Nikita Khrouchtchev

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Nikita Khrouchtchev
Nikita Khrouchtchev
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Khrouchtchev, en mai 1961.

Mandats
Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique
7 septembre 1953 ‚Äď 14 octobre 1964
Président Kliment Vorochilov (1953-1960)
Léonid Brejnev (1960-1964)
Anastase Mikoyan (1964-1965)
Président du Conseil Gueorgui Malenkov (1953-1955)
Nikola√Į Boulganine (1955-1958)
lui-même (1958-1964)
Prédécesseur poste créé
Successeur Léonid Brejnev
Président du Conseil des ministres d'URSS
27 mars 1958 ‚Äď 15 octobre 1964
Pr√©d√©cesseur Nikola√Į Boulganine
Successeur Alexe√Į Kossyguine
Secrétaire senior du Parti communiste de l'Union soviétique
14 mars 1953 ‚Äď 7 septembre 1953
Prédécesseur Gueorgui Malenkov
Successeur poste aboli
Biographie
Date de naissance 3 avril 1894 (calendrier julien)
15 avril 1894
Lieu de naissance Kalinovka
Flag of Russia.svg Empire russe
Date de d√©c√®s 11 septembre 1971 (√† 77 ans)
Lieu de décès Moscou, RSFSR
Flag of the Soviet Union (1955-1980).svg Union soviétique
Nationalité Drapeau de la Russie Russe (de 1894 à 1917)
Drapeau de la République socialiste fédérative soviétique de Russie Russe (de 1917 à 1922)
Drapeau de l'URSS Soviétique (de 1922 à 1971)
Parti politique PCP(b) (1918-1952)
PCUS (1952-1971)
Conjoint Eufrosinia Pisareva (née en 1894, mariés de 1914 à 1919, décédée en 1919)
Marusia Khrouchtcheva (mariés et séparés en 1922)
Nina Kukharchuk (née en 1900, mariés de 1923 à 1971, décédée en 1984)
Enfants Julia (fille, avec Eufrosinia, née en 1916, décédée en 1981)
Léonid (fils, avec Eufrosinia, né en 1917, décédé en 1943)
Rada (fille, avec Nina, née en 1929)
Sergue√Į (fils, avec Nina, n√© en 1935)
Elena (fille, avec Nina, née en 1937)
Religion Aucune (athéisme)
Signature Nikita Khrushchev Signature2.svg

_Pin of the Flag of CPSU.png Coat of arms of the Soviet Union.svg
Présidents du Conseil des Ministres d'URSS
Dirigeants du Parti communiste de l'Union soviétique

Nikita Sergue√Įevitch Khrouchtchev (en russe : –Ě–ł–ļ–ł—ā–į –°–Ķ—Ä–≥–Ķ–Ķ–≤–ł—á –•—Ä—É—Č—Ď–≤, API : /[n ≤…™ňąk ≤it…ô s ≤…™ňąrg ≤ej…™v ≤…™tÕ° É ≤ xruňą É ≤:of]/ ; - ), parfois surnomm√© Monsieur K, n√© sans doute le 15 avril 1894 (mais il le f√™tait lui-m√™me le 17)[1] (correspondent aux 3 et 5 avril du calendrier julien) et d√©c√©d√© le 11 septembre 1971, est un homme d'√Čtat sovi√©tique qui s'affirma progressivement comme le principal dirigeant de l'URSS entre la mort de Staline (5 mars 1953) et son √©viction du pouvoir le 14 octobre 1964.

Il doit son ascension politique à partir des années 1930 à la protection personnelle de Joseph Staline, dont il intègre le cercle des intimes. Il est premier secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique de mars 1953 à octobre 1964 et, à partir de 1958, président du Conseil des ministres (Gouvernement) de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).

Principal inspirateur de la politique de d√©stalinisation √† l'int√©rieur et de la coexistence pacifique √† l'ext√©rieur, il marque aussi les limites de ce nouveau cap en revenant sur certaines mesures de lib√©ralisation du r√©gime, en √©crasant la r√©volution hongroise de 1956, ou en affrontant les √Čtats-Unis lors de la crise de Cuba en 1962. Ses h√©sitations et ses √©checs le font √©carter du pouvoir par la nomenklatura, inqui√®te de la remise en cause de ses privil√®ges. Il a laiss√© d'importants M√©moires qui en font un t√©moin-cl√© de l'√®re stalinienne et post-stalinienne.

