Monts d'Arrée

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Monts d'Arrée
Monts d'Arrée
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Monts d'Arrée
Monts d'Arrée

Localisation des monts d'Arrée sur une carte du FinistÚre.
GĂ©ographie
Altitude 385 m, Roc'h Ruz
Massif Massif armoricain
Administration
Pays Drapeau de France France
RĂ©gion Bretagne
DĂ©partement FinistĂšre
GĂ©ologie
Âge PalĂ©ozoĂŻque
Roches Roches sédimentaires et métamorphiques

Les monts d'ArrĂ©e sont un massif montagneux ancien de la Bretagne occidentale faisant partie du massif armoricain. ComposĂ©s de roches sĂ©dimentaires et mĂ©tamorphiques datant du PalĂ©ozoĂŻque, ils marquaient la limite des Ă©vĂȘchĂ©s de Cornouaille et de LĂ©on. Leur paysage est trĂšs proche de ceux de l'Irlande et du Pays de Galles, avec ses rocs qui Ă©mergent de la vĂ©gĂ©tation constituĂ©e principalement de landes, qui est typique de l'Argoat.

C'est le cƓur mĂȘme de la « Bretagne bretonnante Â» ou Basse-Bretagne[1] (Breiz-Izel en breton) avec ses traditions, ses lĂ©gendes, son Ă©cosystĂšme prĂ©servĂ©. Les monts d'ArrĂ©e font partie du parc naturel rĂ©gional d'Armorique crĂ©Ă© en 1969. Les monts d'ArrĂ©e sont situĂ©s dans le dĂ©partement du FinistĂšre, principalement sur les communes de Berrien, Botmeur, Brennilis, Commana, Huelgoat, La FeuillĂ©e, Le CloĂźtre-Saint-ThĂ©gonnec, Loqueffret, PlounĂ©our-MĂ©nez, Saint-Rivoal et Sizun. La communautĂ© de communes des Monts d'ArrĂ©e regroupe quant Ă  elle les communes de Berrien et Huelgoat, ainsi que Bolazec, Locmaria-Berrien et Scrignac[2].

Sommaire

Toponymie

Le mot ArrĂ©e (ou ArrhĂ©e, Arez) proviendrait d'un vieux mot celte, anne ou enne, signifiant « montagne Â» qui serait aussi Ă  l'origine par exemple du mot PyrĂ©nĂ©es (pyr le « feu Â» et enne « montagne Â»)[3], mais cela reste une hypothĂšse. La graphie du mot a lontemps Ă©tĂ© incertaine, d'oĂč de nombreuses variantes : Are[4],[5], ArĂšs[6],[7], Aray[8], Arez[9], Arhes[10],[11], ArrhĂ©es[12], ArrhĂ©e, mĂȘme si la graphie ArrĂ©e est depuis plus d'un siĂšcle la plus utilisĂ©e et dĂ©sormais consacrĂ©e par l'usage.

GĂ©ographie

Vue panoramique depuis le Roc'h Trévezel

« J'aimerais vous montrer les monts chauves de l'ArrĂ©e, les sentiers blancs qui conduisent Ă  des manoirs poignardĂ©s, les chemins qui s'enroulent autour des hameaux bleus. C'est un pays de brumes et de vents en bataille, avec des toponymes aussi fluides que des ondĂ©es, aussi sonores que des gongs Â»

— Xavier Grall, Les vents m'ont dit[13]

EntitĂ© aux contours mal dĂ©finis, les monts d'ArrĂ©e s'Ă©tendent sur environ 192 000 hectares ; ils rĂ©sultent, comme l'ensemble du massif armoricain, du plissement hercynien et s'alignent selon un axe ouest-sud-ouest est-nord-est allant de la presqu'Ăźle de Crozon (MĂ©nez-Hom) jusqu'Ă  la limite orientale du FinistĂšre, voire pour certains jusqu'au Menez BrĂ© dans les CĂŽtes d'Armor.

Topographie

Panneau indicateur Michelin indiquant, Ă  vingt mĂštres prĂšs pour l'Ă©poque, la hauteur du Roc'h Trevezel.
L'émetteur de télévision de Roc'h Trédudon et à sa droite le Roc'h Ruz

Les sommets des monts d'ArrĂ©e prĂ©sentent, malgrĂ© leur faible altitude, un vĂ©ritable dĂ©cor de montagne[14]. L'escarpement rocheux de quartzites trĂšs durs, d'Ăąge dĂ©vonien, affleurant en bancs trĂšs redressĂ©s (le pendage est d'environ 60 degrĂ©s) du Roc'h Trevezel, haut de seulement 384 mĂštres d'altitude, et ses voisins le Roc'h ar Feunteun (371 mĂštres), le Roc'h Ruz[15] (considĂ©rĂ© dĂ©sormais comme le point culminant de la Bretagne depuis les derniers relevĂ©s effectuĂ©s par GPS[15]) et Roc'h TrĂ©dudon (368 mĂštres) font saillie sur la crĂȘte, formant un saisissant relief, dominant d'une centaine de mĂštres le plateau granitique tabulaire du LĂ©on[16], exposĂ© Ă  la vigoureuse influence des vents de noroĂźt [nord-ouest], trĂšs verdoyant en raison du bocage et des prairies qui le recouvrent en raison de son altitude plus modeste, mĂȘme s'il est en fait peu boisĂ© du cĂŽtĂ© de Commana et de PlounĂ©our-MĂ©nez.

C'est une barriĂšre puissante, mais aussi une ligne de partage des eaux extrĂȘmement nette entre les cours d’eau coulant vers la Manche et ceux allant vers l’ocĂ©an Atlantique. C’est aussi une limite humaine trĂšs nette, sĂ©parant le LĂ©on de la Cornouaille. La lande atlantique occupe les croupes les plus hautes, tandis que les prĂ©s et les champs entourĂ©s de talus sans arbres, souvent des murets recouverts d'herbes, s’avancent jusqu’au contact des crĂȘtes, par les vallĂ©es Ă©vasĂ©es.

La rudesse des sommets, couverts d'une végétation rase et sÚche.

La partie du plateau du LĂ©on proche de l’alignement des Roc’h est une rĂ©gion dĂ©jĂ  rude par l’altitude et la proximitĂ© de la montagne. La toponymie reflĂšte les rigueurs du lieu : l’un des hameaux porte le nom d’« Enfer Â» (commune de Le CloĂźtre-Saint-ThĂ©gonnec), un autre s’appelle Pen ar Prajou (« fin des prĂ©s Â») (commune de PlounĂ©our-MĂ©nez), montrant que par ces tĂȘtes de vallĂ©es Ă©vasĂ©es (PenzĂ©, Queffeulth, 
), entre les premiĂšres crĂȘtes vĂȘtues de landes de l’ArrĂ©e, finissent les espaces agricoles du Haut-LĂ©on (Plouigneau, Saint-ThĂ©gonnec, Landivisiau), rĂ©putĂ©s dans un passĂ© lointain pour leurs Ă©levages de chevaux[17].

Vers le sud-sud-ouest, en forme de croissant Ă©levĂ©, une ligne de hauteurs massives, aux sommets arrondis : le signal de Toussaines (Menez Kador ou Tuchenn Kador), longtemps considĂ©rĂ© comme le point culminant de la Bretagne (384 m) ; plus au sud, isolĂ©, en forme de ballon, le mont Saint-Michel de Brasparts, d’altitude Ă  peu prĂšs Ă©gale Ă  celle de Toussaines, mais beaucoup plus puissant en apparence, par son isolement. Ces sommets arrondis constituĂ©s de grĂšs siluriens trĂšs rĂ©sistants, appelĂ©s grĂšs armoricains. L’usure uniforme des grĂšs a donnĂ© Ă  ces massifs centraux de l’ArrĂ©e des formes arrondies, en coupoles, assez semblables aux dĂŽmes des noyaux granitiques. Nettement plus Ă  l'ouest, Ă  l'entrĂ©e de la presqu'Ăźle de Crozon, le sommet arrondi du MĂ©nez-Hom forme le prolongement occidental de l’ArrĂ©e, mais fait partie gĂ©ologiquement des montagnes Noires.

La maigre lande laisse voir, par endroits, de larges plaques grisĂątres de sol grĂ©seux sur le large faĂźte, oĂč est bĂątie la chapelle de Saint-Michel, tĂ©moignage de la vĂ©nĂ©ration que les populations armoricaines ont toujours attachĂ©e aux hauts-lieux. De lĂ , le panorama est immense : vers le nord, la ligne des Roc’h se prolonge trĂšs loin de part et d’autre du Roc TrĂ©vĂ©zel, vers l’est et vers l’ouest. L’ArrĂ©e est de ce cĂŽtĂ© parfaitement limitĂ©e, par le dĂ©veloppement rectiligne de ces rochers sur des kilomĂštres de longueur. Vers le sud, nulle arĂȘte semblable : les hautes surfaces dĂ©solĂ©es de l’ArrĂ©e, entaillĂ©es par quelques tĂȘtes de vallĂ©es cultivĂ©es, dominent directement, sans interposition d’une ligne de reliefs plus Ă©levĂ©s, une dĂ©pression bocagĂšre qui est le bassin de ChĂąteaulin.

Panneau du col de Trédudon.

Vers l’est, dĂšs le pied du mont Saint-Michel, on trouve les marais de Saint-Michel (en breton « Yeun Elez Â», les « marais de l’Ange Â»), une vaste dĂ©pression Ă  peine creusĂ©e, surface plane plutĂŽt que cuvette, fermĂ©e vers l’ouest par les monts de Toussaines et de Saint-Michel. Cette cuvette qui Ă©chappe Ă  tout drainage est occupĂ©e par une tourbiĂšre de 1 500 hectares, en partie dĂ©sormais ennoyĂ©e par le lac rĂ©servoir de Saint-Michel. Cette dĂ©pression taillĂ©e dans l’ellipse granitique[18] de l’ArrĂ©e est un tĂ©moin d’une pĂ©nĂ©plaine trĂšs ancienne, antĂ©rieure Ă  celle qui forme les plateaux du TrĂ©gor et du LĂ©on. L’activitĂ© Ă©rosive des eaux courantes ne l’a que peu entaillĂ©e, laissant presque intacte la vieille surface mal drainĂ©e et marĂ©cageuse du Yeun Elez.

L'impression de « montagne Â», malgrĂ© l'altitude trĂšs modeste, a Ă©tĂ© accentuĂ©e rĂ©cemment par des modifications toponymiques voulues par les syndicats d'initiative locaux[19] pour amĂ©liorer l'attractivitĂ© touristique : col de TrĂ©dudon, col de Trevezel.

GĂ©omorphologie

« Trois choses sont impossibles Ă  Dieu : aplanir Brasparts, Ă©pierrer Berrien[20] et arracher la fougĂšre Ă  PlouyĂ© Â»

— Dicton de la rĂ©gion[21]

Une part du massif armoricain

Vue des reliefs schisteux sur le Tuchenn Kador.

« Ces montagnes qui n’en sont plus se souviennent de l'avoir Ă©tĂ©. Jusque dans leur mĂ©diocritĂ© prĂ©sente, elles gardent un je ne sais quoi de fier et de merveilleux qui ne permet point de les ravaler au rang de simples collines. Vous ĂȘtes ici au balcon de l'Occident Â»

— Anatole Le Braz, La lĂ©gende de la mort chez les Bretons armoricains[22]

Les monts d'ArrĂ©e forment, avec les collines de Normandie et les hauteurs de la GĂątine vendĂ©enne l'une des trois rĂ©gions les plus Ă©levĂ©es du Massif armoricain, qui s'Ă©tend sur 65 000 km2 et dont les limites orientales dĂ©passent largement celles de la Bretagne historique. C'est un massif ancien, soulevĂ© au PalĂ©ozoĂŻque (plissement hercynien) Ă  plusieurs milliers de mĂštres d'altitude[23], rabotĂ© par l'Ă©rosion (pĂ©nĂ©planation) pendant le MĂ©sozoĂŻque (pĂ©nĂ©plaine post-hercynienne)[24], et resoulevĂ© partiellement au CĂ©nozoĂŻque[24] lors du contre-coup des plissements pyrĂ©nĂ©en et alpin, ce qui a entraĂźnĂ© une reprise de l'Ă©rosion qui a Ă©pargnĂ© les affleurements de roches dures (grĂšs armoricain datant de l'Ordovicien, quartzites, schistes durs (parfois ardoisiers), etc.), creusant essentiellement les affleurements de roches tendres (schistes tendres, et mĂȘme de granite dans la cuvette du Yeun Elez)[25].

Des Ă©tudes scientifiques ont dĂ©terminĂ© la topologie des monts d'ArrĂ©e lors des diffĂ©rentes pĂ©riodes gĂ©ologiques[26] : lors du plissement hercynien de l'Ăšre primaire, il y a environ 300 millions d’annĂ©es, les monts d'ArrĂ©e culminaient entre 2 000 et 3 000 mĂštres, l'Ă©rosion de l'Ăšre secondaire a ensuite rabaissĂ© l'altitude pour atteindre 100 Ă  200 mĂštres de moyenne.

