Morphine

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Morphine
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Morphine
Morphine
Morphine
Général
Nom IUPAC 7,8-didéhydro-4,5-époxy-17-méthylmorphinan-3,6-diol
No CAS 57-27-2
No EINECS 200-320-2
Code ATC N02AA01
DrugBank DB00295
PubChem 5288826
SMILES
InChI
Apparence Poudre blanche ‚ÄĘ Solution limpide
Propriétés chimiques
Formule brute C17H19NO3  [Isom√®res]
Masse molaire[1] 285,3377 ¬Ī 0,016 g¬∑mol-1
C 71,56 %, H 6,71 %, N 4,91 %, O 16,82 %,
pKa 7,9
Propriétés physiques
T¬į fusion 195 √† 200 ¬įC
T¬į √©bullition 254 ¬įC
Masse volumique 1.31
Précautions
Directive 67/548/EEC
Nocif
Xn
Phrases R : 22,
Classe thérapeutique
Analg√©sique opio√Įde ‚ÄĘ Stup√©fiant
Données pharmacocinétiques
Biodisponibilit√© Orale : ~30 %
Sous-cutan√©e : ~50 %
Liaison prot√©ique 30‚Äď40 %
M√©tabolisme H√©patique (90 %)
Demi-vie d’élim. 2 à 3 heures
Excr√©tion Urinaire (90 %)
Biliaire (10 %)
Considérations thérapeutiques
Voie d’administration Orale, sous-cut., IV, IM,
péridurale, intrathécale
Grossesse Utilisable, dans
certaines conditions
Conduite automobile Dangereuse
Précautions Dépresseur respiratoire
Antidote Naloxone
Caractère psychotrope
Catégorie Stupéfiant
Mode de consommation Absorption, inhalation,
injection
Risque de dépendance Très élevé en cas d'usage
non thérapeutique
Unités du SI & CNTP, sauf indication contraire.

La morphine (du grec őúőŅŌĀŌÜőĶŌćŌā, Morph√©e dieu du sommeil et des r√™ves) est un alcalo√Įde de l'opium utilis√© comme m√©dicament contre la douleur (analg√©sique). D√©couverte en 1804, sa nature chimique et son usage pharmaceutique furent √©tablis dans les ann√©es suivantes par l'Allemand Friedrich Wilhelm Sert√ľrner. Son emploi en tant que drogue au d√©but du XXe si√®cle posa de nombreux probl√®mes dus √† la d√©pendance qu'elle induit. Aussi est-elle list√©e comme stup√©fiant au niveau international.

Principal alcalo√Įde issu du pavot somnif√®re, la morphine est consid√©r√©e comme la r√©f√©rence √† laquelle sont compar√©s tous les autres analg√©siques en termes d'efficacit√©. Elle est le plus souvent utilis√©e sous la forme d'un sel, de sulfate ou de chlorhydrate, d'efficacit√©s identiques. √Ä ce jour, la morphine est le m√©dicament analg√©sique le plus efficace pour soulager divers types de douleur physique.

Sommaire

Découverte

La morphine fut d√©couverte simultan√©ment en 1804 par Armand Seguin et Bernard Courtois, ainsi que par Charles Derosne, mais c‚Äôest √† F. W. Sert√ľrner, pharmacien de Hanovre, que revient le m√©rite (dans ses travaux publi√©s en 1805-1806 et 1817) d‚Äôavoir vu que la substance cristallis√©e isol√©e √©tait un alcalo√Įde ¬ę alcali v√©g√©tal ¬Ľ. C'est le premier alcalo√Įde connu et Sert√ľrner le nomme aussit√īt morphium car ses effets rappellent le dieu des songes de la Gr√®ce antique, Morph√©e.

