Monarchie De Juillet

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Monarchie De Juillet

Monarchie de Juillet

Royaume des Français

Monarchie de Juillet


← Seconde Restauration
1830 â€” 1848
Seconde RĂ©publique (France) →

Flag of France.svg Louis-Philippe coa.png
Drapeau Armoiries



Informations générales
 Statut Monarchie constitutionnelle
 Capitale Paris
 Langue(s) Français
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Population
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Superficie
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Histoire et événements
 9 aoĂ»t 1830 Proclamation
 24 fĂ©vrier 1848 Proclamation de la IIe RĂ©publique, abdication de Louis-Philippe
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Pouvoir législatif
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Entité précédente Entité suivante
Seconde Restauration Seconde Restauration
DeuxiĂšme RĂ©publique DeuxiĂšme RĂ©publique
La sociĂ©tĂ© française est divisĂ©e sous la monarchie de Juillet ; les partisans de Louis-Philippe sont appelĂ©s les philippards.

ProclamĂ©e le 9 aoĂ»t 1830 aprĂšs les Ă©meutes dites des « Trois Glorieuses Â», la monarchie de Juillet (1830-1848) succĂšde en France Ă  la Restauration. La branche cadette des Bourbons, la maison d'OrlĂ©ans, accĂšde alors au pouvoir. Louis-Philippe Ier n'est pas sacrĂ© roi de France mais intronisĂ© roi des Français. Son rĂšgne, commencĂ© avec les barricades de la RĂ©volution de 1830, s'achĂšve en 1848 par d'autres barricades, qui le chassent pour instaurer la Seconde RĂ©publique. La monarchie de Juillet, qui a Ă©tĂ© celle d'un seul homme, marque en France la fin de la royautĂ©.

L'idĂ©al du nouveau rĂ©gime est dĂ©fini par Louis-Philippe rĂ©pondant fin janvier 1831 Ă  l'adresse que lui envoie la ville de Gaillac : « Nous chercherons Ă  nous tenir dans un juste milieu, Ă©galement Ă©loignĂ© des excĂšs du pouvoir populaire et des abus du pouvoir royal. Â»[1]

Sommaire

Des débuts agités

Histoire de France
Adhémar de Monteil à Antioche.jpeg

Antiquité

Moyen Âge

Époque moderne

Époque contemporaine

Voir aussi :

Chronologie de la France

Le 7 aoĂ»t 1830, la Charte de 1814 est rĂ©visĂ©e. Le prĂ©ambule rappelant l'Ancien RĂ©gime est supprimĂ©. La charte devient un pacte entre la nation et le roi, et cesse d'ĂȘtre une concession de ce dernier. Elle s'inscrit comme un compromis entre les constitutionnels et les rĂ©publicains. La religion catholique n'est plus religion d'État, la censure de la presse est abolie, le drapeau tricolore rĂ©tabli.

Le 9 aoĂ»t 1830, Louis-Philippe prĂȘte serment Ă  la Charte et est intronisĂ©. C'est le commencement officiel de la monarchie de Juillet. Le 11 aoĂ»t, un premier ministĂšre est formĂ©, rassemblant des tĂ©nors de l'opposition constitutionnelle Ă  Charles X, dont Casimir Perier, Laffitte, MolĂ©, le duc de Broglie, Guizot... Le ministĂšre doit rĂ©pondre Ă  un double objectif : prendre fermement en main la machine administrative et rĂ©tablir l'ordre dans la rue, tout en feignant l'enthousiasme pour la cause de la rĂ©volution qui vient de triompher.

Le désordre permanent

Pendant trois mois, l'agitation, entretenue par la presse de gauche, est permanente. Le gouvernement ne dispose pas des moyens de sĂ©vir, d'autant que la garde nationale a Ă  sa tĂȘte, Ă  partir du 16 aoĂ»t, le marquis de La Fayette, chef de file des rĂ©publicains. Louis-Philippe doit donc souffrir les familiaritĂ©s des « hĂ©ros de Juillet Â» qui rĂ©clament, selon la formule de La Fayette, « un trĂŽne populaire entourĂ© d'institutions rĂ©publicaines Â».

Louis-Philippe Ier, roi des Français. Le roi est représenté à l'entrée de la Galerie des batailles qu'il a fait aménager au Chùteau de Versailles.

Sous les ricanements des lĂ©gitimistes[2], le « roi-citoyen Â» distribue force poignĂ©es de main Ă  la foule ; devant le Palais-Royal, ce sont en permanence des attroupements qui rĂ©clament Ă  tout bout de champ Louis-Philippe pour lui faire chanter La Marseillaise ou La Parisienne. Mais, comme l'a bien compris le chansonnier BĂ©ranger[3], le roi joue un rĂŽle de composition et ne tardera pas Ă  jeter le masque.

Les rĂ©volutionnaires se retrouvent au sein de clubs populaires, se rĂ©clamant des clubs de la rĂ©volution de 1789, dont plusieurs prolongent des sociĂ©tĂ©s secrĂštes rĂ©publicaines[4]. On y rĂ©clame des rĂ©formes politiques ou sociales, et l'on y demande la condamnation Ă  mort des quatre ministres de Charles X qui ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s alors qu'ils cherchaient Ă  quitter la France (V. l'article ProcĂšs des ministres de Charles X). Les grĂšves, les manifestations se multiplient et aggravent le marasme Ă©conomique.

Pour relancer l'activitĂ©, le gouvernement fait voter, Ă  l'automne 1830, un crĂ©dit de 5 millions pour financer des travaux publics, prioritairement des routes[5]. Puis, face Ă  la multiplication des faillites et Ă  la montĂ©e du chĂŽmage, surtout Ă  Paris, le gouvernement propose d'accorder une garantie de l'État aux prĂȘts aux entreprises en difficultĂ© dans une enveloppe de 60 millions ; en dĂ©finitive, la Chambre vote au dĂ©but octobre un crĂ©dit de 30 millions destinĂ© Ă  des subventions[6].

Le 27 aoĂ»t, la monarchie de Juillet doit affronter son premier scandale avec la mort du dernier prince de CondĂ©, retrouvĂ© pendu Ă  l'espagnolette de la fenĂȘtre de sa chambre au chĂąteau de Saint-Leu. Louis-Philippe et la reine Marie-AmĂ©lie sont accusĂ©s sans preuve par les lĂ©gitimistes de l'avoir fait assassiner pour permettre Ă  leur fils, le duc d'Aumale, instituĂ© son lĂ©gataire universel, de mettre la main sur son immense fortune[7].

Le renouvellement du personnel politique et administratif

Dans le mĂȘme temps, le gouvernement Ă©pure l'administration de tous les sympathisants lĂ©gitimistes qui refusent de prĂȘter serment au nouveau rĂ©gime et Ă  son souverain et les remplace par un personnel nouveau issu de la rĂ©volution de Juillet, donnant le signal d'une vaste « course aux places Â»[8]. Au ministĂšre de l'IntĂ©rieur, Guizot renouvelle toute l'administration prĂ©fectorale et les maires des grandes villes. Au ministĂšre de la Justice, Dupont de l'Eure, assistĂ© par son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, MĂ©rilhou, change la plupart des procureurs gĂ©nĂ©raux. Dans l'armĂ©e, Bourmont, restĂ© fidĂšle Ă  Charles X, est remplacĂ© Ă  Alger par Clauzel. On remplace les gĂ©nĂ©raux commandant les rĂ©gions militaires, les ambassadeurs, les ministres plĂ©nipotentiaires, la moitiĂ© des membres du Conseil d'État. À la Chambre des dĂ©putĂ©s, un quart environ des siĂšges (119) sont soumis Ă  rĂ©Ă©lection en octobre, aprĂšs dĂ©mission, refus de serment ou nomination Ă  une fonction publique entraĂźnant, pour l'intĂ©ressĂ©, l'obligation de se reprĂ©senter devant les Ă©lecteurs. Ces Ă©lections partielles sont un succĂšs pour le nouveau rĂ©gime et une dĂ©route pour les lĂ©gitimistes.

L'Ă©lĂ©ment le plus notable dans ce renouvellement du personnel politique et administratif est le retour aux affaires de la partie du personnel du Premier Empire qui en avait Ă©tĂ© Ă©cartĂ©e sous la Seconde Restauration. Sociologiquement, en dĂ©pit de l'Ă©largissement modĂ©rĂ© du pouvoir de suffrage, les Ă©lites ne sont guĂšre renouvelĂ©es : « AprĂšs la rĂ©volution, souligne l'historien amĂ©ricain David H. Pinkney, les propriĂ©taires terriens, la classe des fonctionnaires et les gens des professions libĂ©rales continuĂšrent Ă  prĂ©dominer dans les postes clefs de l'État comme ils l'avaient fait sous l'Empire et sous la Restauration. En cela, on peut considĂ©rer que la rĂ©volution n'avait pas inaugurĂ© un quelconque rĂ©gime nouveau de “grande bourgeoisie”. Â»[9] « La grande diffĂ©rence entre la Restauration et la monarchie de Juillet, avance Guy Antonetti, n'a pas tant rĂ©sidĂ© dans la substitution d'un groupe social Ă  un autre que dans la substitution, Ă  l'intĂ©rieur du mĂȘme groupe social, des tenants d'une mentalitĂ© favorable Ă  l'esprit de 89 aux tenants d'une mentalitĂ© qui lui Ă©tait hostile : socialement semblables, idĂ©ologiquement diffĂ©rents. 1830 n'a Ă©tĂ© qu'un changement d'Ă©quipe dans le mĂȘme camp et non un changement de camp. Â»[10]

L’installation symbolique du nouveau rĂ©gime

Le 29 aoĂ»t, Louis-Philippe passe en revue la garde nationale de Paris qui l'acclame. « Cela vaut mieux pour moi que le sacre de Reims ! Â», s'Ă©crie-t-il en embrassant La Fayette. Le 11 octobre, le nouveau rĂ©gime dĂ©cide que des rĂ©compenses seront accordĂ©es Ă  tous les blessĂ©s des « Trois Glorieuses Â» et crĂ©e une mĂ©daille commĂ©morative pour les combattants de la rĂ©volution de Juillet. En octobre, le gouvernement prĂ©sente un projet de loi destinĂ© Ă  indemniser Ă  concurrence de 7 millions les victimes des journĂ©es de Juillet[11].

Le 13 aoĂ»t, le roi a dĂ©cidĂ© que les armes de la maison d'OrlĂ©ans (de France au lambel d'argent) orneront dĂ©sormais le sceau de l'État. Les ministres perdent les appellations de Monseigneur et le prĂ©dicat d’Excellence pour devenir Monsieur le ministre. Le fils aĂźnĂ© du roi est titrĂ© duc d'OrlĂ©ans et prince royal ; les filles et la sƓur du roi sont princesses d'OrlĂ©ans[12].

Sont adoptĂ©es et promulguĂ©es des lois revenant sur des mesures impopulaires prises sous la Restauration. La loi d'amnistie de 1816, qui avait condamnĂ© Ă  la proscription les anciens rĂ©gicides, est abrogĂ©e, Ă  l'exception de son article 4, qui condamne au bannissement les membres de la famille Bonaparte. L'Ă©glise Sainte-GeneviĂšve est de nouveau retirĂ©e au culte catholique le 15 aoĂ»t et retrouve, sous le nom de PanthĂ©on, sa vocation de temple laĂŻc dĂ©diĂ© aux gloires de la France. Une sĂ©rie de restrictions budgĂ©taires frappent l’Église catholique[13], cependant qu'est abrogĂ©e, le 11 octobre, la « loi du sacrilĂšge Â» de 1825, qui punissait de mort les profanateurs d'hosties consacrĂ©es[14].

La résistance et le mouvement

Dans l'opinion[15] et à la Chambre des députés, des voix s'élÚvent pour demander la fermeture des clubs républicains, foyers d'agitation qui contreviennent à l'article 291 du code pénal, interdisant toute réunion de plus de 20 personnes. Mais le garde des sceaux, Dupont de l'Eure, et le procureur général de Paris, Bernard, tous deux républicains, refusent de poursuivre les associations révolutionnaires.

Le 25 septembre, rĂ©pondant Ă  une interpellation Ă  la Chambre sur ce sujet, le ministre de l'IntĂ©rieur, Guizot, exprime en revanche la volontĂ© de mettre un terme Ă  l'agitation[16]. Le discours, appuyĂ© par celui de Casimir Perier, est bien accueilli Ă  la Chambre, mais celle-ci ne parvient pas Ă  conclure. C'est l'apparition d'un clivage entre deux tendances politiques antagonistes, qui vont structurer la vie politique sous la monarchie de Juillet :

  • le parti du mouvement (soutenu par le journal Le National), rĂ©formiste et favorable Ă  une politique d'aide aux nationalitĂ©s ;
  • le parti de la rĂ©sistance (soutenu par le Journal des dĂ©bats), conservateur et favorable Ă  la paix avec l'Europe.

Le procĂšs des quatre ex-ministres de Charles X arrĂȘtĂ©s en aoĂ»t 1830 alors qu'ils tentaient de fuir Ă  l'Ă©tranger – Polignac, Chantelauze, Peyronnet et Guernon-Ranville – est la grande affaire politique de l'heure. La gauche exige la tĂȘte des ministres, mais Louis-Philippe, veut Ă©viter une exĂ©cution dont il craint qu'elle ne donne le signal d'une vague de Terreur rĂ©volutionnaire qui, emportant la monarchie de Juillet dans une spirale de violence, la conduirait Ă  la guerre avec les puissances europĂ©ennes. Aussi la Chambre des dĂ©putĂ©s, tout en votant le 27 septembre une rĂ©solution de mise en accusation des anciens ministres, adopte le 8 octobre une adresse invitant le roi Ă  prĂ©senter un projet abolissant la peine de mort, au moins en matiĂšre politique. Cet Ă©pisode dĂ©clenche une Ă©meute les 17 et 18 octobre : les manifestants marchent sur le fort de Vincennes, oĂč sont dĂ©tenus les ministres.

Article dĂ©taillĂ© : ProcĂšs des ministres de Charles X.

AprĂšs ces Ă©meutes, Guizot demande la rĂ©vocation du prĂ©fet de la Seine, Odilon Barrot, qui, dans une proclamation aux Parisiens, a qualifiĂ© d’« inopportune dĂ©marche Â» l'adresse demandant l'abolition de la peine de mort. Guizot, appuyĂ© par le duc de Broglie, estime qu'un haut fonctionnaire ne saurait critiquer un acte de la Chambre des dĂ©putĂ©s, surtout que celui-ci a Ă©tĂ© approuvĂ© par le roi et par son gouvernement. Dupont de l'Eure prend le parti de Barrot et menace de dĂ©missionner s'il est dĂ©savouĂ©. Jacques Laffitte, principale figure du mouvement, s'offre alors pour coordonner les ministres avec le titre de « prĂ©sident du Conseil Â». AussitĂŽt, Broglie et Guizot, refusant de passer sous la coupe de Laffitte, dĂ©missionnent, suivis par Perier, Dupin, MolĂ© et Louis.

Pour lever l'hypothĂšque de gauche, Louis-Philippe va alors prendre Laffitte au mot et l'appelle Ă  former un nouveau gouvernement le 2 novembre 1830, en espĂ©rant que l'exercice du pouvoir le discrĂ©ditera.

Le ministĂšre Laffitte

« Si le chef doit ĂȘtre M. Laffitte, confie Louis-Philippe au duc de Broglie, j'y consens pourvu qu'il soit lui-mĂȘme chargĂ© de choisir ses collĂšgues, et je prĂ©viens d'avance que, ne partageant pas son opinion, je ne saurais lui promettre de lui prĂȘter secours. Â»[17] On ne saurait ĂȘtre plus clair ; pourtant, la formation du cabinet donne lieu Ă  de longues tractations et Laffitte, trompĂ© par les marques d'amitiĂ© que lui prodigue le roi, croit que ce dernier lui accorde une vĂ©ritable confiance.

Article dĂ©taillĂ© : Gouvernement de Jacques Laffitte.

Le procÚs des ex-ministres de Charles X se déroule du 15 au 21 décembre devant la Chambre des pairs, cernée par l'émeute qui réclame leur mort. Condamnés à la détention perpétuelle, assortie de la mort civile pour Polignac, les ministres échappent au lynchage grùce à la présence d'esprit du ministre de l'Intérieur, Montalivet, qui parvient à les mettre en sécurité au fort de Vincennes. La garde nationale maintient le calme dans Paris, affirmant son rÎle essentiel de milice bourgeoise du nouveau régime.

La mise en Ɠuvre de rĂ©formes promises par la Charte rĂ©visĂ©e

En manifestant l'importance de la garde nationale, seule force sur laquelle le gouvernement puisse alors compter pour assurer l'ordre public, cet Ă©pisode dĂ©montre Ă©galement le risque qu'il y a Ă  la laisser aux mains du peu fiable La Fayette. Celui-ci est rapidement poussĂ© Ă  la dĂ©mission Ă  la faveur d'une rĂ©organisation, ce qui entraĂźne le dĂ©part du gouvernement du garde des sceaux, Dupont de l'Eure. D'autre part, pour Ă©viter de dĂ©pendre d'une seule force, Louis-Philippe charge le marĂ©chal Soult, nommĂ© ministre de la Guerre depuis le 17 novembre, de rĂ©organiser sans tarder l'armĂ©e de ligne. Celui-ci prĂ©sente Ă  la Chambre, dĂšs le mois de fĂ©vrier 1831, son plan visant Ă  accroĂźtre les effectifs de l'armĂ©e, Ă  rĂ©sorber le surencadrement et Ă  assurer l'approvisionnement en armes et en munitions, et fait adopter la loi du 9 mars 1831 crĂ©ant la LĂ©gion Ă©trangĂšre, premiĂšre d'un important train de rĂ©formes militaires[18].

Dans le mĂȘme temps, le gouvernement met en Ɠuvre un certain nombre de rĂ©formes correspondant Ă  des revendications du parti du mouvement qui avaient Ă©tĂ© inscrites Ă  l'article 69 de la Charte rĂ©visĂ©e : la loi du 21 mars 1831 sur les conseils municipaux rĂ©tablit le principe de l'Ă©lection et Ă©largit sensiblement la base Ă©lectorale, avec 2 Ă  3 millions d'Ă©lecteurs sur 32,6 millions d'habitants, soit dix fois plus que pour les Ă©lections lĂ©gislatives (V. Grandes lois sous la monarchie de Juillet) ; la loi du 22 mars 1831 organise la garde nationale ; la loi du 19 avril 1831, votĂ©e aprĂšs deux mois de dĂ©bats au parlement[19], abaisse le cens d'Ă©lectorat de 300 Ă  200 francs de contributions directes et le cens d'Ă©ligibilitĂ© de 1 000 Ă  500 francs. Le nombre d'Ă©lecteurs passe de moins de 100 000 Ă  166 000. Un Français sur 170 participe Ă  la vie politique par le biais des Ă©lections.

