Ordre des Chartreux

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Ordre des Chartreux
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L'ordre des Chartreux est un ordre religieux contemplatif √† vŇďux solennels, de type semi-√©r√©mitique, fond√© en 1084 par saint Bruno et six compagnons (quatre clercs et deux la√Įcs). Il prend son nom du massif de la Chartreuse, au nord de Grenoble, situ√© sur la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse dans l'Is√®re, o√Ļ ils se sont √©tablis pr√®s de l'actuel monast√®re de la Grande-Chartreuse.

Le Monastère de la Grande Chartreuse

Sommaire

La communauté de la Grande Chartreuse

Entrée principale du monastère
Article d√©taill√© : Grande Chartreuse.

La vie, les coutumes et l'histoire de l'ordre sont indissociables de celles de sa maison-m√®re, le monast√®re de la Grande Chartreuse (Saint-Pierre-de-Chartreuse, d√©partement de l'Is√®re, France), dont le prieur est chef d'ordre et dont la communaut√© joue un r√īle fondamental dans la vie et l'√©volution de l'ordre. Le P√®re g√©n√©ral est son sup√©rieur. Elle l'√©lit de concert avec les membres du chapitre g√©n√©ral. Ses membres peuvent √™tre √©lus au d√©finitoire du chapitre g√©n√©ral ; ils assistent directement le R√©v√©rend P√®re dans l'administration de l'ordre. Ils jouent surtout √† l'√©gard de l'ordre un r√īle exemplaire tacite. Jusqu'√† une p√©riode relativement r√©cente, la communaut√© de Chartreuse ne faisait pas l'objet de visite canonique.

Histoire

Article d√©taill√© : Histoire des Chartreux.

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Devise, blason, sigle

Emblème et devise de l'Ordre des Chartreux

La devise informelle de l'ordre des Chartreux, apparue tardivement, est ¬ę Stat Crux dum volvitur orbis ¬Ľ (La croix demeure tandis que le monde tourne). Elle n'a aucun caract√®re officiel.

Le blason de l‚Äôordre, attest√© dans des documents d√®s le XIIIe si√®cle, est beaucoup plus ancien que la devise. Il comporte un globe surmont√© d‚Äôune croix entour√©e de sept √©toiles. Par humilit√©, les √©toiles sont parfois plac√©es sous le globe. Elles symbolisent Bruno et ses 6 compagnons dont l‚Äôarriv√©e √† Grenoble fut annonc√©e par un songe pr√©monitoire o√Ļ l‚Äô√©v√™que saint Hugues rapporte avoir vu sept √©toiles.

L'abréviation O.Cart. pour Ordo cartusiensis est utilisée par les personnes étrangères à l'Ordre pour désigner l'ordre cartusien ou ses membres. Cet usage, venu d'Amérique au cours du XXe siècle, est contraire à la tradition diplomatique de l'Ordre des Chartreux qui signent simplement "fr. N. Chartreux" en toutes lettres. La diplomatique ecclésiastique du Saint-Siège l'ignorait encore en 1965[1]. Dans l'Annuario pontificio de l'année 2000, on trouve néanmoins le double sigle "Certosini" et "O. C.".

Gouvernement de l'ordre

L'ordre cartusien est, avec celui de C√ģteaux, un des premiers ordres centralis√©s de l'histoire de l'√Čglise catholique. Il est gouvern√© par le chapitre g√©n√©ral qui se r√©unit actuellement tous les deux ans (tous les ans au Moyen √āge et √† la p√©riode moderne).

Le prieur de la Grande-Chartreuse a re√ßu - ou pris - divers titre au cours de l'histoire :

  • "Prior Cartusiae" (Prieur de Chartreuse) : d'apr√®s les cartes (d√©cisions) du chapitre g√©n√©ral au Moyen √āge ;
  • "Donnus Cartusiae" (Monsieur de Chartreuse)  : cartes du chapitre g√©n√©ral au Moyen √āge ;
  • "Orateur de Chartreuse" (du latin orare, prier) : Dom Innocent Le Masson, prieur de la Grande Chartreuse au XVIIe s. ;
  • "R√©v√©rend P√®re" ou "(R√©v√©rendissime) P√®re g√©n√©ral", sans autre qualificatif ; par exemple : comme l'a dit le R√©v√©rend P√®re,... (sous entendu : g√©n√©ral).

Assisté d'un Conseil (ou Conseil privé, composé de moines de la Grande Chartreuse et de quelques prieurs), il gouverne l'ordre au nom du chapitre général, qui lui délègue ses pouvoirs entre les sessions. La tradition est qu’il ne quitte pas les limites du désert de la Grande-Chartreuse pour donner à l'ordre l'exemple de la stabilité monastique. Il est assisté par un conseil et des Visiteurs qui visitent en son nom chaque maison de l'ordre, une année sur deux, entre les chapitres. Depuis 1376, il est représenté auprès du Saint-Siège par un procureur général dont le lieu de résidence, après avoir été Avignon (Chartreuse de Val de Bénédiction) puis Rome, est actuellement à la chartreuse de Serra San Bruno (Calabre).

Chaque maison est dirig√©e par un prieur, √©lu par la communaut√© ou d√©sign√© par les instances sup√©rieures de l'ordre. Les sup√©rieurs ne sont pas √©lus pour une p√©riode donn√©e, mais ils doivent d√©missionner (¬ę demander mis√©ricorde ¬Ľ, selon la formule propre √† l'ordre) √† chaque chapitre g√©n√©ral qui d√©cide de les reconduire ou non dans leurs charges ; ils peuvent aussi √™tre d√©pos√©s par les visiteurs canoniques de leur maison, mandat√©s par le Chapitre g√©n√©ral. En cons√©quence, chaque moine qui exerce une fonction, de la plus humble √† la plus √©lev√©e, peut rester en charge ind√©finiment s'il exerce sa fonction √† la satisfaction de tous, ou peut √™tre d√©pos√© √† tout moment en cas de probl√®me grave. Aucun autre syst√®me de gouvernement ne permet autant de souplesse et de libert√© et l'√©quilibre des pouvoirs. (Il n'y a pas d'abb√© en Chartreuse. Il est donc inappropri√© de parler d'abbaye √† propos des maisons de l'ordre.)

Règle, Coutumes, Statuts

Les Chartreux ne suivent pas la R√®gle de saint Beno√ģt, mais les dispositions d'un corpus coutumier √©volutif, qualifi√© de Statuts. Seule l'organisation de la liturgie des Heures suit d'assez pr√®s la r√®gle b√©n√©dictine.

Mises par écrit pour la première fois par Guigues vers 1127, les Consuetudines Cartusiae ou Coutumes de Chartreuse furent adaptées au fil des chapitres généraux et des exigences du droit canonique, et rééditées sous des formes et avec un contenu très différents, à plusieurs reprises. Voir article connexe

Article d√©taill√© : Consuetudines Cartusiae.

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La version actuellement des Statuts de l'ordre cartusien fut approuvée par le Chapitre général de 1987.

Les Statuts de l'ordre des Chartreux sont compos√©s traditionnellement de deux parties :

  • le Statut proprement dit qui d√©crit le propos cartusien, son mode de vie, le gouvernement de l'ordre.
  • l'Ordinaire qui d√©crit tous les rites et la liturgie de l'ordre.

Traits fondamentaux de la Chartreuse

Cet ordre est un des plus aust√®res : les religieux observent une cl√īture perp√©tuelle, un silence presque absolu, de fr√©quents je√Ľnes et l'abstinence compl√®te de viande. Ils ne re√ßoivent la visite de leur famille que deux jours par an. Ils portent une robe de drap blanc, serr√©e avec une ceinture de cuir, et un scapulaire avec capuce du m√™me drap, appel√© cuculle. Ils portent en permanence le cilice maintenu √† la taille par une corde appel√©e lombar. A l'ext√©rieur des limites des maisons, ils portent une chape noire avec capuchon pointu, identique √† celle que portent les novices pour les exercices conventuels.

