl√©es de Paix est la protection du patrimoine eccl√©siastique. L'autorit√© politique (le roi, le comte) ne parvenant pas √† r√©primer les seigneurs, l'√Čglise doit donc prendre sa propre d√©fense face √† ces la√Įcs.

Au synode de Laprade (975-980), l'√©v√™que du Puy tente par tous les moyens (guerre, paix) de pr√©server ou de r√©cup√©rer les domaines eccl√©siastiques spoli√©s par des seigneurs la√Įcs du voisinage[36]. Au Puy (990-994), on d√©cr√®te l'inviolabilit√© des √©glises et l'interdiction de saisir des animaux dans l'a√ģtre d'une √©glise. Au concile d'Anse, pr√®s de Lyon, en 994, l'abb√© de Cluny d√©fend sa seigneurie eccl√©siastique contre les empi√®tements des princes la√Įcs.

Lors du concile de Charroux en 989, la protection des √©glises est une fois de plus au cŇďur des dispositions : ¬ę anath√®me √† qui viole les √©glises : si quelqu'un viole une √©glise sainte ou s'il veut en retirer quelque chose par la force, qu'il soit anath√®me - √† moins de faire r√©paration ¬Ľ[33].

Au concile de Poitiers en 1010, on statue √† propos des biens qui ont √©t√© spoli√©s depuis les cinq derni√®res ann√©es ou dans les ann√©es qui suivront ce concile. A celui de Limoges (1031), il s'agit √† nouveau de lutter contre les spoliations de biens eccl√©siastiques, contre ceux qui contestent les propri√©t√©s eccl√©siastiques. √Ä Vienne, le jureur s'engage √† ne pas enfreindre les terres et les b√Ętiments d'√Čglise.

La protection des ¬ę pauvres ¬Ľ

Si la pr√©occupation principale de ces assembl√©es, surtout en Auvergne, est la d√©fense des int√©r√™ts des seigneuries eccl√©siastiques contre les int√©r√™ts des seigneuries la√Įques voisines[36],[35], progressivement, il parait important de prot√©ger les ¬ę pauvres ¬Ľ. Ce n'est qu'une dimension secondaire de la Paix, mais elle appara√ģt de plus en plus fr√©quemment[37]. Le mot ¬ę pauvre ¬Ľ d√©signe ceux qui ne peuvent pas se d√©fendre, c'est-√†-dire les paysans, mais aussi et surtout les clercs et les moines (les pauvres de Dieu).

Le chevalier se doit de prot√©ger ceux qui ne peuvent se d√©fendre: La paix de Dieu officialise le r√īle de protecteur d√©volu √† la noblesse

Bien que peu présente dans les assemblées du Massif Central, on trouve quelques traces de cette préoccupation. Au Puy, on décide que les clercs doivent être protégés car ils ne peuvent porter d'armes (ce qu'il leur est d'ailleurs rappelé). Au concile d'Anse, on interdit à tout dignitaire et à toute autorité militaire de saisir dans les villages dépendant de Cluny les hommes qui y vivent ou leur bétail, et il est aussi interdit de se livrer à des rafles ou à d'autres exactions sur les paysans relevant des terres ecclésiastiques.

Deux des anathèmes de Charroux sont consacrés à la protection des pauvres.

  • ¬ę Anath√®me √† qui prend les biens des pauvres : si quelqu'un s'empare des moutons, bŇďufs, √Ęnes, vaches, ch√®vres, boucs ou porcs de cultivateurs et d'autres pauvres, qu'il soit anath√®me - sauf si c'est √† cause d'une faute du pauvre lui-m√™me, et seulement s'il n'a rien fait pour s'amender ¬Ľ[33].
  • ¬ę Anath√®me √† qui frappe les clercs : si quelqu'un attaque, capture ou frappe un pr√™tre, un diacre ou un autre membre du clerg√© qui ne porte pas d'armes, alors il est sacril√®ge - sauf si le clerc a √©t√© jug√© par son propre √©v√™que apr√®s s'√™tre rendu coupable d'un d√©lit ¬Ľ[33].

Des serments √©chang√©s vont plus loin : ils cherchent √† prot√©ger les populations non arm√©es des autres seigneuries, car ne prenant pas part aux conflits, elles doivent √™tre √©pargn√©es. On prot√®ge aussi les marchands, les p√®lerins, etc.

On essaye de faire comprendre √† ceux qui se livrent √† des exactions qu'il est dans leur int√©r√™t de ne pas exercer de violences sur les pauvres. Les paysans travaillent, produisent, fournissent de la nourriture, les marchands la transportent et en font du commerce ; ils doivent donc √™tre sauvegard√©s, car ceux qui les attaquent, les pillent ou les tuent, se privent de ressources pour eux-m√™mes. Sur ce point les int√©r√™ts de la haute aristocratie et de l'√Čglise convergent.