Les émeutes des 14 et 15 février 1831

Les Ă©meutes qui ont lieu Ă  Paris les 14 et 15 fĂ©vrier 1831 vont provoquer la chute du ministĂšre. Elles trouvent leur origine dans la cĂ©lĂ©bration, le 14, d'un service funĂšbre organisĂ© Ă  Saint-Germain-l'Auxerrois par les lĂ©gitimistes en mĂ©moire du duc de Berry. La cĂ©rĂ©monie religieuse prend en rĂ©alitĂ© un tour nettement plus politique, celui d'une manifestation en faveur du comte de Chambord. Les rĂ©volutionnaires y voient une provocation intolĂ©rable, envahissent l'Ă©glise et la mettent Ă  sac. Le lendemain, la foule saccage une nouvelle fois l'archevĂȘchĂ©, dĂ©jĂ  dĂ©vastĂ© lors des « Trois Glorieuses Â», avant de piller plusieurs Ă©glises. Le mouvement s'Ă©tend Ă  la province oĂč des sĂ©minaires et des palais Ă©piscopaux sont pillĂ©s dans plusieurs villes.

Le gouvernement s'abstient de rĂ©agir Ă©nergiquement. Le prĂ©fet de la Seine, Odilon Barrot, le prĂ©fet de police, Jean-Jacques Baude, le commandant de la Garde nationale de Paris, le gĂ©nĂ©ral Mouton, restent passifs[20]. Et quand le gouvernement prend enfin des mesures, c'est pour faire arrĂȘter l'archevĂȘque de Paris, Mgr de QuĂ©len, le curĂ© de Saint-Germain-l'Auxerrois, et d'autres prĂȘtres accusĂ©s, avec quelques notables royalistes, de s'ĂȘtre livrĂ©s Ă  des provocations[rĂ©f. nĂ©cessaire].

Pour calmer les esprits, Laffitte, appuyĂ© par le prince royal, propose au roi une Ă©trange parade : supprimer les fleurs de lys sur le sceau de l'État. Louis-Philippe tente de se dĂ©rober, mais il finit par signer l'ordonnance du 16 fĂ©vrier 1831 qui substitue aux armes de la maison d'OrlĂ©ans un Ă©cu portant un livre ouvert avec les mots Charte de 1830. Il faut ensuite faire gratter les fleurs de lys sur les carrosses du roi, sur les bĂątiments officiels, etc. Louis-Philippe s'est fait violence, mais pour Laffitte, c'est une victoire Ă  la Pyrrhus : de ce jour, le roi est rĂ©solu Ă  se dĂ©barrasser de lui sans plus attendre.

François Guizot

La montĂ©e de l'agitation condamne au demeurant d'elle-mĂȘme la politique de laissez-faire du parti du mouvement. À la Chambre, le 19 fĂ©vrier, Guizot s'indigne[21] et, vivement approuvĂ© par tous les dĂ©putĂ©s du centre, met Laffitte au dĂ©fi de dissoudre la Chambre et de se prĂ©senter devant les Ă©lecteurs. Le prĂ©sident du Conseil relĂšve le gant, mais le roi, Ă  qui appartient seul la prĂ©rogative de dissolution, prĂ©fĂšre temporiser encore quelques jours. En attendant, Ă  la demande de Montalivet, Barrot est remplacĂ© par Taillepied de Bondy Ă  la prĂ©fecture de la Seine, tandis que Vivien de Goubert succĂšde Ă  Baude Ă  la prĂ©fecture de police. Le dĂ©sordre est permanent dans les rues de Paris. Tout est prĂ©texte Ă  incidents et manifestations. Qui plus est, la situation Ă©conomique est morose[22].

Enfin décidé à pousser Laffitte à la démission, Louis-Philippe use d'un stratagÚme. Il se fait remettre par le ministre des Affaires étrangÚres, Sébastiani, une note du maréchal Maison, ambassadeur de France à Vienne, arrivée à Paris le 4 mars, qui annonce l'imminence d'une intervention militaire autrichienne en Italie (V. Politique extérieure de la France sous la monarchie de Juillet#Les troubles en Italie). Laffitte apprend l'existence de cette note dans Le Moniteur du 8 mars. Il demande aussitÎt des explications à Sébastiani qui doit lui avouer qu'il a agi sur ordre du roi. Laffitte se précipite auprÚs de Louis-Philippe, qui le reçoit aimablement. Cherchant à amener le roi à se découvrir, Laffitte lui rappelle le programme belliqueux qu'il a développé à la Chambre. Louis-Philippe l'invite à soumettre la question au Conseil des ministres qui, réunit le lendemain, désavoue unanimement Laffitte[23]. Celui-ci n'a plus qu'à démissionner.

Le rétablissement de l'ordre

AprĂšs avoir ainsi levĂ© l'hypothĂšque du mouvement, le roi va appeler au pouvoir la rĂ©sistance. Pour Louis-Philippe, qui est fondamentalement centriste, cette nouvelle option politique n'est guĂšre plus confortable que la prĂ©cĂ©dente, d'autant qu'il n'Ă©prouve aucune sympathie pour le charismatique leader du mouvement, le banquier Casimir Perier : d'emblĂ©e, elle n'est pour lui qu'une autre hypothĂšque Ă  lever, en essayant d'en profiter pour rĂ©tablir l'ordre dans le pays en laissant assumer aux tenants de la rĂ©sistance l'impopularitĂ© affĂ©rente.

Le ministĂšre Casimir Perier

Le 13 mars 1831, Laffitte est donc remplacĂ© par la principale figure du parti de l'ordre, Casimir Perier. La formation du nouveau ministĂšre a donnĂ© lieu Ă  de dĂ©licates tractations avec Louis-Philippe, peu soucieux d'affaiblir son pouvoir et qui se mĂ©fie de Perier. Mais Perier a fini par imposer ses conditions, qui tournent autour de la prĂ©Ă©minence du prĂ©sident du Conseil sur les autres ministres et la possibilitĂ© pour lui de rĂ©unir, en l'absence du roi, des conseils de cabinet[24]. Perier a en outre exigĂ© que le prince royal, qui professe des idĂ©es libĂ©rales avancĂ©es, cesse de participer au Conseil des ministres. Pour autant, Perier ne veut pas l'abaissement de la couronne, dont il souhaite au contraire rehausser le prestige, contraignant par exemple Louis-Philippe Ă  quitter sa demeure familiale, le Palais-Royal, pour s'installer dans le palais des rois, les Tuileries (21 septembre 1831).

Article dĂ©taillĂ© : Gouvernement Casimir Perier.

Le 18 mars 1831, Perier prend la parole devant la Chambre des dĂ©putĂ©s pour prĂ©senter une sorte de dĂ©claration de politique gĂ©nĂ©rale : « Il importe, dit-il, que le cabinet nouvellement constituĂ© vous fasse connaĂźtre les principes qui ont prĂ©sidĂ© Ă  sa formation, et qui dirigent sa conduite. Il faut que vous votiez en connaissance de cause, et que vous sachiez Ă  quel systĂšme de politique vous prĂȘtez appui. Â»[25] Les principes qui ont prĂ©sidĂ© Ă  la formation du gouvernement sont ceux de la solidaritĂ© ministĂ©rielle et de l'autoritĂ© du gouvernement sur l'administration. Les principes que le gouvernement entend mettre en Ɠuvre sont, sur le plan intĂ©rieur, « les principes mĂȘmes de notre rĂ©volution Â» : « le principe de la rĂ©volution de juillet [...] ce n'est pas l'insurrection, [...] c'est la rĂ©sistance[26] Ă  l'agression du pouvoir Â»[25], et, sur le plan extĂ©rieur, « une attitude pacifique et le respect du principe de non-intervention Â»[25]. L'orateur rĂ©sume en dĂ©finitive sa politique dans une formule appelĂ©e Ă  rester cĂ©lĂšbre :

« Au-dedans, nous voulons l'ordre, sans sacrifice pour la libertĂ© ; au-dehors, nous voulons la paix, sans qu'il en coĂ»te rien Ă  l'honneur[25]. Â»

Le discours est trÚs applaudi au centre. La Chambre des députés adopte, en l'absence de budget réguliÚrement voté, quatre douziÚmes provisoires, et ce scrutin, considéré par Perier comme un vote de confiance, est acquis le 8 avril par 227 boules blanches contre seulement 32 boules noires.

La répression des fauteurs de troubles

Conforté par la confiance que lui a marquée la Chambre, le gouvernement entreprend de faire montre de fermeté et de sévir contre les fauteurs de troubles. La premiÚre occasion ne tarde pas à se présenter.

Le 14 mars 1831, les journaux d'opposition ont lancĂ© une campagne de souscription en faveur d'une association nationale censĂ©e combattre le retour des Bourbons et les risques d'invasion Ă©trangĂšre[27], que patronnent toutes les notabilitĂ©s de gauche comme La Fayette, Dupont de l'Eure, Lamarque, Barrot et qui ne tarde pas Ă  crĂ©er en province un rĂ©seau de comitĂ©s locaux. Perier envoie une circulaire aux prĂ©fets interdisant l'affiliation des agents de l'État – fonctionnaires, militaires, magistrats – Ă  une association qui, en prĂ©tendant dĂ©fendre la rĂ©volution et le territoire national, s'Ă©rige en rivale de l'État et l'accuse implicitement de ne pas remplir ses devoirs. Au dĂ©but du mois d'avril, le gouvernement procĂšde Ă  quelques destitutions spectaculaires de personnalitĂ©s en vue : Odilon Barrot est rĂ©voquĂ© du Conseil d'État, le commandement militaire du gĂ©nĂ©ral Lamarque est supprimĂ©, le maire de Metz, Jean-Baptiste Bouchotte, est destituĂ©, tout comme le marquis de Laborde, aide-de-camp du roi. L'opposition persifle : au lieu d'« un trĂŽne populaire entourĂ© d'institutions rĂ©publicaines Â»[28], on parle dĂ©sormais d'« un trĂŽne doctrinaire entourĂ© de destitutions rĂ©publicaines Â»[29].

Le 15 avril, l'acquittement par la cour d'assises de quelques jeunes rĂ©publicains[30], pour la plupart officiers d'artillerie de la garde nationale, arrĂȘtĂ©s en dĂ©cembre 1830 Ă  l'occasion des troubles qui ont marquĂ© le procĂšs des ministres de Charles X, donne le signal de nouvelles Ă©meutes les 15 et 16 avril. Mais Perier rĂ©agit fermement et, s'appuyant sur une loi renforçant les mesures contre les attroupements qu'il vient de faire voter le 10 avril, engage la garnison de Paris aux cĂŽtĂ©s de la garde nationale pour disperser les manifestants.

En mai, le gouvernement emploie une pompe Ă  incendie contre les manifestants, ancĂȘtre des modernes canons Ă  eau. L'utilisation de cette nouvelle arme de rĂ©pression fait les dĂ©lices des caricaturistes : aux cĂŽtĂ©s du parapluie, la seringue Ă  clystĂšre devient l'un des attributs de Louis-Philippe dans les dessins satiriques du temps.

La révolte des Canuts à Lyon

Le 14 juin, à la suite d'une altercation entre un bijoutier de la rue Saint-Denis et un colporteur de chansons napoléoniennes, une nouvelle émeute éclate et dégénÚre, dans la nuit, en bataille rangée contre la garde nationale, renforcée de dragons et de fantassins. Les combats se poursuivent durant toutes les journées des 15 et 16.

Surtout, le gouvernement doit faire face Ă  la rĂ©volte des ouvriers tisserands de Lyon, les canuts, qui se soulĂšvent le 21 novembre 1831, ralliant Ă  leur cause une partie de la garde nationale. En deux jours, les ouvriers se rendent maĂźtres de la ville, qu'Ă©vacuent le gĂ©nĂ©ral Roguet, commandant la division, et le maire, Prunelle.

Article dĂ©taillĂ© : RĂ©volte des Canuts.

DĂšs le 25 novembre, Casimir Perier annonce Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s une rĂ©action Ă©nergique : le marĂ©chal Soult, accompagnĂ© du duc d'OrlĂ©ans, partent aussitĂŽt reconquĂ©rir Lyon Ă  la tĂȘte d'une armĂ©e de 20 000 hommes, qui pĂ©nĂštre sans coup fĂ©rir dans la capitale des Gaules le 3 dĂ©cembre, et rĂ©tablit l'ordre sans effusion de sang.

Le 11 mars 1832, Ă©clate la sĂ©dition de Grenoble : Ă  l'occasion du Carnaval, un masque reprĂ©sente Louis-Philippe d'une maniĂšre particuliĂšrement grossiĂšre. Le prĂ©fet annule le bal oĂč, dans la soirĂ©e, le masque devait paraĂźtre. La population, mĂ©contente, manifeste devant la prĂ©fecture. Le prĂ©fet demande Ă  la garde nationale de disperser les manifestants, mais la garde nationale s'abstient de se prĂ©senter de sorte que le haut fonctionnaire requiert l'armĂ©e. Le 35e rĂ©giment de ligne s'acquitte de la mission impartie mais la population, furieuse, exige qu'il soit chassĂ© de la ville. Pour ramener le calme, les autoritĂ©s capitulent et, le 15 mars, le 35e de ligne sort de Grenoble oĂč il est remplacĂ© par le 6e de ligne, venu de Lyon pour le relever. Lorsqu'il apprend la nouvelle, Casimir Perier rĂ©agit vigoureusement : il dissout la garde nationale de Grenoble et rappelle immĂ©diatement le 35e de ligne qui rentre dans la ville au pas de marche et musique en tĂȘte.

Pourtant, la fermeté du gouvernement semble impuissante à enrayer la succession des complots[31] et des procÚs politiques qui sont autant de tribunes pour insulter le roi et le ministÚre[32]. L'agitation est permanente, dans toutes les provinces, en Dauphiné, en Picardie, à Carcassonne, en Alsace... Ces excÚs ont pour effet de ramener le duc d'Orléans à des sentiments politiques plus modérés[33].

Les élections anticipées de juillet 1831

Dans la deuxiĂšme quinzaine de mai 1831[34], Louis-Philippe, accompagnĂ© du marĂ©chal Soult, effectue un voyage officiel en Normandie et en Picardie, oĂč il est chaleureusement accueilli. Du 6 juin au 1er juillet, avec ses deux fils aĂźnĂ©s, le prince royal et le duc de Nemours, ainsi que le comte d'Argout, il effectue une tournĂ©e dans l'Est de la France, oĂč les rĂ©publicains et les bonapartistes sont nombreux et actifs. Le roi s'arrĂȘte successivement Ă  Meaux, ChĂąteau-Thierry, ChĂąlons, Valmy, Verdun, Metz[35], Nancy[36], LunĂ©ville, Strasbourg, Colmar, Mulhouse, Besançon et Troyes. Le voyage est un succĂšs et donne Ă  Louis-Philippe l'occasion d'affirmer son autoritĂ©[37].

Le 31 mai 1831, à Saint-Cloud, Louis-Philippe a signé une ordonnance qui dissout la Chambre des députés, fixe la date des élections au 5 juillet et convoque les chambres pour le 9 août. Le 23 juin, à Colmar, une nouvelle ordonnance a avancé cette date au 23 juillet[38].

Les Ă©lections gĂ©nĂ©rales ont lieu sans incident, selon la nouvelle loi Ă©lectorale du 19 avril 1831. Le rĂ©sultat déçoit Louis-Philippe et Casimir Perier : prĂšs de la moitiĂ© des dĂ©putĂ©s sont de nouveaux Ă©lus, dont on ignore comment ils voteront. Le 23 juillet, le roi ouvre la session parlementaire ; le discours du trĂŽne dĂ©veloppe le programme du gouvernement Casimir Perier : stricte application de la Charte au dedans, stricte dĂ©fense des intĂ©rĂȘts et de l'indĂ©pendance de la France au dehors. Les deux chambres tiennent leur premiĂšre sĂ©ance le 25 juillet[39]. Le 1er aoĂ»t, Girod de l'Ain, candidat du gouvernement, est portĂ© Ă  la prĂ©sidence de la Chambre des dĂ©putĂ©s contre Laffitte[40], mais Casimir Perier, estimant n'avoir pas obtenu une majoritĂ© suffisamment nette, prĂ©sente aussitĂŽt sa dĂ©mission.

Louis-Philippe, trÚs embarrassé, sonde Odilon Barrot, qui se dérobe en faisant observer qu'il ne dispose que d'une centaine de voix à la Chambre. Les 2 et 3 août, lors de l'élection des questeurs et secrétaires, la Chambre élit en revanche des candidats ministériels comme André Dupin et Benjamin Delessert[41]. En définitive, l'invasion de la Belgique par le roi des Pays-Bas, le 2 août, contraint Casimir Perier à reprendre sa démission pour répondre à la demande des Belges d'une intervention militaire française[42].

La discussion de l'adresse en rĂ©ponse au discours du trĂŽne donne lieu Ă  des dĂ©bats enflammĂ©s au sujet de la Pologne, oĂč quelques dĂ©putĂ©s, emmenĂ©s par le baron Bignon, voudraient voir la France intervenir comme elle s'apprĂȘte Ă  intervenir en Belgique. Casimir Perier rĂ©siste vigoureusement et obtient gain de cause : l'adresse se bornera Ă  de vagues formules sur la question polonaise[43]. C'est, pour le gouvernement, une nette victoire[44] qui remet en selle le parti de la rĂ©sistance.

CĂ©dant Ă  l'opinion dominante, Casimir Perier fait adopter un projet de loi abolissant l'hĂ©rĂ©ditĂ© de la pairie, vieille revendication de la gauche. AprĂšs de belles empoignades parlementaires, il parvient Ă©galement Ă  faire voter la loi du 2 mars 1832 relative Ă  la liste civile, qui en arrĂȘte le montant Ă  12 millions par an plus un million pour le prince royal. Le garde des sceaux, Barthe, attache enfin son nom Ă  l'un des monuments lĂ©gislatifs du rĂšgne : la loi du 28 avril 1832 modifiant le Code pĂ©nal et le Code d'instruction criminelle.

L'épidémie de choléra de 1832

La pandĂ©mie de cholĂ©ra, partie d'Inde en 1815, atteint Paris autour du 20 mars 1832. Elle tue 13 000 personnes rien qu'en avril, et continuera de ravager la capitale jusqu'en septembre, y faisant au total 18 000 morts. La maladie, dont on ignore encore la cause, jette la panique dans les esprits, le peuple n'hĂ©sitant pas Ă  soupçonner des empoisonneurs, tandis que les chiffonniers se rĂ©voltent contre les mesures d'hygiĂšne ordonnĂ©es par les autoritĂ©s[rĂ©f. nĂ©cessaire].

