Nation Of Islam

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Nation Of Islam

Nation of Islam

Un des drapeaux de la Nation de l’islam. Les lettres signifient Justice (justice), Freedom (libertĂ©), Equality (Ă©galitĂ©), Islam (islam).
Un des drapeaux de la Nation de l’islam

Nation of Islam (Nation de l’islam), est une organisation politique et religieuse amĂ©ricaine, Ă  l’origine de la plupart des organisations musulmanes actuelles de la communautĂ© afro-amĂ©ricaine. Nation of Islam (NoI) ne publiant pas de statistiques, les estimations de ses membres sont trĂšs divergentes, mais il y en aurait en 2007 de 20 000 Ă  40 000, et peut-ĂȘtre une centaine de milliers de sympathisants[1].

Nation of Islam a Ă©tĂ© fondĂ©e Ă  DĂ©troit, dans le Nord des États-Unis, en 1930, par Wallace Fard Muhammad, que la Nation de l’islam pense ĂȘtre le « Messie Â» (ou « mahdi Â») attendu par les musulmans, et mĂȘme Dieu (Allah) incarnĂ©. L’idĂ©ologie dĂ©veloppĂ©e par l’organisation est un mĂ©lange de nationalisme afro-amĂ©ricain et de religion. Cette derniĂšre est inspirĂ©e par l’islam, mais reste Ă©loignĂ©e de l’islam orthodoxe. La NoI est donc considĂ©rĂ©e comme une secte par la majoritĂ© des organisations musulmanes[2].

Si Wallace Fard Muhammad est bien le crĂ©ateur de l’organisation, c’est son successeur Elijah Muhammad qui, entre 1934 et 1975, lui a donnĂ© son orientation, son organisation et sa puissance. Malcolm X a Ă©tĂ© l’une des figures les plus en vue de l’organisation, jusqu’à sa rupture avec celle-ci, dont il dĂ©nonce le racisme au retour d’un pĂšlerinage Ă  La Mecque effectuĂ© en 1964.

Nation of Islam se transforme officiellement en mouvement musulman sunnite peu aprĂšs la mort d’Elijah Muhammad, en 1975. Un groupe de militants refusant cette orientation quitte l’organisation en 1978, et reprend le nom de Nation of Islam, qui venait d’ĂȘtre abandonnĂ© par l’organisation mĂšre. FidĂšle Ă  l’idĂ©ologie des origines, malgrĂ© certaines Ă©volutions, la « nouvelle Â» NoI est dirigĂ©e depuis la scission de 1978 par Louis Farrakhan. Celui-ci est au dĂ©but du XXIe siĂšcle un leader en vue de la communautĂ© afro-amĂ©ricaine. Son discours communautaire, insistant sur la nĂ©cessitĂ© pour les Noirs de faire des Ă©tudes, de dĂ©velopper leur statut socioĂ©conomique et de lutter contre la dĂ©linquance a une influence qui dĂ©passe largement les cercles religieux de la NoI. Ses discours ambigus, plus ou moins hostiles aux Blancs et aux Juifs[3] ont cependant crĂ©Ă© de nombreuses polĂ©miques.

Sommaire

Création

Pour une prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale des mouvements musulmans noirs amĂ©ricains : Musulmans noirs amĂ©ricains.
Marcus Garvey en 1924.

Nation of Islam s’inspire de diverses organisations religieuses et/ou nationalistes noires, apparues aux États-Unis au dĂ©but du XXe siĂšcle, en rĂ©action Ă  la sĂ©grĂ©gation raciale que vivaient les Noirs amĂ©ricains.
Au plan politique, on peut en particulier citer la Universal Negro Improvement Association and African Communities League (UNIA), crĂ©Ă©e aux États-Unis par Marcus Garvey en 1917, qui militait pour le retour des Noirs en Afrique, et dĂ©veloppait un vigoureux nationalisme noir.
Au plan religieux, divers groupes (se rĂ©clamant du judaĂŻsme, du christianisme ou de l’islam) dĂ©veloppaient une pensĂ©e tournĂ©e de façon privilĂ©giĂ©e vers les Noirs. Parmi eux une organisation se rĂ©clamait de l’islam : le Moorish Science Temple of America, fondĂ© en 1913 par Timothy Drew, plus connu sous le nom de « Noble Drew Ali Â». Cette organisation offre un certain nombre de ressemblances avec ce que sera Nation of Islam Ă  partir de 1930, et semble donc l’avoir influencĂ©e.

Wallace Fard Muhammad

Une photo de Wallace Dodd Ford, que le FBI affirme ĂȘtre l'homme se faisant appeler Wallace Fard Muhammad.
Article dĂ©taillĂ© : Wallace Fard Muhammad.

La Nation de l’islam, ou Lost - found Nation of Islam in North-America, parfois aussi appelĂ©e Allah Temple of Islam[4] est la matrice de quasiment toutes les organisations musulmanes actuelles de la communautĂ© africaine-amĂ©ricaine, et a Ă©tĂ© fondĂ©e Ă  DĂ©troit, dans le Nord des États-Unis, en 1930, par Wallace Fard Muhammad. La Nation de l’islam pense que celui-ci est le Messie (ou le mahdi) attendu par les musulmans. L’organisation finira mĂȘme par aller sensiblement plus loin, en le considĂ©rant comme Dieu incarnĂ©[5].

On connaĂźt trĂšs peu de choses Ă  son sujet ou sur son idĂ©ologie prĂ©cise. Pour la Nation de l’islam, il serait venu au monde en 1877 Ă  La Mecque, en Arabie saoudite, avant de venir prĂȘcher le « peuple noir Â» en AmĂ©rique, puis d’abandonner son incarnation physique en 1934, date Ă  laquelle il disparaĂźt mystĂ©rieusement. Pour le FBI, il s’appelait en fait Wallace Dodd Ford ou Wallace Dodd, nĂ© en 1891 en Nouvelle-ZĂ©lande, et serait un mĂ©tis blanc-polynĂ©sien arrivĂ© aux États-Unis en 1913. Il aurait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en 1918 pour attaque Ă  main armĂ©e, de nouveau arrĂȘtĂ© au dĂ©but de 1926 pour infraction Ă  la loi californienne de prohibition de l’alcool, et enfin aurait fait de la prison de 1926 Ă  1929 pour infraction Ă  la lĂ©gislation sur les stupĂ©fiants. Il se serait alors installĂ© Ă  DĂ©troit, avant de crĂ©er Nation of Islam en 1930[6].

En novembre 1932 Ă©clate une affaire qui menaça la jeune organisation. Un sacrifice humain fut commis par un membre, Robert Karriem (nĂ© Harris) qualifiĂ© de « dĂ©sĂ©quilibrĂ© Â». Fard fut arrĂȘtĂ© avec Karriem. D’aprĂšs le rapport de police de l’époque, il aurait niĂ© toute responsabilitĂ© dans le crime. Au cours de l’interrogatoire, il aurait fini par indiquer que la crĂ©ation de l’organisation Ă©tait « strictement un racket[7] Â». En 1934, sous la pression de la police, il aurait quittĂ© DĂ©troit. Le dossier du FBI propose plusieurs hypothĂšses quant Ă  ce qu’il serait devenu par la suite, mais n’a pas d’information directe sur ce sujet. Il s’agit essentiellement de rĂ©fĂ©rences Ă  d’autres sources, comme des articles de journaux.

Quelles que soient les motivations rĂ©elles du crĂ©ateur de l’organisation, celle-ci regroupe aprĂšs sa disparition de 1934 un petit groupe d’adhĂ©rents convaincus et militants, qui en feront en une trentaine d’annĂ©es une organisation forte de dizaines de milliers d’adhĂ©rents.

Elijah Muhammad (1897-1975)

Article dĂ©taillĂ© : Elijah Muhammad.
Elijah Muhammad en 1964.

AprĂšs la disparition mystĂ©rieuse de Wallace Fard Muhammad en 1934, Elijah Muhammad prend la direction du mouvement, lequel Ă©tait Ă  l’époque encore groupusculaire[8].

Elijah Poole est nĂ© en GĂ©orgie (sud des États-Unis), mais s’est installĂ© Ă  DĂ©troit (Nord des États-Unis) en 1923. Il suivait en cela la grande migration des Noirs de l’époque, depuis le sud agricole, pauvre et sĂ©grĂ©gationniste des États-Unis, vers le nord industriel, plus riche et un peu plus tolĂ©rant Ă  l’égard des Noirs. Mais mĂȘme dans le Nord, les discriminations raciales existent, engendrant, selon Eric Lincoln, « une haine virulente des Blancs[9] Â». À DĂ©troit, Poole entre en contact en 1931[10],[11] avec Fard Muhammad, et rallie son organisation naissante. Il prend le nom de Elijah Muhammad, mais se fait aussi connaĂźtre sous les noms de Gulan Bogans, ou de Mohamed Rassoul[10].

AprĂšs la disparition du fondateur, Elijah Muhammad serait entrĂ© dans un bref conflit avec d’autres leaders de l’organisation, conflit qui l’amĂšne Ă  s’installer avec ses partisans Ă  Chicago, loin de la faction hostile de DĂ©troit. Il sort finalement vainqueur de l’affrontement, s’affirmant comme le chef incontestĂ© de la NoI. Claude Clegg[12] parle Ă  propos de la NoI de l’époque d’un climat de « chaos organisationnel et d’intrigues entourant la disparition de son fondateur Â»[13]. Pour Nation of Islam par contre, c’est Wallace Fard Muhammad qui « l’a choisi pour ĂȘtre son reprĂ©sentant divin dans la continuation de cette si difficile tĂąche d’apporter la vĂ©ritĂ© et la lumiĂšre Ă  son peuple perdu et retrouvĂ© Â»[14]. DĂ©sormais Ă  la tĂȘte de l’organisation, il prend le titre de « messager de Dieu Â», sous lequel l’organisation continue aujourd’hui Ă  le dĂ©signer. Il commence Ă  Ă©tendre celle-ci, encore limitĂ©e en 1934 Ă  DĂ©troit et Chicago. C’est le Nord-Est industriel qui s’avĂšre le plus rĂ©ceptif. Muhammad y crĂ©e une sĂ©rie de temples (qui seront plus tard rebaptisĂ©s mosquĂ©es), et les appelle selon leur numĂ©ro de crĂ©ation. Ainsi, Ă  New York, la mosquĂ©e historique est toujours dĂ©signĂ©e sous le nom de mosquĂ©e numĂ©ro 7 (Ă  l’origine temple N° 7), parce que c’est la septiĂšme fondĂ©e (ou visitĂ©e) par Elijah Muhammad.

Idéologie

Concernant la formation de l’idĂ©ologie du mouvement, la part exacte Ă  attribuer au fondateur Wallace Fard Muhammad, et celle Ă  attribuer Ă  Elijah Muhammad restent difficiles Ă  Ă©tablir. Bien que la NoI mette en avant sa nature religieuse, le versant socio-politique de son idĂ©ologie n’en est pas moins fortement affirmĂ©. La vision idĂ©ologique de Nation of Islam a Ă©tĂ© formalisĂ©e dans le Muslim Program[15] de 1965, toujours en vigueur, mais l’essentiel de ces thĂ©matiques Ă©tait dĂ©jĂ  clairement affirmĂ© dĂšs les annĂ©es 1930. MalgrĂ© une certaine modĂ©ration de l’interprĂ©tation des principes fondamentaux (en particulier le rejet des blancs), la NoI du dĂ©but du XXIe siĂšcle a un positionnement idĂ©ologique trĂšs similaire Ă  celui de ses dĂ©buts.

