Oremus et pro perfidis Judæis

Oremus et pro perfidis Judaeis

L’expression latine Oremus et pro perfidis Judaeis était l’exorde d’une oraison prononcée dans la liturgie catholique lors de la prière du Vendredi saint. Introduite au VIIe siècle, elle signifiait originellement « Prions aussi pour les Juifs qui n’ont pas notre foi »[1]. Mais avec l’évolution de la liturgie et les traductions dans les langues communes, notamment le français (« Prions aussi pour les Juifs perfides »), l’expression est « devenue très vite, dans un contexte d’antijudaïsme, synonyme de “déloyauté”, “fourberie”[2] », puis « gravement offensante » et chargée de « relents d’antisémitisme »[3].

Cette terminologie a suscité des controverses au début du XXe siècle aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Église catholique. Les discussions officielles au sein de la hiérarchie catholique pour la supprimer ou la réformer commencèrent dans les années 1920. En 1959, le pape Jean XXIII supprima les termes contestés (perfidis, ainsi que perfidiam, qui figurait dans l’oraison). Ces termes ne réapparaissent pas non plus après le concile Vatican II. Depuis le missel de Paul VI, promulgué en 1970, la formulation est devenue : « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité de son Alliance[4]. »

Sommaire

L'ancienne formule

Le texte

Dans le Missale Romanum, le texte était le suivant depuis 1570 :

« Oremus et pro perfidis Judaeis : Ut Deus et Dominus noster auferat velamen de cordibus eorum ut et ipsi agnoscent Jesum Christum Dominum nostrum. (Non respondetur Amen, nec dicitur Oremus aut Flectamus genua, aut Levate, sed statim dicitur :) Omnipotens sempiterne Deus qui etiam judaicam perfidiam a tua misericordia non repellis; exaudi preces nostras quas pro illius populi obcaecatione deferimus, ut agnita veritatis tuae luce quae Christus est, a suis tenebris eruantur. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen. »

L'adjectif perfidus

En latin classique, l’adjectif perfidus a le sens de « qui manque à sa parole ou à son serment, traître, perfide, faux[5] » ou « sans foi[6] ». Toutefois, selon l’acception du bas-latin ou « latin d’église » utilisé lors de l’instauration de cette prière, au VIIe siècle, perfidus peut être le simple antonyme de fidelis et donc signifier « non fidèle[7] », « sans foi, infidèle, incrédule, incroyant, païen[8] ».

Les traductions

Seul le latin était utilisé pour la liturgie. D’un missel à l’autre, le texte latin était identique. En revanche, surtout depuis le XVIIIe siècle, il existait des éditions bilingues du missel pour faciliter la compréhension des fidèles pendant l’office[9]. La traduction des textes liturgiques en langues communes variait selon les éditeurs alors même que ceux-ci avaient reçu l’approbation de l’Église catholique. Il existait donc, en même temps, dans une même langue, plusieurs traductions autorisées.

« Oremus et pro perfidis Judæis », in Nouveau Paroissien romain, éd. Brepols (1905)

Un ouvrage fort répandu dans la première moitié du XXe siècle, le Missel quotidien et vespéral de dom Lefebvre[10], traduisait ainsi l’exorde (præfatio) : « Prions aussi pour les Juifs parjures, afin que Dieu notre Seigneur ôte le voile de leurs cœurs et leur donne de connaître, eux aussi, Jésus-Christ notre Seigneur. » On enjoignait ensuite aux fidèles de ne pas s’agenouiller (On ne répond pas : « Amen » et on ne dit pas « prions », ni « mettons-nous à genoux », ni « levez-vous », mais on poursuit aussitôt). Enfin, venait l’oraison : « Dieu éternel et tout-puissant, qui n’écartez point de votre miséricorde même les Juifs parjures, écoutez les prières que nous vous adressons pour ce peuple aveuglé : donnez-leur de connaître la lumière de votre vérité, qui est le Christ, afin qu’ils soient arrachés à leurs ténèbres. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur qui vit et règne avec vous dans l’unité du Saint-Esprit, Dieu pour les siècles des siècles. Amen[11]. » Le Nouveau Paroissien romain de 1905 publié par Brepols traduisait, quant à lui, « perfidis Judaeis » par « perfides Juifs » et, dans l’oraison, « judaicam perfidiam » par « Juifs perfides ». Au début des années 1950, une traduction anglophone de « perfidis Judaeis » était « faithless Jews ».

