Normands

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Normands
Page d'aide sur les redirections Cet article concerne les Normands du Moyen Âge. Pour la variĂ©tĂ© de langue d'oĂŻl, voir Normand.
Le monde normand au XIIe siĂšcle.

Les Normands sont actuellement les habitants de la Normandie, mais ce terme a dĂ©signĂ© Ă  l’origine les « hommes du Nord Â», les « Nort(h)manni Â» d'aprĂšs un terme francique latinisĂ©, les Vikings venus de Scandinavie, ravageant les cĂŽtes de tout l’Occident avant de s’installer en Normandie, d’oĂč certains partiront, plus tard, pour l’Angleterre, l’Italie et la Terre sainte.

Les autres Vikings continueront leur chemin, s’aventurant jusqu’au cƓur de la MĂ©diterranĂ©e, pĂ©nĂ©trant loin dans les terres de l’Est, poussant jusqu’en Orient, traversant l’Atlantique, dĂ©couvrant l’Islande, le Groenland, Terre-Neuve, mais Ă©galement les cĂŽtes du Canada et de l'est de l’AmĂ©rique du Nord, essentiellement de la fin du VIIIe siĂšcle au XIe siĂšcle.

Sommaire

Caractéristiques

Comme beaucoup d’autres communautĂ©s migratrices, la culture normande fut particuliĂšrement entreprenante et adaptable. Le moine bĂ©nĂ©dictin et chroniqueur italo-normand du XIe siĂšcle Geoffroi Malaterra a caractĂ©risĂ© les Normands comme « particuliĂšrement adroits, dĂ©daignant leur propre hĂ©ritage dans l’espoir d’en acquĂ©rir un plus grand, uniquement avides de gains et de domination, tendant Ă  toutes sortes d’imitations, tenant le juste milieu entre la prodigalitĂ© et l’avarice, ayant sans doute rĂ©ussi Ă  unir ces deux valeurs apparemment opposĂ©es. Leurs chefs faisaient particuliĂšrement preuve de faste par dĂ©sir de se faire bien voir. C’était d’ailleurs une race habile Ă  la flatterie, portĂ©e sur l’étude de l’éloquence, de sorte que les garçons Ă©taient des orateurs, une race tout Ă  fait dĂ©chaĂźnĂ©e Ă  moins d’ĂȘtre fermement retenue par le joug de la justice. Ils Ă©taient durs au travail, Ă  la faim et au froid toutes les fois que le hasard les y soumettait, portĂ©s sur la chasse et le colportage, fascinĂ©s par les chevaux ainsi que tous les Ă©quipements et les armes de guerre. Â»

Cette rapide capacitĂ© d’adaptation des Normands mentionnĂ©e par Geoffroi les a amenĂ©s Ă  occuper les territoires largement dispersĂ©s dans l’ensemble de l’Europe. Elle s’est Ă©galement exprimĂ©e dans leur judicieuse dĂ©termination Ă  engager les hommes de talent du cru et Ă  Ă©pouser les femmes de haut rang de la rĂ©gion. L’inculture des seigneurs normands ne les empĂȘcha pas de mettre avec confiance les clercs Ă©rudits de l’Église au service de leurs propres desseins. Le succĂšs de leur assimilation a Ă©tĂ© si complet que peu de traces modernes demeurent Ă  Palerme ou Ă  Londres.

Guillaume le conquérant

Les expéditions de pillage

France

À l’Ouest de l’Europe, dans la seconde moitiĂ© du IXe siĂšcle, des bandes vikings ravagent les cĂŽtes du royaume de France. Ils Ă©tablissent des bases Ă  Saint-Florent-le-Vieil sur la Loire, Ă  Noirmoutier, Ă  Taillebourg sur la Charente moyenne et Ă  Bayonne sur les berges de l'Adour. Cependant, leur installation la plus solide se fait Ă  l’embouchure de la Seine sous la conduite d’un certain Rollon le Marcheur (HrĂłlfr), puis en Basse-Seine, tandis que d’autres Vikings s’installent en Bessin, en Cotentin, sur tout le littoral et le long des cours d’eau, ainsi que dans l’intĂ©rieur (Pays de Caux) : ces rĂ©gions composeront le duchĂ© de Normandie lorsque le jarl viking d’origine norvĂ©gienne (ou danoise) Rollon reçoit du roi carolingien Charles le Simple, par le traitĂ© de Saint-Clair-sur-Epte (911), le comtĂ© de Rouen et tout le territoire entre l’Epte et la mer.

