Mistra

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Mistra
Site arch√©ologique de Mystras *
Patrimoine mondial de l'UNESCO
Le Palais
Le Palais
Coordonn√©es 37¬į 04‚Ä≤ 50‚Ä≥ N 22¬į 22‚Ä≤ 00‚Ä≥ E / 37.08056, 22.36666737¬į 04‚Ä≤ 50‚Ä≥ Nord
       22¬į 22‚Ä≤ 00‚Ä≥ Est
/ 37.08056, 22.366667
  
Pays Drapeau de Gr√®ce Gr√®ce
Subdivision Laconie, Péloponnèse
Type Culturel
Critères (i) (iii) (iv)
Superficie 54 ha
Zone tampon : 1 203 ha
Numéro
d’identification
511
Zone g√©ographique Europe et Am√©rique du Nord **
Année d’inscription 1989 (13e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO
Plan de Mistra. L√©gende : 1. Entr√©e principale ; 2. M√©tropole ; 3. √Čvang√©listria ; 4. Saints-Th√©odores ; 5. Hodigitria-Afendiko ; 6. Porte de Monemvasie ; 7. Saint-Nicolas ; 8. Le palais des Despotes et la place ; 9. Porte de Nauplie ; 10. Entr√©e sup√©rieure de la citadelle ; 11. Sainte-Sophie ; 12. ¬ę Petit Palais ¬Ľ ; 13. Citadelle ; 14. Mavroporta ; 15. Pantanassa ; 16. Les Taxiarques ; 17. Maison de Frangopoulos ; 18. P√©ribleptos ; 19. Saint-Georges ; 20. Maison Kr√©vata ; 21. Marmara (entr√©e) ; 22. A√Į-Yannakis (Saint-Jean) ; 23. Maison de Lascaris ; 24. Saint-Christophe ; 25. Maison en ruines ; 26. Sainte-Kyriaki.
Carte repr√©sentant les principales villes du P√©loponn√®se au Moyen √āge

La cit√© de Mistra ou Mystr√°s (en grec őúŌÖŌÉŌĄŌĀő¨Ōā ou Myzithr√°s (őúŌÖő∂ő∑őłŌĀő¨Ōā) dans la Chronique de Mor√©e) est une ancienne cit√© de Mor√©e (P√©loponn√®se) fond√©e par les Francs au XIIIe si√®cle, pr√®s de l'antique Sparte. Elle est aujourd'hui en ruines.

Aperçu

Mistra fut fond√©e en 1249 par Guillaume II de Villehardouin, alors prince d'Acha√Įe, qui cherchait √† construire une forteresse sur les hauteurs du Tayg√®te dans le but de prot√©ger Sparte, alors lieu de r√©sidence favori des Villehardouin.

Fondée par les Francs, Mistra ne reste pas longtemps en leur possession. Fait prisonnier en 1259 à la bataille de Pélagonie, Guillaume doit céder Mistra en même temps que d'autres forteresses à Michel VIII Paléologue, en guise de rançon. L'empereur fait alors de Mistra la capitale du Despotat de Morée, statut qu'elle conserve jusqu'à la chute de l'Empire byzantin. En 1348, l'empereur Jean VI Cantacuzène nomme son fils Manuel à la tête du despotat, marquant le début d'une période de prospérité, à la fois économique, mais surtout culturelle, pour la ville. Désormais, Mistra est gouvernée par les fils ou les frères des empereurs byzantins. Sous le despote Théodore, Mistra est la deuxième plus grande ville de l'Empire après Constantinople, et l'ancien palais de Guillaume II devient la deuxième résidence des empereurs.

Mistra est √©galement le dernier grand centre d'√©tude byzantine : Gemiste Pl√©thon, le philosophe n√©oplatonicien, y vit jusqu'√† sa mort en 1452, et sa pr√©sence attire √† Mistra de nombreux intellectuels byzantins. Lui et d'autres disciples bas√©s √† Mistra influencent l'Italie de la Renaissance, particuli√®rement apr√®s avoir accompagn√© l'empereur Jean VIII Pal√©ologue √† Florence en 1439.

