Musee national du Bardo (Tunisie)


Musee national du Bardo (Tunisie)

Musée national du Bardo (Tunisie)

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Musée national du Bardo
Bardo Museum.jpg
Entrée du Musée national du Bardo
Informations géographiques
Coordonnées 36° 48′ 34″ Nord
       10° 08′ 04″ Est
/ 36.809328, 10.134437
Pays Tunisie Tunisie
Localité Tunis
Informations générales
Date d'ouverture 7 mai 1888
Collections Préhistoire et protohistoire
Libyco-punique
Classique
Numismatique
Islamique
Ethnographique
Fouille sous-marine de Mahdia
Superficie 20 000 m² dont 9 000 m² d'espaces d'exposition
Informations visiteurs
Visiteurs / an 600 000 (2008)
Adresse Musée national du Bardo
2000 Le Bardo
Tunis
Tunisie
Site officiel di.com.tn

Le Musée national du Bardo (المتحف الوطني بباردو) est un musée de Tunis (Tunisie). Il est situé dans la banlieue du Bardo.

C'est l'un des plus importants musées du bassin méditerranéen. Il expose en effet une grande variété de pièces archéologiques et de joyaux issus d'une histoire de la Tunisie traversée sur plusieurs millénaires par plusieurs civilisations. Il offre ainsi l'une des plus belles et des plus grandes collections de mosaïques romaines du monde grâce aux fouilles archéologiques entreprises à Carthage, Hadrumète ou encore Utique. Le musée abrite également des œuvres grecques ainsi qu'une collection de céramiques en provenance du Maghreb et d'Asie mineure.

Sommaire

Histoire et direction

Histoire

Le musée est créé par le décret du 7 novembre 1882, devenant ainsi la première institution du genre en Afrique du Nord[1]. Construit par des architectes tunisiens, le Grand palais, lieu de résidence du bey de Tunis est construit dans la deuxième moitié du XIXe siècle, sous l'impulsion de Mohammed Bey puis de Sadok Bey[1].

Mohamed Yacoub dit de lui qu'il « constitue un monument fort représentatif du luxe et du raffinement qu'a connus l'architecture tunisienne durant l'époque beylicale. Il témoigne également du caractère éclectique de l'art de cette époque, dans lequel les apports locaux se mêlent aux influences andalouses, asiatiques et européennes Â»[1]. Le bâtiment reçoit les premières collections archéologiques en mars 1885. L'inauguration officielle du musée a eu lieu le 7 mai 1888 et le musée est alors baptisé Musée Alaoui[2], du nom du bey régnant, Ali III Bey. En 1956, le musée prend son nom actuel.

Directeurs

Bertrand Pradère en a été le premier conservateur à partir de 1886. Par la suite, le peintre et sculpteur français Émile Bréchot a occupé ce poste de 1927 à 1948, prenant ainsi la succession d'Auguste Poinssot.

Bâtiments

En 1899, les autorités adjoignent au Grand palais un second espace, le Petit palais construit en 1831-1832, qui abrite désormais les collections d'art islamique[2].

De par leur qualité architecturale, les deux palais sont classés monument historique en septembre 1985. Aménagés pour les besoins de leur nouvelle fonction, les bâtiments connaissent certaines modifications mais conservent leur cachet initial[2]. Mariant les architectures maghrébines, turques et italiennes, les palais du Bardo comportent de nombreuses salles aux fonctions différenciées[2] :

  • la salle de réception avec sa grande coupole à seize pans en bois découpé et peint sur fonds d'or ;
  • le grand patio couvert et son plafond d'où pendent quatre lustres accrochés à des pendentifs revêtus d'ornements moulés en plâtre ;
  • la salle de musique avec son plafond décoré de motifs floraux et avec ses deux tribunes, l'une réservée aux princesses, l'autre aux musiciens et soutenue par de fines colonnettes en marbre blanc et incrustées de baguettes en marbre rouge ;
  • les appartements privés où prédomine un décor mural fait de revêtements finement découpés dans le plâtre et présentant des entrelacs, des méandres, des nœuds et des rinceaux.

