Mouammar Kadhafi

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Mouammar Kadhafi
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Mouammar Kadhafi
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Mouammar Kadhafi, en février 2009.

Mandats
Dirigeant de fait de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste
(Ă  partir de 1980, « Guide de la RĂ©volution Â»)
1er septembre 1969 – 23 aoĂ»t 2011
(&&&&&&&&&&01533141 ans, 11 mois et 22 jours)
Président Abdul Ati al-Obeidi
Muhammad az-Zaruq Rajab
Mifta al-Usta Umar
Abdul Razzaq as-Sawsa
Zentani Muhammad az-Zentani
Muftah KaĂŻba
Mubarak al-Shamikh
Mohamed Abou el-Kassim ZouaĂŻ
7e président de l'Union africaine
2 fĂ©vrier 2009 – 31 janvier 2010
Prédécesseur Jakaya Kikwete
Successeur Bingu wa Mutharika
Secrétaire général du CongrÚs général du peuple de la Jamahiriya arabe libyenne
(chef de l'État)
2 mars 1977 – 2 mars 1979
PrĂ©dĂ©cesseur Lui-mĂȘme
(en tant que président du Conseil de commandement de la révolution)
Successeur Abdul Ati al-Obeidi
Président du Conseil de commandement de la Révolution de la République arabe libyenne
(chef de l'État)
1er septembre 1969 – 2 mars 1977
Premier ministre Mahmud Sulayman al-Maghribi
Lui-mĂȘme
Abdessalam Jalloud
Abdul Ati al-Obeidi
Prédécesseur Idris Ier
(roi de Libye)
Successeur Lui-mĂȘme
(en tant que Secrétaire général du CongrÚs général du peuple)
13e Premier ministre libyen
(2e Premier ministre de la RĂ©publique arabe libyenne)
16 janvier 1970 – 16 juillet 1972
PrĂ©sident Lui-mĂȘme
Prédécesseur Mahmud Sulayman al-Maghribi
Successeur Abdessalam Jalloud
Biographie
Date de naissance 19 juin 1942
Lieu de naissance Flag of Italy (1861-1946).svg Qasr Abou Hadi (Libye italienne)
Date de décÚs 20 octobre 2011 (à 69 ans)
Lieu de décÚs Flag of Libya (1951).svg Syrte (Libye)
Nationalité Libyenne
Parti politique Union socialiste arabe (1971-1977)
Conjoints Safia Farkash
Enfants Mohamed Kadhafi
SaĂŻf al-Islam Kadhafi
Saadi Kadhafi
Moatessem Billah Kadhafi
Hannibal Kadhafi
AĂŻcha Kadhafi
SaĂŻf al-Arab Kadhafi
Khamis Kadhafi
DiplÎmé de Université de Libye
Académie militaire de Benghazi
Profession Militaire
Religion Islam
Signature Muammar al-Gaddafi Signature.svg

Coat of arms of Libya-1970.svg Coat of arms of Libya.svg
Chefs d'État libyens
Chefs du gouvernement libyen

Mouammar Kadhafi[1] (en arabe : مŰčÙ…Ű± Ű§Ù„Ù‚Ű°Ű§ÙÙŠ audio, MuÊżammar Al-Qadhāfy[2]), nĂ© le 19 juin 1942 Ă  Qasr Abou Hadi et mort le 20 octobre 2011 Ă  Syrte, communĂ©ment appelĂ© le colonel Kadhafi, est un militaire, homme d'État et idĂ©ologue politique libyen.

Officier de l'armĂ©e, il devient de facto le dirigeant de la Libye Ă  la suite du coup d'État de 1969, qui renverse le rĂ©gime monarchique de la dynastie al-Sanussi alors en place. En 1977, il rĂ©organise les institutions politiques de la Libye en faisant du pays une Jamahiriya (littĂ©ralement un « Ă‰tat des masses Â»), thĂ©oriquement gouvernĂ© selon un systĂšme de dĂ©mocratie directe. MĂȘme si, en 1979, il renonce au poste officiel de chef de l'État, il demeure aux commandes de la Libye avec le titre de « guide de la RĂ©volution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste Â» (ou plus simplement « guide de la RĂ©volution Â» ou « frĂšre guide Â»). Sur la scĂšne internationale, il milite pour le panarabisme et le panafricanisme, n'hĂ©sitant pas Ă  utiliser la manne pĂ©troliĂšre en finançant des organisations terroristes et autres mouvements de rĂ©bellion Ă  travers la planĂšte. Il est gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ© comme le responsable de l'attentat de Lockerbie en 1988 et de l'attentat contre le vol 772 UTA en 1989, qui ont coĂ»tĂ© la vie Ă  440 personnes. Par la suite, il fait en sorte que son pays soit moins isolĂ© sur le plan diplomatique.

À partir de fĂ©vrier 2011, son pouvoir, en place depuis 41 ans, est menacĂ© par le dĂ©veloppement d'une contestation, que la rĂ©pression transforme rapidement en insurrection armĂ©e, puis en guerre civile. AprĂšs la prise de Tripoli par les rebelles et l'arrivĂ©e au pouvoir du Conseil national de transition (CNT) en aoĂ»t 2011, Mouammar Kadhafi fuit la capitale. Il est tuĂ© le 20 octobre, dans la rĂ©gion de Syrte.

Sommaire

Biographie

Enfance et jeunesse

NĂ© le 19 juin 1942 Ă  Qasr Abou Hadi[3], Ă  18 km au sud-est de Syrte, Mouammar Kadhafi est le plus jeune enfant d'une famille de BĂ©douins du clan des Ghous[4], qui appartient Ă  la tribu des Kadhafa (al-Kadhafi n'est pas un patronyme mais un nom d'usage signifiant « de la tribu des Kadhafa Â»). Il grandit dans la rĂ©gion dĂ©sertique de Syrte et reçoit une Ă©ducation primaire traditionnelle et religieuse. De 1956 Ă  1961, il suit les cours de l'Ă©cole prĂ©paratoire de Sebha, dans le Fezzan, fief traditionnel de sa tribu[5], oĂč il forme le noyau d'un groupe de militants rĂ©volutionnaires ayant pour but de s'emparer du pouvoir inspirĂ© du gĂ©nĂ©ral Ă©gyptien Gamal Abdel Nasser en prĂŽnant l'unitĂ© arabe. En 1961, il est exclu de l'Ă©cole prĂ©paratoire de Sebha Ă  cause de son activisme politique[5].

Il Ă©tudie le droit Ă  l'universitĂ© de Libye, puis entre Ă  l'AcadĂ©mie militaire de Benghazi en 1963, oĂč il organise, avec quelques militants, un mouvement secret dans le but de renverser la monarchie libyenne pro-occidentale[5]. AprĂšs l'obtention de son diplĂŽme en 1965, il est envoyĂ© au Royaume-Uni pour suivre un entraĂźnement supplĂ©mentaire au British Army Staff College (ou Staff College, Camberley), et revient en 1966 en tant qu'officier dans le corps des transmissions[6].