L’alignement principal de ces « menez Â» va du MĂ©nez-Hom Ă  l’ouest jusqu’au nord de l’Ille-et-Vilaine en passant par le Menez BrĂ© (ou MenĂ© BrĂ©) et les monts du MenĂ© dans les CĂŽtes-d'Armor. Plus au sud, l’alignement des sommets des montagnes Noires jusqu’aux Landes de Lanvaux dans le Morbihan et le Sillon de Bretagne en Loire-Atlantique, bien que moins Ă©levĂ©s, ont la mĂȘme origine[27].

Création du relief

Schistes formant une des pointes du Roc'h Trévézel.

GĂ©ologiquement, les monts d'ArrĂ©e forment un vaste synclinorium complexe entre les plateaux granitiques du nord (LĂ©on, TrĂ©gor) et du sud (Cornouaille) de la Bretagne dont les affleurements de roches dures ont davantage rĂ©sistĂ© Ă  l'Ă©rosion que le granite, provoquant une inversion de relief, la rĂ©gion en position synclinale formant les points hauts du relief. L'infiltration de l'eau dans les diaclases fissurant le granite a entraĂźnĂ© sa dĂ©sagrĂ©gation et la formation d'arĂšnes granitiques qui, lorsqu'elle est emportĂ©e par l'eau courante, laisse en place les blocs arrondis de granite sain, d'oĂč la formation de chaos granitiques comme ceux de la rĂ©gion du Huelgoat : vallĂ©e de la riviĂšre d'Argent avec le chaos du Moulin, la grotte du Diable ou encore la cĂ©lĂšbre « roche tremblante Â» qui pĂšse 100 tonnes[25] ou de la vallĂ©e de Saint-Herbot et son chaos.

Chaos granitique du Huelgoat.

Cette histoire gĂ©ologique explique l'horizontalitĂ© des lignes de crĂȘtes : Ă  quelques mĂštres prĂšs, tous les points hauts du relief, formĂ©s par les alignements de roches dures orientĂ©s principalement est-ouest, ont Ă  peu prĂšs la mĂȘme altitude, comprise entre 360 et 385 mĂštres. Ces points correspondent aux lambeaux subsistants de l'ex-pĂ©nĂ©plaine post-hercynienne. C'est un relief appalachien typique dont le Massif Armoricain est un trĂšs bel exemple[24].

Les affleurements géologiques de grÚs armoricain, de quartzites, de granite ont longtemps contribué à la pauvreté de la région, les sols démunis de chaux et de phosphore ne pouvant nourrir qu'une maigre lande.

Toponymie des reliefs

L'expression « monts d'ArrĂ©e Â», qui s'Ă©crivait par le passĂ© monts d'ArhĂšs, signifierait en vieux celtique « monts de la sĂ©paration Â» en raison de l'aspect de barriĂšre que prĂ©sente cette ligne de hauteurs[28].

Dans la montagne d’ArrĂ©e, les quartzites dĂ©voniens et les grĂšs durs du silurien, dĂ©bitĂ©s en dalles massives, font surgir au-dessus des plateaux granitiques des sommets dĂ©coupĂ©es en dents de scie. Ces arĂȘtes aux profils Ă©tranges sont nommĂ©s de deux maniĂšres : les roc’h (« rocs Â»), tels les Roc'h Trevezel, Roc'h TrĂ©dudon et Roc'h Ruz, tout en dentelures, et les crĂ©ac’h (CrĂ©ac'h MĂ©nory en le CloĂźtre-Saint-ThĂ©gonnec), beaucoup plus dĂ©gradĂ©s[21]. Ils contribuent Ă  donner aux collines qu’ils dominent une vĂ©ritable allure montagnarde.

Ces sommets arrondis, en coupole, portent le nom de menez (« mont Â») dans le cas de monts arrondis, tels le mont Saint-Michel de Brasparts ou le Menez Kador, ou le nom de roz dĂ©finissant les collines aux pentes douces (Roz-Du en Botmeur)[21].

Les ravins sont des Traon (vallon exploitĂ© par l'homme, servant souvent de chemin naturel d'accĂšs Ă  la montagne depuis le piĂ©mont), d'oĂč des toponymes comme Le Traon en Botmeur ou Kerandraon en PlounĂ©our-MĂ©nez, ou des Toul (vallon non cultivĂ©, restĂ© inhabitĂ©) comme Ă  Toul an Groas le « fond de la croix Â») entre Le CloĂźtre-Saint-ThĂ©gonnec et l'abbaye du Relecq[21].

Hydrographie

Lavoir entouré de pavement en schistes ardoisiers

C'est le chĂąteau d’eau naturel du FinistĂšre, berceau de nombreux fleuves cĂŽtiers : l’Aulne, l’Elorn, la PenzĂ©, le Queffleut (ou Queffleuth), le Douron, l'Ellez (en breton Elez, affluent de l'Aulne), etc. y prennent leur source. L'observation d'une carte de l'ensemble de la Bretagne montre que la ligne de partage des eaux entre les fleuves cĂŽtiers descendants vers le sud, donc tributaires de l'Atlantique, au cours plus long, et ceux qui, coulant vers le Nord, rejoignent la Manche, beaucoup plus courts, est nettement dĂ©calĂ©e vers le nord : c'est une consĂ©quence du fait que la Bretagne dans son ensemble est un horst inĂ©galement resoulevĂ© lors du contre-coup du plissement alpin, la partie nord l'Ă©tant davantage que la partie sud (bloc basculĂ©)[29].

À la diffĂ©rence de la majeure partie du reste de la Bretagne, l'eau est ici non polluĂ©e, ce qui explique la prĂ©sence Ă  Commana[30] et Ă  La FeuillĂ©e[31] d'usines d'embouteillage d'eau de source, le captage puisant l'eau au pied du versant nord du Roc'h Trevezel pour la premiĂšre, et sur le rĂ©seau d'eau de La FeuillĂ©e pour la seconde.

Faune et flore

Une vĂ©gĂ©tation caractĂ©ristique : la lande

Vue sur la lande au pied du Mont Saint-Michel-de-Brasparts.
GenĂȘt Ă  balais (Cytisus scoparius) sur les contreforts du Roc'h Trevezel.
BruyĂšre en fleurs.

Vers 6000 Ă  7000 avant notre Ăšre, les analyses polliniques indiquent que la majeure partie de l'ArrĂ©e Ă©tait couverte d'une forĂȘt tempĂ©rĂ©e humide de type ocĂ©anique composĂ©e principalement de chĂȘnes, d'ormes, de frĂȘnes et de noisetiers. La lande n'occupait Ă  cette Ă©poque que les crĂȘtes, battues par le vent et aux sols peu profonds[32]. Jusqu'au dĂ©but de l'Ăąge du bronze, l'homme n'a Ă©tĂ© que trĂšs peu prĂ©sent dans la rĂ©gion et n'a pas modifiĂ© la vĂ©gĂ©tation climacique[33]. Durant l'Ăąge du bronze, une activitĂ© humaine dissĂ©minĂ©e et pastorale avec un peu d'agriculture sur brĂ»lis a amorcĂ© un dĂ©boisement qui s'est Ă©tendu surtout pendant l'Ăąge du fer ; la disparition de l'humus forestier en raison de l'Ă©rosion et du lessivage des sols pentus ont entraĂźnĂ© l'apparition d'un sol pauvre et l'extension des landes.

Au Moyen Âge, l'accroissement des dĂ©frichements, principalement par Ă©cobuage, et des besoins en bois ont achevĂ© de faire disparaĂźtre la forĂȘt originelle de l'ArrĂ©e et provoquĂ© la crĂ©ation du paysage bocager actuel.

La vĂ©gĂ©tation caractĂ©ristique des pentes constituĂ©es par les schistes dĂ©voniens, exploitĂ©s par endroits jusqu'Ă  rĂ©cemment en carriĂšres d’ardoises (visibles encore sur le versant nord des Roc'hs, au pied mĂȘme du Roc'h TrĂ©vĂ©zel ou encore Ă  Saint-Cadou), avoisinant les arĂȘtes de quartzite constituant les Roc'hs, est une lande d’une extrĂȘme pauvretĂ©, composĂ©e exclusivement de bruyĂšres et d’ajoncs ras (une dizaine de centimĂštres de hauteur), de carex, de gentianes. « Douar treaz, douar ed ; douar brulu ne-d-eo ket Â» (« Terre de sable, terre Ă  blĂ© ; mais terre Ă  digitales ne l'est pas Â») dit un proverbe breton[28]. Rien de comparable avec la lande des pays granitiques, souvent touffue et vigoureuse, riche en genĂȘts et ajoncs drus dĂ©veloppĂ©s en hauteur. L’altitude, le vent, l’aciditĂ© de sols explique la dĂ©solation de ces landes d’ArrĂ©e pourtant copieusement arrosĂ©es, la maigreur de la vĂ©gĂ©tation rappelant celle de certaines montagnes et plateaux calcaires. La Bretagne intĂ©rieure est nommĂ©e l’Argoat (« la ForĂȘt Â») : si c’est justifiĂ© par endroits (ForĂȘt de BrocĂ©liande ou ForĂȘt du Cranou par exemple), cela ne l’est pas dans les montagnes d’ArrĂ©e caractĂ©risĂ©es par la quasi-absence d’arbres Ă  l’exception de plantations rĂ©centes.

MalgrĂ© une altitude moyenne trĂšs modeste (385 mĂštres au maximum), l'Ă©tagement de la vĂ©gĂ©tation est nettement perceptible, aucun arbre n'est prĂ©sent dans les parties sommitales[34] balayĂ©es par les vents : alors que, dans les espaces non convertis Ă  l'agriculture, la forĂȘt atlantique (le toponyme Huelgoat par exemple est formĂ© de deux noms bretons : huel, « haut Â» et koat, « bois Â»), forĂȘt par les chĂȘnes rouvres et les hĂȘtres (hĂȘtre se dit Faou en breton, toponyme que l'on retrouve dans des localitĂ©s telles que Le Faou ou ChĂąteauneuf-du-Faou, ainsi que dans de nombreux lieux-dits) est la vĂ©gĂ©tation naturelle correspondant au climax de cette rĂ©gion, elle laisse ici la place Ă  la lande[35].

Milieu fragile, menacĂ© principalement par les incendies (celui de l'Ă©tĂ© 1976 ravagea 5 000 ha de landes sur le Tuchen Kador et le Roc’h du Mougau, celui de juin 1996 brĂ»la 900 ha entre le Yeun Elez et le mont Saint-Michel de Brasparts[34], celui de mai 2010 blessa 2 pompiers et brĂ»la 500 ha entre Botmeur et Commana), dĂ©sormais protĂ©gĂ© dans le cadre de la directive Natura 2000[34], c'est le plus vaste ensemble de landes atlantiques[34] de France[36] : il couvre plus de 10 000 hectares[37]. Le sol acide de ce massif joue un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant sur la flore[38]. La lande est l'un des paysages les plus typiques de Bretagne[36]. ComposĂ©e d'arbrisseaux, elle se dĂ©veloppe sur des sols acides et pauvres, oĂč dominent les bruyĂšres, le genĂȘt (Cytisus scoparius) et les ajoncs.

Dans ce type de milieu, l'Ă©volution de la flore est contrĂŽlĂ©e : les arbres ne peuvent se dĂ©velopper soit Ă  cause du vent pour les landes littorales, soit Ă  cause de la fauche ou du pĂąturage extensif dans les landes intĂ©rieures. Ces derniĂšres sont aujourd'hui les plus menacĂ©es et ne sont conservĂ©es que grĂące Ă  leur entretien[36]. La lande se compose principalement de bruyĂšres (Erica ciliaris ou bruyĂšre ciliĂ©e et Erica tetralix[39]), d'ajoncs et de genets ainsi que de drosĂ©ras (plantes carnivores). Les tourbiĂšres sont nombreuses, celles des touls (dĂ©pressions humides) bien sĂ»r, la principale Ă©tant celle du Yeun Elez, mais aussi de nombreuses tourbiĂšres de crĂȘtes ; la tourbe fut longtemps utilisĂ©e par les habitants de la rĂ©gion comme moyen de chauffage. Elle rĂ©sulte de la dĂ©composition de la matiĂšre organique. En raison de la position atlantique des tourbiĂšres, elles possĂšdent une vĂ©gĂ©tation spĂ©cifique[40] Par exemple, l'ajonc de Le Gall[41] qui domine dans les landes des monts d'ArrĂ©e n'est frĂ©quent qu'Ă  l'ouest. La spĂ©cificitĂ© de ce massif est particuliĂšrement d'ĂȘtre le rĂ©servoir principal de la sphaigne de la Pylaie[41], et d'abriter prĂšs de 70 % de la population française connue d’une trĂšs rare orchidĂ©e protĂ©gĂ©e infĂ©odĂ©e aux tourbiĂšres acides : le malaxis des tourbiĂšres[41] (orchidĂ©e rarissime, Orchidaceae), dite aussi orchis (quelques centaines de pieds). L'asphodĂšle d'Arrondeau, pante trĂšs rare et menacĂ©e, est Ă©galement prĂ©sente Ă  Berrien.