Vision religieuse

La thĂ©ologie de la NoI est assez Ă©loignĂ©e de l’islam orthodoxe. Certains aspects sont en effet clairement inacceptables pour celui-ci :

  • L’islam est la vĂ©ritable religion de l’homme noir, et est rĂ©servĂ©e aux Noirs, et en thĂ©orie aux autres populations « de couleur Â». Selon un discours d’Elijah Muhammad : « vous pouvez facilement les distinguer [les Blancs] de nos peuples (foncĂ©, brun, jaune ou rouge) Â»[16]. En pratique, il n’y a jamais eu de vĂ©ritable tentative de la NoI de s’adresser Ă  d’autres groupes ethniques que les Afro-amĂ©ricains. L’islam insiste au contraire sur sa vocation universelle[17].
  • Les Blancs sont une race infĂ©rieure, crĂ©Ă©e par sĂ©lection artificielle Ă  partir de la race premiĂšre noire par un scientifique noir, du nom de Yakub[18], il y a 6 000 ans. Ils sont les reprĂ©sentants du diable sur la terre, mais les prophĂ©ties annoncent la fin de leur rĂšgne. « L’homme noir a produit ces quatre couleurs : brun, rouge, jaune et blanc [...] l’homme noir, pourtant, est le crĂ©ateur de tous [...] Maintenant, le grand Mahdi[19] (Dieu en personne) avec sa sagesse, connaissance et comprĂ©hension infinies, va remettre l’homme noir originel dans la situation originelle ou il Ă©tait au commencement, le Dieu et le gouverneur de l’univers Â»[16]. « Nous avons vu la race blanche (dĂ©mons) dans le ciel, parmi les justes, causant des troubles [...], jusqu’à ce qu’ils aient Ă©tĂ© dĂ©couverts. [...] Ils ont Ă©tĂ© punis en Ă©tant privĂ© des conseils divins [...] presque ravalĂ©s au rang des bĂȘtes sauvages. [...] sautant d’arbre en arbre. Les singes en procĂšdent. [...] Avant eux, il n’y avait rien comme les singes et les cochons Â»[20]. Cette idĂ©e selon laquelle les noirs sont les humains originels existait dĂ©jĂ  dans des organisations africaines-amĂ©ricaines prĂ©cĂ©dentes, comme The church of God, un groupe d'hĂ©breux noirs crĂ©Ă© en 1915.
  • Les mariages inter-raciaux sont interdits : « Nous croyons que les mariages mixtes ou le mĂ©lange des races devraient ĂȘtre interdits Â»[21].
  • Dieu n’est pas un esprit, car « nous vivons dans un univers matĂ©riel Â», et de ce fait « Dieu est un homme Â»[22]. « Dieu doit ĂȘtre un homme, et non un spectre Â»[23]. En rĂ©alitĂ©, « il y avait Dieu au commencement qui a crĂ©Ă© toutes ces choses et nous savons qu’il n’existe pas aujourd’hui, mais nous savons encore que de ce Dieu, la personne de Dieu a persistĂ© jusqu’à aujourd’hui dans son peuple [les Noirs], et aujourd’hui un ĂȘtre suprĂȘme (Dieu) est apparu parmi nous avec la mĂȘme sagesse infinie pour provoquer un changement complet Â»[24]. « Allah est venu Ă  nous de la ville sainte de la Mecque, Arabie, en 1930. Il a employĂ© le nom de Wallace D. Fard Â»[25]. Pour les musulmans orthodoxes, cette disparition du Dieu crĂ©ateur des origines, et son remplacement par un Dieu collectif racial dont Ă©merge un Dieu/homme supĂ©rieur est inacceptable. Ainsi, par exemple, d’aprĂšs le Coran (33:40) « Muhammad [est] le messager de Dieu, et le dernier des prophĂštes Â». Toute personne prĂ©tendant ĂȘtre un prophĂšte depuis la mort de Mahomet est donc par dĂ©finition toujours considĂ©rĂ©e comme un faux prophĂšte par l’islam orthodoxe, a fortiori s’il se proclame Dieu en personne[26].
  • « NOUS CROYONS Ă  la rĂ©surrection des morts — pas en la rĂ©surrection physique — mais la rĂ©surrection de l’esprit Â»[27]. Les orthodoxies sunnites et chiites affirment par contre une rĂ©surrection physique des morts avant le Jugement dernier[28].

On peut aussi noter une forte croyance en la numĂ©rologie[29], ce qui aura d’ailleurs une influence importante sur le mouvement aprĂšs la mort de Elijah Muhammad, avec le choix du septiĂšme fils de Muhammad comme nouveau leader.

Il y a des positions communes avec l’islam ou le christianisme : interdiction des relations sexuelles hors mariage, affirmation des « valeurs familiales Â», rĂŽle dirigeant de l’homme au sein de la cellule familiale. Ainsi, indique le site officiel de la NoI, « On enseigne Ă  nos femmes un code d’habillement modeste qui encourage la pratique d’une moralitĂ© Ă©levĂ©e Â»[30].

La consommation de porc est interdite, conformĂ©ment Ă  l’enseignement de l’islam. La NoI insiste aussi sur le respect des cinq Piliers de l'islam. La consommation de drogue, mais aussi de tabac et d’alcool est dĂ©considĂ©rĂ©e, en accord avec la vision musulmane traditionnelle.

« La religion, particuliĂšrement le christianisme, a enseignĂ© partout le mensonge selon lequel nous Ă©tions les descendants de Kham [un des fils de NoĂ©] condamnĂ©, lui et ses descendants, Ă  ĂȘtre esclaves des Blancs Â»[31],[32]. La religion des Blancs, le christianisme, est la religion de l’esclavage et du mal. L’islam orthodoxe admet par contre dans une certaine mesure la validitĂ© du christianisme[33]. On note cependant que sous la direction de Louis Farrakhan, le discours s’est en partie inflĂ©chit. Si le christianisme reste responsable de l’esclavage, il est admis qu’il est porteur d’une certaine valeur s’il se libĂšre de son racisme historique : « Ă€ mes frĂšres et sƓurs ChrĂ©tiens qui sont prĂ©sents, JĂ©sus n’était pas un accident. JĂ©sus Ă©tait un homme reconnaissant envers son PĂšre. Il Ă©tait un homme tellement en accord avec Dieu, il est tellement restĂ© dans la lumiĂšre de son PĂšre qu’il est devenu la lumiĂšre du monde Â»[34]. Tout comme dans l’islam, l’acceptation du christianisme existe aujourd’hui partiellement. La thĂ©matique est cependant diffĂ©rente. L’islam critique la dĂ©ification de JĂ©sus, quand la Nation de l’islam critique surtout le racisme du christianisme ayant permis l’esclavage[35].

Il y a enfin certaines influences chrĂ©tiennes. Les lieux de culte sont Ă  l’origine appelĂ©s des temples, par exemple. Les ministres du culte sont appelĂ©s « ministers Â», et non imam.

Indépendance sociale et politique des Noirs

Article dĂ©taillĂ© : Nationalisme noir aux États-Unis.

L’idĂ©ologie de Nation of Islam ne se limite pas au domaine religieux. Elle a aussi une forte composante sociale et politique, indiffĂ©rente d’un point de vue islamique, et que l’organisation peut partager en tout ou partie avec d’autres groupes nationalistes afro-amĂ©ricains. L’idĂ©e centrale est l’indĂ©pendance du peuple noir en AmĂ©rique.

Cette idĂ©e s’exprime au niveau territorial par la volontĂ© de crĂ©er un État indĂ©pendant noir, par exemple dans le Sud des États-Unis, quitte Ă  organiser un dĂ©placement massif des Noirs vers ce nouveau pays. « Nous voulons que notre peuple en AmĂ©rique dont les parents et grands-parents Ă©taient des descendants d’esclaves puisse Ă©tablir un État sĂ©parĂ© Â»[36]. Ce projet n’a cependant jamais rĂ©ellement Ă©tĂ© soutenu par des initiatives concrĂštes : « le sĂ©paratisme racial que Muhammad a pratiquĂ© Ă©tait plus symbolique que toute autre chose, limitĂ© Ă  construire une identitĂ© noire et Ă  la crĂ©ation d’institutions et d’entreprises dirigĂ©es par des Noirs. Les changements-tremblements de terre, tels que la destruction du “diable blanc” et la tache monumentale du transport et de la rĂ©installation de vingt millions de Noirs ailleurs, ont Ă©tĂ© laissĂ©s Ă  Allah, qui choisirait sa propre heure pour agir Â»[13] Â».

Le changement de nom, et parfois du prĂ©nom, est une rĂšgle de la communautĂ©, et serait dĂ» Ă  un commandement de Wallace Fard Muhammad lui-mĂȘme. Il s’agit pour le nouvel adhĂ©rent d’affirmer la rupture symbolique avec son passĂ© d’incroyant, mais aussi d’exprimer le refus du « nom d’esclave Â»[10], et donc l’indĂ©pendance vis-Ă -vis du monde blanc. Les dĂ©portĂ©s africains aux États-Unis recevaient en effet un prĂ©nom chrĂ©tien et un nom de famille[37], tous deux imposĂ©s par le propriĂ©taire du nouvel esclave.
Les prĂ©noms des nouveaux membres de la NoI ne sont pas toujours changĂ©s, mais quand ils le sont c’est au bĂ©nĂ©fice de prĂ©noms islamiques. Les noms de familles sont Ă©galement frĂ©quemment changĂ©s, gĂ©nĂ©ralement en faveur d’un nom musulman, mais parfois aussi d’un nom africain ou d’un « X Â» symbolique, exprimant l’effacement du patronyme historique par l’esclavage.

Un vendeur de Nation of Islam, vendant l’hebdomadaire Call of Islam, et ce qui ressemble à un assortiment d’huiles et de parfums.

L’indĂ©pendance doit aussi se construire dans le domaine Ă©conomique. Nation of Islam a trĂšs tĂŽt insistĂ© sur la nĂ©cessitĂ© pour les Noirs en gĂ©nĂ©ral, et les « Musulmans noirs Â» en particulier, de construire des entreprises noires et d’acheter prĂ©fĂ©rentiellement dans ces entreprises. Il s’agit d’une part d’acquĂ©rir un statut social plus favorisĂ©, et d’autre part de ne plus dĂ©pendre des patrons blancs, accusĂ©s de racisme. À ce titre, l’organisation a crĂ©Ă© dĂšs les annĂ©es 1930 des entreprises sous son contrĂŽle, mais a aussi encouragĂ© ses membres Ă  crĂ©er leurs propres entreprises, tout en favorisant l’emploi des membres de la communautĂ© et les relations Ă©conomiques avec les autres sociĂ©tĂ©s « musulmanes Â». Le succĂšs a Ă©tĂ© en partie au rendez-vous, et un tissu petit mais actif d’entreprises liĂ©es directement ou indirectement Ă  la NoI s’est affirmĂ© avec les annĂ©es.
Un code vestimentaire exprimant cette volontĂ© d’ascension sociale est demandĂ© aux membres de l’organisation. Pour les hommes, il s’agit du port d’un strict costume trois-piĂšces, avec cravate, ou frĂ©quemment avec un nƓud papillon. Pour les femmes, il s’agit de tenues modestes[30] mais correctes. D’un point de vue gĂ©nĂ©ral, Nation of Islam demande Ă  ses membres de rejeter tout laisser-aller vestimentaire exprimant l’échec social, et d’affirmer symboliquement leur volontĂ© d’ascension sociale.

L’indĂ©pendance doit enfin se construire dans le domaine intellectuel. La NoI accuse en effet le systĂšme amĂ©ricain de l’éducation d’avoir toujours maintenu les Noirs dans une situation d’échec scolaire et d’exclusion des universitĂ©s (situation qui a cependant beaucoup Ă©voluĂ© depuis les annĂ©es 1960), et d’avoir dĂ©veloppĂ© des programmes ethno-centrĂ©s dĂ©veloppant le mĂ©pris pour les Noirs et les civilisations extra-europĂ©ennes. À ce titre « nous voulons une Ă©ducation Ă©gale, mais des Ă©coles sĂ©parĂ©es jusqu’à l'Ăąge de 16 ans pour les garçons et 18 ans pour les filles, Ă  la condition que les filles soient envoyĂ©es dans des Ă©coles et des universitĂ©s pour filles[38]. Nous voulons que tous les enfants noirs soient Ă©duquĂ©s, enseignĂ©s et entraĂźnĂ©s par leurs propres professeurs[39]. Â»

SynthĂšse

Au final, l’islam est rĂ©interprĂ©tĂ© dans un sens trĂšs hĂ©tĂ©rodoxe par Nation of Islam. Le groupe apparaĂźt comme portant Ă  la fois un message politique (le nationalisme noir et l’indĂ©pendance), social (la nĂ©cessitĂ© d’une amĂ©lioration de l’éducation et de l’autonomie Ă©conomique des Noirs) et religieux (la constitution d’une religion par et pour les Noirs, couplĂ©e avec un « code moral puritain[13] Â»). Le nouveau groupe n’a donc pas Ă©tĂ© reconnu comme musulman par les groupes musulmans orthodoxes des annĂ©es 1930. La faction Black Muslims restĂ©e au dĂ©but de XXIe siĂšcle fidĂšle aux enseignements originels n’est toujours pas reconnue comme musulmane, mais comme une secte[40].