La famille cartusienne

D√®s 1084, le groupe des fondateurs √©tait compos√© de pr√™tres et de la√Įcs qui donn√®rent naissance √† deux formes distinctes et compl√©mentaires de vie cartusienne qui se sont perp√©tu√©es jusqu'√† nous. Des familiers clercs ou la√Įcs leurs furent rattach√©s √† certaines p√©riodes de l'histoire de l'ordre. La tendance du gouvernement de l'ordre a toujours √©t√© de les assimiler progressivement √† l'un ou l'autre des groupes initiaux (p√®res ou fr√®res convers).

Les Chartreux peuvent donc √™tre :

  • moines du clo√ģtres : ce sont les P√®res qui sont tous pr√™tres ou appel√©s √† le devenir.

Aujourd'hui, tout chartreux est pr√™tre ou appel√© √† le devenir. Au Moyen √āge, tout moine du clo√ģtre √©tait clerc ou appel√© √† le devenir. Jusqu'au d√©but du XIVe si√®cle au moins, ce statut n'impliquait pas n√©cessairement la r√©ception du sacrement de l'ordre par tous et encore moins la c√©l√©bration r√©guli√®re de la messe par tous. Jusqu'√† cette p√©riode, les Chartreux √©taient connus pour c√©l√©brer la messe moins souvent que les s√©culiers et religieux des autres ordres (voir Jacques de Vitry).

  • fr√®res : ce sont les fr√®res la√Įcs, r√©partis aujourd'hui en deux cat√©gories :
    • les fr√®res convers

Depuis les origines, ils font une profession de type monastique. Jusqu'aux réformes postérieures au concile Vatican II, ils portaient tous la barbe. Leur habit est le même que celui des Pères.

    • les fr√®res donn√©s

Leur vie est la m√™me que celle des convers, mais ils portent un habit plus simple (habit de chŇďur blanc, sans bandes pour relier les pans de leur cuculle, autrefois brun avec un scapulaire plus court); ils ont le visage ras√© ; leurs je√Ľnes sont moins s√©v√®res que ceux des convers; ils ne sont pas astreints au lever de nuit quotidien).

S'y ajoutaient autrefois deux autres cat√©gories de religieux qui furent supprim√©e avant la R√©volution fran√ßaise :

  • des pr√©bendiers
  • des clercs rendus : cette cat√©gorie de fr√®res (que l'on rencontre d√®s le XIIIe si√®cle), √©taient des religieux tonsur√©s, certains pouvant acc√©der √† la pr√™trise, qui n'√©taient pas li√©s par la profession monastique, mais menaient une existence interm√©diaire tr√®s proche de celle des P√®res du grand clo√ģtre. Ils se distinguaient surtout par une obligation moins stricte √† la solitude qui permettait de leur confier des missions √† l'ext√©rieur des limites des maisons. Cette forme de vie plus souple fut supprim√©e √† cause des abus qu'elle entra√ģna in√©vitablement, mais il ne faut pas oublier les services insignes qu'elle rendit √† l'ordre et surtout le secours spirituel qu'elle permit d'apporter √† des temp√©raments √©pris de la vie cartusienne mais trop actifs pour la garde stricte et permanente de la cellule, ou encore dou√©s pour des activit√©s utiles √† l'ordre mais incompatibles avec la stricte stabilit√© de la cellule.

Un érémitisme accompagné

La vie des Chartreux est la recherche d'un √©quilibre entre l‚Äô√©r√©mitisme et le c√©nobitisme. Au sein de leur monast√®re, les P√®res partagent leur vie entre la solitude d'une maisonnette appel√©e cellule o√Ļ ils dorment, mangent, travaillent et prient seuls, et des moments de vie commune consacr√©s √† la c√©l√©bration du culte divin et √† certains moments de d√©tente. Ils se rassemblent tous les jours pour la messe et les v√™pres ainsi que pour l'office des matines chant√© au milieu de la nuit. Les dimanches et jours de f√™te, ils mangent ensemble √† midi seulement et ont une r√©cr√©ation commune. Une fois par semaine, ils ont une promenade communautaire durant laquelle ils cheminent deux par deux et parlent librement. Cette solitude face √† Dieu et √† soi-m√™me requiert des dispositions peu communes, une grande abn√©gation et un √©quilibre psychologique appropri√©. Les moines Fr√®res s'adonnent essentiellement aux travaux manuels n√©cessaires √† l'entretien du couvent et √† la subsistance mat√©rielle des P√®res. Ils participent √©galement √† une liturgie adapt√©e √† leur √©tat.

Tendu vers Dieu seul, le moine chartreux m√®ne une vie contemplative √† l'√©cart du monde. Int√©gralement ordonn√©s √† la pri√®re d'intercession, d'adoration et de louange, il ne pr√™che pas et refuse les correspondances spirituelles ou l'accompagnement spirituel des personnes de l'ext√©rieur. Il s'abstient m√™me de toute activit√© pastorale, sociale et intellectuelle autre que la pri√®re et ce qui y conduit. Ces √©l√©ments ne sont pas des fins en soi, mais le revers d'un attachement privil√©gi√© √† Dieu. Par son d√©tachement du monde et son union √† Dieu, le moine entend proclamer sa foi en un Dieu tellement transcendant qu'il peut appeler des hommes √† ne vivre que pour lui. Il se veut ainsi signe et moyen d'une communion avec tous par l'union avec Celui qui est cr√©ateur et sauveur de tous. Autrement dit, la vie cartusienne est l'expression, radicale et quelque peu marginale, d'une certaine conception chr√©tienne des rapports du monde avec Dieu qui insiste plus sur la foi en la transcendance et en la Toute puissance du divin que sur l'implication temporelle du croyant. Elle ne peut cependant se comprendre ind√©pendamment de la compl√©mentarit√© des vocations et des formes de vie qui s'√©quilibrent dans l'organisme du corps tout entier de l'√Čglise.

Activités solitaires

Au cours de son histoire, l'ordre n'a cess√© de chercher la mesure d'une activit√© intellectuelle √©panouie qui permette √† ses moines de poursuivre un voyage, sans chemin et parfois sans lumi√®re, dont Dieu, en sa transcendance, est l'unique horizon. Une certaine vie d'√©tude est pr√©conis√©e, orient√©e vers l'approfondissement des v√©rit√©s de la foi par la lecture de l'√Čcriture sainte, des P√®res de l'√Čglise et des th√©ologiens, de l'histoire eccl√©siastique, selon les go√Ľts et capacit√©s de chacun[2]. Mais ce serait un leurre de penser que la Chartreuse soit propice √† la recherche intellectuelle et aux publications, m√™me entrepris en vue du bien d'autrui. Les fatigues de l'observance, l'absence de stimuli et d'√©changes, l'impossibilit√© de disposer d'une bibliographie renouvel√©e et suffisante rendent bien souvent illusoire la possibilit√© comme la pertinence de bien des travaux. Les imp√©ratifs du silence et de la solitude, radicalis√©s depuis Vatican II, autant que les exigences contraires de la formation scientifique et intellectuelle modernes, invitent √† la recherche de nouveaux √©quilibres. Si le but naturel de la science et des √©tudes est de travailler pour les autres, le propos de vie cartusien, tel qu'il est actuellement d√©fini, se refuse par principe √† ce que cette utilit√© soit autre que surnaturelle et rejette, par cons√©quent, toute r√©alisation temporelle, m√™me religieuse, pastorale ou intellectuelle ext√©rieure √† l'ordre.

Activités caritatives de l'ordre

Les statuts de l'ordre font un devoir √† tout sup√©rieur de pratiquer abondamment l'aum√īne √† l'√©gard des plus pauvres[3]. Jusqu'au milieu du XXe si√®cle, les distributions de vivres aux portes des monast√®res, l'entretien d'h√īpitaux, d'√©coles et d'orphelinat n'√©taient pas rares. Jusqu'aux expulsions de 1904, la Grande Chartreuse h√©bergeait et nourrissait de nombreux h√ītes chaque jour, imit√©e par les maisons de l'ordre qui en avaient les moyens. Aujourd'hui les Chartreux pr√©f√®rent agir de mani√®re plus discr√®te. Un p√®re est charg√© de distribuer des aum√īnes cons√©quentes au nom de l'ordre entier pour soutenir des activit√©s eccl√©siales, sociales ou caritatives d'envergure partout dans le monde.