L'origine de ces landes est pour partie naturelle et pour le reste d'origine anthropique[42] en raison du pastoralisme (la lande servait Ă  litiĂšre et Ă  la nourriture des animaux) et de l'Ă©cobuage. En nette rĂ©gression aux XIXe et premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcles, la lande a perdu 90 % de sa superficie[43], en raison de l'extension des surfaces agricoles liĂ©e au partage du foncier en lots individuels dans la seconde partie du XIXe siĂšcle, Ă  la rĂ©volution fourragĂšre et Ă  la politique de boisement (enrĂ©sinement) au XXe siĂšcle (entre 1948 et 1992, 3 385 ha de rĂ©sineux, dont principalement 2 213 ha d'Ă©picĂ©a de Sitka ont Ă©tĂ© plantĂ©s avec subvention publique dans les monts d'ArrĂ©e et seulement 111 ha de feuillus[44] provoquant un recul d'environ 10 % des landes). Celles-ci sont aujourd’hui abandonnĂ©es par l’agriculture, la faux et la faucille passaient lĂ  oĂč la mĂ©canisation a butĂ©, elles reprĂ©sentent des milieux semi-naturels tĂ©moignant autant des activitĂ©s humaines anciennes que des conditions Ă©cologiques actuelles[45]. Suite Ă  la modernisation de l’agriculture, on assiste depuis le XIXe siĂšcle Ă  leur rĂ©gression. Le parc naturel rĂ©gional d'Armorique a crĂ©Ă© plusieurs rĂ©serves naturelles[46] pour prĂ©server ce milieu fragile telles celles des landes du Cragou et celle du Venec Ă  Brennilis dans le marais du Yeun Elez.

Une faune caractéristique

La faune des monts d'Arrée comporte plusieurs espÚces endémiques, rares ou protégées, comme le vison d'Europe, le castor européen (réintroduit autour du réservoir de Saint-Michel depuis 1968[47] et formant à présent une dizaine de groupes d'individus[48]), le courlis cendré, le faucon hobereau, le busard Saint-Martin, le busard cendré, l'hermine, le CircaÚte Jean-le-Blanc[21] ou l'Escargot de Quimper.

DĂ©mographie

Le Pays du Centre-Ouest Bretagne (COB) ou Kreiz Breizh en breton, qui a succĂ©dĂ© au Groupement d'action local du Centre Ouest Bretagne (GALCOB) crĂ©Ă© dans les annĂ©es 1990, Ă  cheval sur les trois dĂ©partements du FinistĂšre, des CĂŽtes d'Armor et du Morbihan, vise Ă  fĂ©dĂ©rer, au-delĂ  des dĂ©coupages administratifs dĂ©partementaux, les efforts en faveur du dĂ©veloppement de ce « pays[49] Â». Il compte 108 communes, dont 37 dans le FinistĂšre, sur 3 143,28 km2 (1 140,05 km2 dans le FinistĂšre) et compte 103 380 habitants (en 2006) dont 43 445 dans le FinistĂšre, soit une faible densitĂ© de 32 habitants par km2. La population continue Ă  baisser[50] : ce mĂȘme pays Ă©tait peuplĂ© de 133 017 habitants en 1968, de 109 232 en 1990[51]. Le vieillissement de la population est important : en 2006, 30,6 % des femmes et 22,1 % des hommes de ce pays Ă©taient ĂągĂ©s 65 ans et plus[50]. Son action la plus symbolique Ă©tant la lutte pour achever le dĂ©senclavement routier par la mise Ă  quatre voies sur la totalitĂ© de son itinĂ©raire de l'axe ChĂąteaulin-Carhaix-LoudĂ©ac-Rennes (RN 164).

Dans le cƓur des monts d'ArrĂ©e, la communautĂ© de communes du Yeun Elez n'est peuplĂ©e, Ă  la mĂȘme date, que de 4 160 habitants (19 hab/km2) la communautĂ© de communes des Monts d'ArrĂ©e n'en a que 3 853 Ă  la mĂȘme date (50 hab/km2)[52]. L'Ă©migration a, depuis le milieu du XIXe siĂšcle, longtemps Ă©tĂ© forte vers Paris et les autres grands centres urbains, vers l'Ă©tranger parfois (vers l'AmĂ©rique du Nord et parfois l'Argentine) mĂȘme si le phĂ©nomĂšne est plus connu dans les montagnes Noires voisines, particuliĂšrement dans la rĂ©gion de Gourin[53], surnommĂ©e « Gourin l'AmĂ©ricaine Â». L'un des descendants d'Ă©migrĂ©s bretons en AmĂ©rique les plus connus est Jack Kerouac dont un ancĂȘtre, Urbain-François Le Bihan de Kervoach, fils de notaire royal, est nĂ© au Huelgoat.

Paradoxalement cette nĂ©cessitĂ© de l'Ă©migration est facteur de progrĂšs ; AndrĂ© Siegfried, dans son livre Tableau politique de la France de l'Ouest le constate : « Comme la terre de la montagne est pauvre, elle ne suffit absolument pas Ă  nourrir ses habitants. [...] C'est ailleurs que les montagnards doivent trouver l'appoint de leur subsistance. Beaucoup se font marins, douaniers, petits fonctionnaires. Revenant assez fidĂšlement au pays, au moins comme visiteurs, ils y rapportent l'Ă©cho de prĂ©occupations diffĂ©rentes, (...) des idĂ©es avancĂ©es Â».

L'Ă©migration temporaire est frĂ©quente Ă©galement. AndrĂ© Siegfried poursuit : « Ă€ Botmeur, Ă  la FeuillĂ©e, vit toute une population de chiffonniers, de marchands d'oignons. Ces pillaouers, comme on les appelle, sont la moitiĂ© du temps loin de chez eux Â». En effet, les pilhaouers de Botmeur, La FeuillĂ©e, Brennilis et Loqueffret[54] illustrent un exemple d'Ă©migration temporaire de travail analogue Ă  celle des ramoneurs savoyards.

Nombreuses sont les communes qui continuent Ă  voir leur population baisser : le canton d'Huelgoat est passĂ© de 8 361 habitants en 1968 Ă  5 454 en 2006, soit une baisse de 2 907 habitants en 38 ans (-35 %) ; la commune du Huelgoat, pourtant chef-lieu de canton, est passĂ©e de 2 456 habitants en 1968 Ă  1 622 habitants en 2006, soit une baisse de 834 habitants en 38 ans (-34 %). Les soldes naturels restent largement nĂ©gatifs ; un excĂ©dent migratoire est certes dĂ©sormais constatĂ©, mais dĂ» le plus souvent Ă  l'afflux de retraitĂ©s, d'oĂč des soldes naturels largement nĂ©gatifs : entre 1999 et 2006, dans le canton du Huelgoat, le taux de natalitĂ© Ă©tait de 8,4 pour mille et le taux de mortalitĂ© de 21 pour mille en raison du vieillissement de la population[52]. Quelques signes de redressement dĂ©mographique existent toutefois : la FeuillĂ©e par exemple avait 781 habitants en 1968 et 555 en 1990, soit une baisse de presque 29 % en 22 ans ; mais sa population est remontĂ©e Ă  657 habitants en 2006, gagnant donc 102 habitants en 16 ans (+18 %). L'arrivĂ©e de Britanniques, souvent rĂ©sidents secondaires, mais parfois installĂ©s de façon permanente[55], a Ă©tĂ© facilitĂ©e par la ligne Brittany Ferries reliant Plymouth Ă  Roscoff[rĂ©f. souhaitĂ©e]. Aujourd’hui, Huelgoat (2 100 habitants) compte environ 100 foyers britanniques en rĂ©sidence permanente. « Les Anglais post-soixante-huitards, disposant de peu de moyens financiers et venus vivre dans nos campagnes il y a une dizaine d’annĂ©es, sans chercher Ă  frĂ©quenter la population locale, ont fait place Ă  une population totalement diffĂ©rente, composĂ©e principalement de jeunes prĂ©retraitĂ©s et de couples plus jeunes (30-40 ans) avec des enfants[56]. Â»

Histoire

De la préhistoire à la romanisation

Allée couverte du Mougau-Bihan en Commana.

Les premiĂšres traces de peuplement des monts d'ArrĂ©e sont attestĂ©es par les nombreux mĂ©galithes, Ă©rigĂ©s partir du Ve millĂ©naire av. J.-C.[21] : menhirs de Berrien, le CloĂźtre-Saint-ThĂ©gonnec, Coatmocun en Huelgoat, Kerelcun en La FeuillĂ©e ou l'alignement dit de « la noce de pierre Â» Ă  Brasparts ; allĂ©es couvertes de Commana et Brennilis[57].

De nombreux tumulus datant de l'Ăąge du bronze ont Ă©tĂ© dĂ©couverts sur les flancs des monts d'ArrĂ©e, particuliĂšrement Ă  Berrien[58]. Les fouilles ont mis en avant une grande densitĂ© de sĂ©pultures par rapport au nombre d'habitations. Ces populations auraient Ă©tĂ© composĂ©es de bergers, de prĂȘcheurs ou de mineurs de surface[21] (argent, plomb, cuivre), souvent pauvres (peu d'objets usuels dĂ©couverts durant les fouilles)[21]. Des travaux d'analyse du pollen fossile prĂ©sent dans les tourbiĂšres ont montrĂ© des traces de dĂ©forestation libĂ©rant de la place pour l'Ă©levage et les cultures[21].

À l'Ă©poque gauloise, les Osismes construisent un oppidum au Huelgoat, le « camp d'Arthus Â», dont les vestiges existent encore aujourd'hui. Il s’étale sur une trentaine d’hectares, la partie nord plus restreinte n’étant semble-t-il qu’un rĂ©trĂ©cissement du camp originel. Le rempart contemporain de la guerre des Gaules est une levĂ©e de terre traversĂ©e par des poutres entrecroisĂ©es, reliĂ©es entre elles par des fiches en fer ; vers l’extĂ©rieur, cette levĂ©e est protĂ©gĂ©e par un parement en pierre oĂč s’encastrent des poutres transversales. Ce rempart avait quatre mĂštres de hauteur par endroits. Les rares entrĂ©es du camp sont bien agencĂ©es : portes, tours, ponts en bois, dĂ©doublement des lignes de dĂ©fense, protĂ©geaient ces points vulnĂ©rables. Ce camp Ă©tait le principal oppidum des Osismes ; il a dĂ» servir en 56 et 51 contre les troupes romaines[59].

La conquĂȘte romaine dĂ©veloppera la rĂ©gion de Carhaix, sans pour autant laisser de traces importantes dans les monts d'ArrĂ©e[21]. Une borne miliaire a Ă©tĂ© trouvĂ©e Ă  Croaz-Pulviny en Berrien sur le tracĂ© de la voie romaine allant de Vorgium (Carhaix) Ă  Gesocribate (Brest probablement). Vorgium est conquise par Litorius en 431 et les Alains pillent la rĂ©gion en 441. La redĂ©couverte rĂ©cente d'un Osisme romanisĂ©, nommĂ© Veus[60], c'est le plus ancien finistĂ©rien dont le nom est connu, dont le portrait gravĂ© sur une plaque de schiste, avait Ă©tĂ© « oubliĂ© Â» dans les rĂ©serves du musĂ©e dĂ©partemental breton de Quimper depuis son dĂ©pĂŽt par François Joncour dans les annĂ©es 1930, qui a permis d'identifier un village de forgerons Ă  Castel-DĂ» en Brasparts illustre, entre autres exemples, que la rĂ©gion a bien Ă©tĂ© romanisĂ©e.

Du Moyen Âge Ă  la RĂ©volution

L'arrivĂ©e de Bretons, venus de l'Ăźle de Bretagne (Grande-Bretagne actuelle) et d'Irlande est illustrĂ©e dans la rĂ©gion de l'ArrĂ©e par la venue en 554 de Saint-Joua Ă  Brasparts (oĂč il meurt), le combat en 555 entre les armĂ©es de Comonor[61] comte de Poher et Tudal, prince de DomnonĂ©e (appuyĂ© par le roi des Francs, Childebert) au Relecq [en PlounĂ©our-MĂ©nez], au pied de l’ArrĂ©e l'abbaye du Relecq (en PlounĂ©our-MĂ©nez) aurait Ă©tĂ© fondĂ©e-lĂ  pour cette raison en 560 par un disciple de Pol AurĂ©lien, mĂȘme si l'histoire retient 1132 comme date de la fondation de l'abbaye de l'ordre cistercien. Au VIIIe siĂšcle, saint Herbot, venu de l'Ăźle de Bretagne, s'installe dans la rĂ©gion de Berrien, guĂ©rissant les malades et les animaux : les paysans continuaient encore rĂ©cemment Ă  lui offrir des crins de queues de vaches dans la chapelle de Saint-Herbot situĂ©e dans la commune de PlonĂ©vez-du-Faou[62].