DĂ©veloppement

En trente ans, de 1934 Ă  1964, l’organisation va connaĂźtre un dĂ©veloppement important, sans crise intĂ©rieure notable.

Consolidation

Sous la direction d’Elijah Muhammad, le groupe devient trĂšs missionnaire. Avec le temps, ses prĂȘcheurs ont portĂ© ses enseignements, des rues et des halls de rĂ©union aux prisons amĂ©ricaines. Le nouveau groupe a surtout « attirĂ© des Africains-AmĂ©ricains dĂ©sabusĂ©s et pauvres du nord urbain Â»[41], encore que la progression ait Ă©tĂ© lente Ă  ses dĂ©buts. Les milieux noirs trĂšs chrĂ©tiens du sud des États-Unis, souvent fortement structurĂ©s en communautĂ©s rurales regroupĂ©es autour d’un pasteur, se sont en revanche montrĂ©s trĂšs difficiles Ă  pĂ©nĂ©trer.

DĂšs les annĂ©es suivant la disparition de son fondateur, Nation of Islam met en place le Savior’s Day (jour du sauveur), chaque 26 fĂ©vrier, date anniversaire de la naissance supposĂ©e du « maĂźtre W. D. Fard Muhammad, nĂ© le 26 fĂ©vrier 1887 [... dans] la citĂ© sainte de La Mecque Â»[42]. Avec le temps, le Savior’s Day est devenu une fĂȘte religieuse importante de la communautĂ©, servant de marqueur de l’identitĂ© de celle-ci, et donnant certaines annĂ©es lieux Ă  des rassemblements de masse.
En 1934 a lieu la premiÚre diffusion de The Final Call to Islam, premier journal de la NoI[43]. Celui-ci et ses successeurs auront des publications intermittentes, mais qui se renforceront avec le temps, améliorant la capacité de communication de la NoI.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la jeune organisation, encore trĂšs modeste, a dĂ©jĂ  ses lieux de culte (encore appelĂ©s « temples Â» Ă  l’époque), son idĂ©ologie, son encadrement, ses fĂȘtes religieuses et ses organes de communication.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Nation de l’islam affirme son opposition au gouvernement amĂ©ricain en refusant toute collaboration Ă  l’effort de guerre. D’aprĂšs un rapport du FBI N° 100-9129 du 30 septembre 1942, Elijah Muhammad aurait, « Ă  des rĂ©unions tenues entre le 11 septembre et le 18 septembre 1942, dĂ©clarĂ© que les Japonais sont leurs frĂšres. [...] Des plaintes ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es [...] Ă  Chicago [...] accusant le sujet Mohammed [...] de sĂ©dition [et de] conspiration Â». D’aprĂšs un rapport du FBI du 19 dĂ©cembre 1942, Elijah Muhammad serait Ă  cette date « sous le coup d’une condamnation Ă  trois ans de prison [et] environ 65 membres ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  Chicago Â» (il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© fin septembre 1942). En 1943, encore trĂšs petite, Nation of Islam est dĂ©crite par un rapport du FBI comme Ă©tant « fortement pro-japonaise, et ses leaders conseillent Ă  ses membres de refuser de se faire enregistrer Â» pour l’effort de guerre en indiquant « qu’ils sont dĂ©jĂ  enregistrĂ©s Ă  La Mecque Â». Ce rapport indique aussi que « les leaders des temples situĂ©s Ă  Milwaukee, Washington DC et Chicago ont Ă©tĂ© [...] inculpĂ©s pour sĂ©dition Â»[44].

Ces rapports confirment le rapport trĂšs oppositionnel des membres de la NoI avec le gouvernement amĂ©ricain, mĂȘme en pĂ©riode de crise. La NoI n’ayant que quelques centaines de membres Ă  l’époque, son impact sur l’effort de guerre amĂ©ricain a Ă©tĂ© nul. La guerre a cependant Ă©tĂ© un moment oĂč l’organisation a pu affirmer de façon spectaculaire son opposition frontale au « gouvernement blanc Â», contribuant ainsi Ă  se faire connaĂźtre.

AprĂšs la guerre, la pression policiĂšre s’estompe, et la NoI peut reprendre ses efforts de dĂ©veloppement. Muhammad lui-mĂȘme sort en 1946 de la prison fĂ©dĂ©rale de Milan, Michigan, ou il se trouvait depuis 1942. En 1952, la NoI recrute Malcolm Little, plus connu sous le nom de Malcolm X, qui deviendra un artisan important du fort dĂ©veloppement des annĂ©es 1950 et du dĂ©but des annĂ©es 1960.

Expansion : les annĂ©es Malcolm X

Article dĂ©taillĂ© : Malcolm X.
Malcolm X
Des lieux de culte de la NOI, dans un document du FBI datant de 1960.
Une carte des temples de la NOI, dans un document du FBI datant de 1960. On note la nette dominance du Nord-Est de États-Unis.
Journaux du culte, vers 1960.
Mohamed Ali Ă  un meeting de Elijah Muhammad.

Les annĂ©es 1950 et le dĂ©but des annĂ©es 1960 ont vu l’organisation passer de quelques centaines de membres (500 estimĂ©s en 1952) Ă  des dizaines de milliers (30 000 estimĂ©s en 1963). « Jusqu’en 1964 Malcolm X, fut le principal porte-parole de la doctrine de Elijah Muhammad Â»[45], et devient le leader le plus visible et connu de la NoI[46], surtout aprĂšs sa nomination comme « porte-parole national de Nation of Islam Â».

Malcolm Little (1925-1965) est nĂ© Ă  Omaha, dans le Nebraska. Son pĂšre Ă©tait un prĂ©dicateur baptiste et un dĂ©fenseur de Marcus Garvey (un nationaliste noir), et est mort de façon controversĂ©e (peut-ĂȘtre assassinĂ©[47]) en 1931. AprĂšs une scolaritĂ© prĂ©maturĂ©ment interrompue et des placements dans diffĂ©rents foyers d’accueil, Malcolm Little s’installe Ă  Boston, chez sa demi-sƓur, puis part pour Harlem (New York), oĂč il devient rapidement un dĂ©linquant.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est rĂ©formĂ© 4-F (mentalement perturbĂ©)[48]. D’aprĂšs son autobiographie, il aurait dĂ©clarĂ©, en vue d’ĂȘtre refusĂ©, qu’il voulait une arme pour « tuer des crackers Â», terme pĂ©joratif dĂ©signant les blancs. Bien avant son autobiographie, le FBI cite d’ailleurs un courrier du 29 juin 1950 ou il Ă©crit « ils ne m’accepteront jamais dans l’US Army. Tout le monde a toujours dit Malcolm est fou, aussi n’est il pas difficile de convaincre les gens que je le suis Â»[49].

À 21 ans, en 1946, il est condamnĂ© Ă  une peine de huit Ă  dix annĂ©es[50] de prison suite Ă  des cambriolages[48]. En 1948, son frĂšre Reginald, qui s’est converti Ă  Nation of Islam, lui adresse un courrier oĂč il le presse de se convertir, ce qu’il fait peu de temps aprĂšs. AprĂšs sa conversion, il devient un prisonnier avide de lecture, se constitue une bonne culture autodidacte et commence Ă  correspondre par courrier avec Elijah Muhammad.

AprĂšs sa libĂ©ration en aoĂ»t 1952, il rencontre celui-ci Ă  Chicago. Selon une des pratiques de la NoI, il change son nom de famille[51], et prend celui de « X Â». RepĂ©rĂ© par Elijah Muhammad, il devient un prĂȘcheur efficace et dynamique, d’une grande loyautĂ© vis-Ă -vis de celui-ci. Pour ces raisons, il monte rapidement les Ă©chelons de la petite organisation qu’est encore Nation of Islam.

Six mois seulement aprÚs sa libération, en février 1953, preuve de son importance croissante, le FBI ouvre un dossier le concernant. Il y est suspecté de sympathies communistes[52].

En 1953, Ă  27 ans, il devient d’abord un assistant du temple N° 1[52], puis le responsable du temple N° 11, Ă  Boston. En 1954, il devient celui du temple N° 7 de Harlem (New York), sur Lenox Avenue, puis ouvre de nombreux temples Ă  travers le pays. Le rapport du FBI du 16 mars 1954 le dĂ©crit « voyageant Ă  travers les États-Unis, prenant des contacts avec diffĂ©rents temples du [...] culte Â»[52]. Ses discours enflammĂ©s et sa personnalitĂ© charismatique en font bientĂŽt l’homme le plus en vue de Nation of Islam aprĂšs Elijah Muhammad.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

L’organisation se dĂ©veloppe rapidement dans les milieux noirs et pauvres, et bĂ©nĂ©ficie Ă©galement indirectement du dĂ©veloppement de la lutte pour les droits civiques des Noirs (Ă  partir de 1955) ainsi que du dĂ©veloppement du militantisme noir qui l’accompagne. Les prĂȘches ont un succĂšs particulier dans les prisons.

Entre 1952 et 1963, Nation of Islam serait passĂ© de 500 Ă  30 000 membres[53]. Cette croissance spectaculaire est due Ă  la rencontre entre le rĂ©veil du militantisme noir dans tout le pays et une idĂ©ologie de la fiertĂ© noire particuliĂšrement radicale. Mais il est indĂ©niable qu’elle est aussi largement due Ă  l’activitĂ© missionnaire de Malcolm X. C’est dans le cadre de cette croissance spectaculaire des adhĂ©sions qu’en 1955 Louis Eugene Walcott, chanteur de Calypso et violoniste, rejoint la Nation de l’islam, et prend le nom de Louis Farrakhan. Nation of Islam attire aussi le cĂ©lĂšbre boxeur Cassius Clay, qui prendra le nom musulman de Mohammed Ali.

À partir de la fin des annĂ©es 1950, la NoI gagne une visibilitĂ© mĂ©diatique croissante. C’est en particulier le documentaire tĂ©lĂ©visĂ© de Mike Wallace en 1959, The Hate that Hate Produced (« la haine que la haine a produit Â»), qui rĂ©vĂšle la NoI au niveau national. Meilleur orateur de l’organisation, Malcolm X devient un habituĂ© des plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s, et est rĂ©guliĂšrement interviewĂ© par la presse Ă©crite et radiodiffusĂ©e. À l’heure des premiĂšres indĂ©pendances africaines et de la lutte pour les droits civiques des Noirs, la croissance rapide de la NoI inquiĂšte et fascine les mĂ©dias. Preuve de l’importance croissante de l’organisation, X est intĂ©grĂ© en tant que reprĂ©sentant de la NoI au sein d’un comitĂ© de personnalitĂ©s noires de divers horizons qui rencontre Fidel Castro le 19 septembre 1960[54], lors de la visite de celui-ci aux États-Unis.

Le 24 dĂ©cembre 1959, Elijah Muhammad et ses fils font le pĂšlerinage Ă  La Mecque[55]. MalgrĂ© son Ă©loignement de l’islam orthodoxe, les autoritĂ©s saoudiennes ont laissĂ© le leader de Nation of Islam participer au hadj pour des raisons inconnues, peut-ĂȘtre par ignorance de l’organisation.