Le dernier empereur byzantin, Constantin XI, est despote √† Mistra avant de monter sur le tr√īne. D√©m√©trios Pal√©ologue, le dernier despote de Mor√©e, rend la ville √† l'empereur ottoman Mehmet II le 31 mai 1460. Mistra demeure une ville importante, accueille la r√©sidence du Pacha du P√©loponn√®se et compte alors 40 000 habitants. Le commerce y est florissant, entre autres gr√Ęce au d√©veloppement de la production de soie. Les V√©nitiens occupent provisoirement la ville de 1687 √† 1715. En 1770, Mistra est bri√®vement aux mains des Russes qui, soutenus par les Grecs, tentent de lib√©rer la Gr√®ce de la pr√©sence ottomane lors de la r√©volution d'Orloff. La reconqu√™te de la ville par les Turcs est suivie d'une terrible r√©pression contre la population qui diminue pour ne plus compter que 8 000 habitants. Mistra reste turque jusqu'en 1822 et la guerre d'ind√©pendance grecque. Reprise par les Turcs une derni√®re fois en 1825, elle est ras√©e par Ibrahim Pacha et conna√ģt alors un d√©clin irr√©m√©diable. √Ä l'issue de la guerre d'ind√©pendance, le roi Othon Ier de Gr√®ce fait de Sparte la nouvelle capitale administrative des environs, o√Ļ les derniers habitants s'√©tablissent √† leur tour.

L'ancienne cité byzantine fut totalement abandonnée dans les années 1950 pour devenir un site archéologique. En 1989, les ruines, y compris la forteresse, le palais, les églises et les monastères, ont été inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Aujourd'hui, la cité n'est plus habitée que par quelques religieuses orthodoxes qui occupent le monastère de la Pantanassa. Elle a néanmoins donné son nom à une municipalité du nome de Laconie, qui siège dans la localité voisine de Magoula.

Sommaire


Le site

Le massif du Taygète depuis la citadelle de Mistra

Mistra se situe au cŇďur du P√©loponn√®se, en Laconie, √† environ 8 km au nord-ouest de la ville de Sparte, et domine la vall√©e de l'Eurotas. Le site occupe le flanc nord d'une colline, de forme conique[1], appartenant √† un massif montagneux plus large, le Tayg√®te, et se trouve √† une altitude comprise entre 330 m√®tres environ (ville basse) et 621 m√®tres (au sommet)[2].

Le site, escarp√©, est quasi inaccessible depuis le sud et le sud-ouest, o√Ļ les falaises rocheuses dominent un ravin. Les autres faces de la colline sont √©galement suffisamment escarp√©es pour faire de ce site un lieu facile √† d√©fendre[2]. Du sommet, la vue s'√©tend d'un c√īt√© sur toute la vall√©e de l'Eurotas et, de l'autre, sur deux gorges s'enfon√ßant dans le massif du Tayg√®te. Le site de Mistra permet √©galement le contr√īle de la route vers Kalamata, la seule route √† travers le massif o√Ļ puisse passer une cavalerie. Elle passe dans la plaine au nord, venant presque jusqu'au pied de Mistra[1].

La colline sur laquelle repose Mistra contr√īle l'entr√©e des gorges de la M√©lingi, une rivi√®re qui s'enfonce dans le massif du Tayg√®te et qui tire son nom de la tribu slave des M√©linges, habitant la r√©gion au Moyen √āge[2].

L'Eurotas, un peu en aval de Mistra

Le site de Mistra s'inscrit √† l'int√©rieur de deux enceintes fortifi√©es, le tout domin√© par une forteresse. Le rempart ext√©rieur part de la zone la plus septentrionale de la ville, contourne la ville basse par l'est en descendant jusqu'au pied de la colline et se termine au sud du site. Le second rempart part de la porte de Nauplie et contourne par l'est la ville haute dans laquelle se situe le palais. Seules deux portes permettent l'acc√®s √† la ville haute : la porte de Monemvassia et la porte de Nauplie.

Le site de Mistra est dominé par une citadelle qui servait de poste d'observation en temps de paix et de dernier refuge en temps de siège[3].

