Nuit de Cristal

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Nuit de Cristal

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Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas ĂȘtre confondu avec Nuit des Longs Couteaux.
Un magasin juif saccagé lors de la nuit de Cristal.
Timbre de la RĂ©publique dĂ©mocratique allemande avec pour mention « Niemals wieder Kristallnacht Â» (« Plus jamais de nuit de Cristal Â»).

La Nuit de Cristal (en allemand Reichskristallnacht) est le pogrom contre les Juifs du TroisiĂšme Reich qui se dĂ©roula dans la nuit du 9 novembre au 10 novembre 1938 et dans la journĂ©e qui suivit. PrĂ©sentĂ© par les responsables nazis comme une rĂ©action spontanĂ©e de la population suite Ă  l'assassinat, le 7 novembre 1938, de Ernst vom Rath, un secrĂ©taire de l'ambassade allemande Ă  Paris, par un jeune Juif polonais d'origine allemande, Herschel Grynszpan, le pogrom fut en rĂ©alitĂ© ordonnĂ© par le chancelier du Reich, Adolf Hitler, organisĂ© par Joseph Goebbels, et commis par des membres de la Sturmabteilung (SA), de la Schutzstaffel (SS) et de la Jeunesse hitlĂ©rienne, soutenus par le Sicherheitsdienst (SD), la Gestapo et d'autres forces de police.

Sur tout le territoire du Reich, plusieurs centaines de synagogues et lieux de culte furent dĂ©truits, 7 500 commerces et entreprises exploitĂ©s par des Juifs saccagĂ©s ; une centaine de Juifs furent assassinĂ©s, des centaines d'autres se suicidĂšrent ou moururent suite Ă  leurs blessures et prĂšs de 30 000 furent dĂ©portĂ©s en camp de concentration : au total, le pogrom et les dĂ©portations qui le suivirent causĂšrent la mort de 2 000 Ă  2 500 personnes. Point culminant de la vague antisĂ©mite qui submergea l'Allemagne dĂšs l'arrivĂ©e des nazis au pouvoir en janvier 1933, la « nuit de Cristal Â» fut l'une des prĂ©mices de la Shoah[N 1].

En provoquant cette premiĂšre grande manifestation de violence antisĂ©mite, les nazis voulurent accĂ©lĂ©rer l'Ă©migration des Juifs, jugĂ©e trop lente, en dĂ©pit de la politique de persĂ©cution et d'exclusion mise en Ɠuvre depuis fĂ©vrier 1933. L'objectif fut atteint : le nombre de candidats Ă  l'Ă©migration crĂ»t considĂ©rablement, mais au-delĂ  de l'indignation que l'Ă©vĂšnement suscita dans le monde, les frontiĂšres des autres pays restĂšrent fermĂ©es.

Marquant une rupture avec la politique nazie de 1933 Ă  1937, ainsi qu'une Ă©tape dans la violence et la persĂ©cution antisĂ©mites, cet Ă©vĂšnement fut Ă©galement rĂ©vĂ©lateur de l'indiffĂ©rence des nations au sort des Juifs d'Allemagne et d'Autriche, et de l'incapacitĂ© des États dĂ©mocratiques Ă  contrecarrer les coups de force menĂ©s par l'Allemagne de Hitler.

Sommaire

Le contexte : les mesures antisĂ©mites

Pour consulter un article plus gĂ©nĂ©ral, voir : Juifs d'Allemagne sous le TroisiĂšme Reich.
Un SA Ă  cĂŽtĂ© d'une affiche proclamant : « Allemands ! DĂ©fendez-vous ! N'achetez pas chez les Juifs ! Â», 1933.

Le programme du NSDAP, rĂ©digĂ© le 24 fĂ©vrier 1920, prĂ©voit que « seul peut ĂȘtre citoyen un frĂšre de race (Volksgenosse). [...] Aucun Juif ne peut donc ĂȘtre frĂšre de race[1] Â» et dans Mein Kampf, Adolf Hitler proclame Ă  de nombreuses reprises son dĂ©sir de voir l'Allemagne « libĂ©rĂ©e des Juifs Â» (Judenfrei)[2]. Les Juifs sont victimes d'une politique antisĂ©mite dĂšs l'arrivĂ©e des nazis au pouvoir en janvier 1933. Cette discrimination se traduit notamment par le boycott des commerces juifs, voulu par Hitler, organisĂ© par Julius Streicher et mis en Ɠuvre par la SA, le 1er avril 1933, dans une opĂ©ration au succĂšs limitĂ© et largement condamnĂ©e Ă  l'Ă©tranger[3]. Au cours du mĂȘme mois, les Juifs sont exclus de la fonction publique, Ă  quelques rares exceptions prĂšs, par le dĂ©cret sur la restauration du fonctionnariat du 7 avril 1933 et ses rĂšglements d'application[4].

L'ostracisme envers les Juifs est officialisĂ© le 15 septembre 1935 lors de l'adoption des Lois de Nuremberg, principalement la « Loi pour la protection du sang et de l'honneur allemands Â» (« Blutschutsgesetz Â») et la « Loi sur la citoyennetĂ© du Reich Â» (« ReichsbĂŒrgergesetz Â»). Ces lois et les dĂ©crets qui leur font suite Ă©tablissent la dĂ©termination du caractĂšre juif, demi-juif ou quart de juif (Mischling), en fonction de l'ascendance, interdisent les relations sexuelles et le mariage entre citoyens de sang allemand ou apparentĂ©s et juifs, privent les Juifs de la citoyennetĂ© allemande, ainsi que de la plupart de leurs droits politiques, dont le droit de vote, et les excluent de certaines professions libĂ©rales et de l'enseignement[5].

La campagne anti-juive se durcit en 1937, notamment via l'organisation de l'exposition Der ewige Jude (« Le Juif Ă©ternel Â»), mais surtout au cours de l'annĂ©e suivante[6]. DĂ©but 1938, les passeports des Juifs allemands sont confisquĂ©s. Le 26 avril, les Juifs reçoivent l'ordre de faire enregistrer tous les biens qu'ils possĂšdent, ce qui facilite leur aryanisation. Le 17 aoĂ»t, les prĂ©noms portĂ©s par les Juifs sont rĂ©glementĂ©s et trois dĂ©crets additionnels aux Lois de Nuremberg dĂ©finissent la notion d'entreprise juive et interdisent aux Juifs l'exercice de la profession mĂ©dicale[6]. Tout est fait pour pousser les Juifs Ă  Ă©migrer, quel qu'en soit le prix[6].