Coup d'État militaire

Mouammar Kadhafi aux cÎtés de Gamal Abdel Nasser, en 1969.

Le 1er septembre 1969, Ă  27 ans, il mĂšne avec un groupe d'officiers le coup d'État contre le roi Idris Ier, ĂągĂ© alors de plus de 80 ans, alors que celui-ci est en Turquie pour un traitement mĂ©dical. Son neveu, le prince Hassan Reda al-Sanussi, devait s'installer sur le trĂŽne le 2 septembre 1969, lorsque l'abdication du roi Idris, annoncĂ©e le 4 aoĂ»t, devait prendre effet[7]. Dans la journĂ©e du 1er septembre, la monarchie est abolie, la RĂ©publique est proclamĂ©e, et le prince mis en prison.

Mouammar Kadhafi s'octroie alors l'avancement du grade de capitaine au grade de colonel, qu'il a gardĂ© jusqu'Ă  sa mort, s'inspirant de son modĂšle Ă©gyptien Gamal Abdel Nasser. Il n'a jamais prĂ©tendu Ă  un titre plus honorifique pour ĂȘtre conforme Ă  sa rhĂ©torique dĂ©veloppĂ©e dans Le Livre vert d'un pouvoir au peuple[8].

Exercice du pouvoir

Article connexe : Jamahiriya arabe libyenne.

Panarabisme

Mouammar Kadhafi, qui se rĂ©clame de Gamal Abdel Nasser, prĂŽne le passage Ă  un socialisme arabe d'État teintĂ© de panarabisme. Il nationalise certaines entreprises, notamment celles dĂ©tenues par des ressortissants italiens. Peu aprĂšs son arrivĂ©e au pouvoir, il demande Ă  l'armĂ©e britannique de quitter la Libye, aprĂšs treize ans de prĂ©sence militaire. Il ordonne ensuite aux États-Unis d'Ă©vacuer ses bases militaires, dont Wheelus Air Base [9]. En septembre 1970, avec l'aide de son ami et conseiller Abdessalam Jalloud, il rĂ©ussit Ă  imposer pour la premiĂšre fois une augmentation du prix du baril de pĂ©trole, ouvrant la voie aux autres pays producteurs[10], et dĂ©sĂ©quilibrant la gĂ©opolitique du pĂ©trole.

Mouammar Kadhafi avec José López Rega, en 1974.

Partisan du panarabisme, Kadhafi propose l'unitĂ© de son pays et de l'Egypte Ă  Nasser que le contexte international aprĂšs la dĂ©faite de 1967 empĂȘche d'accepter. En 1973-1974, il tente d'Ă©tablir une union entre la Tunisie et la Libye, vĂ©ritable fusion des deux pays. AprĂšs l'accord initial donnĂ© par le prĂ©sident Habib Bourguiba, rencontrĂ© au pied levĂ© par Kadhafi, cette union ne se fait pas. Par la suite, les relations entre le Libye et la Tunisie deviennent mauvaises. Pratiquant une politique extĂ©rieure expansionniste, il annexe de facto, en 1973, la bande d'Aozou, au Tchad[11], ce qui lui vaut l'inimitiĂ© de la France. Durant la guerre ougando-tanzanienne en 1978-1979, il envoie 3 000 militaires pour soutenir Idi Amin Dada, en guerre contre la Tanzanie, qu'il essaye alors d'envahir. Mais ceux-ci ne parviendront pas Ă  empĂȘcher la dĂ©faite de l'armĂ©e ougandaise, qui entraĂźne le renversement du dictateur ougandais en avril 1979. L'annĂ©e suivante, le prĂ©sident tchadien, Goukouni Oueddei, dĂ©clare Ă  Tripoli la fusion de son pays et de la Libye, suscitant la rĂ©probation de la France[12], le Tchad Ă©tant traditionnellement considĂ©rĂ© comme un bastion de la « Françafrique Â». Le conflit entre Paris et Tripoli, qui soutient toujours Oueddei, renversĂ© par HissĂšne HabrĂ© en dĂ©cembre 1981, persiste tout au long des annĂ©es 1980-1990. Paris accuse en effet Kadhafi d'ingĂ©rence au Tchad, et envoie Ă  deux reprises l'armĂ©e soutenir HabrĂ© contre l'avancĂ©e des forces de Oueddei, soutenues par l'armĂ©e libyenne (OpĂ©ration Manta, lancĂ©e en 1983, puis OpĂ©ration Épervier, lancĂ©e en 1986 et prorogĂ©e en 2004). La France a cependant toujours niĂ© avoir Ă©tĂ© impliquĂ©e dans la tentative d'assassinat dont, selon le magistrat italien Rosario Priore et l'ex-prĂ©sident de la RĂ©publique Francesco Cossiga, Kadhafi est l'objet en juin 1980[13].

Sur le plan intĂ©rieur, en 1977, il dĂ©clare la « rĂ©volution du peuple Â», change le nom du pays de RĂ©publique arabe libyenne en Jamahiriya (« Ă‰tat des masses Â») arabe libyenne populaire et socialiste, et met en place des « comitĂ©s rĂ©volutionnaires Â» en lieu et place de partis. Dans le mĂȘme temps, il rĂ©forme le systĂšme pĂ©nal en crĂ©ant des « tribunaux du peuple Â», et met en place un systĂšme rĂ©pressif. Kadhafi considĂ©rant que tout individu qui formerait un parti politique doit ĂȘtre puni de la peine de mort, des dizaines de pendaisons et de mutilations d'opposants, souvent retransmises Ă  la tĂ©lĂ©vision, ont lieu. Il rĂ©prime Ă©galement ceux qu'il estime ĂȘtre des « ennemis de la rĂ©volution Â» (universitaires, Ă©tudiants, FrĂšres musulmans, journalistes)[14].

Terrorisme et durcissement du régime

Mouammar Kadhafi est accusĂ© de soutenir de nombreuses organisations armĂ©es menant des actes de terrorisme, dont l'IRA, l'ETA et les Brigades rouges[5]. Il fournit, entre autres, 300 tonnes d'armes et d'explosifs aux indĂ©pendantistes nord-irlandais et une autre cargaison de 120 tonnes, interceptĂ©e par la France[15]. Il est alors mis au ban de la « communautĂ© internationale Â», en particulier en Occident, et est de plus accusĂ© d'ĂȘtre directement impliquĂ© dans plusieurs actes terroristes : attentat dans une discothĂšque berlinoise frĂ©quentĂ©e par des militaires amĂ©ricains en 1986 (mort de deux militaires amĂ©ricains et d'une femme turque), attentat de Lockerbie en Écosse contre un avion de ligne civil amĂ©ricain, qui explose en plein vol en 1988 (270 morts), ou encore attentat dans le dĂ©sert nigĂ©rien contre un avion français, le vol 772 de la compagnie française UTA, reliant Brazzaville Ă  Paris, en 1989 (170 morts)[5]. Le 15 avril 1986, Ă  la suite de l'interception d'un message de l'ambassade libyenne Ă  Berlin-Est suggĂ©rant l'implication du gouvernement libyen dans l'attentat Ă  la bombe d'une discothĂšque de Berlin-Ouest, Ronald Reagan ordonne un raid de bombardement (opĂ©ration El Dorado Canyon) contre Tripoli et Benghazi. Quarante-cinq militaires et fonctionnaires sont tuĂ©s, ainsi que quinze civils, dont la fille adoptive de Kadhafi, Hannah[16]. Le colonel Kadhafi est blessĂ© lors du bombardement de sa rĂ©sidence, bien que le prĂ©sident du Conseil des ministres italien, Bettino Craxi, l'ait prĂ©venu du raid[17]. Le Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies adopte, en 1992, la rĂ©solution 748, qui considĂšre que la Libye est un État terroriste et qui permet la mise en place d'un embargo militaire et aĂ©rien.