¬ę L'ann√©e suivante, il fit partie des jeunes chimistes qu'Armand S√©guin pla√ßa dans le laboratoire qu'il venait d'ouvrir, pour travailler √† l'avancement d'une science √† laquelle il devait son immense fortune. Dans la r√©partition des travaux que S√©guin voulait entreprendre, Courtois fut d√©sign√© pour l'√©tude de l'opium. Il se consacra avec d√©vouement √† ces recherches et il parvint √† isoler de l'opium un corps cristallis√©, dou√© de r√©actions alcalines, et susceptible de se combiner avec les bases. Cependant, comme il obtenait cette substance par l'interm√®de de l'ammoniaque, il n'osa pas affirmer que celle-ci f√Ľt √©trang√®re aux propri√©t√©s alcalines qu'il accusait. Plus hardi que lui, Serturner donna le nom d'alcali v√©g√©tal √† la substance cristalline que Courtois avait d√©couverte, et il eut l'honneur de mettre la science sur une voie nouvelle, en r√©v√©lant l'existence d'une s√©rie de corps, aujourd'hui d√©sign√©e sous le nom d'alcalo√Įdes. Le travail de Courtois donna lieu √† un m√©moire sur l'opium que S√©guin lut √† l'Institut, le 24 d√©cembre 1804, et qui ne fut ins√©r√© que dix ans apr√®s, dans les annales de chimie. L'alcalo√Įde de l'opium y √©tait si nettement indiqu√©, que Vauquelin n'h√©sita pas de r√©clamer en faveur de S√©guin la priorit√© de sa d√©couverte de la morphine, lorsque Serturner publia son travail (1816). Mais ce travail √©tait r√©ellement le fruit des habiles recherches de Courtois. ¬Ľ

‚ÄĒ Paul-Antoine Cap, √Čtudes biographiques pour servir √† l'histoire des sciences, 1857

Histoire[2]

La morphine (Codex 1818) et ses sels (Codex 1866) est l'analg√©sique par excellence des syndromes douloureux, aigus ou chroniques. Elle va rencontrer l‚Äôinvention de la seringue hypodermique √† aiguille creuse mise au point en 1850 par le m√©decin lyonnais Charles Pravaz. L‚Äôinjection intraveineuse d‚Äôun principe actif d‚Äôune plante est r√©alis√©e pour la premi√®re fois dans l‚Äôhistoire des sciences. La morphine fut ainsi le premier m√©dicament r√©ellement puissant et inaugura l‚Äô√®re moderne de la pharmacologie et de la m√©decine. √Ä partir de cette date, une utilisation massive de la morphine contre la douleur devient possible tant √† l'h√īpital que sur les champs de bataille.

Ampoule de morphine avec aiguille hypodermique pour injection immédiate, période de la guerre de 1939-1945.

C'est cet usage sous sa forme injectable sur les champs de bataille (guerre de S√©cession aux √Čtats-Unis, guerre de Crim√©e en Russie, guerre austro-prussienne, guerre franco-prussienne de 1870 en Europe...) notamment pour les amputations qu'elle rend supportables qui va √™tre √† l'origine de ce que l'on appela alors la ¬ę maladie du soldat ¬Ľ puis morphinisme et enfin morphinomanie. Les premi√®res descriptions de morphinomanie apparaissent d√®s 1871 d'autant qu'elle est alors en vente libre dans de nombreuses pr√©parations pharmaceutiques artisanales pour soigner les maux les plus divers. En 1877, le Dr Levinstein et le pharmacologue Louis Lewin introduisent la notion de manie issue de la psychiatrie, alors naissante, et d√©crivent pour la premi√®re fois ce que l'on appellera toxicomanie stigmatisant pour le grand public la morphine dans cette image p√©jorative. Son prix moins accessible que l'alcool en fait un produit en vogue dans l'aristocratie jusqu'au d√©but du XXe si√®cle et nombre de personnages connus sont r√©put√©s pour leur morphinomanie (Baudelaire, John Pemberton, Bela Lugosi, Hermann G√∂ring, Otto von Bismarck, Alphonse Daudet, le g√©n√©ral Boulanger, Edith Piaf...).