Stabilisation monétaire

La fin du Xe si√®cle est une p√©riode de grande croissance √©conomique. Mais la faiblesse du pouvoir central entra√ģne la multiplication des ateliers de frappe mon√©taire et surtout la pratique du rognage ou des mutations. Ces pratiques entra√ģnent des d√©valuations tout √† fait pr√©judiciables. C'est pourquoi, au XIe si√®cle dans le Midi, les utilisateurs doivent s'engager √† ne pas rogner ou falsifier les monnaies, et les √©metteurs s'engagent √† ne pas prendre pr√©texte d'une guerre pour pratiquer une mutation mon√©taire[38].

Limites

Il ne s'agit donc pas d'une paix universelle, vue anachronique, mais d'un mouvement visant √† prot√©ger les biens d'√Čglise. Il n'est nullement question de r√©glementer le droit de guerre, ni d'interdire de mani√®re g√©n√©rale le butin des guerres priv√©es, ni de soustraire les paysans aux m√©faits d'une pr√©sum√©e chevalerie form√©e de milites incontr√īl√©s.

Par exemple, au concile de Limoges en 1031, les d√©cisions ne concernent que le seul droit de l'√Čglise et il n'est pas question de l'ordre public. A Vienne, il ne s'agit pas d'interdire la guerre priv√©e, mais d'en limiter les effets √† ceux-l√† seuls qui y sont impliqu√©s (donc les gens de guerre). En particulier la paix de Dieu ne vise pas √† limiter la guerre entre princes[39] et le serment de Verdun-sur-le-Doubs (vers 1020) √©voque les ch√Ęteaux ill√©gaux qu'il faut assi√©ger avec le roi, le comte ou l'√©v√™que, autorisant la lev√©e de vilains pour ce type d'actions[40]. D√®s lors l'autorit√© des grands sur leurs vassaux s'en trouve renforc√©e.

En outre, de nombreuses exceptions, souvent marqu√©es par des ¬ę sauf si ¬Ľ comme dans les anath√®mes de Charroux, limitent les d√©crets des assembl√©es[41]. Les limitations ne valent que pour les jureurs, sur des terres qui ne sont pas les leurs. L'ost de l'√©v√™que en est dispens√© lorsqu'il lutte contre les violateurs de cette paix. Tout seigneur pourra donc agir comme il l'entend sur ses propres terres[41]. Le jureur est dispens√© de son serment lorsqu'il participe √† l'ost du roi, des comtes ou des √©v√™ques, mais il devra toutefois ne pas enfreindre les sauvet√©s des √©glises, ¬ę sauf si ¬Ľ on lui a refus√© de lui vendre les vivres n√©cessaires[40]. Au total, les serments de la paix de Dieu, tol√®rent un certain nombre d'exactions et agissent moins sur la paix g√©n√©rale qu'ils ne permettent l'instauration d'une soci√©t√© structur√©e avec ses trois √©tats o√Ļ le r√īle de chacun est de mieux en mieux d√©fini.

De plus, les serments ont bien souvent une dur√©e de validit√© : par exemple, celui de Verdun-sur-le-Doubs ne contraignait les jureurs que pendant sept ann√©es.

Le mouvement s'arr√™te aux fronti√®res de la Lotharingie o√Ļ l'autorit√© des ottoniens permettaient de garantir la s√©curit√©[13].

L'application des décrets

Moyens d'action

L'application des décrets est garantie par l'engagement solennel, le serment de paix, que les participants aux conciles prêtent eux-mêmes et qu'ils s'efforcent d'obtenir des grands. Le serment contraint ceux qui l'ont juré de respecter leurs engagements.

Pour contraindre les r√©calcitrants, trois types de solutions pouvaient √™tre employ√©es :