Un prĂ©texte : l'assassinat de vom Rath

Articles connexes : Herschel Grynszpan et Ernst vom Rath.
Herschel Grynszpan aprĂšs son arrestation Ă  Paris

« Avec l'aide de Dieu [...]. Je ne pouvais agir autrement. Mon cƓur saigne quand je pense Ă  notre tragĂ©die [...]. Je dois exprimer ma rĂ©volte de telle sorte que le monde entier l'entende, et je compte le faire. Je vous supplie de me pardonner. Â»

— Lettre de Herschel Grynszpan Ă  son oncle, 7 novembre 1938[7]

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Le 7 novembre 1938, un jeune Juif polonais d'origine allemande rĂ©fugiĂ© Ă  Paris, Herschel Grynszpan, ĂągĂ© de dix-sept ans dont la famille rĂ©sidant Ă  Hanovre a Ă©tĂ© expulsĂ©e, le 27 octobre, d'Allemagne vers la Pologne, achĂšte un pistolet puis se rend Ă  l'ambassade d'Allemagne Ă  Paris, oĂč il demande Ă  voir un responsable. EnvoyĂ© au bureau du premier secrĂ©taire Ernst vom Rath, Grynszpan tire sur celui-ci et le blesse gravement[7],[N 2],[N 3].

Il ne s'agit pas du premier Ă©vĂ©nement du genre. Le 4 fĂ©vrier 1936, un Ă©tudiant talmudiste avait assassinĂ©, Ă  Davos, le responsable du parti nazi en Suisse, Wilhelm Gustloff, sans susciter de rĂ©action des autoritĂ©s ou de la population allemandes[8], les circonstances, et notamment la proximitĂ© des jeux olympiques de Berlin[9], « exigeant de serrer la bride aux fanatiques du parti en Allemagne[10] Â».

L'attentat contre le diplomate vom Rath ne fait l'objet d'aucune dĂ©claration publique des responsables nazis, mĂȘme si une campagne antisĂ©mite dans la presse orchestrĂ©e par Joseph Goebbels dĂšs le 8 novembre 1938 encourage les premiers pogroms menĂ©s par des responsables locaux du parti nazi[N 4], notamment en Hesse-Cassel[10], Ă  Munich[11] ou Ă  Hanovre[12].

Dans son journal, le 9 novembre, Joseph Goebbels relatant la journĂ©e du 8, n'Ă©crit rien sur l'attentat de Paris, alors qu'il a passĂ© la fin de soirĂ©e avec Hitler au cafĂ© Heck ; lors de son discours du 8 novembre commĂ©morant le Putsch de la brasserie de 1923, Adolf Hitler est lui aussi muet sur le sujet. Pour Saul FriedlĂ€nder, « de toute Ă©vidence, les deux dirigeants nazis avaient dĂ©cidĂ© de passer Ă  l'action, mais jugĂ© sans doute prĂ©fĂ©rable d'attendre le dĂ©cĂšs d'Ernst vom Rath, griĂšvement blessĂ© ; ce silence insolite Ă©tait la plus sĂ»re indication de l'existence de plans visant Ă  accrĂ©diter une explosion spontanĂ©e de la colĂšre du peuple[13] Â».

Vom Rath, au chevet duquel Hitler avait envoyĂ© son mĂ©decin personnel, le docteur Karl Brandt[10], dĂ©cĂšde le 9 novembre 1938 Ă  17 heures 30, et Hitler en est informĂ© entre 19 et 21 heures[N 5], alors qu'il participe Ă  Munich, au dĂźner traditionnel des « compagnons de combat Â», la vieille garde du parti[14].

L'organisation des violences : la fiction de la rĂ©action spontanĂ©e

« Je prĂ©sente les faits au FĂŒhrer. Il dĂ©cide : laisser les manifestations se poursuivre. Retirer la police. Les Juifs doivent sentir pour une fois la colĂšre du peuple. C'est justice. Je donne aussitĂŽt les consignes correspondantes Ă  la police et au Parti. Puis je fais un bref discours en consĂ©quence devant les dirigeants du Parti. TempĂȘtes d'applaudissements. Tout le monde se prĂ©cipite immĂ©diatement sur les tĂ©lĂ©phones. Maintenant, c'est le peuple qui va agir. Â»

— Joseph Goebbels, Munich, 10 novembre 1938[15]

Le 9 novembre 1938 au soir, Ă  Munich, Adolf Hitler quitte la rĂ©union sans prononcer son discours traditionnel Ă  l'occasion du Tag der Bewegung (Jour du Mouvement)[N 6] et sans faire la moindre allusion au dĂ©cĂšs de vom Rath[10], aprĂšs un long entretien Ă  voix basse avec Joseph Goebbels, au cours duquel le FĂŒhrer semble particuliĂšrement agitĂ©[16],[N 7]. Vers 22 heures, Joseph Goebbels, dans un « discours bref mais incendiaire Â», annonce aux participants la mort d'Ernst vom Rath et leur apprend que des Ă©meutes anti-juives ont Ă©clatĂ© en Hesse-Cassel et en Saxe-Anhalt, en ajoutant que le FĂŒhrer avait dĂ©cidĂ© que rien ne devait ĂȘtre fait pour dĂ©courager le mouvement au cas oĂč celui-ci s'Ă©tendrait Ă  l'ensemble du Reich[8]. « Le parti devait organiser et exĂ©cuter l'affaire sans paraĂźtre ouvertement y ĂȘtre engagĂ©[8] Â».

La « colĂšre populaire spontanĂ©e Â» mise en avant par les responsables nazis fait en rĂ©alitĂ© l'objet de quatre vagues d'ordres successives : Ă  partir de 22 heures, les chefs rĂ©gionaux de la SA donnent, par tĂ©lĂ©phone, instruction Ă  leurs subordonnĂ©s de lancer incendies, destructions et violences Ă  grande Ă©chelle ; peu avant minuit, Heinrich MĂŒller, chef de la Gestapo enjoint aux forces de police de ne pas s'opposer aux actions contres les Juifs, d'empĂȘcher les pillages et « tout autre dĂ©bordement particulier Â» et de prĂ©parer l'arrestation de vingt Ă  trente mille Juifs, « de prĂ©fĂ©rence fortunĂ©s Â» ; Ă  une heure vingt du matin, les instructions de MĂŒller sont complĂ©tĂ©es et prĂ©cisĂ©es par un tĂ©lex de Reinhard Heydrich Ă  la police et au SD[17]. Heydrich demande de prĂ©venir les actions qui peuvent mettre en danger des personnes ou des biens allemands, notamment lors de l'incendie des synagogues, d'autoriser la destruction des appartements et commerces appartenant Ă  des Juifs, mais pas leur pillage, de ne pas s'attaquer aux Ă©trangers et de trouver « le personnel nĂ©cessaire pour arrĂȘter autant de Juifs, surtout fortunĂ©s, que peuvent en accueillir les prisons[18] Â». À 2 h 56 du matin, c'est au tour de Rudolf Hess de donner ses consignes[19].