Malcolm X n’est pas le seul vecteur mĂ©diatique de l’organisation. Celle-ci s’exprime aussi largement Ă  travers la presse noire amĂ©ricaine. « Les hommes de la Nation de l’islam ont vendu The Crusader et The Pittsburgh Courier, the Amsterdam News et the Westchester (N.Y.) Observer parce qu’ils contenaient le message de M. Muhammad, souvent entourĂ© dans la mĂȘme page par des annonces pour les entreprises Ă  capitaux musulmans qui soutenaient le travail de M. Muhammad. Dans The Curier et The Crusader, la colonne s’est appelĂ©e Mr Muhammad Speaks. Dans The Amsterdam News elle Ă©tait intitulĂ©e Le Monde de l’Islam et The Observer a publiĂ© les enseignements de M. Muhammad dans une sĂ©rie appelĂ©e : Le Paradis de l’homme blanc est l’enfer de l’homme noir Â». Certains de ces journaux avaient une large diffusion, puisque le The Pittsburgh Courier auraient distribuĂ© 350 000 copies par semaine en 1957[43].
Au dĂ©but des annĂ©es 1960, Elijah Muhammad souhaite cependant bĂ©nĂ©ficier de son propre organe de presse. Les publications de l’organisation existaient depuis les annĂ©es 1930 (premiĂšre publication de The Final Call to Islam en 1934), mais manquaient de rĂ©gularitĂ© et d’envergure. En 1961 parait le journal national Muhammad Speaks. Celui-ci reprend partiellement le titre d’un journal local crĂ©Ă© Ă  New York en 1960 par Malcolm X (alors Ă  la tĂȘte du temple N° 7) : Mr. Muhammad Speaks. D’aprĂšs The Final Call (hebdomadaire de la NoI), la crĂ©ation du nouveau journal est aidĂ©e par « l’éditeur et auteur pakistanais Abdul Basit Naeem Â»[43]. Le journal paraĂźt au dĂ©part mensuellement, mais gagne progressivement en diffusion, touchant un public noir pouvant aller au-delĂ  du cercle de la communautĂ©. En 1969, le journal aurait diffusĂ© 400 000 exemplaires par semaine, et jusqu’à 950 000 en 1974[43].

Enfin, dans les annĂ©es 1950 se dĂ©veloppe ce qui est souvent prĂ©sentĂ© comme la branche paramilitaire de l’organisation : Fruits of Islam. Fruit of Islam est prĂ©sentĂ© par la NoI comme le service d’ordre de l’organisation, dĂ©diĂ© Ă  la sĂ©curitĂ© des responsables et des militants. Pour ses dĂ©tracteurs, Fruits of Islam est en fait une force paramilitaire potentielle. Le groupe recrute chez des anciens policiers, militaires, mais aussi dĂ©linquants, et applique une trĂšs stricte discipline interne.

DĂ©part de Malcolm X

L’intĂ©rĂȘt des mĂ©dias

À partir du dĂ©but des annĂ©es 1960, plusieurs controverses vont progressivement Ă©loigner Malcolm X et Elijah Muhammad.

Tout d’abord des affaires de mƓurs : des rumeurs couraient depuis quelque temps sur les nombreux adultĂšres commis par Elijah Muhammad avec de jeunes secrĂ©taires du mouvement. Warith Deen Muhammad, le propre fils d’Elijah Muhammad, et un ami proche de X, informa ce dernier « en 1963, que son pĂšre Elijah Muhammad avait mis enceinte six de ses secrĂ©taires Â»[56]. L’adultĂšre est totalement contraire aux enseignements de Nation of Islam. AprĂšs avoir Ă©cartĂ© ces informations, Malcolm X aurait fini par en obtenir confirmation en 1963. Elijah Muhammad lui-mĂȘme[57] aurait fini par indiquer qu’étant l’envoyĂ© de Dieu sur terre, il n’était pas soumis aux mĂȘme rĂšgles que le commun des mortels[58]. Ces Ă©vĂšnements semblent avoir fortement altĂ©rĂ© la confiance de X dans la saintetĂ© d’Elijah Muhammad.

Le second sujet de divergence porte sur la politique : Malcolm X Ă©tait intĂ©ressĂ© par le mouvement pour les droits civiques des Noirs tels qu’il se dĂ©veloppait depuis 1955. Si l’idĂ©ologie officielle du mouvement Ă©tait opposĂ©e au nationalisme noir, et revendiquait simplement un statut d’amĂ©ricain normal pour les Noirs, X considĂ©rait qu’il devait y avoir une prĂ©sence des nationalistes noirs et des black muslims dans ce qui apparaissait comme le premier grand mouvement de masse noir de l’histoire des États-Unis. Elijah Muhammad Ă©tait par contre hostile Ă  la fin de la sĂ©grĂ©gation raciale[59] et au soutien Ă  un mouvement dans lequel se trouvaient de nombreux blancs progressistes. Il craignait la dissolution des Noirs dans un ensemble amĂ©ricain dominĂ© par les Blancs.

Le troisiĂšme contentieux porte sur la religion : Malcolm X a commencĂ© Ă  s’intĂ©resser Ă  l’islam sunnite officiel, et s’est rendu compte que la religion prĂȘchĂ©e par Elijah Muhammad en Ă©tait trĂšs Ă©loignĂ©e. L’intĂ©rĂȘt montrĂ© par X Ă  l’égard de l’islam orthodoxe ne pouvait donc que l’éloigner de son mentor.

On peut enfin citer des divergences d’ambitions : l’aura de X au sein de la communautĂ© noire en gĂ©nĂ©ral et de Nation of Islam en particulier, sa mĂ©diatisation importante, semblent avoir inquiĂ©tĂ© Elijah Muhammad.

En 1963, aprĂšs l’assassinat du prĂ©sident Kennedy, toutes ces divergences Ă©clatĂšrent sur la place publique, aprĂšs une dĂ©claration controversĂ©e de X. Celui-ci dĂ©clara en effet que la violence que Kennedy n’avait pas pu arrĂȘter se retournait contre lui. Il ajouta « Chickens coming home to roost never made me sad. It only made me glad Â» (« les poulets revenant au poulailler ne me rendent jamais triste, ils me rendent seulement heureux Â» - En français, Chickens coming home to roost a une signification proche de « qui sĂšme le vent rĂ©colte la tempĂȘte Â»). Cette phrase pouvait se comprendre comme une approbation de l’assassinat. Elijah Muhammad dĂ©savoua cette dĂ©claration, et interdit Ă  X toute dĂ©claration publique pendant 90 jours, injonction Ă  laquelle Malcolm X obĂ©it. Mais les relations entre les deux hommes atteignaient leur point de rupture. Dans son autobiographie, X affirme mĂȘme qu’un de ses assistants lui aurait alors indiquĂ© avoir reçu l’ordre de la direction de la NoI de le tuer[60].

Le 8 mars 1964, Malcolm X annonça son dĂ©part de la Nation de l’islam. Le 12 mars, il annonçait la crĂ©ation de sa propre organisation « The Muslim mosque inc. Â». Peu de temps aprĂšs, il se convertit Ă  l’islam sunnite orthodoxe. Le 13 avril 1964, Malcolm X partit de l’aĂ©roport John Fitzgerald Kennedy pour faire le pĂšlerinage Ă  la Mecque (le hajj) dont il revint sous le nom musulman de Malik El-Shabazz[61]. Sa femme et ses filles prirent alors le nom de famille de Shabazz.

Il condamna le racisme anti-blanc de Nation of Islam. Mais Malcolm X resta fidĂšle Ă  une action tournĂ©e de façon privilĂ©giĂ©e vers le peuple noir. Il refusa aussi de condamner la violence des opprimĂ©s, et eut des paroles assez dures pour les tenants de la non-violence, qu’il accusa d’encourager Ă  la soumission[62].

Peu de temps aprĂšs son retour de la Mecque, Malcolm X fonda l’« organisation pour l’unitĂ© afro-amĂ©ricaine Â», un groupe politique non religieux. Il affirme ainsi sa volontĂ© de mener Ă  la fois une lutte religieuse pour l’Islam, et une lutte politique pour les Noirs, les deux fonctionnant de façon autonome.

La tension entre Malik El-Shabazz et Nation of Islam ne cessa de croĂźtre. Le 14 fĂ©vrier 1965, sa maison fut l’objet d’un attentat Ă  la bombe, et il fut assassinĂ© de 15 balles le 21 fĂ©vrier 1965. Deux mois auparavant, Louis Farrakhan avait Ă©crit « un tel homme est digne de mourir Â»[63]. Trois membres de Nation of Islam seront reconnus coupables en 1966 : Norman 3X Butler, Thomas 15X Johnson et Talmadge Hayer. L’organisation elle-mĂȘme niera toute participation Ă  l’assassinat. « Betty Shabazz [la femme de Malcolm X], qui est morte en 1997, a publiquement accusĂ© Farrakhan d’un rĂŽle dans le meurtre Â»[63]. Celui-ci a admis au dĂ©but 2007 « j’ai pu ĂȘtre complice en mots Â», tout en niant une implication directe de l’organisation[63]. En 1994, Qubilah Shabazz, une des filles de Malcolm X sera arrĂȘtĂ©e et inculpĂ©e pour avoir payĂ© un tueur Ă  gage chargĂ© de tuer Farrakhan, accusation abandonnĂ©e en 1995[64]. Il a Ă©galement Ă©tĂ© envisagĂ© que le FBI ait eu connaissance du projet d’assassinat et l’ait couvert, voire aidĂ©. Cette hypothĂšse a Ă©tĂ© reprise par la NoI[65].

À sa mort, le projet de Malcolm X de crĂ©er un islam sunnite au sein de la communautĂ© noire, intĂ©grĂ© dans l’islam mondial et rompant avec le racisme semble un Ă©chec. Son organisation restera groupusculaire, et Elijah Muhammad maintiendra fermement son emprise sur l’islam noir amĂ©ricain jusqu’à sa mort, en 1975.

Évolution vers le sunnisme

Article dĂ©taillĂ© : Warith Deen Muhammad.

Le 26 février 1975, Elijah Muhammad meurt. Conformément à ses croyances numérologiques, il désigne son septiÚme fils, Warith Deen Muhammad (né Wallace D. Mohammed en 1933) pour lui succéder.

Warith Deen Muhammad reconnaĂźtra plus tard avoir Ă©tĂ© influencĂ© par la pensĂ©e de Malcolm X (dont il Ă©tait un ami proche), lequel sera d’ailleurs rĂ©habilitĂ© par le mouvement (une mosquĂ©e prendra mĂȘme son nom).

En trois ans, entre 1975 et 1978, il transforme de fond en comble l’idĂ©ologie du mouvement, et l’amĂšne sur une base religieuse sunnite, tout en rompant avec l’idĂ©ologie raciste et nationaliste de son pĂšre. « L’idĂ©e que nous avons eu de la communautĂ© n’est pas islamique, et vient des jours du nationalisme noir Â»[66]. Le projet d’un État indĂ©pendant pour les Noirs est donc abandonnĂ©.

La forte centralisation typique de Nation of Islam est rĂ©formĂ©e, afin de favoriser une large dĂ©centralisation des mosquĂ©es, plus conforme Ă  la tradition du sunnisme : « notre religion n’exige pas le degrĂ© d’organisation et de contrĂŽle centralisĂ© que nous avons utilisĂ©. Les Musulmans sont juste des Musulmans, et ils vont Ă  la mosquĂ©e, et c’est tout Â»[66]. Les communautĂ©s relevant de ce mouvement sont ouvertes Ă  toutes les races, mĂȘme si elles restent en pratique surtout composĂ©es d’africains-amĂ©ricains[67].

Warith Deen Muhammad est devenu un leader religieux respectĂ© et incontournable aux États-Unis. Il lui sera demandĂ© en 1992 de faire une priĂšre au sĂ©nat amĂ©ricain, et c’est lui qui fera la priĂšre musulmane lors de la priĂšre interconfessionnelle pour l’investiture du prĂ©sident Clinton, en 1997[68].

