Otton III du Saint-Empire

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Otton III du Saint-Empire
Otton III du Saint-Empire
Enluminure de l'abbaye de Reichenau (√Čvang√©liaire d'Otton III, v. 1000, Bayerische Staatsbibliothek, Munich).
Enluminure de l'abbaye de Reichenau (√Čvang√©liaire d'Otton III, v. 1000, Bayerische Staatsbibliothek, Munich).

Pays Germanie
Titre Roi de Germanie
Autre titre Empereur du Saint-Empire romain germanique
Couronnement 983
Sacre 996
Successeur Henri II du Saint-Empire
Autres fonctions Duc de Saxe
Biographie
Dynastie Ottoniens
Naissance 980
Clèves
D√©c√®s 23 janvier 1002
Père Otton II du Saint-Empire
Mère Théophano

Otton III (ou Othon III) est né en juin ou juillet 980 dans la forêt royale de Kessel (Ketil), près de Clèves, et est mort le 23 ou 24 janvier 1002 à Paterno (Latium) sur le mont Soracte, en Italie. Prince de la lignée ottonienne, il est roi des Romains à partir de 983 et empereur germanique de 996 à 1002.

Apr√®s la mort de son p√®re Otton II survenue le 7 d√©cembre 983, il est couronn√© roi des Romains le 25 d√©cembre 983 √† Aix-la-Chapelle, √† l'√Ęge de trois ans. Le prince Henri le Querelleur l'enl√®ve alors et tente de se faire attribuer sa tutelle. Mais l'archev√™que de Mayence Willigis, soutenu par d'autres grands, condamne cette usurpation et impose la r√©gence de sa m√®re, la princesse byzantine Th√©ophano. Apr√®s le d√©c√®s de celle-ci, en 991, c'est Ad√©la√Įde, grand-m√®re de l'empereur, qui assure sa tutelle.

En 995, Otton est majeur et prend officiellement le pouvoir ; il r√™ve de fonder un empire universel qui r√©unirait d'abord tous les peuples chr√©tiens d'Occident. Il intervient dans les affaires de l'√Čglise et impose contre l'avis des cit√©s rebelles de la p√©ninsule italienne ses propres candidats au tr√īne papal. Il y fait ainsi placer son homme de confiance, par ailleurs son cousin, Brunon de Carinthie, premier pape d'origine germanique, sous le nom de Gr√©goire V. Couronn√© empereur par ce dernier le 21 mai 996, Otton installe sa cour √† Rome : sous son r√®gne, l'Italie redevient le si√®ge du gouvernement imp√©rial.

Avec l'aide de Gerbert d'Aurillac, l'√©col√Ętre de Reims qui fut son pr√©cepteur et qu'il fait √©lire pape en 999, Otton se rapproche de la Pologne et fait parvenir √† √Čtienne de Hongrie la premi√®re couronne royale de ce pays.

Dans un texte de janvier 1001, les rapports entre le pape Sylvestre II et l'empereur sont red√©finis. Otton III refuse de confirmer le Privilegium Ottonianum accord√© par Otton Ier en 962. L'empereur accorde au souverain pontife huit comt√©s de la Pentapole. Otton III se voit comme ¬ę Esclave des Ap√ītres ¬Ľ, le repr√©sentant direct de Pierre et le responsable de son patrimoine. Il souhaite gouverner la chr√©tient√© et se met sur le m√™me plan que le pape, avec lequel il veut pr√©sider les synodes[N 1]. Mais les deux hommes se trouvent bient√īt chass√©s de Rome par la population et la tentative d'unir le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel tourne court. Otton meurt en 1002, √† l'√Ęge de 22 ans, et son corps est ramen√© d'Italie en Germanie pour √™tre inhum√© √† Aix-la-Chapelle.

Sommaire

Contexte

L'Europe ottonienne

Pendant la seconde moiti√© du Xe si√®cle, les Ottoniens sont la dynastie la plus puissante d'Occident. Otton Ier, gr√Ęce √† une puissante client√®le, a pu mettre fin aux incursions des Magyars, en leur infligeant une s√©v√®re d√©faite √† la bataille du Lechfeld en 955. √Ä la suite de cette victoire face aux Hongrois, Otton Ier r√©tablit, au sud de la Germanie, les marches d'Ostmark (la future Autriche), dont les Babenberg vont devenir les margraves jusqu'au XIIIe si√®cle[1]. Otton Ier reconstitue aussi la marche de Carinthie, et appara√ģt ainsi comme le d√©fenseur de la chr√©tient√©[2]. La m√™me ann√©e, il bat les Slaves Abodrites en Mecklembourg[3].

Ces victoires lui permettent aussi de jouer un r√īle majeur sur le plan europ√©en. Il obtient l'all√©geance des rois de Bourgogne. Face aux Slaves, il conduit une v√©ritable politique d'expansion vers l'est. Il √©tablit des marches √† l'est de l'Elbe : marche des Billung, autour de l'√©v√™ch√© d'Oldenbourg, Nordmark (ancien nom du Brandebourg) et trois petites marches chez les Sorbes[4]. En 968, il fonde l'archev√™ch√© de Magdebourg, avec des √©v√™ques suffrageants √† Meissen, Mersebourg et Zeitz, dans le but de convertir les peuples slaves de l'Elbe. Mieszko Ier, premier souverain historique de la Pologne, lui rend hommage en 966[5]. En Germanie, Othon Ier rend la Boh√™me tributaire et vainc les ducs de Franconie et de Lotharingie.

Otton le Grand recevant la soumission de Bérenger II de Lombardie

Le pape Jean XII, menac√© par les projets expansionnistes du roi de Lombardie B√©renger II, doit demander la protection d'Otton Ier[6]. Celui-ci peut ainsi se faire couronner empereur et promulguer, le 13 f√©vrier 962, le Privilegium Ottonianum, qui accorde au souverain pontife les m√™mes privil√®ges que ceux que les Carolingiens avaient reconnus √† la papaut√©, √† savoir les donations faites par P√©pin le Bref et Charlemagne, mais oblige tout nouveau pape √† pr√™ter serment aupr√®s de l'empereur ou de son envoy√© avant de recevoir la cons√©cration pontificale. Tout en donnant des avantages au Saint-Si√®ge, le Privilegium Ottonianum place la papaut√© sous tutelle imp√©riale. Le pape ayant essay√© de s'opposer √† cette mainmise en s'alliant au fils de B√©ranger et aux Byzantins, Otton revient en Italie √† la t√™te de son arm√©e et le fait d√©poser le 4 d√©cembre 963. Jean XII est remplac√© par un la√Įc, qui prend le nom de L√©on VIII. Otton Ier fait √©galement jurer aux Romains ¬ę qu'ils n'√©liraient ni n'ordonneraient aucun pape en dehors du consentement du seigneur Otton ou de son fils. ¬Ľ[7] Les Ottoniens contr√īlent alors totalement l'√©lection du pape et la collaboration du pontife garantit l'autorit√© imp√©riale sur les √Čglises locales du Saint-Empire. Comme Charlemagne, Otton re√ßoit de Rome la mission de d√©fendre l'ordre et la paix de la chr√©tient√©.

Le nouvel empereur accro√ģt sa puissance sur la Francie occidentale en portant son attention sur l'ensemble des √©v√™ch√©s frontaliers (Reims, Verdun, Metz). L'archev√™que de Reims (qui assure le choix des rois de Francie) Adalb√©ron tend ainsi √† afficher ses sympathies imp√©riales[8].

√Ä la mort de leurs p√®res en 954 et 956, Lothaire, le nouveau roi des Francs, n'a que 13 ans et Hugues Capet, l‚Äôa√ģn√© des Robertiens, seulement 15. Otton Ier entend alors mettre sous tutelle la Francie, ce qui lui est possible puisqu'il est l'oncle maternel des deux adolescents. Le royaume de Francie, en 954, et la principaut√© robertienne, en 956, sont donc mis sous la tutelle de Brunon, archev√™que de Cologne et duc de Lotharingie, fr√®re d'Otton Ier. Son objectif est de maintenir l'√©quilibre entre les Robertiens, les Carolingiens et les Ottoniens[9]. La tutelle d'Hugues Capet est doubl√©e par celle de Lothaire. En 960, le roi des Francs consent √† rendre √† Hugues l'h√©ritage de son p√®re, avec le marquisat de Neustrie et le titre de duc des Francs. Mais, en contrepartie, le duc doit accepter la nouvelle ind√©pendance acquise par les comtes de Neustrie pendant la vacance du pouvoir[10]. Son fr√®re Otton n'obtient que le duch√© de Bourgogne[N 2]. Sous la tutelle de Brunon de Cologne, la Francie est de plus en plus satellis√©e par Aix-la-Chapelle. En 965, Lothaire fait ainsi p√Ęle figure au rassemblement des vassaux et parents d'Otton.

L'empire : puissance √©conomique

Avoir une client√®le suffisamment puissante pour contr√īler l'empire n√©cessite de grandes ressources financi√®res. Avec la g√©n√©ralisation du denier d'argent par les Carolingiens, une r√©volution √©conomique est en cours : les surplus agricoles deviennent commercialisables et on assiste, dans tout l'Occident, √† l'accroissement de la productivit√© et √† la multiplication des √©changes. En r√©unissant Italie et Germanie dans un m√™me empire, Otton Ier contr√īle les principales voies de commerce entre l'Europe du Nord et la M√©diterran√©e. Le trafic commercial avec Byzance et l'Orient transite en effet de la M√©diterran√©e vers l'Italie du Sud et surtout le bassin du P√ī et rejoint celui du Rhin via les voies romaines traversant les cols alpins. Cette voie est, √† l'√©poque, plus utilis√©e que la traditionnelle voie rhodanienne parce que l'Adriatique est plus s√Ľre que la M√©diterran√©e occidentale, o√Ļ s√©vissent les pirates sarrasins. Les Ottoniens ont su garder la main mise sur les p√©ages pr√©lev√©s sur ce trafic et d√©velopper les march√©s n√©cessaires √† son augmentation. Ainsi, contrairement √† ce qui se passe en Francie, ils gardent le monopole de la frappe mon√©taire et font ouvrir des mines d'argent pr√®s de Goslar[11]. Or, la cr√©ation d'un atelier mon√©taire dans une ville ou une abbaye entra√ģne la cr√©ation d'un march√© o√Ļ peut √™tre pr√©lev√© le tonlieu[11]. Cette puissance commerciale leur permet d'acheter la client√®le qui est la base de leur pouvoir, mais aussi d'√©tendre leur influence √† la periph√©rie de l'Empire : les marchands italiens ou anglais ont besoin de leur soutien, les Slaves adoptent le denier d'argent[12]...

L'√Čglise, clef de vo√Ľte de l'administration ottonienne

Sous les Carolingiens, la mise en place progressive de l'h√©r√©dit√© des charges avait fortement contribu√© √† l'affaiblissement de leur autorit√©. Pour √©viter une pareille d√©rive, les Ottoniens s'appuient sur l'√Čglise germanique qu'ils comblent de bienfaits mais qu'ils assujettissent.

Les √©v√™ques et les abb√©s constituent l'armature de l'administration ottonienne. L'empereur s'assure la nomination de tous les membres du Haut clerg√© de l'Empire. Une fois d√©sign√©s, ils re√ßoivent du souverain l'investiture symbolis√©e par les insignes de leur fonction, la crosse et l'anneau. En plus de leur mission spirituelle, ils doivent remplir des t√Ęches temporelles que leur d√©l√®gue l'empereur. L'autorit√© imp√©riale se trouve ainsi relay√©e par des hommes comp√©tents et d√©vou√©s[13]. Cette √Čglise d'Empire ou Reichskirche, assure la solidit√© d'un √Čtat pauvre en ressources propres. Elle permet de contrebalancer le pouvoir des grands f√©odaux (ducs de Bavi√®re, Souabe, Franconie, Lotharingie). L'√©v√™ch√© d'Utrecht constitue, jusqu'aux environs de 1100, l'entit√© la plus puissante des Pays-Bas du Nord, comme ceux de Li√®ge et Cambrai pour les Pays-Bas du Sud[14]. Le pouvoir imp√©rial choisit ses hauts dignitaires de pr√©f√©rence dans sa parent√®le, proche ou √©largie. Celle-ci b√©n√©ficie des plus hautes charges √©piscopales ou monastiques. Le meilleur exemple en est le propre fr√®re d'Otton, Brunon de Cologne, archev√™que de Cologne, qui impose la r√®gle de l'abbaye de Gorze √† tous les monast√®res de son dioc√®se[15]. On peut citer aussi Thierry Ier, cousin germain d'Otton, √©v√™que de Metz de 965 √† 984 ; un parent proche d'Otton, le margrave de Saxe Gero, qui fonde l'abbaye de Gernrode vers 960-961, en Saxe ; Gerberge, ni√®ce de l'empereur, abbesse de Notre-Dame de Gandersheim.