Pour Thalmann et Feinermann, la succession des ordres, et surtout, la prĂ©cision des instructions donnĂ©es par MĂŒller, notamment l'ordre d'arrĂȘter de 20 000 Ă  30 000 Juifs, tĂ©moignent de l'existence d'un plan prĂ©Ă©tabli, antĂ©rieur Ă  l'assassinat de vom Rath[20]. Cette analyse est partagĂ©e par Gerald Schwab, selon lequel le tĂ©lex envoyĂ© par Muller, dans lequel il n'est fait aucune allusion Ă  la mort de vom Rath, avait Ă©tĂ© rĂ©digĂ© au prĂ©alable en attendant une opportunitĂ© appropriĂ©e ; Schwab souligne Ă©galement que les camps de concentration se prĂ©paraient, depuis plusieurs mois, Ă  faire face Ă  un afflux massif et soudain de dĂ©tenus[21]. Le caractĂšre fallacieux de l'affirmation selon laquelle les violences auraient Ă©tĂ© spontanĂ©es est en outre Ă©tayĂ© par un rapport du tribunal suprĂȘme du parti rĂ©digĂ© dĂ©but 1939 : « les instructions orales du Ministre de l'IntĂ©rieur ont apparemment Ă©tĂ© comprises par tous les responsables prĂ©sents comme signifiant que le parti ne devait pas apparaĂźtre, Ă  l'extĂ©rieur, comme l'initiateur des manifestations, mais qu'il Ă©tait, en rĂ©alitĂ©, chargĂ© de les organiser et de les exĂ©cuter[22]. Â»

Commentant les Ă©vĂ©nements et tĂ©moignant de la difficultĂ© d'imposer la version d'un pogrom « spontanĂ© Â», un Blockleiter de HĂŒttenbach en Moyenne-Franconie, dont le temple juif a Ă©tĂ© incendiĂ© par les responsables locaux du parti nazi et de la SA Ă©crit dans un rapport Ă  sa hiĂ©rarchie le 7 fĂ©vrier 1939 : « on ne doit pas Ă©crire que le feu a Ă©tĂ© mis Ă  la synagogue par les membres du parti [...], mais par la population. C'est juste. Mais en ma qualitĂ© de chroniqueur, je me dois de relater la vĂ©ritĂ©. Il est facile d'enlever cette page et d'en rĂ©diger une nouvelle. Je vous en prie, mon chef, comment dois-je Ă©tablir cette entrĂ©e et comment faut-il la formuler ? Â»[23].

Le 10 novembre 1938, Goebbels consulte Hitler par tĂ©lĂ©phone aux premiĂšres heures de la matinĂ©e et le rencontre ensuite lors du dĂ©jeuner, alors que les violences se poursuivent. Avec l'aval du FĂŒhrer, Goebbels donne l'ordre d'arrĂȘter le pogrom[24]. Cette instruction est diffusĂ©e par la presse berlinoise Ă  17 heures, par les stations de radio Ă  20 heures et dans l'ensemble de la presse le lendemain[25]. Elle est suivie par des messages de Heydrich aux forces de police dont les patrouilles « qui avaient disparu comme par enchantement, ressurgissent Ă  tous les coins de rue[26] Â».

Le pogrom : violences antisĂ©mites dans l'ensemble du Reich

« Je vais pour rentrer Ă  mon hĂŽtel, lorsque je vois le ciel [virer au] rouge sang. La synagogue brĂ»le. [...] Nous ne faisons Ă©teindre les incendies que si c'est nĂ©cessaire pour les bĂątiments allemands du voisinage. Sinon, laisser brĂ»ler. [...]
Des vitres volent en Ă©clat. Bravo, bravo! Dans toutes les grandes villes, les synagogues brĂ»lent. Â»

— Joseph Goebbels, Munich, 10 novembre 1938[27]

La synagogue de la Herzog Rudolf Strasse Ă  Munich aprĂšs son incendie.

DÚs la fin du discours de Goebbels, des membres de la Stosstrupp Adolf Hitler se déchaßnent dans les rues de Munich et détruisent la synagogue de la Herzog-Rudolf-Strasse, leur violence allant jusqu'à susciter l'inquiétude du Gauleiter Adolf Wagner[28]. Goebbels donne également des ordres pour qu'ils démolissent la synagogue de la Fasasenstrasse[29].

Le pogrom s'Ă©tend rapidement sur tout le territoire du Reich[N 8], des grandes villes aux bourgades : « les Gauleiters entrĂšrent en action vers 22 h 30. La SA suivit Ă  23 heures, la police peu avant minuit, les SS[N 9], Ă  1 h 20 du matin[18] Â».

À Innsbruck, dans le Gau du Tyrol-Vorarlberg, oĂč ne vivent que quelques centaines de Juifs, un commando de membres de la SS, habillĂ©s en civil, assassine plusieurs Juifs influents[30]. Des diplomates tĂ©moignent de la violence des saccages opĂ©rĂ©s Ă  Cologne et Ă  Leipzig ; des scĂšnes semblables se produisent dans la petite ville de Wittlich, en Moselle, oĂč un SA monte sur le toit de la synagogue en agitant les rouleaux de la Torah et en s'Ă©criant « Torchez-vous le cul avec, Juifs ! Â»[31]. À Marbourg, Ă  TĂŒbingen, des membres du parti nazi et de la SA, souvent ivres suite Ă  la cĂ©lĂ©bration de l'anniversaire du putsch de la brasserie, incendient les synagogues sous le regard de pompiers, dont l'action se borne Ă  Ă©viter que les incendies ne se communiquent aux Ă©difices voisins[32]. À Esslingen, des « Chemises brunes Â» saccagent un orphelinat dans la cour duquel ils font un bĂ»cher avec les livres, les objets religieux et tout ce qui est combustible, en menaçant les enfants en pleurs de les jeter dans le brasier s'ils ne partent pas immĂ©diatement[33] ; Ă  Potsdam, c'est un internat qui est envahi et dont les enfants sont chassĂ©s en pleine nuit[34]. À Leipzig, le cimetiĂšre juif est saccagĂ© : le lieu de culte et la maison du gardien sont incendiĂ©s, les pierres tombales renversĂ©es et des sĂ©pultures profanĂ©es[35]. Dans la petite ville de Treuchtlingen, la violence atteint des sommets : des membres de la SA, encouragĂ©s par certains habitants, mettent le feu Ă  la synagogue, brisent les vitrines des magasins juifs et en pillent le contenu, saccagent les habitations occupĂ©es par des Juifs, dĂ©truisant mobilier, vaisselle et sanitaires et obligeant les femmes, rĂ©fugiĂ©es dans la cave, Ă  dĂ©truire bouteilles de vin et conserves[36]. C'est Ă  Vienne, oĂč s'Ă©taient dĂ©jĂ  produites des Ă©meutes anti-juives lors de l'Anschluss[37], que le pogrom prend ses formes les plus violentes et les plus meurtriĂšres, avec 42 synagogues incendiĂ©es, 27 personnes juives tuĂ©es et 88 griĂšvement blessĂ©es[38].