Le cholĂ©ra frappe Ă©galement la famille royale – Madame AdĂ©laĂŻde est atteinte – et la classe politique – d'Argout et Guizot contractent la maladie. Casimir Perier, qui est allĂ© le 1er avril avec le duc d'OrlĂ©ans visiter les malades Ă  l'HĂŽtel-Dieu, est atteint. Il doit s'aliter puis, son Ă©tat empirant, cesser d'exercer ses fonctions de ministre de l'IntĂ©rieur. Au terme d'une longue agonie, il meurt le 16 mai 1832.

La consolidation du régime

Débarrassé de Casimir Perier[45], Louis-Philippe n'est pas pressé de nommer un nouveau président du Conseil, d'autant que le parlement n'est pas en session et que la situation politique troublée exige des mesures rapides et énergiques.

Le rĂ©gime est en effet attaquĂ© de toute part : par les lĂ©gitimistes, avec la tentative avortĂ©e de la duchesse de Berry de soulever la Provence et la VendĂ©e durant le printemps 1832 et par les rĂ©publicains, qui dĂ©clenchent Ă  Paris, le 5 juin 1832, une insurrection Ă  l'occasion des funĂ©railles d'un de leurs chefs de file, le gĂ©nĂ©ral Lamarque, lui aussi emportĂ© par le cholĂ©ra. Le pouvoir rĂ©agit avec fermetĂ©, les troupes de ligne et, pour l'essentiel, la garde nationale, lui restent fidĂšles et le gĂ©nĂ©ral Mouton peut Ă©craser l'Ă©meute dans le sang, faisant 800 morts.

Cette double victoire, sur les carlistes et sur les rĂ©publicains, contribue grandement Ă  consolider le rĂ©gime[46], d'autant qu'au mĂȘme moment, le bonapartisme est endeuillĂ© par la mort du duc de Reichstadt, survenue le 22 juillet Ă  Vienne. Louis-Philippe peut couronner ces succĂšs sur le plan intĂ©rieur par une belle rĂ©ussite sur le plan diplomatique : le mariage de sa fille aĂźnĂ©e, la princesse Louise, au nouveau roi des Belges, LĂ©opold Ier, cĂ©lĂ©brĂ© au chĂąteau de CompiĂšgne[47] le 9 aoĂ»t, date anniversaire de l'installation de la monarchie de Juillet, et qui consacre la soliditĂ© de la position de celle-ci en Europe.

« Illustres Ă©pĂ©es Â» et « talents supĂ©rieurs Â»

En octobre 1832, Louis-Philippe appelle Ă  la prĂ©sidence du Conseil un homme de confiance, le marĂ©chal Soult, premiĂšre incarnation de la figure politique dite de l'« illustre Ă©pĂ©e Â», que la monarchie de Juillet reproduira Ă  l'envi. Soult peut s'appuyer sur un triumvirat constituĂ© des trois principales figures politiques du moment : Adolphe Thiers, le duc de Broglie et François Guizot, ce que le Journal des dĂ©bats appelle « la coalition de tous les talents Â» et que le roi des Français finira par appeler avec rancƓur un « Casimir Perier en trois personnes Â»[48].

Dans une circulaire adressĂ©e aux hauts fonctionnaires civils et militaires ainsi qu'aux hauts magistrats, le nouveau prĂ©sident du Conseil rĂ©sume sa ligne de conduite en quelques mots : « Le systĂšme politique adoptĂ© par mon illustre prĂ©dĂ©cesseur sera le mien. [...] L'ordre au-dedans et la paix au-dehors seront les gages les plus sĂ»rs de sa durĂ©e. Â»[49]

Les premiers succĂšs du ministĂšre Soult (octobre 1832 - avril 1834)

Le nouveau ministre de l'IntĂ©rieur, Thiers, s'illustre dĂšs le 7 novembre 1832 en faisant arrĂȘter Ă  Nantes la duchesse de Berry, qui est internĂ©e Ă  la citadelle de Blaye. Elle sera expulsĂ©e vers l'Italie le 8 juin 1833, aprĂšs avoir donnĂ© naissance Ă  une fille, qu'elle dĂ©clare nĂ©e d'un mariage contractĂ© Ă  Rome, Ă  la fin de 1831, avec le comte Lucchesi-Palli.

En Belgique, le marĂ©chal GĂ©rard, Ă  la tĂȘte d'une armĂ©e de 70 000 hommes, prĂȘte main-forte Ă  la jeune monarchie belge pour repousser une agression hollandaise et, notamment, reprendre la citadelle d'Anvers, qui capitule le 23 dĂ©cembre.

Fort de ces succĂšs, le gouvernement aborde en position de force l'ouverture de la session parlementaire, le 19 novembre 1832[50], et Louis-Philippe peut aller faire l'Ă©preuve de sa popularitĂ© en entreprenant deux tournĂ©es en province : dans le Nord, oĂč il rend hommage Ă  l'armĂ©e victorieuse qui rentre d'Anvers, du 5 au 20 janvier 1833[51], et en Normandie du 26 aoĂ»t au 12 septembre 1833[52].

Le roi et son gouvernement prennent des mesures populaires destinĂ©es Ă  se concilier l'opinion publique, par exemple un programme de grands travaux, qui permet notamment d'achever un certain nombre de monuments parisiens, tel l'arc de triomphe de l'Étoile, et des gestes symboliques, comme la rĂ©installation, le 21 juin 1833, de la statue de NapolĂ©on Ier sur la colonne VendĂŽme. Guizot, ministre de l'Instruction publique et des Cultes, met en place la cĂ©lĂšbre loi sur l'instruction primaire de juin 1833 qui oblige Ă  la crĂ©ation d'une Ă©cole Ă©lĂ©mentaire dans chaque commune.

Enfin, le 1er avril 1834, la dĂ©mission du duc de Broglie, mis en minoritĂ© Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s au sujet de la ratification d'un traitĂ© avec les États-Unis qui avait Ă©tĂ© conclu en 1831, entraĂźne un vaste remaniement ministĂ©riel dont le principal intĂ©rĂȘt, pour le roi, est d'ĂŽter au « Casimir Perier en trois personnes Â» celui de ses membres qui, par sa hauteur aristocratique et la raideur de son caractĂšre, lui Ă©tait le plus incommode.

Les insurrections d'avril et les élections anticipées du 21 juin 1834

Le remaniement ministĂ©riel du 4 avril 1834 coĂŻncide avec le retour d'une situation quasi-insurrectionnelle dans plusieurs villes du pays. DĂ©jĂ , Ă  la fin du mois de fĂ©vrier, la promulgation d'une loi soumettant Ă  autorisation l'activitĂ© des crieurs publics a suscitĂ©, pendant plusieurs jours, des escarmouches avec la police parisienne.

La seconde rĂ©volte des Canuts Ă  Lyon – Avril 1834

Par la loi du 10 avril 1834, le gouvernement a dĂ©cidĂ© de durcir la rĂ©pression des associations non autorisĂ©es, afin de contrer la principale des associations rĂ©publicaines, la SociĂ©tĂ© des Droits de l'Homme. Le jour du vote dĂ©finitif de ce texte par la Chambre des pairs, le 9 avril, Ă©clate la seconde insurrection des canuts lyonnais. Adolphe Thiers, ministre de l'IntĂ©rieur, abandonne la ville aux insurgĂ©s et la reprend le 13 avril, faisant 100 Ă  200 morts de part et d'autres.

Les rĂ©publicains cherchent Ă  Ă©tendre l'insurrection Ă  d'autres villes de province, mais leur mouvement fait long feu Ă  Marseille, Vienne, Poitiers et ChĂąlons. Les troubles sont plus sĂ©rieux Ă  Grenoble et surtout Ă  Saint-Étienne le 11 avril, mais partout, l'ordre est rapidement rĂ©tabli. C'est en dĂ©finitive Ă  Paris que l'agitation prend le plus d'ampleur.

Le massacre de la rue Transnonain (14 avril 1834), vu par Honoré Daumier.

Thiers, qui a prĂ©vu des troubles dans la capitale, y a concentrĂ© 40 000 hommes, que le roi passe en revue le 10 avril. À titre prĂ©ventif, il a fait arrĂȘter 150 des principaux meneurs de la SociĂ©tĂ© des Droits de l'Homme, et interdire son organe, le virulent quotidien La Tribune des dĂ©partements. MalgrĂ© tout, dans la soirĂ©e du 13, des barricades commencent Ă  se dresser. Avec le gĂ©nĂ©ral Bugeaud, qui commande les troupes, Thiers dirige personnellement les opĂ©rations de maintien de l'ordre. La rĂ©pression est fĂ©roce. La troupe, ayant essuyĂ© des coups de feu tirĂ©s du n° 12 de la rue Transnonain[53], le chef de dĂ©tachement fait enlever la maison d'assaut ; tous les occupants – hommes, femmes, enfants, vieillards – sont massacrĂ©s Ă  la baĂŻonnette, ce qu'immortalise une cĂ©lĂšbre lithographie d'HonorĂ© Daumier.

Nouvelle composition de
la Chambre des députés
Groupes politiques
Effectifs
# %
  MajoritĂ© ~310 siĂšges 67,4%
  Opposition ~120 siĂšges 26,1%
  LĂ©gitimistes ~30 siĂšges 06,5%
 
  Total 460 siĂšges 100,0%

Le 14, alors qu'on continue de se battre dans Paris, les deux chambres viennent en corps au Palais des Tuileries pour apporter leur concours au roi dans ses efforts pour rĂ©tablir l'ordre public. Louis-Philippe dĂ©cide de renoncer Ă  la cĂ©lĂ©bration officielle de sa fĂȘte, le 1er mai, et fait publier que les sommes qui y auraient Ă©tĂ© employĂ©es seront consacrĂ©es Ă  secourir les blessĂ©s, les veuves et les orphelins. Dans le mĂȘme temps, il ordonne au marĂ©chal Soult de donner une grande publicitĂ© au rĂ©cit des Ă©vĂ©nements « pour Ă©clairer le public, les chambres et toute la France et leur faire sentir combien l'augmentation de l'armĂ©e est nĂ©cessaire Â»[54]

Plus de 2 000 personnes sont arrĂȘtĂ©es suite aux diffĂ©rentes Ă©meutes, notamment Ă  Paris et Ă  Lyon et sont dĂ©fĂ©rĂ©es par ordonnance royale Ă  la Cour des pairs, conformĂ©ment Ă  l'article 28 de la Charte de 1830, pour attentat contre la sĂ»retĂ© de l'État. L'Ă©tat-major rĂ©publicain est dĂ©capitĂ©, Ă  telle enseigne que les funĂ©railles de La Fayette, mort le 20 mai, ne donnent lieu Ă  aucun incident. DĂšs le 13 mai, le gouvernement obtient de la Chambre des dĂ©putĂ©s le vote d'un crĂ©dit de 14 millions pour pouvoir entretenir une armĂ©e de 360 000 hommes. Deux jours plus tard, les dĂ©putĂ©s adoptent Ă©galement une loi trĂšs rĂ©pressive sur la dĂ©tention et l'usage d'armes de guerre.

Louis-Philippe juge le moment opportun pour dissoudre la Chambre des dĂ©putĂ©s et provoquer de nouvelles Ă©lections lĂ©gislatives qui se tiennent le 21 juin 1834[55], mais ne rĂ©pondent pas entiĂšrement aux attentes du roi : si les rĂ©publicains sont quasiment Ă©liminĂ©s, l'opposition reste forte de 150 siĂšges, dont une trentaine de lĂ©gitimistes, le reste revenant Ă  l'opposition dynastique d'Odilon Barrot, loyale au rĂ©gime mais hostile Ă  la rĂ©sistance et favorable au mouvement ; dans la majoritĂ©, forte d'environ 300 dĂ©putĂ©s, Ă©merge le « Tiers-Parti Â», qui peut, sur certains votes, faire dĂ©fection et unir une partie de ses voix Ă  celles de la gauche.

La nouvelle Chambre, qui se rĂ©unit le 31 juillet[56], renouvelle naturellement Ă  sa prĂ©sidence AndrĂ© Dupin, leader du Tiers-Parti mais proche du roi[57]. Elle adopte Ă  une large majoritĂ©[58] une adresse ambiguĂ«, oĂč la critique perce sous les formules convenues. Le 16 aoĂ»t, Louis-Philippe s'empresse de mettre les chambres en vacances jusqu'Ă  la fin de l'annĂ©e.

GĂ©rard, Maret, Mortier : la valse des ministĂšres (juillet 1834 - fĂ©vrier 1835)

Thiers et Guizot, qui dominent le ministĂšre, dĂ©cident de se dĂ©barrasser du marĂ©chal Soult, qu'ils trouvent obtus et impoli, mais dont le roi apprĂ©cie la complaisance Ă  le laisser mener sa politique comme il l'entend. Un incident concernant le statut – civil ou militaire – des possessions françaises en AlgĂ©rie sert de prĂ©texte. Louis-Philippe se laisse forcer la main Ă  regret, accepte la dĂ©mission de Soult le 18 juillet 1834 et le remplace par le marĂ©chal GĂ©rard. Une « illustre Ă©pĂ©e Â» en chasse une autre, aucun remaniement n'Ă©tant par ailleurs opĂ©rĂ© dans la composition du ministĂšre.

TrĂšs rapidement, le ministĂšre va se disloquer autour d'une question factice, montĂ©e en Ă©pingle par le Tiers Parti : l'Ă©ventualitĂ© d'une amnistie pour les « accusĂ©s d'avril Â». Louis-Philippe y est hostile[59], tout comme les doctrinaires et le noyau dur de la majoritĂ© ministĂ©rielle, mais le Tiers Parti, faisant valoir toute la difficultĂ© Ă  organiser le procĂšs de 2 000 prĂ©venus devant la Chambre des pairs, alors qu'aucune procĂ©dure n'est dĂ©finie, parvient Ă  circonvenir le marĂ©chal GĂ©rard, qui se dĂ©clare favorable Ă  l'amnistie. Lorsqu'il constate qu'il a contre lui le roi, Guizot et Thiers et n'a aucune chance d'imposer ses vues, il ne lui reste qu'Ă  dĂ©missionner le 29 octobre.

S'ouvre alors une longue crise ministĂ©rielle qui dure prĂšs de quatre mois. AprĂšs des essais multiples de diverses combinaisons dont aucune ne fonctionne, Louis-Philippe constitue, ce qui est conforme Ă  la logique politique de la situation, un ministĂšre entiĂšrement Tiers Parti. Mais, Dupin en ayant refusĂ© la prĂ©sidence, le roi commet l'erreur d'appeler, le 10 novembre 1834, une relique de l'Empire, le duc de Bassano.

Article dĂ©taillĂ© : Gouvernement Hugues-Bernard Maret.

Le nouveau prĂ©sident du Conseil est tellement perdu de dettes que, sitĂŽt sa nomination annoncĂ©e, ses crĂ©anciers font saisir son traitement de ministre. La constitution du nouveau gouvernement sĂšme Ă  la fois l'hilaritĂ© et la consternation. La presse se dĂ©chaĂźne. EffarĂ©s par un tel accueil, les ministres dĂ©missionnent en bloc dĂšs le 13 novembre, sans mĂȘme prĂ©venir le duc de Bassano, dont le cabinet gagne le sobriquet de « ministĂšre des trois jours Â». Le 18 novembre, Louis-Philippe revient Ă  la figure de l'« illustre Ă©pĂ©e Â» en la personne du marĂ©chal Mortier, duc de TrĂ©vise, Ă  la tĂȘte d'un ministĂšre qui est la copie conforme de celui que prĂ©sidait le marĂ©chal GĂ©rard.

Article dĂ©taillĂ© : Gouvernement Édouard Adolphe Mortier.

De cette crise, le Tiers Parti sort ridiculisĂ© tandis que les doctrinaires triomphent. Le ministĂšre veut pousser l'avantage en obligeant les dĂ©putĂ©s Ă  afficher clairement leur soutien Ă  sa politique. Lors de la rĂ©union des chambres le 1er dĂ©cembre, le gouvernement prĂ©sente un ordre du jour motivĂ© qui pose clairement la question de confiance, et qui obtient une nette majoritĂ©[60]. Pourtant, Ă  peine deux mois plus tard, le ministĂšre tombe. De premiĂšres escarmouches ont lieu Ă  propos du vote des crĂ©dits nĂ©cessaires pour amĂ©nager les locaux oĂč doit se tenir le procĂšs des insurgĂ©s d'avril[61]. L'opposition dĂ©nonce un ministĂšre sans chef, Ă  la tĂȘte duquel elle accuse Louis-Philippe d'avoir placĂ© un fantoche pour mieux exercer son pouvoir personnel. La polĂ©mique s'enflamme, et l'on ressort, pour l'opposer Ă  Louis-Philippe, la maxime que Thiers avait brandie face Ă  Charles X : « Le roi rĂšgne mais ne gouverne pas Â». En dĂ©finitive, lorsque le marĂ©chal Mortier dĂ©missionne le 20 fĂ©vrier 1835, officiellement pour raisons de santĂ©, le roi ne cherche pas un instant Ă  le retenir.

Une évolution contrariée vers le parlementarisme

Nourries par les opuscules de publicistes inspirĂ©s par les Tuileries comme ceux du baron Massias (Ce qu'est rĂ©gner, gouverner, administrer, et du conseil des ministres) et du comte Roederer (Adresse d'un constitutionnel aux constitutionnels), les polĂ©miques qui ont conduit au dĂ©part du marĂ©chal Mortier ont tournĂ© autour de la place de la couronne et des prĂ©rogatives du parlement. D'un cĂŽtĂ©, Louis-Philippe veut conduire sa propre politique, notamment dans les domaines qu'il considĂšre comme « rĂ©servĂ©s Â», la dĂ©fense et la diplomatie, et exige des ministres qu'ils se plient Ă  ses volontĂ©s, en se passant au besoin de prĂ©sident du Conseil. De l'autre, une partie des dĂ©putĂ©s affirment que le ministĂšre doit avoir un chef et procĂ©der de la majoritĂ© de la Chambre, et veulent achever ainsi une Ă©volution du rĂ©gime vers un parlementarisme que la Charte de 1830 n'a fait qu'esquisser[62].