Vie spirituelle : solitude et silence

Les Chartreux n'ont pas de doctrine spirituelle propre. C'est leur genre de vie et leur liturgie, célébrée selon un rite propre, le rite cartusien, qui structurent leur vie spirituelle[4].

Article connexe : rite cartusien.

Aucun auteur ou livre particulier ne résume l'intégralité de celle-ci, sinon peut-être les éditions des Statuts postérieures au Concile Vatican II. Ils contiennent en effet plusieurs principes de vie spirituelle d'une grande profondeur.

Le ma√ģtre-mot de la spiritualit√© des Chartreux est solitude, c‚Äôest-√†-dire cons√©cration totale et absolue √† Dieu seul, sous la forme du renoncement aux contacts sociaux ordinaires, autant que le permet l'√©quilibre des personnes et la charit√© chr√©tienne.

Le silence en est le corollaire ; il n‚Äôest pas v√©cu en Chartreuse de mani√®re absolue (le Chartreux parle √† ses confr√®res, √† ses sup√©rieurs, lorsque la vie mat√©rielle, le travail ou l‚Äô√Ęme le demandent) mais comme une exigence int√©rieure qui appelle √† l‚Äô√©coute de Dieu seul, dont l‚ÄôAbsolu transcende tout discours humain et s‚Äôexprime dans une seule Parole qui est son Fils, homme comme nous, mort et ressuscit√©. Cette √©coute est donc plus l‚Äôimitation d‚Äôun mod√®le de vie, J√©sus-Christ adorateur du P√®re et vie donn√©e pour le salut du monde, que l‚Äôanalyse d‚Äôun discours intellectuel qui se traduirait dans les paroles d'un enseignement.

L'austérité des observances monastiques n’est que l’expression institutionnelle et la traduction anthropologique de cet idéal, en particulier à travers le renoncement aux déplacements, aux visites (seuls les proches parents sont reçus deux jours par an), aux journaux, à la radio et à la télévision, au téléphone, à internet (sauf pour les supérieurs et dans des buts biens précis), aux conversations libres, à la correspondance, même spirituelle, à la musique instrumentale, etc. Son interprétation extrême va jusqu'à voir dans l'écriture et le travail intellectuel un danger possible pour une simplicité monastique conçue en dépit du réalisme anthropologique tel qu'il est ordinairement compris par la société moderne.

Silence et solitude cartusiens n‚Äôont de sens que comme voies vers l'acceptation pauvre et patiente du myst√®re de Dieu. Sa transcendance, irr√©ductible aux donn√©es de l'exp√©rience et de la pens√©e humaines, s‚Äôimpose au moine d‚Äôabord comme une absence douloureuse puis comme une pr√©sence insaisissable. Associ√© √† la d√©r√©liction du Fils sur la Croix, confront√© comme tout homme √† l‚Äôabsence de Dieu ‚Äď ¬ę Ou est-il ton Dieu? ¬Ľ (Ps. 41, 4) ¬ę Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m‚Äôas-tu abandonn√© ? ¬Ľ (Ps. 21, 2) ‚Äď le chartreux trouve dans la vie de J√©sus, synth√®se de tout ce que Dieu entend dire √† l‚Äôhomme et de tout ce que l'homme a √† dire √† Dieu, l‚Äôunique parole n√©cessaire √† sa travers√©e du d√©sert et au repos de la terre promise.

Le chemin de la vie mystique consiste alors à s’acclimater au silence de Dieu, revers de sa transcendance, au fil d'un difficile dépouillement sensible, et surtout psychique, dont le fruit est la paix.

Ce d√©pouillement renvoie l'homme √† lui-m√™me, √† la simple existence commune √† tout √™tre humain dans sa pauvret√© de chaque jour, prise en tenaille entre espoir, joies - simples - et souffrances - qui le sont un peu moins - sp√©cialement lorsque les moyens ordinaires de la religion (liturgie, pri√®re vocale, chant, amiti√© humaine, bonne parole des confr√®res et m√™me lecture pieuse ou lectio divina, soutient sensible des sacrements etc.) ne sont plus v√©cus que dans la nudit√© de la foi nue, pr√©serv√©e par l‚Äôobservance monastique des d√©rivatifs qui soutiennent parfois la condition humaine mais ne lui √ītent pas ses limites. Un jour le moine d√©couvre que le fruit de cet effort n'est pas au bout du chemin. Il est dans la poussi√®re qu'il foule aux pieds, le soupir de son voisin, le chant des abeilles dans les fleurs du pommier ; ils ont pris soudain pour lui le visage du Dieu qui les fait √™tre et qui suffit √† son bonheur, tellement simple qu'il en est invisible.

La journée d'un Chartreux

L'essentiel de la vie du Chartreux se passe dans l'espace clos de la cellule individuelle qui est sa joie, sa croix et son chemin. Les murs qui l'entourent dessinent son unique horizon : le Ciel.

Les Pères

Les horaires varient selon les latitudes et les maisons, selon les √©poques aussi. Le lever de nuit, par exemple, ne s'est pas mis en place avant les premi√®res d√©cennies du XVe si√®cle. Il n'est possible de donner ici qu'un horaire-type qui correspond aux usages du dernier quart du XXe si√®cle et ne refl√®te que peu l'organisation de la vie cartusienne ant√©rieure au Concile Vatican II[5]. Sa fragmentation est relative, dans la mesure o√Ļ il arrive que les activit√©s des uns et des autres au service de la communaut√© obligent √† d√©gager des tranches horaires plus continues. En dehors du cadre fixe des offices liturgiques et des exercices conventuels, travail manuel, √©tude et pri√®re mentale sont organis√©s et proportionn√©s par chacun de mani√®re libre et responsable[6].

L'horaire-type des années de formation demeure néanmoins pour tout chartreux la garantie d'un équilibre. Il n'est pas rare que de vieux moines, après des décennies passées dans l'exercice de charges conventuelles accaparantes, reviennent au soir de leur vie à la régularité des horaires de leurs premières années de formation religieuse.

Semaine

  • 05h30 : cellule : lever
  • 05h45 : cellule : "prime de l'office de la Vierge suivi de l'office du jour"
  • 06h15 : cellule : ang√©lus et oraison mentale
  • 06h45 : √©glise : messe conventuelle chant√©e
  • 07h45 : "messe lue" en solitude dans une des chapelles de la maison (jamais en cellule)
  • 08h30 : retour en cellule, action de gr√Ęce, exercices spirituels (oraison, pri√®res de d√©votion, chapelet, etc. selon les go√Ľts de chacun)
  • 09h00 : cellule : "tierce de l'office de la Vierge suivi de l'office du jour"
  • 09h15 : cellule : √©tude, lecture
  • 10h00 : cellule : travail manuel fort (pr√©paration du bois de chauffage, jardin, tour √† bois)
  • 10h30 : cellule : "sexte de l'office de la Vierge suivi de l'office du jour"
  • 10h45 : cellule : repas
  • 11h45 : cellule : d√©tente, m√©nage, petits travaux simples
  • 12h00 : cellule : ang√©lus, poursuite de la r√©cr√©ation
  • 12h30 : cellule : "none de l'office de la Vierge suivi de l'office du jour"
  • 12h45 : cellule : √©tude
  • 13h45 : cellule : travail manuel fort (pr√©paration du bois de chauffage, jardin, tour √† bois)
  • 14h45 : cellule : "v√™pres de l'office de la Vierge"
  • 15h00 : √©glise : v√™pres de l'office du jour chant√©es
  • 15h30 : retour en cellule, lecture spirituelle
  • 16h15/16h30 : cellule : repas du soir (un plat chaud, salades, fruits et fromage, de P√Ęques au 13 septembre) ou simple collation (pain et boisson chaude, du 14 septembre √† P√Ęques)
  • 17h00 : cellule : d√©tente (comme apr√®s le repas de midi)
  • 17h30 : cellule : oraison mentale, examen de conscience (en cellule), confession sacramentelle (dans la cellule du confesseur au moins une fois par semaine)
  • 18h00 : cellule : ang√©lus, "office de complies"
  • 18h30/19h00 : coucher
  • 22h30 : cellule : lever de nuit
  • 22h45 : cellule : matines de l'office de la Vierge, pri√®re silencieuse, chapelet, selon les go√Ľts
  • 23h15 : √©glise : office des matines du jour, int√©gralement chant√©
  • 01h15/02h00 (selon le degr√© des f√™tes) : retour en cellule, "office des laudes" (office de la Vierge)
  • 01h35/02h15 : coucher