Origine et évolution

La liturgie

Dès l’époque du christianisme ancien, au IVe siècle, certains Pères de l'Église (Jean Chrysostome et Grégoire de Nazianze notamment) ont développé des arguments hostiles aux Juifs sous une forme théologique. L’expression « pro perfidis Judaeis » s’est inscrite dans la liturgie du Vendredi saint au VIIe siècle, dans le sacramentaire grégorien, dit Hadrianum. Or, à la fin du VIIIe siècle, l’agenouillement et la prière silencieuse, qui précédaient toutes les autres demandes de la prière universelle, furent abolis dans le cas de cette oraison.

Le thème de l’« aveuglement » du peuple juif[12] contenu dans la prière est illustré par la statue de la synagogue, cathédrale de Strasbourg, portail sud, milieu du XIIIe siècle.

Bernhard Blumenkranz établit une corrélation entre la suppression de cet agenouillement et une forme de mépris. Il écrit : « La prière elle-même ne comporte aucune pointe antijuive. Mais, la pointe elle-même lui fut ajoutée – intentionnellement ou par simple erreur – à partir du VIIIe siècle. C’est alors que nous rencontrons la première fois l’instruction, dans un ordo romain de la messe, de s’abstenir de la génuflexion lors de la prière pour les Juifs[13]. »

Autant l’abolition de la génuflexion paraît symptomatique à Bernhard Blumenkranz, autant le choix des mots, du moins à l’origine, ne lui semble pas suspect. Il traduit ainsi la première phrase : « Prions aussi pour les Juifs incroyants, pour que notre Dieu et Seigneur enlève le voile de leurs cœurs et pour qu’eux aussi reconnaissent Jésus-Christ, notre Seigneur[13]. » Il souligne : « Nous traduisons perfidia et perfidus par « incroyance » respectivement « incroyant ». » Il se réfère à son étude « Perfidia[14] » ainsi qu’aux travaux de John Maria Oesterreicher et de Jules Isaac[15]. Il note que « d’une manière générale, les morceaux liturgiques à caractère antijuif prononcé resteront toujours rares » dans l’histoire de l’Église, tout en relevant néanmoins des « exceptions » telles que « l’exhortation contre les Juifs par Roclen, évêque de Mâcon ». Mais cette oraison pour laquelle les fidèles ne s’agenouillaient plus est, quant à elle, devenue depuis le VIIIe siècle, « fortement chargée d’une note d’hostilité qui en altérait profondément le sens et l’intention ».

Dans Genèse de l’antisémitisme, Jules Isaac réserve un chapitre entier[16] à « Oremus et pro perfidis Judaeis » et indique trois sources principales à sa réflexion[17]. Il s’interroge sur « l’abandon de la génuflexion » un siècle après l’instauration de la prière, c’est-à-dire « au temps de Charlemagne ». Pour lui, on ne saurait parler d’antisémitisme populaire à cette époque et cette « brutale modification liturgique » a donc toutes chances d’avoir été imposée par l’Église « comme un moyen de faire pression sur le peuple, de lui inculquer jusque dans la prière la forte dose nécessaire d’antijudaïsme ». En cela, son analyse diffère de celles d’Erik Peterson et de John Maria Oesterreicher, tous deux considérant que « le changement est originaire non de Rome mais de Gaule[18] ». Même s’il a connu des applications variables[19], ce changement, selon Jules Isaac, « a été adopté, consacré et finalement partout imposé par Rome », se situant « dans la ligne, tracée par les Pères de l’Église, de l’enseignement du mépris ».