Outre son usage comme antidouleur (analg√©sique), elle √©tait utilis√©e aux √Čtats-Unis d'Am√©rique pour soigner toute une gamme d'affections mentales (alcoolisme, d√©pression, psychose maniaco-d√©pressive, hyst√©rie, les m√®res en donnaient √† leurs enfants pour les endormir, etc.) jusqu'aux mesures prises par l'Opium Act en 1906 (qui prohibent la production, le commerce, la d√©tention et l'usage des drogues d'opium et ses d√©riv√©s aux √Čtats-Unis). Et c'est √† l'initiative des √Čtats-Unis que se tiendront les premi√®res conventions internationales sur les stup√©fiants dont la Convention Internationale de l'Opium qui r√©glemente sp√©cifiquement la morphine et sur laquelle se sont moul√©es la plupart des lois anti-drogue mondiale jusqu'√† nos jours.

Ce n'est qu'en 1925 que sa structure moléculaire complexe est établie par le chimiste britannique Robert Robinson (1886-1975).

Au d√©but des ann√©es 1950, on red√©couvre les bienfaits de la morphine gr√Ęce au cocktail de Brompton, mais en le r√©servant pour apaiser les souffrances √† la fin de la vie.

√Ä partir de 1952, il est possible de synth√©tiser chimiquement la morphine ou ses d√©riv√©s. L'extraction de l'opium restera utilis√©e malgr√© tout du fait de son co√Ľt plus faible que la m√©thode industrielle. N√©anmoins, la synth√®se chimique donnera naissance √† des compos√©s chimiques de structure proche mais d'effets diff√©rents comme le levorphanol (puissant analg√©sique) ou le dextrorphane.

En France, Henri Laborit √©labore un cocktail injectable associant opiac√©s et neuroleptiques qui fut utilis√© pendant la guerre d'Indochine pour faciliter le transfert des bless√©s vers l'arri√®re o√Ļ on pouvait les op√©rer. Ce m√©lange fut pr√©curseur de la neuroleptanalg√©sie.

À partir des années 1970, l'utilisation de la morphine augmenta du fait des infirmières, qui les plus à l'écoute de la douleur de leurs patients, réclamèrent une meilleure prise en charge de la douleur. Parallèlement, la recherche fondamentale fit de grands progrès dans la compréhension du fonctionnement de la morphine.

En 1973, des chercheurs su√©dois et am√©ricains mettent en √©vidence, in vitro, l'existence de r√©cepteurs sp√©cifiques aux opio√Įdes au niveau du syst√®me nerveux central.

En 1975, en √Čcosse, Hughes et Kosterlitz partent de l'hypoth√®se que la morphine "v√©g√©tale" doit prendre la place sur les r√©cepteurs de mol√©cules endog√®nes. Ils d√©couvriront ainsi les endomorphines, "morphines" naturellement produites par le corps humain, qu'ils nommeront enk√©phalines. Cette d√©couverte ouvrira la voie √† une multitude d'autres qui permettront dans les ann√©es 1980 de mieux comprendre le fonctionnement de la douleur et de l'action de la morphine.

Dans les ann√©es 1980, on continua le progr√®s dans l'adaptation des doses aux besoins des patients et on d√©couvrit de nouvelles voies d'administration (voie m√©dullaire, voie c√©r√©bro-ventriculaire, voie intraveineuse ou sous-cutan√©e continue). On voit aussi appara√ģtre les premiers comprim√©s ou g√©lules √† action prolong√©e qui permettent au patient de ne prendre qu'une dose toutes les 12 heures et retrouver ainsi une part de son autonomie. Des versions √† une seule prise par jour appara√ģtront dans les ann√©es 1990.

Mode d'action

Le mode d'action exact des opiac√©s reste inconnu. On consid√®re que la morphine agit sur le syst√®me nerveux central (syst√®me limbique et hypothalamus) par saturation des r√©cepteurs aux opiac√©s (nomm√©s r√©cepteurs Mu), impliqu√©s dans le ph√©nom√®ne de perception de la douleur. L'action de la morphine sur les r√©cepteurs opiac√©s dans le reste du corps est √† l'origine des effets secondaires : constipation, d√©pression respiratoire, etc.