Nota bene : le lundi ou le premier jour libre de la semaine, entre 12h et 15h30, a lieu le 'spaciement' ou promenade conventuelle hors cl√īture ; le repas et none sont anticip√©s de 3/4 d'heure et les v√™pres sont repouss√©es d'une heure environ.

Dimanches et f√™tes ch√īm√©es

  • 22h30 : cellule : lever de nuit
  • 22h45 : cellule : "office des matines" (office de la Vierge), pri√®re silencieuse, chapelet, selon les go√Ľts
  • 23h15 : √©glise : office de matines" (office du jour), int√©gralement chant√©
  • 01h45/02h30 (selon le degr√© des f√™tes) : retour en cellule, "office des laudes" (office de la Vierge)
  • 02h30/03h00 : coucher
  • 05h45 : cellule : lever
  • 06h00 : cellule : "office de prime" (office de la Vierge suivi de l'office du jour)
  • 06h30 : cellule : ang√©lus
  • 06h35 : chapelles : "messe lue" en solitude dans une des chapelles de la maison
  • 07h30 : cellule : tierce de l'office de la Vierge, oraison mentale
  • 08h00 : √©glise : office de tierce du jour, suivi de la b√©n√©diction de l'eau ('Asperges me'), messe conventuelle
  • 09h00 : cellule : action de gr√Ęce, "office de sexte" (office de la Vierge)
  • 09h45 : √©glise : sexte du jour
  • 10h00 : r√©fectoire : repas
  • 10h30 : cellule : "office de none" (office de la Vierge)
  • 10h45 : cellule : d√©tente
  • 12h00 : cellule: ang√©lus
  • 12h30 : √©glise : office de none
  • 12h50 : chapitre : lecture de l'√©vangile ou des Statuts, du martyrologe et du n√©crologe conventuel
  • 13h00 : cellule : d√©tente, lecture
  • 13h45 : r√©cr√©ation commune en cl√īture
  • 15h15 : cellule : "office des v√™pres" de l'office de la Vierge
  • 15h30 : √©glise : office de v√™pres de l'office du jour
  • 16h00 : retour en cellule, lecture spirituelle
  • 16h15/16h30 : repas du soir en cellule (un plat chaud, salades, fruits, fromage (sauf pendant l'Avent et le Car√™me)
  • 17h00 : d√©tente (comme apr√®s le repas de midi)
  • 17h30 : oraison mentale, examen de conscience (en cellule), confession sacramentelle (dans la cellule du confesseur au moins une fois par semaine)
  • 18h00 : ang√©lus, "office de complies"
  • 18h30/19h00 : coucher

Les Frères

Les journées des frères se caractérisent par des offices liturgiques allégés et une plus grande part donnée au travail manuel. Les horaires varient selon les maisons de l'ordre. On peut cependant relever les traits généraux suivants:


En semaine, depuis la suppression des correries, les frères n'assistent qu'à l'office de matines et se retirent dans leur chambre, également qualifiée de cellule, pour une oraison mentale solitaire déjà prévue par les Coutumes de Guigues.

Lorsqu'ils participent √† l'office au chŇďur, les fr√®res ont aujourd'hui le choix entre diverses formes de participation, selon leurs go√Ľts et leurs aptitudes :

  • participation silencieuse et pri√®re personnelle
  • r√©citation des offices de Pater selon l'ancienne tradition de l'ordre
  • participation au chant choral (ceux qui le peuvent chantent le√ßons et r√©pons et imposent leurs antiennes comme les moines du clo√ģtre)

Le matin et le soir, ils ont un office commun en langue vernaculaire dans la 'chapelle de famille' (voir ci-dessous architecture). Depuis Vatican II, la plupart assistent à la messe conventuelle chantée, mais auparavant ils assistaient à une messe dite spécialement pour eux par le Procureur ou un autre Père désigné à cet effet, toujours dans la 'chapelle de famille'. En semaine, ils n'assistent pas aux Vêpres conventuelles des Pères. Ils passent la journée à travailler dans leurs 'obédiences' ou ateliers répartis dans la maison.

Le dimanche, ils assistent à tous les offices conventuels et ont en plus, généralement après les Vêpres, une conférence spirituelle donnée par le Procureur ou un religieux désigné. Avant Vatican II, leur chapitre comme leur réfectoire étaient distincts de ceux des Pères. Depuis l'adoption de la langue vernaculaire pour les lectures de table et les sermons de chapitre, toutes la communauté est réunie pour ces occasions.

Ne bénéficiant pas de la même solitude que les Pères, les frères n'ont de promenade commune qu'une fois par mois. Ils ne se joignent aux récréations et spaciements des Pères qu'à quelques occasions de l'année.

Subsistance matérielle

La solitude n'a jamais permis aux Chartreux l'exploitation de grands domaines agricoles, comme leurs cousins cisterciens.

Au fil des si√®cles, les revenus √©conomiques des Chartreux ont vari√© en fonction des circonstances socio√©conomiques et du contexte propre de chaque maison. Apr√®s avoir √©t√© pastorale et foresti√®re, l'√©conomie cartusienne traditionnelle a beaucoup b√©n√©fici√© de l'exploitation des forges. Depuis la fin du XIXe si√®cle, les moines tirent une partie de leur revenus de la commercialisation d‚Äôune liqueur qui porte leur nom (Chartreuse), mise au point √† la Grande Chartreuse. Seuls deux moines du monast√®re en connaissent la recette secr√®te qui a suscit√© jusqu'au cours du XXe si√®cle bien des convoitises (vols, confiscations, chantages, y compris de la part de membres de l'ordre, etc.) Actuellement, l'exploitation de la liqueur est confi√©e √† une soci√©t√© priv√©e la√Įque, situ√©e √† Voiron (Is√®re).

Chaque maison de Chartreux essaie autant que possible de vivre de revenus propres (dons, fermages de terres, forêts, vignes, artisanat, etc.). Mais le peu de temps consacré au travail manuel, les besoins internes de la vie quotidienne, la raréfaction des vocations et le primat de la vie contemplative interdisent toute activité économiquement rentable de la part des moines et des moniales.

L'entretien des b√Ętiments est une source de d√©penses consid√©rables. En cas de besoins, les revenus capitalis√©s de la liqueur permettent aux autorit√©s de l'ordre d'accorder certains subsides aux maisons les plus d√©favoris√©es.

L'hospitalité cartusienne

La conception cartusienne de l'hospitalité est conditionnée par le propos de solitude radicale qui caractérise cet ordre.

Ermites et c√©nobites √† la fois, mais ne suivant pas la R√®gle de saint Beno√ģt, les Chartreux n'ont jamais adopt√© les principes de l'hospitalit√© monastique propres √† la famille b√©n√©dictine. Leur accueil des personnes ext√©rieures ont consid√©rablement vari√© au cours des si√®cles, en fonction des moyens financiers, du recrutement des maisons, des conditions locales et politiques et des relectures que les g√©n√©rations successives de Chartreux ont faites de leur propre id√©al.