La notion de « mépris » est l’une des lignes directrices de l’analyse de Michel Remaud[20], qui observe : « Ces termes n’avaient pas en latin le sens de perfides et de perfidie, qu’ils ont acquis en français et dans les langues issues du latin. Ils signifiaient seulement que les juifs étaient infidèles, c’est-à-dire qu’ils n’adhéraient pas à la foi chrétienne[21]. » Il ajoute néanmoins que cette signification « ne pouvait pas empêcher une interprétation malveillante et antijuive de ces mots, que l’enseignement chrétien courant, largement teinté d’antijudaïsme, portait à comprendre spontanément dans le sens des langues modernes ».

Selon Michel Remaud, cet antijudaïsme de l’Église romaine est cependant à mettre en rapport avec celui des Églises catholiques d’Orient. Citant Yohanan Elihai[22], il écrit : « Les mots perfidis et perfidiam – dont il faut se réjouir qu’ils aient disparu de la liturgie catholique – étaient sans commune mesure avec les formules que l’on trouve dans certaines liturgies orientales, byzantine, syrienne ou autres, sur la « race adultère et infidèle des juifs », la « synagogue qui est condamnée », « l’essaim des déicides, la race impie des juifs », « le peuple maudit des juifs », et autres amabilités[23]. »

Le concile de Trente

La formulation fut conservée dans le missel romain introduit par Pie V, après le concile de Trente, selon sa bulle Quo Primum du 14 juillet 1570[24]. Cela revenait donc à lui conférer une plus grande valeur, puisque à partir de ce moment-là son utilisation devint obligatoire pour tous les catholiques. Le catéchisme du concile de Trente, examinant le rôle du genre humain dans la Passion, précise que les péchés de l’humanité tout entière sont responsables de la crucifixion. Le concile de Trente ne porte aucune accusation de déicide contre le peuple juif.

Révision de la prière du Vendredi saint

Le cardinal Merry del Val

Avant la Seconde Guerre mondiale

Article détaillé : Opus sacerdotale Amici Israel.

La révision de l’oraison du Vendredi saint fut à l’ordre du jour pendant l’entre-deux-guerres, en particulier après la création à Rome, en février 1926, de l’Opus sacerdotale Amici Israel. Dès sa seconde année d’existence, cette association réunissait 19 cardinaux, 300 évêques et environ 3 000 prêtres[25]. Elle avait pour but de donner à la politique du Saint-Siège une orientation plus favorable aux Juifs.

La première mission de l’Opus sacerdotale consista à faire supprimer le mot perfidis dans la prière du Vendredi saint. Le pape Pie XI, qui travaillait volontiers en accord avec le grand-rabbin de Milan[26], demanda à la Congrégation des rites d’élaborer une réforme en ce sens. Il chargea le cardinal Schuster, archevêque de Milan et lui-même partisan de cette réforme, de suivre le dossier. La Curie lui opposa cependant une fin de non-recevoir, assortie d’un refus sans appel du cardinal Merry del Val, préfet du Saint-Office, au motif qu’il s’agissait de transformer une prière « consacrée par les siècles[27] ». L’Opus sacerdotale Amici Israel, quant à lui, fut aboli en 1928 par un décret du Saint-Office[25].

De 1945 à 1948

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la communauté internationale, dont l’Église catholique, réagit à la découverte officielle des camps de concentration. Plusieurs personnalités intervinrent à titre privé afin d’infléchir l’attitude de l’Église à propos de la prière Oremus et pro perfidis Judaeis. Par exemple, en 1946, Jacques Maritain, adversaire de l’antisémitisme et ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, demanda à Mgr Montini que l’on modifiât la formulation litigieuse[28].

En juillet-août 1947, eut lieu la conférence de Seelisberg pour étudier les causes de l’antisémitisme et la responsabilité des chrétiens dans la Shoah. Parmi les participants juifs et chrétiens, se trouvaient Jules Isaac, le grand-rabbin Jacob Kaplan, le grand-rabbin Alexandre Safran, Charles Journet, Jean de Menasce et Paul Démann. Le texte de la déclaration publiée à l’issue de la conférence (les « dix points de Seelisberg ») doit beaucoup à Jules Isaac, notamment aux conclusions de son ouvrage Jésus et Israël, publié en 1949.