Formes pharmaceutiques

La morphine existe sous diff√©rentes formes selon l'usage cibl√© :

  • Voie parent√©rale :
    • injection intraveineuse ;
    • injection sous cutan√© ;
    • injection intraveineuse en perfusion : en g√©n√©ral cet usage est r√©serv√© aux patients sous assistance respiratoire ;
    • injection p√©ridurale ;
    • injection intrath√©cale ;
    • les pompes √† morphine sont de plus en plus utilis√©es en soins post-op√©ratoires ou en soins palliatifs  ;(PCA Page d'aide sur l'homonymie)
  • Voie orale :
    • comprim√© ou g√©lule;
    • comprim√© ou g√©lule √† lib√©ration prolong√©e (LP) : utilis√©s dans le traitement des douleurs chroniques. Il existe des versions en g√©lule √† deux prises par jour (BID) et plus r√©cemment des versions √† une prise par jour (OAD, de l'anglais "Once a day")[3]. Dans les deux cas, le comprim√© ou la g√©lule ou son contenu a subi un traitement afin d'obtenir une lib√©ration √©tal√©e dans le temps ;
    • Sirop;
    • Solution buvable.

La dose requise d√©pend de la voie d'administration, la morphine par voie orale subissant un premier passage h√©patique, seulement 30 % de la dose ing√©r√©e est utilis√© par le corps. Il existe donc des tableaux d'√©quivalence (pour l'adulte) :

Voie orale Sous-cutanée Intraveineuse péridurale Intrathécale
1 mg¬∑kg-1¬∑j-1 0,5 mg¬∑kg-1¬∑j-1 0,3 mg¬∑kg-1¬∑j-1 0,1 √† 0,05 mg¬∑kg-1¬∑j-1 0.02 √† 0,005 mg¬∑kg-1¬∑j-1

Mode d'utilisation

La mise en route d'un traitement par morphine dépend de l'indication.

  • Dans le cas du traitement d'une douleur aigu√ę, (fracture ouverte lors d'une √©vacuation vers les centres de soins, r√©duction de luxation tr√®s douloureuse comme la hanche ou l'√©paule) on r√©alise une titration de la dose de morphine. On commence par diluer l'ampoule de 10 mg dans une seringue de 10 ml de s√©rum physiologique puis on r√©alise une premi√®re injection dont la dose est pr√©cis√©ment 0,1 mg¬∑kg-1 (soit 7 mg pour une personne de 70 kg) puis on renouvelle l'injection √† demi dose (soit 0,05 mg¬∑kg-1) toutes les cinq minutes jusqu'√† obtenir un effet analg√©sique suffisant. Le niveau de la douleur s'√©value au d√©part et par la suite gr√Ęce √† des "√©chelles" visuelles ou num√©riques. Toute injection morphinique par voie intraveineuse doit √™tre r√©alis√©e sous surveillance stricte du patient comprenant son √©tat de conscience, sa fr√©quence ventilatoire et si possible sous monitorage de la tension, de la fr√©quence cardiaque et de la saturation art√©riolaire en oxyg√®ne √©tant donn√© le risque de d√©pression respiratoire.
  • Dans le cas de douleurs chroniques, la mise en route du traitement par morphine vient en remplacement d'un autre traitement antalgique. On estime que la dose de d√©part correspond √† environ 1mg/Kg/jour, c‚Äôest-√†-dire que pour un adulte de soixante kilogrammes, la dose initiale journali√®re d√©butera √† 60 mg par jour sous forme orale, 30 mg par jour en injection sous cutan√©e‚Ķetc. Le titrage s'effectue progressivement en fonction de la r√©ponse antalgique ressentie par le patient. Les doses sont augment√©es r√©guli√®rement par palier de 60 mg quotidien. Apr√®s 3 jours √† une dose (par exemple 60mg/j PO), si la r√©ponse antalgique est insuffisante, la dose est augment√©e de 60 mg par jour (cad 120mg/jour PO) et ainsi de suite jusqu'√† la satisfaction du patient. Il est √† noter qu'il n'y a pas de dose plafond (limite) pour l'administration de la morphine, ce sont les effets ind√©sirables qui en limitent l'usage. Un patient souffrant d'un cancer en phase terminale avait commenc√© √† une dose de 20 mg aux quatre (4) heures pour finir avec une dose de 800 mg aux quatre (4) heures. √Ä cause du ph√©nom√®ne de tol√©rance (le corps s'habitue au m√©dicament et celui-ci est moins efficace) la dose doit √™tre augment√©e r√©guli√®rement et cela m√™me si la douleur n'a pas augment√©.