Origines du nom de la ville

Face sud-ouest de Mistra, dominant le ravin. De l'autre c√īt√© : le massif du Tayg√®te

Le site de Mistra est connu sous le nom de Myzithras avant même l'implantation des Francs et de la fondation de la forteresse en 1249. Bien que l'appellation de Mistra soit de nos jours la plus courante, sa forme médiévale est encore parfois utilisée. Il est généralement admis que la forme Mistra est une forme dérivée et abrégée de Myzithras.

L'origine du nom de Myzithras n'est pas certaine. Des hypoth√®ses affirment qu'il pourrait √™tre celui d'un propri√©taire terrien de la r√©gion, qui aurait √©t√© fabricant de fromage (=Myzithras)[4]. Certains auteurs vont jusqu'√† √©mettre l'hypoth√®se que le nom de Myzithras est issu de la forme particuli√®re de la colline sur laquelle la ville fut fond√©e et qui ressemblerait √† un fromage local portant le nom de Myzithras[5],[1]. Chateaubriand, lors de son passage dans la ville, √©crit √† ce sujet : ¬ę Si Sparte tirait son nom des gen√™ts de son territoire, et non pas de Spartus, fils d'Amyclus, ou de Sparta, femme de Lac√©d√©mon, Misitra peut bien emprunter le sien d'un fromage[6] ¬Ľ.

Selon une autre hypothèse, on aurait donné le nom du préfet local, Mystras, à la forteresse fondée par Guillaume de Villehardouin[5].

Enfin, Mystras pourrait être une dérivation de l'ancien français maistresse, qui aurait désigné la forteresse parce qu'elle dominait toute la plaine de Laconie[5].

Histoire


Mistra avant 1249

Article connexe : Histoire de Sparte.

On ne conna√ģt pas grand-chose de l'histoire de Mistra avant la fondation de la forteresse par les Francs en 1249. Des inscriptions et des fragments de marbres antiques ont √©t√© retrouv√©s dans les murs des b√Ętiments de la ville, mais rien ne semble prouver une occupation du site aux p√©riodes pr√©classique et classique. Un sarcophage romain, sur lequel sont grav√©s des M√©nades, des griffons et un sphinx, est visible dans la cour de la M√©tropole de Mistra. Un autre sarcophage romain, d√©sormais disparu, avait √©t√© retrouv√© il y a environ cent ans. Tous deux ont servi pendant des si√®cles √† recueillir l'eau jaillissant d'une source. Mais, tout comme les fragments de marbre, rien n'atteste leur pr√©sence sur le site avant l'arriv√©e des Francs. Pour Steven Runciman, s'il est certain que le site √©tait inhabit√©, il y avait toutefois, au sommet de la colline, une petite chapelle, probablement d√©di√©e √† √Člie, saint patron des montagnes[1].

De mani√®re plus g√©n√©rale, le site de Mistra avant la fondation de la ville est li√© √† l'histoire de Sparte, la colline de Mistra faisant partie de sa fertile plaine[7]. Bien que la cit√© antique de Sparte ne soit pas pourvue de remparts, il faut attendre le IVe si√®cle av. J.‚ÄĎC. pour voir les arm√©es d'autres cit√©s grecques p√©n√©trer dans la plaine laconienne.

Au IIe si√®cle av. J.‚ÄĎC., la vall√©e de Sparte passe sous le contr√īle de l'Empire romain. La s√©v√©rit√© du r√©gime spartiate semble alors dispara√ģtre dans l'ensemble de la vall√©e de l'Eurotas, qui devient r√©put√©e pour son indolence et son go√Ľt du luxe[8]. Un retour aux valeurs morales semble se produire avec l'av√®nement du christianisme et on trouve la mention d'un √©v√™ch√© de Lac√©d√©mone √† partir du Ve si√®cle. Les temples sont d√©sert√©s ou transform√©s en √©glises, de sorte que toute trace de paganisme dispara√ģt dans la r√©gion vers la fin du Ve si√®cle[8].