Ils ne pouvaient pour autant s'abstraire des devoirs de la charit√© chr√©tienne. Depuis le temps de Guigues - dont les Coutumes (c. 19) parlent d√©j√† de la "frequentia" des h√ītes re√ßus au monast√®re - les moines avaient toujours fait bon accueil aux personnes qui se pr√©sentaient √† la porte de la Grande Chartreuse, mais dans la mesure de leurs ressources, dans celle surtout du respect de leur propos de solitude, principes qui obligeaient d√©j√† √† une certaine "discr√©tion" dans l'accueil r√©serv√© aux "√©trangers" (les h√ītes dans le langage cartusien).

En la matière, la Grande Chartreuse fonctionne comme modèle pour le reste de l'ordre.

Jusqu'√† la R√©volution fran√ßaise, l'accroissement des ressources et celui du personnel de la Grande Chartreuse eurent pour cons√©quence celui de l'hospitalit√©, apparemment sans dommage pour la solitude, les religieux se d√©chargeant sur un personnel la√Įc d'une grande part de ce travail. En 1687, Dom Le Masson apprend qu'on logeait jusqu'√† 80 h√ītes ext√©rieurs √† la fois √† la Grande Chartreuse et que le nombre de personnes nourries chaque jour avoisinait les deux cents √† certaines p√©riodes de l'ann√©e[7]. En 1785, on a pu avancer avec "grande exactitude" le chiffre de cinq √† six mille personnes par ann√©e, soit une moyenne de 16 personnes par jour, en constante augmentation jusqu'√† la R√©volution fran√ßaise[7]. Apr√®s la restauration de 1803, cet √©tat de fait se prolongea encore. Proportionnellement, il en allait de m√™me dans les autres maisons de l'ordre, √† proportion de leurs ressources et de leur rayonnement. Depuis la Seconde guerre mondiale, cette attitude fit l'objet de plus en plus de r√©serves de la part des visiteurs canoniques, jusqu'√† √™tre radicalement stopp√©e dans plusieurs maisons dans le courant des ann√©es 1960-1970. Comme toujours, la Grande Chartreuse fut la premi√®re √† mettre des limites strictes au flot des visiteurs, d√®s le retour d'exil dans les ann√©es 1950.

Les femmes ne sont jamais autoris√©es √† p√©n√©trer en cl√īture, m√™me pour assister aux offices de profession ou de s√©pulture, √† l'exception des membres de la suite de chefs d'√Čtats ou de souverains. Cette observance qui frappe les imaginations est pourtant commune √† tous les ordres monastiques, bien qu'en g√©n√©ral la nef des √©glises conventuelles y soit plac√©e hors cl√īture et que des exceptions y sont parfois pratiqu√©es avec plus de lib√©ralit√© qu'en Chartreuse.

Architecture

Le propos de vie cartusien, associant c√©nobitisme et √©r√©mitisme, donna naissance √† une architecture et √† une organisation originales des b√Ętiments conventuels. Cette structure, fix√©e probablement d√®s les reconstructions post√©rieures √† l'avalanche de 1132 qui d√©truisit les b√Ętiments de bois de la Chartreuse primitive, a √©t√© adopt√©e par tous les √©tablissements cartusiens √† travers l'Europe.

Malgr√© cette uniformit√© de structure, il n'existe pas de chartreuse mod√®le. A chacune, surtout en zone montagneuse ou dans les terrains accident√©s, la configuration des lieux a impos√© des caract√©ristiques particuli√®res. Les maisons pr√©existantes, adapt√©e √† la vie cartusienne apr√®s affiliation √† l'ordre, ou r√©adapt√©e √† la suite de suppressions temporaires, pr√©sentent √©galement des originalit√©s (par exemple Trisulti ou S√©lignac). Viollet-le-Duc a d√©crit la chartreuse id√©ale √† partir du plan de la Chartreuse de Clermont qu'il avait pu observer avant sa destruction. La chartreuse de Bosserville est un bon exemple, lisible et visitable, des maisons de plaine construites au XVIIe si√®cle. La chartreuse de la Transfiguration aux √Čtats-Unis, construite dans les ann√©es 1970, offre un exemple original d'architecture moderne cartusienne.

Sur l'architecture cartusienne, cf. Dom Augustin Devaux, L'Architecture dans l'ordre des Chartreux, 2 vol., Sélignac, 1998 (Analecta Cartusiana 146).

Structure g√©n√©rale des b√Ętiments

Tous les moines doivent vivre dans l'absolue solitude et le silence, garantis par l'espace g√©ographique du d√©sert et les murs de la cl√īture.

√Ä l'image de la communaut√© qui les habite, les b√Ętiments de la vie cartusienne occupent deux espaces distincts, l'un abritant les p√®res (cellules et grand clo√ģtre) et l'autre les fr√®res (b√Ętiments des fr√®res, ob√©tiences ou ateliers). Tous deux sont regroup√©s autour des b√Ętiments de la vie commune (√©glise, chapitre, r√©fectoire, cimeti√®re). Cet ensemble est caract√©ris√© par la simplicit√© et la sobri√©t√© propres √† l'ordre.

Chaque p√®re du clo√ģtre occupe une petite maison reli√©e aux autres par un couloir ou clo√ģtre commun, qui permet la circulation √† l'abri des intemp√©ries et relie le quadrilat√®re des cellules (grand clo√ģtre) √† celui de la vie commune (petit clo√ģtre, appel√© aussi "galil√©e") autour duquel sont dispos√©s l'√©glise, le r√©fectoire, le chapitre.

La Correrie de la Grande Chartreuse

D'apr√®s les coutumes primitives, les lieux de la vie cartusienne se r√©partissaient entre maison haute, o√Ļ vivent les p√®res, et maison basse o√Ļ vivent les fr√®res, enclos dans l'espace d'un m√™me d√©sert.

Maison basse et b√Ętiments des fr√®res

La communaut√© des la√Įcs (ou convers) vivait, travaillait et priait dans les b√Ętiments de la maison basse (ou ¬ę correrie ¬Ľ), situ√©e √† la Grande Chartreuse, √† deux kilom√®tres en aval de la maison haute abritant les cellules des P√®res, √† proximit√© des routes fr√©quent√©es, mais √† l'int√©rieur de l'enceinte du d√©sert (voir clich√©). Dans les autres maisons de l'ordre, lorsque les conditions de solitude devinrent insuffisantes, la distinction entre maison haute et basse fut progressivement supprim√©e, d'abord dans les nouvelles fondations, puis dans les anciennes maisons. D√®s lors, les fr√®res occupaient des b√Ętiments r√©serv√©s √† l'int√©rieur de la cl√īture de la maison haute, et proches de leurs ateliers ou "ob√©diences", mais suffisamment s√©par√©s des cellules pour ne pas en troubler le silence.

Article d√©taill√© : Correrie.

L'église conventuelle et les lieux de culte

Chaque chartreuse comprend plusieurs √©glises et chapelles :

L'église conventuelle

L'√©glise conventuelle est le centre du monast√®re ; c'est une construction souvent √©troite et d√©pourvue de nefs lat√©rales. L'√©glise cartusienne est divis√©e en quatre parties :

  • Le sanctuaire

Il comprend l'autel et le tabernacle. √Ä droite de ceux-ci, la piscine est une armoire pratiqu√©e dans l'√©paisseur du mur o√Ļ se rangent les vases sacr√©s et se pr√©parent les oblats pour l'offertoire selon le rite cartusien. √Čgalement sur la droite en faisant face √† l'autel, est fix√©e, contre le mur et perpendiculairement √† l'autel la cath√®dre ou si√®ge du c√©l√©brant.

  • Le chŇďur des moines

Il occupe environ les deux tiers de la nef. Chaque mur est bord√© d'une rang√©e de stalle simples et d'une rang√©e de 'formes' ou long prie-Dieu d'une pi√®ce qui longe toute la rang√©e des stalles et sur lequel sont pos√©s les livres liturgiques pendant les offices. Au milieu, dans le tiers inf√©rieur, au centre de la nef, est plac√© le 'lectoire' ou pupitre destin√© aux lectures de l'office de nuit, au chant de l'√©p√ģtre de la messe et des oraisons de Laudes et V√™pres.