La logique parlementaire Ă  l'Ɠuvre : le ministĂšre du duc de Broglie (mars 1835 - fĂ©vrier 1836)

Dans ce contexte, les dĂ©putĂ©s estiment qu'ils doivent imposer Ă  Louis-Philippe de choisir pour prĂ©sident du Conseil le duc de Broglie, pour la simple raison que c'est celui que le roi cherche absolument Ă  Ă©viter, car il se mĂ©fie de son anglophilie, et n'aime pas son indĂ©pendance et ses maniĂšres condescendantes. AprĂšs trois semaines de crise ministĂ©rielle, au cours de laquelle Louis-Philippe sollicite successivement MolĂ©, Dupin, Soult, SĂ©bastiani et GĂ©rard, il doit se rĂ©soudre, le 12 mars 1835, Ă  appeler le duc de Broglie et Ă  accepter ses conditions, qui sont d'ailleurs proches de celles qu'avait imposĂ©es Casimir Perier.

Article dĂ©taillĂ© : Gouvernement Victor de Broglie.

Comme le premier gouvernement Soult, le nouveau ministĂšre repose sur le triumvirat Broglie (Affaires Ă©trangĂšres) - Guizot (Instruction publique) - Thiers (IntĂ©rieur). D'emblĂ©e, le duc de Broglie lave l'affront que lui avait infligĂ© la Chambre en 1834 en obtenant haut la main la ratification du traitĂ© du 4 juillet 1831 avec les États-Unis d'AmĂ©rique[63]. Il obtient Ă©galement une large majoritĂ© dans le dĂ©bat sur les fonds secrets, qui tient lieu de vote de confiance avec 256 voix pour et 129 contre.

Le procÚs des insurgés d'avril

La grande affaire du gouvernement Broglie est le procĂšs des insurgĂ©s d'avril qui s'ouvre le 5 mai 1835 devant la Chambre des pairs. Sur les 2 000 prĂ©venus, les pairs n'en ont en dĂ©finitive inculpĂ© que 164, dont 43 seront jugĂ©s par contumace[64]. 121 accusĂ©s sont prĂ©sents le jour du procĂšs. Ils multiplient les incidents de procĂ©dure et utilisent tous les moyens possibles pour transformer le procĂšs en vaste opĂ©ration de propagande rĂ©publicaine. Le 12 juillet, une partie d'entre eux, parmi lesquels les principaux meneurs de l'insurrection parisienne, s'Ă©chappent de Sainte-PĂ©lagie par un passage souterrain qui avait Ă©tĂ© prĂ©parĂ© de longue date.

La cour des pairs rend son jugement Ă  l'encontre des accusĂ©s lyonnais le 13 aoĂ»t 1835 puis, vu les rĂ©sistances des prĂ©venus, dĂ©cide de juger sur piĂšces les autres prĂ©venus, Ă  l'encontre de qui les sentences sont prononcĂ©es en dĂ©cembre 1835 et janvier 1836. Les peines sont plutĂŽt clĂ©mentes : aucune condamnation Ă  mort, quelques condamnations Ă  la dĂ©portation, de nombreuses condamnations Ă  quelques annĂ©es d'emprisonnement et quelques acquittements.

L'attentat de Fieschi (28 juillet 1835)

Attentat de Fieschi, le 28 juillet 1835. Par EugĂšne Lami, 1845. ChĂąteau de Versailles.

Contrairement Ă  ce qu'ils espĂ©raient, les rĂ©publicains ne sortent pas grandis, aux yeux de l'opinion, du procĂšs des insurgĂ©s d'avril : ils ont donnĂ© d'eux-mĂȘmes une image qui a paru ressusciter tous les excĂšs du jacobinisme, et qui a surtout effrayĂ© les bourgeois. L'attentat commis contre le roi le 28 juillet 1835 achĂšve de les dĂ©considĂ©rer.

À l'occasion de l'anniversaire de la rĂ©volution de Juillet, Louis-Philippe doit passer en revue la garde nationale sur les grands boulevards. MalgrĂ© les rumeurs d'attentat, il refuse d'annuler la revue Ă  laquelle il se rend entourĂ© des aĂźnĂ©s de ses fils – d'OrlĂ©ans, Nemours, Joinville –, de plusieurs ministres, parmi lesquels le duc de Broglie et Thiers, et de nombreux marĂ©chaux et officiers. À la hauteur du n° 50 du boulevard du Temple, une « machine infernale Â» placĂ©e sur l'appui de la fenĂȘtre d'une maison explose. Miraculeusement, le roi n'a qu'une Ă©raflure au front, ses fils sont indemnes, tandis que le marĂ©chal Mortier est tuĂ© sur le coup avec dix autres personnes. Parmi les dizaines de blessĂ©s, sept meurent dans les jours suivants.

Les auteurs de l'attentat – un aventurier paranoĂŻaque et vaniteux, ancien soldat de Murat, Giuseppe Fieschi, et deux rĂ©publicains exaltĂ©s, liĂ©s Ă  la SociĂ©tĂ© des Droits de l'Homme, le sellier Pierre Morey et le droguiste ThĂ©odore PĂ©pin – sont arrĂȘtĂ©s au dĂ©but du mois de septembre. JugĂ©s devant la cour des pairs, ils sont condamnĂ©s Ă  mort et guillotinĂ©s le 19 fĂ©vrier 1836.

Les lois de septembre 1835 et la consolidation définitive du régime

La brutalitĂ© du carnage a plongĂ© la France en Ă©tat de choc. Les rĂ©publicains sont discrĂ©ditĂ©s. L'opinion est prĂȘte pour des mesures Ă©nergiques. Aussi, dĂšs le 4 aoĂ»t, le gouvernement a dĂ©posĂ© Ă  la Chambre trois projets de lois permettant de renforcer la rĂ©pression contre les auteurs d'attentats contre le rĂ©gime : « La Charte, justifie le duc de Broglie, Ă©tablit la libertĂ© politique, sous la forme de la monarchie constitutionnelle. Tous les partis sont libres dans l'enceinte de la monarchie constitutionnelle. DĂšs qu'ils en sortent, la libertĂ© ne leur est pas due. Ils se mettent eux-mĂȘmes hors de la loi politique. [...] La libertĂ© de la presse ne domine pas les autres institutions. [...] C'est un principe fondamental de la monarchie constitutionnelle que le monarque est au-dessus de toute atteinte, de toute discussion. Â»[65]

  • Le premier texte vise Ă  renforcer les pouvoirs du prĂ©sident de la cour d'assises et du procureur gĂ©nĂ©ral afin de contre-carrer les manƓuvres d'obstruction et les procĂ©dĂ©s dilatoires des prĂ©venus poursuivis pour rĂ©bellion, dĂ©tention d'armes prohibĂ©es ou mouvements insurrectionnels. Il est adoptĂ© le 13 aoĂ»t par 212 voix contre 72.
  • Le deuxiĂšme projet rĂ©forme la procĂ©dure devant les jurys d'assises. La loi du 4 mars 1831 a rĂ©servĂ© la dĂ©claration de culpabilitĂ© ou d'innocence aux seuls jurĂ©s, Ă  l'exclusion des magistrats professionnels faisant partie de la cour d'assises, et exigĂ© la majoritĂ© des deux tiers (8 voix contre 4) pour prononcer une dĂ©claration de culpabilitĂ©. Le projet du gouvernement revient Ă  la majoritĂ© simple (7 contre 5). Il est adoptĂ© le 20 aoĂ»t par 224 voix contre 149.
  • Le troisiĂšme projet, qui touche Ă  la libertĂ© de la presse, suscite des dĂ©bats passionnĂ©s. Il vise Ă  empĂȘcher les discussions sur le roi, la dynastie, la monarchie constitutionnelle, car le gouvernement considĂšre que la presse d'opposition, par ses attaques incessantes contre la personne du roi, a prĂ©parĂ© le terrain Ă  l'attentat. MalgrĂ© une opposition vĂ©hĂ©mente, le projet est votĂ© le 29 aoĂ»t par 226 voix contre 153.

Les trois lois sont promulguĂ©es ensemble le 9 septembre 1835. Elles marquent le succĂšs dĂ©finitif de la politique de rĂ©sistance engagĂ©e depuis Casimir Perier sur le harcĂšlement rĂ©publicain, et la consolidation de la monarchie de Juillet, dĂ©barrassĂ©e de toute contestation portant sur le fondement mĂȘme du rĂ©gime. Celle-ci se dĂ©place dĂ©sormais sur d'autres terrains : l'interprĂ©tation de la Charte et la nature du rĂ©gime, avec la revendication des dĂ©putĂ©s d'une Ă©volution parlementaire ; puis, Ă  partir de 1840, la demande grandissante en faveur d'un Ă©largissement du suffrage, qui voit rĂ©apparaĂźtre la contestation rĂ©publicaine sous la forme de la revendication du suffrage universel.

Georges Humann, ministre des Finances

AprĂšs le succĂšs de la promulgation des lois de septembre, le ministĂšre obtient le vote Ă  une large majoritĂ©[66], le 13 janvier 1836, d'une adresse plutĂŽt favorable, rĂ©digĂ©e par Sauzet. Pourtant, il va tomber sur une question tout Ă  fait inattendue.

Le 14 janvier, alors que la Chambre aborde la discussion du budget, le ministre des Finances, Georges Humann, annonce, sans en avoir averti ses collĂšgues, son intention de procĂ©der Ă  une conversion de la rente française 5 % pour allĂ©ger le poids de la dette publique. C'est une vĂ©ritable bombe politique, car la rente est une composante essentielle des fortunes de la bourgeoisie, base politique du rĂ©gime. Aussi le Conseil des ministres dĂ©savoue-t-il immĂ©diatement Humann, qui est contraint Ă  la dĂ©mission le 18 janvier, cependant que le duc de Broglie explique Ă  la Chambre que le gouvernement ne soutient pas sa proposition. Mais il le fait en termes jugĂ©s cassants, qui indisposent les dĂ©putĂ©s : l'un d'entre eux, le banquier Alexandre Gouin, dĂ©pose aussitĂŽt une proposition de loi tendant Ă  la conversion de la rente qui est renvoyĂ©e devant la Chambre oĂč elle est dĂ©battue Ă  partir du 4 fĂ©vrier. Le lendemain, les dĂ©putĂ©s dĂ©cident de poursuivre son examen par 194 voix contre 192. DĂ©savouĂ©, le gouvernement dĂ©missionne aussitĂŽt : c'est la premiĂšre fois qu'un ministĂšre tombe aprĂšs avoir Ă©tĂ© mis en minoritĂ© devant la Chambre des dĂ©putĂ©s.

La logique parlementaire contrariée

La chute du ministĂšre Broglie pourrait marquer un tournant dĂ©cisif dans l'Ă©volution du rĂ©gime vers le parlementarisme. Mais il n'en sera rien : Louis-Philippe, avec une habiletĂ© manƓuvriĂšre consommĂ©e, va feindre de jouer le jeu parlementaire, mais pour mieux le neutraliser.

Le premier ministÚre Thiers (février - septembre 1836)

Le roi va profiter de la crise ministĂ©rielle pour se dĂ©barrasser des doctrinaires, c'est-Ă -dire non seulement le duc de Broglie, mais Ă©galement Guizot, replĂątrer le ministĂšre avec quelques crĂ©atures du Tiers Parti pour donner Ă  celui-ci l'illusion d'une inflexion Ă  gauche, et mettre Ă  sa tĂȘte Adolphe Thiers dans le dessein de le dĂ©tacher dĂ©finitivement des doctrinaires[67] et de l'user jusqu'Ă  ce que sonne l'heure du comte MolĂ©, que le roi a rĂ©solu depuis longtemps d'appeler Ă  la prĂ©sidence du Conseil. EntortillĂ© dans des tractations alambiquĂ©es, ce plan est mis en Ɠuvre comme Louis-Philippe l'entend : le nouveau ministĂšre est constituĂ© le 22 fĂ©vrier 1836.

Article dĂ©taillĂ© : Gouvernement Adolphe Thiers (1).

Le jour mĂȘme, Thiers s'exprime devant la Chambre des dĂ©putĂ©s : il justifie la politique de rĂ©sistance menĂ©e jusqu'alors[68], mais il reste fort vague sur son programme, se bornant Ă  promettre « des jours meilleurs Â» et Ă  rĂ©cuser les « systĂšmes Â».

À la Chambre, qui ajourne aisĂ©ment, le 22 mars, la proposition de conversion des rentes – preuve, s'il en Ă©tait besoin, que le sujet n'avait Ă©tĂ© qu'un prĂ©texte – le dĂ©bat sur les fonds secrets, marquĂ© par un discours remarquĂ© de Guizot et une rĂ©ponse fuyante du garde des sceaux, Sauzet, est conclu par un vote largement favorable au gouvernement[69].

Portrait du duc d'Orléans, par Dominique Ingres, 1842.

Si Thiers a acceptĂ© la prĂ©sidence du Conseil et pris le portefeuille des Affaires Ă©trangĂšres, c'est parce qu'il espĂšre pouvoir nĂ©gocier le mariage du duc d'OrlĂ©ans avec une archiduchesse d'Autriche : depuis l'attentat de Fieschi, le mariage de l'hĂ©ritier du trĂŽne, qui vient d'avoir vingt-cinq ans, est l'obsession de Louis-Philippe, et Thiers se verrait bien, tel un nouveau Choiseul, en artisan d'un spectaculaire renversement d'alliances en Europe. Mais la tentative se solde par un Ă©chec : Metternich et l'archiduchesse Sophie, qui domine la cour de Vienne, rejettent une alliance avec la famille d'OrlĂ©ans, qu'ils estiment bien peu assurĂ©e sur son trĂŽne.

L'attentat d'Alibaud contre Louis-Philippe, le 25 juin, vient d'ailleurs justifier leurs craintes. À l'Ă©chec sur le plan international vient ainsi s'ajouter pour Thiers, un Ă©chec sur le plan intĂ©rieur, avec la rĂ©surgence de la menace rĂ©publicaine, Ă  telle enseigne que l'inauguration de l'arc de triomphe de l'Étoile, le 29 juillet, qui aurait dĂ» ĂȘtre l'occasion d'une grande cĂ©rĂ©monie de concorde nationale, au cours de laquelle la monarchie de Juillet se serait rĂ©chauffĂ©e Ă  la gloire de la RĂ©volution et de l'Empire, se dĂ©roule en catimini, Ă  sept heures du matin et hors la prĂ©sence du roi.

Pour restaurer sa popularitĂ© et se venger de l'Autriche, Thiers caresse l'idĂ©e d'une intervention militaire en Espagne, que rĂ©clame la reine-rĂ©gente Marie-Christine, confrontĂ©e Ă  la rĂ©bellion carliste. Mais Louis-Philippe, confortĂ© par Talleyrand et Soult, s'y oppose rĂ©solument, ce qui entraĂźne la dĂ©mission de Thiers. Cette fois, le gouvernement est tombĂ© non Ă  la suite d'un vote hostile de la Chambre – le Parlement n'est pas en session – mais en raison d'un dĂ©saccord avec le roi sur la politique Ă©trangĂšre, preuve que l'Ă©volution parlementaire du rĂ©gime reste alors tout Ă  fait incertaine.

Les deux ministÚres Molé (septembre 1836 - mars 1839)

Le nouveau ministĂšre est constituĂ© le 6 septembre 1836 sous la prĂ©sidence du comte MolĂ©. Depuis longtemps, Louis-Philippe est subjuguĂ© par le charme de ce parfait homme de cour, ancien Grand juge de NapolĂ©on Ier, issu d'une illustre famille de parlementaires parisiens. Le nouveau ministĂšre, oĂč rentrent les doctrinaires Guizot, DuchĂątel et Gasparin, ne compte – la presse en fait aussitĂŽt la remarque – aucune des illustrations des Trois Glorieuses.

Article dĂ©taillĂ© : Gouvernement Louis Mathieu MolĂ© (1).

Soucieux de conforter une popularitĂ© incertaine, le ministĂšre prend immĂ©diatement quelques mesures d'inspiration humaniste : gĂ©nĂ©ralisation de l'incarcĂ©ration cellulaire[70], suppression de la chaĂźne des forçats, grĂące royale pour 52 condamnĂ©s politiques, tant lĂ©gitimistes que rĂ©publicains, et notamment pour les anciens ministres de Charles X[71]. Le 25 octobre 1836, l'Ă©rection de l'obĂ©lisque de Louxor sur la place de la Concorde donne au roi le plaisir d'une ovation publique.

La tentative de soulĂšvement de Strasbourg et la loi de disjonction

Le 30 octobre 1836, la tentative de soulĂšvement de Strasbourg de Louis-NapolĂ©on Bonaparte tourne rapidement court. Le prince et ses complices sont arrĂȘtĂ©s le jour mĂȘme, au grand embarras du gouvernement qui ne sait que faire de cet encombrant prisonnier. En dehors de toute procĂ©dure lĂ©gale, le ministĂšre le fait transporter Ă  Lorient oĂč il est embarquĂ©, le 21 novembre, sur L'AndromĂšde qui le conduit aux États-Unis.

Les autres conjurĂ©s sont dĂ©fĂ©rĂ©s Ă  la cour d'assises de Strasbourg qui les acquitte le 18 janvier 1837. Aussi, dĂšs le 24 janvier 1837, le ministre de la Guerre, le gĂ©nĂ©ral-baron Bernard, dĂ©pose Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s le projet de loi dit « de disjonction Â» qui vise Ă  permettre d'opĂ©rer, en cas de tentative d'insurrection, une disjonction entre les civils, justiciables de la cour d'assises, et les militaires, qui seraient traduits devant le conseil de guerre, par exception au principe de l'indivisibilitĂ© de la procĂ©dure. Le projet est vivement combattu par l'opposition et, Ă  la surprise gĂ©nĂ©rale, il est repoussĂ© le 7 mars par 211 voix contre 209.

Du premier au second ministÚre Molé

AprĂšs ce camouflet, l'on s'attend Ă  ce que le gouvernement dĂ©missionne, ce qui serait la logique mĂȘme d'un systĂšme parlementaire. Pourtant, malgrĂ© les attaques de la presse, Louis-Philippe maintient le cabinet MolĂ© en fonctions. Mais, privĂ© de majoritĂ© parlementaire solide, le ministĂšre est comme paralysĂ©. Il doit renoncer Ă  ouvrir le dĂ©bat sur les projets de loi d'apanage au profit du duc de Nemours et d'allocation pour la dot de la reine des Belges[72]. Pendant un mois et demi, du 7 mars au 15 avril, Louis-Philippe fait mine d'essayer diverses combinaisons ministĂ©rielles avant de constituer un nouveau ministĂšre oĂč rentre Montalivet, proche du roi, mais dont sort Guizot, qui s'entendait de plus en plus mal avec MolĂ©, confirmĂ© dans ses fonctions de chef du gouvernement.