Au niveau intĂ©rieur, dans les annĂ©es 1980 et 1990, son rĂ©gime se durcit. Un coup d'État manquĂ© entraĂźne, en 1984, l'emprisonnement de milliers de personnes, dont beaucoup sont exĂ©cutĂ©es[14]. En 1989, un an aprĂšs une large amnistie, une nouvelle vague de rĂ©pression a lieu. Amnesty International dĂ©nonce « des arrestations de masse, des disparitions et la torture systĂ©matique Â»[14]. Dans les annĂ©es 1990, une seconde tentative de coup d'État pousse Kadhafi Ă  Ă©liminer tout rival possible. En juin 1996, en deux jours, plus d'un millier de dĂ©tenus sont tuĂ©s dans la prison d'Abou Salim par les forces du rĂ©gime ; ce massacre est reconnu par Mouammar Kadhafi en 2004[14]. Dans le mĂȘme temps, l'embargo international et la chute du prix du baril de pĂ©trole ont de lourdes consĂ©quences Ă©conomiques sur la Libye (hausse du chĂŽmage, baisse du pouvoir d'achat, dĂ©gradation des infrastructures
).

Retour Ă  la voie diplomatique

Mouammar Kadhafi à la tribune du sommet Afrique-Amérique du Sud, en 2006, à Abuja (Nigéria).

À partir du milieu des annĂ©es 1990, Mouammar Kadhafi Ɠuvre pour que son pays retrouve une place moins inconfortable d'un point de vue diplomatique. Ainsi, en 1999, les agents des services secrets suspectĂ©s de l'attentat de Lockerbie sont livrĂ©s Ă  la justice Ă©cossaise, ce qui provoque la suspension des sanctions de l'ONU envers le pays et le rĂ©tablissement des relations diplomatiques avec le Royaume-Uni. Par la suite, en 2003, la Libye reconnaĂźt officiellement « la responsabilitĂ© de ses officiers Â» dans l'attentat de Lockerbie — ainsi que dans celui du vol 772 UTA —, et paie une indemnitĂ© de 2,16 milliards de dollars aux familles des 270 victimes de Lockerbie, ce qui a pour consĂ©quence la levĂ©e dĂ©finitive des sanctions de l'ONU et partielle des États-Unis Ă  son encontre[5]. Le 23 fĂ©vrier 2011, l'ancien ministre libyen de la Justice Mostafa Mohamad Abdeljalil, qui a dĂ©missionnĂ© de son poste deux jours plus tĂŽt, affirme, concernant l'attentat de Lockerbie : « Kadhafi a donnĂ© personnellement ses instructions au Libyen Abdelbaset Ali Mohmed Al Megrahi Â», condamnĂ© par la justice Ă©cossaise pour sa participation Ă  l'attentat de Lockerbie[18]. ParallĂšlement, Mouammar Kadhafi renonce Ă  son programme d'armement nuclĂ©aire, et engage une lutte contre l'immigration clandestine vers l'Europe. Il instaure, par ailleurs, une politique d'assouplissement de la rĂ©glementation libyenne en matiĂšre Ă©conomique, permettant l'ouverture du marchĂ© local aux entreprises internationales, ce qui aide Ă  la survie du rĂ©gime. Il parvient, par lĂ  mĂȘme, Ă  se rapprocher des puissances occidentales, et particuliĂšrement de certains pays europĂ©ens comme le Royaume-Uni, la France, l'Espagne et l'Italie. Ainsi, Kadhafi dĂ©clare dĂ©sormais qu'il entend jouer un rĂŽle majeur dans la pacification du monde et la crĂ©ation d'un Moyen-Orient sans armes de destruction massive.

En 2000, Kadhafi tente de convaincre les dirigeants des autres pays de crĂ©er des « Ă‰tats Unis d'Afrique Â». Il considĂšre, en effet, que c'est le meilleur moyen de dĂ©veloppement pour le continent africain. Ce projet passerait par la crĂ©ation d'une monnaie unique et d'une seule armĂ©e formĂ©e de 2 000 000 de militaires. Kadhafi porte souvent un badge reprĂ©sentant l'Afrique sur son uniforme. En 2007, il se rend ainsi Ă  Bamako, Ă  Abidjan ou encore Ă  Accra pour prĂ©senter son projet d'un gouvernement unique pour l'Afrique, un État fĂ©dĂ©ral. Le projet reste embryonnaire[19]. Le 2 fĂ©vrier 2009, il est Ă©lu prĂ©sident de l'Union africaine pour un mandat d'un an, lors du sommet d'Addis-Abeba, en Éthiopie. Connu pour ses excentricitĂ©s (entre autres, il reçoit et dort dans sa tente bĂ©douine lors de dĂ©placements Ă  l'Ă©tranger, s'habille de façon extravagante, est protĂ©gĂ© par une garde composĂ©e de quarante jeunes femmes), il demande alors Ă  ses pairs d'ĂȘtre officiellement appelĂ© « roi des rois traditionnels d'Afrique Â»[20].

José Luis Rodríguez Zapatero et Mouammar Kadhafi, le 29 novembre 2010.

Plusieurs prisonniers politiques sont libérés en Libye dans les années 2000, et des visites d'ONG dans les prisons sont autorisées. Dans le cadre d'un programme de réconciliation nationale de la Fondation Kadhafi, plus de 700 individus liés à des groupes islamistes sont libérés[14]. Cinq infirmiÚres et un médecin anesthésiste bulgares, détenus et torturés pendant plusieurs années par les autorités libyennes pour la prétendue contamination d'enfants libyens par le virus du sida, sont libérés en 2007. Malgré tout, d'aprÚs Human Rights Watch, la torture et les procÚs expéditifs continuent[14].