  • La justice : l'√Čglise s'efforce de revaloriser les tractations et le recours √† la justice. Au concile de Poitiers, on d√©cide que les conflits devront √™tre port√©s devant l'autorit√© judiciaire de la r√©gion. √Ä Limoges, il est d√©cid√© que les diff√©rends devront se r√©gler par la paix dans cette assembl√©e et non par la violence au dehors. Le serment de Vienne cherche avant tout √† r√©gler les contentieux par la concertation et le dialogue, et √† accro√ģtre la juridiction de l'√©v√™que.
Tympan de l'abbatiale de Conques (XIe siècle): En bas à gauche un chevalier non vertueux est précipité en enfer.
  • Les sanctions spirituelles : les pr√©lats sacralisent les d√©cisions de jurisprudence conciliaire. √Ä ceux qui observeront ces pr√©ceptes, les √©v√™ques accorderont l'absolution de leurs p√©ch√©s et la b√©n√©diction √©ternelle, mais ils lanceront des mal√©dictions et des excommunications contre ceux qui refusent d'ob√©ir aux instructions √©piscopales, contre ceux qui contestent les propri√©t√©s eccl√©siastiques et qui refusent de s'en remettre au jugement des princes et des pr√©lats. L'√Čglise a principalement utilis√© l'anath√®me (excommunication majeure), l'excommunication ou encore l'interdit (privation des biens spirituels (offices religieux, s√©pulture en terre sacr√©e, sacrements)), qui se g√©n√©ralisent et qui deviennent l'arme principale des √©v√™ques. Ces mal√©dictions ne sont que provisoires, le but √©tant d'amener les fautifs devant la justice.
  • La force arm√©e : l'√Čglise peut aussi en faire usage si les autres moyens ne sont pas suivis d'effet. Ainsi, Guy d'Anjou, √©v√™que du Puy, a contraint tous ses dioc√©sains √† jurer la paix sous la menace des armes. La n√©cessit√© de d√©fense arm√©e pourrait √™tre li√©e au r√©el affaiblissement du pouvoir royal, puis ducal, depuis le d√©but du Xe si√®cle[36].

La Paix de Dieu est un garant de l'ordre public et se substitue partiellement à l'autorité royale ou princière qu'elle cherche à renforcer dans ses prérogatives de police, d'ordre et de justice.

Cependant, le risque de dérive existe.

Oppositions et dérives

Les armes spirituelles ne se r√©v√©lant pas toujours suffisantes malgr√© les menaces, tr√®s r√©elles, d‚Äôexcommunication et d‚Äôinterdit, des ligues ou des milices de paix se constituent. Elles sont aussit√īt jug√©es subversives parce qu‚Äôantiseigneuriales. √Ä Bourges en 1031, l‚Äôarchev√™que Aymon laisse se cr√©er une milice de la paix. Il l‚Äôutilise pour mener une action guerri√®re contre les milites r√©calcitrants. Les √©v√™ques pr√©sents au concile de Bourges en 1031 doivent faire pr√™ter serment √† tous les fid√®les de plus de 15 ans et c‚Äôest un v√©ritable ost de la paix avec des chevaliers, des paysans, le vicomte de Bourges et l‚Äôarchev√™que qui assi√®ge les ch√Ęteaux des seigneurs r√©calcitrants comme le ch√Ęteau de Bennecy[42]. L‚Äôassaut tourne au massacre et, selon Raoul Glaber, 1 400 personnes (essentiellement des paysans qui y √©taient r√©fugi√©s avec femmes et enfants) p√©rissent dans l‚Äôincendie provoqu√© par les assaillants[42]. Le chevalier poursuivi ayant pris la fuite depuis longtemps. Le r√©cit des faits par Andr√© de Fleury discr√©dite ce type d‚Äôactions, men√©es par des puissants et l√©gitim√©es par un mouvement qu‚Äôils ont largement r√©cup√©r√© mais qui n‚Äôen respecte pas la philosophie[42].

L'institution de la paix de Dieu, Livre des Macchab√©es, Bible de Saint-Pierre-de-Roda, fin Xe si√®cle-d√©but XIe si√®cle (Biblioth√®que Nationale, Paris).

Cette milice est massacr√©e le 18 janvier 1038 √† Ch√Ęteauneuf-sur-Cher, alors qu‚Äôelle s‚Äôattaque au seigneur de D√©ols. Elle franchit le Cher et se retrouve face √† l‚Äôarm√©e du seigneur de D√©ols qui joue un coup de bluff : il monte ses pi√©tons sur tous les animaux qu‚Äôil peut trouver[42]. Les miliciens croyant qu‚Äôils sont face √† une puissante cavalerie paniquent et essayent de retraverser le Cher (la travers√©e de rivi√®res sans pont est p√©rilleuse √† l‚Äô√©poque). Ils sont taill√©s en pi√®ces et beaucoup p√©rissent noy√©s[42]. La cause est d√©natur√©e et le mouvement a perdu du cr√©dit, mais on peut y percevoir le principe des croisades d‚Äôune guerre men√©e sur des principes religieux.

L‚Äôunanimit√© de la Paix s‚Äôefface lorsque certains clercs d√©noncent la mise en valeur trop ostentatoire des statues de saints et de leurs reliques. Leur culte est alors assimil√© √† des pratiques idol√Ętres et tax√© d‚Äôh√©r√©sie[43].