Refondation de Nation of Islam

Article dĂ©taillĂ© : Louis Farrakhan.
Louis Farrakhan

En 1978, un groupe de membres historiques de la Nation de l’islam, dirigĂ©s par Louis Farrakhan, dĂ©cide de se rĂ©organiser autour des enseignements de Elijah Muhammad. En 1981, Louis Farrakhan proclame officiellement la restauration de la Nation de l’islam, et la fidĂ©litĂ© aux dogmes de Elijah Muhammad. La « nouvelle Â» NoI s’affirme comme la lĂ©gitime continuatrice de l’organisation crĂ©Ă© par Elijah Muhammad, tant au plan religieux qu’au plan du nationalisme afro-amĂ©ricain. En pratique, le contexte a Ă©voluĂ© par rapport aux annĂ©es 1930 ou 1960, en particulier dans trois domaines :

  • le rapport aux autres Noirs. Avec le dĂ©veloppement de la dĂ©sĂ©grĂ©gation et le dĂ©veloppement d’une classe moyenne noire mieux intĂ©grĂ©e, la NoI a Ă©tĂ© amenĂ©e Ă  dĂ©velopper un dialogue plus important avec les autres groupes de la communautĂ© noire que ce que pratiquait Elijah Muhammad. Sous la direction de Louis Farrakhan, l’organisation est mĂȘme devenue trĂšs unitaire, insistant sur la nĂ©cessaire unitĂ© de la communautĂ© noire, alors qu’Elijah Muhammad restait Ă  l’écart des grandes organisations noires anti-sĂ©grĂ©gation : « Minister Farrakhan [...] a Ă©tĂ© le bienvenu dans d’innombrables Ă©glises Â». Pour « la vĂ©ritable rĂ©habilitation politique de la communautĂ© [noire], minister Farrakhan s’est rĂ©-enregistrĂ© pour voter en juin 1996 et a formĂ© une coalition d’organisations religieuses, civiques et politiques pour porter la voix de ceux qui sont privĂ©es des droits civiques dans le paysage politique Â»[69].
  • Le rapport aux autres musulmans noirs. Suite aux rĂ©formes du fils d’Elijah Muhammad, les sunnites sont devenus majoritaires au sein des communautĂ©s Black Muslims. L’obligation de se dĂ©finir par rapport Ă  eux est donc devenue essentielle, et a entrainĂ© un rapprochement avec les pratiques sunnites, mĂȘme si les doctrines restent diffĂ©rentes sur certains points.
  • Le rapport Ă  la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine en gĂ©nĂ©ral. Avec son dĂ©veloppement et son institutionnalisation, l’organisation a dĂ» Ă©voluer quant Ă  son rejet radical des États-Unis. La critique est toujours lĂ , mais le refus des membres de la NoI de se considĂ©rer comme amĂ©ricains, refus souvent rĂ©pĂ©tĂ© Ă  l’époque de Elijah Muhammad est progressivement tombĂ© en dĂ©suĂ©tude avec l’appel Ă  participer aux Ă©lections[69], mĂȘme si la revendication d’État sĂ©parĂ© n’a pas Ă©tĂ© retirĂ© du muslim program de 1965, toujours officiellement en vigueur.

Campagne présidentielle de 1984

Un logo de Fruit of Islam, la branche « sĂ©curitĂ© Â» de l’organisation.

Nation of Islam s’est « impliquĂ©e dans la campagne prĂ©sidentielle de Jesse Jackson en novembre 1983 Â»[70]. Le soutien Ă  ce candidat Ă  l’investiture dĂ©mocrate pour les Ă©lections prĂ©sidentielle de novembre 1984 est une innovation par rapport Ă  l’attitude traditionnellement distante de la NoI par rapport aux institutions amĂ©ricaines et aux autres organisations afro-amĂ©ricaines. L’organisation de Louis Farrakhan insiste dĂ©sormais sur son soutien Ă  tout ce qui peut faire avancer la condition noire aux États-Unis. « C’est [le groupe de sĂ©curitĂ©] Fruit of Islam, [filiale de la NoI] qui a gardĂ© Jesse Jackson pendant la campagne prĂ©sidentielle de 1984 avant que les services secrets ne s’en chargent Â»[70].

En avril 1984, « Farrakhan a averti le parti dĂ©mocrate que si les demandes de Jackson n’étaient pas prises au sĂ©rieux lors de la convention nationale Â»[70], il mĂšnerait « une armĂ©e d’hommes et de femmes noirs Ă  Washington D.C., et nous [...] nĂ©gocierons pour un État ou un territoire sĂ©parĂ© Â»[71]. Ce type de dĂ©claration « anti-amĂ©ricaine Â», ainsi que l’image anti-blanche et anti-juive de l’organisation a posĂ© certains problĂšmes Ă  Jesse Jackson, qui a dĂ» prendre ses distances. La campagne de Jesse Jackson a cependant Ă©tĂ© un moment important pour Nation of Islam, qui s’est ainsi retrouvĂ©e sous le feu des mĂ©dias, et a pu affirmer son militantisme noir, trois ans seulement aprĂšs la refondation officielle de l’organisation.

DĂ©veloppement de l’Islam noir amĂ©ricain

À partir du dĂ©but des annĂ©es 1980, la NoI et les sunnites suivant le fils de Elijah Muhammad se dĂ©veloppent de concert, obligĂ©s cependant de se dĂ©finir l’un par rapport Ă  l’autre.

Les orthodoxes limitent la spĂ©cificitĂ© ethnique de leur mouvement. Tout en conservant une sensibilitĂ© afro-amĂ©ricaine marquĂ©e, ils insistent sur leur intĂ©gration dans l’islam mondial et au sein de la nation amĂ©ricaine. À ce titre, ils suppriment les spĂ©cificitĂ©s thĂ©ologiques qui les diffĂ©renciaient des autres musulmans, et ils insistent sur la compatibilitĂ© entre le fait d’ĂȘtre un bon musulman, et un bon AmĂ©ricain[72]. L’interdiction de voter ou de s’engager dans l’armĂ©e a Ă©tĂ© levĂ©e[73]. Les partisans de Warith Deen Muhammad « professent maintenant l’harmonie raciale, l’amour fraternel et le patriotisme amĂ©ricain Â»[74]. Warith Deen Muhammad participera ainsi Ă  une priĂšre ƓcumĂ©nique au congrĂšs amĂ©ricain dans les annĂ©es 1990, sous la prĂ©sidence de Bill Clinton.

La NoI, de son cotĂ©, reste officiellement fidĂšle Ă  ses particularismes, tant thĂ©ologiques (vis-Ă -vis du sunnisme) que politiques (vis-Ă -vis des États-Unis). On note cependant une certaine Ă©volution des pratiques de l’organisation. Les citations du Coran se font plus nombreuses, les « temples Â» sont rebaptisĂ©s « mosquĂ©es Â», le respect des cinq piliers de l’islam est mis en avant, l’attitude anti-blancs est fortement modĂ©rĂ©e[75], le vote aux Ă©lections est dĂ©sormais encouragĂ©. On peut y lire une tentative d’adaptation de l’organisation face Ă  la lĂ©gitimitĂ© religieuse islamique plus importante des black muslims sunnites, mais aussi la volontĂ© d’obtenir une certaine respectabilitĂ© en rapport avec le poids croissant de la NoI.

The million man march de 1995

The Million man march, Ă  Washington DC, en 1995.

Il s’agit d’une grande manifestation organisĂ©e Ă  Washington DC en 1995 par la NoI. Il ne s’agit cependant pas d’une manifestation religieuse, mais d’une manifestation communautaire, sociale et politique. « La marche [...] a Ă©tĂ© organisĂ©e le 16 octobre comme un saint jour d’expiation, de rĂ©conciliation et de responsabilitĂ© Â»[69]. Les objectifs de la marche sont l’encouragement des africains-amĂ©ricains Ă  voter lors des Ă©lections amĂ©ricaines (ce qui est en rupture avec le traditionnel abstentionnisme de l’époque d’Elijah Muhammad), et l’encouragement des membres de la communautĂ© Ă  se prendre en main pour sortir des problĂšmes de dĂ©linquances, de drogue et de pauvretĂ©[3]. Les orateurs critiquent Ă©galement beaucoup les rĂ©ductions par le congrĂšs rĂ©publicain issu des Ă©lections de 1994 (dans la cadre du programme « contrat avec l’AmĂ©rique Â») des programmes d’aides sociales, comme le Medicaid, les programmes de logement, les bourses d’étudiants et les programmes d’éducation.

La manifestation se veut ouverte à tous les hommes noirs, mais ni aux femmes ni aux Blancs[3]. En pratique, un certain nombre de femmes noires ont participé à la manifestation, mais de façon assez minoritaire. Ces exclusions par le sexe ou la race ont provoqué de fortes polémiques[3].

Le nombre exact des participants a Ă©tĂ© discutĂ© (400 000 pour la police[76], 1,5 Ă  2 millions pour les organisateurs[77]), mais semble se situer un peu en-dessous de 1 million. Le succĂšs de la marche en a fait une des rĂ©fĂ©rences de la NoI actuelle, qui l’utilise abondamment dans sa communication, en particulier avec la notion de Million more movements, appel lancĂ© en 2005 Ă  l’ensemble de la communautĂ© noire pour organiser d’autres grandes mobilisations Ă  travers les États-Unis.
Au-delĂ  du nombre de participants, la marche est un succĂšs politique pour la NoI, laquelle a obtenu la participation de l’association des Ă©lus dĂ©mocrates noirs Ă  la Chambre des reprĂ©sentants des États-Unis (le Black Caucus), et mĂȘme la participation d’un Ă©lu rĂ©publicain[3].

The million march man de 1995 confirme la dimension trĂšs politique et pas seulement religieuse que Nation of Islam a pris, au contraire des musulmans noirs sunnites. Bien que ceux-ci reprĂ©sentent probablement plus de 80 % ou 90 % des Black Muslims amĂ©ricains, ils apparaissent de fait comme moins militants dans le domaine politique, et donc comme moins visibles. GrĂące Ă  cet activisme, la NoI arrive Ă  influencer des Black Muslims sunnites. Le cas de Keith Ellison est de ce point de vue rĂ©vĂ©lateur. Bien que converti Ă  l’islam sunnite en 1983, et bien que pour tout sunnite orthodoxe la NoI ne puisse ĂȘtre qu’une secte non musulmane, il s’est trĂšs fortement rapprochĂ© d’elle au moment de la marche, avant de s’en Ă©loigner Ă  nouveau. De fait, alors que les musulmans extĂ©rieurs Ă  la communautĂ© noire rejettent gĂ©nĂ©ralement trĂšs fortement la NoI, les Black Muslims sunnites montrent souvent une certaine sympathie pour celle-ci, non pas tant pour son discours religieux (trop hĂ©tĂ©rodoxe) que pour son discours et sa pratique militante en faveur de la communautĂ© noire. Le sĂ©paratisme racial toujours revendiquĂ© par la NoI n’est par contre pas acceptĂ©.

Au-delĂ  de son succĂšs Ă©vĂ©nementiel, The million march man de 1995 apparaĂźt donc comme un marqueur de la capacitĂ© qu’à la NoI actuelle Ă  influencer la communautĂ© noire bien au-delĂ  de ses frontiĂšres religieuses.

International

Un prĂȘcheur de la NoI, entourĂ© de membres de Fruit of Islam, en 1999 en Angleterre, lors d’une tentative pour Ă©largir les bases de l’organisation hors des États-Unis.

À compter des annĂ©es 1980, Louis Farrakhan a dĂ©ployĂ© une action grandissante Ă  l’extĂ©rieur des États-Unis d’AmĂ©rique. Certaines de ces actions visent Ă  implanter de nouvelles filiales de la Nation de l’islam, d’autres semblent surtout avoir un objectif en termes d’image, et d’autres enfin visent Ă  l’obtention de financements.

Un « centre d'Ă©tude Â» de la NOI Ă  Toronto, au Canada, en 2007.

En matiĂšre de crĂ©ation de nouvelles branches de la NoI, le rĂ©sultat semble avoir Ă©tĂ© modeste. La branche canadienne serait la plus dĂ©veloppĂ©e, eu Ă©gard Ă  sa proximitĂ© avec le centre historique de l’organisation, dans le Nord-Est des États-Unis. Une branche dissidente de l’organisation y a mĂȘme Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en 1997, Nation of Islam of Canada[78]. Il existe une petite branche française[79], ou s'est formĂ© idĂ©ologiquement (avant de la quitter) le militant noir radical Kemi Seba[80]. L’organisation a Ă©galement essayĂ© sans grand succĂšs de s’implanter en Grande-Bretagne dans les annĂ©es 1990. L’organisation n’en revendique pas moins « des mosquĂ©es et des groupes d’études dans plus de 120 citĂ©es en AmĂ©rique, en Europe, aux CaraĂŻbes, et des missions en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Sud, dĂ©voluent aux enseignements de l’honorable Elijah Muhammad. [...] Louis Farrakhan a Ă©tĂ© reçu dans beaucoup de pays musulmans comme un important penseur et enseignant musulman, et est le bienvenu Ă  travers toute l’Afrique, les CaraĂŻbes et l’Asie, en tant que champion de la lutte pour la libertĂ©, la justice et l’égalitĂ© Â»[69]. Ces activitĂ©s en dehors des États-Unis d’AmĂ©rique sont parfois mal perçues. Ainsi, le gouvernement britannique a-t-il interdit l’entrĂ©e sur son territoire Ă  Louis Farrakhan en 1986, suite Ă  sa dĂ©claration selon laquelle Hitler avait Ă©tĂ© « un grand homme Â»[81].