Les violences sont systĂ©matiquement assorties de l'humiliation des victimes. À Sarrebruck, on oblige les Juifs Ă  danser, Ă  s'agenouiller et Ă  chanter des chants religieux devant la synagogue, avant de les asperger Ă  la lance Ă  incendie ; Ă  Essen, on met le feu Ă  leur barbe ; Ă  Meppen, on les force Ă  baiser le sol devant le quartier gĂ©nĂ©ral de la SA, pendant qu'ils sont frappĂ©s Ă  coup de pied[39]. À FĂŒrth, des Juifs sont conduits au thĂ©Ăątre : « les uns parquĂ©s dans la salle obscure, les autres montĂ©s sur la scĂšne violemment Ă©clairĂ©e pour y ĂȘtre battus[40] Â». À Baden-Baden, les Juifs sont rassemblĂ©s dans la synagogue oĂč ils doivent rentrer en piĂ©tinant un manteau de priĂšres : une fois Ă  l'intĂ©rieur de l'Ă©difice, on leur fait entonner le Horst Wessel Lied, puis lire un passage de Mein Kampf Ă  la table de l'officiant[41].

Magasin juif saccagé à Munich

À cĂŽtĂ© des centaines de synagogues et lieux de culte incendiĂ©s, plusieurs milliers de commerces, de boutiques et d'appartements juifs sont dĂ©truits, saccagĂ©s ou pillĂ©s, et presque tous les cimetiĂšres juifs sont profanĂ©s[42] ; des femmes, des enfants et des vieillards sont battus et victimes de brutalitĂ©s bestiales ; les suicides sont nombreux et plus de 20 000 Juifs sont dĂ©portĂ©s dans les camps de concentration, oĂč ils sont victimes de sadisme et de tortures indescriptibles de la part des gardiens[43]. Un nombre indĂ©terminĂ© de viols[44] et une centaine d'assassinats[45] sont Ă©galement perpĂ©trĂ©s.

Les exactions ne sont pas commises que par des membres de la SA ou de la SS, mais aussi par des « citoyens ordinaires Â», par « d'autres secteurs de la population, surtout – mais pas seulement – des jeunes que cinq ans de national-socialisme Ă  l'Ă©cole et aux Jeunesses hitlĂ©riennes n'avaient pas laissĂ©s indemnes[46] Â» : Ă  DĂŒsseldorf, des mĂ©decins de l'hĂŽpital et plusieurs juges prennent part Ă  l'incendie de la synagogue[47] ; Ă  Gaukönigshoven, en Basse-Franconie, des « paysans respectĂ©s Â» profanent le sanctuaire de la Torah et pillent les maisons des Juifs ; dans la matinĂ©e du 10 novembre, Ă©coliers et adolescents accablent de leurs sarcasmes, de leurs quolibets et de leurs injures les Juifs raflĂ©s par la police et souvent houspillĂ©s par des meutes hurlantes qui leur lançent des pierres[48]. Si une partie de la population participe au pogrom, des Allemands tĂ©moignent toutefois leur sympathie aux victimes, et dans certains cas, leur prodiguent aide matĂ©rielle et rĂ©confort[49].

Bilan : une communautĂ© traumatisĂ©e

Une grille d'entrĂ©e avec l'inscription en allemand “ARBEIT MACHT FREI” signifiant en français “LE TRAVAIL REND LIBRE” au camp de concentration de Dachau.

Dans un rapport du 11 novembre 1938, Reinhard Heydrich fait Ă©tat de 36 morts et d'autant de blessĂ©s graves pour l'ensemble du Reich. Pour Saul FriedlĂ€nder, « le bilan se rĂ©vĂ©la bien plus lourd ; dans toute l'Allemagne [y compris l'Autriche annexĂ©e], outre les 267 synagogues dĂ©truites et les 7 500 entreprises et commerces saccagĂ©s, 91 juifs pĂ©rirent et des centaines se suicidĂšrent ou moururent par la suite des sĂ©vices infligĂ©s dans les camps[50] Â». Sur ce dernier point, Raul Hilberg estime Ă  plus de 25 000 le nombre des hommes envoyĂ©s dans les camps de concentration nazis, comme Dachau (10 911 dont environ 4 600 en provenance de Vienne), Buchenwald (9 845 personnes) et Sachsenhausen (au moins 6 000)[51]. Pour F. Kersaudy, « plus de 100 Juifs sont tuĂ©s et 20 000 dĂ©portĂ©s en camps de concentration, tandis que 7 500 boutiques sont dĂ©truites et 12 000 pillĂ©es, 101 synagogues sont incendiĂ©es, 76 dĂ©molies et 267 endommagĂ©es Â»[52]. Daniel Goldhagen parle d'« Ă  peu prĂšs 100 juifs Â» assassinĂ©s, et de 30 000 autres dĂ©portĂ©s en camps[53].

« Au total - et selon les estimations les plus modĂ©rĂ©es retenues dans les documents de la Wiener Library - le pogrom coĂ»ta la vie de 2 000 Ă  2 500 hommes, femmes et enfants et laissa des sĂ©quelles indĂ©lĂ©biles chez tous ceux qui en vĂ©curent l'horreur[54] Â».

RĂ©actions : de l'indignation Ă  l'indiffĂ©rence

À l'Ă©tranger

Des Juifs Ă©trangers ont Ă©tĂ© victimes du pogrom, en dĂ©pit des directives ordonnant de les Ă©pargner : les protestations diplomatiques affluent[55] et sont transmises, sans commentaire, Ă  la chancellerie du Reich oĂč elles sont enfouies dans les dossiers[56].

La presse internationale condamne les Ă©vĂ©nements : plus de mille Ă©ditoriaux paraissent Ă  ce sujet dans la presse amĂ©ricaine, particuliĂšrement vĂ©hĂ©mente, et le prĂ©sident Roosevelt rappelle l'ambassadeur des États-Unis en consultation. Si l'indignation est gĂ©nĂ©rale, elle ne se traduit pas par un Ă©largissement de la politique d'accueil des Juifs du Reich : en 1938, les États-Unis n'atteignent pas leur quota d'immigration juive en provenance d'Allemagne et d'Autriche et n'accordent que 27 000 visas sur les 140 000 demandĂ©s[57] ; l'annĂ©e suivante la Grande-Bretagne « ferme, de fait, les portes de la Palestine Ă  l'immigration juive sans proposer d'autre refuge[58] Â». Les rĂ©actions sont Ă©galement indignĂ©es dans la presse danoise[59] ou française[60] et le gouvernement fasciste italien s'Ă©tonne « que la recrudescence des persĂ©cutions antisĂ©mites en Allemagne n'entraĂźna pas l'abandon du projet [d'accord] franco-allemand[60]». « Il Ă©tait clair que les Ă©meutes avaient tout d'abord fait perdre Ă  l'Allemagne une grande part des sympathies dont elle bĂ©nĂ©ficiait dans le monde[61] Â».