En 2008, Ă  la suite de l'arrestation d'Hannibal Kadhafi par la police genevoise pour cause de maltraitance et d'actes de torture sur ses propres employĂ©s dans un palace genevois, une crise diplomatique Ă©clate entre la Libye et la Suisse. Deux citoyens sont retenus en otages par Tripoli depuis l'Ă©tĂ© 2008. Les deux conseillers fĂ©dĂ©raux Suisses Micheline Calmy-Rey (affaires extĂ©rieures) et Hans-Rudolf Merz (finances) interviennent personnellement en vue d'obtenir la libĂ©ration des otages, et vont voir le colonel Kadhafi Ă  Tripoli Ă  plusieurs reprises. Dans un premier temps, seul un otage est libĂ©rĂ©, l'autre Ă©tant conduit en prison par la police libyenne pour une durĂ©e de quatre mois[21]. Ce dernier est finalement libĂ©rĂ© de prison le 10 juin 2010, et peut quitter le pays trois jours plus tard en Ă©change d'une rançon de 1,5 million de francs suisses[22]. Le 25 fĂ©vrier 2010, Ă  la suite de l'initiative populaire « Contre la construction de minarets », Mouammar Kadhafi appelle au djihad contre la Suisse[23].

Guerre civile de 2011

Caricature de Mouammar Kadhafi Ă  Benghazi, fief de la contestation, en juin 2011.

En fĂ©vrier 2011, en plein Printemps arabe, il doit faire face Ă  une rĂ©volte populaire, qu'il tente de rĂ©primer par des tirs Ă  balles rĂ©elles et des bombardements aĂ©riens sur la population. Mouammar Kadhafi est alors le chef d'État ou de gouvernement le plus ancien du monde arabe[24].

Le 22 fĂ©vrier, Mouammar Kadhafi prononce un discours tĂ©lĂ©visĂ© dans lequel il promet de rĂ©primer la contestation, qu'il attribue Ă  des « mercenaires Â», des « bandes criminelles Â» et des « droguĂ©s Â», et se dit prĂȘt Ă  mourir en « martyr Â»[25]. MalgrĂ© tout, le mouvement de contestation prend de l'ampleur, et se mue en vĂ©ritable rĂ©volte armĂ©e. Kadhafi est lĂąchĂ© par une partie de l'armĂ©e, par plusieurs membres de son gouvernement et par des diplomates en poste Ă  l'Ă©tranger, qui demandent sa condamnation par la Cour pĂ©nale internationale en raison de la rĂ©pression sanglante, son pouvoir s'effrite de jour en jour, au point de ne plus guĂšre contrĂŽler, le 26 fĂ©vrier, que Tripoli, la capitale libyenne, Syrte, sa ville natale, et Sebha, capitale du Fezzan, fief de la tribu Kadhafa, dont il est issu. Alors que la capitale libyenne est encerclĂ©e et que certains quartiers sont aux mains des insurgĂ©s, Mouammar Kadhafi dĂ©clare, lors d'une interview accordĂ©e Ă  la chaĂźne amĂ©ricaine ABC le 28 fĂ©vrier 2011 : « Mon peuple m'adore. Il mourrait pour me protĂ©ger Â»[26].

Le 3 mars 2011, la Cour pĂ©nale internationale annonce l'ouverture d'une enquĂȘte visant Mouammar Kadhafi et son entourage : « Il s'agit de Mouammar Kadhafi, de son cercle rapprochĂ© y compris ses fils, qui avaient un pouvoir de facto [
] Mais nous avons Ă©galement identifiĂ© des individus qui jouissent d'une autoritĂ© formelle Â»[27]. Interpol, le mĂȘme jour, diffuse une alerte orange Ă  l'encontre de Mouammar Kadhafi et quinze membres de son entourage[28].

Au mois de mars, les troupes fidĂšles Ă  Kadhafi rĂ©alisent une contre-offensive, et reprennent une grande partie des territoires conquis par l'insurrection[29],[30]. Le 17 mars 2011, le Conseil de sĂ©curitĂ© de l'ONU autorise le recours Ă  la force contre les troupes gouvernementales libyennes[31]. Kadhafi annonce alors un cessez-le-feu, mais celui-ci n'est pas respectĂ©. Le 19 mars, les opĂ©rations militaires devant crĂ©er une zone d'exclusion aĂ©rienne au dessus du territoire libyen dĂ©butent, et amĂšnent Ă  une internationalisation du conflit.

Le 16 mai 2011, le procureur de la Cour pĂ©nale internationale (CPI) demande un mandat d'arrĂȘt contre le leader libyen, Mouammar Kadhafi, ainsi qu'un de ses fils, pour crime contre l'humanitĂ©[32]. Ce mandat est acceptĂ© par les juges, et lancĂ© le 27 juin 2011[33].

Devant la progression des rebelles, qu'il appelle les « rats Â», Mouammar Kadhafi assure, Ă  plusieurs reprises, qu'il ne quittera jamais son pays. Des pourparlers secrets entre les rebelles et les reprĂ©sentants du rĂ©gime auraient eu lieu, notamment Ă  Djerba (en Tunisie) en aoĂ»t 2011.

Le 14 aoĂ»t 2011, les rebelles font une grande avancĂ©e dans l'Ouest. Alors que Mouammar Kadhafi exhorte ses partisans Ă  « marcher par millions Â» pour « libĂ©rer les villes dĂ©truites Â», les rebelles encerclent la capitale, Tripoli, dans laquelle ils pĂ©nĂštrent le 21 aoĂ»t. Introuvable, Kadhafi dĂ©clare dans un message sonore avoir effectuĂ© un retrait « tactique Â» de sa rĂ©sidence de Bab al-Azizia, et appelle ses partisans Ă  poursuivre le combat[34]. Son pouvoir est, dĂšs lors, fortement rĂ©duit, puisqu'il n'est plus que le « guide Â» d'une Jamahiriya dont les reprĂ©sentants officiels sont soit en fuite, soit emprisonnĂ©s. Le Conseil national de transition (CNT), prĂ©sidĂ© par Moustafa Abdel Jalil, prend de facto les rĂȘnes du pouvoir de la nouvelle RĂ©publique libyenne.

Le 24 aoĂ»t 2011, le CNT annonce que des hommes d'affaires offrent deux millions de dinars libyens (soit 1,2 million d'euros) Ă  qui ramĂšnera le colonel Kadhafi mort ou vif[35]. La prime est assortie d'une amnistie et d'un pardon gĂ©nĂ©ral, quels que soient les crimes commis, si le colonel Kadhafi est arrĂȘtĂ© ou tuĂ© par l'un de ses proches.

DĂ©cĂšs

Article dĂ©taillĂ© : Mort de Mouammar Kadhafi.

Le 20 octobre 2011, alors qu'il quitte Syrte, dernier bastion tenu par ses partisans, son convoi est arrĂȘtĂ© par des tirs de missiles d'un drone Predator amĂ©ricain et par un bombardement d'un Mirage 2000D français. Selon les premiĂšres informations, il est capturĂ© vivant[36], mais sa mort est finalement annoncĂ©e par un haut responsable militaire du CNT un peu plus tard dans la journĂ©e[37]. Selon Mahmoud Jibril, numĂ©ro deux du CNT, il a Ă©tĂ© mortellement blessĂ© lors d'Ă©changes de tirs[38]. Les corps de Mouammar Kadhafi et de son fils Moatassem, qui semble Ă©galement avoir Ă©tĂ© abattu, sont exposĂ©s le 21 octobre Ă  Misrata[39].