Il faut également noter les panneaux de faïence qui couvrent les murs de différentes salles des palais.

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Collections

Les collections du musée ont commencé à être constituées bien avant l'ouverture du musée, notamment à l'initiative du ministre Kheireddine Pacha, afin de lutter contre le pillage du patrimoine national[1].

Le musée s'étend sur trois étages, abritant 34 salles, et se trouve divisé en sept départements.

Préhistoire et protohistoire

Hermaïon d'El Guettar

Situé au rez-de-chaussée, il donne un aperçu de la richesse et de la variété des sites préhistoriques de la Tunisie.

Du site d'El Guettar provient l'un des vestiges les plus remarquables qu'abrite le département : une structure formée par un amas de pierres rondes disposées en un cône d'environ 75 centimètres de haut pour un diamètre de 130 centimètres. Les pierres sont associées à des ossements d'animaux, des dents et des objets de silex taillé ainsi qu'une pointe pédonculée atérienne. Cette structure est connue sous le nom d'Hermaïon d'El Guettar en référence aux tas de pierre édifiés dans l'Antiquité en relation avec le culte d'Hermès. Cette pièce est souvent citée comme la plus ancienne manifestation de religiosité connue à ce jour, de par son âge estimé à 40 000 ans.

Art libyco-punique

Il regroupe un ensemble de salles au rez-de-chaussée (salle de Ba'al Hammon, salle de la céramique et un couloir où sont exposées des stèles néo-puniques). Une salle, au premier étage, est consacrée à une précieuse collection de bijoux puniques. Ces objets proviennent notamment des sites de Carthage, Hadrumète, Utique, etc.

Dans la salle de Ba'al Hammon se trouvent :

  • Cippe votif à Démèter : ce cippe en forme de chapelle miniature (naïskos) de style hellénistique est composé d'une niche précédée de deux colonnes ioniques supportant un entablement où se superposent une rangée de denticules, une ligne de rais de cœur, un rang d'oves, une frise de perles et pirouettes, le tout coiffé d'une doucine évoquant une gorge égyptienne. Entre les colonnes, la niche offre un sommet arrondi et inscrit dans un fronton triangulaire qu'offrent deux dauphins affrontés et surmontés par une rosace. Cette pièce de la première moitié du IIe siècle av. J.-C. provient du site de Thuburbo Majus.
  • Ba'al Hammon : le dieu, assis sur un trône dont les accoudoirs sont en forme de sphinx, est vêtu d'une longue tunique aux plis, sa tête est coiffée d'une tiare à plume d'origine mésopotamienne. Les boucles de sa chevelure encadrent un visage vénérable disposant d'une barbe soigneusement taillée. Une forte moustache entoure sa bouche aux lèvres épaisses. Le dieu a la main droite levée en signe de bénédiction. Ba'al Hammon est avec Tanit une divinité principale du panthéon carthaginois. Cette pièce date du Ier siècle av. J.-C. et provient du sanctuaire rural de Thinissut.
  • Stèle du prêtre à l'enfant  : cette très importante stèle en calcaire découverte en 1921 au tophet de Carthage, ayant la forme d'un obélisque, figure un prêtre de profil coiffé d'un bonnet cylindrique et vêtu d'une longue robe de lin transparent retenue à la taille par une ceinture. Il lève la main droite dans un geste de bénédiction ou de prière. Dans le bras gauche, il porte un jeune enfant qu'il s'apprête à « restituer Â» à la divinité. Dans la partie supérieure de la stèle, on voit une frise de trois rosaces surmontée d'un dauphin évoquant l'océan céleste puis un emblème sidéral constitué par un disque solaire et un croissant lunaire symbolisant le couple divin Tanit et Ba'al Hammon. L'intérêt de cette stèle réside dans le fait qu'elle constitue l'unique document figuré relatif au rituel du molk et alimente la polémique sur les sacrifices des enfants par les Carthaginois, en ce sens qu'elle donne une consistance archéologique aux assertions de certains auteurs antiques. Cette pièce date de la fin du IVe siècle av. J.-C. ou du début du IIIe siècle av. J.-C. et provient du site de Carthage.
  • Démèter assise sur un trône : cette statuette de terre cuite de taille presque nature est vêtue d'une tunique plissée, sa tête sommée d'une tiare cylindrique caractéristique ou polos et encadrée d'un voile rigide. Cette pièce date du Ier siècle av. J.-C. et provient d'un sanctuaire des environs de Korba. On peut rappeler que le culte de Déméter et de Coré a été introduit à Carthage en signe de repentance après la destruction d'un sanctuaire en Sicile au IVe siècle av. J.-C..
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Art classique