Sommaire

Parcours politique sous l'ère stalinienne

Les jeunes années

Nikita Khrouchtchev est né d'une famille paysanne dans le village de Kalinovka, ouyezd de Dimitriev, gouvernement (goubernia) de Koursk, dans l'Empire de Russie, qui se situe aujourd'hui dans l'Oblast de Koursk en Russie.

En 1908, sa famille s'installe √† Iouzovka, aujourd'hui Donetsk en Ukraine. Il ne re√ßoit qu'environ deux ann√©es d'instruction durant son enfance. Sa v√©ritable instruction ne commence qu'√† la vingtaine, voire √† l'approche de ses trente ans. Il √©tudie d'abord trois ann√©es √† la facult√© ouvri√®re de Iouzovka (entre 1921 et 1924)[2] Il n'obtient alors pas son dipl√īme. Par la suite, il √©tudiera √† l'Acad√©mie industrielle de Moscou (1929)[3].

Khrouchtchev, dans ses jeunes ann√©es, avait travaill√© comme ajusteur dans la ville mini√®re de Iouzovka dans la r√©gion du Donbass en Ukraine. Gr√Ęce √† ce m√©tier, il est exempt√© de ses obligations militaires au cours de la Premi√®re Guerre mondiale. Il participe √† la R√©volution d'Octobre. Il devient membre du parti communiste russe.

Le proche de Staline

√Ä l'Universit√© √† Moscou, il fait la connaissance de Nadejda Allilou√Įeva, la femme de Joseph Staline, qui l'introduit aupr√®s de son mari. Il int√®gre vite le cercle des intimes du tout-puissant secr√©taire g√©n√©ral du PCUS.

Il devient membre du comit√© central du parti en 1934. De 1935 √† 1937, il est premier secr√©taire de la r√©gion de Moscou. Il joue √† ce titre un r√īle important dans l'ach√®vement du m√©tro de Moscou et dans la politique de constructions monumentales qui remod√®le le visage de la capitale sovi√©tique.

Avec Staline en 1936

La terreur de masse (1937-1940)

L'ann√©e suivante (1938), il est promu premier secr√©taire en Ukraine. Comme √† Moscou et dans le reste de l'URSS, il y met en Ňďuvre les √©purations sanglantes des Grandes Purges.

Ainsi, alors que le Bureau Politique avait fix√© √† 50 000 le nombre de gens √† condamner √† mort √† Moscou, Khrouchtchev fait proc√©der √† 55 741 ex√©cutions, et le 10 juillet 1937, demande √† Staline le ¬ę droit ¬Ľ de fusiller 2 000 ex-koulaks de plus pour remplir le quota pr√©-fix√©[4].

Au printemps 1938, il est, avec son ami proche Nikola√Į Iejov, le principal artisan de la Grande Terreur en Ukraine, o√Ļ il fait arr√™ter 35 des 38 secr√©taires des comit√©s du Parti de la province et des villes. Il va souvent √† Moscou apporter les listes collectives de condamn√©s directement √† Staline et Molotov. √Ä Kiev, la terreur conduite par Khrouchtchev et Iejov se conclut par 30 000 arrestations. Au total, la terreur qu‚Äôil orchestre en Ukraine aurait fait 106 119 victimes en 1938. Il soutient par ailleurs la tenue des proc√®s de Moscou[4].

Parall√®lement, comme tous les responsables staliniens, Khrouchtchev doit instaurer son propre culte de la personnalit√© dans son fief : ainsi les Ukraniens doivent-ils entonner un ¬ę chant pour Khrouchtchev ¬Ľ ou couvrir leurs murs de son portrait.