Article dĂ©taillĂ© : Gouvernement Louis Mathieu MolĂ© (2).

Vis-Ă -vis de la Chambre des dĂ©putĂ©s, le nouveau cabinet frise la provocation : non seulement MolĂ© est maintenu en fonctions, mais on y fait entrer le rapporteur du projet de loi de disjonction, Salvandy, et celui du projet de loi concernant la dot de la reine des Belges, Lacave-Laplagne, qui avaient l'un et l'autre dĂ©fendu des textes repoussĂ©s par les dĂ©putĂ©s. Tout le monde s'attend Ă  ce que le gouvernement, aimablement qualifiĂ© par la presse d'opposition de « ministĂšre de laquais Â» ou de « ministĂšre du chĂąteau Â», tombe rapidement.

Le mariage du duc d'Orléans

Lorsque MolĂ© monte Ă  la tribune le 18 avril, les dĂ©putĂ©s l'attendent donc de pied ferme. « Messieurs, annonce le prĂ©sident du Conseil, le roi nous a chargĂ©s de vous communiquer un Ă©vĂ©nement Ă©galement heureux pour l'État et pour sa famille... Â»[73] Il s'agit du futur mariage du prince royal avec la princesse HĂ©lĂšne de Mecklembourg-Schwerin. L'annonce de cette nouvelle coupe court Ă  toute critique et Ă  tout dĂ©bat. Les dĂ©putĂ©s ne peuvent qu'entĂ©riner l'augmentation de la dotation du duc d'OrlĂ©ans[74], et la dot de la reine des Belges, qui leur est reprĂ©sentĂ©e aussitĂŽt[75], d'autant que MolĂ© leur prĂ©cise que « S.M. a dĂ©cidĂ© que la demande prĂ©sentĂ©e pour le prince son second fils [le duc de Nemours] serait ajournĂ©e Â»[76].

Fort de ce début habile, le gouvernement se tire sans encombres du débat sur les fonds secrets, malgré les attaques d'Odilon Barrot[77]. Une ordonnance du 8 mai, bien accueillie par les Chambres, décrÚte une amnistie générale pour tous les condamnés politiques. ParallÚlement, les crucifix sont rétablis dans les tribunaux et l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, fermée depuis 1831, est rendue au culte. Pour bien montrer que l'ordre est rétabli, le roi passe la Garde nationale en revue sur la place de la Concorde.

Le mariage du duc d'Orléans est célébré avec faste au chùteau de Fontainebleau le 30 mai 1837.

Quelques jours plus tard, le 10 juin, Louis-Philippe inaugure le chĂąteau de Versailles, qu'il a fait restaurer depuis 1833 pour y installer un musĂ©e d'histoire dĂ©diĂ© « Ă  toutes les gloires de la France Â», et oĂč, dans le cadre d'une politique de rĂ©conciliation nationale, les gloires militaires de la RĂ©volution et de l'Empire, et mĂȘme celles de la Restauration, voisinent avec celles de l'Ancien RĂ©gime.

Les élections anticipées du 4 novembre 1837 et la coalition

Le rĂ©gime semble dĂ©sormais stabilisĂ©, la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique est revenue. Aussi le roi et MolĂ© jugent-ils, contre l'opinion du duc d'OrlĂ©ans, le moment propice pour prononcer la dissolution de la Chambre des dĂ©putĂ©s, dĂ©cidĂ©e le 3 octobre 1837. Pour peser sur les Ă©lections, Louis-Philippe dĂ©cide l'expĂ©dition de Constantine en AlgĂ©rie, qui aboutit Ă  la prise de la ville par le gĂ©nĂ©ral ValĂ©e et le duc de Nemours le 13 octobre.

Les Ă©lections, qui ont lieu le 4 novembre 1837, ne rĂ©pondent pas aux espoirs de Louis-Philippe. Sur 459 dĂ©putĂ©s, les ministĂ©riels ne sont que 220 environ, majoritĂ© relative, Ă©troite, incertaine. Les extrĂȘmes comptent une vingtaine de dĂ©putĂ©s Ă  droite (lĂ©gitimistes) et une trentaine Ă  gauche (rĂ©publicains). Le centre droit (doctrinaires) aligne une trentaine de dĂ©putĂ©s, le centre gauche une soixantaine et l'opposition dynastique 65. Le tiers parti n'a plus qu'une quinzaine de dĂ©putĂ©s, tandis qu'une trentaine d'indĂ©cis sont inclassables dans les catĂ©gories prĂ©cĂ©dentes.

Nouvelle composition de la Chambre des députés
Groupes politiques
Effectifs
# %
  Conservateurs ministĂ©riels ~220 siĂšges 47,9%
  Opposition dynastique ~65 siĂšges 14,2%
  Centre Gauche ~60 siĂšges 13,1%
  Doctrinaires ~30 siĂšges 06,5%
  RĂ©publicains ~30 siĂšges 06,5%
  LĂ©gitimistes ~20 siĂšges 04,4%
  Tiers Parti ~15 siĂšges 03,3%
  IndĂ©cis ~30 siĂšges 06,5%
 
  Total 459 siĂšges -

Le risque est considĂ©rable, dans une chambre ainsi composĂ©e, qu'une coalition hĂ©tĂ©roclite se forme pour renverser le gouvernement, sans pour autant que puisse Ă©merger une majoritĂ© cohĂ©rente : c'est exactement ce qui va se produire.

DÚs janvier 1838, à l'occasion du débat sur l'adresse, le gouvernement est vivement pris à partie, notamment par Charles Gauguier à propos des députés fonctionnaires[78], et surtout par Adolphe Thiers et ses amis au sujet des affaires d'Espagne. Malgré tout, grùce aux voix des doctrinaires, il obtient, le 13 janvier, le vote d'une adresse favorable par 216 voix contre 116.

Thiers a perdu la premiĂšre manche, mais il est apparu clairement que le gouvernement est l'otage des doctrinaires, au moment mĂȘme oĂč Guizot ne cesse de s'Ă©loigner de MolĂ©[79]. Le 12 mars, lors du dĂ©bat sur les fonds secrets, Guizot ne le dissimule pas : « N'est-il pas Ă©vident, interroge-t-il, qu'il y a peu d'union intime, peu d'action rĂ©ciproque entre le gouvernement et les chambres ? Â»[80] Pourtant, le gouvernement obtient le vote de la confiance le 15 mars par 249 voix contre 133 et, en dĂ©pit de quelques escarmouches[81], il parvient Ă  tenir jusqu'Ă  la fin de la session parlementaire aprĂšs avoir obtenu, le 20 juin, le vote du budget de 1839[82].

Pendant toute l'année 1838, l'opposition fourbit ses armes et une coalition se forme pour renverser le ministÚre. La session parlementaire s'ouvre le 17 décembre. Le 19, Dupin aßné, proche des Tuileries, n'est réélu que de justesse[83]. Au sein de la commission chargée de rédiger le projet d'adresse, les députés de la coalition sont majoritaires[84], mais le 19 janvier, le ministÚre parvient à faire adopter, par 221 boules blanches contre 208 boules noires, un texte qui, aprÚs plusieurs amendements au projet initial, lui est plutÎt favorable.

Les élections anticipées du 2 mars 1839

Si la coalition est donc vaincue, MolĂ© estime ne pas pouvoir continuer Ă  gouverner avec une majoritĂ© aussi Ă©troite et aussi incertaine et il remet sa dĂ©mission au roi le 22 janvier 1839. Le roi commence par la refuser puis, aprĂšs avoir approchĂ© en vain le marĂ©chal Soult pour prendre la tĂȘte du ministĂšre[85], dĂ©cide, le 2 fĂ©vrier 1839, de dissoudre la Chambre des dĂ©putĂ©s et convoque les Ă©lecteurs pour le 2 mars et les Chambres pour le 26.

La campagne Ă©lectorale se dĂ©roule dans une atmosphĂšre enfiĂ©vrĂ©e. L'opposition de gauche crie au coup de force constitutionnel, rapprochant les dissolutions de 1837 et 1839 des deux dissolutions consĂ©cutives de Charles X en 1830. Thiers compare MolĂ© et Polignac et dĂ©plore de voir « se renouveler, aprĂšs huit annĂ©es seulement, des fautes si graves, si cruellement punies Â»[86]. Guizot reproche aux ministres d'isoler le roi de la Nation[87].

Le 2 mars, les élections déçoivent les espoirs de Louis-Philippe. Les 221 députés qui avaient soutenu le ministÚre ne sont plus que 199 tandis que la coalition rassemble 240 membres. Lors du conseil du 8, Molé présente sa démission que le roi est contraint d'accepter.

Nouvelle compositions de la Chambre des députés
Groupes politiques
Effectifs
# %
  Tiers parti & rĂ©publicains 240 siĂšges 52,3%
  Conservateurs ministĂ©riels 199 siĂšges 43,4%
  LĂ©gitimistes 20 siĂšges 04,4%
 
  Total 459 siĂšges 100,0%

Les poisons du parlementarisme et le retour de l'instabilité ministérielle

La coalition qui s'est opposĂ©e au gouvernement MolĂ© est hĂ©tĂ©roclite et a les plus grandes peines Ă  faire Ă©merger en son sein une majoritĂ© stable. Les annĂ©es 1839-1840 sont largement marquĂ©es par des jeux parlementaires compliquĂ©s, qui entraĂźnent un retour de l'instabilitĂ© ministĂ©rielle, jugulĂ©e pendant les deux annĂ©es et demi oĂč le roi avait maintenu MolĂ© en place.

Le deuxiÚme ministÚre Soult (mai 1839 - février 1840)

AprĂšs la chute de MolĂ©, Louis-Philippe fait tout de suite appel au marĂ©chal Soult, « manche brillant auquel on peut au besoin adapter des lames de toute forme et de toute trempe Â»[88], qui essaie en vain de mettre sur pied un ministĂšre rĂ©unissant les trois principales tĂȘtes de la coalition – Guizot, Thiers et Odilon Barrot – puis, devant le refus persistant des doctrinaires, un cabinet de centre gauche, qui butte sur l'intransigeance de Thiers sur les affaires d'Espagne[89].

Armand BarbÚs, l'un des meneurs de l'insurrection républicaine du 12 mai 1839. Lithographie de Jeannin
Auguste Blanqui, l'un des meneurs de l'insurrection républicaine du 12 mai 1839.

Devant l'impossibilitĂ© de former un gouvernement, le roi doit reporter au 4 avril l'ouverture de la session parlementaire, prĂ©vue initialement le 26 mars. Thiers fait Ă©chouer un essai de combinaison l'associant au duc de Broglie et Ă  Guizot. Louis-Philippe cherche alors Ă  l'Ă©loigner en lui offrant une grande ambassade, ce qui fait aussitĂŽt pousser des hauts cris Ă  ses amis. En dĂ©finitive, le roi doit se rĂ©soudre Ă  constituer, le 31 mars, un ministĂšre de transition, formĂ© de personnages relativement incolores politiquement, pour pouvoir ouvrir la session parlementaire et laisser la situation se dĂ©canter. Les nouveaux ministres n'ont acceptĂ© leurs portefeuilles que « sous la condition expresse de cesser leurs fonctions aussitĂŽt qu'un ministĂšre dĂ©finitif serait formĂ© Â»[90].

Article dĂ©taillĂ© : Gouvernement de transition de 1839.

La session parlementaire s'ouvre le 4 avril dans une atmosphĂšre quasi-insurrectionnelle[91]. Pour l'Ă©lection du prĂ©sident de la Chambre, Thiers fait campagne pour Odilon Barrot, mais la maniĂšre dont, pendant la crise gouvernementale, le petit homme a fait Ă©chouer toutes les combinaisons ministĂ©rielles a dĂ©plu Ă  certains de ses amis. Une partie du centre gauche fait dissidence et prĂ©sente Hippolyte Passy contre Barrot. Les dĂ©putĂ©s ministĂ©riels et les doctrinaires votent en masse pour Passy qui l'emporte par 227 voix contre 193. Ce vote dĂ©montre que la coalition a Ă©clatĂ© et qu'il existe une majoritĂ© pour empĂȘcher toute solution de gauche.

Pour autant, les tractations pour former un nouveau gouvernement se poursuivent sans succÚs du fait de l'intransigeance de Thiers qui fait promettre à ses amis de n'entrer dans aucune combinaison sans son aval. La situation paraßt complÚtement bloquée quand, le 12 mai, la Société des saisons, société secrÚte républicaine, dont les meneurs sont Martin Bernard, Armand BarbÚs et Auguste Blanqui, déclenche une opération insurrectionnelle à Paris, rue Saint-Denis et rue Saint-Martin.

L’opĂ©ration Ă©choue et les conjurĂ©s sont arrĂȘtĂ©s. Mais cet Ă©vĂ©nement renverse la situation politique : le soir mĂȘme, Louis-Philippe est en mesure de former un nouveau gouvernement sous la prĂ©sidence du marĂ©chal Soult, accouru l'un des premiers aux Tuileries pour tĂ©moigner de son soutien au roi et Ă  la monarchie de Juillet, et personnalitĂ© Ă  qui Louis-Philippe songeait depuis le dĂ©but de la crise ministĂ©rielle. Le roi a donc gagnĂ© la partie et fait Ă©merger une combinaison qui lui convient.

AussitĂŽt, la situation politique semble se calmer. Le vote sur les fonds secrets, Ă  la fin mai, donne une trĂšs forte majoritĂ©[92] au nouveau gouvernement, qui obtient aussi le vote du budget de 1840, Ă  la fin juillet, avec une majoritĂ© encore plus large[93]. La session s'achĂšve sans encombres le 6 aoĂ»t. AprĂšs la reprise des travaux parlementaires le 23 dĂ©cembre, la Chambre vote une adresse plutĂŽt favorable au ministĂšre le 15 janvier 1840 par 212 voix contre 43. Pourtant, le ministĂšre tombe le 20 fĂ©vrier sur le rejet par la Chambre, par 226 voix contre 200, du projet de loi de dotation pour le duc de Nemours Ă  l'occasion de son prochain mariage avec la princesse Victoire de Saxe-Cobourg-Kohary[94].

Le deuxiĂšme ministĂšre Thiers (mars - octobre 1840)

La chute du ministÚre Soult impose au roi de faire appel à la principale figure de la gauche, Adolphe Thiers, pour former le nouveau gouvernement. Il y a d'autant moins d'alternative à droite que Guizot, nommé ambassadeur à Londres en remplacement de Sébastiani, vient de partir pour le Royaume-Uni.

Thiers, vu par Honoré Daumier

Pour Thiers, c'est l'heure de la revanche : il compte profiter de ce retour aux affaires pour laver l'affront de 1836 et engager dĂ©finitivement le rĂ©gime dans la voie du parlementarisme, avec un roi qui « rĂšgne mais ne gouverne pas Â», selon sa cĂ©lĂšbre formule, et un ministĂšre Ă©manant de la majoritĂ© de la Chambre des dĂ©putĂ©s et responsable devant elle. Ce n'est Ă©videmment pas la conception de Louis-Philippe. Se noue ainsi la derniĂšre manche d'une partie dĂ©cisive entre les deux conceptions de la monarchie constitutionnelle et les deux lectures de la Charte qui se sont affrontĂ©es depuis 1830.

Le ministĂšre est formĂ© le 1er mars 1840. Thiers a feint d'offrir la prĂ©sidence du Conseil au duc de Broglie, puis au marĂ©chal Soult, avant de « se dĂ©vouer Â» et de la prendre lui-mĂȘme, conjointement avec les Affaires Ă©trangĂšres. L'Ă©quipe est jeune, 47 ans en moyenne, et son chef n'a lui-mĂȘme que 42 ans, ce qui lui fait dire en riant qu'il a constituĂ© un cabinet de « jeunes gens Â».

Article dĂ©taillĂ© : Gouvernement Adolphe Thiers (2).

D'emblĂ©e, les relations sont difficiles avec le roi, qui prend (ou feint de prendre) le retour de Thiers comme une vĂ©ritable « humiliation Â». Louis-Philippe met Thiers dans l'embarras en suggĂ©rant qu'on donne le bĂąton de marĂ©chal Ă  SĂ©bastiani, qui rentre de son ambassade de Londres : le chef du gouvernement est partagĂ© entre son dĂ©sir de faire plaisir Ă  l'un de ses amis politiques et sa crainte que cette premiĂšre mesure ne paraisse guidĂ©e par le mĂȘme favoritisme qu'il avait reprochĂ© naguĂšre aux « ministĂšres du chĂąteau Â». Il dĂ©cide donc d'attendre et le roi, selon Charles de RĂ©musat, « n'insiste pas et prend la chose sĂšchement, comme un homme qui s'y attend et qui n'est pas fĂąchĂ© de constater dĂšs le premier pas la rĂ©sistance de ses ministres Ă  ses vƓux les plus naturels Â»[95].

Au Parlement, en revanche, Thiers marque des points dans le dĂ©bat sur les fonds secrets commencĂ© le 24 mars, oĂč il obtient la confiance par 246 voix contre 160.

Une politique conservatrice au service des intĂ©rĂȘts de la bourgeoisie

Bien que classĂ© au centre gauche, Thiers s'affirme, au cours de son second ministĂšre, comme un conservateur Ă©troit, tout dĂ©vouĂ© Ă  la protection des grands intĂ©rĂȘts de la bourgeoisie. S'il fait voter la conversion des rentes, mesure chĂšre Ă  la gauche, par les dĂ©putĂ©s, c'est avec la certitude qu'elle sera rejetĂ©e par la Chambre des pairs, qui y est rĂ©solument hostile[96].