La population scandinave qui s’implante dans le duchĂ© est majoritairement originaire du Danemark, mais une minoritĂ© non nĂ©gligeable est originaire de la NorvĂšge, que ce soit du royaume ou des possessions norvĂ©giennes (d’Irlande notamment) : ces NorvĂ©giens se fixent principalement dans le nord de la pĂ©ninsule du Cotentin. Quelques bandes varĂšgues venues de SuĂšde s’installent Ă©galement en Normandie. Ces guerriers vikings viennent dans la plus grande majoritĂ© des cas seuls, prenant de grĂ© ou de force des femmes du pays pour Ă©pouses et/ou concubines. Certains Vikings, principalement des NorvĂ©giens d’Irlande viennent avec de nombreuses femmes et esclaves celtes.

La colonisation viking en Normandie, tout comme la formation du duchĂ© normand, s’étale en fait sur plus d’un siĂšcle car, dans les annĂ©es 1020, des bandes vikings viennent encore s’installer dans le duchĂ© sous le rĂšgne du duc Richard l’Irascible. Le duchĂ© de Normandie se constitue surtout sous les successeurs de Rollon, du duc Guillaume Longue-ÉpĂ©e et c’est seulement au siĂšcle suivant, sous le rĂšgne du duc Guillaume le BĂątard, que le pouvoir ducal est totalement affirmĂ© (Ă  partir de 1060 environ), 150 ans aprĂšs le traitĂ© de Saint-Clair-sur-Epte. L’adoption de la langue d’oĂŻl autochtone par la classe rĂ©gnante parlant le vieux norrois a introduit dans la langue normande un bon nombre de termes, notamment son lexique nautique, passĂ© dans sa quasi-totalitĂ© dans la langue française.

La survivance d’élĂ©ments scandinaves s’est Ă©galement manifestĂ©e sur le plan juridique dans les « coutumes ducales Â». Ainsi le hamfara s’est perpĂ©tuĂ© dans la rĂ©pression des assauts armĂ©s contre les domiciles. Le ullac a survĂ©cu avec la mise hors-la-loi se traduisant par le droit d’exil. D’ailleurs, nombre de Vikings Ă  avoir essaimĂ© hors de leur sol natal le firent parce qu’ils en avaient Ă©tĂ© exilĂ©s. La stricte punition du vol, illustrĂ©e par l’histoire du chĂȘne auquel Rollon a suspendu un anneau d’or que personne ne songeait Ă  voler, trouve Ă©galement sa source dans le folklore danois. Le droit de la guerre et des Ă©paves (veriscum) porte Ă©galement la marque de la lĂ©gislation scandinave et les historiens pensent que Guillaume le ConquĂ©rant y eut recours pour mobiliser la flotte qui lui permit d’envahir et de conquĂ©rir l’Angleterre. Mais la persistance la plus marquĂ©e de l’usage scandinave dans les mƓurs des Normands est sans conteste le mariage more danico, « Ă  la danoise Â», lĂ©galisant la bigamie. Les enfants nĂ©s d’une frilla, la seconde Ă©pouse, Ă©taient considĂ©rĂ©s par eux comme lĂ©gitimes. Ainsi, Guillaume ne fut « BĂątard Â» qu’aux yeux de l’Église et ceci n’empĂȘcha pas son pĂšre de le dĂ©signer comme son successeur. Ce n’est qu’au bout de sept gĂ©nĂ©rations, prĂ©cisĂ©ment avec Guillaume le ConquĂ©rant, que les ducs de Normandie paraissent devenir monogames.

DĂšs le dĂ©but du XIe siĂšcle dĂ©jĂ , des Normands partiront s’illustrer et chercher fortune par petits groupes en Espagne, combattant les Maures aux cĂŽtĂ©s des rois chrĂ©tiens du Nord comme vers 1034 ou en 1064 Ă  la bataille de Barbastro, mais surtout en MĂ©diterranĂ©e, en Italie du Sud et en Sicile, jusqu’à Byzance et en Asie mineure, et enfin, en « Terre Sainte Â» Ă  l’époque des croisades.