Suites aux protestations internationales, les entreprises contrĂŽlĂ©es par des Juifs Ă©trangers au Reich sont dispensĂ©es, le 1er dĂ©cembre 1938, de la prestation expiatoire et peuvent poursuivre leurs activitĂ©s aprĂšs le 31 dĂ©cembre[62]. Le boycott des exportations allemandes se gĂ©nĂ©ralise, notamment en France, en Angleterre, aux États-Unis, au Canada, en Yougoslavie ou aux Pays-Bas[63].

En Allemagne

Le pogrom suscite immédiatement de sérieuses tensions parmi les principaux dirigeants nazis. Si aucun de ceux-ci ne s'oppose à des mesures ou des violences anti-juives, les conséquences de la nuit de Cristal sur l'image de l'Allemagne à l'étranger, ses éventuelles répercussions économiques négatives et le fait qu'elle ait été déclenchée par Goebbels sans concertation, entraßne de vives réactions d'Heinrich Himmler, de Hermann Göring ou de Walther Funk[64].

À de rares exceptions individuelles prĂšs, ni les Églises protestante et catholique, ni les milieux universitaires, ni les gĂ©nĂ©raux[N 10], ni « aucun reprĂ©sentant de la bonne Allemagne[65] Â» n'Ă©mettent aucune protestation suite au pogrom[66]. Si, d'aprĂšs les rapports du SD, la population rĂ©prouve largement la violence et les dommages causĂ©s par le pogrom, c'est essentiellement en raison de la destruction inutile de biens qui lĂšse tous les Allemands et l'État ; l'annonce de l'amende de 1 milliard de marks infligĂ© aux Juifs rassĂ©rĂšne les esprits[67]. La direction du parti social-dĂ©mocrate allemand en exil, la SOPADE, observe Ă©galement que « la grande majoritĂ© du peuple allemand a vivement condamnĂ© les violences Â», et ce pour des raisons diverses comme le souligne Ian Kershaw[68]. Si « la vague d'indignation populaire Â» contre les Juifs qu'escomptait Goebbels ne s'est pas matĂ©rialisĂ©e[69], selon la thĂšse controversĂ©e de Daniel Goldhagen, « face Ă  des critiques limitĂ©es, il y avait l'enthousiasme des Allemands pour l'entreprise Ă©liminationniste, que la Nuit de Cristal n'entamait pas, et l'immense satisfaction avec laquelle tant d'Allemands avaient accueilli l'Ă©vĂ©nement[70] Â».

« D'un point de vue global, le rĂ©gime a [...] pu considĂ©rer comme un succĂšs l'attitude gĂ©nĂ©ralement passive dans laquelle se sont enfermĂ©s la plupart des Allemands pendant les dĂ©bordements. Une action violente contre les Juifs allemands, telle qu'on n'en avait plus connue depuis les pogroms du Moyen Âge, avait pu ĂȘtre dĂ©clenchĂ©e sans soulever de protestation publique. Sur le plan de la propagande, cela revenait Ă  une approbation. La radicalisation des persĂ©cutions avait rĂ©ussi Ă  franchir une nouvelle Ă©tape Â» analyse l'historien allemand Peter Longerich[71].

Suites et consĂ©quences : la radicalisation de l'antisĂ©mitisme

« J'aurais prĂ©fĂ©rĂ© que vous tuiez deux cents Juifs plutĂŽt que de dĂ©truire de telles valeurs. Â»

— Hermann Göring, Berlin, 12 novembre 1938[72]

Hermann Göring s'adressant au Reichstag

La nuit de Cristal est suivie d'une radicalisation des mesures antisĂ©mites du rĂ©gime nazi. Les suites du pogrom sont examinĂ©es dĂšs le 12 novembre 1938, lors d'une rĂ©union de haut niveau, prĂ©sidĂ©e par Hermann Göring, Ă  la demande explicite et insistante de Hitler[73] : parmi la centaine de participants, on note la prĂ©sence de Joseph Goebbels, du chef du RSHA Reinhard Heydrich, des ministres de l'Économie Walther Funk, des Finances Lutz Schwerin von Krosigk[74] et de la Justice Franz GĂŒrtner, de reprĂ©sentants de la Reichsbank et des dirigeants du parti nazi en Autriche et dans le territoire des SudĂštes[73]. Les premiĂšres discussions portent sur l'indemnisation des dĂ©gĂąts, les seules vitrines dĂ©truites Ă©tant assurĂ©es pour 6 millions de dollars. AprĂšs de longs Ă©changes, notamment entre Göring, Reinhard Heydrich et le reprĂ©sentant des assureurs allemands, il est dĂ©cidĂ© que les indemnitĂ©s versĂ©es par les assureurs aux bĂ©nĂ©ficiaires seront confisquĂ©es par l'État et il est imposĂ© aux juifs allemands une « amende de rĂ©paration[75] Â» d'un milliard de Reichsmark[N 11] et de les obliger de remettre en Ă©tat, Ă  leurs propres frais, les commerces, bureaux et logements saccagĂ©s[76],[N 12].

Lors de cette mĂȘme rĂ©union, Göring dĂ©crĂšte la cessation, Ă  partir du 1er janvier 1939, de toutes les activitĂ©s commerciales menĂ©es par des Juifs, qui doivent vendre leurs commerces et entreprises, titres, bijoux et Ɠuvres d'art, ce qui constitue une phase essentielle de l'aryanisation des biens juifs. Alors que Goebbels Ă©voque tour Ă  tour l'interdiction, pour les Juifs, de l'accĂšs aux distractions publiques, aux forĂȘts ou aux parcs, l'Ă©viction des enfants juifs des Ă©coles allemandes, Heydrich plaide vigoureusement pour une accĂ©lĂ©ration de l'Ă©migration, prenant pour modĂšle les rĂ©sultats obtenus Ă  Vienne par Adolf Eichmann : pour accĂ©lĂ©rer cette Ă©migration, il prĂ©conise le port d'un insigne spĂ©cial[N 13] par toutes les personnes considĂ©rĂ©es comme juives aux termes des Lois de Nuremberg, Göring Ă©tant, pour sa part, partisan de la crĂ©ation de ghettos[77]. Si ces deux mesures ne sont pas retenues, le pogrom a atteint son but et l'Ă©migration juive s'accĂ©lĂšre : 80 000[N 14] Juifs fuient le Reich, « dans les circonstances les plus traumatisantes Â», entre la fin de 1938 et le dĂ©but de la guerre[78].