Lorsque l'URSS annexe une bonne partie de la Pologne gr√Ęce au pacte germano-sovi√©tique, Khrouchtchev joue un r√īle cl√© √† la sovi√©tisation forc√©e des r√©gions rattach√©es √† l'Ukraine. On compte en un an 1 117 000 habitants d√©port√©s au Goulag, soit 10 % de la population. 30 % des d√©port√©s seront d√©c√©d√©s un an plus tard. On compte aussi 60 000 arrestations et 50 000 fusill√©s[4].

La Grande Guerre patriotique et l'après-guerre

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est commissaire politique au front, en particulier durant la bataille de Stalingrad o√Ļ il joue un r√īle important pour surveiller et galvaniser le commandement militaire. Lui-m√™me doit rendre compte aupr√®s de Staline qui lui fait plusieurs fois sentir la possibilit√© d'une disgr√Ęce, surtout pendant l'offensive allemande du printemps 1942 en Ukraine.

Son fils L√©onid Khrouchtchev, engag√© dans l'aviation militaire, se tue en vol le 11 mars 1943. Son corps n'√©tant pas retrouv√©, il est accus√© de passage √† l‚Äôennemi. Sa veuve Lioubov est alors arr√™t√©e et condamn√©e √† 5 ans de camp de travail suivis de 5 ans d‚Äôexil. Elle ne revient √† Moscou qu‚Äôen 1954. Nikita Khrouchtchev, qui a entre-temps √©lev√© sa petite-fille Julia refuse alors de la revoir - Julia elle-m√™me la voit en 1956, mais les deux femmes ne seront plus que des √©trang√®res l'une √† l'autre[4].

Apr√®s la guerre, Khrouchtchev est t√©moin privil√©gi√© des luttes de clan qui se livrent autour d'un Staline vieillissant, qui lui-m√™me terrorise et humilie r√©guli√®rement son propre entourage. Khrouchtchev d√©veloppe en particulier une solide inimiti√© avec le chef de l'appareil policier, Beria. Rappel√© √† Moscou, il est en charge des questions agricoles. Il est r√©guli√®rement victime de sarcasmes et d'humiliations de la part de Staline, envers qui ses doutes et sa r√©pulsion augmentent, m√™me s'il affirmera dans ses M√©moires avoir pleur√© sinc√®rement sa mort, survenue le 5 mars 1953.

À la tête de l'URSS (1953-1964)

Apr√®s la mort de Staline, quatre des personnalit√©s politiques les plus influentes en URSS se disputent le pouvoir : Gueorgui Malenkov, Lavrenti Beria (chef du KGB et Ministre de l'Int√©rieur), Molotov, Ministre des Affaires √©trang√®res et Khrouchtchev.

Beria semblait difficile √† √©liminer car il avait concentr√© dans ses mains le contr√īle de tout l'appareil policier. D√©but juin 1953, Khrouchtchev commence √† rassembler ses coll√®gues (Malenkov, Molotov, Boulganine) contre Beria. Du 18 au 24 juin, ce dernier se trouve √† Berlin-Est o√Ļ des √©meutes ouvri√®res ont √©t√© mat√©es par les chars sovi√©tiques. Khrouchtchev en profite pour obtenir l'accord et l'indispensable participation des militaires (Joukov, Moskalenko) au complot. Beria est arr√™t√© par des militaires au cours d'une r√©union du Pr√©sidium du Comit√© central le 26 juin. Il dispara√ģt et sera finalement fusill√© en d√©cembre. Malenkov lui ayant c√©d√© la t√™te du PCUS d√®s le 14 mars pour se consacrer √† la direction du gouvernement, Khrouchtchev sera confirm√© en septembre 1953 comme Premier secr√©taire du Parti communiste, ce qu'il restera jusqu'√† son √©viction en 1964. En 1954, Khrouchtchev a donn√© la Crim√©e √† l'Ukraine. En 1955, il fait mettre √† l'√©cart Malenkov, et sa pr√©√©minence commence √† appara√ģtre clairement aux yeux du monde ext√©rieur. En 1957, l'√©limination du "groupe anti-parti" (Molotov, Malenkov et Kaganovitch), c'est-√†-dire de la fraction du Politburo la plus hostile √† la d√©stalinisation, ach√®ve de laisser Khrouchtchev seul au premier plan.