Le concile de Limoges (998) se fait sans Guy d‚ÄôAnjou, d√©c√©d√© en 996. C‚Äôest un tournant pour le mouvement, car peu avant sa mort, Berthe, veuve d‚ÄôEudes de Blois devient la concubine du roi Robert le Pieux, contre l‚Äôavis de Cluny car Abbon lui a d√©conseill√© l‚Äôunion avec Berthe : l‚Äôabbaye traverse alors une grave crise et son expansion marque le pas pour une dizaine d‚Äôann√©es[33].

La diffusion de la Paix dans le nord du royaume rencontre des oppositions : les √©v√™ques du Nord, tels G√©rard de Cambrai et Adalb√©ron de Laon ne sont pas favorables √† l'instauration des mouvements de paix dans leur dioc√®se. Dans le Nord-Est du royaume, la tradition carolingienne est encore tr√®s forte et elle avance que seul le roi est le garant de la justice et de la paix. D'autre part, les √©v√™ques sont souvent √† la t√™te de puissants comt√©s et n'ont pas besoin d'assoir leur autorit√© par la paix de Dieu contrairement √† leurs confr√®res m√©ridionaux. Les pr√©lats consid√®rent aussi que la participation populaire au mouvement est tel qu'il risque de montrer un caract√®re trop ostentatoire des reliques ce qui est contraire aux volont√©s divines. G√©rard de Cambrai et Adalb√©ron de Laon, sur le fondement de la th√©orie des trois ordres, d√©veloppent l‚Äôid√©e que la paix ne peut √™tre que la pr√©rogative du souverain, et en aucun cas celle des eccl√©siastiques (dont le ¬ę roi Odilon ¬Ľ). Quand Robert le Pieux prend en charge le mouvement au nord du royaume, G√©rard de Cambrai finit par accepter de faire promettre (et non de jurer) la paix de Dieu dans son dioc√®se[44].

La Trêve de Dieu

Repr√©sentation moderne de Oliva de Besal√Ļ devant la cath√©drale de Vich.
Article d√©taill√© : Tr√™ve de Dieu.

Le mouvement reprend de la vigueur en 1027, en Catalogne o√Ļ Oliva de Besal√Ļ l'√©v√™que de Vich tr√®s li√© √† Cluny lance la tr√™ve de Dieu avec le Synode d'Elne (dit concile de Toulouges, 1027)[45], puis en 1033 un synode √† Vich, son propre dioc√®se[46]. Il introduit une notion temporelle : les exactions et combats sont interdits le dimanche[47].

√Ä Vich, la tr√™ve se d√©finit comme la protection des chr√©tiens pendant les p√©riodes liturgiques, et rel√®ve du seul clerg√© contrairement √† la paix qui rel√®ve du comte et de l'√©v√™que. √Ä Vich, on retrouve le triptyque de Charroux : l'espace sacr√© des trente pas autour de l'√©glise, les vilains √† ne pas maltraiter, ni les d√©pouiller de leurs v√™tements, ni de leur cire (article du Puy, cette fois). Comme pour le serment de Vienne, il faut √©galement prendre garde aux mules et mulets et ne pas d√©truire de maisons : cette fois, on prot√®ge d'avantage la vie et le travail des paysans[46].

Dans les ann√©es 1030-1040, le mouvement est relay√© par les clunisiens. Odilon de Cluny met toute la puissance du r√©seau de sa congr√©gation au service de l'Ňďuvre de paix, et des archev√™ques. Il s'agit maintenant de prescrire une suspension des hostilit√©s entre ¬ę bellatores ¬Ľ (guerriers) durant certaines p√©riodes de l'ann√©e, √† l'instar des temps prohib√©s du calendrier chr√©tien. En interdisant toute activit√© militaire pendant les p√©riodes liturgiques, l'√Čglise souhaitait rendre impossible toute grande entreprise militaire. La guerre n'est plus autoris√©e que 80 jours r√©partis tout le long de l'ann√©e (d√©cision du concile de Narbonne en 1054). La tr√™ve de Dieu introduit la r√©probation de l'homicide entre chr√©tiens[48]: ce m√™me concile promulguant que ¬ę Nul chr√©tien ne tue un autre chr√©tien, car celui qui tue un chr√©tien c'est le sang du christ qu'il r√©pand ¬Ľ[49]. C'est ce mouvement, plus que la paix de Dieu qui dans les faits instaure la paix m√©di√©vale.

C'est aussi durant cette p√©riode que le mouvement (de Paix-Tr√™ve) s'institutionnalise, pris en main exclusivement par les clercs, √©v√™ques et moines r√©formateurs. Lors des conciles de la seconde moiti√© du XIe si√®cle, sont promulgu√©es √† la fois des dispositions de paix et de tr√™ve, les deux institutions √©tant d√©sormais li√©es.