Dans son ensemble, la communautĂ© internationale salue la mort de Kadhafi[40]. Mais le dĂ©roulement exact des circonstances de son dĂ©cĂšs, qui reste confus, donne lieu Ă  une polĂ©mique, ce qui conduit le prĂ©sident du CNT, Moustafa Abdel Jalil, Ă  annoncer le 24 octobre l'ouverture d'une enquĂȘte sur sa mort[41].

Le 25 octobre 2011, Ă  l'aube, Mouammar Kadhafi et son fils Moatassem sont inhumĂ©s dans le dĂ©sert libyen, dans un lieu tenu secret[42].

Famille

Kadhafi a eu neuf enfants (dont une fille adoptive) issus de deux mariages diffĂ©rents :

  • Avec Fatiha al-Nuri (divorcĂ© en 1970)
    • Mohamed Kadhafi (nĂ© en 1970), fils unique du premier mariage, prĂ©sident de l'organisme libyen des tĂ©lĂ©communications et du ComitĂ© olympique national libyen[43]. Il est rĂ©fugiĂ© en AlgĂ©rie depuis le 29 aoĂ»t 2011[44].
  • Avec Safia Farkash (1970), dont la sƓur Ă©pouse Abdallah Senoussi (1949-2011). Actuellement rĂ©fugiĂ© en AlgĂ©rie depuis le 29 aoĂ»t 2011[44].
    • SaĂŻf al-Islam Kadhafi (SaĂŻf al-Islam signifie « sabre de l'Islam Â»), nĂ© le 25 juin 1972 : architecte-urbaniste de profession, il est le plus impliquĂ© sur le plan politique. Il est surtout connu pour son rĂŽle dans l'indemnisation des familles des victimes de l'attentat de Lockerbie et du DC-10 d'UTA abattu par des Libyens en 1989. Il dirige la Fondation internationale Kadhafi pour la charitĂ© et le dĂ©veloppement (FKD)[45]. Le 20 octobre, peu aprĂšs la mort de son pĂšre, un ministre du CNT annonce que SaĂŻf al-Islam Kadhafi, blessĂ© et capturĂ©, est dĂ©tenu dans un hĂŽpital[46] mais le lendemain, le fils de l'ancien dirigeant est donnĂ© en fuite vers le Niger[47]. Il est finalement arrĂȘtĂ© par le gouvernement libyen le 19 novembre 2011[48].
    • Saadi Kadhafi, nĂ© le 25 mai 1973 : ancien footballeur professionnel (attaquant du club de PĂ©rouse, Italie, condamnĂ© en 2003 pour dopage[49]). Actionnaire de la Juventus, il a rĂ©ussi en 2002 Ă  faire jouer la Supercoupe d'Italie Ă  Tripoli (capitale de la Libye)[43]. Il a fait carriĂšre dans l'armĂ©e et a ensuite dirigĂ© une unitĂ© d'Ă©lite. Il est, depuis septembre 2011, rĂ©fugiĂ© au Niger, qui lui a accordĂ© l'asile[50].
    • Moatassem Billah Kadhafi (1975-2011) : colonel de l'armĂ©e, il prĂ©side en 2007 le conseil de sĂ©curitĂ© nationale dont il est Ă©cartĂ© ensuite. Il y retourne en tant que conseiller en 2010. Le 20 octobre 2011, son cadavre est retrouvĂ© Ă  Syrte, mais les circonstances de sa mort restent floues. D'aucuns Ă©voquent qu'il a Ă©tĂ© capturĂ© vivant, puis abattu. La famille a demandĂ© une enquĂȘte[51].
    • Hannibal Kadhafi, nĂ© en 1976 : mĂ©decin et militaire de formation, il fait rĂ©guliĂšrement parler de lui dans la rubrique des faits divers des journaux occidentaux[43]. Actuellement rĂ©fugiĂ© en AlgĂ©rie depuis le 29 aoĂ»t 2011[44].
    • AĂŻcha Kadhafi : fille du colonel, nĂ©e en 1976, elle est avocate et prĂ©side la fondation caritative Waatassimou[43]. SurnommĂ©e « la Claudia Schiffer du dĂ©sert Â» dans la presse italienne[52]. Actuellement rĂ©fugiĂ© en AlgĂ©rie depuis le 29 aoĂ»t 2011[44].
    • SaĂŻf al-Arab Kadhafi (SaĂŻf al-Arab signifie « sabre des Arabes Â»), (1982-2011). Il est tuĂ© Ă  Tripoli le soir du 30 avril 2011 avec plusieurs proches et membres de la famille, aprĂšs un raid de l'OTAN, information toutefois dĂ©mentie par Berlusconi[53],[54],[55],[56],[57].
    • Khamis Kadhafi (1983-2011), son plus jeune fils, commande une unitĂ© des forces spĂ©ciales[58]. Il est tuĂ© dans les combats Ă  Tarhouna, fin aoĂ»t 2011, et enterrĂ© sur place[59].
    • Hana Kadhafi (nĂ©e le 11 novembre 1985), prĂ©sentĂ©e comme fille adoptive du colonel Kadhafi, prĂ©tendument tuĂ©e Ă  l'Ăąge de deux ans lors d'un raid amĂ©ricain nommĂ© opĂ©ration El Dorado Canyon contre Tripoli et Benghazi en reprĂ©sailles Ă  l'attentat dans une boĂźte de nuit de Berlin frĂ©quentĂ©e par des militaires amĂ©ricains, qui a coĂ»tĂ© la vie Ă  une femme de nationalitĂ© turque et Ă  deux soldats amĂ©ricains. Aucun journaliste n'a jamais entendu parler de celle-ci avant ce bombardement[60],[61]. Cependant, au mois d'aoĂ»t 2011, le quotidien allemand Die Welt rĂ©vĂšle dans un article repris en anglais par Worldcrunch que Hannah Kadhafi serait en fait toujours vivante. ÂgĂ©e dĂ©sormais d'une vingtaine d'annĂ©es, la jeune fille aurait passĂ© quelques annĂ©es Ă  Londres, puis aurait Ă©tudiĂ© Ă  la facultĂ© de mĂ©decine de Tripoli. Devenue mĂ©decin, elle occuperait aujourd'hui un poste au ministĂšre de la SantĂ© dans la capitale libyenne[62],[63],[64],[65]. Le 28 aoĂ»t 2011, lors de l’émission Mise au point, diffusĂ©e sur la tĂ©lĂ©vision suisse romande, l’hypothĂšse — selon laquelle Hannah Kadhafi serait encore en vie — est implicitement Ă©voquĂ©e par Faiza Mazeg[66], qui parle d’un « secret de Polichinelle Â»[16].

Écriture de son nom

Le nom arabe de Mouammar Kadhafi est مŰčÙ…Ű± Ű§Ù„Ù‚Ű°Ű§ÙÙŠ. Comme il n'existe pas de romanisation complĂšte et officielle pour l'arabe, on rencontre 112 façons diffĂ©rentes de l'Ă©crire en français[67].