L‚Äôempire en l'an mil.     Royaume de Germanie      Royaume d'Italie      √Čtats pontificaux      Royaume de Bourgogne (ind√©pendant) Les marches sont figur√©es en hachur√©

La puissance des grands féodaux

L'empire ottonien est cependant relativement d√©centralis√© et, contrairement aux √©v√™ques dont la charge est remise entre les mains de l'empereur apr√®s leur mort, les grands f√©odaux jouissent d'une transmission h√©r√©ditaire de leurs possessions. D√®s lors, le souverain n'a que peu de contr√īle sur eux et de grandes familles aristocratiques soutenues par de fortes client√®les sont en mesure de contester son pouvoir.

Otton II doit ainsi faire face aux velléités du puissant duc de Bavière, son cousin Henri le Querelleur[16]. En effet, les ducs de Bavière disposent des évêchés du sud de la Germanie qu'ils attribuent à des membres de leur famille. La Bavière impose sa suzeraineté à une grande partie de l'Autriche actuelle et au sud, jusqu'à la mer Adriatique et au lac de Garde. Allié à Boleslav II de Bohême, à Mieszko Ier de Pologne, aux Danois et à des minorités slaves, Henri est en mesure de menacer le jeune Otton II qui doit le vaincre militairement, ainsi que ses alliés, pour prendre effectivement le pouvoir. Ce danger ressurgit à chaque affaiblissement du pouvoir impérial. C'est le premier défi auquel sont confrontés Otton III et sa mère, la régente Théophano, à la mort d'Otton II.

Des frontières menacées

Durant tout son r√®gne, Otton II doit lutter √† ses fronti√®res. √Ä l'ouest, les Carolingiens veulent r√©cup√©rer leur berceau familial qui pourrait leur permettre de revendiquer la couronne imp√©riale : la Lotharingie. Au nord, les Danois ou, √† l'est, les Slaves s'allient √† ses ennemis. Au sud, il doit lutter contre les Byzantins et les sarrasins pour le contr√īle du sud de la p√©ninsule. C'est donc d'un empire plus fragile qu'il n'y para√ģt qu'h√©rite Otton III en 983[16].

Biographie

Période de régence

Des débuts difficiles

La Couronne d'Otton III, probablement ceinte lors du couronnement à Aix-la-Chapelle, est conservée depuis des siècles dans le trésor de la cathédrale d'Essen.

Otton III n'a que deux ans en juillet 982, quand l'arm√©e imp√©riale est an√©antie en Calabre par les Sarrasins √† la bataille du cap Colonne. Son p√®re Otton II est alors en grande difficult√© et doit demander des renforts en Germanie. Il est courant, √† l'√©poque, de faire sacrer son successeur de son vivant surtout quand le souverain est √† la t√™te de l'arm√©e pour que le pays ne subisse pas de remous politique en cas de d√©c√®s sur le champ de bataille : Otton II est ainsi associ√© √† la couronne par son p√®re Otton Ier d√®s 967 ; de m√™me Hugues Capet fait couronner Robert le Pieux d√®s le d√©but de son r√®gne car il doit pr√™ter secours √† son vassal Borrell II dont le comt√© de Barcelone est menac√© par les Sarrasins[17].

Otton III est donc √©lu roi des Romains par les grands de Germanie et d‚ÄôItalie d√®s l'√Ęge de trois ans, du vivant de son p√®re, lors d'un ban royal √† V√©rone en mai 983. Les sources ne nous disent pas pourquoi il a fallu, √† ce moment pr√©cis, assurer la succession au tr√īne du fils mineur du souverain, mais il est possible que la d√©faite du cap Colonne ait fragilis√© la position de l'empereur vis-√†-vis de ses vassaux et qu'il ait voulu conforter la succession dynastique dont le principe n'est nullement garanti par le syst√®me √©lectif utilis√© dans le Saint-Empire. Apr√®s avoir pris cong√© des princes √©lecteurs du ban, Otton III traverse les Alpes pour √™tre couronn√© √† Aix-la-Chapelle, ville traditionnelle du sacre des Ottoniens. Lorsque l'enfant est couronn√© roi √† Aix-la-Chapelle √† la No√ęl de l'an 983 par l'archev√™que de Mayence Willigis et par Jean de Ravenne, son p√®re Otton II est d√©j√† mort depuis trois semaines. Ce n'est qu'apr√®s les f√™tes de couronnement que la cour apprend la mort du souverain, ce qui ¬ę met un terme aux r√©jouissances[18] ¬Ľ.

L'an√©antissement de l'arm√©e imp√©riale √† la bataille du cap Colonne a aussi des cons√©quences graves √† la p√©riph√©rie. Les Slaves, qui supportent mal leur christianisation forc√©e, y voient l'occasion de se soulever[19]. Ils d√©truisent les √©v√™ch√©s de Brandebourg et Havelberg et menacent Magdebourg. Apprenant que le nouveau roi n'est qu'un enfant, ils redoublent leurs incursions : les √©v√™ch√©s de Schlesvig et d'Oldenbourg sont an√©antis √† leur tour[19]. En liaison avec les Danois, les Sorabes atteignent Hambourg. Les premiers succ√®s des missionnaires chr√©tiens √† l'est de l'Elbe sont effac√©s par le soul√®vement des Slaves[20]. La seule pr√©sence germanique subsistant √† l'est du fleuve est le poste avanc√© de Meissen[19]. La mort d'Otton II provoque de nombreux soul√®vements contre les repr√©sentants du pouvoir royal en Italie.

Cette situation pr√©caire incite de nombreux √©v√™ques √† prendre leurs distances vis-√†-vis de l'enfant roi[19] alors qu'ils forment la colonne vert√©brale du pouvoir ottonien : nomm√©s par l'empereur qui r√©cup√®re leur charge √† leur mort, ils constituent normalement une client√®le fid√®le qui garantit la puissance de l'empereur vis-√†-vis de ses grands vassaux.

La guerre de succession

En tant que chef de la maison de Bavi√®re, Henri le Querelleur est le plus proche parent d'Otton. Il est emprisonn√© √† Utrecht √† la suite d'une r√©bellion arm√©e. L'√©v√™que Folcmar lui rend sa libert√© d√®s qu'est connue la mort d'Otton II. L'archev√™que de Cologne, s'appuyant sur leur lien de parent√© (jus propinquitatis), lui remet imm√©diatement le jeune roi. Cela n'est pas surprenant, car outre la m√®re d'Otton, Th√©ophano, sa grand-m√®re Ad√©la√Įde de Bourgogne et sa tante Mathilde de Quedlinbourg sont alors en Italie.

G√©n√©alogie des Robertiens entre les VIe et Xe si√®cles.

Les men√©es du Querelleur visent moins √† accaparer la r√©gence qu'√† s'assurer un v√©ritable partage du pouvoir avec l'enfant √† la t√™te du royaume. Pour Lothaire, roi des Francs carolingiens, le contr√īle de la Lotharingie - berceau des Pippinides- lui permettrait de revendiquer l'empire. N'ayant pu assurer la tutelle imp√©riale, Lothaire renonce au rapprochement qu'il a n√©goci√© vis-√†-vis des Ottoniens pour neutraliser son rival Hugues Capet, et d√©cide de reprendre l'offensive contre la Lotharingie en janvier 985 √† la t√™te d'une arm√©e de 10 000 hommes. Il prend Verdun en mars et fait prisonnier le comte Godefroy Ier de Verdun (fr√®re d'Adalb√©ron de Reims), Fr√©d√©ric (fils de Godefroy Ier), Sigefroid de Luxembourg (oncle de Godefroy) et Thierry Ier de Lorraine (neveu de Hugues Capet)[21].

Hugues Capet se garde bien de faire partie de l'exp√©dition[22]. Henri organise sans retard une rencontre √† Brisach avec Lothaire, parent du jeune Otton III au m√™me degr√© que lui[N 3]. Mais Henri, redoutant ce face-√†-face avec son rival pour la couronne imp√©riale, quitte pr√©cipitamment Cologne, o√Ļ il a enlev√© le jeune Otton, et part en Saxe via Corvey[23]. L√†, il invite tous les grands de l'empire √† f√™ter les Rameaux √† Magdebourg. Sa proposition ouverte √† proclamer son av√®nement re√ßoit un accueil mitig√© chez ses convives. Il trouve toutefois suffisamment de partisans pour gagner Quedlinbourg et pour f√™ter P√Ęques avec une suite de fid√®les dans la grande tradition des Ottoniens. Henri s'efforce par des tractations avec les princes pr√©sents d'obtenir son √©l√©vation √† la royaut√© et parvient √† ce que plusieurs lui ¬ę pr√™tent serment d'honneur et d'aide comme leur roi et suzerain ¬Ľ[24]. Parmi ses partisans, il faut citer Mieszko Ier de Pologne, Boleslav II de Boh√™me et le prince slave Mistivo√Į.

Pour barrer la route d'Henri vers le tr√īne, ses opposants quittent Quedlinbourg et, r√©unis au ch√Ęteau d'Asselburg, forment une conjuration. Lorsqu'il a vent de cette conjuration, Henri m√®ne ses troupes √† Werla, non loin de ses ennemis, pour les intimider ou tenter de les raisonner. Il d√©p√™che vers eux l'√©v√™que Folcmar d'Utrecht pour n√©gocier. Mais lors des pourparlers, il appara√ģt clairement que ses adversaires ne sont pas pr√™ts √† lui pr√™ter ¬ę serment en tant que leur roi[25] ¬Ľ. Il n'obtient que la promesse de reprise des pourparlers ult√©rieurement √† Seesen. Sur ces entrefaites, Henri gagne la Bavi√®re, o√Ļ il obtient la reconnaissance de tous les √©v√™ques et de quelques comtes. Apr√®s son demi-√©chec en Saxe et l'appui de la Bavi√®re, tout d√©pend √† pr√©sent de la position des princes francs, qui ne veulent √† aucun prix revenir sur le sacre d'Otton III. Redoutant l'issue d'un √©ventuel conflit, Henri renonce au tr√īne et remet l'enfant roi √† sa m√®re et √† sa grand-m√®re le 29 juin 984 √† Rohr (Thuringe).

La r√©gence des imp√©ratrices (985‚Äď994)

Henri le Querelleur sur un frontispice franc, (miniature tir√©e de la r√®gle de Niederm√ľnster, vers 985).

L'imp√©ratrice Ad√©la√Įde, qui a une cinquantaine d'ann√©es, a la carrure politique pour pr√©tendre √† la r√©gence car elle a √©t√© associ√©e √† la gestion de l'Empire (consors imperii) pendant le r√®gne de son mari Otton Ier, comme en t√©moignent une bonne partie des actes √©mis par la chancellerie. Mais Th√©ophano s'impose de par son exceptionnelle personnalit√© et Ad√©la√Įde se contente d'une d√©l√©gation de pouvoir en Italie[26] : de 985 √† sa mort en 991, la m√®re d'Otton III donc exerce pleinement le pouvoir.

Th√©ophano s'√©tablit au nord des Alpes[26]. Elle s'efforce de r√©tablir l'√©v√™ch√© de Mersebourg, que son mari Otton II a dissout en 981. Elle r√©organise la chapelle royale d'Otton II et en confie la direction √† l'√©v√™que chancelier Hildebold de Worms et √† l'archev√™que Willigis de Mayence. Par leur loyalisme, ces deux pr√©lats parviennent √† s'assurer le r√īle de premiers conseillers de l'imp√©ratrice.

En 986, Otton III, alors √Ęg√© de six ans, fait organiser les festivit√©s de P√Ęques √† Quedlinbourg. Le service du roi est confi√© √† quatre ducs : Henri le Querelleur en tant qu'√©cuyer tranchant, Conrad de Souabe en tant que chambellan, Henri de Carinthie le Jeune en tant qu'√©chanson et Bernard de Saxe en tant que mar√©chal[27]. On a d√©j√† mis en sc√®ne ce service des ducs lors des sacres d'Otton le Grand en 936 et d'Otton II en 961 : les grands manifestant ainsi leur loyaut√© envers le jeune roi. En particulier, Henri le Querelleur t√Ęche de faire oublier sa tentative d'usurpation manqu√©e deux ans plus t√īt et montre sa soumission √† la dignit√© royale.

Au cours de la r√©gence de Th√©ophano √©clate la querelle de Gandersheim, opposant l'√©v√™ch√© d'Hildesheim √† l'archev√™ch√© de Mayence pour l'administration de l'abbaye. La querelle √©clate lorsque Sophie, la propre sŇďur du roi, refuse de recevoir l'habit de moniale des mains du p√®re sup√©rieur d'Hildesheim, l'√©v√™que Osdag, lui pr√©f√©rant l'archev√™que de Mayence Willigis. La menace d'un scandale en pr√©sence du roi Otton III et de la r√©gente peut √™tre √©vit√©e par un compromis : les deux √©v√™ques doivent remettre l'habit √† la princesse, tandis que les autres moniales d'Osdag prennent seules l'habit[28].