Sculptures

Le musée abrite une importante collection de sculptures romaines qui sont regroupées en deux groupes.

Portraits des empereurs romains

La salle des portraits d'empereurs romains présente, à la différence du portrait grec, la sculpture romaine qui tend à reproduire le modèle sans l'idéaliser ni le diviniser, c'est-à-dire dans sa stricte vérité et avec beaucoup de réalisme. Parmi les empereurs représentés figurent :

  • Auguste : sa coiffure est représentée par des mèches en « queue d'aronde Â» au milieu de la frange. Cette pièce provient d'El Jem ;
  • Vitellius : sa statue comporte une tête massive, aux joues pleines et à la chevelure courte, et un cou fort ;
  • Vespasien : il est représenté à la fin de sa vie avec un front dégarni et le visage ridé. Cette pièce provient du site de Bulla Regia ;
  • Trajan : sa statue comporte une tête sculptée en deux morceaux. Sa coiffure est simplifiée avec des mèches épaisses descendant sur le front, une bouche serrée et une courbure caractéristique de ses sourcils. Cette pièce provient du site de Thuburbo Majus ;
  • Lucius Verus : il est représenté avec une ample coiffure et une barbe fournie, avec une vivacité dans le regard qui en fait l'une des œuvres majeures de la statuaire découverte à ce jour dans l'Afrique romaine. Elle provient de Dougga ;
  • Septime Sévère : sur son front, quatre mèches rappellent l'iconographie de Jupiter-Sarapis. Sa barbe se divise en deux pointes sous le menton ;
  • Gordien : sa tête est traitée dans un style réaliste et son visage exprime une profonde amertume et une certaine désillusion. Son front est ceint d'une couronne de laurier. Cette pièce a été retrouvée sur le site de Carthage.

Au centre de la salle, on trouve également une statue acéphale de Minerve-Victoire vêtue d'une longue tunique à rabat retenue sous les seins par un cordon, le corps en appui sur la jambe gauche. Cette statue provient de Bulla Regia.

Du même site provient une statue d'Apollon citharède datant du IIe siècle. Le dieu est dans une posture alanguie alors que sur la cithare est représenté un barbare qui aiguise le couteau qui, dans le mythe, servira à punir Marsyas.

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Carthage romaine
Salle de Carthage

La salle de la Carthage romaine, constituant à l'origine le patio du palais, occupe une importante superficie où sont exposées de nombreuses statues en provenance de Carthage. Mais on y trouve également des statues en provenance d'autres sites, comme Utique, Oudna ou Dougga, de même que des pièces telles que des pavements de mosaïques et des bas-reliefs.