Les Normands pillent la rĂ©gion, Carhaix en particulier, en 878. les vestiges de Coatmocun en Berrien prouvent l'existence d'un village mĂ©diĂ©val assez important au Xe siĂšcle sur ce site. Des mottes fĂ©odales sont visibles Ă  Bolazec, Botsorhel, Brasparts, Collorec, Locmaria-Berrien (Valy), Loqueffret, Poullaouen, Scrignac (Kerbrat)[63] Â». Dans une rĂ©gion jusque-lĂ  peu peuplĂ©e, la « ploue de la montagne Â», Plebs montis en latin, ou PloumĂ©nez, probablement une des paroisses primitives de l'Armorique[64] (le nom ancien de Plebs Montis ou Ploumenez ou Plouenez Ă©tait du VIe au XIVe siĂšcle une des plus vastes paroisses[65], de Bretagne (son chef-lieu Ă©tait implantĂ© dans l'actuel hameau de Plouenez, situĂ© dans la commune de Brennilis), le dĂ©veloppement du systĂšme de la quĂ©vaise[66], adaptation du domaine congĂ©able au dur milieu des monts d'ArrĂ©e, contribue Ă  la mise en valeur agricole et au peuplement de la rĂ©gion selon le Cartulaire de LandĂ©vennec : « des usements, comme celui de QuĂ©vaise, trĂšs rĂ©pandus dans toute la zone de l’ArrĂ©e[67] Â», facilitĂ© par les dĂ©frichements organisĂ©s par les moines de l'abbaye de LandĂ©vennec (BĂ©nĂ©dictins), de l'abbaye de Daoulas (Augustins), de l'abbaye du Relecq (Cisterciens) en PlounĂ©our-MĂ©nez actuellement) et les Hospitaliers de Saint-Jean de JĂ©rusalem Ă  La FeuillĂ©e au XIIe siĂšcle, ces derniers devant entre autres obligations accueillir les voyageurs et les pĂšlerins traversant la « montagne Â». Les restes du village mĂ©diĂ©val du Goenidou en Berrien, occupĂ© du XIIIe au XVe siĂšcles[68], sont un bon tĂ©moignage des « habitats de dĂ©frichement Â» mis en place par des seigneurs laĂŻcs ou ecclĂ©siastiques dans les monts d’ArrĂ©e Ă  cette Ă©poque.

En 1490, selon Jean Moreau[69] un soulĂšvement paysan « prit sa source au terroir de Carhaix du cĂŽtĂ© d’Huelgoat, sous la conduite de trois frĂšres paysans que l’on dit originaires de la paroisse de PlouyĂ©[70] Â», l'Ă©pisode est Ă©voquĂ© dans le Barzaz Breiz (voir la gwerz des jeunes hommes de PlouyĂ©)[71]. Pendant la Guerre de la Ligue, les royaux s'emparent de Carhaix en 1590 aprĂšs avoir battu les ligueurs Ă  la bataille du Moulin-au-Duc prĂšs de Landeleau[72] et Guy Eder de La Fontenelle, le « brigand de Cornouaille Â» ensanglante la rĂ©gion, menant ses expĂ©ditions Ă  partir du chĂąteau de Granec en Collorec[73].

La rĂ©volte du papier timbrĂ©, dite aussi « rĂ©volte des Bonnets rouges[74] Â» en 1675, rĂ©volte contre l'oppression fiscale et seigneuriale, souleva les campagnes aux alentours de Carhaix et de Quimper, une rĂ©volte violente menĂ©e par le notaire SĂ©bastien Le Balpe de Kergloff. Le curĂ© de Poullaouen fut rouĂ© de coups, des manoirs furent attaquĂ©s et incendiĂ©s Ă  PlouyĂ©, Ă  Scrignacetc.[73] Elle fut rĂ©primĂ©e avec vigueur. Alain Le Moign, laboureur Ă  TrĂ©nĂ©vel en Landudal, un des autres meneurs de la rĂ©volte, fut condamnĂ© par la Cour de Carhaix le 15 octobre 1676 « Ă  ĂȘtre Ă©tendu sur une croix de Saint-AndrĂ©, son corps et ses membres rompus et brisĂ©s Ă  coups de barres de fer, prĂ©alablement Ă©tranglĂ©, son corps portĂ© Ă  Briec, pour y demeurer jusqu’à parfaite consumation, avec dĂ©fense Ă  toutes personnes de l’en ĂŽter Â». Mais la rĂ©gion est dĂ©vastĂ©e : au dĂ©but du XVIIe siĂšcle, le receveur de la seigneurie du Rusquec situĂ©e en Loqueffret, Ă©crit : « les colons, mĂ©tayers et serviteurs des dites terres avaient pour la plupart quittĂ© et abandonnĂ© terres et convenants, s'Ă©tant retirĂ© du pays la plus grande partie, les autres Ă©tant morts de famine, pestilence, fĂ©rocitĂ© des loups[73]. Â»

Un puissant mouvement de rechristianisation de la rĂ©gion est organisĂ© aux XVIIe et XVIIIe siĂšcles sous l'impulsion de Michel Le Nobletz (qui qualifia Huelgoat de « citadelle d'enfer[73] Â»), puis du pĂšre Julien Maunoir, jĂ©suite, qui prĂȘcha par exemple en 1679 Ă  Locmaria-Berrien et au Huelgoat.

En 1729 est accordĂ©e la premiĂšre concession miniĂšre qui concerne 12 paroisses, principalement Poullaouen et Huelgoat oĂč des mines extrayant argent et plomb ouvrent peu aprĂšs.

En 1775-1776, une rĂ©volte contre une dĂźme excessive prĂ©levĂ©e par les Hospitaliers de Saint-Jean de JĂ©rusalem se produit Ă  la FeuillĂ©e[75] illustrant Ă©galement la tradition frondeuse[21] de l'ArrĂ©e. La rĂ©gion comptait aussi de nombreux journaliers aux salaires de misĂšre : 890 pour une population totale de 3 000 habitants en 1774 dans la paroisse de Scrignac.

La LevĂ©e en masse de l'an II et la rĂ©pression contre le clergĂ© rĂ©fractaire (les curĂ©s de Berrien et Scrignac[76] KernalĂ©guen et Bernard, ainsi que d'autres prĂȘtres, sont emprisonnĂ©s Ă  Brest, le curĂ© de Poullaouen est exĂ©cutĂ© Ă  Brest, celui de CoatquĂ©au tuĂ© dans des circonstances inconnues, d'autres Ă©migrent tel le curĂ© de Bolazec). Un ancien vicaire de Saint-Rivoal, Jacques Quemener, prĂȘtre constitutionnel est tuĂ© par des Chouans Ă  Motreff. La population soutient en partie les rĂ©fractaires : « Huelgoat et les parties environnantes sont dans un Ă©tat de fermentation dont le danger doit ĂȘtre parĂ© sur-le-champ (...) Les Ă©glises sont dĂ©sertes, mais les fidĂšles accourent en foule aux chapelles oĂč cĂ©lĂšbrent les prĂȘtres qui ont refusĂ© le serment Â» Ă©crit le district de Carhaix[73]. Des hommes se soulevĂšrent Ă  partir d'aoĂ»t 1792 Ă  Scrignac, Berrien, Plourac'h, etc. au nombre de 3 000 Ă  4 000, mais 300 seulement armĂ©s de fusils. Selon la version des bleus (rĂ©publicains), 70 soldats et 42 gardes nationaux venus de Poullaouen auraient dispersĂ© une troupe de 4 000 rebelles et les chouans sont mis en fuite. Cette version de l'histoire locale est contestĂ©e[77].

L'irruption de la modernité

L'ArrĂ©e au XIXe siĂšcle devient une terre rĂ©publicaine. Selon AndrĂ© Siegfried[78], l'habitude de l'Ă©migration temporaire (pilhaouers, marins, sabotiers, charbonniers, ...) ou de longue durĂ©e vers les villes de la cĂŽte, Paris ou l'Ă©tranger, la tradition de la quĂ©vaise et la prĂ©dominance d'une toute petite paysannerie pauvre et une tradition frondeuse en sont les causes, mĂȘme si la rĂ©gion fut bonapartiste sous le Second Empire. Aux dĂ©buts de la IIIe RĂ©publique, toute la « montagne Â» vote rĂ©publicain (sauf Commana). « Les paysans de l'ArrĂ©e, pour la plupart petits propriĂ©taires, ont le sentiment trĂšs vif de ce qu'ils doivent Ă  la rĂ©publique[79]. Â»

AndrĂ© Siegfried a qualifiĂ© la rĂ©gion de « dĂ©mocratie radicale[78] Â». Sa tradition laĂŻque et rĂ©publicaine contraste avec l'image conservatrice traditionnellement accordĂ©e Ă  la Bretagne : contrairement au LĂ©on voisin, les inventaires des biens du clergĂ© consĂ©cutifs Ă  la Loi de sĂ©paration des Églises et de l'État de 1905 ne suscitĂšrent guĂšre de protestations sauf au Huelgoat et Ă  Berrien. « Au moment de l'application de la loi de sĂ©paration, les maires de plusieurs communes refusĂšrent de louer les presbytĂšres aux curĂ©s (...) l'Ă©vĂȘque voulut priver ces communes de leurs prĂȘtres. Mais on sembla si bien s'accommoder de ce dĂ©part que l'autoritĂ© ecclĂ©siastique revint bien vite sur sa dĂ©cision Â», Ă©crit AndrĂ© Siegfried. Dans le canton du Huelgoat, la gauche radicale et socialiste ne descend jamais en dessous de 58 % des voix aux diverses Ă©lections survenues entre 1877 et 1910. AprĂšs la premiĂšre guerre mondiale cette tendance politique frondeuse se confirme: Louis Lallouet devient, au Huelgoat, le premier communiste Ă©lu maire en Bretagne entre 1921 et 1925. Toutefois, curieusement, des listes conservatrices l'emportent aux Ă©lections municipales du Huelgoat en 1935 et lĂ©gislatives dans la circonscription de Carhaix en 1936[73], Ă©lections qui voient pourtant au niveau national la victoire du Front populaire. Daniel Trellu, chef des FTP du FinistĂšre pendant la Seconde Guerre mondiale a Ă©crit : « Chez les paysans des Monts d'ArrĂ©e, il y a l'espĂ©rance d'un monde beaucoup plus fraternel ; il y a transposition des valeurs de l'Évangile dans la doctrine communiste[80] Â».

Le mouvement de rĂ©sistance dans les monts d'ArrĂ©e pendant la Seconde Guerre mondiale commence dĂšs octobre 1942 (monument commĂ©moratif du « premier village rĂ©sistant de France Â» Ă  TrĂ©dudon-le-Moine[81], commune de Berrien) et plusieurs groupes de maquisards se constituent du cĂŽtĂ© du Huelgoat et de Berrien, les combats principaux ayant lieu du 3 au 5 aoĂ»t 1944 oĂč les troupes amĂ©ricaines et les rĂ©sistants attaquent les Allemands dans les monts d'ArrĂ©e[81] ; de nombreux rĂ©sistants furent fusillĂ©s : le docteur Jacq, du Huelgoat, Ă  ChĂąteaubriant dĂšs le 15 dĂ©cembre 1941, une vingtaine d'autres en 1944 et une autre vingtaine ne sont pas revenus vivants des camps de concentration. Des collaborateurs existĂšrent aussi : le recteur de Scrignac, l'abbĂ© Jean-Marie Perrot, fut abattu par la rĂ©sistance le 12 dĂ©cembre 1943 ; animateur du Bleun-Brug, il Ă©tait aussi un prĂȘtre traditionaliste, antisĂ©mite et anticommuniste[73].

AprĂšs la Seconde Guerre mondiale, la tradition de gauche perdure : par exemple Alphonse Penven[82], agriculteur, a Ă©tĂ© Ă©lu maire du Huelgoat en 1945, dĂ©putĂ© de la 4e circonscription du FinistĂšre (Carhaix) en 1956 et le canton du Huelgoat a longtemps eu un conseiller gĂ©nĂ©ral communiste avant que ce dernier, Daniel CrĂ©off ne finisse en 2002 par adhĂ©rer au parti socialiste.

L'attentat contre l'Ă©metteur de tĂ©lĂ©vision de Roc'h TrĂ©dudon commis par l'ArmĂ©e rĂ©volutionnaire bretonne (ARB) en 1974 est encore dans les mĂ©moires. Les annĂ©es 1970 voient l'arrivĂ©e des blev hir (« cheveux longs Â») tentĂ©s par le retour Ă  la terre et l'Ă©cologie.

C'est un fief bretonnant encore de nos jours[rĂ©f. souhaitĂ©e], nombreux sont les enfants qui frĂ©quentent les Ă©coles Diwan (Ă  Commana l'Ă©cole Diwan a trois classes, autant que l'Ă©cole primaire publique[83]) qui pratiquent un enseignement principalement en breton, ou les Ă©coles publiques bilingues comme celle de Saint-Rivoal, la tradition des festoĂč-noz perdure, on y danse entre autres la « gavotte des montagnes Â», la pratique du gouren[84] (lutte bretonne) reste frĂ©quente ; les partis autonomistes, par exemple l'Union DĂ©mocratique bretonne (UDB), enregistrent lĂ  de bons rĂ©sultats Ă©lectoraux, mĂȘme s'ils restent largement minoritaires[rĂ©f. souhaitĂ©e].