Si les marches orientales du royaume sont calmes tout le temps que dure l'affrontement avec Henri le Querelleur pour la succession au tr√īne, le soul√®vement des Slaves n'en repr√©sente pas moins un √©chec pour la politique d'√©vang√©lisation. Par la suite, des arm√©es saxonnes partent en campagne contre les Slaves de l'Elbe en 985, 986 et 987; Otton, √† six ans, s'associe √† la seconde de ces campagnes[26]. Le duc de Pologne Mieszko appuie √† plusieurs reprises les Saxons par la mobilisation d'une arm√©e importante et pr√™te serment √† Otton lors de cette campagne, lui offrant en cadeau un chameau[27].

L'impératrice Théophano

√Ä l‚Äôouest, la mort de Lothaire en mars 986 met fin √† ses pr√©tentions sur la Lotharingie (berceau des Carolingiens et dont la possession permet de revendiquer l'Empire)[29]. Son fils et successeur, Louis V, a √† peine le temps de prendre le pouvoir et de consentir √† faire la paix lorsqu'il meurt d'un accident de chasse en for√™t de Senlis, fin mai 987[30]. L'archev√™que de Reims, fervent soutien des Ottonniens, fait √©lire Hugues Capet contre le pr√©tendant l√©gitime Charles de Basse-Lotharingie, fr√®re du d√©funt[31]. L‚Äôarriv√©e des Cap√©tiens sur le tr√īne de France instaure une nouvelle dynastie et les Carolingiens, √©vinc√©s du pouvoir, ne sont plus un danger pour l'Empire ni pour la Lotharingie. √Ä l'est, les relations avec la Boh√™me sont consolid√©es sans que la Pologne n'en prenne ombrage[26]. Les dangers ext√©rieurs neutralis√©s, Otton, qui n'a rien √† craindre des princes germaniques, peut se laisser aller au r√™ve qu'a d√Ľ entretenir sa m√®re, de porter la couronne d'un Empire d'Occident r√©unifi√©.

En 989, Th√©ophano prend le chemin de Rome sans son fils pour prier pour le salut de l'√Ęme de son √©poux Otton II le jour anniversaire de sa mort. Parvenue √† Pavie, elle confie les r√™nes du pouvoir √† son homme de confiance, Jean Philagathos, qu'elle a fait archev√™que de Plaisance. Th√©ophane meurt √† Nim√®gue le 15 juin 991, un an apr√®s son retour d'Italie, avec Otton III √† son chevet. Elle est inhum√©e dans la crypte de la basilique Saint-Pantal√©on de Cologne. On ignore quels sont les derniers conseils de Th√©ophano au jeune roi. La basilique que Th√©ophano voulait √©riger √† la m√©moire de son √©poux Otton II, et dont elle avait confi√© la direction √† sa ni√®ce, l'abbesse Mathilde d'Essen[32], fille du duc Ludolphe de Souabe, n'est commenc√©e par Otton III qu'en 999, √† l'occasion de la translation des reliques de saint Marsus[33]. Le roi, quant √† lui, ne fait pas d'efforts comparables pour le salut de sa m√®re. Il la qualifie dans ses actes de ¬ę m√®re bien-aim√©e ¬Ľ, et fait de riches dons au dioc√®se de Cologne.

Lors des derni√®res ann√©es de minorit√© d'Otton, sa grand-m√®re Ad√©la√Įde assume la r√©gence, largement second√©e par l'abbesse Mathilde de Quedlinbourg, sa tante paternelle, et l'archev√™que Willigis de Mayence. C'est sous sa r√©gence que le monnayage du royaume atteint son apog√©e[34]. Par contre, alors que Th√©ophano voulait de toute force r√©tablir le dioc√®se de Mersebourg, Ad√©la√Įde n'y tient pas. Otton, rompu au m√©tier des armes, dirige la reconqu√™te du Brandebourg[35]. √Ä quatorze ans, il est pr√™t pour prendre en main les r√™nes du pouvoir.

L'éducation d'Otton

Otton III re√ßoit une instruction solide : ses ma√ģtres sont Hoico, un comte saxon charg√© de lui enseigner l'art de la guerre et les rites et usages de la - future - ¬ę chevalerie ¬Ľ, Willigis qui reste l'un de ses principaux conseillers, un clerc saxon Bernard d'Hildesheim (de 987 √† 993) et l'√©v√™que calabrais Jean Philagathos, le futur antipape, qui lui enseigne quelques rudiments de grec[26].

En 996, arriv√© √† l‚Äôadolescence et alors qu‚Äôil r√®gne d√©j√†, il se sent insuffisamment instruit. Il demande √† Gerbert d'Aurillac, alors archev√™que de Reims, consid√©r√© comme le plus grand esprit de son temps, de venir compl√©ter son instruction[36]. Ce dernier est en position d√©licate vis-√†-vis du Saint-Si√®ge car il a pris la t√™te de l'√©piscopat de Francie occidentale dans le conflit qui oppose Hugues Capet (dont Gerbert est secr√©taire) √† Arnoul qui a le soutien du pape[N 4]. Gerbert est alors sous la menace d'une excommunication ainsi que les √©v√™ques ayant si√©g√© au concile de Sainte-Basle de Verzy. Cette excommunication collective ouvre la voie √† un schisme entre l'√Čglise des Gaules et celle de Rome. Le roi, Robert le Pieux, cherche √† m√©nager le pape car il s'est mari√© avec sa cousine sans l'approbation du Saint-Si√®ge, et l√Ęche Gerbert qui fut son pr√©cepteur et dont il est tr√®s proche. Gerbert pr√©f√®re abandonner et r√©pond favorablement √† la demande du jeune empereur, cette solution lui permet d'√©chapper √† l'excommunication et √©vite le schisme.

Pr√©cepteur de l'empereur, il l‚Äôinitie √† l‚Äôarithm√©tique, √† la musique et √† la philosophie[36]. Devenu son conseiller, il souhaite voir appliquer les principes de la philosophie √† la vie politique : car l'usage de la raison enseigne la mod√©ration et la ma√ģtrise des passions. Il r√©dige pour l'empereur un trait√© de logique sur Le Raisonnable et l'Usage de la raison qui s‚Äôouvre sur un programme de r√©novation de l'empire romain, consid√©rant que l'empereur, mi-grec par sa m√®re, est √† m√™me de reconstruire un empire universel[37].

Le début du règne

En 994, Otton III a quatorze ans ce qui, pour les canons de l'√©poque, signifie qu'il est adulte : au haut Moyen √āge, un acte rituel, l'adoubement, sanctionne normalement ce passage. Mais dans le cas d'Otton, l'adoubement aurait signifi√© la fin de la r√©gence et le d√©but du r√®gne personnel, ce dont les sources ne font pas √©tat. Un dipl√īme du 6 juillet 994[38], par lequel Otton offre √† sa sŇďur Sophie le fief d'Eschwege, est parfois consid√©r√© comme le premier acte personnel du r√®gne du roi[39]. Quoi qu'il en soit, Otton fait un grand nombre de donations alors qu'il est encore mineur.

Otton prend ses premiers d√©crets et nomme, contre l'usage, un Germain √† la t√™te des affaires italiennes de la chancellerie : son homme de confiance, l'archev√™que H√©ribert de Cologne. La m√™me ann√©e, √† Ratisbonne, Otton conf√®re la mitre d'√©v√™que √† son chapelain Gebhard, au lieu du pr√©lat Tagino, √©lu par le chapitre de Ratisbonne.

Au cours de l'√©t√© 995, il convoque le ban √† Quedlinbourg et, avec l'aide de contingents de Boh√™me et de Pologne, se lance au cours de l'hiver 994-995 puis √† nouveau au printemps 995 dans une campagne militaire plus au nord contre les slaves rebelles de l'Elbe, exp√©ditions qui, depuis le soul√®vement de 983, reprenaient presque chaque ann√©e[40]. √Ä son retour, il √©largit consid√©rablement le dioc√®se de Meissen et multiplie ainsi les b√©n√©fices de la d√ģme. Au mois de septembre 995, on d√©p√™che l'archev√™que Jean Philagathos et l'√©v√™que Bernard de Wurtzbourg √† Byzance pour demander la main d'une princesse de la part d'Otton III[N 5]. Les n√©gociations avec Byzance n'aboutissent que peu de temps avant la mort d'Otton ; on ignore le nom de la princesse qui lui √©tait promise.

L'empereur Otton III

Le couronnement impérial et la première campagne d'Italie

Couronnement d'Otton III (Apocalypse de Bamberg, XIe siècle).

Otton III se rend en Italie afin de se faire couronner, mais aussi pour répondre à l'appel à l'aide du pape Jean XV, agressé et chassé de Rome par le préfet Crescentius et ses partisans. Otton quitte Ratisbonne et se met en marche pour Rome en mars 996.

√Ä V√©rone, il accepte de devenir le parrain d'un fils du doge Pietro II Orseolo inaugurant ainsi les relations traditionnellement cordiales entre les Ottoniens et Venise. √Ä Pavie, Otton re√ßoit une d√©l√©gation romaine qui lui confie le choix du successeur du d√©funt pape Jean XV. Il n'est encore qu'√† Ravenne lorsqu'il nomme comme souverain pontife son parent et chapelain priv√© Brun de Carinthie, et le fait accompagner par l'archev√™que de Mayence Willigis et l'√©v√™que Hildebold jusqu'√† Rome, o√Ļ il est le premier pape d'origine germanique √† recevoir la tiare pontificale[41].

Le lendemain de son arrivée à Rome, Otton est joyeusement acclamé par le Sénat et la noblesse. Le 21 mai 996, jour de l'Ascension, il est couronné empereur des Romains par le pape qu'il a nommé[42].

Avec la nomination du pape lui-m√™me, Otton III est all√© au-del√† des esp√©rances de son grand-p√®re Otton Ier, dans la mesure o√Ļ il ne se contente plus d'agr√©er l'issue d'un vote mais impose son propre candidat √† la Curie romaine. Mais, du fait de cette nomination discr√©tionnaire, le pape n'a plus de partisans d√©clar√©s √† Rome et d√©pend d'autant plus de l'appui de l'empereur. D√©j√†, sous le r√®gne d'Otton Ier, ces circonstances avaient oppos√© les papes fid√®les √† l'empereur et les candidats de la noblesse romaine. L'influente dynastie patricienne des Crescentii devait ainsi son autorit√© √† la cession des droits pontificaux et des b√©n√©fices tir√©s de la province de Sabine aux premiers papes italiens.

Au milieu de l'agitation des cérémonies du couronnement, on décide de convoquer un synode, au cours duquel la coopération étroite entre l'empereur et le pape se manifeste par la coprésidence du synode et la double signature des décrets. Ce synode met aussi Otton en relation avec deux personnalités hors du commun, qui vont fortement influencer le reste de sa vie. Gerbert d'Aurillac, archevêque de Reims, proche de l'empereur qui rédige plusieurs lettres en son nom, et Adalbert de Prague, un représentant du courant ascétique et érémitique qui fait de plus en plus d'adeptes à l'approche de l'an mil.

Gerbert d'Aurillac, en d√©licatesse avec l'ancien pape Jean XV, trouve l√† l'occasion d'obtenir le soutien imp√©rial. La situation est tr√®s tendue entre la papaut√© et l'√©glise de France car Gerbert a √©t√© nomm√© √©v√™que de Reims gr√Ęce √† Hugues Capet sans l'approbation papale, on est ainsi proche du schisme entre la papaut√© et l'√©glise. Pris de court, le nouveau pape √©vite de trancher lors du synode mais, influenc√© par sa chancellerie, il d√©cide de rester ferme vis-√†-vis de Gerbert[43]. Lorsque Hugues Capet meurt le 24 octobre 996, Robert le Pieux √©pouse sa cousine Berthe de Bourgogne alors que cette union consanguine a √©t√© interdite par le pape[r√©f. n√©cessaire]. C'est l'occasion d'obtenir du nouveau roi de France qu'il arr√™te de soutenir Gerbert.

Grégoire V est le premier pape d'origine étrangère et non désigné parmi l'aristocratie romaine. Les Romains et, en particulier, les Crescentii vivent d'autant plus mal cet empiètement sur leurs prérogatives que le nouveau pape est particulièrement peu diplomate[44]. Rapidement, il s'aliène la noblesse romaine.