Comme la Paix, la Tr√™ve se propage du Midi vers le Nord gr√Ęce √† l'appui des r√©seaux d'√Čglise r√©formateurs, avec cependant des variantes selon les r√©gions. Deux mod√®les bien distincts sont ainsi rep√©rables : le premier, m√©ridional (Languedoc, Catalogne), adopte la forme d'un serment, tandis que le second, ¬ę fran√ßais ¬Ľ (Nord, Picardie, Normandie) prend celle d'un monitoire des √©v√™ques √† leurs dioc√©sains et gravite autour de la seule id√©e de Tr√™ve.

√Čvolution du mouvement

Bernard de Clairvaux prêchant la 2e croisade, à Vézelay, en 1146

La paix et la tr√™ve de Dieu ne sont pas les seuls outils utilis√©s par l'√©glise pour moraliser la conduite de la chevalerie : elle introduit aussi des notions religieuses dans les serments de vassalit√© ou b√©nit les armes des chevaliers[50].

Par la Paix de Dieu, l'√Čglise ne cherche pas √† interdire la guerre et √† promouvoir la paix : elle moralise la paix et la guerre en fonction de leurs objectifs et de ses int√©r√™ts. C'est en cela que la Paix de Dieu constitue une √©tape pr√©paratoire importante de la formation de l'id√©e de croisade.

Les ducs et comtes retrouvent assez de pouvoir pour reprendre en main le mouvement de paix : en 1047, en Normandie, la Paix de Dieu devient la paix du duc (concile de Caen) ; en 1064 en Catalogne, elle devient la paix du comte. Dans le m√™me temps, la paix s'internationalise, s'√©tendant aux pays voisins de la France : Catalogne, Angleterre, pays germaniques. La papaut√© conforte enfin le mouvement : Urbain II, ancien moine clunisien, reprend lors du concile de Clermont (1095) les dispositions promulgu√©es aux conciles de paix. Il y invite tous les chr√©tiens √† observer entre eux une paix perp√©tuelle et √† aller combattre l'h√©r√©tique. C'est ainsi que la Paix d√©bouche sur la Croisade[51].

Cependant, m√™me avec les croisades, le mouvement ne garantit pas compl√®tement la paix dans l'occident m√©di√©val. De retour de Terre Sainte, les chevaliers entendent √™tre davantage respect√©s et se sentent libres de ch√Ętier ceux qui s'opposeraient √† leurs int√©r√™ts[52]. Or, nombreux sont ceux qui malgr√© la protection de l'√©glise voient leurs biens spoli√©s durant leur absence[53]. Ceci √©tant, les croisades d√©rivent fortement la violence des temps vers l'infid√®le et permettent de cr√©er des ordres militaires, o√Ļ les chevaliers adoptent une vie monastique, devenant de v√©ritables soldats du Christ[54].

Le XIIe si√®cle, en m√™me temps qu'il est p√©riode de reconstruction du pouvoir royal, voit se transformer le mouvement de Paix. Durant la premi√®re moiti√© du si√®cle, le roi reprend en main le domaine royal, faisant reculer les ambitions des seigneurs. Dans le m√™me temps, l'√Čglise et la papaut√© font de nouveau appel aux autorit√©s civiles (roi et princes) pour assurer les pr√©rogatives judiciaires. C'est dans le cadre de cette restauration de l'autorit√© royale que Louis VII, lors d'une grande assembl√©e tenue √† Soissons le 10 juin 1155, r√©cup√®re l'institution de Paix : la Paix de Dieu devient la Paix du Roi.