Le rapport Khrouchtchev (février 1956) et la déstalinisation

√Ä son arriv√©e au pouvoir, Khrouchtchev amorce une critique de la p√©riode stalinienne appel√©e d√©stalinisation condamnant particuli√®rement le caract√®re dictatorial et r√©pressif du pouvoir stalinien. L'attaque la plus s√©rieuse a lieu lors d'une s√©ance de nuit du XXe congr√®s du Parti communiste d'Union sovi√©tique entre le 24 et le 25 f√©vrier 1956, durant laquelle il lit un rapport d√©vastateur sur les √©carts de Staline √† la ¬ę l√©galit√© socialiste ¬Ľ.

Bien que la r√©v√©lation ait lieu √† huis-clos, le rapport est rapidement diffus√© de par le monde, et d√®s le 16 mars, le New York Times en publie des extraits[5]. Le pouvoir sovi√©tique ne nie pas l'authenticit√© du rapport, m√™me si Maurice Thorez, chef du PCF, n'utilise jamais que l'expression ¬ę rapport attribu√© au camarade Khrouchtchev ¬Ľ pour s'abstenir de mettre en Ňďuvre la d√©stalinisation au sein du PCF.[r√©f. n√©cessaire]

En lan√ßant de lui-m√™me la d√©stalinisation, qu'il jugeait in√©vitable, le chef du PCUS esp√©rait contr√īler lui-m√™me le mouvement, et lui fixer des limites claires : le monopole du Parti-√Čtat n'est pas remis en cause, ni le mod√®le de d√©veloppement impos√© par Staline. En effet, Khrouchtchev date de 1934 la d√©g√©n√©rescence de Staline, qu'il attribue √† la seule psychologie du personnage et √† sa ¬ę parano√Įa ¬Ľ personnelle. Ce qui permet de ne pas remettre en cause la d√©koulakisation et les famines meurtri√®res du d√©but des ann√©es 1930, ni l'industrialisation forcen√©e initi√©e par les plans quinquenaux, et de pr√©senter le Parti comme innocent en soi.

De m√™me, Khrouchtchev fait son tri parmi les victimes des Grandes Purges. Il insiste avant tout sur les victimes qui √©taient membres du Parti, laissant dans l'ombre les millions de simples particuliers fusill√©s ou d√©port√©s au Goulag, et il ne r√©habilite aucun de ceux qui furent les adversaires de Staline dans les ann√©es 1920 (Boukharine, Zinoviev, Kamenev, encore moins Trotski, assassin√© en 1940 au Mexique par des hommes de Staline). La d√©stalinisation a enfin un but politique: elle permet √† Khrouchtchev d'√©carter ses rivaux en les accusant de rester ¬ę staliniens ¬Ľ.

Ce rapport marque le coup d'envoi de la politique officielle de déstalinisation. Très vite, des articles paraissent sur le culte de la personnalité du dictateur et qui le qualifient de venin. Peu à peu, on assiste à la réhabilitation des victimes de purges et des répressions. Ceux d'entre eux qui ont été envoyés en prison ou déportés commencent à revenir massivement du Goulag.

Ce revirement politique a pour visée première la reconstruction économique du pays. Les privilèges du socialisme sont considérés comme des acquis pouvant à eux seuls, assurer le développement et la prospérité du pays.

Toutefois, surpris par l'ampleur de la vague de déstalinisation dans les pays du bloc soviétique, Khrouchtchev s'emploie à en limiter les effets, surtout si elle remet en cause l'appartenance du pays au camp soviétique.

Le 15 octobre 1956, il d√©barque en personne √† Varsovie avec le Politburo, et n√©gocie le maintien au pouvoir de Gomulka, r√©clam√© par la population en r√©volte, en √©change de la confirmation de l'all√©geance de la Pologne au pacte de Varsovie.