Dans les derniers jours du mois de septembre 996, quelques mois seulement apr√®s avoir sur l'intercession du pape Gr√©goire V √©t√© graci√© par Otton III, qui se pr√©vaut de la clementia des c√©sars, un concept-clef de l'exercice du pouvoir chez les Ottoniens, Crescentius entreprend de faire chasser Gr√©goire V de Rome. Crescentius complote avec l'archev√™que de Plaisance et ancien conseiller de Th√©ophane, Jean Philagathos, pour faire √©lire un antipape. Mais Otton III, plut√īt que d'intervenir imm√©diatement, donne la priorit√© √† la sauvegarde des fronti√®res saxonnes. Il regagne la Germanie. De d√©cembre 996 √† avril 997, il s√©journe en Rh√©nanie, notamment √† Aix-la-Chapelle. Mais, on ne conna√ģt pas le d√©tail de cette partie de son r√®gne, comme la tenue de bans. Il lance, √† l'√©t√© 997, une nouvelle campagne contre les Slaves de l'Elbe. Une fois couronn√© empereur, Otton III

Le synode se r√©unit √† Pavie, o√Ļ Gr√©goire V s'est r√©fugi√© apr√®s avoir √©t√© chass√© de Rome par Crescentius. Il y est d√©cid√© que Robert le Pieux et sa femme doivent venir s'expliquer et √™tre √©ventuellement excommuni√©s. Ce synode condamne aussi les √©v√™ques du concile de Saint-Basle qui ont destitu√© Arnoul[45]. S'il est vrai que l'empereur se d√©fie d'abord de Gerbert d'Aurillac, il demande, quelques mois plus tard, √† l'archev√™que de Reims d'entrer √† son service : il s'agit d'aider Otton III √† se d√©pouiller de sa grossi√®ret√© (rusticitas) saxonne, et de le faire acc√©der √† la finesse (subtilitas) grecque[46].

La seconde campagne d'Italie

Péninsule italienne en l'an mil

Ce n'est qu'en d√©cembre 997 qu'il retourne en Italie. On ignore l'effectif exact de son arm√©e, mais il est accompagn√© des princes et pr√©lats de tout l'Empire, √† l'exception de sa ¬ę tr√®s ch√®re sŇďur[47] ¬Ľ (dilectissima soror) Sophie , qui l'a accompagn√© lors de son sacre √† Rome, et qui r√©side aupr√®s de lui √† Aix-la-Chapelle. Il n'est plus jamais question d√©sormais de sa pr√©sence √† la cour.

Lorsqu'Otton III p√©n√®tre en Italie en f√©vrier 998, les Romains adoptent une attitude conciliante et le laissent marcher sur Rome sans combattre. Entretemps, le pr√©fet Crescentius Ier Nomentanus se barricade dans le ch√Ęteau Saint-Ange. L'antipape Jean XVI s'enfuit de Rome et se r√©fugie dans un donjon, mais il est captur√© par un d√©tachement de l'arm√©e imp√©riale. Gr√©goire V est sans piti√© pour celui qui a usurp√© sa fonction : il lui fait crever les yeux, couper le nez et arracher la langue. Otton III ne fait rien pour sauver ou adoucir la peine de celui qui fut son pr√©cepteur et cela malgr√© l'intercession de l'ermite Nil de Rossano, qui vient implorer la gr√Ęce papale puis imp√©riale[48]. Ramen√© √† Rome, Jean Philagathos est jug√© par un synode et tra√ģn√© dans les rues de la ville juch√© sur un √Ęne pour que chacun sache ce qu'il en co√Ľte de remettre en cause la nomination du pape par l'empereur[44].

Le comportement cruel de l'empereur et du pape est cependant contreproductif : ils sont critiqu√©s d√®s cette √©poque, ce qui nuit fortement √† leur cr√©dit. C'est ainsi que le vieil abb√© Nil de Rossano part pour Rome d√®s qu'il apprend la mutilation de l'antipape, pour l'h√©berger dans son monast√®re. Mais Gr√©goire V et Otton III repoussent cette requ√™te. Nil aurait alors appel√© l'√©ternelle punition divine sur l'empereur en quittant Rome[49] :

¬ę Si vous, n'avez pas eu piti√© de celui qui a √©t√© livr√© entre vos mains, le p√®re c√©leste ne vous remettra pas davantage vos p√©ch√©s ¬Ľ

‚ÄĒ Nil de Rossano √† l'envoy√© de l'empereur (Probablement Gerbert d'Aurillac).

De la m√™me mani√®re, lorsque, apr√®s un si√®ge acharn√©, l'arm√©e imp√©riale parvient √† se saisir de Crescentius (au retour d'une entrevue avec l'empereur), le rebelle est d√©capit√©[50]. Son cadavre est d'abord pendu aux cr√©neaux du ch√Ęteau Saint-Ange, puis finalement, avec les corps de douze de ses comparses, suspendu par les pieds sur le Monte Mario, o√Ļ il est expos√© aux outrages du public[51].

La volont√© d'Otton III d'imposer un nouvel empire romain en d√©pit des vell√©it√©s d'ind√©pendance romaines ne fait aucun doute : il se fait construire un palais sur le Mont Palatin, o√Ļ les empereurs romains r√©sidaient autrefois, et organise sa cour √† la fa√ßon byzantine[50]. Sur un d√©cret imp√©rial d'Otton III, dat√© du 28 avril 998 et concernant l'abbaye d'Einsiedeln, dont la date co√Įncide avec l'ex√©cution de Crescentius, appara√ģt pour la premi√®re fois un sceau portant la devise Renovatio imperii Romanorum (Restauration de l'Empire romain)[52]. Cette nouvelle devise figure ensuite syst√©matiquement sur les d√©crets imp√©riaux jusqu'au retour d'Otton III de Gniezno, avant d'√™tre remplac√©e, √† partir de janvier 1001, par la formule Aurea Roma (Rome d'or, rayonnante Rome). Soucieux d'apaiser la noblesse romaine, il gratifie l'aristocratie locale de charges au palais[50]. Cependant, celle-ci n'oublie pas les terribles ch√Ętiments qu'ont subi Jean XVI et Crescentius.

Le s√©jour d'Italie (997‚Äď999)

Otton III asseoit l'autorit√© imp√©riale et tente, avec le soutien du pape, de mener √† bien la r√©forme de l'√Čglise, affaiblissant ainsi l'aristocratie, prompte √† user de simonie. Il d√©livre des dipl√īmes aux √©v√™ch√©s et aux abbayes et oblige l'aristocratie la√Įque √† restituer les biens de l'√Čglise dont elle s'√©tait empar√©e[53]. La lutte contre un parent de Crescentius, un comte de Sabine du nom de Beno√ģt, s'inscrit dans ce cadre : ils le contraignent par la force √† rendre les biens confisqu√©s au monast√®re de Farfa.

Dans la droite ligne de ses prédécesseurs, Otton attribue les évêchés à des hommes de confiance. Les charges épiscopales, contrairement aux charges comtales, sont restituées à l'empereur au décès de l'évêque, ce qui permet d'éviter l'affaiblissement du patrimoine impérial et donc de conserver de l'autorité sur sa clientèle.

Lorsque meurt l'√©v√™que Hildiward d'Halberstadt, nagu√®re un des instigateurs de la dissolution de l'√©v√™ch√© de Mersebourg en novembre 996, Otton III et Gr√©goire V s'attaquent √† la reconstitution de ce dioc√®se et justifiant cela par une motion qu'ils font adopter par un synode de la No√ęl 998-99, selon laquelle la dissolution prononc√©e en 981 √©tait une infraction au droit eccl√©siastique : le dioc√®se aurait √©t√© dissout sine concilio (sans vote[54]). Ce n'est toutefois qu'en 1014, sous le r√®gne du successeur d'Otton, l'empereur Henri II, que le dioc√®se de Mersebourg est r√©tabli.

En 999, Otton délaisse quelque temps les affaires pour un pèlerinage en Bénévent sur le mont Gargano, que Romuald, prêcheur d'Einsiedeln, lui aurait imposé en expiation des atrocités commises envers Crescentius et Jean Philagathos[55]. En chemin, Otton apprend que Grégoire V vient de mourir à Rome. Aussi cherche-t-il à rendre visite au père Nil en rémission de ses péchés. Mais, loin de contribuer à retrouver son crédit, cette démarche est perçue comme une preuve de vulnérabilité[44].

D√®s son retour, il √©l√®ve √† la dignit√© papale son pr√©cepteur Gerbert d'Aurillac, qui prend le nom de Sylvestre II. Pour la seconde fois d'affil√©e, le pape nomm√© est un non-romain (Gerbert est franc). √Ä Rome, il continue de renforcer son pouvoir en attribuant les √©v√™ch√©s √† ses proches. C'est ainsi qu'il nomme son propre chapelain, L√©on, √©v√™que de Verceil, lui confiant un dioc√®se difficile, car son pr√©d√©cesseur Petrus de Verceil vient d'√™tre assassin√© par le margrave Arduin d‚ÄôIvr√©e. En 999, un synode romain condamne Arduin √† faire amende honorable. Il lui est demand√© de d√©poser les armes et de ne pas passer la nuit deux fois de suite au m√™me endroit, dans la mesure o√Ļ sa sant√© le lui permet. Il peut s'exon√©rer de cette peine en entrant dans les ordres. Otton attribue aussi la succession de l'√©v√™que Everger de Cologne √† son chancelier Herbert.

Intervention en Europe orientale

L'empereur entour√© des princes d'Empire et des √©v√™ques ; √† sa gauche, les 4 nations (la Slavonie, la Germanie, les Gaules et Rome) lui rendent hommage en tant que successeur √† l'imperium (miniature du scriptorium de Reichenau, √Čvang√©liaire d'Otton III, XIe si√®cle).

En d√©cembre 999, Otton quitte finalement Rome pour un p√®lerinage √† Gnesen : il veut prier sur la tombe de son ami Adalbert[56]. Les hagiographies laissent entendre qu'Otton serait all√© √† Gnesen pour accaparer des reliques d'Adalbert. Toutefois, les motifs du monarque sont essentiellement religieux. √Ä son arriv√©e dans la ville, Otton se fait mener pieds nus jusqu'au tombeau d'Adalbert par l'√©v√™que de Posen Unger et, par ses pri√®res en larmes, supplie les martyrs d'interc√©der pour lui aupr√®s du Christ. Puis il √©l√®ve la ville au rang d'archev√™ch√©, fondant par l√† l'√Čglise autonome de Pologne. L'archidioc√®se de Cracovie et les nouveaux √©v√™ch√©s de Kolberg et Breslau sont rattach√©s √† la nouvelle province eccl√©siastique de Gnesen o√Ļ si√©gerait un √©v√™que m√©tropolite. Le royaume de Boleslas Chrobry se trouve ainsi dot√© d'une Eglise ind√©pendante.

Les autres activit√©s d'Otton √† Gnesen sont controvers√©es. L'Histoire de Pologne de Gallus Anonymus, qui n'a √©t√© r√©dig√©e qu'au XIIe si√®cle, offre le seul r√©cit d√©taill√© des √©v√©nements. Elle rapporte avec force comment Otton III a fait roi Boleslas[57], ce que les sources saxonnes passent syst√©matiquement sous silence. Le fait qu'un couronnement ait pu avoir lieu est aujourd'hui tr√®s d√©battu. La th√®se de Johannes Fried, un historien allemand, selon laquelle Gnesen aurait √©t√© le th√©√Ętre de la cr√©ation purement civile d'un roi[58], a √©t√© r√©cemment combattue par Gerd Althoff, pour qui le couronnement de Boleslas √† Gnesen n'est que la c√©l√©bration particuli√®rement fastueuse du pacte d'amiti√© avec l'empereur Otton III[59].

Pour son retour en terre d'Empire, Boleslas confie √† l'empereur un √©quipage fastueux et l'accompagne via Magdebourg jusqu'√† Aix-la-Chapelle. L√†, Otton lui aurait offert le tr√īne de Charlemagne[60].

Retour à Rome

Otton f√™te les Rameaux √† Magdebourg et P√Ęques √† Quedlinbourg. Puis, passant par Trebur, il rentre √† Aix-la-Chapelle, ¬ę la ville qu'il aimait le plus apr√®s Rome ¬Ľ[61]. Au cours de ces quelques mois, il appelle √† l'occasion de plusieurs synodes tenus √† Magdebourg, Quedlinbourg et Aix-la-Chapelle √† la renaissance de l'√©v√™ch√© de Mersebourg, sans parvenir √† arracher la d√©cision. √Ä Aix-la-Chapelle, il fonde une √©glise en l'honneur de son ami Adalbert, martyris√© en Prusse, et lui fait don des reliques du missionnaire[62]. Il fait aussi rechercher et ouvrir le tombeau de Charlemagne. M√™me aux yeux de ses contemporains, ce comportement passe pour une violation de s√©pulture, pour laquelle Dieu l'aurait puni d'une mort pr√©matur√©e[63]. Actuellement on interpr√®te l'action d'Otton comme un premier pas vers la cr√©ation du culte de Charlemagne[64].

D'Aix, il retourne √† Rome au cours de l'√©t√© de l'an mil. C'est √† ce moment que reprend la querelle de Gandersheim, qui oppose l'√©v√™que de Mayence Willigis √† l'√©v√™que Bernard d'Hildesheim : la cons√©cration d'une nouvelle √©glise √† Gandersheim rend in√©vitable une d√©cision sur le rattachement de la paroisse √† l'un des deux √©v√™ch√©s. L'√©v√™que Bernard prend le temps d'aller √† Rome pour y faire valoir sa cause devant Otton III et un synode romain. En cons√©quence de la d√©marche de Bernard, deux nouveaux synodes se r√©unissent presque simultan√©ment pour trancher l'affaire de Gandersheim : l'un, provincial, √† Gandersheim m√™me, et l'autre, imp√©rial, √† Rome, sous la pr√©sidence de l'empereur et du pape. Toutefois, ni ces deux conclaves, ni celui qui suit, √† P√∂hlde, ne parvient √† d√©cider du parti √† prendre. Cette querelle occupe alors plusieurs empereurs et de multiples synodes, avant d'√™tre finalement tranch√©e en 1030.