  • Statue colossale de Jupiter capitolin : cette statue, qui est une réplique de Zeus brandissant la foudre et tenant vraisemblablement à la main gauche un sceptre, provient de l'Odéon de Carthage.
  • Grande statue en terre cuite : fortement restaurée, elle représente un officier romain en costume militaire : une cuirasse de cuir à manche courte sans décoration avec deux rangs de ptéryges avec, par-dessus la cuirasse, un manteau noué sur l'épaule droite et recouvrant diagonalement la poitrine. Ses pieds sont chaussés de sandales décorées. L'homme a une tête puissante couverte d'une chevelure bouclée. Elle a été retrouvée à Oued Zarga (gouvernorat de Béja).
  • Bacchus en bronze : représentant Bacchus en enfant, le dieu est nu, debout et déhanché en prenant appui sur la jambe droite, la gauche étant légèrement fléchie. Il tient d'une main une corne à boire et de l'autre un sceptre. Sa chevelure retombe sur les épaules en mèches souples et longues. Cette statue provient de Thibar.
  • Hercule en bronze : représentant Hercule ivre, ce dernier est nu avec des formes massives. Il brandit d'une main une grande massue et, de l'autre, tient son pénis et arrose le sol. Son torse est renversé vers l'arrière, sa tête est massive et carrée et sa chevelure courte et dense est ceinte d'un ruban. Hercule est souvent représenté ivre et en train d'uriner car le fils de Zeus et d'Alcmène a toujours oscillé entre la vie vertueuse et un penchant vers la débauche. Cette statue provient de Thibar.
  • Statue d'une défunte : cette œuvre de qualité représente une femme debout au corps légèrement déhanché. Cette attitude est habituellement désignée par le terme de « petite herculanaise Â». Sa coiffure est combinée suivant le mode en vogue pendant la deuxième moitié du IIe siècle. Cette statue, qui a été dressée sur un socle comprenant un épitaphe où on reconnaît le nom de la défunte Innula (petite biche) et de son mari Titus Arranius Commodus, provient du site antique de Haïdra.
  • L'empereur Hadrien héroïsé : l'empereur Hadrien y est représenté nu, un large manteau drapé (en principe rouge) jeté sur l'épaule en signe de pouvoir suprême. La statue provient de l'Odéon de Carthage.
  • Vénus pudique : cette statue représente la déesse de l'amour se cachant le sein et relevant sa toge.
  • Autel de la gens augusta : cet autel sacrificiel se situe au centre de la pièce. Il est possible de relever sur l'un de ses côtés une représentation de la préparation d'un taurobole et sur un autre la fuite d'Anchise, ancêtre mythique des Romains.
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Mosaïques

Perspective dans le département des mosaïques romaines
Salle du département des mosaïques romaines

Le musée est connu dans le monde entier pour abriter l'une des plus importantes collections de mosaïques romaines. Parmi les principales pièces exposées figurent :