Angleterre

La conquĂȘte de l’Angleterre
Article dĂ©taillĂ© : ConquĂȘte normande de l'Angleterre.

Les Normands Ă©taient depuis longtemps en contact avec l’Angleterre. En se livrant Ă  la conquĂȘte de l'Angleterre, les Normands du duchĂ© de Normandie ne font que continuer la vague d’incursions norvĂ©giennes en Angleterre. Non seulement leurs semblables paĂŻens ravageaient dĂ©jĂ  les cĂŽtes anglaises, mais ils occupaient la plupart des ports importants face Ă  l’Angleterre Ă  travers la Manche.

Cette proximitĂ© a produit des liens plus Ă©troits encore avec le mariage de la fille du duc Richard II, Emma, au roi Ethelred II. C’est pour cette raison qu’Ethelred II trouva refuge en Normandie en 1013, quand il fut chassĂ© de son royaume par Sven Ier de Danemark. Son sĂ©jour en Normandie jusqu’en 1016 l’influença ainsi que ses fils. AprĂšs la conquĂȘte de l’üle par Knut II de Danemark, sa femme Emma resta en Normandie.

Lorsque Édouard le Confesseur revint finalement en Angleterre en 1041, Ă  l’invitation de son demi-frĂšre Knut III, il avait Ă©tĂ© extrĂȘmement "normannisĂ©". Il amena de surcroĂźt nombre de conseillers et de guerriers normands avec lui. Il engagea mĂȘme une petite troupe de Normands pour Ă©tablir et former une force de cavalerie anglaise. Bien que ce dessein ne se soit jamais vraiment rĂ©alisĂ©, il est typique de l’attitude envers la Normandie d’Édouard qui nomma Robert de JumiĂšges archevĂȘque de CantorbĂ©ry et fit Ralph le timide comte de Hereford. En 1051, il invita son beau-frĂšre Eustache II de Boulogne Ă  sa cour, ce qui devait avoir comme consĂ©quence le plus important des premiers conflits entre Saxons et Normands et dont devait rĂ©sulter l’exil du comte Godwin de Wessex.

Lorsqu’en 1066, le chef normand le plus cĂ©lĂšbre, Guillaume le BĂątard, bientĂŽt surnommĂ© le « ConquĂ©rant Â», conquit l’Angleterre, les Normands et leurs descendants remplaceront les Anglo-Saxons en tant que classe rĂ©gnante de l’Angleterre. AprĂšs une phase initiale de ressentiment et de rĂ©volte, les deux populations finiront par s’entremarier et fusionner en agrĂ©geant les langues et les traditions respectives. Les Normands finirent, avec le temps, par s’identifier comme Anglo-Normands, d’autant plus que l’anglo-normand diffĂ©rait considĂ©rablement du français parisien dont s’est gaussĂ© Chaucer. MĂȘme cette distinction a, par la suite, disparu en grande partie au cours de la guerre de Cent Ans, l’aristocratie anglo-normande s’identifiant de plus en plus comme anglaise et les langues anglo-normandes et anglo-saxonnes fusionnant pour former le moyen anglais.

Irlande

Le chĂąteau normand de Trim, Irlande

L’arrivĂ©e des Normands eut un impact profond sur la culture, l’histoire et l’ethnicitĂ© irlandaises. Ils s’installĂšrent pour la plupart Ă  l’est de l’Irlande, dans une rĂ©gion d’un rayon d’une trentaine de kilomĂštres autour de Dublin aujourd’hui connue sous le nom d’« English Pale Â». Ils y construisirent Ă©galement des chĂąteaux, y compris ceux de Trim et de Dublin, ainsi que des villages. Au dĂ©but du XIIe siĂšcle, les Normands maintinrent une culture et identitĂ© distinctes, les deux ethnies s’empruntant mutuellement leur langue, leur culture et leurs perspectives. Le creuset irlandais les allia rapidement et on a souvent coutume de dire qu’ils sont devenus « plus irlandais que les Irlandais eux-mĂȘmes Â».