Effets indésirables

La morphine poss√®de de nombreux effets secondaires dus √† son mode de fonctionnement dont les plus fr√©quents sont les troubles digestifs (la constipation, les naus√©es et vomissements). En cas d'administration de longue dur√©e des troubles du syst√®me nerveux central (somnolence, vertiges, stimulation excessive) peuvent apparaitre. Les naus√©es et les vomissements vont dispara√ģtre d'eux-m√™mes mais la constipation doit √™tre trait√©e. Il existe √©galement des troubles cardio-respiratoires (hypotension, bradycardie, bradypn√©e, dyspn√©e, d√©pression respiratoire), troubles du comportement (euphorie, agressivit√©). Il y a six points √† retenir pour les effets ind√©sirables lors des traitements, il est indispensable de surveiller leurs apparitions :

  1. Somnolence avec plus ou moins de troubles cognitifs ;
  2. Naus√©es et vomissements surtout au d√©but de l'administration ;
  3. Prurit (rare) ;
  4. R√©tention urinaire ;
  5. Bradypn√©e (lors de surdosage) ;
  6. Dépression respiratoire (lors de surdosage).

Morphine et dépendance

Comme tout opiac√©, la morphine provoque une d√©pendance physique et est susceptible de provoquer une d√©pendance psychologique dans certains contextes pr√©cis hors du contexte m√©dical. Sa prescription engage la responsabilit√© des m√©decins puisque c'est un produit qui peut engendrer une toxicomanie ou faire l'objet d'un trafic illicite. Sous contr√īle m√©dical, la prescription stipule des prises √† heure fixe et contr√īl√©es qui permettent la prise avant la r√©apparition de la douleur afin d'√©viter toute association entre m√©dication et soulagement imm√©diat ainsi qu'un arr√™t progressif permettant d'√©viter le syndrome de sevrage. Afin d'√©viter l'apparition d'une d√©pendance psychologique le m√©decin ne devrait jamais prescrire la morphine "au besoin" mais √† intervalles r√©guliers. La tol√©rance (le corps s'habitue au m√©dicament et n√©cessite une augmentation de la dose pour obtenir le m√™me effet th√©rapeutique) qui se d√©veloppe est un ph√©nom√®ne normal et ne doit pas √™tre v√©cu par le patient ou le m√©decin comme un signe d'une √©ventuelle toxicomanie, dans un cadre m√©dical, la prescription de morphine n'entra√ģne de toxicomanie que dans 4 cas pour 10 000. Si la morphine est un produit qui a pos√© de nombreux probl√®mes de toxicomanies au d√©but du XXe si√®cle, notamment du fait qu'elle √©tait essentiellement administr√©e sous forme injectable, de nos jours, son usage d√©tourn√© est relativement anecdotique ; elle n'est plus gu√®re utilis√©e par les toxicomanes qu'en substitution empirique de l'h√©ro√Įne. Elle peut exceptionnellement servir de traitement de substitution apr√®s l'√©chec du Subutex et de la M√©thadone dans le traitement de l'h√©ro√Įnomanie, m√™me si cet usage ne correspond pas, en France, √† son autorisation de mise sur le march√© (AMM).

Surdosage (overdose) et toxicité

Dose létale de morphine chez différentes espèces
Espèces voie d'administration DL50 en mg/kg
Rat orale 170
intraveineuse 46
Souris orale 670
intraveineuse 200
Chien intraveineuse 316

Le surdosage de morphine est un √©v√©nement grave dont les sympt√īmes sont l'apparition d'un √©tat de somnolence, d'hypothermie et d'hypotension, et rapidement une d√©pression respiratoire (difficult√© √† respirer). Les cas les plus s√©v√®res peuvent mener au coma et au d√©c√®s.

Le traitement débute en priorité par une ventilation assistée pour pallier la dépression respiratoire puis un lavage gastrique ou absorption de charbon actif pour éliminer le médicament non absorbé, lorsqu’une formulation à libération modifiée a été avalée.