Louis Farrakhan a prĂȘtĂ© une attention particuliĂšre Ă  l’Afrique, et y a effectuĂ© plusieurs voyages[82], bien qu’une implantation permanente ne semble pas avoir Ă©tĂ© obtenue, ni forcĂ©ment recherchĂ©e.
En 1986, par exemple, Farrakhan organise un voyage de cinq jours au NigĂ©ria « avec 14 assistants et gardes du corps Â»[83], provoquant certaines rĂ©actions nĂ©gatives dans le pays[84].
En mai 1993, Farrakhan se rend « Ă  Libreville, au Gabon pour participer au second sommet africain - Afro-amĂ©ricain [...]. En octobre 1994, Minister Farrakhan emmena 2000 Noirs de l’AmĂ©rique vers Accra, au Ghana, pour le premier international Saviour’s Day de Nation of Islam [journĂ©e internationale du sauveur] Â»[85]. Le prĂ©sident GhanĂ©en Jerry Rawlings ouvrit et clĂŽtura officiellement cette convention de 5 jours[69].
Parmi de nombreux autres dĂ©placements, on peut aussi citer la participation du dirigeant de la NoI (dans l’assistance) Ă  la cĂ©rĂ©monie inaugurale de l’Union Africaine de 2002. Le journal de la NoI a mis en valeur ses rencontres avec « le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies, Kofi Annan ; le vice-prĂ©sident du LibĂ©ria ; Amara Essy, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’Union Africaine ; et le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la CommunautĂ© Ă©conomique des États d’Afrique de l’Ouest Â»[86].
En 1996, Farrakhan s’est rendu en Libye, Ă  l’époque sous sanction des Nations unies, pour recevoir le Prix Kadhafi des droits de l’Homme, assorti d’une somme de 250 000 dollars[87]. Il a depuis Ă©tĂ© souvent reprochĂ© Ă  la Nation de l’islam d’ĂȘtre financĂ©e par la Libye.

Le 18 décembre 1997, Farrakhan a pu rencontrer cheik Mohammed Sayed Tantawi, le responsable d'Al-Azhar, la plus prestigieuse mosquée sunnite du monde[88].

Ces voyages renforcent la visibilitĂ© mĂ©diatique de la NoI, et rĂ©affirment les liens entre l’Afrique et « les fils et les filles de l’Afrique aux États-Unis d’AmĂ©rique, dans les CaraĂŻbes, en AmĂ©rique Centrale et du Sud, ainsi qu’au Canada Â»[86]. Ils renforcent le rapprochement symbolique avec le monde musulman. Ils entretiennent Ă©galement certaines polĂ©miques aux États-Unis, autour des liens de l’organisation avec des rĂ©gimes ou des organisations considĂ©rĂ©es comme hostiles aux États-Unis, ainsi qu’autour des sources de financement de l’organisation.

Fruit of Islam

Deux membres de fruits of islam, Ă  un meeting en 1964.
Membres de FoI, en 1974.

Fruit of Islam est la branche sĂ©curitĂ© de l’organisation. DĂ©veloppĂ©e dĂšs les annĂ©es 1950, c’était Ă  l’origine un simple service d’ordre, cĂ©lĂšbre pour l’élĂ©gance stricte de ses membres. Sous la supervision de Louis Farrakhan, c’est devenu aussi une vĂ©ritable entreprise de sĂ©curitĂ© commerciale, qui loue le service de ses membres Ă  des organisations, des municipalitĂ©s ou des personnalitĂ©s. Ainsi, « Michael Jackson a employĂ© des gardes du corps de la Nation pendant ses poursuites pour mauvais traitements sur enfant Â»[89].

Par le biais de filiales commerciales, Fruit of Islam, rĂ©putĂ©e pour son efficacitĂ©, a contractĂ© un certain nombre de contrats avec des municipalitĂ©s. Ainsi, « les firmes de sĂ©curitĂ© liĂ©es Ă  la NoI ont menĂ© des opĂ©rations Ă  Baltimore, Buffalo, Chicago, Dallas, Dayton, Los Angeles, Philadelphie, Pittsburgh, New York et Washington Â»[90].

Bien que les firmes liĂ©es Ă  FoI aient de bons rĂ©sultats, elles sont l’objet d’une certaine suspicion des mĂ©dias. Plusieurs points inquiĂštent.

D’une part, ces firmes recrutent beaucoup chez d’anciens dĂ©tenus. Il s’agit lĂ  d’une caractĂ©ristique de tous les groupes black muslims, qui ont une activitĂ© importante dans les prisons[91] en vue d’amener les dĂ©tenus Ă  la « repentance Â» et au « salut Â». Cette activitĂ© missionnaire et d’ailleurs dans une certaine mesure favorisĂ©e par les autoritĂ©s carcĂ©rales elles-mĂȘmes, Ă  travers les aumĂŽniers musulmans. La stricte discipline, qui est une des caractĂ©ristiques de Nation of Islam en gĂ©nĂ©ral et de Fruit of Islam en particulier, a Ă  ce jour Ă©vitĂ© tout dĂ©bordement important, malgrĂ© certains problĂšmes (usage excessif de la force ou dĂ©faut de coopĂ©ration avec la police, par exemple).

D’autre part, certains craignent le dĂ©veloppement d’une vĂ©ritable branche paramilitaire de la NoI, en relation avec ses objectifs « anti-amĂ©ricains Â», comme la crĂ©ation d’un État noir indĂ©pendant (cet objectif est toujours affichĂ© sur le site de la NoI, mais ne semble pas activement dĂ©fendu). À ce titre, certaines dĂ©clarations ont pu renforcer les soupçons. Ainsi, « William/Abdul Sharieff Muhammad, Suprem Captain de Fruit of Islam, indiquait [en 1992] Ă  the Final Call, le bulletin officiel de la NoI, "nous avons une structure militaire au sein de laquelle nous entraĂźnons nos hommes" Â»[90].

Enfin, certains voient dans FoI un des indices de la transformation de la NoI de structure religieuse en entreprise Ă©conomique.

De son cotĂ©, la NoI ne nie pas recruter d’anciens dĂ©linquants. Ainsi « le Capitaine True C. Allah, responsable de Fruit of Islam Ă  la mosquĂ©e Muhammad N°11 de Boston [est] un ancien membre d’un gang de rue Â»[92]. Mais elle insiste sur sa capacitĂ© Ă  les ramener du cĂŽtĂ© de la loi, et sur la compĂ©tence qu’ils apportent dans la comprĂ©hension de la dĂ©linquance : en matiĂšre de sĂ©curitĂ©, « Nation of Islam a de la crĂ©dibilitĂ© dans les rues Â»[92]. L’organisation insiste d’ailleurs toujours sur les causes sociales et morales de la violence : « le niveau de pauvretĂ© Â», et « une sociĂ©tĂ© oĂč Dieu est en dehors de nos vies Â»[92].

Au-delĂ  de ces polĂ©miques, Fruit of Islam tĂ©moigne du dynamisme de la NoI, bien au-delĂ  de son positionnement religieux originel, la rĂ©putation d’efficacitĂ© de Fruit of Islam participant d’ailleurs Ă  la popularitĂ© de Nation of Islam dans des quartiers pauvres en proie Ă  la dĂ©linquance.

IdĂ©ologie : entre fidĂ©litĂ© et Ă©volution

Une petite mosquée de la Nation of Islam en Louisiane, en 2005.

L’idĂ©ologie de la NoI a Ă©tĂ© exprimĂ©e en 12 points par Elijah Muhammad dans son Message to the Blackman in America publiĂ© en 1965[93]. Bien qu’il n’y ait pas d’évolution sur ces dogmes, l’interprĂ©tation que la « nouvelle Â» Nation of Islam en donne s’est quelque peu normalisĂ©e. La revendication d’un « islam Â» particulier, ou celle du sĂ©paratisme noir (État indĂ©pendant, Ă©coles sĂ©parĂ©es, refus des mariages mixtes) sont donc toujours officiellement en vigueur, mais avec des inflexions.

Le rejet du christianisme, religion des blancs, s’est fortement attĂ©nuĂ©. La NoI, conformĂ©ment Ă  son discours « unitaire Â» afro-amĂ©ricain a beaucoup dĂ©veloppĂ© ses relations avec les pasteurs noirs amĂ©ricains, et n’insiste donc plus guĂšre sur le rejet militant du christianisme.

Les pratiques religieuses se sont aussi rapprochĂ©es de l’islam sunnite. Farrakhan insiste dĂ©sormais Ă©normĂ©ment sur les pratiques classiques de l'islam sunnite, y compris le pĂšlerinage Ă  la Mecque, et a rĂ©ussi Ă  rencontrer des dirigeant musulmans important, comme en dĂ©cembre 1997 le responsable de la grande mosquĂ©e Al-Azhar du Caire[88]. Les thĂšses les plus hĂ©tĂ©rodoxes de Elijah Muhammad, comme celle selon laquelle le dieu crĂ©ateur de l'univers a disparu pour revenir sous les traits de Wallace D. Fard ne sont plus mises en avant, sans ĂȘtre officiellement rejetĂ©es.

Le racisme anti-blanc n’est plus officiellement soutenu : « la supĂ©rioritĂ© et l’infĂ©rioritĂ© sont dĂ©terminĂ©es par notre droiture et pas par notre couleur Â»[75]. Le rapport au blanc, et en particulier aux Juifs, est cependant trĂšs ambigu : d’un cĂŽtĂ©, les Juifs ont apportĂ© Ă  l’humanitĂ© le message de Dieu, et ont donc manifestement un rĂŽle spĂ©cial aux yeux de Dieu : « Cela signifie pour moi que le peuple Juif est spĂ©cial aux yeux de Dieu, parce que s’il ne l’était pas, pourquoi enverrait-Il tellement de ses serviteurs Ă  cette communautĂ© ? Â»[94].
D’un autre cĂŽtĂ©, la NoI estime que les Juifs ont Ă©tĂ© en partie responsable de l’esclavage des Noirs et des ses horribles consĂ©quences (cette thĂšse repose sur un livre trĂšs contestĂ© The Secret Relationship Between Blacks and Jews, publiĂ© en 1990 sous l’égide de la NoI) « Les Juifs ont Ă©tĂ© impliquĂ©s dans l’affreux commerce des esclaves et ont donc une certaine responsabilitĂ© dans les rĂ©sultats terrifiants de notre mise en esclavage et du vol de nos culture, nom, langue, Dieu, religion et histoire Â»[94]. Steven Hahn[95] critique dans Le Monde diplomatique de mai 2006 ce livre comme Ă©tant un « Bobard antisĂ©mite Â»[96].
Plusieurs Ă©tudes universitaires montrent que les sentiments anti-juifs sont toujours bien prĂ©sents au sein de la NoI[97]. Louis Farrakhan a Ă©galement pu dĂ©clarer dans une interview : « beaucoup des Juifs qui ont possĂ©dĂ© les maisons, les appartements de la communautĂ© noire, nous les avons considĂ©rĂ© comme des suceurs de sang. [...] Quand les Juifs partent, les Arabes palestiniens viennent, les CorĂ©ens viennent, les Vietnamiens... nous les appelons les suceurs de sang Â»[3]. Le rejet des autres communautĂ©s se fait donc Ă  travers une double thĂ©matique, Ă  la fois nationaliste et sociale.