Influence géographique et sociale

Une frontiĂšre naturelle

Si les monts d'ArrĂ©e n'ont jamais Ă©tĂ© frontiĂšre d'État, Ă  la diffĂ©rence par exemple des Alpes ou des PyrĂ©nĂ©es, leur « effet-frontiĂšre Â» est toutefois sensible : limite entre les trois Ă©vĂȘchĂ©s de Cornouaille, LĂ©on et TrĂ©gor Ă  la « fontaine des trois EvĂȘques Â» (voir la lĂ©gende des trois Ă©vĂȘques[61]), perdue dans la lande du flanc nord des monts d'ArrĂ©e, l'illustre, limite climatique souvent (il peut faire beau au nord et mauvais au sud ou vice-versa) ; limite entre des dialectes diffĂ©rents au sein de la langue bretonne traditionnelle[rĂ©f. nĂ©cessaire] (« le Â» cornouaillais, « le Â» lĂ©onard), limite entre le « FinistĂšre-nord Â» et le « FinistĂšre-sud Â» (mĂȘme si ces appellations tendent dĂ©sormais Ă  tomber en dĂ©suĂ©tude), limite entre des Ă©ditions diffĂ©rentes du journal rĂ©gional (Le TĂ©lĂ©gramme de Brest et de l'Ouest)[rĂ©f. nĂ©cessaire], limite de circonscriptions administratives tant dans le passĂ© (entre les districts de Morlaix, Carhaix et ChĂąteaulin sous l'Empire, entre les arrondissements sous la IIIe RĂ©publique ou encore actuellement, limite de circonscriptions Ă©lectorales.

C'est surtout une limite psychologique entre LĂ©onards et Cornouaillais (« Potred Kernew, tud goue Â», « Cornouaillais gens farouches Â» disait-on en LĂ©on et TrĂ©gor[85]), les prĂ©jugĂ©s Ă©taient nombreux : le LĂ©onard tenait le Cornouaillais pour insouciant, dĂ©pensier, bon vivant, « rouge Â» ; le KernĂ© estimait le Leonich triste, avare, « chouan Â», « blanc Â». Les anecdotes sont innombrables pour l'illustrer : Ă  Bodilis (Pays de LĂ©on), Ă  la question « Qui est-lĂ  ? Â», l'on rĂ©pond : « Oh, rien du tout, un Cornouaillais Â». Quand le tonnerre gronde, les LĂ©onards disent : « An Kerneis, ha zo c'hoari boulou Â» (« Les Cornouaillais s'amusent Ă  jouer aux boules Â»). Les mariages Ă©taient rares jusqu'Ă  il y a peu entre les personnes des deux anciens Ă©vĂȘchĂ©s ; la lĂ©gende d’Ar zantic coz ne dit-elle pas que le Roc'h Trevezel ne s'ouvre qu'une fois tous les 1 000 ans ? Les descendants des julloded[86] (paysans aisĂ©s enrichis dans le passĂ© par le commerce de la toile) lĂ©onards envoyaient leurs enfants de prĂ©fĂ©rence Ă  l'Ă©cole privĂ©e, les « montagnards Â» Ă  l'Ă©cole publique.

Ceci, ainsi que la faiblesse dĂ©mographique par rapport aux villes cĂŽtiĂšres ou proches de la cĂŽte, explique la faible reprĂ©sentation politique constante de la rĂ©gion : depuis la RĂ©volution française, aucun Ă©lu des monts d'ArrĂ©e n'a jamais Ă©tĂ© ministre ; sur 26 dĂ©putĂ©s identifiĂ©s qui se sont succĂ©dĂ© pour reprĂ©senter la rĂ©gion de 1789 Ă  2010, une poignĂ©e seulement Ă©taient originaires d'une localitĂ© de la rĂ©gion : Jacques Queinnec, agriculteur Ă  PlounĂ©our-MĂ©nez, dĂ©putĂ© de la Convention ; ThĂ©odore Le Gogal-ToulgoĂ«t, originaire de Carhaix, dĂ©putĂ© du Corps lĂ©gislatif pendant le Directoire ; Henri De Chamaillard, nĂ© au Huelgoat et Joseph NĂ©dĂ©lec, nĂ© Ă  PlouyĂ© aux dĂ©buts de la IIIe RĂ©publique, et Alphonse Penven, nĂ© au Huelgoat, Ă©lu en 1956, Ă©tant les rares exceptions[87].

Des conditions de vie longtemps difficiles

L'effet relief

Le mont Saint-Michel de Brasparts sous la neige
Nuages Ă  l'assaut du mont Saint-Michel de Brasparts

MalgrĂ© la faiblesse des altitudes, un « effet relief Â» existe, l'ArrĂ©e constitue un obstacle qui oblige les masses d'air Ă  s'Ă©lever[88] et la rudesse du climat est nette : les vents dominants (noroĂźt, suroĂźt) venus de l'Atlantique proche charrient des masses d'air maritime qui expliquent l'abondance des prĂ©cipitations orographiques et la frĂ©quence des brumes : la station climatique de Brennilis dĂ©tient le record de France de la nĂ©bulositĂ©, les prĂ©cipitations moyennes, pĂ©riode 1961-1990, sont de 1 465 mm par an contre par exemple 652 mm Ă  Penmarch (localitĂ© du littoral sud-ouest du FinistĂšre), le rĂ©gime des pluies varie de 60 Ă  190 mm par mois pendant la mĂȘme pĂ©riode ; des Ă©pisodes pluvieux prolongĂ©s sont constatĂ©s parfois : 910 mm de novembre 2000 Ă  janvier 2001 par exemple ; mĂȘme en juillet, mois gĂ©nĂ©ralement le plus sec, les prĂ©cipitations sont en moyenne de 60 mm[89]. Une relative continentalitĂ©[90] se fait sentir par comparaison Ă  la douceur de la « Ceinture dorĂ©e Â» littorale : deux Ă  trois degrĂ©s de moins l'hiver, quinze jours au moins de retard vĂ©gĂ©tatif au printemps. Jacques Cambry l'avait dĂ©jĂ  notĂ© Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle : « Les vents du sud-ouest, les vents du nord, sont terribles dans ces montagnes ; les gelĂ©es y sont fortes. Dans l'hiver de [17]88 Ă  [17]89, la neige s'Ă©levait Ă  plus de dix pieds dans les vallons ; on fut sept semaines sans pouvoir mettre les animaux dans les champs[91]. Â» Les loups ont Ă©tĂ© nombreux jusqu'au milieu du XIXe siĂšcle[92], les derniers ayant Ă©tĂ© tuĂ©s en 1884[93] au CloĂźtre-Saint-ThĂ©gonnec et en 1895 Ă  Pencran[73]. La tradition rapporte que le dernier loup vivant fut aperçu en 1906 dans les monts d’ArrĂ©e, entre Brasparts et Loqueffret, encore n’avait-il que trois pattes, un piĂšge ayant sectionnĂ© la patte manquante.

Le mont Saint-Michel de Brasparts dans la brume et sous la neige

Le gĂ©ographe Emmanuel de Martonne Ă©crit en 1906 : « On peut errer pendant des heures aux environs du pic de Saint-Michel de Brasparts, au milieu de brouillard pĂ©nĂ©trants (...) sans voir trace de la prĂ©sence de l'homme[94]. Â»

Dans sa Chanson du cidre, FrĂ©dĂ©ric Le Guyader[95] raconte la mĂ©saventure d'un berger de Saint-Rivoal ĂągĂ© de 10 ans :

Fanchic avait souvent Ă  faire aux loups gloutons,
Aux bandits détrousseurs de l'Arrée
Grands seigneurs, souvenirs de toute une contrée
Qui va de Brennilis jusqu'au bourg de Sizun.

En 1790, une pĂ©tition d'habitants du LĂ©on en faveur du choix de Landerneau comme prĂ©fecture du FinistĂšre[96] dresse ce tableau sinistre de l'insĂ©curitĂ© sĂ©vissant alors dans les monts d'ArrĂ©e :

« Personne n'ignore que pour se rendre Ă  Quimper, il faut faire un circuit trĂšs considĂ©rable pour Ă©viter les montagnes d'ArrĂ©e, impraticables dans le temps indiquĂ© pour la session des assemblĂ©es du dĂ©partement, et qui, dans toutes les saisons, offrent les dangers les plus effrayants. La liste des personnes qui pĂ©rissent tous les ans dans les neiges en traversant les montagnes ou qui, Ă©chappĂ©es aux voleurs, deviennent la proie des bĂȘtes fĂ©roces prĂ©sente une image affligeante. Faudra-t-il que trois cent mille habitants de LĂ©on aillent en chercher deux cent mille, perdus en quelque sorte au milieu des montagnes et des bois infestĂ©s de brigants ? Faudra-t-il que le grand nombre, rassemblĂ© dans un Ă©vĂȘchĂ© moins Ă©tendu mais fertile, soit attirĂ© au loin par le petit nombre ? Â»

Pauvreté et misÚre pendant longtemps

Paysan de la région de Morlaix vers 1854 (dessin de Geniole).

La pauvretĂ© a longtemps Ă©tĂ© grande : vers 1780, l'abbĂ© Yves Le Gloas, recteur (c'est-Ă -dire curĂ©) de PlounĂ©our-MĂ©nez, Ă©crit : « Ce territoire des Montagnes d'ArrĂ©e renferme des landes et des sous-bois peu fertiles. On conçoit trĂšs vite que les habitants ne doivent pas ĂȘtre trĂšs riches. (...) Ici, la voisine accouche sa voisine et ainsi tour Ă  tour. De lĂ , combien d'enfants meurent avant de paraĂźtre. D'autres sont infirmes ou impotents. (...) Le blĂ© noir dont le commun vit coĂ»tait 21 sous, il se vend aujourd'hui 121. Je ne parle point du froment. Nos pauvres n'en goĂ»tent jamais. (...) Rentrer chez eux, c'est la pauvretĂ© mĂȘme. À moitiĂ© nus, sans bois pour se chauffer, sans lits, si ce n'est qu'un peu de paille, du fumier[97]. Â»

Quelques annĂ©es plus tard, Jacques Cambry a fait remarquer que la rĂ©gion a longtemps formĂ© un vĂ©ritable isolat humain et linguistique en raison des difficultĂ©s de communication qui ont longtemps Ă©tĂ© importantes[91], ce qui a entrainĂ© une forte consanguinitĂ©, particuliĂšrement sensible dans une commune comme Botmeur, mais aussi facilitĂ© la conservation des traditions et des croyances : lĂ©gendes Ă©voquant l'Ankou, les korrigans[98], etc. ; des druides se rĂ©unissent parfois sur le MĂ©nez Kador[99], le mont Saint-Michel de Brasparts ou dans la cuvette du Yeun Elez.

Disettes (chroniques de 1785 Ă  1788), parfois famines, et Ă©pidĂ©mies (typhoĂŻde en 1758, petite vĂ©role et rougeole en 1773-1774), typhus en 1774 (consĂ©cutif au retour Ă  Brest de l'escadre du lieutenant gĂ©nĂ©ral Emmanuel Auguste Dubois de La Motte), cholĂ©ra, etc. sĂ©vissaient souvent : en 1787, la sĂ©nĂ©chaussĂ©e de Carhaix enregistra 1692 naissances pour 1849 dĂ©cĂšs ; celle de ChĂąteauneuf-Huelgoat, 540 naissances pour 632 dĂ©cĂšs[73]. Émile Souvestre raconte qu'en 1816, « la rĂ©colte de blĂ© noir ayant manquĂ©, on vit les habitants de l'ArrĂ©e descendre par centaines le long des montagnes et dĂ©border dans le LĂ©onais oĂč, la besace sur le dos, le chapelet Ă  la main, ils sĂ©journĂšrent de longs mois, mendiant pour ne pas mourir de faim[100] Â».

Brousmiche dĂ©crit vers 1830 les habitants de l'ArrĂ©e comme une population « qui vĂ©gĂšte dans les habitations les plus sales entre toutes celles du FinistĂšre[101] Â». Les hivers 1845-1846 et 1846-1847 furent terribles pour les habitants de l'ArrĂ©e : rĂ©coltes gelĂ©es, animaux qui meurent de froid, mildiou, mendiants qui envahissent les rues de Morlaix[73]... En 1855, le gallois Davies venu chasser les loups dans les monts d'ArrĂ©e Ă©crit : « Ă€ plus d'une lieue autour de Carhaix, les pauvres paysans n'occupent qu'une mauvaise cabane en compagnie de leur cochon et de leur vache, quand leurs moyens leur permettent d'en avoir[102] Â». La bouillie d'avoine (yod kerc'h) a longtemps constituĂ© l'alimentation de base, restant encore consommĂ©e, mais Ă©pisodiquement, au milieu du XXe siĂšcle[103].

Les prĂ©jugĂ©s ont longtemps Ă©tĂ© trĂšs forts : par exemple le comte de Limur parle en 1874 des « sauvages Â» de la rĂ©gion, poursuivant, Ă©voquant il est vrai un passĂ© indĂ©terminĂ© : « la peau presque noire, les cheveux couleur du jais, ils portaient des culottes courtes et serrĂ©es, Ă©galement propres Ă  la danse et au combat ; la lutte Ă©tait leur amusement prĂ©fĂ©rĂ©, lutte brutale oĂč chacun s'efforçait de porter les plus rudes coups ; leur ignorance Ă©tait complĂšte ; ils ne parlaient qu'un breton rude et guttural[104]. Â» Il reconnaĂźt toutefois que ce n'est plus le cas Ă  la date oĂč il a Ă©crit ces lignes.