En revanche, lorsque le nouveau gouvernement hongrois d'Imre Nagy proclame la neutralit√© du pays et son retrait du pacte de Varsovie, Khrouchtchev d√©cide l'intervention militaire. Le 4 novembre, Budapest insurg√©e est assaillie par les chars de l'Arm√©e rouge et r√©duite apr√®s une sanglante bataille de rues. La r√©pression s'abat sur les chefs du mouvement, enlev√©s puis ex√©cut√©s, et sur des milliers d'insurg√©s. De nombreux Hongrois fuient le pays, o√Ļ Khrouchtchev installe un nouveau gouvernement conduit par Janos Kadar. Ce gouvernement se r√©v√©le au demeurant plus lib√©ral que celui de Gomulka en Pologne.

Inquiets de ces soubresauts, Molotov, Kaganovitch et la fraction la plus fid√®lement stalinienne du Politburo tentent d'√©vincer Khrouchtchev, qui se retrouve mis en minorit√© √† une s√©ance du Bureau politique (juin 1957). Khrouchtchev exige de faire appel au Comit√© central. Le r√īle du mar√©chal Joukov, ministre de la D√©fense, est d√©cisif : il fournit les appareils militaires qui transportent rapidement √† Moscou les membres du Comit√© central, lesquels se prononcent en faveur du maintien de Khrouchtchev.

Ses rivaux √©vinc√©s, ce dernier confirme son pouvoir en rempla√ßant Nikola√Į Boulganine √† la t√™te du gouvernement sovi√©tique (mars 1958). Auparavant, d√®s octobre 1957, il a disgr√Ęci√© son sauveur Joukov, priv√© de toute responsabilit√© militaire et politique.

En 1961, au XXIIe Congrès du PCUS, la critique des crimes de Staline devient publique. Khrouchtchev ordonne de retirer son corps embaumé du mausolée de Lénine. Par ailleurs, il autorise personnellement la publication retentissante de la nouvelle de Soljenitsyne, Une journée d'Ivan Denissovitch.

En revanche, il persécute Boris Pasternak, qu'il oblige à refuser le prix Nobel de littérature (1957). Il ne remet pas en cause le réalisme socialiste dans l'art, affichant son mépris pour les innovations esthétiques. Il refuse toute introduction de la musique rock en URSS. Dans les sciences, la déstalinisation n'a pas lieu, puisque Khrouchtchev continue à couvrir d'honneurs le biologiste Trofim Denissovitch Lyssenko, qui n'est désavoué par le pouvoir qu'après sa chute.

Les essais de réforme

Nikita Khrouchtchev

Khrouchtchev desserre la pression mise par le stalinisme sur les paysans et les ouvriers. Début 1958, il supprime les MTS (stations de machines et de tracteurs), les yeux et les oreilles du pouvoir dans les campagnes depuis la dékoulakisation, et qui y possédaient le monopole de l'outillage moderne. Il abolit aussi les livraisons agricoles obligatoires et les paiements en nature. À destination des ouvriers, il supprime les décrets draconiens de 1938-1940 qui empêchaient tout libre changement d'emploi et punissaient d'envoi au Goulag tout retard répété de plus de 20 minutes[6].

Pour assurer la prosp√©rit√© du pays, Khrouchtchev entreprend deux r√©alisations majeures :

  • le d√©veloppement acc√©l√©r√© de l'agriculture ;
  • la construction d'habitations.

La p√©riode khrouchtch√©vienne est marqu√©e par un r√©√©quilibrage de la production en faveur des industries de consommation, sacrifi√©es au temps de Staline : pour Khrouchtchev, ¬ę bien beurr√©, le marxisme-l√©ninisme aura meilleur go√Ľt ¬Ľ. De ce fait, la population conna√ģt dans ces ann√©es-l√† une hausse r√©elle de son niveau de vie.

Volontariste, il parle en public de d√©passer le niveau de vie des √Čtats-Unis, au moins sur le plan agricole (15 juillet 1957)[7]. √Ä la fin des ann√©es 1950, il affirme que la soci√©t√© sovi√©tique aura b√Ęti le socialisme d'ici √† 1980. Il fait adopter fin 1958 un ambitieux plan sur six ans qui pr√©voit d'augmenter la production industrielle de 80 % et d'acqu√©rir en 1965 la m√™me production par t√™te d'habitant qu'aux √Čtats-Unis[8].