En 376, le gouvernement byzantin autorise les Wisigoths √† franchir le Danube et √† p√©n√©trer dans l'Empire. En 395, emmen√©s par Alaric, ceux-ci s'enfoncent dans la p√©ninsule grecque, pillent Ath√®nes et traversent l'isthme de Corinthe pour entrer dans le P√©loponn√®se. Au cours de l'√©t√© 395, Sparte conna√ģt le premier pillage de son histoire. Bien qu'Alaric ait, semble-t-il, souhait√© s'installer dans le P√©loponn√®se, l'approche d'une arm√©e imp√©riale le fait repartir vers le nord quelques mois plus tard. Si la paix revient dans la plaine de Sparte, la confiance n'est plus de mise et la cit√© se pare de murailles pour la premi√®re fois de son histoire.

La r√©gion conna√ģt alors un d√©clin long de deux si√®cles. Le triomphe du christianisme fait perdre de leur prestige aux anciennes cit√©s antiques. Le commerce m√©diterran√©en contourne d√©sormais la Gr√®ce et la taxation p√®se lourdement sur un territoire aux faibles ressources naturelles[8].

√Ä la fin du VIe si√®cle, c'est au tour des Slaves de p√©n√©trer en Gr√®ce, en partie pour √©chapper eux-m√™mes √† la domination des Avars. Les Slaves s'enfoncent dans le P√©loponn√®se dans les derni√®res ann√©es du VIe si√®cle et la premi√®re d√©cennie du VIIe si√®cle. De nombreux Grecs de la plaine de Sparte s'enfuient, soit vers les montagnes du Magne, soit vers les villes c√īti√®res fortifi√©es qui r√©sistent aux Slaves, telles que Monemvasia. D'autres fuient jusqu'en Sicile o√Ļ ils fondent une nouvelle Lac√©d√©mone, raccourcie en D√©mona.

Une série de campagnes sous Nicéphore Ier permet aux Grecs de reprendre possession du Péloponnèse en repoussant les Slaves dans les régions montagneuses. Dans la vallée de Sparte, les Slaves sont repoussés dans le Taygète et dans les montagnes de l'Arcadie. La vallée est alors repeuplée de Grecs d'Asie mineure et d'Arméniens. En 810, un nouvel évêché de Lacédémone est instauré sous l'autorité du Métropolite de Patras, puis est élevé au rang de Métropole en 1081[9]. Les tribus slaves du Taygète, connues sous le nom de Mélinges et Ezerites, ne constituent plus alors une menace réelle. On leur accorde un droit d'autonomie tant qu'elles s'acquittent d'un tribut et se convertissent au christianisme.

La r√©gion de Sparte se trouve aussi √©pargn√©e de la menace turque et normande √† la fin du XIe si√®cle, mais est pill√©e en 1146 par Roger II de Sicile apr√®s son √©chec de la prise de Monemvasie[10].