En 1893, le gĂ©ographe Louis GallouĂ©dec[105] dĂ©crit ainsi les villages du cƓur des Monts d'ArrĂ©e :

« La FeuillĂ©e, Botmeur, Saint-Rivoal, Loqueffret, comptent parmi les plus misĂ©rables bourgs du FinistĂšre. Au centre, gĂ©nĂ©ralement prĂšs d'une place que les pluies ont crevassĂ©, se dresse l'Ă©glise, basse, aux murs blanchis Ă  la chaux, aux piliers de pierre ; pavĂ©e de pierres mal jointes qu'ont usĂ©es les pieds de plusieurs gĂ©nĂ©rations de fidĂšles. Le presbytĂšre, une ou deux auberges Ă  la porte desquelles pend la branche de genĂȘt, quelques maisons sombres, bĂąties de pierres communes qu'unit en guise de ciment un peu de terre dĂ©trempĂ©e, couvertes de chaume, et percĂ©es d'ouvertures parcimonieusement mĂ©nagĂ©es, complĂštent le village oĂč s'Ă©battent pĂšle-mĂȘle des enfants en haillons et des animaux vautrĂ©s dans le jus des Ă©tables qui s'Ă©tale en mares infectes. Quant aux mƓurs, elles conservent je ne sais quoi de sauvage qui frappe mĂȘme les habitants voisin du Huelgoat ou de ChĂąteauneuf. Â»

À la fin du XIXe siĂšcle, les gĂ©ographes Marcel Dubois et Paul Vidal de La Blache Ă©crivent : « La montagne ne se peuple guĂšre : si la natalitĂ© est grande, (...) la mortalitĂ© l'est Ă  peine moins, tant les Ă©pidĂ©mies font beaucoup de victimes parmi les enfants surtout, laissĂ©s Ă  eux seuls, sans soins suffisants. Elle ne s'enrichit guĂšre non plus. La FeuillĂ©e, Botmeur, Saint-Rivoal, Loqueffret, comptent parmi les plus misĂ©rables bourgs du FinistĂšre[106] Â». Un autre gĂ©ographe, Louis GallouĂ©dec, Ă©crit en 1893 : « Vous y apercevrez encore beaucoup de landes absolument incultes, des prĂ©s dont la verdeur maladive trahit le manque d'irrigation, des tourbiĂšres noircies par les bruyĂšres corrompues, et (...) de maigres taillis d'oĂč Ă©mergent seuls quelques tĂ©tards tordus et Ă©branchĂ©s, rejetons ridicules des arbres sĂ©culaires oĂč se cueillait le gui sacrĂ©[107] Â».

La montagne a aussi servi de zone refuge pour les plus pauvres. Jean-Marie Le Scraigne Ă©crit : « Les gens les plus pauvres Ă©taient obligĂ©s de quitter pour laisser la terre aux riches. Des deux cĂŽtĂ©s refluaient vers la montagne les gens qui Ă©taient Ă©jectĂ©s en somme par les riches qui prenaient les terres. C'Ă©tait vrai surtout du cĂŽtĂ© de Botmeur et de La FeuillĂ©e[108] Â». La pauvretĂ© a aussi parfois provoquĂ© chez certains un cĂ©libat contraint engendrant clochardisation et alcoolisme ; Xavier Grall, dont une partie de la famille est issue de Scrignac en dresse un portrait terrible dans son poĂšme Les dĂ©ments :

Marchand de bestiaux de l'Arrée vers 1900.
(...) Ivrogne,
Sourds,
Lourds,
Cramoisis,
Les déments de l'Arrée sans descendance, (...)
Ils ont refusé l'exil, l'usine et l'encan, (...)
Et c'est en titubant,
A Botmeur Commana et Brasparts,
Qu'ils arpentent les chemins du néant[103].

Activités humaines

Les pilhaouers de la montagne

Article dĂ©taillĂ© : Pilhaouer.
Gravure d'un pilhaouer au XIXe siĂšcle

La pauvretĂ© des paysans de l'ArrĂ©e en raison de l'aciditĂ© des sols et de la rudesse du climat, aggravĂ©e par l'altitude et la croissance dĂ©mographique importante dans la premiĂšre moitĂ© du XIXe siĂšcle, a rendu indispensable des revenus d'appoint pour permettre la survie de la population, Ă  une Ă©poque oĂč l'exode rural Ă©tait encore peu important. Les femmes maniaient la quenouille et pratiquaient le tissage, les hommes se firent colporteurs (en breton pilhaouers), en particulier dans les communes de Botmeur, La FeuillĂ©e, Brennilis et Loqueffret. Lors du recensement de 1856, l'on recense 68 pilhaouers Ă  Botmeur ; lors de celui de 1905, 30 familles.

Les pilhaouers étaient des marchands itinérants qui échangeaient des articles divers, en particulier de la vaisselle, de la quincaillerie, des colifichets, contre des chiffons, peaux de lapin, des queues de cheval, des soies de porcs, des métaux divers récupérés, etc. qu'ils revendaient aux grossistes implantés dans les ports tels Morlaix. Ils réparaient bols, assiettes ou parapluies. Ils étaient porteurs des nouvelles, bonnes comme mauvaises et chantres des traditions populaires[109].

Agriculture et sylviculture

L'homme est parvenu malgrĂ© tout Ă  coloniser ce milieu difficile. MalgrĂ© le climat ingrat et les sols pauvres, l'agriculture s'est laborieusement dĂ©veloppĂ©e les siĂšcles passĂ©s. En 1772, le curĂ© de Commana Ă©crit :

« Dans l'ArrĂ©e, les terres incultes couvrent une superficie de plus de 20 lieues carrĂ©es, l'on y sĂšme cependant quelquefois du seigle et du genĂȘt, mais si rarement que les meilleurs terrains de la montagne sont Ă  peine cultivĂ©s une fois tous les 30 ou 40 ans. Les clĂŽtures que l'on fait pour cette culture passagĂšre ne durent que 3 ans, aprĂšs quoi elles sont rasĂ©es, et le terrain devient commun et abandonnĂ© comme auparavant Â»

— Lettre du curĂ© de Commana au contrĂŽleur gĂ©nĂ©ral en 1772[21]

Les grands dĂ©frichements dans les monts d'ArrĂ©e remontent au Moyen Âge, entre les XIe et XIIIe siĂšcles. Le gĂ©ographe Camille Vallaux Ă©crit en 1908[110] : « Au temps des grands troupeaux de moutons et de la juridiction abbatiale de l'abbaye du Relec, les landes d'ArrĂ©e Ă©taient divisĂ©es soit par des bornes, soit par des fossĂ©s, soit par de simples lignes, en grandes piĂšces qui atteignaient plusieurs centaines d'hectares, et qui appartenaient indivisĂ©ment aux tenanciers du village le plus voisin. (...) C'Ă©tait donc des tenures collectives du village ; elles n'avaient rien de commun avec ce qu'on appelle ordinairement des communaux Â». Chaque tenancier devait payer sa quote-part pour leur utilisation au propriĂ©taire seigneurial ou ecclĂ©siastique. Par exemple, un acte du 26 fĂ©vrier 1736 prĂ©cise que les habitants du bourg trĂ©vial de Saint-Rivoal doivent payer 24 sols pour l'utilisation, « de tout temps immĂ©morial Â» de 11 000 cordes (mesure de surface) de terres de « franchises et montagnes Â». La persistance plus longtemps qu'ailleurs, tant dans la « montagne Â» que dans le marais du Yeun Elez, de terres indivises, que chacun pouvait utiliser temporairement, explique la prĂ©dominance de l'Ă©levage des moutons prouvĂ©e par la toponymie[111] (le « mouton noir d'Ouessant Â» est attestĂ© dans l'ArrĂ©e dĂšs 1750), mĂȘme si FrĂ©dĂ©ric Le Guyader reprenant une chanson ancienne Ă©crit en 1901 dans la Chanson du cidre que dans l'ArrĂ©e « l'on rencontre autant de loups que de moutons[112] Â». À La FeuillĂ©e, chacun des 14 « villages Â» (hameaux) constituant la paroisse avait son lot de lande (mot synonyme de montagne dans la langue locale) oĂč seuls les villageois dudit village avaient le droit exclusif de conduire leurs troupeaux[85].

Le partage de ces « terres vaines et vagues Â» (boutin en breton) s'effectue vers 1860, ce qui provoque la disparition de cet Ă©levage de type transhumance (des bovins venaient par exemple paĂźtre depuis Pleyben dans la montagne d'ArrĂ©e aux XVIIe siĂšcle et XVIIIe siĂšcle), mĂȘme s'il est rĂ©apparu rĂ©cemment[113]. La toponymie prouve Ă©galement l'importance de la culture du lin et du chanvre par le passĂ© : dans sa thĂšse sur la microtoponymie des monts d’ArrĂ©e, Jean-Marie Ploneis[114] a recensĂ© quelque 50 000 noms de parcelles sur les quelques communes du canton du Huelgoat : « Ainsi remarque-t-on quelque 500 parcelles contenant le terme de liors, courtil, ce qui correspond Ă  plus de 200 hectares de tels « courtils Â», certains Ă©tant suivis des termes canab, lin... remontant au travail du chanvre et du lin des siĂšcles passĂ©s, etc.[115] Â». La lande Ă©tait une « terre froide Â», c'est-Ă -dire cultivĂ©e par intermittence : l'Ă©cobuage avait lieu en moyenne tous les dix ans, car pratiquĂ© plus frĂ©quemment il Ă©puiserait le sol. On commençait par semer de l'ajonc (le gousilh, terme breton sans traduction française, Ă©tait utilisĂ© Ă  la fois pour la litiĂšre du bĂ©tail et sa nourriture, aprĂšs avoir Ă©tĂ© broyĂ© et mĂ©langĂ© avec de l'herbe ou du foin) qui Ă©tait exploitĂ© pendant deux Ă  quatre ans, puis l'on semait du seigle ou du sarrasin, la derniĂšre annĂ©e de l'avoine, ces cĂ©rĂ©ales s'adaptant trĂšs bien aux terres de la lande. Le gouzilh servait aussi de combustible : « Ă€ Saint-Rivoal, les mottes Ă©taient toujours associĂ©es Ă  la tourbe dans le chauffage. On dĂ©coupait Ă  la marre ar varr), une sorte de houe qui servait Ă  Ă©cobuer, des mottes d'assez grande dimension (..) qu'on rentrait au printemps avant que ne reverdisse la montagne, quatre ou cinq charretĂ©es suffisaient aux besoins de l'annĂ©e[116]. Â» Les landes ont permis Ă  de nombreux dĂ©classĂ©s de la vie rurale de survivre, surtout au XIXe siĂšcle lorsque la pression dĂ©mographique Ă©tait forte, derniĂšre chance de survie pour les plus pauvres, mais au prix d'une charge de travail Ă©norme : 200 journĂ©es de travail pour Ă©cobuer un hectare[117].

La rĂ©volution des techniques culturales et l'apport d'amendements calcaires (chaux, maĂ«rl) et la pression dĂ©mographique plus forte ont entraĂźnĂ© dans la seconde moitiĂ© du XIXe siĂšcle de nouveaux dĂ©frichements et l'extension maximale des terres agricoles est atteinte au dĂ©but du XXe siĂšcle : par exemple, plus de 1 000 ha de terres furent dĂ©frichĂ©es sur Brasparts entre 1813 et 1908[32]. La culture principale a longtemps Ă©tĂ© le sarrasin (« blĂ© noir Â») : vers 1900, il occupait 40 % de surfaces cultivĂ©es Ă  PlounĂ©our-MĂ©nez[118]. Stendhal a Ă©crit en 1838 : « La partie de la Bretagne oĂč l'on parle breton vit de galettes de sarrasin[119] Â», mĂȘme si cette plante Ă©tait en fait largement autant cultivĂ©e en pays gallo.

Mais une agriculture trĂšs pauvre domine encore Ă  la fin du XIXe siĂšcle, si l'on en croĂźt cette description datĂ©e de 1893 : « Sur d'immenses espaces, c'est la mĂȘme et constante dĂ©solation. La lande s'Ă©tend Ă  perte de vue. (...) C'est tout au plus si le mouton qui tond le caillou et la petite vache bretonne parviennent Ă  trouver en cette infertilitĂ© la maigre nourriture dont ils se contentent. (...) De loin en loin seulement apparaĂźt un champ de seigle, de blĂ© noir ou de pommes de terre, enclos d'une haie d'ajoncs ; plus rarement encore s'Ă©lĂšve un bouquet d'arbres rabougris Ă  l'ombrage desquels se dresse une chaumiĂšre. (...) De Brasparts Ă  PlounĂ©our-MĂ©nez, en cinq lieues, on trouve cinq maisons[106] Â».