  • Le chŇďur des fr√®res

Il est s√©par√© du chŇďur des moines par un jub√©, parois de bois, ferm√©e par une porte √† double battant qui est ouverte durant la messe et les offices. Les fr√®res s'y rassemblent pour assister √† une partie de l'office de nuit, √† la messe et √† certains offices communs. Depuis le concile Vatican II, il leur est loisible de participer aux offices dans le chŇďur des P√®res et de se joindre √† eux par le chant, s'ils en ont le d√©sir et les capacit√©s. Au jub√©, surmont√© d'une croix, sont adoss√©s, dans le chŇďur des fr√®res deux autels, de part et d'autre de la porte du chŇďur des P√®res.

  • La tribune

Une tribune en hauteur, au-dessus du chŇďur des fr√®res, permet d'accueillir les √©trangers √† la communaut√© admis √† participer aux offices. Il n'y a jamais d'orgues dans les √©glises cartusiennes.

√Ä l'origine, comme dans les constructions r√©centes, les √©glises cartusiennes ne comprennent qu'un seul autel. Au XIIIe si√®cle seulement il y fut autoris√© la construction de deux autels secondaires, √©difi√©s contre le jub√© qui s√©pare le chŇďur des P√®res de celui des fr√®res.

Trois portes sont pratiqu√©es dans les murs des √©glises cartusiennes. L'une permet la circulation entre le petit clo√ģtre et le chŇďur des P√®res. C'est par elle qu'ils entrent √† l'√©glise pour les offices. En face d'elle se trouve la porte du 'vestiaire' o√Ļ le pr√™tre rev√™t les ornements sacerdotaux pour la messe et par laquelle il fait son entr√©e au sanctuaire pendant le chant de l'intro√Įt de la messe. En Chartreuse, le terme de sacristie, et sa fonction ordinaire, sont plut√īt r√©serv√©s √† la cellule du religieux charg√© de cet office (Dom Sacristain). Une troisi√®me porte est pratiqu√©e sous la tribune, au fond du chŇďur des fr√®res; elle leur permet d'acc√©der √† l'√©glise. Selon la disposition des lieux, les processions de s√©pulture passent √©galement par cette porte pour entrer √† l'√©glise apr√®s la lev√©e de corps ou pour se rendre au cimeti√®re apr√®s la messe de s√©pulture.

Enfin un clocher abrite les cloches qui scandent la vie du monast√®re. Il est ordinairement situ√© √† l'aplomb de la crois√©e de la nef et du sanctuaire, √† l'entr√©e du chŇďur des P√®res qui sonnent la cloche √† tour de r√īle au fur et √† mesure de leur arriv√©e √† l'√©glise avant les v√™pres et les petites heures du dimanche. Le messe et l'office de nuit sont sonn√©s par le sacristain seul.

Le chapitre

Le chapitre, généralement pourvu d'un autel consacré, abrite la célébration du chapitre conventuel le dimanche après prime et none (la célébration de prime à l'église, les dimanches et fêtes a été supprimée à la suite du concile Vatican II, mais non l'office qui continue d'être célébré en cellule. Néanmoins le chapitre de prime a également été supprimé à cette occasion.) Le chapitre abrite également diverses cérémonies liturgiques (sermons, lavement des pieds le Jeudi-Saint, etc.) et peut également servir à la célébration des messes lues.

La "chapelle de famille" ou de la maison basse

Les Chartreux appellent "chapelle de famille" la chapelle des fr√®res la√Įcs. Primitivement c'√©tait l'√©glise de la maison basse. Depuis la suppression de celles-ci, les fr√®res ont un lieu de culte propre, √† proximit√© de leurs quartiers. Ils y prient en commun matin et soir. Le procureur y c√©l√®bre la messe pour les fr√®res qui ne peuvent assister √† la messe conventuelle. Lui-m√™me ou un p√®re d√©sign√© par lui y fait √©galement une conf√©rence spirituelle hebdomadaire aux fr√®res.

La chapelle des reliques

Chaque maison ancienne abrite une chapelle des reliques, particuli√®rement orn√©e et √©quip√©e de vitrines ou d'armoires pour abriter les reliques conserv√©es dans le monast√®re. La communaut√© peut s'y rassembler chaque ann√©e pour √©couter la nomenclature des reliques conserv√©es au monast√®re √† l'occasion de la f√™te de la Toussaint (1er novembre). Au Moyen √āge, ces reliques faisaient l'objet d'une f√™te solennelle le 8 novembre. Dans plusieurs maisons, un banc parcourt donc son pourtour pour permettre √† la communaut√© de s'asseoir durant cette lecture. Son autel peut √™tre utilis√© le reste de l'ann√©e pour la c√©l√©bration des messes lues.

La chapelle extérieure

La chapelle ext√©rieure a son sanctuaire situ√© en cl√īture et sa nef hors cl√īture, s√©par√©e du sanctuaire par une grille √† guichet. La messe y est c√©l√©br√©e pour les familles, les femmes - qui ne peuvent entrer en cl√īture - et les gens des environs.

Les chapelles intérieures

Les chapelles int√©rieures sont exclusivement destin√©e √† la c√©l√©bration des messes lues, le matin apr√®s ou avant la messe conventuelle. Elles constituent sans doute l'√©l√©ment le moins connu et le moins √©tudi√© de l'histoire de l'architecture cartusienne. Elles se multiplient en m√™me temps que les Chartreux adoptent, tardivement au cours du XIIIe si√®cle, la pratique des messes lues quotidiennes. Diss√©min√©es dans les b√Ętiments, leur implantation varie totalement d'une maison √† l'autre. On √©vite g√©n√©ralement de multiplier le nombre des autels lat√©raux des √©glises conventuelles. A la chartreuse de Vauvert (Paris), des chapelles lat√©rales sont construites le long du mur ext√©rieur gauche de la nef, mais elles sont s√©par√©es de l'int√©rieur de l'√©glise par des portes pleines et les autels y sont dispos√©s contre le mur ext√©rieur.

La décoration des chapelles intérieures est souvent tributaire (et représentative) de l'esprit des temps et de leurs usagers. Bien que très sobre, elle mériterait une étude attentive. Leur nombre est indéfini, généralement voisin du nombre total de prêtre qui peuvent être abrités dans une maison.

Exemple de cellule de Chartreux

Les cellules

Les cellules de la Chartreuse de Mauerbach

Chaque cellule ouvre sur le grand-clo√ģtre. La porte donne d'abord sur un passage ou un couloir appel√© promenoir qui permet de prendre de l'exercice durant la mauvaise saison. La cellule comprend trois pi√®ces : 1¬į une antichambre appel√©e Ave Maria, √† cause de la pri√®re que le moine y r√©cite avant d'entrer dans le cubiculum lorsqu'il revient de l'ext√©rieur ; elle servait primitivement de cuisine, actuellement son usage n'est pas d√©fini ; elle sert souvent d'atelier pour de petits travaux manuels ; 2¬į un cubiculum (chambre principale, chauff√©e par un po√™le de fonte ou un fourneau, avec un lit, une table, un banc, une biblioth√®que, et un oratoire) ; 3¬į un atelier pour le travail manuel. Entre la cellule et la galerie du clo√ģtre se trouve un guichet dispos√© dans l'√©paisseur du mur par lequel le moine re√ßoit ses repas sans avoir √† sortir de cellule. Un jardin clos est dispos√© devant la cellule. Il est cultiv√© par l'occupant √† sa guise. Selon la disposition des terrains et les habitudes locales, les cellules sont construites sur un ou deux √©tages, les pi√®ces hautes √©tant alors r√©serv√©es √† l'habitat.