Dans Genèse de l’antisémitisme, paru en 1956, Jules Isaac commente l’évolution de l’Église après la conférence de Seelisberg : « Des auteurs catholiques, tels qu’Erik Peterson (qui invoque l’autorité du cardinal Schuster) et surtout J. M. Oesterreicher, se sont appliqués à démontrer que, dans le latin d’église, perfidus ne signifie ni “perfide”, ni “parjure”, ni “déloyal”, ni “traître”, mais “incroyant” ou “infidèle”. » Il ajoute que cette « argumentation », qui n’est « pas pleinement convaincante » à ses yeux, a néanmoins « conduit à un résultat positif qui n’est pas négligeable ». En effet, la Congrégation des rites a émis en 1948 un avis selon lequel « le sens exact de cette expression latine » a été rendu « dans diverses traductions » par « des expressions qui ont paru blessantes à l’égard de ce peuple ». La Congrégation déclare ensuite ne pas désapprouver des traductions telles que « infidélité, infidèles en matière de religion[29] ». Cette déclaration, « d’une extrême prudence », toujours selon Jules Isaac, marque « un changement d’attitude, méritoire, puisqu’elle implique l’intention de réparer le mal commis par un usage plus que millénaire — et d’ailleurs loin d’être complètement abandonné ».

De 1948 à 1959

En 1948, fut créée la Commission pour la réforme liturgique, en marge de la Congrégation des rites. Elle comprenait huit membres sous la présidence du cardinal Clemente Micara, puis du cardinal Gaetano Cicognani. Son secrétaire était Annibale Bugnini, nommé par Pie XII. Cette commission eut à traiter la réforme du rituel du Vendredi saint (1951) puis de la Semaine sainte (1955)[30].

À la suite de ses travaux, la liturgie connut une première transformation en 1955. Dans le nouvel Ordo Hebdomadae Sanctae, la phrase « Non respondetur Amen, nec dicitur Oremus aut Flectamus genua, aut Levate, sed statim dicitur » fut remplacée par les trois termes qui apparaissaient dans toutes les autres prières du Vendredi saint : « Oremus », « Flectamus genua », « Levate », tandis que le reste du texte était inchangé. Cette réforme consistait finalement en un retour au VIIIe siècle, avec la génuflexion. Elle fut prescrite par le décret Maxima Redemptoris nostrae mysteria, en date du 16 novembre 1955, et fut donc appliquée pour la première fois lors du Vendredi saint de 1956. Toutefois, certains missels avaient déjà intégré cette modification de manière informelle. Avec ce rétablissement de la génuflexion, comme pour « tous les autres Oremus », Jules Isaac[31] constate : « Voilà donc supprimée l’offense du geste. » Il remarque à ce propos : « Au cours d’une audience pontificale, nous avions attiré sur ce point la bienveillante attention du Souverain Pontife. »

En 1959, Jean XXIII supprima les termes incriminés à l’occasion du premier Vendredi saint qui suivit son élection au pontificat. Il officialisa cette décision par une circulaire du vicariat de Rome en date du 21 mars 1959[3].

Vatican II et Nostra Ætate

Le pape Paul VI en 1967
Article détaillé : Nostra Ætate.

Le concile Vatican II a réexaminé en profondeur les relations du christianisme avec le judaïsme. Le pape Paul VI a fait une mise au point au sujet des relations avec les autres religions dans la déclaration Nostra Ætate du 28 octobre 1965. Cette déclaration fut largement inspirée par John Maria Oesterreicher, tout comme les « dix points de Seelisberg » l’avaient été par Jules Isaac.

Les réformes de Paul VI portèrent également sur la prière du Vendredi saint. En effet, « même après la suppression par Jean XXIII de l’adjectif “perfidis”, l’oraison continuait à employer des formules que l’on pouvait considérer comme blessantes pour les juifs[32] ». C’est pourquoi, en 1966, avec le nouveau missel, Paul VI a promulgué une nouvelle prière, qui fut modifiée en 1969. Cette prière, entrée en vigueur en 1970, est maintenant :

« Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé, en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité de son Alliance. (Tous prient en silence. Puis le prêtre dit :) Dieu éternel et tout-puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de l’Alliance, comme ton Église t’en supplie. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. (Le peuple répond :) “Amen”. »

Le catéchisme de l'Église catholique défini par Jean-Paul II en 1992 reprend les mêmes thèmes que Nostra Ætate.