  • La délivrance d'Andromède par Persée : le héros, qui vient de tuer un monstre marin, aide d'un geste majestueux la princesse qui était enchaînée à un rocher. La scène qu'évoque Ovide remonte à un prototype peut-être conçu par le peintre grec Nicias. Cette œuvre est remarquablement bien exécutée avec un effet d'ombre et de lumière et une maîtrise de la notion d'espace. Cette mosaïque constitue à l'origine le tableau central d'une salle de réception d'une riche villa de Bulla Regia (milieu du IIIe siècle).
  • Virgile écoutant Clio et Melpomène : cette pièce, trouvée à Sousse (antique Hadrumète) et située dans la salle éponyme, constitue l'un des joyaux du musée car c'est l'un des plus remarquables portraits de l'illustre poète romain Virgile vêtu d'une ample toge blanche décorée de broderies. Entourée des muses Clio et Melpomène, il tient, dans sa main posée sur ses genoux, un rouleau de parchemin où sont écrits des extraits de L'Énéide : « Musa, mihi causas memora, quo numine laeso, quidve... Â» (Muse, rappelle-moi les causes, dis-moi pour quelle atteinte à ses droits sacrés, pour quelle...).
  • Vénus à sa toilette : la déesse à moitié nue tient d'une main sa chevelure et de l'autre un miroir qu'elle prend d'une boîte ouverte à ses pieds. Deux amours lui apportent l'un un collier, l'autre une corbeille et des bijoux. Cette mosaïque date du IIIe siècle et provient du site de Thuburbo Majus.
  • Course de char dans un cirque : le cirque romain est pourvu d'un portique à arcades où s'entassent des spectateurs : quatre loges (careceres) à droite avec, à leurs entrées, quatre personnages en bronze et, au milieu, le socle de la spina autour duquel tournent les chars concurrents. La scène de la course rapporte la phase finale de la compétition entre quatre quadriges aux couleurs des factions, le juge au milieu de la piste s'apprêtant à remettre la palme de la victoire tandis qu'un musicien joue la fanfare. Dans le reste de l'arène, divers employés du cirque sont présents : sparsores qui aspergent d'eau les chevaux et les chars et propulsores qui activent le train des attelages. Cette mosaïque, datant du VIe siècle, provient de Gafsa.
  • Domaine du seigneur Julius : l'une des pièces maîtresses du musée, elle représente un grand domaine au milieu duquel se dresse une villa entourée de scènes réparties sur trois registres. Au milieu à gauche, le propriétaire arrive à cheval suivi d'un valet. À droite, un départ pour la chasse est représenté. Dans le registre supérieur, le tableau offre des scènes évoquant l'hiver et l'été. Au centre, on voit la femme du propriétaire dans un bois ombragé de cyprès. Enfin, dans le registre inférieur, on voit la maîtresse appuyée à gauche sur une colonne et le maître du domaine assis à droite dans un verger qui reçoit de la main d'un serviteur une lettre sur laquelle on lit « D(omi) no Ju(lio) Â» (Au seigneur Julius). Cette œuvre date de la fin du IVe siècle ou du début du Ve siècle et provient de Carthage.
Triomphe de Neptune, l'une des saisons dans l'angle inférieur droit
  • Les cyclopes forgeant les foudres de Jupiter : il s'agit d'un pavement de frigidarium illustrant trois cyclopes : Brontès, Stéropès et Pyracmon. Nus, ils forgent les foudres de Jupiter que Vulcain, assis en face d'eux, maintient sur l'enclume. La mosaïque date de la fin du IIIe siècle et provient de Dougga.
  • Triomphe de Neptune : il s'agit d'un pavement d'atrium. Au centre figure, dans un médaillon, Neptune la tête nimbée et monté sur un quadrige traîné par quatre hippocampes. Aux angles figurent, sous des berceaux de feuillages variés, quatre figures féminines symbolisant les saisons. La mosaïque date du milieu du IIe siècle et provient de la Chebba.
  • Ulysse et les sirènes : ce tableau est inspiré de L'Odyssée : sur un bateau à deux voiles et à un rang de rame, orné d'une tête humaine et d'une palme, le héros grec apparaît debout, les mains attachées au grand mât pour éviter de succomber au charme fatal de la musique des sirènes. Autour d'Ulysse sont assis ses compagnons les oreilles bouchées de cire comme le relate la légende. Au pied d'un escarpement rocheux se tiennent trois sirènes représentées avec un buste de femme auquel s'attachent des ailes et des pattes d'oiseaux. L'une d'elles tient une double flûte, l'autre une lyre, la troisième sans instruments considérée comme la sirène chanteuse. L'œuvre, qui provient du site de Dougga, est datée aux environs de 260.
  • Les noces de Dionysos et d'Ariane : le décor de cette mosaïque est réparti en trois registres. En haut, Dionysos et Ariane sont à demi étendus sur une peau de panthère à l'ombre d'une vigne. Le dieu complètement nu est muni d'un thyrse et d'un cratère d'or alors que Ariane est figurée de dos, une ample draperie ne lui couvrant que les jambes. Dans le registre du milieu, un personnage barbu saisi de la main un cratère que lui tend un satyre. Enfin, dans le registre inférieur, des bacchantes, des satyres et un dieu pan animent la fête.
  • Thésée et le Minotaure : la scène qui nous est montrée est l'instant où Thésée décapite le Minotaure au centre du labyrinthe alors même que des restes de victimes jonchent le sol. Cette mosaïque de Thuburbo Majus, qui recouvrait le sol d'un frigidarium, date du IVe siècle.
  • Pavement de Xenia : ce petit tableau figure les reliefs d'un repas selon des canons esthétiques connus dès l'époque hellénistique et traduits en art mosaïcal.
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Art chrétien