Le traitement m√©dicamenteux passe ensuite par l'utilisation d'un antagoniste des r√©cepteurs des opiac√©s, en g√©n√©ral de la naloxone, antidote sp√©cifique de la d√©pression respiratoire par les opiac√©s. Le traitement d√©bute √† 0,2 mg de naloxone par voie intraveineuse suivie par des administrations suppl√©mentaires de 0,1 mg toutes les deux minutes.

Lors d'un surdosage massif, on administre de le naloxone √† la dose de 0,4‚Äď0,8 mg par voie intraveineuse. Les effets de la naloxone sont d'une dur√©e relativement br√®ve, une perfusion de naloxone peut √™tre install√©e jusqu'√† ce qu'une respiration spontan√©e revienne. La morphine peut persister dans le sang jusqu'√† 24 heures apr√®s l'administration, et le traitement du surdosage de morphine est adapt√© en cons√©quence.

Le naloxone est administrée avec précaution chez les personnes ayant une dépendance physique à la morphine, une inversion brutale ou complète des effets des opiacés pouvant précipiter un syndrome de sevrage aigu.

La dose n√©cessaire pour atteindre une toxicit√© par surdosage d√©pend de la pr√©sence d'un √©tat douloureux ou non et de son intensit√©. Ainsi, des cas de patients trait√©s pour des douleurs chroniques, avec du sulfate de morphine par voie orale, sont connus pour avoir pris plus de 3 000 mg par jour sans ressentir d'effets toxiques. N√©anmoins, les donn√©es disponibles sugg√®rent que la dose l√©tale puisse √™tre atteinte d√®s 60 mg de sulfate de morphine par voie orale pour une personne normale, sans √©tat douloureux et ne recevant pas d√©j√† de la morphine.

Chimie

La morphine est décrite dans les pharmacopées, entre autres la pharmacopée européenne qui en donne les techniques de caractérisation ainsi que les normes et les méthodes d'analyse pour son utilisation en tant que médicament.

Synthèse

Vue 3D de la molécule de morphine

Des méthodes de synthèse chimique existent mais la production à partir du pavot reste la plus rentable. Les dérivés semi-synthétiques sont préparés à partir de la morphine extraite du pavot. Les dérivés synthétiques comme la méthadone ou la péthidine sont préparés totalement par synthèse chimique.

Industriellement la morphine peut √™tre obtenue de deux fa√ßons :

à partir de pavot Oeillette
On utilise la capsule égrenée et l'extrémité de la tige du pavot oeillette (papaver somniferum nigrum) récolté "vert" pendant l'été. En France, la plante est cultivée essentiellement en Champagne-Ardenne. Les parties de la plante sont séchées, puis la morphine est extraite en milieu hydroalcoolique avec d'autre opiacés. Elle sera séparée par une précipitation sélective avant d'être purifiée.
√† partir de l'opium 
L'opium est issu de pavots (papaver somniferum), cultiv√©s en Inde, par √©vaporation du latex qui s'√©coule d'incisions faites sur la capsule. La morphine (et d'autres alcalo√Įdes) est obtenue par extraction aqueuse acide depuis l'opium qui en contient √† peu pr√®s 10 %. Elle est ensuite obtenue seule par une pr√©cipitation s√©lective.

Sulfate et chlorhydrate de morphine

La morphine est souvent utilisée sous forme de sel afin de faciliter son utilisation et son absorption par l'organisme dans les formes non injectables.

Il existe deux sels, sulfate et chlorhydrate de morphine qui une fois dans le corps seront sous forme de morphine base.

Le sulfate de morphine est obtenu par réaction de la morphine en solution hydroalcoolique (eau + éthanol) avec de l'acide sulfurique dilué. Une réaction similaire dans l'acide chlorhydrique est utilisée pour l'obtention du chlorhydrate de morphine.