Bien que l'orthographe d'un mot en arabe ne varie pas, sa prononciation peut changer suivant les diffĂ©rentes dialectes arabes, suggĂ©rant des romanisations diffĂ©rentes. En arabe littĂ©ral, le nom مُŰčÙŽÙ…ÙŽÙ‘Ű± Ű§Ù„Ù‚ÙŽŰ°ÙŽÙ‘Ű§ÙÙÙŠ peut se prononcer /muˈʕammaru lqaðˈðaːfiː/. Les consonnes gĂ©minĂ©es peuvent ĂȘtre simplifiĂ©es. En arabe libyen, /q/ (ق) est remplacĂ© par [g], et /Ă°/ (Ű°) est remplacĂ© par [d]. La voyelle [u] alterne souvent avec [o] dans la prononciation d'autres rĂ©gions. Ainsi, /muˈʕammar alqaðˈðaːfiː/ est gĂ©nĂ©ralement prononcĂ© en arabe libyen [muËˆÊ•ĂŠmmɑrË€ əlÉĄĂŠdˈdÊːfi]. L'article dĂ©fini al- (Ű§Ù„) est souvent omis.

Le schĂ©ma ci-dessous reprĂ©sente les diffĂ©rentes formes possibles pour l'orthographe de son nom :

{\color{OliveGreen}M
\begin{cases}u\\o\end{cases}
\begin{cases}\varnothing\\u\end{cases}
a
\begin{cases}mm\\m\end{cases}
\begin{cases}a\\e\end{cases}
r}
{\color{MidnightBlue}\begin{cases}al\\el\\Al\\El\\\varnothing\end{cases}
\begin{cases}-\\\textvisiblespace\\\varnothing\end{cases}}
{\color{RedViolet}\begin{cases}Q\\G\\Gh\\K\\Kh\end{cases}
\begin{cases}a\\e\\u\end{cases}
\begin{cases}d\\dh\\dd\\ddh\\dhdh\\dth\\th\\zz\end{cases} 
a
\begin{cases}f\\f\!f\end{cases}
\begin{cases}i\\y\end{cases}}

Toutes ces formes ne respectent pas les standards les plus fréquents et toutes ne sont d'ailleurs pas possibles, certaines alternatives étant plus fréquemment combinées avec d'autres, voires impossibles avec certaines (par exemple, la simplification de la gémination /mm/ impliques généralement la simplification de /aː/).

Idéologie

Le Livre vert, édité en anglais et en russe

Il a Ă©crit Le Livre vert (en rĂ©fĂ©rence au Petit Livre rouge Ă©crit par Mao Zedong), manifeste politique dans lequel il developpe la « troisiĂšme thĂ©orie universelle Â». Il y explique de maniĂšre succincte ses solutions aux problĂšmes posĂ©s par la dĂ©mocratie et l'Ă©conomie. Il y fait l'apologie de la dĂ©mocratie directe, y ĂŽte toute lĂ©gitimitĂ© aux autoritĂ©s religieuses et y prĂŽne l'exclusion de l'usage des hadiths et de la sunna pour le droit musulman, consacrant ainsi le Coran comme son unique source[68]. En plus de provoquer un conflit entre lui et les milieux traditionalistes libyens, ces pensĂ©es lui ont valu d'ĂȘtre dĂ©clarĂ© « hĂ©rĂ©tique Â» (kafir) par les oulĂ©mas d'al-Azhar et d'Arabie saoudite[68]. Il est adhĂ©rent au mouvement religieux SĂ©noussi[69].

Kadhafi a une conception essentialiste de la femme[70], plus rĂ©cemment il se focalise sur les pays arabes et Ă  majoritĂ© musulmane[71]. Son interprĂ©tation personnelle de l'islam, contraire Ă  la vision traditionnelle, le pousse Ă  interdire, sauf dans des cas particuliers, la polygamie, et Ă  permettre la crĂ©ation d'une acadĂ©mie militaire pour femmes, dont la premiĂšre classe est promue en 1983[70]. Il entretient une garde personnelle constituĂ©e exclusivement de femmes, ses « Amazones Â». Certains progrĂšs existent, tels que la condamnation des mariages arrangĂ©s et la possibilitĂ© d'accĂ©der Ă  l'Ă©ducation pour les femmes[69]. Selon certains tĂ©moignages, il n'aurait cependant pas appliquĂ© ces prĂ©ceptes Ă  lui-mĂȘme : Ă  sa mort, des femmes l'accusent d'avoir disposĂ© d'un grand nombre d'esclaves sexuelles enlevĂ©es Ă  leur famille, dont les « Amazones Â»[72],[73],[74]. En 2007, la journaliste Memona Hintermann-AffĂ©jee l'avait Ă©galement accusĂ© d'avoir tentĂ© de la violer lors d'une interview en 1984[75].

Kadhafi reprit Ă  son compte la portĂ©e nationaliste du nassĂ©risme en souhaitant d'abord la rĂ©unification du monde arabe, fragmentĂ© par les colonisations occidentales, selon lui. François Burgat estime qu'il est prĂ©occupĂ© et obsĂ©dĂ© de « laver l'affront de la prĂ©sence coloniale en terre arabe Â». De ce fait, il a toujours jugĂ© illĂ©gitime l'existence d'IsraĂ«l, dans laquelle il voit une rĂ©miniscence des occupations coloniales.

À la suite des Ă©checs successifs de toutes les formes d'associations qu'il a proposĂ©es (avec l'Égypte, la Syrie ou la Tunisie), Kadhafi prĂŽne le concept encore plus ambitieux d'Union africaine (UA) sous forme fĂ©dĂ©rale. Élu par ses pairs Ă  la tĂȘte de l'organisation panafricaine, il s'est aussitĂŽt autoproclamĂ© « roi des rois traditionnels d'Afrique Â».

Selon l'organisation Human Rights Watch, « des dizaines de personnes se trouvent en prison pour s'ĂȘtre livrĂ©es Ă  une activitĂ© politique pacifique, et certaines ont « disparu Â». La loi 71 interdit toute activitĂ© politique indĂ©pendante, et les contrevenants sont passibles de la peine de mort Â». « Au fil des ans, les autoritĂ©s libyennes ont emprisonnĂ© des centaines de personnes pour violation de cette loi, et certaines ont Ă©tĂ© condamnĂ©es Ă  mort Â»[76].

Fortune personnelle

Mouammar Kadhafi était un des hommes les plus riches au monde. Sa fortune, provenant de l'extraction du pétrole et du gaz, était estimée à 144 milliards d'euros.

Il les aurait sortis de Libye durant les trente annĂ©es prĂ©cĂ©dant sa chute[77]. L'administration amĂ©ricaine a dĂ©couvert que le rĂ©gime libyen possĂ©dait prĂšs de 27 milliards d'euros sur des comptes et des investissements aux États-Unis ; ils ont depuis Ă©tĂ© gelĂ©s. En Europe, prĂ©s de 27 milliards d'euros ont Ă©tĂ© saisis par les gouvernements français, italien, britannique et allemand[77]. Kadhafi investissait dans des entreprises comme Total, Alsthom, Fiat, dans les secteurs des mĂ©dias (Financial Time) ou du sport (Juventus de Turin). En France, il possĂšde, par exemple, le bĂątiment parisien qui abrite la Fnac des Ternes dans le 17e arrondissement de Paris[78].