Le Saviour’s Day, Ă  l’origine la fĂȘte en mĂ©moire de Wallace Fard Muhammad, Ă©tait placĂ©e le 26 fĂ©vrier. Louis Farrakhan a dĂ©placĂ© le jour de la fĂȘte au 7 octobre, date anniversaire de la naissance de Elijah Muhammad. La fĂȘte cĂ©lĂšbre aujourd’hui les deux hommes.

Domaine oĂč la fidĂ©litĂ© est totale, Louis Farrakhan insiste Ă©normĂ©ment, comme Elijah Muhammad, sur la responsabilitĂ© de l’homme vis-Ă -vis de la femme (les mĂšres cĂ©libataires abandonnĂ©es sont un flĂ©au de la communautĂ© noire), sur le refus de la dĂ©linquance, sur l’importance de l’éducation et de la crĂ©ation d’entreprise par des Noirs pour sortir de la pauvretĂ©. Ce discours conservateur, apprĂ©ciĂ© et trĂšs militant donne Ă  Farrakhan une aura incontestable au sein de la communautĂ© noire, bien au-delĂ  du cercle de ses fidĂšles. Il a mĂȘme attirĂ© ponctuellement les Ă©loges de certains dirigeants du parti rĂ©publicain[98].

En pratique, le positionnement de Nation of Islam est aujourd’hui ambigu :

  • Pas sunnite, mais insistant beaucoup sur les points communs avec l’islam. En particulier, les membres de Nation of Islam respectent les cinq obligations fondamentales du Musulman, mais leur croyance maintenue selon laquelle Wallace Fard Muhammad Ă©tait Dieu incarnĂ© est inacceptable pour un Musulman orthodoxe.
  • Plus officiellement raciste, mais pas toujours trĂšs loin d’un dĂ©rapage.
  • Insistant sur la responsabilitĂ© des hommes par rapport aux femmes maltraitĂ©es de la communautĂ©, mais dans une perspective plutĂŽt sexiste de domination naturelle de l’homme sur la femme[99].

La perception de Nation of Islam est donc Ă©galement ambiguĂ«. Son discours noir militant lui donne une rĂ©elle influence sur la communautĂ© noire, mais ses positions Ă  la lisiĂšre du racisme et les reproches de sexisme lui valent une certaine mĂ©fiance. En 2000, Warith Deen Muhammad et Louis Farrakhan se sont ainsi officiellement rĂ©conciliĂ©s[100], mais les divergences n’ont pas disparu pour autant.

SynthĂšse

MalgrĂ© les Ă©volutions de Nation of Islam, l’Islam sunnite[2] continue de refuser ce groupe comme rĂ©ellement musulman. Les trois points qui posent le plus problĂšme sont :

  • l’affirmation selon laquelle Dieu (Allah) s’est incarnĂ© en Wallace Fard Muhammad ;
  • le refus de la rĂ©surrection physique des morts Ă  la fin des temps. Nation of Islam croit Ă  une rĂ©surrection seulement spirituelle ;
  • la pensĂ©e raciale du groupe, qui se traduit entre autres par son refus de s’ouvrir aux Blancs et par l’interdiction des mariages mixtes.

De façon plus gĂ©nĂ©rale, Nation of Islam continue d’ĂȘtre considĂ©rĂ© par ses dĂ©tracteurs, notamment amĂ©ricains, comme un mouvement raciste et antisĂ©mite.

Mais dans une partie de la communautĂ© noire, la NoI voit sa popularitĂ© croĂźtre grĂące Ă  son discours mĂ©langeant religion et nationalisme noir. Le poids rĂ©el de l’organisation est difficile Ă  apprĂ©cier. On estime entre 1 et 2 millions le nombre de black muslims vivant aux États-Unis en 2006[101]. Entre 5 et 10 % des musulmans noirs relĂšveraient de mosquĂ©es de la NoI ou en seraient des sympathisants. Les membres directs et actifs seraient plutĂŽt entre 20 et 40 000, sans qu’il existe sur ce point (en 2007) une Ă©tude faisant l’unanimitĂ©[102]. Mais l’influence de l’organisation dans les domaines non-religieux dĂ©passe aujourd’hui nettement ce pĂ©rimĂštre.

Voir aussi

Liens internes

Liens externes

Bibliographie

PĂ©riodiques :

  • Pascal Dupont, « Ă‰tats-Unis : la garde noire de l’islam Â», L’express International, no° 2310, (19 octobre 1995), pp. 92–93.
  • Gilles Kepel, « Mais que veut donc Farrakhan ? Â», Le Monde Diplomatique, no° 1639, (4 au 10 avril 1996), p. 14.

Reportage :

  • Karine Fossou et Jon Kalina, « Le pasteur de la haine Â», France 2, le 26 octobre 1995, 17min, coul.