L'empereur passe la fin de l'ann√©e en Italie sans qu'il en ressorte d'initiative politique significative. Il faut attendre le d√©but de l'ann√©e 1001 pour que le pouvoir se manifeste √† nouveau, et cela √† l'occasion d'un soul√®vement des habitants de Tivoli contre l'autorit√© imp√©riale. Otton assi√®ge donc cette ville, bien que la Vita Bernwardi, un √©loge de l'√©v√™que Bernard compos√© par son professeur Thangmar, vante plut√īt le r√īle de Bernard dans la soumission durable des rebelles[65]. Le mois m√™me o√Ļ ce si√®ge de Tivoli a lieu, survient un autre √©v√©nement inhabituel, √† savoir la publication d'un acte de donation imp√©rial au b√©n√©fice du pape Sylvestre. Cette donation met brutalement un terme √† la politique habituelle des papes qui, d√©chus de leurs propres territoires par leur insouciance et leur incomp√©tence, ont essay√©, hors de tout cadre juridique, de s'y approprier les droits et les devoirs de l'imperium. Par cet acte, Otton est consid√©r√© comme le d√©fenseur de l'autorit√© imp√©riale contre la Papaut√©. Il d√©nonce comme ¬ę mensong√®res ¬Ľ les pr√©tentions territoriales de l'√Čglise romaine exprim√©es dans la donation de Constantin, y compris la donation elle-m√™me ou sa restitution par Jean Diacre, tout en abandonnant √† Saint Pierre par pure bienveillance imp√©riale huit comt√©s de la Pentapole italienne[66].

Dans les semaines qui suivent la publication de cet acte de donation, un soul√®vement √©clate √† Rome. On a attribu√© la cause de cette √©meute √† l'indolence excessive du pouvoir apr√®s les √©v√©nements de Tivoli. Elle est contenue pacifiquement au bout de quelques semaines par voie de n√©gociation. Le doyen du chapitre d'Hildesheim, Thangmar, qui, en 1001, avait accompagn√© son √©v√™que Bernard d'Hildesheim √† Rome, rapporte la teneur d'un discours fameux adress√© par Otton aux Romains au cours de ces n√©gociations, par lequel l'empereur aurait exprim√© √† la foule son amour pour Rome et son renoncement complet √† ses attaches saxonnes[67]. √Čmus aux larmes par cette profession de foi, les Romains se saisissent de deux hommes qu'ils molestent cruellement pour manifester leur regret et leur souhait de retour √† la paix civile. Malgr√© ces gestes d'apaisement, la versatilit√© de l'opinion inspire la m√©fiance aux conseillers de l'empereur, qui l'engagent √† s'√©loigner des dangers et √† regrouper ses troupes autour de Rome.

La mort de l'empereur

Otton III et le pape Sylvestre II s'√©loignent de Rome et prennent la direction du Nord vers Ravenne. Par la suite, Otton recevant une ambassade de Boleslaw Chobry, conclut avec la d√©l√©gation hongroise la cr√©ation d'une nouvelle province de l'√Čglise avec pour m√©tropole l'√©v√™ch√© de Gran et s'assure que le nouvel archev√™que, Astericus, couronne roi le prince √Čtienne de Hongrie. Otton fait aussi en sorte de resserrer encore les liens avec le doge de Venise.

Mais les sources hagiographiques (la ¬ę Vie du Bienheureux Romuald ¬Ľ de Pierre Damien et la ¬ę Vie des Cinq Fr√®res ¬Ľ de Brun de Querfurt) donnent au m√™me moment plut√īt l'image d'un monarque abattu moralement. La d√©tresse refl√©t√©e par ces t√©moignages culmine avec la promesse d'Otton de renoncer aux choses terrestres et d'entrer dans les ordres. Il aurait en tout cas voulu prendre encore trois ans pour corriger les erreurs de son r√®gne[68] : on ignore cependant de quelles erreurs il s'agissait.

Vers la fin de l'année 1001, il rejoint Rome avec l'appui des contingents de quelques évêques de l'Empire, qui n'ont pu rallier l'Italie que très lentement. Ayant contracté une fièvre violente, il décède le 23 janvier 1002, au manoir de Paterno, non loin de Rome. Plusieurs témoignages rapportent la mort apaisée et édifiante du prince chrétien[69].

La mort de l'empereur est d'abord tenue secrète, jusqu'à ce que sa garde personnelle soit informée et mise en état d'alerte. L'armée, continuellement entourée d'ennemis, quitte l'Italie afin d'exaucer les dernières volontés d'Otton d'être inhumé à Aix-la-Chapelle. En février 1002, alors que le convoi, parti de Paterno, traverse Lucques et Vérone et pénétre en Bavière, le duc Henri II le prend en charge à Polling et exige des évêques et des nobles, par des menaces et des promesses, qu'ils le proclament roi[70]. Cependant, aucun de ceux qui accompagnent le convoi, à l'exception de l'évêque d'Augsburg, n'aurait pris le parti d'Henri. On ignore au juste quelles préventions les collaborateurs d'Otton éprouvent à l'égard d'Henri. Quelques semaines plus tard, pendant les célébrations de la mort de l'empereur, ces hommes confirment leur refus, car de leur avis, Henri, à bien des égards, n'est pas apte à gouverner le royaume[71]. Ainsi, alors qu'en Italie, dès le 15 février 1002, les barons lombards ont acclamé roi, à Pavie, Arduin d’Ivrée, adversaire d'Otton III, le duc Henri II continue à se débattre au milieu d'interminables négociations et de querelles privées.

La succession d'Otton III

Couronnement d'Henri II (Sacramentaire d'Henri II, XIe siècle, Bayerischen Staatsbibliothek Munich).

D√®s le d√©but de son r√®gne, Henri II permet les c√©l√©brations pour le salut de l'√Ęme de son pr√©d√©cesseur, son ¬ę oncle bien-aim√© ¬Ľ, et pour la m√©moire du ¬ę bon empereur Otton[72] ¬Ľ. Il fait conna√ģtre les derni√®res volont√©s et les legs d'Otton et, comme lui, il c√©l√®bre les Rameaux en 1003 √† Magdebourg, sur la tombe d'Otton Ier, ainsi que la f√™te de P√Ęques √† Quedlinbourg, lieu de s√©pulture d'Henri Ier et de son √©pouse Mathilde[73]. Mais avant tout, Henri II fait de la Saxe le nouveau centre du pouvoir. Il se laisse ainsi au moins une d√©cennie, avant de s'en prendre √† son rival en Italie.

On a longtemps vu dans l'abandon par Henri II de l'inscription d'Otton III : Renovatio imperii Romanorum (Renaissance de l'empire romain) sur les sceaux imp√©riaux au profit de Renovatio regni Francorum (Renaissance du royaume des Francs) un virage d√©cisif de la politique des empereurs. Mais, plus r√©cemment Knut G√∂rich, historien allemand, a attir√© l'attention sur le nombre des sceaux concern√©s : il faut en effet rapporter les vingt-trois d√©crets d'Otton III aux quatre d√©crets d'Henri II. Ainsi, l'emploi occasionnel et √©ph√©m√®re de l'apostille franque, qui n'appara√ģt que de fa√ßon circonstancielle apr√®s une succession r√©ussie √† la t√™te du royaume en janvier et f√©vrier 1003, n'est qu'une formule d'authentification parmi toutes celles qui nous sont parvenues et est bient√īt elle-m√™me abandonn√©e[74].

En revanche, c'est bien un tournant que repr√©sente la politique ext√©rieure d'Henri II en ce qui concerne les affaires polonaises ; car si, en l'an mil, Boleslas Chobry est gratifi√© de l'√©pith√®te de ¬ę fr√®re et appui de l'empereur ¬Ľ, d'¬ę ami et alli√© du peuple romain ¬Ľ (fratrem et cooperatorem imperii constituit et populi Romani amicum et socium appelavit[75]), la politique d'Henri II tourne √† une confrontation arm√©e, seulement rythm√©e par les trois trait√©s de paix successifs de Posen (1005), Mersebourg (1013), et Bautzen (1018).

Bilan du règne

Politique économique et monétaire

Les Ottoniens doivent leur prosp√©rit√© et celle de leur empire √† l'encouragement et √† l'accompagnement des √©changes entre l'Europe du Nord et de l'Est et la M√©diterran√©e, via les bassins du Rhin, de la Meuse et du Danube et leur connexion √† celui du P√ī par les routes passant par les cols alpins. Ils d√©veloppent les √©changes en cr√©ant des ateliers de monnayage et, de ce fait, facilite les march√©s. Ils alimentent ces ateliers de frappe mon√©taire par l'exploitation de mines d'argent. C'est sous la r√©gence d'Ad√©la√Įde que le monnayage atteint son apog√©e en Germanie[34]. Otton III s'inscrit dans cette politique √©conomique et mon√©taire en autorisant, par exemple, l'√©v√™que de Freissing √† fonder un march√© quotidien et place la fr√©quentation de ce march√© sous le ban de la paix imp√©riale[12].

L'autre moyen de remplir les caisses est de cr√©er des cours de justice. Celles-ci sont sources d'entr√©es financi√®res sous forme de r√©parations : le wergeld. Comme la monnaie, elles permettent de manifester l'autorit√© imp√©riale dans tout l'Empire. Ainsi, Otton III √©tablit une cour √† Ravenne, qui est un riche archi√©piscopat qui r√©gente toute l'Italie du Nord et commerce avec Venise et Pavie[76].

Politique religieuse

Si, depuis Otton Ier, l'√Čglise est assujettie aux empereurs, le soutien de ces derniers √† la r√©forme monastique fait que ce sont les clercs qui √©duquent les princes et acqui√®rent en retours une r√©elle influence politique[77]. Otton III, √©lev√© par sa m√®re grecque dans le souvenir de Byzance et entour√© de pr√™tres depuis sa plus tendre enfance, nourrit √† la foi une tr√®s haute id√©e de l'empire et une aspiration √† la perfection monastique[78]. Pendant sa minorit√©, le pouvoir imp√©rial est gravement menac√© par les grands f√©odaux, men√©s par le duc de Bavi√®re Henri le Querelleur. Celui-ci contr√īle en effet les √©v√™ch√©s du sud de la Germanie et donc une puissante client√®le lui permettant de rivaliser avec le pouvoir imp√©rial. Otton s'emploie donc √† affaiblir cette concurrence en obligeant l'aristocratie la√Įque √† restituer les biens de l'√Čglise dont elle s'est empar√©e[53].

Il profite pour cela du mouvement de r√©forme monastique en cours, promu par Cluny ou des monast√®res lotharingiens tels que Gorze. Cette r√©forme lutte contre la simonie et souhaite n'avoir √† r√©pondre qu'√† l'autorit√© pontificale. L'empereur y est d'autant plus favorable qu'il a √©t√© √©duqu√© par des √©rudits proches de ce mouvement r√©formateur. C'est pourquoi il d√©livre des dipl√īmes aux √©v√™ch√©s et aux abbayes qui les lib√®rent de l'autorit√© des grands f√©odaux. La r√©gente Th√©ophano puis l'empereur lui-m√™me Ňďuvrent √† la cr√©ation de puissantes principaut√©s eccl√©siastiques en conc√©dant des √©v√™ch√©s renforc√©s de comt√©s et d'abbayes √† des fid√®les. Les exemples les plus probants sont Notger qui se voit attribuer une v√©ritable principaut√© √† Li√®ge (en adjoignant √† l'√©v√™ch√© les comt√©s de Huy et de Brunengeruz)[79], ou Gerbert d'Aurillac qui re√ßoit l'archi√©piscopat de Ravenne dont d√©pendent 15 √©v√™ch√©s : il contr√īle tout le nord de l'Italie[53]. De fait, c'est l'autorit√© imp√©riale qu'il renforce ainsi : c'est sous le r√®gne d'Otton III que l'emprise de l'empereur sur le Saint-Si√®ge est la plus grande car il nomme les papes sans en r√©f√©rer aux Romains. Il va au-del√† de la main mise sur l'√Čglise de son grand-p√®re Otton Ier, dans la mesure o√Ļ il ne se contente plus d'agr√©er l'issue d'un vote, mais o√Ļ il impose son propre candidat √† la Curie romaine.