  • Le 16 mai, il fait passer Ă  l'ordre du jour alors que la Chambre des dĂ©putĂ©s examine les pĂ©titions en faveur de la rĂ©forme Ă©lectorale qui, Ă  l'initiative des rĂ©publicains, ont affluĂ© sur son bureau depuis le dĂ©but de l'annĂ©e 1840. Dans sa rĂ©ponse au radical Arago, qui prononce un discours liant rĂ©forme Ă©lectorale et rĂ©forme sociale[97], Thiers rĂ©cuse aussi bien le suffrage universel « le principe le plus dangereux et le plus funeste qu'on puisse allĂ©guer en prĂ©sence d'une sociĂ©tĂ© Â»[98], que la dĂ©magogie de la rĂ©forme sociale[99].
  • Le 15 juin, il obtient l'ajournement de la proposition du dĂ©putĂ© conservateur de Versailles, Ovide de RĂ©milly qui, reprenant une vieille revendication de la gauche, vise Ă  interdire la nomination des dĂ©putĂ©s Ă  des fonctions publiques salariĂ©es pendant la durĂ©e de leur mandat[100].
  • En septembre, alors que les problĂšmes sociaux liĂ©s Ă  la crise Ă©conomique qui sĂ©vit depuis 1839 provoquent depuis la fin aoĂ»t des grĂšves et des Ă©meutes dans les secteurs du textile, de l'habillement et du bĂątiment, auxquelles se joignent le 7 septembre les Ă©bĂ©nistes du faubourg Saint-Antoine, qui commencent Ă  dresser des barricades, Thiers envoie la Garde nationale disperser sans mĂ©nagements les manifestants et applique dans toute leur rigueur les lois rĂ©primant le dĂ©lit de coalition.
  • Thiers fait renouveler le privilĂšge de la Banque de France jusqu'en 1867, Ă  des conditions si avantageuses pour la Banque qu'elle fait frapper une mĂ©daille d'or commĂ©morative.
  • Plusieurs lois Ă©tablissent des lignes transatlantiques de paquebots Ă  vapeur dont l'exploitation est concĂ©dĂ©e Ă  des compagnies subventionnĂ©es par l'État, ou accordent des prĂȘts et des garanties Ă  des compagnies de chemins de fer en difficultĂ©.
Une quĂȘte hasardeuse de gloire
Le transfert des cendres de Napoléon à bord de La Belle Poule, le 15 octobre 1840. Tableau par EugÚne Isabey.

En mĂȘme temps qu'il flatte la bourgeoisie conservatrice, Thiers caresse le dĂ©sir de gloire d'une grande partie de la gauche. Le 12 mai 1840, le ministre de l'IntĂ©rieur, RĂ©musat, annonce Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s que le roi a dĂ©cidĂ© que les restes mortels de NapolĂ©on Ier seront inhumĂ©s aux Invalides. Avec l'accord du gouvernement britannique, le prince de Joinville ira les chercher Ă  Sainte-HĂ©lĂšne sur un navire de guerre, la frĂ©gate la Belle-Poule, et les ramĂšnera en France.

L'annonce suscite un effet immense dans l'opinion, qui s'enflamme aussitĂŽt de ferveur patriotique. Thiers y voit l'achĂšvement de l'entreprise de rĂ©habilitation de la RĂ©volution et de l'Empire qu'il a conduite avec son Histoire de la RĂ©volution française et son Histoire du Consulat et de l'Empire, tandis que Louis-Philippe – qui ne s'est laissĂ© que difficilement convaincre de tenter une opĂ©ration dont il mesure les risques – cherche Ă  capter Ă  son profit un peu de la gloire impĂ©riale en s'appropriant l'hĂ©ritage symbolique de NapolĂ©on comme il s'est appropriĂ© celui de la monarchie lĂ©gitime Ă  Versailles.

Voulant profiter du mouvement de ferveur bonapartiste, le prince Louis-NapolĂ©on dĂ©barque Ă  Boulogne-sur-Mer, le 6 aoĂ»t 1840, en compagnie de quelques comparses parmi lesquels un compagnon de NapolĂ©on Ier Ă  Sainte-HĂ©lĂšne, le gĂ©nĂ©ral de Montholon[101], avec l'espoir de rallier le 42e rĂ©giment de ligne. L'opĂ©ration est un Ă©chec total : Louis-NapolĂ©on et ses complices sont arrĂȘtĂ©s et incarcĂ©rĂ©s au fort de Ham. Leur procĂšs se tient devant la Chambre des pairs du 28 septembre au 6 octobre, dans une indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale[102]. Le prince, dĂ©fendu par le cĂ©lĂšbre avocat lĂ©gitimiste Berryer, est condamnĂ© Ă  l'emprisonnement perpĂ©tuel[103].

En Algérie, face aux raids meurtriers lancés par Abd-el-Kader en représailles à la suite de la chevauchée des Portes de Fer réalisée par le maréchal Valée et le duc d'Orléans à l'automne 1839, Thiers pousse en faveur d'une colonisation de l'intérieur du territoire jusqu'aux limites du désert. Il convainc le roi, qui voit dans l'Algérie un théùtre idéal pour permettre à ses fils de couvrir sa dynastie de gloire, du bien-fondé de cette orientation et le persuade d'envoyer sur place, comme gouverneur général, le général Bugeaud[104].

Les affaires d'Orient, prétexte de la chute

En Orient, Thiers soutient le pacha d'Égypte, MĂ©hĂ©met-Ali, dans son ambition de constituer un vaste Empire arabe de l'Égypte Ă  la Syrie, et cherche Ă  l'amener Ă  conclure un accord avec l'Empire ottoman, sous l'Ă©gide de la France, et Ă  l'insu des quatre autres puissances europĂ©ennes (Royaume-Uni, Autriche, Prusse et Russie). Mais le ministre des Affaires Ă©trangĂšres britanniques, Palmerston, informĂ© de cette nĂ©gociation, s'empresse de nĂ©gocier entre les quatre puissances un traitĂ© qui rĂšgle la question d'Orient en mettant la France devant le fait accompli : conclu le 15 juillet 1840, le traitĂ© confirme Ă  MĂ©hĂ©met-Ali le pachalik hĂ©rĂ©ditaire d'Égypte et celui d'Acre, mais seulement Ă  titre viager ; encore ces concessions sont-elles subordonnĂ©es Ă  une acceptation expresse, faute de quoi le pacha se voit menacĂ© de perdre jusqu'Ă  l'Égypte.

Lorsqu'elle est rĂ©vĂ©lĂ©e en France, cette convention provoque une explosion de colĂšre patriotique : la France se retrouve Ă©cartĂ©e du rĂšglement du sort d'une zone oĂč elle exerce traditionnellement son influence, alors mĂȘme que la Prusse, qui n'y a aucun intĂ©rĂȘt, y est associĂ©e. Louis-Philippe fait mine de se joindre Ă  la protestation gĂ©nĂ©rale, mais il sait qu'il tient, avec cette affaire, l'occasion de se dĂ©barrasser de Thiers[105].

Ce dernier flatte les sentiments patriotiques de l'opinion en décrétant, le 29 juillet, la mobilisation des soldats des classes 1836 à 1839 et en faisant commencer, le 13 septembre, les travaux des fortifications de Paris. Mais la France reste inerte et doit ravaler son humiliation lorsque, le 2 octobre, la flotte britannique bombarde et prend Beyrouth, victoire aussitÎt suivie de la destitution de Méhémet-Ali par le sultan.

Au terme de longues tractations entre le roi et Thiers, un compromis est trouvĂ© le 7 octobre : la France renonce Ă  soutenir les prĂ©tentions de MĂ©hĂ©met-Ali sur la Syrie mais dĂ©clare aux puissances europĂ©ennes qu'elle ne permettrait pas qu'il soit touchĂ© Ă  l'Égypte. Ces principes sont consignĂ©s dans une note datĂ©e du 8 octobre adressĂ©e aux quatre puissances signataires du traitĂ© du 15 juillet. Celle-ci s'avĂšre un succĂšs diplomatique : le Royaume-Uni doit en dĂ©finitive reconnaĂźtre la souverainetĂ© hĂ©rĂ©ditaire de MĂ©hĂ©met-Ali sur l'Égypte et renoncer Ă  la dĂ©chĂ©ance organisĂ©e par ce traitĂ©. La France a obtenu le retour Ă  la situation de 1832.

Néanmoins, aprÚs cet épisode, la fracture est irrémédiable entre le roi et son ministre. Le 29 octobre, lorsque Charles de Rémusat présente au Conseil des ministres le projet de discours du trÎne, préparé par Hippolyte Passy, Louis-Philippe le trouve trop belliqueux. AprÚs une brÚve discussion, Thiers et ses collÚgues remettent leur démission que le roi accepte aussitÎt. DÚs le lendemain, Louis-Philippe fait mander Soult et Guizot pour qu'ils regagnent Paris au plus vite.

Le systĂšme Guizot

En appelant au pouvoir Guizot et les doctrinaires, c'est-à-dire le centre droit aprÚs le centre gauche de Thiers, Louis-Philippe est sans doute loin de penser que cette combinaison va durer jusqu'à la fin de son rÚgne. Sans doute imagine-t-il plutÎt qu'au bout de quelques mois, il pourra revenir à Molé. Or, l'équipe ainsi constituée va se révéler soudée autour de la forte personnalité de Guizot et celui-ci ne va pas tarder à gagner la confiance du roi jusqu'à devenir son Premier ministre préféré, lui faisant oublier Molé.

Conseil des ministres au palais des Tuileries : le marĂ©chal Soult prĂ©sente Ă  Louis-Philippe la loi de RĂ©gence, le 15 aoĂ»t 1842. Guizot se tient Ă  gauche.Tableau de Claude Jacquand (1803-1878), dit Claudius-Jacquand, 1844.

Guizot, qui a quittĂ© Londres[106] le 25 octobre, est arrivĂ© le lendemain Ă  Paris. Il a subordonnĂ© son retour aux affaires Ă  la possibilitĂ© de composer le ministĂšre comme il l'entend. Avec habiletĂ©, il se borne Ă  prendre pour lui-mĂȘme le portefeuille des Affaires Ă©trangĂšres et laisse la prĂ©sidence nominale du ministĂšre au marĂ©chal Soult : ceci satisfait le roi et la famille royale sans gĂȘner en rien Guizot sur l'essentiel, car le marĂ©chal vieillissant est prĂȘt, pour peu qu'on lui donne quelques satisfactions de dĂ©tail, Ă  le laisser gouverner comme il l'entend. Le centre gauche ayant refusĂ© de rester au gouvernement, celui-ci ne comprend que des conservateurs, du centre ministĂ©riel au centre droit doctrinaire.

La colonne de Juillet est érigée en mémoire des Trois Glorieuses. La question d'Orient est réglée par la Convention des Détroits en 1841, ce qui permet un premier rapprochement franco-britannique. Cela favorise la colonisation de l'Algérie conquise par Charles X.

Le gouvernement est orlĂ©aniste, ainsi que la Chambre. Celle-ci est divisĂ©e entre :

  • La gauche dynastique d'Odilon Barrot, qui rĂ©clame l'Ă©largissement du cens Ă  la petite bourgeoisie, tendance du journal Le SiĂšcle
  • Le centre gauche d'Adolphe Thiers, qui veut limiter le pouvoir du Roi, dirige le journal Le Constitutionnel
  • Les Conservateurs, dirigĂ©s par Guizot et Mathieu MolĂ©, veulent prĂ©server le rĂ©gime, et dĂ©fendent leurs idĂ©es dans Le Journal Des DĂ©bats et La Presse

Guizot s'appuie sur le parti conservateur et une opposition divisĂ©e, situation accentuĂ©e par la dissolution de la Chambre qui renforce les partisans du roi. Ainsi, il considĂšre que toute rĂ©forme s'avĂšre ĂȘtre un danger et est inutile. Aussi refuse-t-il toute rĂ©forme qui abaisserait le cens, et accepte encore moins l'idĂ©e du suffrage universel direct. Selon lui, la monarchie doit favoriser la « classe moyenne Â», les notables. Ceux-ci sont rĂ©unis par la propriĂ©tĂ© fonciĂšre, une « morale Â» liĂ©e Ă  l'argent, le travail et l'Ă©pargne. « Enrichissez vous par le travail et par l'Ă©pargne et ainsi vous serez Ă©lecteur ! Â»[citation nĂ©cessaire]. Guizot s'acharne Ă  favoriser les propriĂ©taires et Ă  conserver le rĂ©gime. Il est aidĂ© par le dĂ©collage Ă©conomique du pays de 1840 Ă  1846. Avec un rythme de croissance de 3,5 % par an, les revenus agricoles augmentent, ainsi que le pouvoir d'achat, qui entraĂźne une hausse de la production industrielle. Le rĂ©seau des transports connaĂźt une croissance spectaculaire. En 1842, une loi organise le rĂ©seau ferrĂ© national, qui passe de 600 Ă  1 850 km.

Un systÚme menacé

L'Ă©poque est caractĂ©risĂ©e par l'Ă©closion d'un nouveau phĂ©nomĂšne social baptisĂ© paupĂ©risme. LiĂ© Ă  l'industrialisation et Ă  la concentration ouvriĂšre, il s'agit de la pauvretĂ© durable et massive des ouvriers, qui ne peuvent amĂ©liorer leur niveau de vie. De plus, les anciennes solidaritĂ©s de congrĂ©gations caractĂ©ristiques de l'Ancien RĂ©gime ont disparu. La situation ouvriĂšre est catastrophique. JournĂ©e de 14 heures, salaires Ă  0,20 Franc par jour, les ouvriers sont Ă  la merci des patrons. Les 250 000 mendiants et les 3 millions de Français inscrits aux bureaux de bienfaisance constituent un rĂ©servoir d'insatisfaits, face Ă  une assistance publique inexistante. Les bourgeois en sont conscients et Karl Marx entame Ă  cette Ă©poque sa thĂ©orisation du « capitalisme Â». Cette situation aboutit en 1841 Ă  la seule loi sociale du rĂ©gime, qui interdit le travail aux enfants de moins de 8 ans et le travail de nuit pour ceux de moins de 13 ans, loi rarement appliquĂ©e. Les chrĂ©tiens imaginent une « Ă©conomie charitable Â»[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Les libĂ©raux entrevoient une solution dans le libre-Ă©change et la fin des monopoles d'alors. Alexis de Tocqueville publie De la dĂ©mocratie en AmĂ©rique. Les socialistes utopiques imaginent des organisations sociales originales, inspirĂ©es de Claude-Henri de Saint-Simon et de Charles Fourier. Blanqui prĂŽne quant Ă  lui la rĂ©volution puis la dictature socialiste. L'opposition trouve Ă  s'exprimer lors de la crise sociale de 1846.

La crise de la monarchie

En 1846, la rĂ©colte est trĂšs mauvaise. L'augmentation des prix du blĂ©, base de l'alimentation, provoque la disette. Le pouvoir d'achat baisse. Le marchĂ© de consommation intĂ©rieur ne progresse plus, entraĂźnant une crise industrielle de surproduction. ImmĂ©diatement les patrons s'adaptent en renvoyant leurs ouvriers. AussitĂŽt, on assiste Ă  un retrait massif de l'Ă©pargne populaire, le systĂšme bancaire est en crise. Les faillites se multiplient, les cours de la Bourse chutent. L'État rĂ©agit en important du blĂ© russe, ce qui rend la balance commerciale nĂ©gative. Les grands travaux stoppent.

Les manifestations ouvriĂšres se dĂ©veloppent. En 1847, Ă©meutes du Buzançais. À Roubaix, 60 % des ouvriers sont au chĂŽmage. Les affaires de corruption (affaire Teste-CubiĂšres) et les scandales (affaire Choiseul-Praslin) entachent le rĂ©gime.

Article dĂ©taillĂ© : Scandales sous la monarchie de Juillet.

Les associations Ă©tant encadrĂ©es et les rassemblements publics interdits Ă  partir de 1835, l'opposition est bloquĂ©e. Pour contourner cette loi, les opposants suivent les enterrements civils de certains d'entre eux, qui se transforment en manifestations publiques. Les fĂȘtes de famille et les banquets servent Ă©galement de prĂ©texte aux rassemblements. La campagne des banquets, Ă  la fin du rĂ©gime, se dĂ©roule dans toutes les grandes villes de France. Louis-Philippe durcit son discours et interdit le banquet de clĂŽture le 14 janvier 1848. Le banquet, repoussĂ© au 22 fĂ©vrier, va provoquer la rĂ©volution de 1848.

SĂ©rie Histoire de France
Monarchie de Juillet
Campagne des banquets
RĂ©volution de 1848
Gouvernement provisoire
Seconde RĂ©publique

La chute du régime

AprÚs une agitation, le roi remplace le ministre François Guizot par Adolphe Thiers qui propose la répression. Reçu avec hostilité par la troupe stationnée au Carrousel, devant le palais des Tuileries, le roi se résout à abdiquer en faveur de son petit-fils, Philippe d'Orléans (1838-1894), en confiant la régence à sa bru, HélÚne de Mecklembourg-Schwerin, mais en vain. La IIe République est proclamée le 24 février devant la colonne de la Bastille.

Louis-Philippe, qui se voulait ĂȘtre le roi citoyen Ă  l'Ă©coute du pays rĂ©el, appelĂ© au trĂŽne et liĂ© au pays par un contrat dont il tirait sa lĂ©gitimitĂ©, n'a pas su -ou voulu- comprendre que le peuple français dĂ©sirait Ă©largir le corps Ă©lectoral, pour les plus frileux politiquement en baissant le cens, pour les plus progressistes en Ă©tablissant le suffrage universel.

Précédé par Monarchie de Juillet Suivi par
Seconde Restauration
PĂ©riode de l'histoire de France
1830-1848
DeuxiĂšme RĂ©publique

Références

SĂ©rie Histoire de France
Louis-Philippe Ier; François Guizot; Thiers
MinistĂšres et leur politiques
Politique parlementaire et Partis
Grandes lois
Politique internationale
Révolution française de 1848
voir aussi:
Chronologie (1830-1848),

Constitutions et Chronologies

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Bibliographie

  • Edward Berenson, Populist Religion and Left-wing Politics in France, 1830-1852, Princeton University Press, 1984, 308 p.
  • AdĂšle d'Osmond, comtesse de Boigne, MĂ©moires de la comtesse de Boigne nĂ©e d'Osmond, publiĂ©s pour la premiĂšre fois en 1907 : chronique irremplaçable de la vie publique sous la Restauration et la monarchie de Juillet.
  • Hugh Collongham, The July Monarchy : a Political History of France (1830-1848), London, Longman, 468 p.
  • Patrick Harismendy, La France des annĂ©es 1830 et l'esprit de rĂ©forme, Presses Universitaires de Rennes, 2006.

Sources

  • Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Librairie ArthĂšme Fayard, 2002 – (ISBN 2-213-59222-5)
  • HervĂ© Robert, La Monarchie de Juillet, Collection Que sais-je ?, Presses Universitaires de France (PUF), 2000 – (ISBN 213046517X)
  • Olivier Serres, Étude d'une mise en Ɠuvre de l'article 45 de la Charte de 1830 : les pĂ©titions pour la rĂ©forme Ă©lectorale sous la monarchie de Juillet, thĂšse, Paris, 2003, 479 p.
  • Paul Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, Paris, Plon, 1904 - 1914. 7 volumes in-8.