Mais les grandes r√©formes qu'il lance tombent souvent √† l'eau par manque d'organisation. Par exemple, apr√®s sa visite aux √Čtats-Unis, impressionn√© par les champs de ma√Įs am√©ricains, il exhorte les sovi√©tiques √† cultiver cette plante. Mais cette c√©r√©ale ne peut s'adapter que sur une toute petite partie du territoire, et cette grande campagne agricole est un √©chec cuisant. Elle lui vaudra le surnom de ¬ę Monsieur Ma√Įs ¬Ľ (Koukourousnik).

Son ambition de d√©fricher et cultiver les ¬ę terres vierges ¬Ľ en Asie centrale, notamment au Kazakhstan o√Ļ il rebaptisera la ville d'Akmolinsk en Tselinograd (ville des Terres Vierges, qui deviendra plus tard Astana nouvelle capitale de cette r√©publique ind√©pendante en 1998), n'aboutit qu'√† des r√©sultats gu√®re plus concluants.

Le m√©contentement ouvrier ne dispara√ģt pas non plus totalement : en juin 1962, des √©meutes ouvri√®res sans pr√©c√©dent depuis 30 ans sont r√©prim√©es dans le sang √† Novotcherkassk.

Politique extérieure

Bien que Khrouchtchev ait entam√© la d√©stalinisation et pr√īn√© la coexistence pacifique, cette p√©riode sera marqu√©e par des √©v√©nements violents ou des moments de tension comme l'insurrection hongroise (1956), ¬ę l'ultimatum de Khrouchtchev ¬Ľ (1958), la construction du mur de Berlin (1961) et le bras de fer qui l'opposera √† Kennedy lors de la crise des missiles de Cuba en 1962. Il est aussi incapable d'emp√™cher la rupture sino-sovi√©tique entre l'URSS et la R√©publique populaire de Chine de Mao Zedong, consomm√©e entre 1960 et 1963.

Au contraire de Staline qui n'était presque jamais sorti d'URSS, Khrouchtchev voyage énormément, et multiplie les tournées internationales, dont il se sert comme instrument de diplomatie et de propagande. Il aime à jouer de son caractère en apparence bonhomme et de ses sautes d'humeur imprévisibles pour séduire ou intimider tour à tour l'opinion internationale.

Ainsi, lorsqu'il rencontre le pr√©sident Dwight Eisenhower lors d'un voyage aux √Čtats-Unis en 1959, il intimide les Am√©ricains en leur expliquant √† la t√©l√©vision que leurs petits-enfants vivront sous le communisme. De m√™me, d√©but 1960, il quitte brusquement la conf√©rence des Quatre Grands √† Paris suite √† l'affaire de l'avion espion Lockheed U-2, abattu au-dessus de l'URSS avec son pilote Gary Powers.

Les √©poux Khrouchtchev en visite d'√Čtat √† la Maison-Blanche, chez le pr√©sident Eisenhower, 1959.

Le volontarisme de Khrouchtchev et son activisme au plan international sont servis par les succ√®s sovi√©tiques dans la conqu√™te spatiale, qui s'accumulent sous son mandat : prenant de vitesse les Am√©ricains, les Sovi√©tiques envoient le premier satellite en orbite (le Spoutnik, 4 octobre 1957), le premier √™tre vivant dans l'espace (la chienne La√Įka, 3 novembre 1957), la premi√®re fus√©e sur la Lune (1959), ou enfin le premier homme dans l'espace en la personne de Youri Gagarine (1961).

En 1955, Khrouchtchev opère la réconciliation soviéto-yougoslave, mais sans ramener pour autant Tito dans le giron soviétique.

Soucieux de ménager des alliés à l'URSS dans le Tiers-Monde en pleine décolonisation, Khrouchtchev appuie des régimes anticolonialistes et antiaméricains, même lorsque ceux-ci répriment leurs propres partis communistes à l'intérieur.