Au total, la paix de Dieu s'inscrit dans un vaste mouvement d'institutionnalisation de l'occident m√©di√©val. Les r√īles dans la soci√©t√© de chaque ordre sont d√©finis : ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent. C'est par la moralisation progressive des √©lites que ce but est atteint. La r√©forme gr√©gorienne et la cr√©ation d'ordres religieux moralisent la conduite du clerg√©. La b√©n√©diction des armes des combattants, les mouvements de la paix et de la tr√™ve de Dieu, les p√®lerinages, les croisades et la cr√©ation d'ordres militaires moralisent la conduite de la noblesse. Ce mouvement g√©n√©ral contribue √† la centralisation du pouvoir. Apr√®s une p√©riode o√Ļ la d√©centralisation secondaire √† la dissolution de l'empire carolingien a entra√ģn√© un red√©marrage √©conomique centr√© sur l'agriculture favoris√© par les investissements des propri√©taires fonciers (moulins, fours...). Cet essor √©conomique g√©n√©rant le d√©veloppement de villes, du commerce et de l'artisanat, un pouvoir central garantissant la s√©curit√© des axes de communication et des march√©s devient de plus en plus n√©cessaire. Les autorit√©s royale, imp√©riale, ducale ou pontificale doivent √™tre renforc√©es et c'est l'autorit√© religieuse plus que la puissance militaire qui le permet.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen √āge en Occident, Hachette 2003, p 72.
  2. ‚ÜĎ Jean Pierre Morillo, L'architecture carolingienne, L'Histoire de France n¬į8 juillet-aout 2007: Les premiers carolingiens p 69 Clionide des Francs
  3. ‚ÜĎ Adriaan Vehulst, La construction carolingienne tir√© de Histoire de la France des origines √† nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, pages 202-203
  4. ‚ÜĎ Laurent Theis, Histoire du Moyen √āge fran√ßais, p. 46
  5. ‚ÜĎ Andr√© Laran√©, An Mil: F√©odalit√©, √Čglise et chevalerie Herodote.net
  6. ‚ÜĎ Jean Renaud, Les Vikings en France, Clio.fr
  7. ‚ÜĎ a et b Georges Duby, Les f√©odaux (980-1075) tir√© de Histoire de la France, Larousse 2007, p.264-266
  8. ‚ÜĎ Georges Duby, Les F√©odaux (980-1075) tir√© de Histoire de la France, Larousse 2007, p.272
  9. ‚ÜĎ Olivier Guyotjeannin et Guillaume Balavoine, Atlas de l'histoire de France IXe-XVe si√®cle, √Čditions Autrement 2005, p.27
  10. ‚ÜĎ Christian Lauranzon-Rosaz, La Paix des Montagnes : Origines auvergnates de la Paix de Dieu, p. 3 Site de l'Universit√© de droit de Clermont-Ferrand
  11. ‚ÜĎ Jacques Paviot,Le moine est ma√ģtre chez lui Historia Th√©matique N¬į90: La France f√©odale p.42
  12. ‚ÜĎ Christian Lauranzon-Rosaz, La Paix des Montagnes : origines auvergnates de la Paix de Dieu, p. 4 Site de l'universit√© de droit de Clermont-Ferrand
  13. ‚ÜĎ a, b et c Georges Duby, Les f√©odaux (980-1075) tir√© de Histoire de la France, Larousse 2007, p.277
  14. ‚ÜĎ Georges Duby, Les f√©odaux (980-1075) tir√© de Histoire de la France, Larousse 2007, p.274
  15. ‚ÜĎ Saint Jean, l'Apocalypse 20:7 et 20:8
  16. ‚ÜĎ Georges Duby, Les f√©odaux (980-1075) tir√© de Histoire de la France, Larousse 2007, p.276
  17. ‚ÜĎ Christian Lauranzon-Rosaz, La Paix des Montagnes: Origines auvergnates de la Paix de Dieu, p.19
  18. ‚ÜĎ Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen √āge en Occident, Hachette 2003, p. 104-105
  19. ‚ÜĎ Jacques Paviot,Le moine est ma√ģtre chez lui Historia Th√©matique N¬į90: La France f√©odale p.43
  20. ‚ÜĎ Georges Duby, Les f√©odaux (980-1075) tir√© de Histoire de la France, Larousse 2007, p.278
  21. ‚ÜĎ Dominique Barth√©l√©my, la chevalerie, Fayard 2007 p.154
  22. ‚ÜĎ Edina Bozoky, Les reliques : un march√© en pleine expansion, La France f√©odale Historia th√©matique N¬į 90
  23. ‚ÜĎ a et b Myriam Soria-Audebert et C√©cile Treffort 2008, p. 113
  24. ‚ÜĎ Paul Bertrand, Bruno Dum√©zil, Xavier H√©lary, Sylvie Joye, Charles M√©riaux et Isabelle Ros√© 2008, p. 207
  25. ‚ÜĎ R√©gine Le Jan, Histoire de la France : origines et premier essor, 480-1180, Hachette, 1996, p. 165
  26. ‚ÜĎ a, b, c et d Paix de Dieu Site de l'universit√© de droit et de science politique de Clermont-Ferrand
  27. ‚ÜĎ Christian Lauranson-Rosaz, La Paix des Montagnes : Origines auvergnates de la Paix de Dieu, p. 12
  28. ‚ÜĎ Myriam Soria-Audebert et C√©cile Treffort 2008, p. 118
  29. ‚ÜĎ Christian Lauranzon-Rosaz, La Paix des Montagnes: Origines auvergnates de la Paix de Dieu, p.13-14
  30. ‚ÜĎ D. Barth√©lemy (1990), p. 57-58.
  31. ‚ÜĎ a, b et c Sylvain Gouguenheim, Les fausses terreurs de l'an mil, Picard, 1999, p.
  32. ‚ÜĎ Raoul Glaber, Histori√¶, 1. IV
  33. ‚ÜĎ a, b, c, d et e Les mouvements de la Paix de Dieu - 2e partie Encyclop√©die universelle
  34. ‚ÜĎ St√©phane Pouyllau, La paix de Dieu et la tr√™ve de Dieu, Point d'Histoire du Moyen √āge n¬į1
  35. ‚ÜĎ a et b St√©phane Pouyllau, La Paix et la Tr√™ve de Dieu
  36. ‚ÜĎ a, b et c Jean Flori, La Guerre sainte : la formation de l'id√©e de croisade dans l'Occident chr√©tien
  37. ‚ÜĎ Dominique Barth√©lemy, La mutation de l'an mil a-t-elle eu lieu?, Fayard, 1997.
  38. ‚ÜĎ Philippe Contamine, Marc Bompaire, St√©phane Lebecq, Jean-Luc Sarrazin, L'√Čconomie m√©di√©vale, Collection U, Armand Colin 2004, page 205
  39. ‚ÜĎ Dominique Barth√©l√©my, la chevalerie, Fayard 2007 p.159
  40. ‚ÜĎ a et b Dominique Barth√©l√©my, La Chevalerie, Fayard 2007 p.161
  41. ‚ÜĎ a et b Dominique Barth√©l√©my, la chevalerie, Fayard 2007 p.156
  42. ‚ÜĎ a, b, c, d et e Dominique Barth√©l√©my, La chevalerie, Fayard p. 158
  43. ‚ÜĎ Sylvain Gougenheim, Les fausses terreurs de l‚Äôan mil, Picard, 1999, p.
  44. ‚ÜĎ D. Barth√©lemy (1990), p. 60-61.
  45. ‚ÜĎ Dominique Barth√©l√©my, la chevalerie, Fayard 2007 p.254
  46. ‚ÜĎ a et b La tr√™ve de Dieu Encyclop√©die universelle
  47. ‚ÜĎ Dominique Barth√©l√©my, L'an mil et la paix de Dieu, Fayard p.501-504
  48. ‚ÜĎ Dominique Barth√©l√©my, la chevalerie, Fayard 2007 p.256
  49. ‚ÜĎ Miracles de Saint Ursmer, p.571
  50. ‚ÜĎ Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen √āge en Occident, Hachette 2003, p 175.
  51. ‚ÜĎ Jean Richard, L'Esprit de la croisade, Clio
  52. ‚ÜĎ Dominique Barth√©l√©my, la chevalerie, Fayard 2007 p.261
  53. ‚ÜĎ Dominique Barth√©l√©my, la chevalerie, Fayard 2007 p.260
  54. ‚ÜĎ Alain Demurger, L'origine des ordres religieux militaires, Clio.fr