Écosse

Edgar Atheling, un des prĂ©tendants au trĂŽne anglais opposĂ©s Ă  Guillaume le ConquĂ©rant, avait trouvĂ© refuge en Écosse. Ayant Ă©pousĂ© sa sƓur Marguerite, le roi Malcolm III d'Écosse devint un opposant Ă  Guillaume qui avait dĂ©jĂ  contestĂ© les frontiĂšres mĂ©ridionales de l’Écosse.

En 1072, Guillaume envahit l’Écosse jusqu’au Firth de Tay oĂč il retrouva sa flotte. Malcolm fit sa soumission et rendit hommage Ă  Guillaume, remettant son fils Duncan comme otage et commençant une sĂ©rie d’argumentations visant Ă  dĂ©terminer si la couronne Ă©cossaise devait ou non allĂ©geance au roi anglais.

Les Normands pĂ©nĂ©trĂšrent en Écosse oĂč ils construisirent des chĂąteaux et fondĂšrent des familles nobles qui devaient fournir des rois tels que Robert Ier d’Écosse ainsi que des clans Ă©cossais dans les Highlands Ă©cossais. Le roi David Ier d’Écosse joua un rĂŽle primordial dans l’introduction des Normands et de la culture normande en Écosse, ayant passĂ© du temps Ă  la cour d’Henri Beauclerc qui Ă©tait mariĂ© Ă  Mathilde d'Écosse, la sƓur de David Ier. Ce processus se poursuivit sous les successeurs de ce dernier. Le systĂšme fĂ©odal normand fut appliquĂ© dans les Lowlands, mais l’influence sur la langue Ă©cossaise de cette rĂ©gion fut limitĂ©e.

Pays de Galles

Les Normands connaissaient le Pays de Galles bien avant la conquĂȘte normande de l’Angleterre. Édouard le confesseur avait nommĂ© Ralph le Timide, comte d’Hereford en le chargeant de dĂ©fendre les Marches et de faire la guerre avec les Gallois.

Ces premiĂšres opĂ©rations dans ce pays ne furent pas suivies d’effet mais, suite Ă  la conquĂȘte, les Marches tombĂšrent entiĂšrement sous la domination des barons normands de confiance de Guillaume, dont Roger II de Montgommery dans le Shropshire et Hugues d'Avranches dans le Cheshire.

Ces Normands commencĂšrent une longue pĂ©riode de lente conquĂȘte au cours de laquelle presque tout le Pays de Galles fut plus ou moins sujet Ă  des interventions normandes. C’est Ă  cette Ă©poque que des mots normands tels que barwn (baron) ont fait leur entrĂ©e dans la langue galloise.

Méditerranée

Le palais des Normands Ă  Palerme.
Article dĂ©taillĂ© : ConquĂȘte normande de l'Italie du Sud.

Les Normands conquirent progressivement l’Italie du Sud et la Sicile, oĂč ils jetĂšrent les fondements du royaume de Sicile.

L’immigration normande dans le Mezzogiorno n’eut rien de massive mais on estime qu'entre les annĂ©es 1010 et les annĂ©es 1120, il y eut un flux constant de dĂ©parts du duchĂ© de Normandie vers l’Italie du Sud et on a pu en Ă©valuer le nombre Ă  quelques centaines de Normands par an pendant un siĂšcle environ[1],[2].