Plusieurs enquĂȘtes menĂ©es par des responsables amĂ©ricains, europĂ©ens et libyens ont rĂ©vĂ©lĂ© que Kadhafi investissait massivement dans de nombreux pays du Moyen-Orient et de l'Asie du Sud-Est. La plupart de ces fonds Ă©taient placĂ©s dans des institutions gouvernementales libyennes comme la Banque Centrale de Libye, la Compagnie pĂ©troliĂšre libyenne, la Banque extĂ©rieure de Libye, ainsi que des compagnies d'investissements telle que la Libya African Investment Portfolio[77].

Bibliographie

  • (fr) LĂĄszlĂł Liszkai, Kadhafi, du rĂ©el au surrĂ©alisme, Encre d'Orient, Paris, 2011, 152 p. (ISBN 978-2-362-43026-8)
  • (fr) RenĂ© Naba, Kadhafi portrait total : entre intervention militaire et insurrection populaire, Golias, Villeurbanne, 2011, 87 p. (ISBN 978-2-35472-125-1)
  • (fr) Alexandre Najjar, Anatomie d'un tyran, Mouammar Kadhafi, Actes Sud/L'Orient des livres, Arles, 2011, 254 p. (ISBN 978-2-7427-9885-8)
  • (en) Muammar Qaddafi, Edmond Jouve, Angela Parfitt, My vision, traduit par Angela Parfitt, collaborateur Edmond Jouve, Éditeur John Blake, 2005, 261 p. (ISBN 9781844541294)
  • (en) Luis MartĂ­nez, The Libyan paradox, C. Hurst Series, Columbia University Press, 2007, 182 p. (ISBN 9780231700214)
  • (en) Dirk J. Vandewalle, A history of modern Libya, Cambridge University Press, 2006, 246 p. (ISBN 9780521850483)