Paradoxalement, Otton III met fin √† la d√©cadence de la papaut√© en l'associant √† ses projets d'empire universel : il choisit, pour cela, des papes brillants et en phase avec son projet politique et culturel[80]. Cependant, le pape nomm√© √† discr√©tion et √©tranger (Gr√©goire V est germain et Sylvestre II franc) n'a que peu de soutien √† Rome et d√©pend d'autant plus de l'appui de l'empereur. Ce pouvoir, Otton l'obtient par la pression militaire en descendant, en 996, en Italie pour soutenir Jean XV chass√© par les Romains. Plut√īt que d'entrer en conflit avec l'empereur, les Romains pr√©f√®rent lui confier le choix du successeur du d√©funt pape Jean XV. Cette pratique se perp√©tue avec ses successeurs qui descendent r√©guli√®rement en Italie avec l'Ost imp√©rial pour y ramener l'ordre et y influer sur le choix du pape[81].

Cependant, cet état de fait est mal accepté par la noblesse romaine qui n'a de cesse d'intriguer pour reprendre ses prérogatives dès que l'empereur et son armée sont éloignés de la péninsule italienne.

Politique culturelle

Les Ottoniens sont √©galement des commanditaires de manuscrits de luxe, mais ne semblent pas avoir r√©uni des artistes √† la cour : les manuscrits de luxe sont r√©alis√©s √† Corvey, √† Fulda et surtout √† Reichenau d'o√Ļ proviennent l'√©vang√©liaire d'Otton III et l'√©vang√©liaire de Liuthar, aux repr√©sentations imp√©riales de grande valeur pour leur soin et leur sens politique (Offrandes des quatre provinces de l'Empire, apoth√©ose d'Otton III repr√©sentant en fait peut-√™tre Otton Ier)[82].

Enfin, certaines r√©alisations architecturales notables, dans le domaine religieux essentiellement, sont marqu√©es par la double inspiration carolingienne et byzantine, et participent √† l'√©mergence du roman. C'est sous Otton III qu'est r√©alis√© le chef d'Ňďuvre de l'architecture ottonienne, Saint-Michel d'Hildesheim, construction confi√©e au pr√©cepteur de l'empereur, l'√©v√™que Bernward.

Politique diplomatique

Restauration d'un empire universel

Otton III, qui est grec par sa m√®re Th√©ophano, n'essaie pas simplement comme son grand-p√®re Otton Ier de restaurer l'empire carolingien, mais tente de restaurer un empire universel. Son r√™ve est un empire qui aurait la dignit√© de celui de Byzance et l'efficacit√© de celui de Charlemagne[78]. Adalbert ouvre l'esprit d'Otton vers l'instauration d'un empire universel, mais c'est Gerbert d'Aurillac qui le th√©orise : il r√©dige pour l'empereur un trait√© sur le raisonnable et l'usage de la raison qui s‚Äôouvre sur un programme de r√©novation de l'empire romain, consid√©rant que l'empereur, mi-grec par sa m√®re, est √† m√™me de reconstruire un empire universel[37]. L'id√©e est celle d'une union de pays organis√©s de mani√®re identique, ind√©pendants du royaume germanique, ayant Rome pour capitale spirituelle et politique : la chr√©tient√© latine doit retrouver son unit√© sous la double impulsion du pape et de l'empereur[78]. Ce vaste projet d'empire f√©d√©ral compos√© de peuples unis par leur commune adh√©sion au christianisme, en dehors de toute soumission vassalique, explique que Gerbert d'Aurillac et Otton aient soutenu l'apparition de royaumes chr√©tiens ind√©pendants de la Germanie en France, en Pologne, en Hongrie ou en Catalogne. Le basileus n'ayant pas d'h√©ritier m√Ęle, il d√©p√™che l'√©v√™que de Milan pour demander la main d'une princesse byzantine, ce qui ouvrirait la voie √† une r√©unification des deux moiti√©s de l'empire romain[83]. Cependant, il meurt trop vite pour que ce projet puisse se concr√©tiser.

Royaume de Pologne

En l'an mil, Otton III est re√ßu √† l‚Äôassembl√©e de Gniezno. Il marie sa fille avec le fils de Boleslas et les charges impos√©es √† Mieszko sont supprim√©es, ce qui signifie la reconnaissance de l‚Äôind√©pendance polonaise. Le pays est organis√© en province eccl√©siastique autonome avec un archev√™ch√© √† Gniezno et trois √©v√™ch√©s √† Cracovie, Wroclaw et Kolobrzeg. Boleslas reprend √† l‚Äôempereur le droit d‚Äôinvestiture et de nomination des √©v√™ques, garantissant ainsi l‚Äô√©mancipation de l‚Äô√Čglise polonaise[84].

Royaume de Hongrie

Le r√īle de la bataille du Lechfeld (955) dans l'arr√™t des invasions hongroises est en fait limit√©, le peuple magyar ayant d√©j√† commenc√© sa s√©dentarisation. Le prince G√©za, s√©duit par la puissance et l'influence culturelle de la renaissance ottonienne, Ňďuvre pour un rapprochement avec l'Occident. De nombreuses missions de christianisation sont men√©es avec son soutien. Elles s'interrompent √† la mort d'Otton Ier en 973, mais peuvent reprendre une fois pass√©es les difficult√©s de la r√©gence imp√©riale vers 983. Elles sont anim√©es par des clercs germaniques mais aussi tch√®ques, dans le sillage du missionnaire Adalbert de Prague, ma√ģtre et ami intime d'Otton III, qui aurait baptis√© le futur √Čtienne Ier vers 995. Poursuivant sa politique de christianisation et de rapprochement avec l'Occident, le prince G√©za fonde, vers 996, le monast√®re b√©n√©dictin de Pannonhalma ainsi que le premier √©v√™ch√© de Hongrie √† Veszpr√©m[85]. Pour renforcer les liens naissants avec l'Empire, il marie son fils √Čtienne √† Gis√®le, fille d'Henri le Querelleur. la contrepartie de cette union est l'attribution d'une bande de territoires au nord de la Leitha et la promesse d'achever sans tarder l'√©vang√©lisation de son peuple. √Ä la mort de G√©za (997), les chefs tribaux tentent de mettre un terme aux r√©formes amorc√©es. Ils opposent au jeune √Čtienne, pourtant d√©sign√© comme son successeur par G√©za, son vieux cousin Koppany qui, satisfaisant aux crit√®res traditionnels de transmission du pouvoir princier chez les Hongrois, se pr√©sente comme le champion de la ¬ę r√©action ¬Ľ magyare contre les dangereuses innovations venues d'Occident[85].

Mais il est vaincu par √Čtienne en quelques mois gr√Ęce √† l'aide militaire apport√©e par les chevaliers bavarois, qui sont r√©compens√©s par l'autorisation de s'installer en Hongrie. Il consid√®re que son avenir politique passe par l'appropriation des m√©thodes occidentales. Il se consid√®re d√©j√† comme roi, titre que les sources √©crites attribuent avant lui √† son p√®re et √† son grand-p√®re ; mais il a besoin d'un symbole faisant de lui un roi chr√©tien, l'oint du Seigneur, comme le sont les rois francs puis les empereurs germaniques, dans la continuit√© des rois bibliques. Il envoie une d√©l√©gation aupr√®s du pape, qui est d'autant mieux re√ßue que sa d√©marche correspond au projet d'empire f√©d√©ral caress√© par Sylvestre II et Otton III. Le d√©tail a son importance : √Čtienne n'aurait jamais voulu faire ce qu'avaient fait les ducs tch√®ques quelques d√©cennies plus t√īt, c'est-√†-dire pr√™ter all√©geance √† l'empereur germanique en √©change de la reconnaissance de leur autorit√© monarchique. La seule contrepartie √† fournir est l'engagement d'achever la conversion des Magyars[85].

En 1000 (le 25 d√©cembre) ou 1001 (le 1er janvier), fort de la b√©n√©diction pontificale, le prince √Čtienne est couronn√© roi √† Esztergom, avec la couronne qu'il a re√ßue de Sylvestre II. Le jeune roi s'acquitte aussit√īt de ses engagements en relan√ßant les missions de conversion. Il impose √† ses sujets une pratique religieuse r√©guli√®re et l'entretien du clerg√© local : la loi veut que les habitants construisent eux-m√™mes (par groupes de dix villages) les √©glises qui leur servent de lieu de culte chaque dimanche[85]. Il fonde une √Čglise nationale, plac√©e sous la direction de l'archev√™que d'Esztergom. D'abord limit√©e √† la Transdanubie, que contr√īlent depuis longtemps les princes arpadiens, elle comprend une petite dizaine de dioc√®ses √† la fin du r√®gne. √Čtienne fait achever le monast√®re de Pannonhalma et le dote g√©n√©reusement, comme en t√©moigne la charte de 1002 dont le texte a √©t√© conserv√©. Il multiplie les fondations monastiques b√©n√©dictines et comble les nouveaux √©tablissements de biens fonciers[85].

Alliance avec Venise

C'est sous l'impulsion de Venise que le christianisme progresse le long de la c√īte dalmate. L'alliance de Venise, qui cherche √† s'√©manciper de l'empire Byzantin, est toute naturelle. Elle est mat√©rialis√©e par le doge qui fait d'Otton le parrain de son fils et de sa fille[86].

L'image d'Otton III

Les témoignages d'époque

La politique italienne d'Otton suscite visiblement l'incompréhension de ses contemporains.

Selon les Annales de Quedlinbourg, qui refl√®tent fid√®lement le point de vue des monast√®res ottoniens et de leurs abbesses royales, √† savoir la tante et la sŇďur d'Otton III, l'empereur veut marquer sa pr√©f√©rence pour les Romains sur les autres peuples[87]. Mais elles s'abstiennent de critiquer la politique d'Otton III ; sa mort, qui appara√ģt comme la cons√©quence de ses propres p√©ch√©s ou de ceux des √©trangers, est d√©plor√©e par la terre enti√®re[88].

Dithmar, √©v√™que de Mersebourg (ou encore Thietmar, ou Dietmar), dont le r√©cit est impr√©gn√© de l'id√©e que la dissolution de l'√©v√™ch√© de Mersebourg a √©t√© une injustice profonde, d√©sapprouve la politique italienne d'Otton III. C'est ainsi que, selon lui, l'empereur aurait, dans son palais, d√ģn√© sur une table en demi-cercle port√©e par ses proches, un usage tout contraire aux habitudes des cours franques et saxonnes[89].

Plus tard encore, Bruno de Querfurt reproche √† l'empereur d'avoir voulu faire de Rome sa r√©sidence ordinaire et de l'avoir consid√©r√©e comme sa v√©ritable patrie[90]. Selon les propos de Bruno, qui vise √† l'hagiographie, Rome symbolise le d√©passement des cultes pa√Įens par les croyances chr√©tiennes ; avec son monarque pa√Įen, la Ville aurait perdu son rayonnement spirituel universel, elle qui, depuis la Donation de Constantin, est la ville des ap√ītres, sur laquelle plus aucun monarque profane ne doit r√©gner. C'est pourquoi la r√©pression exerc√©e contre le si√®ge des ap√ītres constitue pour Bruno un p√©ch√© si grave que la mort pr√©matur√©e de l'empereur est per√ßue comme un ch√Ętiment in√©vitable[91]. Cependant Bruno de Querfurt salue certains traits agr√©ables chez l'empereur, comme son temp√©rament chaleureux : encore enfant et livr√© aux errements de son comportement, il fit un bon empereur, un Imperator Augustus d'une profonde humanit√©[92].

Aussi Otton III, avec sa culture inaccoutum√©e et sa finesse reconnue, ne tarde-t-il pas √† faire l'admiration de tous et est surnomm√©, aussi bien en Germanie qu'en Italie, ¬ę Merveille du Monde ¬Ľ[93].

Historiographie

Couronnement d'Otton III par le pape Gr√©goire V, image du XVe si√®cle.

Les jugements critiques des cercles dirigeants contemporains d√©teignaient d'ordinaire sur l'Ňďuvre des historiens du XIXe et du d√©but du XXe si√®cle. L'opinion sur Otton III fut longtemps celle exprim√©e par Wilhelm von Giesebrecht dans son Histoire du Saint-Empire (Geschichte der deutschen Kaiserzeit), qui critiquait fondamentalement l'absence du sentiment national chez Otton III et lui reprochait ses r√™veries et son manque de pragmatisme. Pire m√™me, Otton III aurait dilapid√© un gros h√©ritage par sa frivolit√©, aurait poursuivi des chim√®res et se serait commis avec des intellectuels et des √©trangers[94]. Giesebrecht forgea les conceptions des historiens nationalistes pour des d√©cennies.

Au d√©but du XXe si√®cle, plusieurs objections concr√®tes remirent en cause ces id√©es re√ßues. Avec son ouvrage intitul√© Kaiser, Rom und Renovatio (1929), l'historien Percy Ernst Schramm a impos√© une nouvelle image d'Otton III. Son nouveau portrait de l'empereur, contredisant l'image traditionnelle du souverain non-germanique, bigot et √©vapor√©, constituait une r√©habilitation dans la mesure o√Ļ Schramm essayait de saisir Otton III dans la tourmente religieuse de son √©poque. La nouveaut√© r√©sidait avant tout dans une interpr√©tation historico-religieuse de la politique d'Otton III, selon laquelle la politique de renaissance de Rome constituait la v√©ritable motivation du gouvernement de l'empereur. Schramm donnait comme preuve essentielle de cette politique de renaissance l'adoption, √† partir de 998, de la fameuse devise Renovatio imperii Romanorum sur les sceaux.