Contrairement Ă  la conquĂȘte de l’Angleterre, cette conquĂȘte fut menĂ©e sur une longue durĂ©e, de plusieurs gĂ©nĂ©rations, par de petits seigneurs normands, et ne fut ni dirigĂ©e ni mĂȘme inspirĂ©e par le duc de Normandie[3]. « Aucun projet prĂ©Ă©tabli, aucun plan Ă  court ou Ă  long terme n'ont prĂ©sidĂ© aux opĂ©rations de conquĂȘte, si ce n'est dans les derniers temps quand la prise du pouvoir sembla possible[3]». Il s’agissait au dĂ©part de groupes de mercenaires indĂ©pendants au service de princes indigĂšnes. D'aprĂšs des Ă©tudes rĂ©centes[4], les deux tiers des immigrants de cette Ă©poque Ă©taient des Normands et le reste Ă©tait constituĂ© principalement de Bretons mais aussi d'Angevins, de Manceaux, de Flamands et de Francs[3]. Ces Normands Ă©taient originaires de Basse-Normandie, principalement du territoire de l’actuel dĂ©partement de la Manche, et issus de la classe des seigneurs de rang modeste incapables de donner des terres Ă  leur famille nombreuse[3]. Outre le manque de terre, on peut citer comme raisons de cette Ă©migration, le besoin de s'exiler pour fuir l’autoritĂ© du pouvoir ducal, « le dĂ©sir de tenter la fortune par le service des armes Â», ou encore des raisons propres au pays conquis comme ses richesses et ressources naturelles ainsi que ses faiblesses politiques et institutionnelles[3].

Les Normands sont probablement entrĂ©s comme guerriers dans le Mezzogiorno en 1017 au plus tard Ă  la suite des histoires de pĂšlerins. Selon le moine bĂ©nĂ©dictin AimĂ© du Mont-Cassin, des pĂšlerins de retour de JĂ©rusalem en 999, relĂąchaient dans le port de Salerne lorsque se produisit une attaque de Sarrasins. Les Normands les combattirent si vaillamment que Guaimar IV de Salerne les pria de rester. Ils dĂ©clinĂšrent la demande du prince, mais offrirent Ă  la place d’envoyer des gens de chez eux et tinrent promesse. Le chroniqueur normand Guillaume d'Apulie relate qu’en 1016, le combattant de la libertĂ© lombard Melo de Bari persuada des pĂšlerins qu’il avait rencontrĂ©s au tombeau de Saint-Michel au Mont Gargan de revenir avec plus de guerriers pour les aider Ă  se dĂ©barrasser des Byzantins, ce qu’ils firent.

Parmi les aventuriers normands les plus fameux, on trouve Osmond Quarrel et Rainulf Drengot d’abord, qui arrivent en Italie en 1016 avec trois autres de leurs frĂšres. Rainulf est, en 1029, le fondateur du premier fief normand en MĂ©diterranĂ©e lorsqu’il reçut en 1030 le comtĂ© d’Aversa du duc Serge IV de Naples. Plus tard arrivent des aventuriers non moins cĂ©lĂšbres, les frĂšres Hauteville, qui arrivent progressivement Ă  partir de 1035 environ avec principalement, Guillaume Bras-de-Fer, Drogon de Hauteville, Onfroi de Hauteville, Robert Guiscard et son jeune frĂšre Roger Bosso.

Les Hauteville obtinrent un statut princier lorsqu’ils proclamĂšrent « duc d’Apulie et Calabre Â» le prince Guaimar IV de Salerne qui octroya promptement le titre de comte de sa capitale Melfi Ă  Guillaume Bras-de-Fer, leur chef Ă©lu. Les Drengot atteignirent le mĂȘme statut dans la principautĂ© de Capoue lorsque l’empereur Henri III du Saint-Empire anoblit le chef de leur maison, Drogon, comme duc et maĂźtre de l’Italie et comte des Normands de toute l’Apulie et de la Calabre en 1047.

La cathédrale de Monreale

De lĂ , Robert Guiscard et Roger Bosso purent par la suite prendre la Sicile et Malte aux Sarrasins. Le fils de Roger, devint en 1130 le premier roi normand de Sicile sous le nom de Roger II de Sicile, exactement un siĂšcle aprĂšs le couronnement de Rainulf comme comte par le pape Anaclet II. Au pinacle du royaume normand de Sicile, qui comprenait Ă©galement la moitiĂ© de la pĂ©ninsule italienne jusqu’aux États papaux, la population de Palerme tournait autour de 300 000 alors que celle de Rome ne dĂ©passait pas 30 000). Les recettes fiscales de Palerme dĂ©passaient Ă  elles seules celles de l’Angleterre normande tout entiĂšre. Ce royaume devait durer jusqu’en 1194, lorsqu’il revint par alliance aux Hohenstaufens.