Révision de Benoît XVI

Le motu proprio intitulé Summorum Pontificum et publié le 7 juillet 2007 par le pape Benoît XVI a soulevé quelques inquiétudes[33]. Les mots perfidis et perfidia étaient toutefois supprimés depuis 1959 et le texte indiquait simplement : « Prions aussi pour les Juifs[34]. » Mais l’intention de la prière demeurait, selon l’ancienne tradition, la conversion des Juifs au christianisme.

Ce motu proprio, qui redéfinit le cadre juridique de la célébration de la messe selon le missel de 1962, a suscité un émoi dans la communauté juive[35]. C’est pourquoi, afin d’éviter que cette prière soit de nouveau utilisée, Benoît XVI a proposé en janvier 2008 une nouvelle version aux fidèles du rite tridentin. Cette révision fut plus ou moins bien reçue dans les milieux traditionalistes ou intégristes, dont certains membres ont regretté qu’on ne gardât pas la formule de 1962. La nouvelle version suscita par ailleurs des interrogations dans les milieux juifs, lesquels considèrent le maintien partiel de cette prière comme un retour en arrière par rapport à la déclaration Nostra Ætate. En effet, si l’adjectif perfidis a disparu, l’Église traditionaliste continue cependant de prier pour la conversion des Juifs.

« Oremus et pro Iudaeis. Ut Deus et Dominus noster illuminet corda eorum, ut agnoscant Iesum Christum salvatorem omnium hominum. (Oremus. Flectamus genua. Levate.) Omnipotens sempiterne Deus, qui vis ut omnes homines salvi fiant et ad agnitionem veritatis veniant, concede propitius, ut plenitudine gentium in Ecclesiam Tuam intrante omnis Israel salvus fiat. Per Christum Dominum nostrum. Amen[36]. »