Le musée abrite également une salle rassemblant des œuvres de la période chrétienne de la Tunisie. Parmi les quelques pièces figurent :

  • Mosaïque tombale : dans cette représentation schématique d'une église, l'édifice est composé d'un grand arc supporté par trois colonnes donnant accès par un escalier à une abside voutée, d'une façade avec un fronton triangulaire percé de trois fenêtres, d'une ligne de colonnes au centre de la basilique, d'une nef centrale où se trouve l'autel sur lequel brûlent trois cierges, d'un toit à double inclinaison couvert de tuiles plates et demi-cylindriques et d'une inscription en deux lignes : « Ecclesia mater Â» (Église mère) et « Valencia in pace Â» (Valencia en paix). Cette pièce, qui date du Ve siècle, a été retrouvée à Tabarka et constitue un témoignage fondamental pour expliquer le passage d'un christianisme intimiste qui se déroulait dans des lieux souvent privés à une architecture appelée à un vif succès, celui de la basilique chrétienne, après l'édit de Constantin en 312[3].
  • Tombe double : cette mosaïque a recouvert un sarcophage renfermant deux squelettes. En haut de la mosaïque, un scribe barbu et portant une tunique richement brodée est assis à un pupitre et tient une plume. En bas, une femme nommée Victoria est figurée en orante vêtue en religieuse flanquée d'oiseaux et d'un cierge. Cette pièce du Ve siècle a été retrouvée à Tabarka.
  • Pavement de mausolée : ce pavement est une composition de losanges et de carrés avec de larges fleurons et délimités par des tresses. Au centre figure un octogone qui renferme une scène biblique montrant Daniel nu dans l'attitude d'un orant dans une fosse aux lions. Ce pavement appartient au mausolée d'une grande famille romaine, les Blossi, et date du Ve siècle.
  • Pavement de chapelle : cette représentation d'un chantier de construction d'une chapelle articule sur plusieurs registres diverses scènes du chantier : un conducteur de travaux donnant des ordres à un sculpteur de colonnes, des maçons en train de gâcher du mortier, une charrette attelée à deux chevaux et chargée d'une colonne. Cette pièce du Ve siècle provient du gouvernorat de Zaghouan.
  • Baptistère de Kélibia : cette pièce non visible du public est un baptistère richement orné de mosaïques. En revanche, une autre cuve baptismale plus simple est visible.
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Numismatique

Art islamique

Les collections sont réparties en deux sections : une section du Moyen Âge islamique et une section d'arts et traditions populaires.

La salle du Moyen Âge abrite divers objets provenant des fouilles des sites de Raqqada et Sabra (gouvernorat de Kairouan) dont des Corans sur parchemin datant des IXe, Xe et XIe siècles parmi lesquels figure le Coran bleu de Kairouan calligraphié en lettres d'or sur un fond bleu du XIe siècle. La salle abrite également une importante collection de tissus brodés d'Égypte ainsi que des bois sculptés provenant de la Grande mosquée de Kairouan (IXe siècle). On y trouve aussi un bas-relief en marbre de l'époque des Fatimides, des pièces de monnaie en or, des astrolabes, des manuscrits de traités en médecine, des coupes en cuivre, des verres et de la céramique des époques aghlabide et fatimide.