La place de l'hygi√®ne dans les cellules a √©volu√© avec la soci√©t√©. En principe, l'isolement de la cellule permet une hygi√®ne personnelle qui √©tait, au Moyen √āge et √† la p√©riode moderne, de qualit√© sup√©rieure √† celle des ordres c√©nobitiques. Une l√©gende circulait m√™me selon laquelle il n'y avait pas de puces dans les cellules des Chartreux. Celles de la premi√®re Chartreuse √©taient parcourues par une canalisation qui permettaient une hygi√®ne personnelle peu commune √† l'√©poque. Mais apr√®s l'avalanche de 1132, les cellules de la nouvelle maison haute, comme celles de la plupart des maisons de l'ordre, ne b√©n√©ficiaient d√©j√† plus de ce syst√®me. Aujourd'hui encore toutes les cellules du grand clo√ģtre de la Grande Chartreuse ne b√©n√©ficient pas de l'eau courante. Dans plusieurs maisons, l'eau est tir√©e √† des fontaines dispos√©es dans les galeries du clo√ģtre. Ailleurs, l'eau courante a √©t√© progressivement install√©e. En hiver l'eau peut √™tre temp√©r√©e sur le po√™le, mais il n'y a pas d'eau chaude courante. Les douches se sont introduites √† la fin du XXe si√®cle, dispos√©es dans des lieux divers des b√Ętiments conventuels, susceptibles de fournir de l'eau chaude. Leur usage est souvent r√©glement√© (une douche hors de cellule par semaine). Il a fallu attendre les fondations r√©centes d'Am√©rique du Sud pour voir des cellules √©quip√©es de douches individuelles. Selon l'architecture des maisons, les latrines individuelles prennent place en divers lieux des cellules. Il s'agit souvent d'un cabinet install√© √† l'√©cart du cubiculum, tant√īt √† l'√©tage, tant√īt au rez-de-chauss√©e. Les fouilles arch√©ologiques conduites dans les fosses de d√©jections des cellules de certaines maisons en ruine (La Verne par exemple) ont permis des d√©couvertes fort int√©ressantes sur les objets de la vie courante des anciens Chartreux : rosaires, poteries, menus objets divers.

Chartreuses de montagnes, chartreuses urbaines et chartreuses nécropoles

Les premières chartreuses furent fondées en zones montagneuses au climat rude et furent marquées jusque dans leur mode de vie par ce contexte géographique. Le nombre statutaire de cellules, fixé par les Coutumes de Guigues en 1127, était de douze cellules, auxquelles il faut ajouter une maison basse destinées à abriter seize frères. Le domaine initial de la Grande Chartreuse ne permettait guère en effet de nourrir une communauté plus nombreuse.

Cependant, √† partir de la seconde moiti√© du XIIIe si√®cle, la fondation de chartreuses urbaines (la premi√®re fut la Chartreuse de Paris, 1257) entra√ģna des modifications structurelles importantes.

√Ä partir de 1290, √† la suite de dons importants, les chapitres g√©n√©raux permirent de doubler le nombre des cellules de certaines maisons (Paris, puis Gaming en Autriche, et la Grande Chartreuse, en 1332[8] D'o√Ļ le nom de 'chartreuse double' qualifiant les maisons de 24 cellules (par exemple Farnetta (Italie : Lucca). A la Chartreuse de Clermont, d√©crite comme la chartreuse id√©ale par Eug√®ne Viollet-le-Duc, dix-huit cellules entouraient le grand clo√ģtre, toutes arrang√©es sur le m√™me plan. A la Grande Chartreuse comme √† la Valsainte (jusqu'aux travaux de 2006), trente-quatre P√®res pouvaient √™tre h√©berg√©s.

En outre, tant que les Chartreux demeuraient implant√©s dans des zones de montagnes difficilement accessibles, leur solitude √©tait garantie par le cadre g√©ographique isol√© (d√©sert). Avec l'arriv√©e dans les villes, le d√©veloppement d√©mographique et le rapprochement des zones habit√©es, la solitude devint plus fragile et entra√ģna l'√©dification de murs de cl√īture et la pr√©servation de la solitude individuelle par la construction de murs de s√©paration emp√™chant l'acc√®s des √©trangers aux cellules et enfermant les moines dans l'espace cl√īt de leur jardin, primitivement ouvert sur la campagne environnante. En outre, la simplicit√© primitive des chartreuses urbaines a parfois √©t√© troqu√©e, en certains cas demeur√©s exceptionnels, contre la magnificence de la d√©coration voulue par les bienfaiteurs comme en Italie √† Pavie, Florence, ou en Espagne √† Miraflor√®s pr√®s de Burgos, qui reste √† peu pr√®s identique √† ce qu'il √©tait en 1480, Aula-Dei, etc.

Expansion et déclin

La rigueur de la vie solitaire excluait une expansion analogue √† celle des cisterciens ou des franciscains. Il fallait une vocation fervente et une nature vigoureuse pour essayer et pour pers√©v√©rer. Au d√©but du XIIIe si√®cle, il n'y a que 46 chartreuses (pour 530 abbayes cisterciennes), chiffres faibles par comparaison avec d'autres Ordres et qui r√©v√®lent que le nombre statutaire des P√®res est d√©pass√© en certaines maisons, que celui des Fr√®res n'est pas atteint. Le d√©veloppement de l'Ordre fut tardif mais brillant, dans les si√®cles o√Ļ semblaient diminuer le monachisme.

Au XIVe siècle, on dénombre plus de cent fondations, certaines près des villes: Valenciennes en 1288, Abbeville en 1301, Noyon en 1308, Troyes en 1326, Beaune en 1328, Cahors en 1328, au XVe une quarantaine. En 1371, 150 maisons se répartissaient en 17 provinces couvrant en Europe. Le maximum fut atteint à la veille de la Réforme protestante: il y avait alors 2300 Pères et 1500 Frères; à la fin du XVIIIe siècle, 2200 Pères et 1250 Frères. Tous les pays de la Chrétienté avaient accueilli les fils de Saint-Bruno, comme représentants exemplaires de l'ascétisme et de la mystique. Au XVIIIe siècle, pas une fondation et dans les deux dernières décennies, 128 suppressions. Il y eut encore 35 suppressions au XIXe siècle et 24 fondations.

Maisons actuelles

Actuellement, dix-huit maisons de moines et quatre maisons de moniales hébergent sur trois continents 335 religieux dont 170 prêtres (ou Pères) et quarante-huit moniales (statistiques au 24 décembre 2004 d'après l'Annuario Pontificio 2006).

Moines

Moniales

La branche f√©minine de l'ordre cartusien est apparue au milieu du XIIe si√®cle, suite √† la demande des moniales de Pr√©bayon en Provence, adress√©e √† Jean d'Espagne, alors prieur de la chartreuse de Montrieux. Les chartreux adapt√®rent leurs coutumes au temp√©rament f√©minin en leur proposant un genre de vie plus c√©nobitique que celui des P√®res (pas de cellule individuelle ; office de nuit r√©cit√© et non chant√©, sauf pour les f√™tes ; r√©fectoire quotidien). Ce n'est qu'√† la suite du concile Vatican II que les moniales obtinrent progressivement la possibilit√© de mener une vie monastique strictement identique √† celle des p√®res, √† l'exception bien s√Ľr de la cl√©ricature. Depuis 1971, suite √† la r√©daction d'un Statut des moniales r√©nov√© selon les principes du Concile Vatican II, et apr√®s plusieurs essais 'ad experimentum', elles tiennent un chapitre g√©n√©ral propre, ind√©pendant de celui des p√®res. Ce chapitre a lieu tous les deux ans √† la Grande-Chartreuse, √† la suite du chapitre des p√®res, sous la pr√©sidence du R√©v√©rend P√®re prieur de la Grande-Chartreuse[9].

Leur nombre et leur proportion sont toujours demeurés inférieur à ceux des hommes.

L'ordre compte actuellement une cinquantaine de moniales, dont une vingtaine en France.