Notes et références

  1. Bernhard Blumenkranz, Juifs et chrétiens dans le monde occidental, 430-1096, Peeters, Paris-Louvain, 2006, p. 91 sqq. Extraits en ligne.
  2. « Sans doute le terme latin de « perfidia » signifie-t-il étymologiquement “infidélité”, “manque de foi” ou “incrédulité”, mais dans la tradition française – comme en d’autres langues – le mot est devenu très vite, dans un contexte d’antijudaïsme, synonyme de “déloyauté”, “fourberie”. Comme on sait l’influence du texte des prières sur la foi des croyants, l’emploi de ce vocable s’est avéré particulièrement péjoratif à l’égard du peuple juif, voire franchement pernicieux. Ce glissement fut aggravé, à partir du VIIIe siècle, par le fait que cette oraison, contrairement aux autres intentions qui forment cette prière universelle, ne fut plus précédée ni d’un agenouillement, ni d’une intercession silencieuse », dans Une mémoire pour l’avenir : cinquante ans de dialogue entre juifs et chrétiens, les grands textes : réunis à l’occasion du cinquantenaire de la conférence de Seelisberg (30 juillet - 5 août 1947) , éd. du Zèbre, Lausanne, 1997, p. 44 ; article de Mgr Pierre Mamie dans Judaïsme, anti-judaïsme et christianisme : colloque de l’Université de Fribourg, 16-20 mars 1998, par Alexandre Safran et al., faculté de théologie de l’université de Fribourg, éditions Saint-Augustin, 2000, (ISBN 2880111536 et ISBN 9782880111533) [présentation en ligne], p. 27-28 [lire en ligne sur books.google.fr (page consultée le 30 mai 2009)]
  3. a  et b Site de Notre-Dame de Sion.
  4. La traduction en latin est la suivante : Oremus et pro Iudæis, ut, ad quos prius locutus est Dominus Deus noster, eis tribuat in sui nominis amore et in sui fœderis fidelitate proficere. (Oratio in silentio. Deinde sacerdos :) Omnipotens sempiterne Deus, qui promissiones tuas Abrahæ eiusque semini contulisti, Ecclesiæ tuæ preces clementer exaudi, ut populus acquisitionis prioris ad redemptionis mereatur plenitudinem pervenire. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
  5. Dictionnaire latin-français en ligne
  6. Le Gaffiot indique pour le latin classique : « perfide, sans foi [en parl. de pers.] ; […] [fig. en parl. de choses] perfide, trompeur. »
  7. K. P. Harrington, Mediaeval Latin (1925). L’ouvrage de Harrington précise p. 181, note 5, à propos du mot perfidorum : « Perfidus and perfidia are used by Bede and other LL writers as opposites of fides and fidelis (cf. Plummer 2.10). Thus perfidorum principum mandata are mandates of the unbelieving rulers. » C’est-à-dire : « Perfidus et perfidia sont employés par Bède et d’autres auteurs latins comme antonymes de fides et de fidelis (cf. Plummer 2.10). Les perfidorum principum mandata sont donc les mandats des princes incroyants. »
  8. Albert Blaise, Dictionnaire latin-français des Pères de l’Église.
  9. Histoire des missels.
  10. Première édition en 1920 ; rééd. Bruges, Paris, 1951, p. 702-703.
  11. Missel quotidien et vespéral [pdf]
  12. Dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, Viollet-le-Duc remarque : « La synagogue de la cathédrale […] a les yeux bandés ; son étendard se brise dans sa main ; son bras gauche, pendant, laisse tomber les tables. »
  13. a  et b Bernhard Blumenkranz, Juifs et chrétiens dans le monde occidental, 430-1096, Peeters, Paris-Louvain, 2006, p. 92 [extraits en ligne].
  14. « Dans ALMA (Bulletin du Cange), 22, 1952, 157 sqq. »
  15. « La dernière étude de cette oraison, après le travail de J. M. Oesterreicher, « Pro perfidis Judaeis », dans Cahiers sioniens, 1947, 85/101, est donnée par J. Isaac, Genèse de l’antisémitisme, Paris, 1956, 296/305. »
  16. Éd. Pocket, coll. « Agora », p. 289 sqq.
  17. Jules Isaac cite l’article d’Erik Peterson, Perfidia Judaica, Ephemerides liturgicae, 1936, t. 50 ; Mgr John Maria Oesterreicher, Pro perfidis Judaeis, 1947, Cahiers Sioniens ; Bernhard Blumenkranz, Archivium Latinitatis medii Aevi, Bulletin du Cange, 1952, t. XXII.
  18. Formule extraite de l’article de John Maria Oesterreicher, Pro perfidis Judaeis, cité par Jules Isaac.
  19. Jules Isaac cite l’étude de Robert Fawtier dans John Ryland’s Library, bull. 5, p. 381, selon laquelle la génuflexion « se serait maintenue à York jusqu’au XIIe siècle ».
  20. Son ouvrage L’Église au pied du mur porte comme sous-titre : « Juifs et chrétiens, du mépris à la reconnaissance ».
  21. Site de Notre-Dame de Sion, article de Michel Remaud, « Dans la liturgie ».
  22. Yohanan Elihai, Juifs et chrétiens d’hier à demain, Cerf, Paris, 1990, p. 22-23.
  23. Un écho d’Israël, Site de Notre-Dame de Sion.
  24. Oraison pour la conversion des Juifs [pdf], sur le site lacriseintegriste.typepad.fr.
  25. a  et b Menahem Macina, « Essai d’élucidation des causes et circonstances de l’abolition, par le Saint-Office, de l’Opus sacerdotale Amici Israel (1926-1928) », in Juifs et chrétiens, entre ignorance, hostilité et rapprochement (1898-1998), Travaux Recherches de l’Université, Lille, 2003, p. 87-110, [lire en ligne sur le site Convertissez-vous.com]
  26. Yves Chiron, Pie XI (1857-1939), Perrin, 2004.
  27. H. Wolf, « Pro perfidis Judaeis“, Die „Amici Israel“ und ihr Antrag auf eine Reform der Karfreitagsfürbitte für die Juden (1928). Oder: Bemerkungen zum Thema katholische Kirche und Antisemitismus », in Historische Zeitschrift, CCLXXIX (2004), p. 612-658, cité par Emma Fattorini, Pio XI, Hitler e Mussolini. La solitudine di un papa, Einaudi 2007, p. 116-117.
  28. Yves Chevalier, « Le combat de Jacques Maritain contre l’antisémitisme ».
  29. Acta Apostolicae Sedis, vol. IX, no 8, 16 août 1948.
  30. L’histoire de la réforme liturgique à travers le témoignage de Mgr Bugnini par Mgr Martimort, sur le site Sacrosanctum Concilium.
  31. Jules Isaac, ibid.
  32. Michel Remaud, Dialogue et profession de foi Site de Notre-Dame de Sion.
  33. « La prière pour la conversion des Juifs réapparaîtra-t-elle ? », sur le site jcrelations.net
  34. Missale Romanum editio typica, A.D. 1962
  35. Article de Pierre Savy [pdf].
  36. Voici la traduction donnée par Michel Remaud (Site de Notre-Dame de Sion) : « Prions aussi pour les juifs. Que notre Dieu et Seigneur illumine leurs cœurs afin qu’ils reconnaissent Jésus-Christ comme sauveur de tous les hommes. (Prions. Fléchissons les genoux. Levez-vous.) Dieu éternel et tout-puissant, qui veux que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, accorde, dans ta bonté, que, la plénitude des nations étant entrée dans ton Église, tout Israël soit sauvé. Par le Christ notre Seigneur. Amen. » À titre de comparaison, Michel Remaud rappelle l’ancienne formulation, après les corrections de Jean XXIII et avant la révision de Benoît XVI : « Prions aussi pour les juifs. Que notre Dieu et Seigneur retire le voile de leurs coeurs, pour qu'eux aussi reconnaissent Jésus-Christ notre Seigneur. (Prions. Fléchissons les genoux. Levez-vous.) Dieu éternel et tout-puissant, qui n’écartes pas même les juifs de ta miséricorde, exauce nos prières, que nous te présentons pour ce peuple aveuglé [littéralement : pour l’aveuglement de ce peuple], afin que, ayant reconnu la vérité de ta lumière, qui est le Christ, ils soient arrachés à leurs ténèbres. Par ce même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen. »