Le sulfate a la particularité d'être un pentahydrate incluant deux molécules de morphine

DCI Sulfate de morphine Chlorhydrate de morphine
nom IUPAC Sulfate de di(7,8-did√©shydro-4,5őĪ-√©poxy-17-m√©thylmorphinane-3,6őĪ-diol) pentahydrat√© Chlorhydrate de 7,8-did√©shydro-4,5őĪ-√©poxy-17-m√©thylmorphinane-3,6őĪ-diol trihydrat√©
Formule brute C34H40N2O10S, 5H2O C17H20ClNO3, 3H2O
numéro CAS 6211-15-0 52-26-6
Masse molaire 759 g/mol 375,8 g/mol
Aspect poudre cristalline blanche poudre cristalline blanche ou aiguilles incolores, ou masses cubiques
solubilité soluble dans l’eau, très peu soluble dans l’éthanol, pratiquement insoluble dans le toluène soluble dans l’eau, très peu soluble dans l’éthanol, pratiquement insoluble dans le toluène

source: Pharmacop√©e europ√©enne 5.5, EDQM, 12/2005 ; The Merck index', 13e √©dition

Impuretés

De par la complexit√© de la composition de l'opium et de la ressemblance des produits qui le compose, on retrouve syst√©matiquement certains autres alcalo√Įdes dans la morphine que l'on consid√®re comme des impuret√©s. Leur teneur dans la morphine est limit√©e √† 1 % (0.2 % pour chaque impuret√© et 0,4 % pour la pseudomorphine)[4]:

  • Cod√©ine (impuret√© A de la pharmacop√©e europ√©enne)
  • Pseudomorphine (impuret√© B de la pharmacop√©e europ√©enne)
  • Oripavine (impuret√© C de la pharmacop√©e europ√©enne)
  • 10R-hydroxymorphine (impuret√© D de la pharmacop√©e europ√©enne)
  • morphinone (impuret√© E de la pharmacop√©e europ√©enne)
  • Th√©ba√Įne
  • Morphine N-oxide
  • Apomorphine

Législation

La morphine est inscrite au Tableau I de la convention unique sur les stupéfiants de 1961 et son usage est réglementé dans de nombreux pays. En Belgique et en France, la morphine et ses sels sont des stupéfiants. De ce fait, la morphine est soumise à une réglementation particulière pour la prescription (ordonnance particulière limitée dans le temps - 4 semaines en France), la délivrance (le pharmacien doit la noter sur un cahier spécial), l'usage (uniquement pour le malade) et la détention (considéré comme une drogue).

Comme tout narcotique, la morphine est une substance dopante et, dans certains pays, il est interdit aux sportifs participant aux compétitions d'en utiliser.

Préjugés face à la morphine

La morphine administr√©e en fin de vie acc√©l√®re la mort 
Lorsque qu’elle est administrée de façon appropriée la morphine n'accélère pas la mort du patient.
La morphine provoque des d√©lires 
Les gens confondent souvent l'agonie et le délire, ainsi ils croient que ce dernier est causé par la morphine. Il est possible que la morphine soit à l’origine de confusions, cela se produit seulement au début d’un traitement à base de morphine lorsque que le patient n'est pas encore habitué au produit ou que la dose prescrite est trop élevée.
La morphine cause une d√©pendance psychologique 
Lorsque la morphine est administr√©e de fa√ßon ad√©quate le risque de d√©pendance psychologique est faible. Par contre la d√©pendance physique est quasi automatique, voire in√©vitable si la dose est √©lev√©e. Il ne faut pas confondre la d√©pendance physique et la d√©pendance psychologique. La d√©pendance physique est normale et attendue lors d'un traitement par opiac√©. Les m√©decins ont un r√īle √† jouer afin d'√©viter qu'une d√©pendance psychologique et/ou physique ne se d√©veloppe, notamment en prescrivant la morphine √† intervalles r√©guliers et non "au besoin" et en surveillant la disparition de ses effets en fin de traitement. √Čgalement en diminuant progressivement la dose lors de l'arr√™t tout en veillant les r√©actions du patient pour d√©tecter les signes de d√©pendance.
L'utilisation de la morphine devrait √™tre r√©serv√©e aux personnes en fin de vie 
Une personne qui souffre de douleur chronique a le droit d'être soulagée et la morphine étant un produit peu toxique, elle peut être administrée pendant de nombreuses années sans problème. La morphine est aussi utilisée pour soulager les douleurs des personnes gravement blessées. Priver quelqu'un d'un soulagement de sa douleur sous prétexte qu'elle devrait être réservée en fin de vie seulement serait cruel et inhumain.