Dans la foulĂ©e, les discriminations antisĂ©mites se multiplient et se durcissent : le 15 novembre 1938, tous les enfants juifs encore prĂ©sents dans les Ă©coles allemandes en sont chassĂ©s ; le 19, les Juifs sont privĂ©s d'aide sociale ; le 28, le ministre de l'intĂ©rieur informe les prĂ©sidents des lĂ€nder qu'ils peuvent exclure les Juifs de certains espaces publics et le lendemain, il interdit aux Juifs de possĂ©der des pigeons voyageurs. Durant les mois de dĂ©cembre 1938 et janvier 1939, les mesures destinĂ©es Ă  exclure les Juifs de la vie publique, professionnelle et culturelle sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus dures[79].

Si les autoritĂ©s nazies s'acharnent sur les victimes des pogroms, elles font preuves d'une mansuĂ©tude toute particuliĂšre Ă  l'Ă©gard des auteurs des pires exactions. Les incendies, les destructions et les brutalitĂ©s sont conformes aux instructions donnĂ©es successivement par les responsables de la SA, Heinrich MĂŒller et Heydrich, mais tel n'est pas le cas des pillages, des meurtres et des viols. Le pogrom terminĂ©, les tueurs ne sont que rarement poursuivis ou condamnĂ©s Ă  des peines particuliĂšrement lĂ©gĂšres[44] ; dans une lettre secrĂšte au procureur de Hambourg, le ministĂšre de la Justice prĂ©cise, le 19 novembre, que l'assassinat de Juifs et les dommages corporels graves [...] ne devaient ĂȘtre sanctionnĂ©s que « s'ils avaient Ă©tĂ© dictĂ©s par des raisons personnelles Â»[50]. Par contre, les coupables de viol sont expulsĂ©s du parti et traduits devant les tribunaux civils, le tribunal interne du parti nazi estimant ce crime, contraire aux lois de Nuremberg qui interdisent depuis 1935 « toute relation sexuelle entre Juifs et Gentils[44] Â» plus grave que le meurtre. Dans son rapport du 13 fĂ©vrier 1939 adressĂ© Ă  Goebbels, l'ObergruppenfĂŒhrer Walter Buch, qui enquĂȘte sur les excĂšs commis pendant la nuit de Cristal, relĂšve 16 faits, dont 3 Ă  caractĂšre sexuel et 13 meurtres ; il recommande que les poursuites soient abandonnĂ©es Ă  l'exception de deux cas de viol, les assassins ayant agi sur l'ordre de leurs supĂ©rieurs ou en pensant que leurs crimes Ă©taient conformes aux instructions[80].

CommĂ©morations en Allemagne : du silence Ă  la cĂ©lĂ©bration

Timbre commémoratif pour le 50e anniversaire de la nuit de Cristal.

La commĂ©moration de la nuit de Cristal[81] reste confidentielle pendant de nombreuses annĂ©es. Au cours des annĂ©es quarante et cinquante, les mentions dans la presse sont rares : la premiĂšre d'entre elles est effectuĂ©e dans le Tagesspiel, quotidien de Berlin-Ouest, le 9 novembre 1945, ce journal ne revenant sur l'Ă©vĂ©nement qu'en 1948. À l'Est, le journal officiel Neues Deutschland, publie sur le sujet en 1947 et 1948, puis aprĂšs plusieurs annĂ©es de silence, en 1956 ; en 1958, le vingtiĂšme anniversaire du pogrom n'est pas mentionnĂ©. Il faut attendre le quarantiĂšme anniversaire de l'Ă©vĂ©nement, en 1978, pour que celui-ci soit commĂ©morĂ© par la sociĂ©tĂ© tout entiĂšre[82].

Le 70e anniversaire de la nuit de Cristal, le 9 novembre 2008 Ă  la synagogue de la Rykestrasse, est l'occasion pour la chanceliĂšre allemande Angela Merkel de lancer un appel afin que « l’hĂ©ritage du passĂ© serve de leçon pour l’avenir Â». La chanceliĂšre dĂ©nonce « l’indiffĂ©rence Ă  lâ€˜Ă©gard du racisme et de l’antisĂ©mitisme Â». Pour elle, c’est un premier pas qui peut remettre en cause des valeurs incontournables. « Trop peu d’Allemands ont eu Ă  l’époque le courage de protester contre la barbarie nazie (...). Cette leçon Ă  tirer du passĂ© vaut aujourd’hui pour l’Europe, mais aussi pour d’autres rĂ©gions, notamment pour les pays arabes Â»[83],[84].

Une commémoration importante s'est aussi tenue à Bruxelles le 9 et le 10 novembre 2008[85].

Kristallnacht ou Reichspogromnacht ? : querelle Ă©tymologique

Magasin juif saccagé à Magdebourg

Si tous les auteurs s'accordent sur le fait que l'expression « nuit de Cristal Â» (« Kristallnacht Â») fait rĂ©fĂ©rence aux dĂ©bris de verre encombrant les trottoirs devant les vitrines des magasins juifs saccagĂ©s, et qu'elle apparaĂźt Ă  Berlin, le consensus ne dĂ©passe pas cette gĂ©nĂ©ralitĂ©. Pour Kershaw, ce terme provient du « parler populaire[86] Â», pour Karl A. Schleunes, il s'agit d'une dĂ©nomination inventĂ©e par de beaux esprits berlinois[87]. Selon Arno J. Mayer, l'appellation a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e par la propagande nazie[N 15] afin de concentrer l'attention du public sur les dommages matĂ©riels, en occultant les pillages et les violences physiques[88]. Elle est utilisĂ©e par un responsable nazi du Gau de Hanovre lors d'un discours prononcĂ© le 24 juin 1939, avec une connotation « humoristique Â»[82].

« Nuit de Cristal ! Cela brille et pĂ©tille comme lors d’une fĂȘte. Il est grand temps que ce terme, offensant par sa minimisation, disparaisse Ă  tout le moins des ouvrages historiques Â»

— Avraham Barkai, 1988[89].

Dans un ouvrage paru en 2001, le politologue allemand Harald Schmid[90] souligne la multiplicitĂ© des termes utilisĂ©s pour dĂ©signer les violences antisĂ©mites des 9 et 10 novembre 1938 et l'interprĂ©tation controversĂ©e donnĂ©e au vocable « nuit de Cristal Â». Remis en cause dĂšs le 10e anniversaire de l'Ă©vĂ©nement, il est remplacĂ©, en 1978, par le terme politiquement correct de Reichspogromnacht, qui s'impose durablement Ă  partir des cĂ©lĂ©brations du cinquantiĂšme anniversaire en 1988[82]. Ce dĂ©bat sur la terminologie est essentiellement circonscrit en Allemagne et en Autriche et peut susciter un profond Ă©tonnement dans le monde universitaire anglophone[91]. La diversitĂ© du vocabulaire selon les aires linguistiques est illustrĂ©e lors du 70e anniversaire : alors qu'en Allemagne, la chanceliĂšre Angela Merkel n'utilise que le terme Pogromnacht[92], Ă  Bruxelles, le prĂ©sident du CCOJB emploie le terme Kristallnacht[93].