Un ch√Ęteau franc

Article connexe : Principaut√© d'Acha√Įe.
Partage de l'Empire byzantin en 1204

En 1204, la quatri√®me croisade se d√©tourne de son objectif initial et entra√ģne la capture et le pillage de Constantinople par les crois√©s. S'ensuit alors le partage de l'Empire byzantin entre le nouvel empereur, les V√©nitiens et les crois√©s. La principaut√© d'Acha√Įe, ou principaut√© de Mor√©e, est confi√©e √† Geoffroi de Villehardouin et est partag√©e en douze baronnies. Les premi√®res ann√©es du r√®gne de Geoffroi en Mor√©e sont consacr√©es √† l'√©tablissement de son pouvoir et √† la conqu√™te des r√©gions non occup√©es de la p√©ninsule. En 1210, Sparte se soumet aux crois√©s apr√®s cinq jours de r√©sistance. La plaine de Sparte semble avoir √©t√© du go√Ľt de Geoffroi et il y aurait construit un palais au bord de l'Eurotas, √† l'ext√©rieur de la ville, mais aucune trace n'en a encore √©t√© relev√©e. Andravida est la capitale administrative de la principaut√© tandis que Nikli devient, gr√Ęce √† sa situation centrale, le lieu des assembl√©es de la baronnerie. Mais c'est √† Lac√©d√©mone (Sparte), ou La Cr√©monie comme ils l'appellent, que les Villehardouin s'√©tablissent. La Cr√©monie est la r√©sidence pr√©f√©r√©e des h√©ritiers de Geoffroi, Geoffroi II puis Guillaume de Villehardouin. Une des premi√®res t√Ęches de Guillaume en tant que prince d'Acha√Įe est de s√©curiser cette r√©gion du P√©loponn√®se. Il lutte contre Monemvasie, haut lieu de la piraterie, qui ne se rend qu'apr√®s un si√®ge de trois ann√©es. En m√™me temps que ce si√®ge, Guillaume soumet les tribus qui entourent la plaine de Sparte, mais a besoin de nouvelles forteresses pour maintenir l'ordre. Les Tsakones sont contr√īl√©s par les garnisons ayant servi au si√®ge de Monemvasie. La forteresse de Passava contr√īle les Maniotes, mais Guillaume fait construire une seconde forteresse pr√®s du Cap Matapan pour renforcer leur contr√īle. La tribu la plus dangereuse est celle des M√©linges, r√©sidant dans les vall√©es du Tayg√®te et tr√®s proche de Lac√©d√©mone. Afin de s'assurer la s√©curit√© de son palais, Guillaume fait construire un ch√Ęteau sur une des collines au pied du Tayg√®te : c'est la naissance de Mistra. La forteresse et ses remparts sont achev√©s en 1249. Elle est alors la cl√© du syst√®me d√©fensif de tout le sud-est du P√©loponn√®se[4] et est, en quelque sorte, le pendant de la forteresse de Chlemoutsi pour la partie sud-est du P√©loponn√®se[11]. Les pentes de la colline sont, √† cette √©poque, encore vierges de b√Ętiments ou d'habitations, √† l'exception d'une r√©sidence, construite √† mi-hauteur de la colline, sur une partie relativement plane. C'est probablement dans cette r√©sidence que le ch√Ętelain loge lorsque sa pr√©sence au ch√Ęteau n'est pas requise[12].

En 1259, alors que le Royaume de Thessalonique est revenu aux mains des Byzantins, une triple alliance s'unit contre l'Empire. Cette alliance se compose de Manfred de Sicile, de Michel II d'√Čpire et de Guillaume de Villehardouin. Elle subit une d√©faite √† l'automne 1259 dans la plaine de P√©lagonie, et Guillaume est fait prisonnier[13]. Il est lib√©r√© en 1261 et conserve sa principaut√© d'Acha√Įe en √©change des places fortes de Monemvasia, du Magne et du ¬ę troisi√®me et le plus beau, le ch√Ęteau de Mistra[14] ¬Ľ.

Gouvernorat byzantin

L'Empire byzantin en 1265

Les Byzantins prennent possession de Mistra au printemps 1262[15]. Dans le territoire r√©cup√©r√©, Mistra n'est pas, dans un premier temps, la priorit√© des Grecs. Leur attention se porte davantage sur Monemvasie, qui est un port important, et sur la forteresse du Magne, qui contr√īle toute la r√©gion du m√™me nom jusqu'au cap Matapan. Situ√©e en Laconie, comme Mistra, la forteresse de Geraki est aussi plus importante aux yeux des Grecs. Mistra est tr√®s proche de Lac√©d√©mone, o√Ļ les Villehardouin n'ont pas l'intention d'abandonner leur palais de La Cr√©monie. Ainsi, c'est Monemvasie qui est choisie pour √™tre le si√®ge du gouverneur byzantin de Mor√©e[15].