En 1956, ainsi, alli√© du colonel Gamal Abdel Nasser en √Čgypte, il menace la France et la Royaume-Uni d'intervenir militairement, voire d'employer la bombe atomique s'ils ne stoppent pas imm√©diatement leur intervention √† Suez. Il finance le barrage d'Assouan. En 1959, la r√©volution cubaine men√©e par Fidel Castro lui procure un alli√© aux portes des √Čtats-Unis. En Afrique, Khrouchtchev s'oppose violemment et publiquement au secr√©taire g√©n√©ral de l'ONU, Dag Hammarskj√∂ld, √† propos de la guerre civile dans l'ex-Congo belge (1960-1961).

Hostile √† la ¬ę voie chinoise vers le socialisme ¬Ľ pr√īn√©e par Mao Zedong, Khrouchtchev s'attire aussi l'inimiti√© des Chinois par sa politique de d√©stalinisation et de dialogue est-ouest, et en refusant de partager avec eux les secrets nucl√©aires et d'aider √† la construction de leur propre bombe atomique. En 1960, il retire les experts sovi√©tiques de Chine. En 1963, la rupture d√©finitive est consomm√©e. Sous la R√©volution culturelle (1966-1969), les rivaux de Mao seront stigmatis√©s par les gardes rouges comme les ¬ę Khrouchtchev chinois ¬Ľ.

Depuis 1958 et son fameux ¬ę ultimatum ¬Ľ, Khrouchtchev met violemment en cause le statut quadripartite de Berlin. En juin 1961, √† la conf√©rence au sommet de Vienne, il se montre d√©lib√©r√©ment tr√®s brutal face au jeune nouveau pr√©sident am√©ricain, Kennedy, surpris et d√©concert√© par sa virulence. Pensant avoir jaug√© la faiblesse du dirigeant am√©ricain, Khrouchtchev autorise alors Walter Ulbricht √† construire le mur de Berlin pour enrayer la fuite massive des citoyens est-allemands vers l'Ouest. Sa construction commence le 13 ao√Ľt 1961, sans grande r√©action des Occidentaux.

Avec Kennedy au sommet de Vienne, 1961.

En octobre 1962, lors de la crise de Cuba, Khrouchtchev fait retirer les missiles sovi√©tiques dans l'√ģle devant les menaces de John Kennedy. Cet √©pisode permettra √† ses successeurs dont L√©onid Brejnev de d√©noncer durablement la p√©riode khroucht√©chevienne comme le temps de l'aventurisme.

La chute et la retraite

La chute de Khrouchtchev fut le r√©sultat d'un v√©ritable complot, tiss√© √† partir de f√©vrier 1964 par L√©onid Brejnev et Nikola√Į Podgorny, auxquels se joignirent progressivement la quasi-totalit√© des membres du Pr√©sidium du Comit√© central, irrit√©s par la politique fluctuante de Khrouchtchev et par son comportement r√©gi par ses sautes d'humeur. De plus, son intention, maintes fois r√©p√©t√©e sans toutefois √™tre mise √† ex√©cution, de rajeunir la direction, √©tait per√ßue par ces apparatchik comme une menace personnelle.

Tandis qu'un certain nombre de signaux √©taient arriv√©s aux oreilles de Khrouchtchev, ses opposants, emmen√©s par L√©onid Brejnev, Alexandre Ch√©l√©pine et le chef du KGB Vladimir Semitchastny, agirent brusquement en octobre 1964, alors qu'il √©tait en vacances √† Pitsounda en Abkhazie. Ils convoqu√®rent une r√©union sp√©ciale du Pr√©sidium du Comit√© central et, quand Khrouchtchev arriva le 13 octobre, les conjur√©s l'accus√®rent d'avoir commis des erreurs politiques, comme la mauvaise gestion de la crise cubaine des missiles en 1962, et d'avoir d√©sorganis√© l'√©conomie sovi√©tique, surtout dans le secteur agricole. Ils l'appel√®rent √† se d√©mettre et d√©cid√®rent de s√©parer √† l'avenir les postes de Premier secr√©taire du Comit√© central et de Pr√©sident du Conseil des ministres. Khrouchtchev renon√ßa √† se d√©fendre. Une r√©union sp√©ciale du Comit√© central fut h√Ętivement convoqu√©e le lendemain et approuva sans discussion sa "d√©mission" et les d√©cisions du Pr√©sidium. Le 15 octobre 1964, le Pr√¶sidium du Soviet supr√™me d'URSS accepta la d√©mission de Khrouchtchev du poste de Premier ministre de l'Union sovi√©tique.