Les Normands ont Ă©galement laissĂ© leur marque dans le paysage avec de nombreux chĂąteaux, comme la forteresse de Guillaume Bras-de-Fer Ă  Squillace ou les cathĂ©drales, comme celle de Roger II Ă  CefalĂč, qui parsĂšment le pays auquel ils donnent une saveur architecturale complĂštement distincte du fait de son histoire unique. Institutionnellement, les Normands ont associĂ© l’administration des Byzantins, des Arabes et des Lombards Ă  leurs propres concepts de droit et d’ordre fĂ©odaux pour Ă©laborer un gouvernement complĂštement original. Dans cet État qui jouissait d’une grande libertĂ© religieuse, une bureaucratie mĂ©ritocratique composĂ©e de juifs, de musulmans et de chrĂ©tiens catholiques et orthodoxes, coexistait avec la noblesse normande.

Parmi les autres Normands Ă  s’ĂȘtre illustrĂ©s en Italie mĂ©ridionale, on compte Ă©galement Pierre de Trani, Hugues TubƓuf, Tristan de Montepeloso, Mauger de Hauteville, Guillaume de Hauteville, Godefroi de Hauteville, Serlon II de Hauteville, Roussel de Bailleul, Alphonse de Capoue, Robert Scalio ou Gui de Hauteville. Les Normands devaient Ă©galement devenir trĂšs influents dans les affaires italiennes, par exemple, lorsque Robert Guiscard fut le seul appui du pape GrĂ©goire VII dans son conflit contre l’empereur Henri IV. Cet appui devait mener Ă  une bataille entre les Normands et les Romains au cours de laquelle une grande partie de Rome fut brĂ»lĂ©e ou mise Ă  sac.

En 1129, Robert Burdet qui guerroie en Catalogne contre les Sarrasins prend Tarragone aux Musulmans et se dĂ©clare « prince de Tarragone Â» indĂ©pendant du comtĂ© de Barcelone. Plus tard, en Asie mineure, Roscelin de Baieul conquit en 1073 la Galatie dont il s’autoproclamera « prince Â» et fera d’Ankara sa capitale.

Croisades

Antioche dans les États latins d’Orient aprùs 1099

La piĂ©tĂ© lĂ©gendaire des Normands a trouvĂ© Ă  s’exercer dans les guerres religieuses longtemps avant que la premiĂšre croisade n’aboutisse Ă  la crĂ©ation d’une principautĂ© normande d'Antioche. Ils furent d’importants participants Ă©trangers Ă  la Reconquista en Espagne. En 1018, Roger de Tosny tenta mĂȘme de se crĂ©er un Ă©tat dans l’Espagne maure. En 1064, pendant la guerre de Barbastro, Guillaume de Montreuil prit, Ă  la tĂȘte de l’armĂ©e papale, un butin Ă©norme.

En 1096, des croisĂ©s passant par le siĂšge d’Amalfi furent rejoints par BohĂ©mond de Tarente et son neveu TancrĂšde de GalilĂ©e avec une armĂ©e d’Italo-Normands. BohĂ©mond fut le chef de facto de la croisade pendant son passage de l’Asie mineure. AprĂšs le succĂšs du siĂšge d'Antioche en 1097, BohĂ©mond commença Ă  se crĂ©er une principautĂ© indĂ©pendante autour de cette ville. TancrĂšde joua un rĂŽle fondamental dans la conquĂȘte de JĂ©rusalem et il contribua pour l’expansion du royaume de JĂ©rusalem en Transjordanie et la rĂ©gion de la GalilĂ©e.

Orient

Peu aprĂšs leur arrivĂ©e en Italie, les Normands entrent dans l’empire byzantin et peu de temps aprĂšs en ArmĂ©nie contre les PetchenĂšgues, les Bulgares et, en particulier, les Seldjoukides. InvitĂ©s de prime abord par les Lombards dans le sud pour intervenir contre les Byzantins, les mercenaires normands combattent bientĂŽt au service des Byzantins en Sicile. Ils jouent un rĂŽle prĂ©Ă©minent dans les contingents varĂšgues et lombards de la campagne sicilienne de Georges ManiakĂšs de 1038-40.