Lorsqu'ils prennent contr√īle de la forteresse, la colline de Mistra est toujours vierge de b√Ętiments, √† l'exception du ch√Ęteau au sommet et de quelques habitations servant au logement des soldats et de leurs familles[12]. C'est √† cette p√©riode que s'implantent les premiers habitants. Les Grecs de Lac√©d√©mone, consid√©r√©s par leurs seigneurs francs comme des citoyens de seconde classe, pr√©f√®rent rejoindre une ville gouvern√©e par d'autres Grecs partageant la m√™me religion[15]. Leur migration forme le noyau de ce qui semble √™tre le premier √©tablissement sur le site de Mistra et, √† la faveur d'une br√®ve p√©riode de paix, donne une premi√®re impulsion au d√©veloppement du site[16]. Ils semblent s'√™tre tout d'abord install√©s dans la partie nord-est de la ville basse[17] (Mesokhorion en grec[18]). Ces nouveaux habitants construisent eux-m√™mes maisons et √©glises sur les pentes de la colline, sous la citadelle. Le site peut ne pas sembler id√©al pour l'implantation d'une ville, car les pentes sont abruptes. Cependant, ces m√™mes pentes offrent plusieurs avantages : d'une part l'eau y est abondante, d'autre part, les conditions sanitaires y seraient plus favorables que dans la plaine[15].

Au cours des derni√®res d√©cennies du XIIIe si√®cle, Mistra passe du simple village au rang de ville. Le M√©tropolite de Lac√©d√©mone choisit de s'y √©tablir. On y construit la M√©tropole, ainsi que d'autres monast√®res, comme celui des Saints-Th√©odores en 1269.

À son tour, Guillaume II de Villehardouin quitte Sparte et son palais favori de La Crémonie, pour ne jamais y revenir. Le centre névralgique de la plaine de Sparte est dorénavant, pour les sept siècles à venir, situé à Mistra[19]. Si le sentiment de sécurité derrière les remparts de la ville est un des éléments recherchés par les nouveaux habitants de Mistra, celui-ci se renforce avec la disparition de la menace que représentait jusqu'alors la tribu des Mélinges. On leur attribue en effet une certaine autonomie et des réductions de taxes en échange de leur soutien à l'Empire. Puis, convertis peu à peu à l'orthodoxie, ils sont absorbés par le reste de la population[20].

√Ä partir de 1262, la province de Mor√©e est gouvern√©e par un g√©n√©ral byzantin. Les sources varient quant √† la question du lieu o√Ļ il si√®ge. Ainsi, Chatzidakis et Georgiadis estiment que les g√©n√©raux byzantins si√®gent √† Mistra d√®s 1264. Pour Runciman, l'autorit√© du gouverneur s'exerce depuis Monemvasie jusqu'en 1289 environ, avant d'√™tre transf√©r√©e √† Mistra.

Dans les premiers temps, le gouverneur - ou kephale - du P√©loponn√®se byzantin est nomm√© annuellement. Vers 1285, la dur√©e de la charge du kephale s'allonge[21]. La raison de ce changement semble √™tre la volont√© de donner une plus grande continuit√© √† l'administration de la province et √©viter d'avoir √† acheminer depuis Constantinople un nouveau gouverneur une fois par an, par mer, avec les dangers que le voyage comporte. Apr√®s ce changement d'organisation, les gouverneurs du P√©loponn√®se portent le titre d'√Čpitropos, un rang sup√©rieur au kephale. Les noms des premiers gouverneurs nous sont connus :

  • Mathieu(?) Cantacuz√®ne 1308 - 1316 ;
  • Andronic Pal√©ologue 1316 - 1321 ;
  • Andr√© Pal√©ologue 1321 - 1325(?).

Les noms des gouverneurs suivants ne nous sont pas tous parvenus. D'ailleurs, √† partir de 1325, le commandant militaire porte le titre de Protokynegus, et l'on n‚Äôest pas s√Ľr qu'il porte toujours le titre de gouverneur.

Tant que les gouverneurs byzantins de la province sont bas√©s √† Monemvasie, la construction des premiers √©difices religieux est laiss√©e √† la charge de l'administration et du clerg√© local[17]. Parmi les eccl√©siastiques les plus actifs, on conna√ģt Pac√īme, un temps protosyncelle du P√©loponn√®se. En 1295, on lui doit la construction de l'√©glise des Saints-Th√©odores, la premi√®re grande √©glise de la ville. En 1311-1312, alors qu'il se retire de la vie publique, il fonde le Brontochion dont il devient l'abb√©. L'influence de Pac√īme permet aux √©difices religieux de la ville de faire venir des architectes et des artistes renomm√©s, peut-√™tre de Constantinople m√™me[17]. Son monast√®re obtient √©galement, entre 1312 et 1322, de larges domaines √† travers le P√©loponn√®se. Pac√īme r√©ussit m√™me √† obtenir de l'empereur de faire passer le contr√īle de son monast√®re des autorit√©s eccl√©siastiques locales au patriarche de Constantinople directement, ce qui lui offre une quasi ind√©pendance[17].