Signe des temps, Khrouchtchev perdit le pouvoir sans perdre ni la vie ni la liberté, ce qui marquait une relative réussite de la rupture avec l'ère stalinienne.

Tombe de Khrouchtchev.

Suite à son éviction, Khrouchtchev passa le reste de sa vie comme un retraité, menant une existence silencieuse à Moscou. Il resta membre du Comité central jusqu'en 1966. Pendant le reste de sa vie, il fut surveillé de près par le KGB, mais réussit à rédiger ses Mémoires et à les faire passer à l'Ouest, dans des conditions étranges, puisque ce fut le KGB qui s'en chargea.

Il mourut chez lui √† Moscou le 11 septembre 1971 et est enterr√© au cimeti√®re de Novodi√©vitchi de Moscou : on lui refusa des fun√©railles officielles et un enterrement pr√®s du mur du Kremlin.

Au cinéma

L'acteur britannique Bob Hoskins a incarn√© en 2001 le r√īle de Khrouchtchev dans le film Stalingrad de Jean-Jacques Annaud.

Bibliographie

  • Nikita Khrouchtchev, Souvenirs, Paris, Robert Laffont, 1971, p.35
  • Nikita Khrouchtchev, Rapport secret sur Staline au XXe Congr√®s du PC sovi√©tique, suivi du Testament de L√©nine, Paris, Champ libre, 1970.
  • Jean-Jacques Marie, Khrouchtchev, la r√©forme impossible, Paris, Payot, 2010.
  • Simon Sebag Montefiore, Staline. La Cour du Tsar Rouge, Paris, Ed. des Syrtes, 2005.
  • Boris I. Nicolaevski, Les dirigeants sovi√©tiques et la lutte pour le pouvoir , Paris, Deno√ęl, 1969.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ selon les notes du registre des actes de naissance conserv√© aux archives nationales de l'Oblast de Koursk. Khrouchtchev ignorait sa date de naissance pr√©cise, et f√™tait son anniversaire habituellement le 17 avril, ce qui c'est refl√©t√© sur de nombreuses notes biographiques. Voir –Ę–į—É–Ī–ľ–į–Ĺ –£. ¬ę–•—Ä—É—Č—Ď–≤¬Ľ –ú.: –ú–ĺ–Ľ–ĺ–ī–į—Ź –ď–≤–į—Ä–ī–ł—Ź, 2005, p 36, 704
  2. ‚ÜĎ Khrouchtchev, Jean-Jacques Marie, Payot&Rivage, pp.52-56.
  3. ‚ÜĎ Jean-Jacques Marie, Op. cit., p. 64.
  4. ‚ÜĎ a, b, c et d S. Montefiore, Staline. La Cour du Tsar Rouge, Ed. des Syrtes, 2005.
  5. ‚ÜĎ Selon Reuven Merhav, le texte du discours aurait √©t√© transmis par Victor Grayevsky, un journaliste polonais juif, au Mossad, qui l'aurait √† son tour communiqu√© aux autorit√©s am√©ricaines, et in fine √† la presse. Cf. Yves Derai et Daniel Ha√Įk, ¬ę Isra√ęl vu par le Mossad ¬Ľ, Le magazine de l'Optimum, num√©ro 5, 2008.
  6. ‚ÜĎ Chronique du XXe si√®cle, Ed. chroniques, 1993
  7. ‚ÜĎ Ibidem
  8. ‚ÜĎ M√©moires du XXe si√®cle, Bordas, 1994

Postes officiels

Précédé par Nikita Khrouchtchev Suivi par
Gueorgui Malenkov
Flag of the Soviet Union (1955-1980).svg
Premier Secrétaire du Comité central du PCUS
1953-1964
Léonid Brejnev
Nikola√Į Boulganine
Président du Conseil des ministres de l'URSS
1958-1964
Alexis Kossyguine

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