Un des premiers mercenaires normands Ă  devenir gĂ©nĂ©ral byzantin fut NicĂ©phore Bryenne dans les annĂ©es 1050. DĂšs ce moment, il y avait dĂ©jĂ  des mercenaires normands servant aussi loin que TrĂ©bizonde et la GĂ©orgie. Ils Ă©taient basĂ©s Ă  Malatya et Ă  Édesse, sous le duc byzantin d’Antioche, Isaac ComnĂšne. Dans les annĂ©es 1060, Robert Crispin mĂšne les Normands d’Édesse contre les Turcs. Roussel de Bailleul tentera mĂȘme de se crĂ©er son propre Ă©tat indĂ©pendant en Asie mineure avec l’appui de la population locale avant d’ĂȘtre arrĂȘtĂ© par le gĂ©nĂ©ral byzantin Alexis ComnĂšne. De 1073 Ă  1074, 8 000 des 20 000 soldats du gĂ©nĂ©ral armĂ©nien Philaretus Brachamius Ă©taient des Normands menĂ©s par Raimbaud.

Intégration

L’esprit viking, toujours vivace en plein XIe siĂšcle, s’estompe dĂ©finitivement au cours du XIIe siĂšcle tandis que les Normands, que ce soit ceux, entre autres, d’Angleterre ou d’Italie, cessent peu Ă  peu, Ă  partir de la seconde moitiĂ© du XIIe siĂšcle jusqu’au cours du XIIIe siĂšcle, de former un peuple distinct. La capacitĂ© d’adaptabilitĂ© mentionnĂ©e par Geoffroi Malaterra s’est manifestĂ©e dans le judicieux dessein des Normands d’engager les hommes de talent locaux et d’épouser les femmes locales de haut rang. De mĂȘme, les maitres normands illettrĂ©s, mais confiants en eux-mĂȘmes, n’hĂ©sitĂšrent pas Ă  s’assurer la coopĂ©ration de clercs instruits pour servir leurs desseins. Le succĂšs de leur assimilation fut tel qu’à Palerme, peu de traces d’eux demeurent Ă  l’époque moderne. NĂ©anmoins, le duchĂ© de Normandie, annexĂ© au royaume capĂ©tien par le roi Philippe Auguste en 1204, garda longtemps encore, face au pouvoir royal français, un fort particularisme, pendant longtemps source de conflits entre les royaumes de France et d’Angleterre, conflits issus directement, ou indirectement, de ces anciens Normands, Vikings francisĂ©s et autochtones normannisĂ©s par prĂšs de deux siĂšcles d’autonomie du duchĂ©.

Notes et références

  1. ↑ « Les Normands en MĂ©diterranĂ©e Â», Dossiers d'ArchĂ©ologie n° 299 du 01/12/2004.
  2. ↑ « Les Normands en MĂ©diterranĂ©e Â», Dossiers d'ArchĂ©ologie n° 299 du 01/12/2004 (Sommaire).
  3. ↑ a, b, c, d et e Pierre Bouet, Les Normands en Sicile, article dans le Bulletin de la S.H.A.O., t. CXX, n° 1-2, mars-juin 2001, Alençon (numĂ©ro intitulĂ© Les Le Veneur de Carrouges – Les Normands en Sicile), p. 61-91.
  4. ↑ L. R. MĂ©nager, « Inventaire des familles normandes et franques Ă©migrĂ©es en Italie mĂ©ridionale et en Sicile (XIe-XIe siĂšcles) Â», in Roberto il Guiscardo e il suo tempo. Relazioni e communicazioni delle prime giornate normanno-sveve (Bari, 1973), Rome, 1975, p. 189-214.

Voir aussi

Bibliographie

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  • Pierre Andrieu-Guitrancourt, Histoire de l’Empire normand et de sa civilisation, Paris, Payot, 1952
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  • Albert Anthiaume, La Science astronomique et nautique au Moyen Âge chez les Normands, Le Havre, Micaux, 1919
  • Pierre AubĂ©, Les Empires normands d’Orient : XIe ‑ XIIIe siĂšcles, Paris, Perrin, 1999 (ISBN 226201552X)
  • Petit de Baroncourt, De la Politique des Normands pendant la conquĂȘte des Deux-Siciles, Paris, Chamerot, 1846
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