Notes

  1. ↑ La ville de Gaillac a prĂ©sentĂ© le 29 janvier 1831 une adresse martiale, dĂ©clarant s'en remettre au gouvernement du roi « du soin d'assurer le dĂ©veloppement des conquĂȘtes de juillet Â». Louis-Philippe rĂ©pond qu'il faut « Ă©viter tout ce qui pourrait provoquer la guerre Â» et qu'ainsi « la France pourra jouir en paix des avantages qu'elle a si glorieusement conquis Â», mais il ajoute : « Toutefois, il faut s'entendre sur ces avantages. Il ne faut pas croire qu'ils consistent dans une extension de toutes les libertĂ©s, au-delĂ  des bornes que l'ordre public et l'esprit de nos institutions ont posĂ©es. Sans doute la rĂ©volution doit porter ses fruits, mais cette expression n'est que trop souvent employĂ©e dans un sens qui ne rĂ©pond ni Ă  l'esprit national, ni aux besoins du siĂšcle, ni au maintien de l'ordre public. C'est pourtant cela qui doit tracer notre marche. Nous chercherons Ă  nous tenir dans un juste milieu, Ă©galement Ă©loignĂ© des excĂšs du pouvoir populaire et des abus du pouvoir royal. Â» La formule enchanta les caricaturistes et les humoristes et finit par s'identifier complĂštement au rĂ©gime. Cet idĂ©al du juste milieu est prĂ©cisĂ© par Louis-Philippe en septembre 1833, en rĂ©ponse Ă  un discours du prĂ©sident du tribunal de commerce de Bernay ; aprĂšs avoir condamnĂ© aussi bien « un passĂ© contraire Ă  la dignitĂ© de l'homme et Ă  l'esprit Ă©clairĂ© du siĂšcle Â» (la monarchie absolue) que « les thĂ©ories politiques peu compatibles avec nos mƓurs et dont nos souvenirs se rappellent encore la malheureuse application Â» (la rĂ©publique rĂ©volutionnaire), le roi indique : « Notre rĂ©volution de 1830 a eu pour but la dĂ©fense de l'ordre lĂ©gal, et de mĂȘme qu'elle a triomphĂ© de la violation des lois, de mĂȘme elle a rĂ©duit Ă  l'impuissance ceux qui voulaient nous attirer dans les voies de l'anarchie et du dĂ©sordre. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 713)
  2. ↑ Les salons du faubourg Saint-Germain s'amusent de pochades oĂč Fipp Ier, roi des Ă©piciers, explique Ă  son fils Grand Poulot que la politique consiste Ă  serrer la main du premier venu. Alfred de Vigny rapporte comment, de service de garde au Palais-Royal au dĂ©but de 1831, il a vu au milieu de la foule « un homme au chapeau gris, Ă  l'habit brun, au large parapluie sous le bras, qui donnait de tous cĂŽtĂ©s des poignĂ©es de main hasardĂ©es Â» et qui dut « nager pendant un quart d'heure Ă  travers les chapeaux pour traverser la cour du palais Â», arrivant enfin « en mauvais Ă©tat, son gilet dĂ©boutonnĂ©, ses manches arrachĂ©es et son chapeau dĂ©foncĂ© Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Louis-Philippe, p. 625).
  3. ↑ Pour l'attirer au Palais-Royal, on lui explique qu'on peut s'y rendre sans façon et qu'on peut mĂȘme y porter des bottes : « Bien, bien, rĂ©pond-il, des bottes aujourd'hui, et des bas de soie dans quinze jours ! Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Louis-Philippe, p. 625)
  4. ↑ Il y a par exemple la SociĂ©tĂ© des Amis du peuple, installĂ©e au manĂšge Pellier, rue Montmartre.
  5. ↑ « Les routes sont la mort-aux-rats de la guerre civile Â», dit Louis-Philippe Ă  Guizot, qui a les travaux publics dans son portefeuille (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 628).
  6. ↑ Celles-ci profiteront surtout Ă  de gros entrepreneurs dĂ©vouĂ©s au nouveau rĂ©gime, comme l'imprimeur Firmin Didot.
  7. ↑ L'explication la plus communĂ©ment admise aujourd'hui est que le prince aurait Ă©tĂ© victime de jeux sexuels un peu poussĂ©s avec sa maĂźtresse, la baronne de FeuchĂšres. Voir les articles : Louis VI Henri de Bourbon-CondĂ© et Sophie Dawes.
  8. ↑ La Foire aux places, comĂ©die-vaudeville en un acte de Jean-François Bayard, jouĂ©e au thĂ©Ăątre du Vaudeville le 25 septembre 1830, montre le chƓur des solliciteurs, rĂ©uni dans l'antichambre d'un ministre : « Qu'on nous place / Et que justice se fasse. / Qu'on nous place / Tous en masse. / Que les placĂ©s / Soient chassĂ©s ! Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 625) « Savez-vous ce que c'est qu'un carliste ? interroge un humoriste. Un carliste, c'est un homme qui occupe un poste dont un autre homme a envie ! Â» (ibid.)
  9. ↑ David H. Pinkney, The French Revolution of 1830, 1972 ; trad. française : La RĂ©volution de 1830 en France, Paris, Presses universitaires de France, 1988 – (ISBN 2-13-040275-5)
  10. ↑ Guy Antonetti, Op. cit., p. 627
  11. ↑ 500 orphelins, 500 veuves, 3 850 blessĂ©s.
  12. ↑ et non princesses de France, puisqu'il n'y a plus de roi de France ni de maison de France
  13. ↑ Suppression des 8.000 demi-bourses de 150 francs qui avaient Ă©tĂ© accordĂ©es aux Ă©coles secondaires catholiques (30 septembre), suppression des indemnitĂ©s versĂ©es aux prĂȘtres auxiliaires (13 octobre), suppression des traitements des cardinaux rĂ©sidentiels (CroĂż, archevĂȘque de Rouen ; Latil, archevĂȘque de Reims ; d'Isoard, archevĂȘque d'Auch ; Rohan-Chabot, archevĂȘque de Besançon), considĂ©rĂ©s comme dignitaires d'un État Ă©tranger (21 octobre), suppression du secours annuel de 5 000 francs accordĂ© depuis 1817 Ă  la CongrĂ©gation des pĂšres du Saint-Esprit (27 octobre).
  14. ↑ Ce texte hautement symbolique n'avait toutefois jamais Ă©tĂ© appliquĂ©.
  15. ↑ Le 25 aoĂ»t, des habitants du quartier commerçant de la rue Montmartre envahissent la salle de la SociĂ©tĂ© des amis du peuple et en dispersent de force les membres.
  16. ↑ « Messieurs, dit Guizot, nous avons fait une rĂ©volution, une heureuse, une glorieuse rĂ©volution ; mais nous n'avons pas prĂ©tendu mettre la France en Ă©tat rĂ©volutionnaire, la maintenir dans le trouble qui accompagne une telle situation. Â» Il dĂ©finit l’« Ă©tat rĂ©volutionnaire Â» : « Toutes les choses sont mises en question ; toutes les prĂ©tentions sont indĂ©finies ; des appels continuels sont faits Ă  la force, Ă  la violence. [...] Eh bien ! Messieurs, nous aimons le progrĂšs, nous dĂ©sirons le mouvement progressif, [...] mais le dĂ©sordre n'est pas le mouvement, le trouble n'est pas le progrĂšs, l'Ă©tat rĂ©volutionnaire n'est pas l'Ă©tat ascendant de la sociĂ©tĂ©. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 632)
  17. ↑ citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., pp. 633-634
  18. ↑ Suivent les lois du 11 avril 1831 sur les pensions militaires, des 21 mars et 14 avril 1832 sur le recrutement de l'armĂ©e et sur l'avancement, et du 19 mai 1834 sur l'Ă©tat des officiers.
  19. ↑ Si la loi a Ă©tĂ© promulguĂ©e aprĂšs la chute de Laffitte, c'est lui qui a menĂ© l'essentiel de la discussion parlementaire, engagĂ©e le 22 fĂ©vrier.
  20. ↑ Cette passivitĂ© indigne Guizot, mais aussi des rĂ©publicains comme Armand Carrel qui Ă©crit dans Le National du 16 fĂ©vrier : « C'est au peuple qu'on rend compte des arrestations carlistes. Pour calmer l'Ă©meute, on s'humilie devant elle ; on lui jure qu'on est gouvernĂ© par elle, qu'on obĂ©it Ă  ses inspirations. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 649)
  21. ↑ « On a vu des gouvernements despotiques populaires, quand ils sont habiles, forts, quand ils savent rallier la majoritĂ© des intĂ©rĂȘts nationaux et se placer dans le mouvement national. Dans les pays libres, le meilleur gouvernement n'est jamais populaire ; il a toujours contre lui des espĂ©rances, des mĂ©comptes, des illusions déçues. Il trouve toujours dans la portion de la sociĂ©tĂ© la plus remuante [...] de quoi le faire paraĂźtre impopulaire, mĂȘme au moment oĂč il est le plus utile. [...] Je crois fermement que nous sommes dans la mauvaise direction ; que l'ordre et la libertĂ© chez nous sont en pĂ©ril et non en progrĂšs. [...] J'en Ă©tais convaincu il y a trois mois, lorsque, avec mes honorables amis, nous sortĂźmes du ministĂšre. D'autres hommes, honorables comme nous, sincĂšres comme nous, comme nous dĂ©vouĂ©s au prince et au pays, en ont jugĂ© autrement. [...] Je ne leur demande pas ce qu'il en pensent aujourd'hui. [...] Pour mon compte, je ne crois pas qu'il soit possible de rester dans cette position. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 650)
  22. ↑ La rente française 5 %, qui Ă©tait au-dessus du pair avant les Trois Glorieuses, est tombĂ©e Ă  94 le 28 janvier 1831, puis Ă  82 le 12 mars (Guy Antonetti, Op. cit., p. 650). Le projet de budget pour 1831 prĂ©sentĂ© par Laffitte prĂ©sente un dĂ©ficit rĂ©el de 200 millions sur un total de 1160 millions (le budget « ordinaire Â» est en Ă©quilibre Ă  960 millions mais s'y ajoutent 200 millions de dĂ©penses extraordinaires non financĂ©es).
  23. ↑ La plupart des ministres ont dĂ©jĂ  nĂ©gociĂ© leur maintien dans la nouvelle Ă©quipe. Rencontrant La Fayette peu aprĂšs sa chute, Laffitte se serait entendu dire par celui-ci : « Convenez que vous avez Ă©tĂ© un grand niais ! – J'en conviens : moi Niais Premier, vous Niais Second, et par ce moyen justice est rendue Ă  tout le monde ! Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 652)
  24. ↑ Sous l'Ancien RĂ©gime, le Conseil du roi de France se rĂ©unissait hors de la prĂ©sence du roi dans diverses formations, judiciaires ou administratives. Les secondes Ă©taient destinĂ©es en principe Ă  prĂ©parer le travail avec le roi. Mais, dans un gouvernement parlementaire, le conseil de cabinet, rĂ©uni par le prĂ©sident du Conseil en dehors de la prĂ©sence du roi, tend Ă  affirmer l'unitĂ© du ministĂšre vis-Ă -vis des Chambres. Le conseil des ministres, tenu en prĂ©sence du roi, tend alors Ă  devenir une chambre d'enregistrement du travail du gouvernement, prĂ©parĂ© dans le conseil de cabinet.
  25. ↑ a , b , c  et d  citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 656
  26. ↑ de lĂ  vient la formule parti de la rĂ©sistance
  27. ↑ L'initiative est inspirĂ©e par une sociĂ©tĂ© patriotique qui avait Ă©tĂ© constituĂ©e par le maire de Metz, Bouchotte.
  28. ↑ formule attribuĂ©e Ă  La Fayette
  29. ↑ citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 657
  30. ↑ Godefroy Cavaignac, Joseph Guinard, le fils d'Audry de Puyraveau
  31. ↑ complot dit « des Tours de Notre-Dame Â» en janvier 1832, complot de la rue des Prouvaires au dĂ©but de fĂ©vrier, etc. Voir l'article : Attentats contre Louis-Philippe Ier.
  32. ↑ Au procĂšs de la SociĂ©tĂ© des Amis du peuple en janvier 1832, Raspail insulte le roi tandis que Blanqui dĂ©veloppe abondamment ses thĂ©ories socialistes. Tous les accusĂ©s dĂ©noncent la tyrannie du gouvernement, l'Ă©normitĂ© de la liste civile, les persĂ©cutions policiĂšres, la rĂ©volution escamotĂ©e, etc.
  33. ↑ Cuvillier-Fleury note dans son journal le 8 janvier 1832 que le duc d'OrlĂ©ans est irritĂ© « par l'insolence des ennemis de son pĂšre Â» : « Il fait profession d'aimer le mouvement, mais il est dĂ©goĂ»tĂ© des choses par les hommes. [...] C'est ainsi que les violences du parti extralĂ©gal gĂątent de plus en plus la plus belle des causes. Â»
  34. ↑ Le roi est de retour au chñteau de Saint-Cloud le 28 mai.
  35. ↑ À Metz, le maire, comme prĂ©vu, fait au nom du conseil municipal un discours trĂšs politique dans lequel il exprime le vƓu que soit abolie l'hĂ©rĂ©ditĂ© de la pairie et que la France intervienne en Pologne. Louis-Philippe rĂ©pond : « Vous me parlez de ce que tous les conseils municipaux de France ont proclamĂ© : ils n'ont rien proclamĂ© ; il n'est pas dans leurs attributions de le faire, ni de prendre des dĂ©libĂ©rations sur des sujets de haute politique. Ce droit est rĂ©servĂ© aux chambres. Ainsi je n'ai pas Ă  rĂ©pondre Ă  cette partie de votre discours. Ceci s'applique Ă©galement Ă  ce que vous me dites des relations diplomatiques de la France avec les puissances Ă©trangĂšres, sur lesquelles les conseils municipaux n'ont pas davantage le droit de dĂ©libĂ©rer. Â» Le capitaine de la garde nationale Voishaye, ancien avocat gĂ©nĂ©ral qui a Ă©tĂ© destituĂ© pour s'ĂȘtre affiliĂ© Ă  l'Association nationale, Ă©voque lui aussi l'hĂ©rĂ©ditĂ© de la pairie. Le roi l'interrompt, lui arrache les feuillets de son discours et s'Ă©crie : « C'est assez ! La garde nationale ne doit pas s'occuper de questions politiques. Cela ne la regarde pas : elle n'a point d'avis Ă  donner. – Sire, ce n'est pas un avis qu'elle donne, c'est un vƓu qu'elle exprime. – La garde nationale n'a point de vƓu Ă  former. La force armĂ©e ne dĂ©libĂšre pas : les dĂ©libĂ©rations lui sont interdites. Je ne veux pas en entendre davantage. Â» Dans une lettre Ă  la reine Marie-AmĂ©lie, Louis-Philippe se montre trĂšs satisfait de son coup d'autoritĂ© : « Toi qui me connais, tu me vois levant mon bras droit tendu, et le baissant lentement, en disant d'un ton solennel : La force armĂ©e ne dĂ©libĂšre pas ! Â» (Guy Antonetti, Op. cit., pp. 658-659)
  36. ↑ À Nancy, Louis-Philippe rapporte que : « La pluie commençait comme je montais Ă  cheval dans la cour de la prĂ©fecture, et je demandai mon manteau. Il n'y Ă©tait pas. Je partis, voyant la foule, et la garde nationale, et les troupes sous les armes bordant la haie, ce qui eut un grand succĂšs. Mais lorsque plus loin, la pluie Ă©tant devenue trĂšs forte, le piqueur me rejoignit avec mon manteau sur une place oĂč, malgrĂ© cela, il y avait un monde Ă©norme, je lui dis de le remporter, et je fis un geste qui marquait de l'emporter parce que les soldats n'ayant pas de manteaux, je n'en voulais non plus. L'intelligence française saisit ma pensĂ©e comme l'Ă©clair, et alors les cris de Bravo le roi, Vive le roi partirent dans les rangs et dans la foule avec des transports inouis. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 659)
  37. ↑ « Mon voyage dĂ©veloppe et raffermit tellement l'esprit des populations et celui des troupes que je conçois mal que les anarchistes ou rĂ©publicains mettent tout en Ɠuvre pour l'entraver, mais j'espĂšre que [...] je pourrai l'achever, et ce sera un grand pas de fait pour la compression de leur mauvais esprit. Inde ira. Â» (Louis-Philippe Ă  Casimir Perier, Phalsbourg, 17 juin 1831, citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 660) « Tout ce que les Ă©meutistes, anarchistes et surtout rĂ©publicains avaient prĂ©parĂ© et organisĂ© ici est tombĂ© Ă  plat, et ce succĂšs, bien apprĂ©ciĂ© par tous spectateurs de l'autre cĂŽtĂ© du Rhin, y retentit dĂ©jĂ . [...] Les ministres de Prusse et d'Autriche Ă  Carlsruhe sont venus me complimenter par ordre de leurs cours. Je voudrais que tu eusses entendu le grand-duc [de Bade] quand nous avons traversĂ© les rues de Strasbourg pleines de monde. [...] Il disait : Vous ĂȘtes le pacificateur de l'Europe. Â» (Louis-Philippe Ă  Marie-AmĂ©lie, Strasbourg, 20 juin 1831, citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 660)
  38. ↑ On a craint qu'un coup de force ne soit tentĂ© par l'opposition Ă  la date anniversaire de l'installation de la monarchie de Juillet, et l'on a prĂ©fĂ©rĂ© que, dans une telle hypothĂšse, les chambres soient en session.
  39. ↑ La rĂ©union de la Chambre des pairs est l'occasion d'une scĂšne dont la signification et les ressorts demeurent mal Ă©lucidĂ©s. Lorsque le prince royal entre dans la salle des sĂ©ances, il la trouve dĂ©corĂ©e de quarante drapeaux pris aux Autrichiens en 1805 et envoyĂ©s par NapolĂ©on Ier au SĂ©nat de l'Empire. Le grand rĂ©fĂ©rendaire, le marquis de SĂ©monville, place les trophĂ©es sous la garde du prince et l'invite Ă  « en conquĂ©rir de nouveaux si l'honneur national l'y convie Â». Le duc d'OrlĂ©ans prononce alors un discours patriote et belliqueux, bien diffĂ©rent de celui que le roi a prononcĂ© devant la Chambre des dĂ©putĂ©s.
  40. ↑ Au premier tour de scrutin, sur 355 votants, Girod de l'Ain obtient 171 voix soit 7 de moins que la majoritĂ© absolue et Laffitte 168. Au second tour, sur 358 votants, Girod de l'Ain recueille 181 voix, une de plus que la majoritĂ© absolue, contre 176 Ă  Laffitte. Dupont de l'Eure obtient la premiĂšre vice-prĂ©sidence avec 182 voix sur 344 votants tandis que Dupin, candidat du gouvernement, n'en obtient que 153.