Des activitĂ©s agricoles subsistent, rĂ©duites certes (une seule exploitation est encore en activitĂ© dans la commune de Botmeur par exemple). Sur les premiĂšres pentes de schistes dĂ©voniens, des parcelles encloses, aujourd’hui laissĂ©es Ă  l’ajonc ras et aux bruyĂšres, furent autrefois des champs ou des prairies de fauche. La lande elle-mĂȘme Ă©tait utilisĂ©e pour la litiĂšre et mĂȘme la nourriture du bĂ©tail ; les vaches, au plus trois ou quatre par ferme Ă©taient des brizh-du, race bretonne pie noir[120] allaient paĂźtre les « garennes Â», leur productivitĂ© en lait Ă©tait « intermĂ©diaire entre la chĂšvre et la frisonne[103] Â», auxquelles succĂ©dĂšrent Ă  partir de 1930 les vaches de race armoricaine. L'ajonc constituait pendant l'hiver l'alimentation de base du cheval, un bidet breton gĂ©nĂ©ralement[103], « petit, endurant, nerveux, particuliĂšrement adaptĂ© au terrain accidentĂ© de la montagne[103] Â». Ces races ont dĂ©sormais disparu. Le marais tourbeux lui-mĂȘme a Ă©tĂ© par le passĂ© utilisĂ© par l'homme, pour l'exploitation de la tourbe certes, mais aussi, grĂące au drainage, pour l'agriculture (prairies surtout, mais aussi des champs cultivĂ©s), principalement entre 1930 et 1960. Depuis la friche sociale[121] (abandon des terres en raison du recul des activitĂ©s agricoles) a fait son Ɠuvre en rendant d'anciennes pĂątures Ă  la lande.

L'homme a surtout colonisĂ© les espaces les moins ingrats, Ă  savoir les zones les moins Ă©levĂ©es, fonds de vallĂ©e et dĂ©pressions. À l'ouest, la vallĂ©e du Rivoal, en direction de la commune de Saint-Rivoal ; au sud-ouest, la dĂ©pression de Brasparts, amorce du Bassin de ChĂąteaulin ; Ă  l'est, vers l'aval, les rĂ©gions de Brennilis et de Loqueffret, avec leur paysage bocager typique encore visible. Ce sont des traĂźnĂ©es de verdure par opposition aux landes sommitales.

Sur le versant mĂ©ridional des Roc’h, entre les crĂȘtes et le fond tourbeux des marais, existe une bande de terrains relativement privilĂ©giĂ©s, bĂ©nĂ©ficiant d’une bonne exposition face au sud et d’un climat d’abri relatif. Cela explique l’alignement d’un chapelet de hameaux sur une dizaine de kilomĂštres, depuis Bot-Kador, au pied du MĂ©nez Kador (Signal de Toussaines), jusqu’à TrĂ©dudon-le Moine en passant par plusieurs autres (Roz-du, Botmeur, Bot-Bihan, Litiez, Kerberou, TrĂ©dudon-la FeuillĂ©e,
). Ces hameaux sont bĂątis sur des replats moins pentus que les versants raides des Roc’h et sont, entre les landes sommitales et le marais tourbeux, les meilleures terres que l’homme ait pu cultiver au centre de l’ArrĂ©e[14]. La toponymie exprime la relative valeur de ces tertres : le hameau de Balanec-Ber par exemple, dont le nom (le « genĂȘt court Â» en breton) indique la prĂ©sence d’une plante frĂ©quente dans ce milieu. Le double nom du hameau de Ty-ar-Yeun-KernĂ©vez illustre aussi la difficultĂ© des implantations humaines (Village du marais-Village neuf). Ce hameau s'est dĂ©veloppĂ© au XIXe siĂšcle sur une Ăźle au sein du marais du Yeun Elez.

Une forme plus rĂ©cente des tentatives pour l’utilisation de l’ArrĂ©e a Ă©tĂ© le reboisement. On s’est attaquĂ© aux parties les plus abritĂ©es des collines grĂ©seuses. Ce reboisement en « timbre-poste Â» (parcelles boisĂ©es Ă©parses en fonction du hasard de la dĂ©cision de boisement prises par les propriĂ©taires de parcelles), qui date pour l'essentiel des dĂ©cennies 1950-1960 oĂč il Ă©tait encouragĂ© par les pouvoirs publics, est accusĂ© d'avoir modifiĂ© le paysage le transformant en paysage vosgien[122] et d'accentuer l'acidification des sols dĂ©jĂ  naturellement trĂšs acides[123], avec un pH aux alentours de 5 en raison de la plantation de conifĂšres (enrĂ©sinement), d'un meilleur rapport pour les propriĂ©taires et menace la survie de certaines espĂšces comme la malaxis des tourbiĂšres[124]. Ces parcelles boisĂ©es, qui ne correspondent pas Ă  l'Ă©cosystĂšme naturel des monts d'ArrĂ©e, sont toutefois dĂ©sormais en recul, car les arbres sont parvenus Ă  maturitĂ© et progressivement abattus[rĂ©f. souhaitĂ©e]. La rĂ©serve des Landes du Cragou dans la commune de Le CloĂźtre-Saint-ThĂ©gonnec a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en 1985[125] par la SociĂ©tĂ© pour l'Ă©tude et la protection de la nature en Bretagne (SEPNB-Bretagne vivante) pour Ă©viter l'enrĂ©sinement du site.

Aménagements hydrauliques

Mais l’homme n’a pas renoncĂ© Ă  utiliser la Montagne d’ArrĂ©e. Deux lacs sont visibles depuis certains sommets des monts d'ArrĂ©e : le premier, au cƓur mĂȘme du marais, est le lac dit rĂ©servoir de Saint-Michel, en amont du barrage de Nestavel (commune de Brennilis), construit entre 1931 et 1936 pour rĂ©gulariser le cours de l'Ellez et amĂ©liorer la production du barrage hydro-Ă©lectrique de Saint-Herbot. Ce lac de retenue, d'une superficie de prĂšs de 500 hectares, a ennoyĂ© la moitiĂ© orientale du marais du Yeun Elez et prĂ©cipitĂ© l'abandon de l'exploitation des tourbiĂšres[126]. Sur ses rives s'est implantĂ©e la centrale nuclĂ©aire des monts d'ArrĂ©e, construite Ă  Brennilis entre 1962 et 1967, fermĂ©e en 1985 et actuellement en cours de dĂ©mantĂšlement[127]. Trois autres cheminĂ©es sont visibles, qui correspondent Ă  trois turbines Ă  gaz Ă©difiĂ©es sur le mĂȘme site et qui fonctionnent uniquement aux heures de pointe en cas de risque de rupture d'approvisionnement Ă©lectrique de la Bretagne occidentale[128]. Ce lac sert aussi dĂ©sormais Ă  rĂ©gulariser le cours de l'Aulne, dont l'Ellez est un affluent, pour limiter les inondations dans la rĂ©gion de ChĂąteaulin[129]. ClassĂ© « grand lac intĂ©rieur Â», peuplĂ© de brochets, de truites arc en ciel et de truites farios, frĂ©quentĂ© par les pĂȘcheurs[130], il est peu exploitĂ© touristiquement (un camping de bord de lac toutefois Ă  Brennilis).

Le lac de Drennec avec la chaßne de l'Arrée en arriÚre plan.
Le réacteur de la centrale nucléaire, en attente de démantÚlement

Le second, au nord-ouest des monts d'ArrĂ©e, plus Ă©loignĂ©, est le lac de Drennec : ce lac artificiel, consĂ©cutif au barrage du mĂȘme nom implantĂ© sur la partie amont de l'Elorn, est un lac de stockage d'eau destinĂ© Ă  approvisionner en eau potable l'agglomĂ©ration brestoise et une bonne partie du nord du FinistĂšre. À la diffĂ©rence du reste de la Bretagne, l'eau y est presque indemne[131] de nitrates[132]. Des activitĂ©s de loisirs (plage, voile, pĂȘche) s'y sont Ă©galement implantĂ©es.

Exploitation minérale

Les anciennes carriĂšres de schistes ardoisiers sont dĂ©sormais fermĂ©es[133]. L'exploitation du kaolin[134], argile banche trĂšs pure provenant de la dĂ©composition hydrothermale des feldspaths[25], subsiste Ă  Berrien et Ă  Loqueffret. C'est dĂ©sormais la seule richesse miniĂšre encore exploitĂ©e dans les monts d'ArrĂ©e (90 % de la production française de kaolin) depuis la fermeture entre les deux Guerres mondiales des mines de plomb argentifĂšre d'Huelgoat, de Poullaouen et Locmaria-Berrien[135].

Constructions

Le patrimoine bĂąti traditionnel est aussi un tĂ©moin du milieu naturel[136],[137] : longĂšres aux murs de granite, de quartzites ou de schistes parfois mĂȘlĂ©s, toits couverts d'ardoises rustiques, dites sur place « de montagne Â» car de provenance locale, avec des faĂźtes parfois Ă  lignolet (ardoises sculptĂ©es), escaliers extĂ©rieurs, maisons « Ă  apotheiz Â» (maisons Ă  avancĂ©es)[138], nombreuses dans les villages de la rĂ©gion, mais illustrĂ©es particuliĂšrement par l'Ă©comusĂ©e des monts d'ArrĂ©e[139] : Maison Cornec Ă  Saint-Rivoal, Moulins de Kerouat Ă  Commana par exemple. L'apotheiz sert gĂ©nĂ©ralement Ă  placer la table, les bancs et un lit-clos formant cloison.

Des maisons à piÚce unique (en breton ty-coz) et souvent couvertes de chaume ont existé par le passé, les animaux étant séparés des hommes par une claie. Des lits clos richement décorés avec des clous en cuivre, permettaient une intimité relative. Le banc servait d'armoire et aussi de marche-pied pour entrer ou sortir du lit-clos.

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Transports et communications

La route départementale 785 longe le mont Saint-Michel de Brasparts et se dirige vers le Roc'h Trédudon.

Le premier amĂ©nagement de transport dans les monts d'ArrĂ©e fut la voie romaine Vorgium-Gesocribate (Carhaix-Brest) dont l'itinĂ©raire passait depuis le Vieux Tronc en Huelgoat par les hameaux de Pen Menez, le CloĂźtre, Coat-Mocun, Croas-an-herry, le bourg de La FeuillĂ©e, puis par Litiez avant de franchir la crĂȘte des monts d'ArrĂ©e un peu Ă  l'est de l'antenne de tĂ©lĂ©vision du Roc'h Tredudon. Cette voie, baptisĂ©e au Moyen Âge Hent Meur croisait alors Ă  Croaz Eneour (la croix a disparu) la voie dĂ©nommĂ©e Hent Collet, qui allait de Brasparts Ă  Guerlesquin et se confondait un moment sur une partie de son tracĂ© avec le chemin du Comte.

Pendant longtemps, les itinĂ©raires principaux de l'ArrĂ©e furent le « chemin du Comte Â» qui suivait approximativement la ligne de crĂȘte de l'ArrĂ©e, entre LĂ©on et Cornouaille (une partie de son tracĂ© correspond par exemple Ă  l'actuelle limite communale entre Saint-Rivoal et Sizun) et le Hent Tro Breiz qui allait de Quimper Ă  Saint-Pol-de-LĂ©on via Brasparts et les hameaux de KernĂ©vez en Saint-Rivoal et Roudouderc'h en Sizun (section de Saint-Cadou)[140] qui Ă©taient trĂšs sinueux et difficilement carrossables[110]. Ce n'est qu'Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle qu'un chemin meilleur est construit qui correspond Ă  l'axe actuel Morlaix-Quimper ; Jacques Cambry parle en 1794 du « chemin dĂ©jĂ  commencĂ© de Morlaix Ă  ChĂąteaulin par Braspars ; il passeroit aux pieds du mont Saint-Michel[141] Â». Il Ă©crit aussi : « La route de ChĂąteauneuf Ă  Plounevez, celle de Plounevez au Huelgoat, sont impraticables en hiver. [
] Il y a plus de vingt ans qu’on demande un chemin qui conduise du Huelgoat Ă  Morlaix. Les ponts des environs sont dans un Ă©tat dĂ©plorable[141] Â».

Les chemins de la montagne Ă©taient souvent peu sĂ»rs, malheur Ă  celui qui s'y attardait ou s'y perdait : Ă  la brume et aux loups s'ajoutait les dĂ©trousseurs de voyageurs et de pĂšlerins. Certains sont cĂ©lĂšbres comme La Fontenelle (voir plus haut) ou Marion du FaouĂ«t (1717-1752) qui avait une de ses caches dans la forĂȘt du Huelgoat Ă  la grotte du Diable. L'illustration est faite par les habitants de Botmeur en 1779, adressent cette pĂ©tition Ă  leur Ă©vĂȘque : « Les habitants du Botmeur sont tous de la paroisse de Berrien, et ils sont Ă©loignĂ©s de trois lieues de l’église paroissiale. Ils ont de plus pour s’y rendre les montagnes les plus sauvages et les plus Ă©levĂ©es de la Bretagne Ă  traverser. En hiver, elles sont souvent couvertes de neige ; dans les autres saisons elles sont frĂ©quemment enveloppĂ©es de brouillards trĂšs Ă©pais ; dans l’une et l’autre circonstance, les routes, peu battues, sont incertaines et l’on voit des gens du pays s’y Ă©garer mĂȘme pendant le jour, Ă  plus forte raison pendant la nuit. Comment serait-il possible que les habitants du Botmeur pussent frĂ©quenter pendant une grande partie de l’annĂ©e sans ĂȘtre surpris par la nuit au milieu des montagnes ? Cet inconvĂ©nient est sans doute grand pour les hommes, mais combien l’est-il davantage pour les femmes, les filles et les enfants[142]. Â» Les transports sont longtemps restĂ©s trĂšs difficiles dans la rĂ©gion : « Malheur au voyageur dont l'essieu se briserait dans cette affreuse solitude Â» Ă©crit Jacques Cambry en 1794[141].