Annexes

Bibliographie

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  • Peter M. Daily (dir.), Building history : the Shoah in art, memory and myth, New-York, P. Lang, 2001 
  • Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, Flammarion Lettres, coll. Â« Au fil de l'histoire Â», 2009, 1046 p. (ISBN 978-2-0821-0112-7) 
  • Saul FriedlĂ€nder, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1933-1939, Les annĂ©es de persĂ©cution, Paris, Seuil, 2008 (ISBN 978-2-02-097028-0) 
  • (de) Helmut Genschel, Die VerdrĂ€ngung der Juden aus der Wirtschaft im Dritten Reich, Göttinger Bausteine zur Geschichtswissenschaft Band 38, Musterschmidt-Verlag, Göttingen 1966
  • Joseph Goebbels, Journal. 1933-1939, Paris, Tallandier, 2007 (ISBN 978-2-84734-461-5) 
  • * D. J. Goldhagen, Les bourreaux volontaires de Hitler, trad. par P. Martin, 1997, Seuil, Paris.
  • (de) Angela Hermann, Hitler und sein Stoßtrupp in der "Reichskristallnacht". Vierteljahrshefte fĂŒr Zeitgeschichte, 56 (2008), 603-619.
  • Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, t. 1, Paris, Gallimard, coll. Â« Folio Histoire Â», 2006 (ISBN 2-07-030983-5) 
  • Ian Kershaw, Hitler, 1889-1936, Paris, Flammarion, 2001 (ISBN 2-08-212528-9) 
  • Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, Paris, Flammarion, 2001 (ISBN 2-08-212529-7) 
  • Kurt PĂ€tzold, La nuit de cristal : les responsables, les victimes et la majoritĂ© silencieuse, in François BĂ©darida (dir.), La politique nazie d'extermination, Albin Michel, Paris, 1989, p. 199-208. (ISBN 2226038752)
  • (de) Kurt PĂ€tzold, Irene Runge, Kristallnacht. Zum Pogrom 1938, Pahl-Rugenstein, Cologne, 1988 (ISBN 3760912338)
  • William L. Shirer, Le IIIe Reich, Paris, Stock, 1967 
  • Gerald Schwab, The day the Holocaust began : the odyssey of Herschel Grynszpan, New-York, Praeger, 1990 
  • Rita Thalmann, Emmanuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, Paris, Robert Laffont, 1972 
  • (de) Jörg Wollenberg (Hrsg.), Niemand war dabei und keiner hat's gewusst. Die deutsche Öffentlichkeit und die Judenverfolgung 1933-1945, Piper, Munich, 1989 (ISBN 3492110665)
  • (de) Herbert Schultheis, Die Reichskristallnacht in Deutschland nach Augenzeugenberichten, Rötter Druck und Verlag GmbH, Bad Neustadt a. d. Saale (ISBN 978-3-9800482-3-1)

Voir aussi

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Liens externes

Notes et références

Notes

  1. ↑ « Si le pogrom ne permettait point encore de soupçonner ce qu'allait ĂȘtre la rĂ©alitĂ© d'Auschwitz, de Belzec, de Sobibor de Treblinka ou de Chelmno, il laissait toutefois deviner les rouages d'une entreprise meurtriĂšre dont l'existence et le fonctionnement auraient Ă©tĂ© inconcevables auparavant en Europe Â», Kurt PĂ€tzold, La « nuit de cristal Â» : les responsables, les victimes et la « majoritĂ© silencieuse», in, François BĂ©darida (dir.), La politique nazie d'extermination, Albin Michel, Paris, 1989, p. 201.
  2. ↑ Grynszpan souhaitait assassiner l'ambassadeur mais a tirĂ© sur le diplomate auquel il avait Ă©tĂ© adressĂ©, Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 229
  3. ↑ Grynszpan ne sera jugĂ© ni en France ni en Allemagne ; le 18 janvier 1941, il est dĂ©portĂ© Ă  Sachsenhausen oĂč l'on perd sa trace, Rita Thalmann, Emmanuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 67-87
  4. ↑ Si pour Ian Kershaw, ces premiĂšres exactions antisĂ©mites sont menĂ©es « sans aucune directive venue du sommet Â», selon Richard J. Evans elles dĂ©coulent, du moins en Hesse, d'instructions expresses de Goebbels
  5. ↑ 19 heures selon Ian Kershaw, 21 heures pour FriedlĂ€nder, entre 19 et 20 heures pour Schwab
  6. ↑ Jour fĂ©riĂ© depuis l'accession d'Hitler au pouvoir, Gerad Schwab, The day the holocaust began. The odiyssey of Herschel Grynszpan, p. 20
  7. ↑ Pour Richard J. Evans, si Hitler ne se prononce pas en public, il donne cependant l'ordre Ă  Goebbels d'organiser « une grande offensive nationale contre les Juifs Â» et « une mise en scĂšne destinĂ©e Ă  faire croire aux fidĂšles du parti rĂ©unis Ă  l'hĂŽtel de ville de Munich que l'opĂ©ration Ă©tait le fruit d'une rĂ©action Ă  chaud dictĂ©e par l'Ă©motion et la colĂšre Â», Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, p. 655
  8. ↑ Voir notamment la carte des synagogues dĂ©truites pendant la nuit du 9 au 10 novembre 1938, in Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, p. 662
  9. ↑ S'ils ont ordre de participer au pogrom, les membres de la SS doivent le faire « en civil Â», Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 232
  10. ↑ Le gĂ©nĂ©ral Werner von Fritsch, pourtant dĂ©chu de son poste de chef d'Ă©tat-major de l'armĂ©e de terre par les nazis, estime que le pogrom correspond « Ă  la destinĂ©e de l'Allemagne Â», William L. Shirer, Le IIIe Reich, p. 471-472
  11. ↑ D'aprĂšs Richard J. Evans, la somme totale qui fut volĂ©e aux Juifs en 1938 et 1939, suite Ă  la nuit de Cristal et sans tenir compte des aryanisations, excĂšde largement les deux milliards de Reichsmarks, Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, p. 670
  12. ↑ Une piĂšce de thĂ©Ăątre, Du cristal Ă  la fumĂ©e, de Jacques Attali, mise en scĂšne de Daniel Mesguich, thĂ©Ăątre du Rond-Point, Paris, jouĂ©e du 16-09-2008 au 28-09-2008, Ă©voque cet Ă©pisode [1]
  13. ↑ Le port de l'Étoile jaune est imposĂ©e par un dĂ©cret du 1er septembre 1941
  14. ↑ 115 000 entre le 10 novembre 1938 et le 1er septembre 1939 selon Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, p. 674
  15. ↑ Cette hypothĂšse est partagĂ©e par Michal Bodemann, GedĂ€chtnistheater. Die judische Gemeinschaft und ihre deutsche Erfindung, Hamburg, 1996, p. 92