Filmographie

Notes et références

  1. ↑ (en)The Impact of Al-Islam on the African American Population.
  2. ↑ a  et b  Point de vue du site musulman francophone info-islam,(en)Site musulman anglophone The Problem with the Nation of Islam.
  3. ↑ a , b , c , d , e  et f  (en) Charles Bierbauer, correspondant Ă  Washington, article de CNN publiĂ© sur le web, le 17 octobre 1995
  4. ↑ Page 19 du dossier du FBI sur Wallace Fard Muhammad, rapport no 100-12899 du 25/08/1943 [1]
  5. ↑ « Nous croyons que Allah (dieu) est apparu dans la personne du maĂźtre W. Fard Muhammad, en juillet 1930 (WE BELIEVE that Allah (God) appeared in the Person of Master W. Fard Muhammad, July, 1930) Â». THE MUSLIM PROGRAM, site officiel de Nation of Islam.
  6. ↑ Synthùse du FBI du 5 mars 1965, page 4 du dossier du FBI concernant Wallace Fard Muhammad (en anglais)
  7. ↑ CitĂ© par le rapport de synthĂšse du FBI no 100-431650 du 08/03/1965, page 7 du dossier du FBI.
  8. ↑ Clifton Marsh, dans son livre From Black Muslims to Muslims, The Transition from Separatism to Islam, Scarecrow Press, Inc. Meteushen, NJ, 1984, indique page 53 un chiffre de 8 000 adhĂ©rents Ă  la disparition de Wallace D. Fard, ce qui est une estimation Ă©levĂ©e. Les discussions sur le nombre d’adhĂ©rents sont habituelles, l’organisation n’ayant jamais donnĂ©e de statistiques vĂ©rifiables. Si le chiffre de 8 000 membres en 1934 est juste, il a du connaĂźtre une forte chute sous la direction de Elijah Muhammad, les membres Ă©tant plutĂŽt estimĂ©s Ă  quelques centaines au dĂ©but des annĂ©es 1950.
  9. ↑ (en)The Black Muslims in America, Eric Lincoln, Lawrenceville, Red Sea Press, 1994, p. 13.
  10. ↑ a , b  et c  rapport du FBI no 100-6582 du 09/11/1943, page 18 du dossier du FBI.
  11. ↑ « In 1931, The Master was preaching this Great Truth of salvation when He met a man named Elijah Poole in Detroit, Michigan Â» Brief history on the origin of The Nation of Islam in America A Nation of Peace & Beauty, sur le site officiel de la NoI.
  12. ↑ Claude Andrew Clegg est professeur d’histoire Ă  l’universitĂ© de l’Indiana, Ă  Bloomington. Il est l’auteur de divers articles sur Nation of Islam, et du livre An Original Man: The Life and Times of Elijah Muhammad, St. Martin’s Griffin, janvier 1998, (ISBN 0312181531).
  13. ↑ a , b  et c  Article de Claude Clegg dans le Journal for MultiMedia History, 1998
  14. ↑ Brief history on the origin of The Nation of Islam in America A Nation of Peace & Beauty, sur le site officiel de la NoI.
  15. ↑ the Muslim Program, programme officiel de la NoI, publiĂ© en 1965.
  16. ↑ a  et b  THE MAKING OF DEVIL, par Elijah Muhammad.
  17. ↑ Bilal, un ancien esclave d’origine africaine fut ainsi un des premiers compagnons du prophĂšte. C’est en son souvenir que la faction majoritaire de l’ancienne NoI qui Ă©voluera vers le sunnisme prendra pendant un temps le nom de Bilillian Community. Sur la position religieuse de l’islam sur la question du racisme, voir par exemple le site musulman francophone Ummah.com [2].
  18. ↑ Chapitre 55 de Message to the Blackman in America, par Elijah Muhammad, 1965. Voir le chapitre 55.
  19. ↑ Wallace Fard Muhammad
  20. ↑ Chapitre 55 de Message to the Blackman in America, par Elijah Muhammad, 1965. Voir le chapitre 55.
  21. ↑ THE MUSLIM PROGRAM, texte d’Elijah Muhammad, sur le site officiel de la NOI.
  22. ↑ IS God a Spirit or a Man ?, Message to the Blackman in America, Elijah Muhammad, 1965, Chapitre 3, [3]
  23. ↑ The Coming of God : Is He a Man or a Spirit?, Message to the Blackman in America, Elijah Muhammad, 1965, Chapitre 4, [4]
  24. ↑ The Origin of God As A Spirit and Not a Man, Message to the Blackman in America, Elijah Muhammad, 1965, Chapitre 5, [5]
  25. ↑ THE COMING OF GOD AND THE GATHERING TOGETHER OF HIS PEOPLE, Message to the Blackman in America, Elijah Muhammad, 1965, Chapitre 8, [6]
  26. ↑ Sur la question de Mahomet comme dernier prophùte voir par exemple L’Islam et les prophùtes. Sur la critique de la NoI par des musulmans, entre autres sur la question du dernier prophùte, voir aussi le site musulman The Problem with the "Nation of Islam".
  27. ↑ Point 5 de « ce que les musulmans croient Â» dans le Muslim program de 1965, toujours en vigueur Site officiel de la NOI.
  28. ↑ Une critique de la NoI sur ce sujet sur le site musulman anglophone allaahuakbar.net.
  29. ↑ Pour un exemple de raisonnement numĂ©rologique, voir le chapitre 55 de Message to the Blackman in America, par Elijah Muhammad, 1965. Voir le chapitre 55.
  30. ↑ a  et b  Brief history on the origin of The Nation of Islam in America A Nation of Peace & Beauty, sur le Site officiel de la NOI.
  31. ↑ Sur le site français de la Nation de l’islam.
  32. ↑ Voir Table des peuples
  33. ↑ « Ceux qui croient, ceux qui pratiquent le judaĂŻsme, ceux qui sont chrĂ©tiens ou cabĂ©ens, ceux qui croient en Dieu et au Dernier Jour, ceux qui font le bien : voilĂ  ceux qui trouveront leur rĂ©compense auprĂšs de leur Seigneur. Ils n’éprouveront plus aucune crainte, ils ne seront pas affligĂ©s Â» Coran, II, 62
    Le Coran admet également les évangiles, et reconnait la sainteté de Marie et de Jésus, ce dernier considéré comme un envoyé de Dieu parmi d'autres.
  34. ↑ Louis Farrakhan, LA GRACE DE DIEU - « Extrait d’un discours dĂ©livrĂ© par le Ministre Louis Farrakhan le 25 novembre 1990 Ă  la MosquĂ©e Maryam Â», traduit sur le site français de la Nation de l’islam [7].
  35. ↑ Il a cependant existĂ© d'autres traites, mais sans rapport avec le sort des Noirs amĂ©ricains, et ignorĂ©es par la NOI. Voir les articles Traite musulmane et Veritas ipsa.
  36. ↑ Point 4 du Muslim program de 1965, toujours en vigueur Site officiel de la NOI.
  37. ↑ Le nouveau nom de famille pouvait ĂȘtre le nom de famille du propriĂ©taire, celui d’une personnalitĂ© qu’apprĂ©ciait ce dernier, ou une caractĂ©ristique physique du dĂ©portĂ©.
  38. ↑ Nation of Islam refuse la mixitĂ© scolaire des races, mais aussi des sexes.
  39. ↑ Point 9 de « ce que les musulmans veulent Â» dans le Muslim program de 1965, toujours en vigueur Site officiel de la NOI.
  40. ↑ Le point de vue à ce sujet du site musulman francophone Info-Islam
  41. ↑ Islam in America : From African Slaves to Malcolm X, Thomas A. Tweed, University of North Carolina, [8].
  42. ↑ Selon le texte de la priùre du Savior’s Day de 1936 [9]
  43. ↑ a , b , c  et d  D’aprĂšs l’article de Askia Muhammad publiĂ© sur le site de The Final Call (actuel hebdomadaire de l’organisation) le 10 mars 2000 [10].
  44. ↑ Rapport du FBI N° 100-12899 du 10/08/1943. Dossier PDF [11], P. 19.
  45. ↑ Free At Last ?, Carl F. Ellis Junior, Downers Grove, InterVarsity Press, 1996, p. 100.
  46. ↑ Le christian research institute n’hĂ©site pas Ă  le considĂ©rer comme le Saint Paul de la NoI, et le principal responsable de l’expansion rapide de l’organisation [12] (PDF).
  47. ↑ La police a considĂ©rĂ© la mort comme un suicide, ce que conteste Malcolm X. Voir Malcolm X et Alex Haley, The Autobiography of Malcolm X, p.11, (ISBN 0812419537)
  48. ↑ a  et b  Voir la page 6 du dossier du FBI.
  49. ↑ Page 7 du dossier du FBI.
  50. ↑ Aux États-Unis, les peines de prison peuvent ĂȘtre dĂ©finies par une fourchette, la durĂ©e prĂ©cise Ă©tant dĂ©cidĂ©e plus tard, au vu du comportement du prisonnier.
  51. ↑ En AmĂ©rique, les noms de famille des Noirs datent en gĂ©nĂ©ral de la pĂ©riode de l’esclavage et ont Ă©tĂ© donnĂ©s par les propriĂ©taires d’esclaves, d’oĂč leur refus par Nation of Islam. Les noms sont remplacĂ©s par des noms musulmans, africains, ou par un « X Â» exprimant l’inconnue du nom originel africain.
  52. ↑ a , b  et c  Voir le dossier du FBI sur Malcolm X, mis en ligne dans le cadre du Freedom information act.
  53. ↑ Voir la page consacrĂ©e Ă  Malcom X sur le site de Radio-Canada, ou The official website of Malcolm X.
  54. ↑ Voir le site de la Columbia University
  55. ↑ Livres : Eric Lincoln, The Black Muslims in America ; Louis Lomax, When the word is given ; E.U. Essien-Udom, Black Nationalism.
  56. ↑ Brother Minister: The Martyrdom of Malcolm X, Alona Wartofsky, Washington Post, 17 fĂ©vrier 1995, [13]
  57. ↑ D’aprĂšs l’autobiographie de Malcolm X, 1965, P. 299 de l’édition amĂ©ricaine.
  58. ↑ Nation of Islam conteste, et parle d’une « mauvaise interprĂ©tation de la vie domestique de l’honorable Elijah Muhammad Â». Voir An historical look at the honorable Elijah Muhammad.
  59. ↑ « Nous croyons que les mariages mixtes ou le mĂ©lange des races devraient ĂȘtre interdits Â» : THE MUSLIM PROGRAM, texte d’Elijah Muhammad, sur le site officiel de la NOI.
  60. ↑ D’aprĂšs l’autobiographie de Malcolm X, 1965, P. 308 de l’édition amĂ©ricaine.
  61. ↑ Il est Ă  noter que dans les dossiers du FBI apparaissent la reproduction de lettres du dĂ©but des annĂ©es 1950, que X signe sous le nom de Malachi Shabazz, une version trĂšs proche de son nouveau nom musulman de 1964. Voir par exemple la page 10 du dossier PDF [14].
  62. ↑ Voir Ă  ce sujet son cĂ©lĂšbre discours du 3 mai 1964, peu aprĂšs son retour de la Mecque (en) The Ballot or the Bullet, oĂč il menace de recourir Ă  la violence, et traite certains politiciens blancs de crackers, un terme pĂ©joratif anti-blanc.
  63. ↑ a , b  et c  Voir sur le site de CBS le compte rendu de son Ă©mission 60 Minutes de janvier 2007, ou Farrakhan a admis pour s’en excuser « que ce que j’ai dit a causĂ© la perte de la vie d’un ĂȘtre humain Â».
  64. ↑ Sur la vision de La NoI sur l’affaire, voir cette page [15]
  65. ↑ An historical look at the honorable Elijah Muhammad.
  66. ↑ a  et b  Propos rapportĂ©s par The Atlanta Journal Constitution, 4 mai 1985, p. 3C.
  67. ↑ Le Council on American-Islamic Relations indiquait dans une Ă©tude de 2001 sur les mosquĂ©es (toutes ethnies confondues) que « 87 pour cent de mosquĂ©es ont au moins quelques membres [...] africains-amĂ©ricains Â» (P.17) mais que « 7 % de mosquĂ©es ont un seul groupe ethnique. Un quart (24 %) ont 90 % [de membres issus] d’un seul groupe ethnique. Dans les deux cas la plupart de ces mosquĂ©es sont africaines-amĂ©ricaines Â» (P.19). Ce sont donc 31 % des mosquĂ©es amĂ©ricaines qui sont Ă  trĂšs forte prĂ©dominance afro-amĂ©ricaine, pour une proportion de ce groupe dans les pratiquants (pas forcĂ©ment des croyants) musulmans aux États-Unis de 30 %. Soit une trĂšs forte homogĂ©nĂ©itĂ© ethnique [16] - PDF).
  68. ↑ Voir le site The mosque cares, un site institutionnel dĂ©pendant de Warith Deen Muhammad.
  69. ↑ a , b , c , d  et e  Bio Sketch of the Honorable Minister Louis Farrakhan.
  70. ↑ a , b  et c  Louis Farrakhan Is Not a Muslim, par Daniel Pipes, Washington Post, 2 juillet 1984 [17]
  71. ↑ « Citation de Louis Farrakhan rapportĂ©e dans Louis Farrakhan Is Not a Muslim Â», par Daniel Pipes, Washington Post, 2 juillet 1984 [18]
  72. ↑ Ainsi, la page d’entrĂ©e du site The mosque cares, un site institutionnel dĂ©pendant de Warith Deen Mohammed, indique sous un drapeau amĂ©ricain : « le message de l’islam, [portĂ© par Warith deen Mohammed...] a Ă©tĂ© un [...] facteur pour augmenter la tolĂ©rance, la comprĂ©hension et la coopĂ©ration entre les amĂ©ricains de diffĂ©rentes origines ethniques et religieuses Â».
  73. ↑ Voir par exemple [19].
  74. ↑ San Francisco Chronicle, 28 mars 1985.
  75. ↑ a  et b  Louis Farrakhan, Interview à NBC en 1997.
  76. ↑ « Crowd Estimates Â», par Monte Reel, Washington Post, Page A15, 19 janvier 2003, [20]
  77. ↑ « The return of the Million Man March: Why is it even an issue ? Â», Anthony Asadullah Samad-Guest, The final call (journal de la NoI), 19 janvier 2005, [21]
  78. ↑ Voir le site de Nation of Islam of Canada : [22].
  79. ↑ Voir le site internet officiel de la branche française de la Nation de l’islam [23], ainsi que l’article en anglais sur le site de Final Call, l’hebdomadaire de la NoI : Nisa Islam Muhammad « Nation of Islam in Paris, France Â», FinalCall.com, 10 janvier 2007.
  80. ↑ Noir et Français, Ă©crit par Stephen Smith et GĂ©raldine Faes, 2006
  81. ↑ D’aprĂšs une dĂ©pĂȘche de l’agence Reuters du 17 janvier 1986, reproduite dans The New York Times [24].
  82. ↑ Voir plusieurs exemples de ces voyages sur le site de la NoI : [25].
  83. ↑ D’aprĂšs une dĂ©pĂȘche de l’agence Associated Press du 9 fĂ©vrier 1986, reproduite dans The New York Times [26].
  84. ↑ D’aprĂšs une dĂ©pĂȘche de l’agence Reuters du 10 fĂ©vrier 1986, reproduite dans The New York Times [27].
  85. ↑ Le Saviour’s Day est Ă  l’origine la fĂȘte en mĂ©moire de Wallace Fard Muhammad, et Ă©tait placĂ©e le 26 fĂ©vrier. Louis Farrakhan a dĂ©placĂ© le jour de la fĂȘte au 7 octobre, date anniversaire de la naissance de Elijah Muhammad. La fĂȘte cĂ©lĂšbre aujourd’hui les deux hommes.
  86. ↑ a  et b  Askia Muhammad, « Birth of the African Union Â», Finall Call (hebdomadaire de la NoI), 17 Juillet 2002.
  87. ↑ D’aprĂšs The New York Times du 30 aoĂ»t 1996 [28].
  88. ↑ a  et b  « Peace mission to North Africa Â», Askia Muhammad, Chef du bureau de Washington de The final call, le journal de la NoI, [29].
  89. ↑ RACHEL ZOLL, « Farrakhan Illness Casts Doubt on Nation Â», 1er octobre 2006, Washington Post, [30].
  90. ↑ a  et b  Lillian Ickowicz, « Strange fruit Â», 17 fĂ©vrier 1998, The Australia/IsraĂ«l review, [31].
  91. ↑ Malcolm X fut converti en prison.
  92. ↑ a , b  et c  Saeed Shabazz, « Boston fights against systemic roots of violence Â», 26 juillet 2006, Final call, [32].
  93. ↑ On peut voir ces 12 points sur Le site web officiel de Nation of Islam, plus particuliùrement sur cette page
  94. ↑ a  et b  Interview de Louis Farrakhan par Jeffrey Goldberg, 1998, intĂ©gralement publiĂ©e ici : 1re partie, 2e partie, 3e partie
  95. ↑ Professeur d’histoire des États-Unis Ă  l’universitĂ© de Pennsylvanie, auteur de A Nation Under Our Feet : Black Political Struggles in the Rural South From Slavery to the Great Migration, Harvard University Press, Cambridge, 2003. Le livre a obtenu en 2004 le Pulitzer Prize for History, le Bancroft Prize de l’universitĂ© de Columbia, et le Merle Curti Prize in Social History de l’Organisation des Historiens AmĂ©ricains. Voir son article sur (en) Steven Hahn
  96. ↑ Steven Hahn, « Un bobard antisĂ©mite Â», dans Le Monde diplomatique, mai 2006. article.
  97. ↑ Voir par exemple (au format PDF) : Étude d’un courant antisĂ©mite au sein de la communautĂ© noire amĂ©ricaine dans les annĂ©es 1990 de François-Xavier Fauvelle-Aymar, Institut d’Études africaines (CNRS), Aix-en-Provence ici
  98. ↑ Jerry Gray, « Kemp Praises Farrakhan For His Focus on Family Â», the New York Times, 10 septembre 1996, [33].
  99. ↑ « NOUS CROYONS que nos femmes doivent est respectĂ©es et protĂ©gĂ©es Â» - site web officiel de Nation of Islam - 2005.
  100. ↑ Farrakhan Ends Longtime Rivalry With Orthodox Muslims, Dirk JOHNSON, New York Times, 28 fĂ©vrier 2000, [34].
  101. ↑ Le Council on American-Islamic Relations indiquait dans une Ă©tude de 2001 « Les Ă©valuations d’une population musulmane totale de 6-7 millions en AmĂ©rique semblent raisonnables Â» (p.6 [35]), mais d’autres Ă©tudes donnent un chiffre moitiĂ© moins Ă©levĂ© : 2,8 millions pour le American Jewish Committee (The New York Times du 25 octobre 2001, P. A16). Par ailleurs, l’étude du Council on American-Islamic Relations indiquait [36] que les afro-amĂ©ricains Ă©taient 30 % des personnes participant au culte (plus 3,4 % d’immigrants d’Afrique sub-saharienne) (p. 18). Sur un total de 3 Ă  6 millions de musulmans, on arrive ainsi Ă  un chiffre de 1 Ă  2 millions de Black muslims, conforme aux estimations souvent donnĂ©es. L’universitĂ© de GĂ©orgie (États-Unis) donne par exemple le chiffre de 2,1 millions de musulmans afro-amĂ©ricains [37], tout comme le New York Times dans un article du 28 fĂ©vrier 2000 : [38], et d’autres plutĂŽt 1 million [39].
  102. ↑ Voir par exemple The Impact of Al-Islam on the African American Population.
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