Robert Holtzmann, historien allemand, rejoignait encore, en 1941, dans son Histoire des empereurs saxons (Geschichte der s√§chsischen Kaiserzeit) le point de vue de Giesebrecht et concluait : ¬ę L'√Čtat d'Otton le Grand vacillait sur ses bases lorsqu'Otton III mourut. Si cet empereur avait v√©cu plus longtemps, son empire se serait effondr√©[95] ¬Ľ. Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, les opinions sur Otton III dans la veine d'Holtzmann sont devenues plus rares.

Mathilde Uhlirz, historienne autrichienne, compl√©ta en 1954 le point de vue de Schramm, en consid√©rant la politique de l'empereur plut√īt sous l'angle d'une consolidation du pouvoir du prince dans les r√©gions m√©ridionales de l'Empire, et en pr√™tant ainsi √† Otton III l'intention d'y renforcer son autorit√©[96]. Contrairement √† Schramm, Uhlirz mettait l'accent sur la collaboration entre l'empereur et le pape, lequel √©tait surtout soucieux de gagner la Pologne et la Hongrie √† la Chr√©tient√© de spiritualit√© romaine[97]. Par la suite, il apparut une synth√®se entre les points de vue de Schramm et d'Uhlirz, qui voit dans les efforts de consolidation de l'autorit√© imp√©riale au Sud, autant que dans le rapprochement avec la Pologne et la Hongrie les grandes lignes de la politique d'Otton III. Mais la tentation persistait d'expliquer la politique d'Otton III par son caract√®re et ses traits de personnalit√©.

Ces derni√®res ann√©es, le sens que Schramm a donn√© au terme de renovatio a √©t√© contest√© √† plusieurs reprises. D'apr√®s Knut G√∂rich, il faut analyser la politique italienne et les campagnes contre Rome plut√īt comme une pr√©occupation de p√©rennit√© de la papaut√© que comme un programme de r√©g√©n√©ration de l'Empire romain[98].

Gerd Althoff s'est plus r√©cemment d√©tourn√© des concepts politiques employ√©s en histoire m√©di√©vale, qu'il juge anachroniques, dans la mesure o√Ļ la place de l'√©crit et les √©quivalences institutionnelles nous √©chappent pour comprendre la royaut√© au Moyen √āge[99]. En outre, d'apr√®s Althoff, les sources invoqu√©es √† l'appui sont ambivalentes. On ignore s'il faut les rattacher √† la tradition de la Rome antique ou √† celle de la Rome chr√©tienne[100].

Otton III dans la poésie et les romans

Un po√®me du XIe si√®cle, dans lequel le conseiller imp√©rial L√©on de Verceil chante la collaboration de l'empereur et du pape, √©voque la reconstitution de l'Empire romain par Otton III. Ce po√®me commence surtout par une invocation au Christ, afin qu'il daigne porter les yeux sur Rome et lui rendre son lustre, pour qu'elle puisse prosp√©rer sous le r√®gne du troisi√®me Otton.

Depuis le XVIe si√®cle, Otton III, de par sa vie courte et les √©v√©nements dramatiques qui ont √©maill√© son r√®gne, sert de personnage-titre √† de nombreux t√©moignages litt√©raires ; mais bien peu ont pu survivre par leur valeur litt√©raire.

Dans son po√®me intitul√© La Complainte de l'empereur Otton III (Klagelied Kaiser Otto III.), August von Platen-Hallerm√ľnde rabaisse Otton III par pur nationalisme. L'historienne et philosophe Ricarda Huch, dans son livre intitul√© R√∂misches Reich Deutscher Nation (1934), compare Otton III √† Otton Ier : son rejet d'Otton III s'appuie sur les id√©es de Giesebrecht[101]. Mais les jugements favorables √† la carri√®re d'Otton III s'expriment aussi dans la litt√©rature. Ainsi paraissent, vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, deux romans historiques sur l'empereur ottonien. Gertrude B√§umer, politicienne allemande du Mouvement de lib√©ration des femmes, donne √† sa reconstitution de la vie d‚ÄôOtton III le titre Le jeune homme au manteau d'√©toiles : grandeur et trag√©die d'Otton III (Der J√ľngling im Sternenmantel. Gr√∂√üe und Tragik Ottos III). Et simultan√©ment, Albert H. Rausch (Henry Benrath, son pseudonyme), auteur allemand, essaie de saisir la personnalit√© d‚ÄôOtton III de fa√ßon plus subjective et avec davantage d‚Äôemphase. Il s'agit pour lui d‚Äôappr√©hender {{citation|la spiritualit√© dans la vie d'un monarque ¬Ľ[102].

Sources

Sources primaires et vitæ

  • Theodor Sickel (dir.), Ottonis II. et Ottonis III. Diplomata, Hanovre, Monumenta Germaniae Historica, coll. ¬ę Diplomata ¬Ľ, 1893 [lire en ligne] 
  • Johann Friedrich B√∂hmer et Mathilde Uhlirz, Res gestae Imperii II, 3. Die Regesten des Kaiserreiches unter Otto III, Vienne, 1956 [lire en ligne] 

Sources littéraires

  • Arnulf de Milan (trad. W. North, dir. Claudia Zey), Liber gestorum recentium, vol. 67, Hanovre: Hahn, Monumenta Germaniae Historica, 1994 [lire en ligne] 
  • Monumenta Germaniae Historica Diplomata, Scriptores rerum Germanicarum in usum scholarum separatim editi 8: Annales Hildesheimenses. √Čd. de Georg Waitz. Hanovre (1878)
  • Georg Heinrich Pertz (dir.), Annales Quedlinburgenses, Hanovre, Monumenta Germaniae Historica, 1839 [lire en ligne], p. 22 
  • Bruno Georg Waitz (dir.) et Wilhelm Wattenbach (dir.) (trad. W. Hartmann), Vita quinque fratrum eremitarum, vol. Supplementa tomorum I-XII, pars III. Supplementum tomi XIII pars II, Hanovre, Monumenta Germaniae Historica, 1888 [lire en ligne], p. 709 
    • r√©impr. par W. Hartmann sous le titre Deutsche Geschichte in Quellen und Darstellung. vol. 1, Stuttgart 1995, pp. 202‚Äď204.
  • Die Jahrb√ľcher von Quedlinburg, trad. par Eduard Winkelmann (Geschichtsschreiber der deutschen Vorzeit 36), Leipzig 1891.
  • Herman de Reichenau et Werner Trillmich (dir.) (trad. Rudolf Buchner), Chronicon, Darmstadt, Monumenta Germaniae Historica, coll. ¬ę Quellen des 9. und 10. Jahrhunderts zur Geschichte der Hamburgischen Kirche und des Reiches, series (in Folio) 13, M√©langes Baron vom Stein ¬Ľ, 1961 [lire en ligne] . Texte en latin dans les Monumenta Germaniae Historica, Scriptores: Supplementa tomorum I-XII, pars I. Ed. par Georg Waitz et al. Hanovre 1881, p. 61
  • Dithmar et Robert Holtzmann (dir.) (trad. Werner Trillmich), Thietmari Merseburgensis episcopi Chronicon, Darmstadt, Monumenta Germaniae Historica, 1935 (r√©impr. 1957) [lire en ligne] 
  • Thangmar: Vita Bernwardi episcopi Hildesheimensis. In Monumenta Germaniae Historica, Scriptores (in Folio) 4: Annales, chronica et historiae aevi Carolini et Saxonici. √©d. par Georg Heinrich Pertz et al. Hanovre 1841, pp. 754‚Äď782

Bibliographie

Présentations générales

  • (de)Gerd Althoff: Die Ottonen. K√∂nigsherrschaft ohne Staat. 2e √©d. augm., Kohlhammer Taschenb√ľcher, Stuttgart u. a. 2005, ISBN 3-17-018597-7.
  • (de)Helmut Beumann: Die Ottonen. 5e √©d. Stuttgart 2000, ISBN 3-17-016473-2.
  • (de)Hagen Keller: Ottonische K√∂nigsherrschaft, Organisation und Legitimation k√∂niglicher Macht. Darmstadt 2002, ISBN 3-534-15998-5.
  • (de)Bernd Schneidm√ľller, Stefan Weinfurter (√©d.): Otto III. ‚Äď Heinrich II. Eine Wende?. Sigmaringen 1997, ISBN 3-7995-4251-5.

Biographies

  • (de)Gerd Althoff: Otto III. Gestalten des Mittelalters und der Renaissance. Darmstadt 1997, ISBN 3-89678-021-2.
  • (de)Ekkehard Eickhoff: Theophanu und der K√∂nig. Otto III. und seine Welt. Stuttgart 1999, ISBN 3-608-91798-5.
  • (de)Ekkehard Eickhoff: Kaiser Otto III. Die erste Jahrtausendwende und die Entfaltung Europas. 2e √©d. Stuttgart 2000, ISBN 3-608-94188-6.
  • (de)Knut G√∂rich: Otto III. Romanus Saxonicus et Italicus: kaiserliche Rompolitik und s√§chsische Historiographie. Sigmaringen 1995, ISBN 3-7995-0467-2.
  • (de)Percy Ernst Schramm: Kaiser, Rom und Renovatio. Darmstadt 1962 (r√©impr. de l'√©d. de 1929).
  • (de)Mathilde Uhlirz: Jahrb√ľcher des Deutschen Reiches unter Otto II. und Otto III. Zweiter Band: Otto III. 983‚Äď1002, Verlag Duncker & Humblot, Berlin 1954.

Articles d'encyclopédie

  • (de)Knut G√∂rich, Otto III in Neue Deutsche Biographie, vol. 19 (1999) pp. 662‚Äď665.
  • (de)Tilman Struve, Otto III in Lexikon des Mittelalters, vol. 6 (1993) pp. 1568‚Äď1570.

Voir aussi

Liens internes

Liens externes

Notes et références

Notes

  1. ‚ÜĎ Otton III (980-1002) Roi de Germanie (983) et empereur (996-1002) dans [1]
  2. ‚ÜĎ Ce laps de temps entre la mort d'Hugues le Grand (956) et l'action de Lothaire en faveur d'Hugues Capet (960) semble avoir √©t√© organis√© par Brunon de Cologne, qui souhaitait peut-√™tre laisser une longueur d'avance √† Lothaire. Fran√ßois Menant (et alii), Les Cap√©tiens. Histoire et dictionnaire. 987-1328, Robert Laffont, Paris, 1999, p. 19-20.
  3. ‚ÜĎ Lothaire et Henri le Querelleur sont, comme Otton II, des oncles en ligne directe d'Henri Ier.
  4. ‚ÜĎ Arnoul a trahi Hugues Capet en livrant l'archev√™ch√© de Reims √† son oncle Charles de Basse-Lotharingie, pr√©tendant carolingien √† la succession de la couronne de Francie occidentale)
  5. ‚ÜĎ Bernard tr√©passe le 20 septembre 996 en Eub√©e, avant que son ambassade √† Constantinople puisse aboutir.