Le mont Saint-Michel de Brasparts vu depuis l'ancien chemin du Comte.

« Du bourg de PlounĂ©our-MĂ©nez Ă  Brasparts (...), il y a 20 500 m de distance sans habitation aucune, ce qui souvent, surtout en hiver, est la cause de grands malheurs, on a vu des voyageurs pĂ©rir sans que personne puisse leur porter secours Â» Ă©crit l'ingĂ©nieur brestois Caron au prĂ©fet du FinistĂšre en 1838 ; plusieurs auberges sont crĂ©Ă©es dans la seconde moitiĂ© du XIXe siĂšcle le long de cet itinĂ©raire « montagnard Â» Morlaix-Quimper, la premiĂšre Ti Sant Mikel, l'Ă©tant en 1844 au pied de la montagne du mĂȘme nom[73]. La construction de cette premiĂšre auberge suscita des contestations : les habitants du village de Roquinarc'h en Saint-Rivoal, alors rattachĂ© Ă  Brasparts, se plaignirent dans une lettre au maire de Brasparts des 10 hectares de terres vendus Ă  l'aubergiste qui, selon eux, restreignaient leurs droits traditionnels Ă  l'utilisation du marais du Yeun Elez et notamment de la tourbe[143]. En 1905 encore, Camille Vallaux Ă©crit : « Les issues [terrains et chemins parties communes et propriĂ©tĂ© collective des habitants d'un hameau] sont neuf mois sur douze d'inextricables fondriĂšres[85] Â». L'auberge de Croix-CassĂ©e en Botmeur est la derniĂšre construite en 1903. L'accueil dans ces auberges restait rude, comme l'illustre un tĂ©moignage de 1892.

Les amĂ©nagements ferroviaires furent plus tardifs : la ligne Morlaix-Carhaix, exploitĂ©e par le RĂ©seau breton, desservant l'extrĂȘme est du massif (gare de Huelgoat-Locmaria) ouvre en 1891 sur le territoire de Locmaria[144], alors que celle de Plouescat-Rosporden des Chemins de fer armoricains, ouverte en 1912, traversait les monts d'ArrĂ©e, par une boucle allant de Commana Ă  Brennilis via la FeuillĂ©e afin d'Ă©viter les tourbiĂšres du Yeun Elez[145]. Cette derniĂšre Ă©tait la gare centrale de la ligne, et un embranchement destinĂ© Ă  expĂ©dier la tourbe du marais avait Ă©tĂ© posĂ© entre Brennilis et Loqueffret[145]. Ce « train-patate Â» n'avait pas un parcours facile dans les monts : il « affrontait la montagne d'ArrĂ©e par le bois de Bodriec Ă  la pente de 13 %. Isaac [le chef du train] demandait aux voyageurs de descendre pour allĂ©ger le convoi[146] Â» ; la ligne ferma dĂšs 1932[145]. A la FeuillĂ©e, la gare et la remise Ă  locomotives existent encore, bien que devenus des bĂątiments privĂ©s. À Brennilis, la gare abrite la station mĂ©tĂ©o, tandis que la ligne est devenue un chemin de randonnĂ©e permettant de remonter vers les crĂȘtes[144].

Les deux axes routiers principaux traversant les monts d'Arrée sont les routes départementales 785 et 764 (axes Lorient-Roscoff et Quimper-Morlaix).

Tourisme

Le dĂ©veloppement touristique de la rĂ©gion des monts d'ArrĂ©e s'est fait trĂšs rapidement : dĂšs la deuxiĂšme moitiĂ© du XIXe siĂšcle, Huelgoat, surnommĂ© « le Fontainebleau breton Â» attire des touristes logĂ©s Ă  l'hĂŽtel de France, ouvert en 1906 ou Ă  l'hĂŽtel d'Angleterre, ouvert en 1908[73]. Des Ă©crivains et des artistes y sĂ©journent comme Paul SĂ©rusier ou Gustave Flaubert ; Victor SĂ©galen meurt en 1919 dans la forĂȘt du Huelgoat.

Les points de vue et les spĂ©cificitĂ©s gĂ©ologiques ont rapidement amenĂ© un balisage spĂ©cifique, destinĂ© aux visiteurs : le chaos du Huelgoat et les principaux accĂšs aux monts sont Ă©quipĂ©s de panneaux en bĂ©ton Ă©maillĂ©s datant du dĂ©but du XXe siĂšcle.

La course cycliste Paris-Brest-Paris, dĂ©sormais randonnĂ©e cyclotouriste, passe par le Roc'h Tredudon[rĂ©f. nĂ©cessaire].

La création du parc naturel régional d'Armorique en 1969 symbolise la volonté de protection de la nature et le développement d'un tourisme respectueux de l'environnement dans les monts d'Arrée.

Les monts d'ArrĂ©e sont parcourus par des chemins de randonnĂ©e Ă©ditĂ©s par deux entitĂ©s distinctes. La fĂ©dĂ©ration française de la randonnĂ©e pĂ©destre propose deux sentiers de grande randonnĂ©e, le GR 37 et le GR 380, intitulĂ© « Tour des Monts d'ArrĂ©e Â». Le parc naturel rĂ©gional d'Armorique propose quant Ă  lui des sentiers Ă  thĂšme pour dĂ©couvrir cette partie du parc naturel[147]. Des centres Ă©questres proposent des promenades, tandis que l'Equibreizh met Ă  disposition des sentiers balisĂ©s[148].

L'association ADDES[149], implantée dans le village de Botcador sur la commune de Botmeur, propose de nombreuses randonnées commentées et animées, sur des thÚmes environnementaux ou s'inspirant des légendes locales

Culture populaire

Contes et légendes

Certains auteurs, tel Jean Markale, pensent que les monts d'ArrĂ©e pourraient ĂȘtre le « gaste pays Â» que les chevaliers de la Table ronde traversĂšrent dans leur quĂȘte du Saint-Graal[150], mais cela est du domaine de la poĂ©sie. Ainsi, la forĂȘt du Huelgoat serait un des restes de la mythique forĂȘt de BrocĂ©liande[151]. Plusieurs sites y portent la marque du roi Arthur : la grotte d'Arthus, le camp d'Arthus, etc.

Le Yeun Elez, et en particulier les zones de tourbiĂšres du Youdig, seraient une des portes de l'Enfer, oĂč les trĂ©passĂ©s et les conjurĂ©s seraient amenĂ©s[22],[152].

Tous les mille ans, le mont Saint-Michel de Brasparts s'ouvrirait pour découvrir un saint de pierre aux pouvoirs fabuleux[21].

Les monts d'Arrée dans la fiction

L'Ankou, album de Spirou et Fantasio dessiné par Jean-Claude Fournier, se passe au Guelhoat (anagramme de Huelgoat) et dans les monts d'Arrée, principalement autour de la centrale de Berniliz (Brennilis).

Une séquence du film de Christophe Honoré Non ma fille tu n'iras pas danser, mettant en scÚne un vieux conte breton, a été tournée dans les monts d'Arrée, autour de la chapelle Saint-Michel.

Photos

Annexes

Bibliographie

Sources

  • Eliane Faucon-Dumont et Georges Cadiou, Huelgoat et les monts d'ArrĂ©e : Les rebelles de la montagne, Editions Allan Sutton, mars 2008 (ISBN 978-2-84910-738-6) 
  • Maurice Le Lannou, ItinĂ©raires de Bretagne – Guide gĂ©ographique et touristique, 1930
  • Max Derruau, PrĂ©cis de gĂ©omorphologie, Masson, Ă©ditions multiples
  • Henri Moreau, cours de gĂ©ographie en classes prĂ©paratoires littĂ©raires (non publiĂ©)[rĂ©f. insuffisante]
  • Publications du parc naturel rĂ©gional d'Armorique
  • Carte IGN au 1:25 000e N° 617 ouest - PlonĂ©vez-du-Faou - Roc'h TrĂ©dudon

Autres parutions

  • Gilles Pouliquen et Lan Tanguy, Bretagne des hautes terres - Monts d'ArrĂ©e, 1953, rĂ©Ă©dition Coop Breizh, 2004 (le photographe G. Pouliquen a pris, durant 30 ans, de nombreuses photographies autant des paysages bretons que des habitants, des intĂ©rieurs de maisons, des fĂȘtes de village, des scĂšnes de nuit... Ces clichĂ©s sont accompagnĂ©s de poĂšmes de L. Tangi, directeur de la principale troupe de thĂ©Ăątre breton.)
  • François MallĂ©gol, Orages de guerre sur l'ArrĂ©e, Skol Vreiz, 2009 : il est surtout question du CloĂźtre-Saint-ThĂ©gonnec
  • Michel Penven, Glaoda Millour, François Joncour. Son parcours en centre FinistĂšre, Association Sur les traces de François Joncour, 1997
  • JoĂ«l Guyomarc'h, Les routes de ma vie. De La FeuillĂ©e au Paris-Dakar, de PĂ©kin Ă  la centrale de Brennilis, rĂ©cit de vie recueilli et rĂ©digĂ© par Anne Guillou (ISBN 2-9507592-5-4) : la vie d'un feuillantin tĂ©moin de l'arrivĂ©e de la modernitĂ© dans les monts d'ArrĂ©e dans les annĂ©es 1960
  • Pierre Marie Mallegol, Miettes de vie aux portes des Monts d'ArrĂ©e, Emgleo Breiz, 2009
  • Yves Le Febvre, Clauda Jegou, paysan de l'ArrĂ©e, Ă©dition Slatkine, 1981

Articles connexes

Liens externes

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Notes et références

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  4. ↑ Albert Le Grand, Vie des Saints, 1636
  5. ↑ Anatole Le Braz, Au pays des pardons
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  7. ↑ Jacques Cambry, Voyage dans le Finistùre, 1799
  8. ↑ Roman d'Aiquin, XVe siĂšcle
  9. ↑ Yves Le Febvre, Sur les pentes sauvages de l'Arez, 1912 ; ainsi que dans certains ouvrages d'Anatole Le Braz
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  11. ↑ Jean-Marie Bachelot de La Pylaie dans un tĂ©moignage de 1850
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  19. ↑ RenĂ© Lorimey, Sommets Bretons, Revue no 16, pp. 40 et 41.
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  76. ↑ Joseph Marie ThĂ©phany, Histoire de la persĂ©cution religieuse dans les diocĂšses de Quimper et de LĂ©on de 1790 Ă  1801, 1879, consultable en ligne
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  95. ↑ FrĂ©dĂ©ric Le Guyader, La Chanson du cidre, Ă©ditions CaillĂšre Hyacinthe, 1901, nombreuses rĂ©Ă©ditions
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  101. ↑ Jean-François Brousmiche, Voyage dans le Finistùre en 1829, 1830 et 1831, Éditions Morvran, 1977
  102. ↑ E-W-L Davies, Chasse à courre aux loups et autres chasses en Basse-Bretagne, 1855
  103. ↑ a, b, c, d et e Lan Tangi, Gilles Pouliquen, « Les paysans des Monts d'ArrĂ©e Â», Micheriou Koz n°9, printemps 2005
  104. ↑ Comte de Limur, Bulletin de la SociĂ©tĂ© d'anthropologie, 1874
  105. ↑ Louis GallouĂ©dec, revue Annales de GĂ©ographie, octobre 1893, lire en ligne
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  107. ↑ Louis GallouĂ©dec, revue Annales de GĂ©ographie, octobre 1893, lire en ligne
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  112. ↑ FrĂ©dĂ©ric Le Guyader, La chanson du cidre, Éditions CaillĂšre Hyacinthe, Rennes, 1901, multiples rĂ©Ă©ditions
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  118. ↑ LĂ©na Gourmelen, « Petite histoire du bocage dans les Monts d'ArrĂ©e Â», Kreiz Breizh n°4, octobre 2002
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  139. ↑ EcomusĂ©e des Monts d'ArrĂ©e
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  145. ↑ a, b et c Annick Fleitour, Le petit train Rosporden-Plouescat, Ă©ditions Ressac, 2001 
  146. ↑ François Dantec, Un marchand de vin du Finistùre, 1955
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  148. ↑ Equibreizh, « Carte de Bretagne, parcours de randonnĂ©es, dĂ©tail du FinistĂšre Â». ConsultĂ© le 7 avril 2010
  149. ↑ ADDES : Association d'aide au dĂ©veloppement Ă©conomique, social et culturel
  150. ↑ La lĂ©gende du Roi Arthur en France et en Armorique
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