Références

  1. ↑ Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 66
  2. ↑ Ian Kershaw, Hitler, 1889-1936, p. 360-362
  3. ↑ Ian Kershaw, Hitler, 1889-1936, p. 672-673
  4. ↑ Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 115-116
  5. ↑ Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 121-128
  6. ↑ a, b et c Saul FriedlĂ€nder, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les annĂ©es de persĂ©cution, p. 319-331
  7. ↑ a et b Saul FriedlĂ€nder, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les annĂ©es de persĂ©cution, p. 337
  8. ↑ a, b et c Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 80
  9. ↑ Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, p. 655
  10. ↑ a, b, c et d Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 229
  11. ↑ Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 230
  12. ↑ Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, p. 654
  13. ↑ Saul FriedlĂ€nder, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les annĂ©es de persĂ©cution, p. 341
  14. ↑ Saul FriedlĂ€nder, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les annĂ©es de persĂ©cution, p. 342
  15. ↑ Joseph Goebbels, Journal. 1933-1939, p. 647
  16. ↑ Gerald Schwab, The day the holocaust began. The odyssey of Herschel Grynszpan, p. 20
  17. ↑ Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, p. 656-657
  18. ↑ a et b Saul FriedlĂ€nder, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les annĂ©es de persĂ©cution, p. 344
  19. ↑ Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, p. 657
  20. ↑ Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 93-94
  21. ↑ Gerald Schwab, The day the holocaust began. The odyssey of Herschel Grynszpan, p. 24-25
  22. ↑ Gerald Schwab, The day the holocaust began. The odyssey of Herschel Grynszpan, p. 21
  23. ↑ Saul FriedlĂ€nder, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les annĂ©es de persĂ©cution, p. 350-351
  24. ↑ Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, p. 664
  25. ↑ Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 131
  26. ↑ Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 131-132
  27. ↑ Joseph Goebbels, Journal. 1933-1939, p. 648
  28. ↑ Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 231
  29. ↑ Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 232
  30. ↑ Saul FriedlĂ€nder, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les annĂ©es de persĂ©cution, p. 345-346
  31. ↑ Saul FriedlĂ€nder, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les annĂ©es de persĂ©cution, p. 348-349
  32. ↑ Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 232-233
  33. ↑ Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, p. 658
  34. ↑ Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 101
  35. ↑ Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 105
  36. ↑ Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, p. 659
  37. ↑ Evan Burr Bukey, Hitler's Austria, Popular Sentiment in the Nazi Era, 1938-1945, The University of North Carolina Press, 2000, p. 30-32
  38. ↑ Gerhard Botz, La persĂ©cution des Juifs en Autriche : de l'exclusion Ă  l'extermination,in François BĂ©darida (dir.), La politique nazie d'extermination, Albin Michel, Paris, 1989, p. 216-217
  39. ↑ Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, p. 664-665
  40. ↑ Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 107
  41. ↑ Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 113-114
  42. ↑ Gerald Schwab, The day the holocaust began. The odyssey of Herschel Grynszpan, p. 26
  43. ↑ Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 234-235
  44. ↑ a, b et c William L. Shirer, Le IIIe Reich, p. 467
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  61. ↑ Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 87
  62. ↑ (de)Helmut Genschel, Die VerdrĂ€ngung der Juden aus der Wirtschaft im Dritten Reich, Göttinger Bausteine zur Geschichtswissenschaft Band 38, Musterschmidt-Verlag, Göttingen 1966, p. 191
  63. ↑ Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 86
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  73. ↑ a et b Arno J. Mayer, La « solution finale Â» dans l'histoire, La DĂ©couverte, Paris, 1990, p. 201
  74. ↑ Richard J. Evans, Le troisiĂšme Reich. 1933-1939, p. 668
  75. ↑ Peter Longerich, « Nous ne savions pas Â». Les Allemands et la Solution finale 1933-1945, Éditions HĂ©loĂŻse d'Ormesson, 2008, p. 174-175.
  76. ↑ Gerald Schwab, The day the holocaust began. The odyssey of Herschel Grynszpan, p. 31
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  78. ↑ Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 241
  79. ↑ Saul FriedlĂ€nder, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, les annĂ©es de persĂ©cution, p. 357-364
  80. ↑ Gerald Schwab, The day the holocaust began. The odyssey of Herschel Grynszpan, p. 27
  81. ↑ sauf mention contraire, cette section est rĂ©digĂ©e sur la base de Ludwig Eiber, Reichskristallnacht - Reichspogromnacht. Reflection on the Change of a Term, in Peter M. Daly, Building history. The Shoah in Art, Memory and Myth, p. 73-86
  82. ↑ a, b et c Harald Schmid: Sprachstreit im Novemberland Freitag 46, Die Ost-West-Wochenzeitung, 8. November 2002
  83. ↑ Pascal Thibault, « Il y a 70 ans, la Nuit de Cristal Â», Radio-France International, 9 novembre 2008. ConsultĂ© le 11 novembre 2008
  84. ↑ d'autres dĂ©pĂȘches
  85. ↑ On Promoting Tolerance Throughout the European Continent
  86. ↑ Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 219
  87. ↑ Karl A. Schleunes, Un tortueux itinĂ©raire : les politiques nazies envers les Juifs allemands (1933-1939), in L'Allemagne nazie et le gĂ©nocide juif, Colloque de l'École des hautes Ă©tudes en science sociale, Gallimard-Le Seuil, Paris, 1985, p. 128
  88. ↑ Arno J. Mayer, La « solution finale Â» dans l'histoire, La DĂ©couverte, Paris, 1990, p 199-200
  89. ↑ citĂ© par Walter H. Pehle, Der Judenpogrom 1938: Von der « Reichskristallnacht Â» zum Völkermord., Frankfurt am Main 1988, p. 113
  90. ↑ Harald Schmid, Errinern an den Tag der Schuld. Das Novemberpogrom von 1938 in der deutschen Geschiktpolitik, Hamburg, Ergenisse-Verlag, 2001
  91. ↑ voir notamment, Naomi Kramer, Kristallnacht - the Icon of the Shoah, in Peter M. Daly, Building history. The Shoah in Art, Memory and Myth, p. 67-71
  92. ↑ Discours du 9 novembre 2008 de la chanceliùre Angela Merkel
  93. ↑ Discours de JoĂ«l Rubinfeld
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