Notes et références

  1. ↑ Également retranscrit Kadafi, Kaddafi, al-Kadhafi, Algathafi, al-Gaddafi, Al Qadafi, Qadhafi, Gaddafi, Gueddafi, Ghatafi, Gheddafi, ou El-Gueddafi.
  2. ↑ TranslittĂ©ration ALA-LC 1997
  3. ↑ Prise du village natal de Kadhafi par le CNT sur Le Point, 4/10/2011. ConsultĂ© le 4 octobre 2011
  4. ↑ Il passe pour le fils naturel d'Albert Preziosi (1915-1943), aviateur.
  5. ↑ a, b, c, d, e et f EugĂ©nie Bron, « Kadhafi : de la monarchie Ă  la monarchie rĂ©volutionnaire Â», Centre d'Ă©tudes et de recherche sur le monde arabe et mĂ©diterranĂ©en. ConsultĂ© le 21 juillet 2010
  6. ↑ Mouammar Kadhafi, www.focac.org. ConsultĂ© le 21 juillet 2010
  7. ↑ (en) Royal Ark
  8. ↑ Eric Umansky, « Pourquoi Kadhafi est-il toujours restĂ© colonel ? Â» sur Slate.fr, 22 fĂ©vrier 2011
  9. ↑ Hocine Malti, Histoire secrĂšte du pĂ©trole algĂ©rien, La DĂ©couverte 2010, p 140
  10. ↑ Jean-Jacques Servan-Schreiber, Le dĂ©fi mondial, chapitre 3.
  11. ↑ (fr) La Libye face Ă  la France au Tchad : qui perd gagne ?, R. Otayek
  12. ↑ Alain FoguĂ© TĂ©dom, Enjeux gĂ©ostratĂ©giques et conflits politiques en Afrique noire, Ă©d. L'Harmattan, 2008, 418 p., p. 103-104.
  13. ↑ Barbara McMahon, « The mystery of flight 870 Â», The Guardian, 21 juillet 2006.
  14. ↑ a, b, c, d, e et f « Libye : quatre dĂ©cennies d'exactions et de rĂ©pression Â», Le Figaro, 22 aoĂ»t 2011.
  15. ↑ (en) Sinn Fein in Gaddafi U-turn: Despot who backed IRA denounced by republicans, Liam Clarke, Belfast Telegraph, 23 fĂ©vrier 2011.
  16. ↑ a et b [vidĂ©o] InvitĂ©e : Faiza Mazeg, libyenne en exil Ă  GenĂšve depuis 42 ans, Mise au point, tĂ©lĂ©vision suisse romande, 28 aoĂ»t 2011. N. B. L’hypothĂšse — selon laquelle la fille adoptive aurait survĂ©cu au bombardement du 15 avril 1986 — est implictement Ă©voquĂ©e, Ă  partir du minutage 01:47.
  17. ↑ (en) Italy Warned Libya of Bombing, Saved Qaddafi's Life, 30 octobre 2008.
  18. ↑ « Kadhafi a personnellement ordonnĂ© l'attentat de Lockerbie, selon l'ancien ministre libyen de la Justice Â», nouvelobs interactif, 23 fĂ©vrier 2011.
  19. ↑ Afrik.com, 4 juillet 2007.
  20. ↑ « Kadhafi, “roi des rois d'Afrique” Â», L'Express, 3 fĂ©vrier 2009.
  21. ↑ 24heures.ch
  22. ↑ 24heures.ch
  23. ↑ Kadhafi appelle au djihad contre la Suisse, France 2.fr, 26/2/2010.
  24. ↑ « Mouammar Kadhafi ou la folie des grandeurs Â», La Tribune de GenĂšve, 20 octobre 2011.
  25. ↑ Libye: Mouammar Kadhafi s'accroche fermement au pouvoir, 20 minutes, 22 fĂ©vrier 2011.
  26. ↑ « â€œMon peuple m’adore”, dit Kadhafi Ă  des mĂ©dias Ă©trangers Â», France 24, 28 fĂ©vrier 2011.
  27. ↑ « La Cour pĂ©nale vise Kadhafi, Obama durcit le ton Â», Radio-Canada, 3 mars 2011.
  28. ↑ Associated Press, « Interpol lance un avis contre Kadhafi Â», dans Le Presse, 4 mars 2011 [texte intĂ©gral (page consultĂ©e le 4 mars 2011)] 
  29. ↑ Contre-offensive dans l’est de la Libye, Kadhafi accuse Ă  nouveau al-QaĂŻda, rfi.fr, 2 mars 2011.
  30. ↑ Les troupes de Kadhafi marchent vers Benghazi, Le Point, 14 mars 2011.
  31. ↑ L'Onu approuve un recours Ă  la force contre la Libye de Kadhafi, Le Nouvel Observateur, 18 mars 2011.
  32. ↑ « Le procureur de la CPI requiert un mandat d'arrĂȘt contre Kadhafi pour crime contre l'humanitĂ© Â», sur lemonde.fr, 16 mai 2011.
  33. ↑ « Libye : la CPI lance un mandat d'arrĂȘt contre Mouammar Kadhafi Â», sur lemonde.fr, 27 juin 2011.
  34. ↑ « Kadhafi assure avoir effectuĂ© un retrait “tactique” de son QG Â», Le Monde, 24 aoĂ»t 2011.
  35. ↑ Kadhafi. 1,7 million de dollars pour sa capture mort ou vif, le tĂ©lĂ©gramme.com, 25 aoĂ»t 2011]
  36. ↑ Ce que l'on sait des circonstances de la capture de Kadhafi, LeMonde.fr, 20 octobre 2011.
  37. ↑ Le CNT annonce que la ville de Syrte a Ă©tĂ© "libĂ©rĂ©e", LeMonde.fr, 20 octobre 2011.
  38. ↑ Tanguy Berthemet, « Misrata fĂȘte la mort de Mouammar Kadhafi Â» sur Le Figaro, 21 octobre 2011. ConsultĂ© le 21 octobre 2011
  39. ↑ RĂ©cit : dans une maison de Misrata les corps de Mouammar et Moatassim Kadhafi, RFI / France 24, 21 octobre 2011
  40. ↑ « La communautĂ© internationale salue la mort de Kadhafi, “fin de la tyrannie” Â», LibĂ©ration, 21 octobre 2011.
  41. ↑ « Le CNT annonce une enquĂȘte sur la mort de Kadhafi Â», nouvelobs interactif, 24 octobre 2011.
  42. ↑ Kadhafi enterrĂ© dans un lieu tenu secret - Le Petit Bleu - Article du 26/10/2011
  43. ↑ a, b, c et d Les enfants Kadhafi, une tribu turbulente, www.24heures.ch. ConsultĂ© le 21 juillet 2010
  44. ↑ a, b, c et d Article du Point du 29 aoĂ»t 2011
  45. ↑ Site officiel de GDF
  46. ↑ Gadhafi, Libya's leader for 42 years until ousted by his people, killed as hometown falls, Associated Press, 20 octobre 2011
  47. ↑ Les forces du CNT chassent Seïf al-Islam, l'ancien dauphin, Le Figaro, 21 octobre 2011
  48. ↑ Arrestation de Seif al-Islam: le rĂ©cit, le Parisien, 19 novembre 2011
  49. ↑ Kadhafi sur la touche. Trois mois de suspension pour dopage, Afrik.com, 9 janvier 2004
  50. ↑ (fr) Libye: un fils Kadhafi arrive au Niger sur http://www.lefigaro.fr/. Mis en ligne le 11/09/2011, consultĂ© le 11/09/2011
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  52. ↑ Le Monde, 23 fĂ©vrier 2011, p.  3
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  54. ↑ Un fils Kadhafi meurt à Tripoli sur Le Parisien. Mis en ligne le 01/05/2011
  55. ↑ un fils Kadhafi tuĂ© sur L'Express. Mis en ligne le 01/05/2011
  56. ↑ Un millier de personnes aux obsĂšques du fils de Kadhafi sur BBC/Afrique, 2 mai 2011. ConsultĂ© le 2 mai 2011
  57. ↑ Berlusconi dĂ©ment qu'un fils Kadhafi ait Ă©tĂ© tuĂ© par l'Otan, Le Nouvel Observateur, 26 mai 2011. ConsultĂ© le 26 mai 2011
  58. ↑ Une des mieux entraĂźnĂ©es du pays selon WikiLeaks
  59. ↑ http://www.linfo.re/-Monde-/Libye-la-rebellion-annonce-la-mort-de-Khamis-Kadhafi
  60. ↑ (en) Brian Lee Davis, Qaddafi, terrorism, and the origins of the U.S. attack on Libya, 1990, p. 141 
  61. ↑ (en) NBC’s Mitchell Regurgitates Gaddafi Lies, Accuracy in media, 22 fĂ©vrier 2011
  62. ↑ Article sur Gentside du 11 aout 2011
  63. ↑ Article sur minutebuzz.com du 11 aout 2011
  64. ↑ Article de l'Express du 10 aout 2011
  65. ↑ Hana Kadhafi serait-elle vraiment morte aux bombardements de 1986 ? ! sur eMarrakech, 11 aoĂ»t 2011. ConsultĂ© le 23 aoĂ»t 2011
  66. ↑ Faiza Mazeg, exilĂ©e Ă  GenĂšve depuis 42 ans, est la fille de l’ex-Premier ministre liĂ© Ă  l’ancien rĂ©gime ayant prĂ©valu jusqu’au coup d’État du 1er septembre 1969. En outre, l’ex-mari de Faiza Mazeg Ă©tait le bras droit du roi Idris Ier.
  67. ↑ Il existe 112 façons d’écrire le nom de Kadhafi sur vouloirtoujourstoutsavoir.blogspot.com, 29 aoĂ»t 2011
  68. ↑ a et b RenĂ© Otayek, Jalel Bahri, Le Radicalisme islamique au sud du Sahara: Da'wa, arabisation et critique de l'Occident, KARTHALA, 1993, 264 p. (ISBN 2865374041) [lire en ligne], p. 39 
  69. ↑ a et b KHADHAFI, Mouammar, Institut EuropĂ©en de Recherche sur la CoopĂ©ration MĂ©diterranĂ©enne et Euro-Arabe, 2009. ConsultĂ© le 21 juillet 2010
  70. ↑ a et b (en) Mahmoud Ayoub, Islam and the Third Universal Theory: the religious thought of MuÊ»ammar al-Qadhdhafi, Taylor & Francis, 1987, 155 p. (ISBN 0710302606) [lire en ligne], p. 55-56 
  71. ↑ Jean-François Le Mounier, « Mouammar Kadhafi Ă  Rome : on a frĂŽlĂ© l'incident diplomatique Â». ConsultĂ© le 14.6.2009
  72. ↑ Annick Cojean, « Une esclave sexuelle de Kadhafi raconte son calvaire Â», dans Le Monde, 16 novembre 2011 [texte intĂ©gral] .
  73. ↑ Camille Dubruelh, « Libye : Kaddafi accusĂ© de viol par ses « amazones Â» Â», dans Jeune Afrique, 30 aoĂ»t 2011 [texte intĂ©gral] .
  74. ↑ Thomas Vampouille, « Kadhafi accusĂ© de viol par ses ex-« amazones Â» Â», dans Le Figaro, 31 aoĂ»t 2011 [texte intĂ©gral] .
  75. ↑ François Vignal, « Â« Je revois Kadhafi devant moi, menaçant de me flinguer Â» Â», dans LibĂ©ration, 12 dĂ©cembre 2007 [texte intĂ©gral] 
  76. ↑ Kadhafi en France, site Internet d'Human Rights Watch.
  77. ↑ a, b et c http://www.lejdd.fr/International/Afrique/Actualite/Kadhafi-aurait-fait-sortir-pres-de-144-milliards-d-euros-de-Libye-410863/?from=headlines
  78. ↑ http://www.menly.fr/buzz/news/34132-mort-de-kadhafi-une-fortune-de-plusieurs-milliards/

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