Références

  1. ‚ÜĎ Georges Castellan, ¬ę Drang nach Osten ¬Ľ, l'expansion germanique en Europe centrale et orientale
  2. ‚ÜĎ Otton I le Grand dans M√©mo
  3. ‚ÜĎ Francis Rapp, Le Saint-Empire romain germanique, Tallandier, 2000, p. 53.
  4. ‚ÜĎ Encyclopaedia Universalis, article Allemagne m√©di√©vale, DVD, 2007
  5. ‚ÜĎ La Pologne f√©odale : les Piast
  6. ‚ÜĎ G√©rard Rippe, Ivr√©e, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007
  7. ‚ÜĎ Otton Ier le Grand (912-973). Roi de Germanie (936-973) et empereur (962-973)
  8. ‚ÜĎ F. Menant (1999), p. 22.
  9. ‚ÜĎ Claude Gauvard, La France au Moyen √āge du Ve au XVe si√®cle, PUF, Paris, 1999, p. 119.
  10. ‚ÜĎ Y. Sassier, Royaut√© et id√©ologie au Moyen √āge, Colin, Paris, 2000, p. 183.
  11. ‚ÜĎ a et b Cf. Pierre Rich√©, Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe, Hachette, 1983, p. 351 .
  12. ‚ÜĎ a et b Pierre Rich√©, Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe, Hachette 1983, p.352.
  13. ‚ÜĎ Les relations entre le Saint-Empire et la papaut√©, d'Otton le Grand √† Charles IV de Luxembourg (962-1356) sur [2]. Consult√© le 27 octobre 2007
  14. ‚ÜĎ Guido Peeters, Pays-Bas, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007
  15. ‚ÜĎ encyclop√©die universelle, ¬ę Le temps des Ottoniens ¬Ľ sur [3]. Consult√© le 30 octobre 2007
  16. ‚ÜĎ a et b Francis Rapp, Le Saint-Empire romain germanique, Tallandier 2000, p. 60.
  17. ‚ÜĎ L. Theis, Robert le Pieux. Le roi de l'an mil, Perrin, Paris, 1999, p. 52-53.
  18. ‚ÜĎ Dithmar III, 26.
  19. ‚ÜĎ a, b, c et d Francis Rapp, Le Saint-Empire romain germanique, Tallandier 2000, p. 61.
  20. ‚ÜĎ Dithmar III, 17‚Äď18.
  21. ‚ÜĎ Yves Sassier, Hugues Capet, Fayard, Paris, 1987, p. 180.
  22. ‚ÜĎ Laurent Theis, Histoire du Moyen √āge Fran√ßais, Perrin, Paris, 1992, p. 73
  23. ‚ÜĎ Dithmar, Chroniques, IV, 1.
  24. ‚ÜĎ Dithmar, Chroniques, IV, 2.
  25. ‚ÜĎ Dithmar, Chroniques, IV, 4.
  26. ‚ÜĎ a, b, c, d et e Francis Rapp, Le Saint-Empire romain germanique, Tallandier 2000, p. 63.
  27. ‚ÜĎ a et b Dithmar, Chroniques, IV, 9.
  28. ‚ÜĎ Thangmar, Vita Bernwardi, cap. 13.
  29. ‚ÜĎ Laurent Theis, L'H√©ritage des Charles, De la mort de Charlemagne aux environs de l'an mil, Seuil, Paris, 1990, p. 188-189.
  30. ‚ÜĎ M. Parisse, Austrasie, Lotharingie, Lorraine, PUN Serpoise, 1990, p. 32.
  31. ‚ÜĎ M. Bur, ¬ę Adalb√©ron, archev√™que de Reims, reconsid√©r√© ¬Ľ, Le roi de France et son royaume autour de l'an mil, Picard, Paris, 1992, p. 57.
  32. ‚ÜĎ G√©n√©alogie de Mathide, abbesse d'Essen, sur le site FMG
  33. ‚ÜĎ Klaus Gereon Beuckers, Der Essener Marsusschrein. Untersuchungen zu einem verlorenen Hauptwerk der ottonischen Goldschmiedekunst (2006), M√ľnster, pp. 11f, 50ff.
  34. ‚ÜĎ a et b Heiko Steuer, ¬ę Das Leben in Sachsen zur Zeit der Ottonen ¬Ľ, pp. 89‚Äď107, et sur ce point pr√©cis : p. 106. In: Matthias Puhle (√©d.): Otto der Grosse, Magdeburg und Europa (2001), 2 vol, Zabern, Mayence (catalogue de la 27e expositions du Conseil de l'Europe et exposition r√©gionale de Saxe-Anhalt).
  35. ‚ÜĎ Francis Rapp, Le Saint-Empire romain germanique, Tallandier 2000, p. 65.
  36. ‚ÜĎ a et b Pierre Rich√©, Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe, Hachette 1983, p.384.
  37. ‚ÜĎ a et b Pierre Rich√©, Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe, Hachette 1983, p.385.
  38. ‚ÜĎ Dipl√īme n¬į 146 in Theodor Sickel (dir.), Ottonis II. et Ottonis III. Diplomata, Hanovre, MGH Diplomata, 1893 [lire en ligne], p. 556‚Äď557 
  39. ‚ÜĎ Johannes Laudage, Das Problem der Vormundschaft √ľber Otto III, in: Anton von Euw/ Peter Schreiner (√©d.), Kaiserin Theophanu: Begegnung des Ostens und Westens um die Wende des ersten Jahrtausends, pp. 261‚Äď275, et plus sp√©cialement : p. 274.
  40. ‚ÜĎ B√∂hmer-Uhlirz, Regesta Imperii II, 21: Die Regesten des Kaiserreiches unter Otto III, n¬į 1143a, p. 597.
  41. ‚ÜĎ Gerd Althoff, Die Ottonen, K√∂nigsherrschaft ohne Staat, p. 176.
  42. ‚ÜĎ Pierre Rich√©, Gerbert d'Aurillac, le pape de l'an mil, Fayard mars 1987, p. 166.
  43. ‚ÜĎ Pierre Rich√©, Gerbert d'Aurillac, le pape de l'an mil, Fayard mars 1987, p. 167.
  44. ‚ÜĎ a, b et c Pierre Milza, , Fayard, 2005, p. 197 .
  45. ‚ÜĎ Pierre Rich√©, Gerbert d'Aurillac, le pape de l'an mil, Fayard mars 1987, p. 169.
  46. ‚ÜĎ La lettre d'Otton III √† Gerbert de Reims. Dipl√īme n¬į241 dans Theodor Sickel (dir.), Ottonis II. et Ottonis III. Diplomata, Hanovre, 1893 [lire en ligne], p. 658‚Äď659 
  47. ‚ÜĎ Dipl√īme n¬į255 du 1er octobre 997, in Monumenta Germaniae Historica
  48. ‚ÜĎ Pierre Rich√©, Gerbert d'Aurillac, le pape de l'an mil, Fayard mars 1987, p. 192.
  49. ‚ÜĎ Vita Sancti Nili, chap. 91 in: Monumenta Germaniae Historica
  50. ‚ÜĎ a, b et c Pierre Rich√©, Gerbert d'Aurillac, le pape de l'an mil, Fayard mars 1987, p. 193.
  51. ‚ÜĎ B√∂hmer-Uhlirz, Regesta Imperii II,3: Die Regesten des Kaiserreiches unter Otto III, chap. 1272a, p. 685f .
  52. ‚ÜĎ Dipl√īme n¬į285, in Monumenta Germaniae Historica
  53. ‚ÜĎ a, b et c Pierre Rich√©, Gerbert d'Aurillac, le pape de l'an mil, Fayard mars 1987, p. 194.
  54. ‚ÜĎ MGH Constitutiones 1, √©d. par Ludwig Weiland, Hanovre (1893), n¬į24, cap. 3, p. 51, Digitalisat.
  55. ‚ÜĎ Mathilde Uhlirz, Jahrb√ľcher Ottos III, p. 292 et p. 534‚Äď537.
  56. ‚ÜĎ Dithmar, Chroniques, IV, 44.
  57. ‚ÜĎ Gallus Anonymus, ¬ę Chronic√¶ et gesta ducum sive principum Polonorum ¬Ľ, I, 6.
  58. ‚ÜĎ Cf. Johannes Fried, Otto III. und Boleslaw. Das Widmungsbild des Aachener Evangeliars, der ‚ÄěAkt von Gnesen‚Äú und das fr√ľhe polnische und ungarische K√∂nigtum. Eine Bildanalyse und ihre historischen Folgen, Wiesbaden, 1989, p. 123‚Äď125 .
  59. ‚ÜĎ Gerd Althoff, Otto III (1996), Darmstadt, p. 144 sq.
  60. ‚ÜĎ Ad√©mar de Chabannes, 1, III.
  61. ‚ÜĎ Annales Quedlinburgenses ad annum 1000.
  62. ‚ÜĎ Pierre Rich√©, Gerbert d'Aurillac, le pape de l'an mil, Fayard mars 1987, p. 188.
  63. ‚ÜĎ Annales Hildesheimenses a. 1000.
  64. ‚ÜĎ Gerd Althoff, ¬ę Die Ottonen ¬Ľ, p. 193.
  65. ‚ÜĎ Thangmar, Vita Bernwardi, cap.23.
  66. ‚ÜĎ Dipl√īme n¬į389, in von Theodor Sickel (dir.), Ottonis II. et Ottonis III. Diplomata [¬ę Die Urkunden Otto des II. und Otto des III ¬Ľ], Hanovre, MGH Diplomata, 1893 [lire en ligne], p. 818‚Äď820 , [trad. par] Wolfgang Lautemann (√©d.): Geschichte in Quellen 2, Munich 1970, p. 205f.
  67. ‚ÜĎ Thangmar, Vita Bernwardi, cap. 25.
  68. ‚ÜĎ Pierre Damien, Vita beati Romualdi, cap. 25; Brun de Querfurt, Vita quinque fratrum, cap. 2.
  69. ‚ÜĎ Thangmar, Vita Bernwardi, cap. 37; Brun von Querfurt, Vita quinque fratrum, cap. 7; Dithmar IV, 49.
  70. ‚ÜĎ Dithmar, Chroniques, IV, 50.
  71. ‚ÜĎ Dithmar, Chroniques, IV, 54.
  72. ‚ÜĎ D H II. 3 : pro salute anime dilecti quondam nostri nepotis dive memorie boni Ottonis imperatoris.
  73. ‚ÜĎ Annales Quedlinburgenses ad an. 1003.
  74. ‚ÜĎ Knut G√∂rich, Otto III Romanus Saxonicus et Italicus. Kaiserliche Rompolitik und s√§chsische Historiographie, Sigmaringen, 1993, p. 270ff .
  75. ‚ÜĎ Gallus Anonymus, Chronica et gesta ducum sive principum Polonorum, Cracovie, √©d. Karol MaleczyŇĄsky, coll. ¬ę Monumenta Poloniae Historica NS 2 ¬Ľ, 1952, p. 20 .
  76. ‚ÜĎ Pierre Rich√©, Gerbert d'Aurillac, le pape de l'an mil, Fayard mars 1987, p. 194-195.
  77. ‚ÜĎ Jean Ch√©lini, Histoire religieuse de l'Occident m√©di√©val, Hachette 1991, p. 223.
  78. ‚ÜĎ a, b et c Jean Ch√©lini, Histoire religieuse de l'Occident m√©di√©val, Hachette 1991, p. 225.
  79. ‚ÜĎ Godefroid Kurth, Biographie nationale T. XV, publi√©e par l'Acad√©mie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles 1897, p. 901 et suiv.[4]
  80. ‚ÜĎ Jean Ch√©lini, Histoire religieuse de l'Occident m√©di√©val, Hachette 1991, p. 224.
  81. ‚ÜĎ Pierre Milza, Histoire de l'Italie, Fayard, 2005, p. 198-199.
  82. ‚ÜĎ Rich√©, Les Carolingiens, p.385-386
  83. ‚ÜĎ Francis Rapp, Le Saint-Empire romain germanique, Tallandier, 2000, p. 72.
  84. ‚ÜĎ Chronologie de la Pologne, Clio.fr
  85. ‚ÜĎ a, b, c, d et e Marie-Madeleine de Cevins, Saint √Čtienne de Hongrie ou l'ancrage des Magyars √† l'Ouest, Clio.fr
  86. ‚ÜĎ Francis Rapp, Le Saint-Empire romain germanique, Tallandier, 2000, p. 71.
  87. ‚ÜĎ ¬ę Annales Quedlinburgenses ad annum 1001 ¬Ľ f.
  88. ‚ÜĎ ¬ę Annales Quedlinburgenses ad an. 1002 ¬Ľ.
  89. ‚ÜĎ Dithmar IV, 47.
  90. ‚ÜĎ Bruno de Querfurt, ¬ę Vita quinque fratrum ¬Ľ, cap. 7.
  91. ‚ÜĎ Bruno de Querfurt, Vita quinque fratrum, cap. 7.
  92. ‚ÜĎ Bruno, Vita Adalberti c.20.
  93. ‚ÜĎ ¬ę alter mirabilia mundi dicebatur ¬Ľ : Cf. Annales Spirenses, MGH [lire en ligne] ; Chronica Pontificum et Imperatorem S. Bartholomaei in insula Romana, MGH [lire en ligne] 
  94. ‚ÜĎ Cf. Wilhelm Giesebrecht, Geschichte der deutschen Kaiserzeit, vol. 1, p. 719,720f. et 759 .
  95. ‚ÜĎ Robert Holtzmann, Geschichte der s√§chsischen Kaiserzeit, S. 381f.
  96. ‚ÜĎ Mathilde Uhlirz, Jahrb√ľcher Ottos III. p. 414‚Äď422
  97. ‚ÜĎ Mathilde Uhlirz, Das Werden des Gedankens der Renovatio imperii Romanorum bei Otto III, in: Sent. cnet. it. 2 (Spoleto, 1955) pp. 201‚Äď219, et plus sp√©cialement p. 210.
  98. ‚ÜĎ Knut G√∂rich, Otto III. Romanus Saxonicus et Italicus: kaiserliche Rompolitik und s√§chsische Historiographie (1995), Sigmaringen, pp. 190 sq. ; p. 267 sq.
  99. ‚ÜĎ Gerd Althoff, Otto III, S. 31.
  100. ‚ÜĎ Gerd Althoff, Otto III, p. 172.
  101. ‚ÜĎ Ricarda Huch, R√∂misches Reich Deutscher Nation, p. 66f.
  102. ‚ÜĎ Henry Benrath, ¬ę Kaiser Otto III}}, p. 5.
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