Voir aussi

Bibliographie

  • Augustin Bea, L’Église et le peuple juif, Paris, 1967
  • Bernhard Blumenkranz, Juifs et chrétiens dans le monde occidental, 430-1096, Peeters, Paris-Louvain, 2006 [extraits en ligne]
  • Jean Dujardin, L’Église catholique et le peuple juif : Un autre regard, Calmann-Lévy, 2003.
  • Marie-Thérèse Hoch, Bernard Dupuy, Les Églises devant le judaïsme. Documents officiels 1948-1978, Cerf, 1980.
  • Jules Isaac, Jésus et Israël, Fasquelle, 1949 ; Fasquelle, 2000.
  • Jules Isaac, Genèse de l’antisémitisme, Calmann Lévy, 1956 ; Pocket, coll. « Agora », 1985.
  • Jules Isaac, L'Enseignement du mépris, Grasset, 2004, (ISBN 9782246171829). Première édition : Fasquelle Ligugé / Aubin, 1962.
  • John Maria Oesterreicher, Pro perfidis Judaeis, Cahiers sioniens 1, 1947, p. 85-101.
  • Éric Palazzo, Le Moyen Âge, Des origines au XIIIe siècle, préface de Pierre-Marie Gy, o. p., Beauchesne, « Histoire des livres liturgiques », 1993 [extraits en ligne]
  • Michel Remaud, L’Église au pied du mur : Juifs et chrétiens, du mépris à la reconnaissance, Bayard, 2007.
  • (it) Elio Toaff, Perfidi giudei, fratelli maggiori, Mondadori, 1990, (ISBN 8804334096)

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Liens externes

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