  41. ↑ qui obtient une forte majoritĂ© contre un concurrent d'extrĂȘme gauche, EusĂšbe de Salverte.
  42. ↑ Le 4 aoĂ»t Ă  14 heures, Casimir Perier fait publier un supplĂ©ment au Moniteur, qui est affichĂ© Ă  la Bourse, dans lequel il annonce l'agression hollandaise, la demande des Belges et l'intervention militaire de la France : « Dans de telles circonstances, conclut-il, le ministĂšre reste : il attendra la rĂ©ponse des chambres au discours de la couronne. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 662)
  43. ↑ Au § 17 du projet d'adresse, Bignon voulait introduire un amendement ainsi libellĂ© : « Dans les paroles touchantes de V.M., la Chambre des dĂ©putĂ©s aime Ă  trouver une certitude qui lui est chĂšre : la nationalitĂ© de la Pologne ne pĂ©rira pas. Â» Le gouvernement prĂ©sente un sous-amendement remplaçant certitude par espĂ©rance. En dĂ©finitive, les dĂ©putĂ©s votent le terme assurance, qui ne veut pas dire grand'chose.
  44. ↑ L'adresse est adoptĂ©e le 16 aoĂ»t par 282 voix contre 73.
  45. ↑ « J'avais beau faire [...], dit-il, tout ce qui se faisait de bon Ă©tait attribuĂ© Ă  Casimir Perier, et les incidents malheureux retombaient Ă  ma charge ; aujourd'hui, au moins, on verra que c'est moi qui rĂšgne seul, tout seul. Â» (Rodolphe Apponyi, Journal, 18 mai 1832, citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit. p. 689)
  46. ↑ Le 7 juin 1832, Rodolphe Apponyi note dans son Journal : « Il me semble que ce n'est que depuis hier qu'on peut dater le rĂšgne de Louis-Philippe ; il paraĂźt ĂȘtre persuadĂ© qu'on ne peut rĂ©ussir dans ce pays qu'avec de la force, et, dorĂ©navant, il n'agira plus autrement. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 696)
  47. ↑ L'archevĂȘque de Paris, le lĂ©gitimiste Mgr de QuĂ©len, a arguĂ© de la mixitĂ© du mariage – le roi des Belges est de confession luthĂ©rienne – pour interdire sa cĂ©lĂ©bration dans une cathĂ©drale.
  48. ↑ « Quand ces trois messieurs sont d'accord entre eux, constate Louis-Philippe, je ne peux plus faire prĂ©valoir mon avis. C'est Casimir Perier reconstituĂ© en trois personnes ! Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 701)
  49. ↑ citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 701. La suite de la circulaire recommande de se garder des « folles espĂ©rances Â» du « parti du gouvernement dĂ©chu Â» (les carlistes) tout comme de « l'anarchie [qui] a Ă©tĂ© vaincue dans Paris les 5 et 6 juin Â» (ibidem).
  50. ↑ Pour l'Ă©lection du prĂ©sident de la Chambre des dĂ©putĂ©s, AndrĂ© Dupin, candidat du ministĂšre, est aisĂ©ment Ă©lu au premier tour avec 234 voix sur 370, le candidat de l'opposition, Jacques Laffitte, n'obtenant que 136 voix. De mĂȘme, pour l'Ă©lection des vice-prĂ©sidents, le candidat de l'opposition qui obtient le plus de suffrages, Jacques Charles Dupont de l'Eure, n'a que 136 voix. Enfin, lors de la discussion de l'adresse en rĂ©ponse au discours du trĂŽne, adoptĂ©e le 3 dĂ©cembre par 233 voix contre 119, Thiers, qui soutient la discussion Ă  la place de Guizot, souffrant, parvient Ă  faire repousser tous les amendements de l'opposition.
  51. ↑ AccompagnĂ© de ses trois fils aĂźnĂ©s – OrlĂ©ans, Nemours et Joinville – Louis-Philippe se rend Ă  CompiĂšgne, Saint-Quentin, Maubeuge, Valenciennes, Lille, Douai, Arras et PĂ©ronne.
  52. ↑ Le gouvernement vient alors de lever l'Ă©tat de siĂšge qui avait Ă©tĂ© dĂ©crĂ©tĂ© en juin 1832 Ă  la suite de la tentative d'insurrection royaliste, mais la rĂ©gion reste agitĂ©e par des troubles, que le gouvernement qualifie de « brigandages Â». Le voyage est Ă©galement une rĂ©ponse anticipĂ©e Ă  la cĂ©lĂ©bration, le 20 septembre Ă  Prague, de la majoritĂ© du duc de Bordeaux, qui agite les lĂ©gitimistes. Louis-Philippe se rend Ă  Évreux, Lisieux, Falaise, Granville, Saint-LĂŽ, Cherbourg, Bayeux, Caen, Rouen, Louviers et Le Havre et reçoit un accueil chaleureux de la population.
  53. ↑ Cette rue correspondait Ă  la moitiĂ© nord de la rue Beaubourg.
  54. ↑ Louis-Philippe Ă  Soult, 17 avril 1834, citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 723
  55. ↑ Ordonnance du 25 mai 1834
  56. ↑ L'ordonnance du 25 mai 1834 avait initialement fixĂ© l'ouverture de la session parlementaire au 20 aoĂ»t, mais au vu du rĂ©sultat des Ă©lections, une nouvelle ordonnance a avancĂ© celle-ci au 31 juillet.
  57. ↑ Il recueille, sur 321 votants, 247 voix contre 33 Ă  Jacques Laffitte et 24 Ă  Pierre-Paul Royer-Collard. Parmi les quatre vice-prĂ©sidents Ă©lus, on compte un ministĂ©riel (Martin du Nord), deux Tiers-Parti (Jean-Louis Calmon et Hippolyte Passy) et un dernier (Pelet de la LozĂšre) qui est revendiquĂ© par les deux camps.
  58. ↑ 256 voix contre 39
  59. ↑ « Je joue, dit-il, la partie de l'État contre les anarchistes : voyons les enjeux. J'y mets ma vie, ma fortune, celle de mes enfants, et, ce qui est bien plus, j'y joue le repos et le bonheur de mon pays. Et qu'y mettent-ils ? Rien qu'un peu d'audace. Le jour oĂč ils rĂ©ussissent, ils ont tout, et l'État perd tout. En attendant le succĂšs, ils risquent la prison oĂč ils entrent Ă  grand renfort de fanfares populaires, ils ont l'appui des journaux, des partis, des hommes d'État de l'opposition, dont la politique consiste toujours Ă  relancer des amnisties, pour faire peur aux ministres pourvus de portefeuilles. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 727)
  60. ↑ L'ordre du jour est ainsi rĂ©digĂ© : « La Chambre, satisfaite des explications entendues sur la politique suivie par le gouvernement, et n'y trouvant rien que de conforme aux principes exprimĂ©s dans son adresse, passe Ă  l'ordre du jour. Â» Il est adoptĂ© le 6 dĂ©cembre 1834 par 184 voix pour et 117 contre sur 301 votants.
  61. ↑ Le 3 janvier 1835, ces crĂ©dits sont votĂ©s par 209 voix contre 181, ce qui rĂ©vĂšle une nette Ă©rosion de la majoritĂ© gouvernementale
  62. ↑ La Charte ne comporte pas de mĂ©canismes de responsabilitĂ© politique des ministres devant la Chambre des dĂ©putĂ©s (vote de confiance ou motion de censure). Par ailleurs, l'existence du prĂ©sident du Conseil n'est pas davantage inscrite dans la Charte.
  63. ↑ 289 voix pour et 137 contre
  64. ↑ arrĂȘt de renvoi du 6 fĂ©vrier 1835
  65. ↑ citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., pp. 744-745
  66. ↑ 246 voix contre 67
  67. ↑ Le roi en espĂšre un surcroĂźt de libertĂ© de manƓuvre : il conserve la hantise du « Casimir Perier en trois personnes Â», c'est-Ă -dire de la coalition des « talents supĂ©rieurs Â» liguĂ©s pour l'empĂȘcher d'imposer ses vues. Mais c'est un jeu dangereux car, en sĂ©parant le centre droit du centre gauche, Louis-Philippe peut certes espĂ©rer briser le Tiers Parti, mais il risque aussi de disloquer sa majoritĂ© parlementaire au risque de provoquer des crise gouvernementales Ă  rĂ©pĂ©tition. Par ailleurs, comme le duc de Broglie l'en a d'ailleurs prĂ©venu, lorsqu'il le renverra, Thiers se trouvera inĂ©vitablement rejetĂ© encore plus Ă  gauche, et se muera en opposant particuliĂšrement dangereux.
  68. ↑ « Pour sauver une rĂ©volution, il faut la prĂ©server de ses excĂšs. Quand ces excĂšs se sont produits dans la rue ou dans l'usage abusif des institutions, j'ai contribuĂ© Ă  les rĂ©primer par la force et par la lĂ©gislation. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 752)
  69. ↑ 251 pour et 99 contre, vraisemblablement issus du centre droit, mĂ©content que le ministĂšre, par l'organe de Sauzet, n'ait pas clairement soutenu le discours de fermetĂ© de Guizot
  70. ↑ Il s'agit d'Ă©viter « l'enseignement mutuel du crime Â».
  71. ↑ Peyronnet et Chantelauze sont libĂ©rĂ©s le 17 octobre et assignĂ©s Ă  rĂ©sidence sur leurs terres. La mesure est Ă©tendue Ă  Guernon-Ranville le 23 novembre, tandis que la peine de dĂ©tention perpĂ©tuelle de Polignac est commuĂ©e en 20 ans de bannissement hors de France.
  72. ↑ Le projet de loi vise Ă  constituer, pour le duc de Nemours, une dotation fonciĂšre, comprenant principalement le domaine de Rambouillet, d'une valeur de 10 millions et rapportant 500 000 francs par an. Pour la reine des Belges, le projet de loi fixe le montant de la dot Ă  un million de francs.
  73. ↑ citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 780
  74. ↑ La dotation annuelle est portĂ©e de 1 Ă  2 millions et il est en outre allouĂ© une allocation unique d'un million pour dĂ©penses de mariage et frais d'Ă©tablissement. Ces dispositions sont adoptĂ©es le 22 avril par 307 voix pour et 49 contre.
  75. ↑ Elle est adoptĂ©e, Ă  hauteur d'un million, le 27 avril par 239 voix pour et 140 contre.
  76. ↑ citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 780
  77. ↑ Il obtient la confiance par 250 voix contre 112 au dĂ©but mai.
  78. ↑ Le 9 janvier, il accuse le ministĂšre de manipuler les Ă©lections pour faire Ă©lire des fonctionnaires Ă  sa dĂ©votion. Le nombre de dĂ©putĂ©s fonctionnaires est passĂ© de 178 sous la prĂ©cĂ©dente lĂ©gislature Ă  191.
  79. ↑ DĂšs lors, tous les efforts de Thiers vont tendre Ă  dĂ©tacher les doctrinaires de la majoritĂ© ministĂ©rielle. DĂšs le 17 janvier, Ă  un bal aux Tuileries, Thiers et Guizot ont une longue conversation en ce sens, qui est Ă©coutĂ©e par des oreilles indiscrĂštes et rapportĂ©e au roi et Ă  MolĂ©.
  80. ↑ citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 790. Le duc de Broglie adopte la mĂȘme attitude Ă  la Chambre des pairs : il critique sĂ©vĂšrement le ministĂšre tout en dĂ©clarant qu'il votera les fonds secrets.
  81. ↑ Le 10 mai, la Chambre des dĂ©putĂ©s rejette le plan de dĂ©veloppement du rĂ©seau de chemin de fer proposĂ© par le gouvernement (196 voix contre 69). Le 4 mai, elle adopte le projet de conversion des rentes (251 voix contre 145), que le gouvernement doit faire repousser par la Chambre des pairs.
  82. ↑ 248 voix contre 37
  83. ↑ 183 voix contre 178 Ă  Hippolyte Passy, candidat de centre gauche, adversaire vĂ©hĂ©ment du « ministĂšre du chĂąteau Â». Pour les quatre vice-prĂ©sident, aprĂšs Jean-Louis Calmon (ministĂ©riel), Hippolyte Passy et Tanneguy DuchĂątel (coalition), Laurent Cunin-Gridaine (ministĂ©riel), n'est rĂ©Ă©lu que de justesse devant Odilon Barrot (coalition).
  84. ↑ 6 dĂ©putĂ©s de la coalition (dont François Guizot, Adolphe Thiers, Prosper Duvergier de Hauranne, Hippolyte Passy) contre 3 dĂ©putĂ©s ministĂ©riels
  85. ↑ Soult rencontre le roi le 24 janvier et montre la plus grande rĂ©pugnance pour cette formule, mais il accepte de rĂ©flĂ©chir pendant que le roi va Ă  Dreux enterrer sa fille, la duchesse de Wurtemberg, morte de la turberculose. Quand le roi revient, le marĂ©chal dĂ©cline en prĂ©textant une « fluxion dentaire Â», puis se laisse arracher une acceptation, mais Ă  la condition de nouvelles Ă©lections victorieuses.
  86. ↑ citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 801
  87. ↑ manifeste Ă  ses Ă©lecteurs du 6 fĂ©vrier 1839, citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 801
  88. ↑ Paul Thureau-Dangin, Histoire de la monarchie de Juillet, p. ?
  89. ↑ Voir : Politique extĂ©rieure de la France sous la monarchie de Juillet#La question d'une intervention militaire en Espagne
  90. ↑ citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 805
  91. ↑ Une foule houleuse s'est massĂ©e autour du Palais-Bourbon, chantant La Marseillaise et brisant des rĂ©verbĂšres. Des boutiques d'armuriers sont dĂ©valisĂ©es. La presse de gauche met ces troubles sur le dos des provocations gouvernementales.
  92. ↑ 262 voix contre 71
  93. ↑ 270 voix contre 37
  94. ↑ Dans une lettre Ă  un ami, Proudhon, pourtant rĂ©publicain, note le 27 fĂ©vrier 1840 l'inconsĂ©quence des dĂ©putĂ©s de la bourgeoisie : « Qui veut le roi, veut une famille royale, veut une cour, veut des princes du sang, veut tout ce qui s'ensuit. Le Journal des dĂ©bats dit vrai : les bourgeois conservateurs et dynastiques dĂ©membrent et dĂ©molissent la royautĂ©, dont ils sont envieux comme des crapauds. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 809)
  95. ↑ citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 811
  96. ↑ VotĂ©e par 208 voix contre 163 par les dĂ©putĂ©s, la conversion est repoussĂ©e par les pairs le 30 mai 1840 par 101 voix contre 46.
  97. ↑ Arago veut rassembler la gauche en liant la revendication du suffrage universel et les revendications socialistes, apparues dans le courant des annĂ©es 1830, en faveur de « l'organisation du travail Â» et du « droit au travail Â» (ces deux thĂšmes donneront lieu Ă  de vifs dĂ©bats sous la DeuxiĂšme RĂ©publique). Aussi affirme-t-il que la rĂ©forme Ă©lectorale, visant Ă  Ă©tablir le suffrage universel, doit prĂ©cĂ©der la rĂ©forme sociale, qu'il juge indispensable et urgente.
  98. ↑ « On vous a parlĂ© de souverainetĂ© nationale, entendue comme souverainetĂ© du nombre. C'est le principe le plus dangereux et le plus funeste qu'on puisse allĂ©guer en prĂ©sence d'une sociĂ©tĂ©. En langage constitutionnel, quand vous dites souverainetĂ© nationale, vous dites la souverainetĂ© du roi et des deux chambres, exprimant la souverainetĂ© de la nation par des votes rĂ©guliers, par l'exercice de leurs droits constitutionnels. [...] Quiconque, Ă  la porte de cette assemblĂ©e, dit : “J'ai un droit”, ment. Il n'y a de droits que ceux que la loi a reconnus. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 813)
  99. ↑ « Je tiens pour dangereux, pour trĂšs dangereux, les hommes qui persuaderaient Ă  ce peuple que ce n'est pas en travaillant, mais que c'est en se donnant certaines institutions qu'ils seront meilleurs, qu'ils seront plus heureux. [...] Dites au peuple qu'en changeant les institutions politiques il aura le bien-ĂȘtre, vous le rendrez anarchiste et pas autre chose. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 813)
  100. ↑ Thiers doit maneuvrer habilement pour ne pas contredire de maniĂšre trop flagrante le soutien qu'il a naguĂšre apportĂ© Ă  cette idĂ©e. Il laisse donc le ministre des Travaux publics, Jaubert, jeune doctrinaire trĂšs hostile Ă  la rĂ©forme, Ă©crire Ă  plusieurs dĂ©putĂ©s conservateurs pour qu'ils se concertent pour enterrer la proposition. Une de ces lettres est publiĂ©e dans la presse, ce qui suscite un vĂ©ritable tollĂ© Ă  gauche et vaut au cabinet, accusĂ© de double jeu, de vives interpellations Ă  la Chambre.
  101. ↑ Personnage pour le moins douteux, fils adoptif du non moins douteux marquis de SĂ©monville, Charles-Tristan de Montholon est un agent double que le gouvernement français a employĂ©, Ă  Londres, pour surveiller le prince Louis-NapolĂ©on. Mais Montholon a trompĂ© Thiers en lui faisant croire que l'opĂ©ration aurait lieu Ă  Metz.
  102. ↑ L'opinion publique se passionne bien davantage pour le procĂšs, devant la cour d'assises de Tulle, de Mme Lafarge, accusĂ©e d'avoir empoisonnĂ© son mari, et condamnĂ©e aux travaux forcĂ©s Ă  perpĂ©tuitĂ© le 19 septembre.
  103. ↑ Sur 312 pairs, 160 s'abstiennent et 152 votent l'emprisonnement perpĂ©tuel. « On ne tue pas les fous, soit ! mais on les enferme Â», affirme Le Journal des dĂ©bats (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 818)
  104. ↑ Bugeaud ne sera effectivement nommĂ© que le 29 dĂ©cembre 1840, quelques mois aprĂšs la chute de Thiers.
  105. ↑ « Pour votre gouverne particuliĂšre, dit-il au comte de Sainte-Aulaire, qui part rejoindre son ambassade Ă  Vienne, il faut que vous sachiez que je ne me laisserai pas entraĂźner trop loin par mon petit ministre [Thiers]. Au fond, il veut la guerre et moi je ne la veux pas ; et quand il ne me laissera plus d'autre ressource, je le briserai plutĂŽt que de rompre avec toute l'Europe. Â» (citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 823)
  106. ↑ oĂč il avait Ă©tĂ© envoyĂ© comme ambassadeur de France

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Liens externes

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