Dans la seconde section, on peut admirer des objets en cuivre martelé, une collection d'armes et d'instruments de musique, des objets en argent, des bijoux et des éléments de parures citadines et rurales ainsi que des vêtements d'apparat de diverses régions de la Tunisie.

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Ethnographie

Fouille sous-marine de Mahdia

Article détaillé : Épave de Mahdia.

Les salles de Mahdia sont consacrées à l'exposition d'objets issus des fouilles sous-marines effectuées durant trois campagnes, entre 1907 et 1954, au large de Mahdia.

Ce sont principalement des objets de la Grèce antique en bronze et en marbre originaires d'Athènes. Parmi eux figurent du mobilier antique en bronze avec des parties en bois reconstituées et des éléments architectoniques en marbre (colonnes, chapiteaux, etc.). On voit également exposée une maquette du navire coulé vraisemblablement dans une tempête ainsi qu'une ancre.

Cependant, ces salles offrent aussi quelques pavements de mosaïques en provenance de Carthage, d'Utique et de El Jem. Parmi les principales pièces figurent :

  • Satyre prêt à s'élancer : cette sculpture représente un corps svelte et souple ramassé sur lui-même. Ses muscles sont accentués et sa tête énergique et mobile détournée à droite et surmontée d'une chevelure en broussailles. Dans son dos est plantée une queue de chèvre.
  • Hermès orateur : le dieu est reconnaissable aux petites ailes qu'ils portent aux chevilles. Il est vêtu d'une chlamyde qui s'enroule autour de son bras, laissant nu tout le bas du corps.
  • Naine difforme : d'aspect vulgaire et burlesque, cette femme est en train de danser en faisant claquer des deux mains des crotales. Sa tête énorme pèse lourd sur un corps difforme et de membres atrophiés. Elle est vêtue d'une longue tunique très décolletée.
  • Buste d'Aphrodite en marbre : déesse au visage plein et d'une beauté singulière, sa chevelure est partagée sur le front par une raie médiane et rassemblée en chignon au sommet de sa tête. Un sein gauche épargné par la mer a conservé sa plénitude et sa fermeté.
  • Agôn : cette sculpture représente un adolescent nu et ailé, la tête ceinte d'une branche d'olivier, un pied posé à plat et l'extrémité de l'autre adhérant encore au sol. D'une main, il s'apprête à poser une couronne sur sa tête et, de l'autre, il tient des tiges brisées. Cette attitude intermédiaire entre le repos et l'action est conforme au goût de l'époque hellénistique
  • Hermès de Dionysos : la tête du dieu est posée sur un pilier à section carrée pourvu sur sa face principale d'un pénis, seul détail suggérant un corps humain. Son front est ceint d'un triple rang de frisures, de grosses moustaches tombantes encadrant la bouche et recouvrant en partie une longue barbe. De sa chevelure partent de nombreuses boucles alors qu'au sommet de sa tête s'enroule une bandelette dans un désordre pittoresque.

Ces deux dernières œuvres en bronze forment un groupe sculptural réalisé par l'artiste Boethos Calchedonios.

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Activités

Au delà de la présentation de ses collections, le musée prend également en charge les divers travaux de préservation et de catalogage de ses œuvres au travers de divers services[4] :

  • atelier de restauration des textiles et de la peinture sur bois ;
  • atelier de restauration de mosaïques ;
  • atelier de maintenance ;
  • service de nettoyage ;
  • service de surveillance des collections ;
  • laboratoire photographique ;
  • bureau d'architecture.

Le musée dispose également d'une bibliothèque d'environ 5 000 ouvrages et périodiques[4] qui n'est toutefois ouverte que sur demande écrite au conservateur. Quant à la photothèque, elle abrite une collection de 10 000 clichés sur verre qui fait partie d'une documentation d'environ 44 500 clichés[4] au total.

Un service éducatif assure par ailleurs des visites et organise des programmes spéciaux ainsi que des journées portes ouvertes.