Termes apparentés

  • Morphinomanie : terme compos√© de morphine et de manie, du grec mania pour ¬ę folie, passion ¬Ľ. Il d√©signe une consommation r√©guli√®re et non contr√īl√©e de morphine, amenant un √©tat de d√©pendance.
  • Morphinomane : d√©signe la personne atteinte de morphinomanie.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Masse molaire calcul√©e d‚Äôapr√®s Atomic weights of the elements 2007 sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. ‚ÜĎ L‚Äôopium, la morphine et la douleur, Docteur Evelyne Pichard, Institut Gustave-Roussy
  3. ‚ÜĎ ;specid=60254117&typedoc=R&ref=R0084958.htm R√©sum√© des caract√©ristiques du produit, ZOMORPH L.P. 200 mg, g√©lule √† lib√©ration prolong√©e, AFSSAPS, 09/11/2005
  4. ‚ÜĎ Pharmacop√©e europ√©enne 5.5, EDQM, 12/2005

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  • Morphine ‚ÄĒ Morphine ‚Ķ   –í–ł–ļ–ł–Ņ–Ķ–ī–ł—Ź

  • Morphine ‚ÄĒ Mor phine, n. [From Morpheus: cf. F. morphine.] (Chem.) A bitter white crystalline alkaloid found in opium, possessing strong narcotic properties, and much used as an anodyne; called also {morphia}, and {morphina}. [1913 Webster] ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

  • Morphine ‚ÄĒ fue una banda de rock formada in 1990 por Mark Sandman en Boston, Estados Unidos. Sandman fue algo as√≠ como un veterano de la escena underground de Boston. Particip√≥ en varias bandas, incluyendo Treat Her Right, The Hypnosonics, The Pale Brothers ‚Ķ   Enciclopedia Universal

  • morphin√© ‚ÄĒ morphin√©, √©e (entr√©e cr√©√©e par le suppl√©ment) (mor fi n√©, n√©e) adj. Terme de physiologie exp√©rimentale. Qui a re√ßu dans ses tissus de la morphine. ‚Äʬ†¬†¬†On prend une grenouille morphin√©e, HENNEGUY Etude sur l action des poisons, p. 23, Montpellier ‚Ķ   Dictionnaire de la Langue Fran√ßaise d'√Čmile Littr√©

  • morphine ‚ÄĒ (n.) chief alkaloid of opium, 1828, from Fr. morphine or Ger. Morphin (1816), name coined by German apothecary Friedrich Sert√ľrner (1783 1840) in reference to L. MORPHEUS (Cf. Morpheus), Ovid s name for the god of dreams, from Gk. morphe form,… ‚Ķ   Etymology dictionary

  • morphine ‚ÄĒ [m√īr‚Ä≤fńď …ôm√īr‚Ä≤fńďnőĄ] n. [Ger morphin or Fr morphine < ModL morphium, so named (1811) by F. W. A. Sert√ľrner (1783 1841), Ger pharmacist < L Morpheus: see MORPHEUS] a bitter, white or colorless, crystalline narcotic alkaloid, C17H19NO3¬∑H2O,… ‚Ķ   English World dictionary

  • Morphine ‚ÄĒ Allgemeine Informationen Genre(s) Indie Rock, Jazzrock, Lowrock Gr√ľndung 1989 Aufl√∂sung 1999 ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • morphine ‚ÄĒ ‚Ėļ NOUN ‚Ė™ a narcotic drug obtained from opium and used medicinally to relieve pain. ORIGIN named after the Roman god of sleep, Morpheus ‚Ķ   English terms dictionary

  • Morphine ‚ÄĒ This article is about the drug. For other meanings, see Morphine (disambiguation). Morphia redirects here. For other uses, see Morphia (disambiguation). Not to be confused with Morphinae, Morphea, or Morpholine. Morphine ‚Ķ   Wikipedia


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