Annexes

Bibliographie

  • Dominique Barth√©lemy, L'An mil et la paix de Dieu : la France chr√©tienne et f√©odale (980-1060), Fayard, 1999.
  • Dominique Barth√©lemy, La Mutation de l'an mil a-t-elle eu lieu? : servage et chevalerie dans la France des Xe et XIe si√®cles, Fayard, 1997.
  • Paul Bertrand, Bruno Dum√©zil, Xavier H√©lary, Sylvie Joye, Charles M√©riaux et Isabelle Ros√©, Pouvoirs, Eglise et soci√©t√© dans les royaumes de France, de Bourgogne et de Germanie aux Xe et XIe si√®cles (888-vers 1110), Paris, Ellipses, 2008 (ISBN 978-2-7298-3995-6) .
  • Monique Bourin, Michel Parisse, L'Europe de l'an mil, LGF, 1999.
  • Georges Duby, L'An mil, Gallimard, 1993.
  • Jean Flori, La Guerre sainte : la formation de l'id√©e de croisade dans l'Occident chr√©tien, Aubier, 2001.
  • Sylvain Gouguenheim, Les Fausses Terreurs de l'an mil : attente de la fin des temps ou approfondissement de la foi ?, Picard, 1999.
  • Pierre Rich√©, Les Grandeurs de l'an mil, Editions Christian de Bartillat 1999, (ISBN 2841001857)
  • Myriam Soria-Audebert et C√©cile Treffort, Pouvoirs, Eglise, soci√©t√© : conflits d'int√©r√™ts et convergence sacr√©e (IXe-XIe si√®cle), Paris, Presses Universitaires de Rennes, 2008 (ISBN 978-2-7535-0657-2) .
  • Thomas Head, Richard Landes ed., "The Peace of God. Social Violence and Religious Response in France around the Year 1000", Ithaca-New-York, Cornell University Press, 1992.