Projets

Travaux au musée du Bardo (17 avril 2009)

Suite à un prêt de 30 millions de dinars accordé par la la Banque internationale pour la reconstruction et le développement en 1997, la rénovation de certains musées tunisiens est lancée, dont celui du Bardo[1]. Le projet de restructuration et d'extension est piloté par le ministère de la culture et de la sauvegarde du patrimoine dont l'objectif est de mettre le musée aux normes internationales, de l'insérer dans le circuit économique, de rendre plus attrayantes les collections — de façon à ce que le visiteur puisse vivre une expérience qui le marque et l'invite à revenir — et de conférer au bâtiment une dynamique culturelle qui rythmerait la localité du Bardo.

Ce projet inclut la réhabilitation des bâtiments existants et la construction d'une extension de 8 000 m², dont les travaux sont lancés le 2 mars 2009 pour une durée de 22 mois[1], mais aussi la rationalisation de la conservation des réserves et une nouvelle muséographie au travers d'une nouvelle signalétique plus moderne. Des espaces pédagogiques, de nouveaux espaces d'accueil et de services ainsi que de nouvelles surfaces d'expositions permanentes et temporaires sont prévus. Le réaménagement doit porter la capacité d'accueil du musée à un million de visiteurs par an contre 600 000 avant les travaux[1].

Bibliographie

Français

  • François Baratte, Histoire de l'art antique : L'art romain, éd. Manuels de l'école du Louvre - La documentation française, Paris, 1996 (ISBN 2711835243) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Khaled Belkhodja, Ammar Mahjoubi et Hédi Slim, Histoire de la Tunisie. L'Antiquité, éd. Société tunisienne de diffusion, Tunis, date inconnue
  • Zeïneb Benzina Ben Abdallah, Catalogue des inscriptions latines païennes du musée du Bardo, éd. Institut national d'archéologie et d'art, Tunis, 1986 (ISBN 2728301190)
  • Mongy Ennaïfer, La civilisation tunisienne à travers la mosaïque, éd. Société tunisienne de diffusion, Tunis, 1973
  • Mohamed Yacoub, Musée du Bardo, éd. Institut national d'archéologie et d'art, Tunis, 1969
  • Mohamed Yacoub, Splendeurs des mosaïques de Tunisie, éd. Agence nationale du patrimoine, Tunis, 1995 (ISBN 9973917235)

Autres langues

  • (en) Aïcha Ben Abed-Ben Khader et David Soren, Carthage. A mosaic of ancient Tunisia, éd. American Museum of Natural History, New York, 1987
  • (it) Fathi Béjaoui, I mosaici romani di Tunisia, éd. Jaca Book, Milan, 1995 (ISBN 8816601701)
  • (it) Mahmoud Bouhleli, Tunisia. Storia, societa e tradizioni, arte e cultura, religione, éd. Pendragon, Bologne, 2000 (ISBN 8883420527)
  • (it) Giacomo Caputo, Tunisia. Mosaici pavimentali antichi, éd. Unesco, Paris, 1962
  • (en) Ben Lazreg et D.J. Mattingly, Leptiminus. A Roman port city in Tunisia, University of Michigan Press, Ann Arbor, 1992
  • (it) Giancarlo Pizzi, Tremila anni di storia in Tunisia, éd. Jaca Book, Milan, 1996 (ISBN 881690061X)

Références

  1. ↑ a , b , c , d , e , f  et g  (fr) Tahar Ayachi, « Le musée du Bardo à la conquête de nouvelles dimensions Â», La Presse de Tunisie, 30 mars 2009
  2. ↑ a , b , c  et d  (fr) Histoire du musée (Musée national du Bardo)
  3. ↑ François Baratte, Histoire de l'art antique : L'art romain, éd. Manuels de l'école du Louvre - La documentation française, Paris, 1996, p. 263
  4. ↑ a , b  et c  (fr) Départements du musée (Musée national du Bardo)

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