  • Cor√©e : Notre-Dame de Cor√©e (fondation en cours)
  • Espagne: Cartuja Santa Maria de Benifa√ßa, Puebla de Benitasar por Vinaroz (Code postal 12599), Castell√≥n de la Plana
  • France: Chartreuse de Nonenque, Marnhagues-et-Latour (code postal 12540)
  • France: Chartreuse Notre-Dame, Reillanne (code postal 04110)
  • Italie: Certosa della Trinit√†, √† Dego (SV, code postal 17058)
  • Italie: Certosa di Vedana, √† Sospirolo (BL, code postal 32037)

Centre la√Įc d'inspiration cartusienne

Tentative d'ouverture aux la√Įcs, pour des s√©jours limit√©s, d'une ancienne chartreuse tenue par des la√Įcs non chartreux, mais sous le contr√īle des sup√©rieurs de l'ordre :

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Cf. M. Laporte, Aux sources de la vie cartusienne, t. 5, p. 22
  2. ‚ÜĎ Statuts de l'ordre cartusien, I 5 : ¬ę D'abord, pour √©viter de gaspiller en cellule sa vie d√©di√©e √† Dieu, il doit s'appliquer avec ardeur et discr√©tion √† des √©tudes qui lui conviennent : non pour satisfaire la d√©mangeaison d'apprendre ni celle de publier des livres, mais parce que la lecture sagement ordonn√©e donne √† l'√Ęme plus de force et fournit un support √† la contemplation. C'est une erreur de croire que l'on peut n√©gliger l'√©tude de la Parole divine, ou plus tard l'abandonner, et malgr√© cela atteindre ais√©ment l'union intime avec Dieu. Cherchant donc la moelle du sens plut√īt que l'√©cume des mots, scrutons les divins myst√®res avec la soif de conna√ģtre qui na√ģt de l'amour et l'avive en retour. ¬Ľ
  3. ‚ÜĎ Statuts, III 29 : ¬ę Nous adressons finalement √† tous les prieurs de l'Ordre une pri√®re instante. Au nom de J√©sus Christ, notre Dieu et Sauveur, qui par amour pour nous s'est tout entier livr√© sur le bois de la croix, nous supplions chacun d'entre eux de mettre tout son cŇďur √† faire d'abondantes aum√īnes selon les moyens de sa maison. Pensons que toute somme gaspill√©e ou retenue inconsid√©r√©ment serait un vol commis au d√©triment des pauvres et des besoins de l'√Čglise. Gardons ainsi aux biens de la terre leur destination commune et prenons pour mod√®les les premiers chr√©tiens, parmi lesquels nul ne pr√©tendait avoir rien en propre, car tout leur √©tait commun. ¬Ľ
  4. ‚ÜĎ cf. Un chartreux, "Silence et solitude : une vie de chartreux", Etudes 407 (2007), p. 63-74.
  5. ‚ÜĎ Depuis la fin du Moyen √āge et jusque dans les ann√©es 1970, l'accroissement du grand nombre des f√™tes de chapitre(voir rite cartusien) impliquait de longues et fr√©quentes stations au chŇďur, l'assistance au r√©fectoire, au chapitre et √† une r√©cr√©ation communautaires qui finit par atteindre jusqu'√† la fr√©quence moyenne annuelle de deux fois par semaine (dimanche compris). En outre il arrivait souvent, en cas de concurrence de certains jours liturgiques, que les religieux de chŇďur assistent parfois jusqu'√† trois messes conventuelles lues ou chant√©es (messe du je√Ľne en Car√™me, messe d'une f√™te, messe de suffrage).
  6. ‚ÜĎ Sur l'histoire des horaires quotidiens on trouvera de nombreuses indications historiques dans le commentaire de Dom Maurice Laporte au chapitre 29 des Coutumes de Guigues, cf. Aux sources de la vie cartusienne, t. 6, p. 528-594.
  7. ‚ÜĎ a et b Cf.La Grande Chartreuse par un Chartreux, 1930, p. 247
  8. ‚ÜĎ Dom Maurice Laporte, Aux sources de la vie cartusienne, t. 2, p. 48-49.
  9. ‚ÜĎ Nathalie Nabert, Les moniales chartreuses, √©d. Ad Solem, 2009.

Voir aussi

Bibliographie

  • Dom Maurice Laporte, Aux sources de la vie cartusienne, 8 vol., La Grande-Chartreuse, 1960-1971.
  • Tim Peeters, La voie spirituelle des Chartreux, Paris, 2010, 186 pages
  • Nouvelle bibliographie cartusienne (http://monsite.wanadoo.fr/AnalectaCartusiana) : outil de travail fondamental et r√©pertoire bibliographique cens√© recenser toute la litt√©rature cartusienne et les √©tudes concernant la Chartreuse, r√©pertoire des monast√®res cartusiens, cartes, etc.
  • Au d√©sert de Chartreuse, la vie solitaire des fils de St Bruno, Robert Serrou, Pierre et Robert Vals, √Čditions Horay, 1955 (point de vue de journalistes, pour grand public).
  • La Grande Chartreuse par un Chartreux (AAVC), 17e √©dition de cet ouvrage de grande vulgarisation. R√©guli√®rement mis √† jour par les moines de la Grande-Chartreuse, il pr√©sente officieusement le point de vue des Chartreux, tant pour les questions mat√©rielles (historiques, vie quotidienne, etc) que spirituelles.
  • Paroles de Chartreux (AAVC), publi√© √† l'occasion du neuvi√®me centenaire de la Grande Chartreuse et de l'Ordre. Il regroupe une trentaine d'articles qui abordent les traits essentielles de la vie cartusienne.
  • La Grande Chartreuse - Au-del√† du Silence (Gl√©nat). Un ensemble choisi d'articles, superbement illustr√©s.
  • L'Ordre des Chartreux (AAVC), onzi√®me √©dition de ce fascicule, √©dit√© sous le contr√īle des Chartreux.
  • Andr√© Ravier, Saint Bruno le Chartreux (Lethielleux, 2003), 3e √©dition revue et corrig√©e, pr√©face de Nathalie Nabert, fondatrice du Centre de Recherches et d'Etudes de la Spiritualit√© cartusienne (C.R.E.S.C.): Biographie historique et spirituelle pour grand public du fondateur de l'ordre des Chartreux, reposant sur l'acquis des travaux de Dom Maurice Laporte, mais d√©pourvue d'apparat scientifique.
  • Augustin Guillerand, Silence Cartusien: Publication posthume de divers passages de lettres spirituelles adress√©es √† un la√Įc, auquel il s'√©tait li√© lors de son s√©jour comme vicaire des moniales chartreuses de San Francesco.Il en existe plusieurs √©ditions dont le contenu n'est pas toujours identique. Cette correspondance constitue un cas particulier de la litt√©rature cartusienne. Contrairement √† d'autres contemplatifs, les Chartreux n'entretiennent pas de correspondance, m√™me entre eux et surtout pas √† des fins d'accompagnement spirituel, sauf autorisation exceptionnelle des sup√©rieurs.

Dom Guillerand a eu une profonde influence sur les Chartreux de la première moitié du XXe siècle en raison des charges qu'il a longtemps exercées en qualité de confesseur (spécialement de confesseur des novices de la Valsainte), de vicaire de moniales à la chartreuse de San-Francesco et de prieur de la chartreuse de Vedana. Il en existe plusieurs éditions dont le contenu n'est pas toujours identique.

La spiritualité de cet ancien curé de campagne français, devenu chartreux en 1918, mort à la Grande-Chartreuse en 1945, est une approche de l'esprit de la Chartreuse au XXe siècle. Touchantes par leur simplicité et leur profondeur, ces notes sont un authentique témoignage de solitude, de silence et de face à face avec Dieu.

  • Un Chartreux [Dom Jean-Baptiste Porion], Amour et Silence, nombreuses √©ditions. Best-seller de la spiritualit√© cartusienne du XXe si√®cle, issu de conf√©rences spirituelles de Dom G√©rard Ramakaers, ma√ģtre des novices de la chartreuse de La Valsainte, recueilles dans les ann√©es 1920 par l'auteur qui √©tait alors son novice et publi√© quelque vingt ans plus tard.

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