Articles connexes

Liens externes

  • Christian Lauranzon-Rosaz, ¬ę La Paix populaire dans les Montagnes d'Auvergne au Xe si√®cle ¬Ľ, dans Maisons de Dieu et Hommes d'Eglise. Floril√®ge en l'honneur de Pierre-Roger Gaussin, Saint-Etienne, C.E.R.C.O.R., oct. 1992, p. 289-333.. Version fran√ßaise de ¬ę Peace from the Mountains : The Auvergnat Origins of the Peace of God ¬Ľ, paru dans The Peace of God. Social Violence and Religious Response in France around the Year 1000, edited by Thomas Head and Richard Landes, Ithaca-New-York, Cornell University Press, 1992, p. 104-134. Version fran√ßaise pdf : http://hd.facdedroit-lyon.com/paix_pop.pdf
  • (en) Richard Landes, Pax Dei,Berkshire Encyclopedia of Millennial Movements, Site de l'universit√© de Boston

Document historique

Bon article
Cet article est reconnu comme ¬ę bon article ¬Ľ depuis sa version du 30 octobre 2007 (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complémentaire, consulter sa page de discussion et le vote l’ayant promu.



Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Paix de Dieu de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Paix de dieu ‚ÄĒ La Paix de Dieu est un mouvement spirituel et social des Xe et XIe si√®cles, organis√© par l √Čglise catholique et soutenu par le pouvoir civil. Son but est d obtenir une pacification du monde chr√©tien occidental et de ma√ģtriser l usage de la… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Paix de Dieu ‚ÄĒ ‚óŹ Paix de Dieu interdiction par l √Čglise de tout acte hostile contre les non combattants (clercs, agriculteurs, voyageurs, marchands, femmes) et contre leurs biens. (La paix de Dieu, √©tablie √† partir de la fin du Xe s., √©tait sanctionn√©e par des… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • paix ‚ÄĒ [ p…õ ] n. f. ‚ÄĘ fin Xe pais; lat. pax, pacis I ‚ô¶ 1 ‚ô¶ Rapports entre personnes qui ne sont pas en conflit, en querelle. ‚áí accord, concorde, entente. Avoir la paix chez soi. √ätre pour la paix des m√©nages. Faire la paix : se r√©concilier. ‚áí… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • paix ‚ÄĒ PAIX. s. f. Repos, estat d un peuple qui n est point en guerre. Paix generale. paix avantageuse, glorieuse, seure. paix mal asseur√©e, captieuse. paix universelle, longue, heureuse paix. bonne paix. meschante paix. paix ferme & stable, paix… ‚Ķ   Dictionnaire de l'Acad√©mie fran√ßaise

  • Paix divine ‚ÄĒ Paix La colombe tenant une branche d olivier est un symbole largement utilis√© pour la paix La paix (du latin pax) d√©signe habituellement un √©tat de calme ou de tranquillit√© comme une absence de perturbation, d agitation ou de conflit. Elle est… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Paix durable ‚ÄĒ Paix La colombe tenant une branche d olivier est un symbole largement utilis√© pour la paix La paix (du latin pax) d√©signe habituellement un √©tat de calme ou de tranquillit√© comme une absence de perturbation, d agitation ou de conflit. Elle est… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Paix mondiale ‚ÄĒ Paix La colombe tenant une branche d olivier est un symbole largement utilis√© pour la paix La paix (du latin pax) d√©signe habituellement un √©tat de calme ou de tranquillit√© comme une absence de perturbation, d agitation ou de conflit. Elle est… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Paix de l'Eglise ‚ÄĒ Paix de l √Čglise Cette page d‚Äôhomonymie r√©pertorie les diff√©rents sujets et articles partageant un m√™me nom. La Paix de l √Čglise peut d√©signer : Un mouvement social et spirituel des Xe et XIe si√®cles, organis√© par l √Čglise catholique et… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • paix ‚ÄĒ (p√™ ; l x se lie : une p√™ z inalt√©rable) s. f. 1¬į¬†¬†¬†Rapports r√©guliers, calmes, sans violence, d un √Čtat, d une nation avec un autre √Čtat, une autre nation. Nous e√Ľmes, sous ce r√®gne, deux longues paix. ‚Äʬ†¬†¬†C est en la paix que toutes choses… ‚Ķ   Dictionnaire de la Langue Fran√ßaise d'√Čmile Littr√©


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.