L'action de Pac√īme se d√©roule alors que le m√©tropolite de Mistra essaie d'exister face √† la M√©tropole de Monemvasie[22]. La m√©tropole de Sparte n'avait plus de raison d'√™tre depuis la conqu√™te franque du d√©but du XIIIe si√®cle, et il faut attendre la reconqu√™te de Mistra par les Grecs et l'abandon de la plaine de Sparte par les Francs pour voir r√©appara√ģtre la m√©tropole de Lac√©d√©mone, qui si√®ge d√©sormais √† Mistra, dont le premier m√©tropolite, √† partir de 1272, est un certain Th√©odose. Avec la reconqu√™te de Monemvasie en 1262 et l'√©tablissement des gouverneurs byzantins dans cette cit√©, le m√©tropolite de Monemvasie est √©lev√© au rang d'exarque et devient repr√©sentant du patriarche pour l'ensemble du P√©loponn√®se. Gr√Ęce √† cette position, le m√©tropolite de Monemvasie exerce son autorit√© sur des √©v√™ch√©s appartenant traditionnellement √† la M√©tropole de Lac√©d√©mone[22].

À cette même époque, le Péloponnèse commence à subir les assauts de pirates turcs dont les bases sont les ports d'Anatolie. Leurs raids commencent dans les années 1320. En 1332, ils pillent Monemvasia. En 1334, ils débarquent dans le golfe de Laconie et remontent la vallée de l'Eurotas jusqu'à Mistra même. Ils sont arrêtés par les fortifications de la ville et se retirent après avoir reçu des présents de la part du gouverneur en place[23].

Capitale du Despotat de Morée

Article connexe : Despotat de Mor√©e.

Les Cantacuzène

 
 
 
Jean VI Cantacuzène (1293-1383)
Empereur byzantin
 
Irène de Bulgarie
 
{{{Jean VI Cantacuzène (1293-1383)
Empereur byzantin}}}
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mathieu (1325-1391)
Despote de Morée (1380-1383)
 
Manuel (1326-1380)
Despote de Morée (1348-1380)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Démétrios (1343-1383)
Despote de Morée (1382-1383)
 
 


Au milieu du XIVe si√®cle, le prestige politique du P√©loponn√®se est consid√©rable, malgr√© des conditions √©conomiques et sociales d√©favorables[16]. La r√©gion n'est pas seulement menac√©e par les Turcs, mais elle est √©galement la proie de querelles internes.

√Ä la mort de l'empereur byzantin Andronic III, en 1341, √©clate une guerre civile qui secoue l'empire et dont les effets se font sentir en Mor√©e. Le P√©loponn√®se ne revient au centre des pr√©occupations de l'Empire qu'apr√®s l'accession au tr√īne de Jean VI Cantacuz√®ne, en 1347[23]. De ce fait, entre 1341 et 1347, les gouverneurs de Mistra, dont les noms ne nous sont pas parvenus, ont, semble-t-il, perdu le contr√īle sur les seigneurs environnants, qu'ils soient latins ou grecs[23].

En 1348, Jean VI, nouvellement empereur, envoie son second fils, Manuel, afin de stabiliser le Péloponnèse. C'est le début du Despotat de Morée, un gouvernement plus indépendant que les précédents, placé sous autorité directe de l'empereur[16],[24].

Avec l'aide des seigneurs francs, Manuel s'assure de la soumission des seigneurs grecs de la r√©gion, malgr√© la tentative de certains de r√©duire son autorit√©. Ainsi, √† son arriv√©e en Mor√©e, Manuel d√©cide de faire construire une flotte en levant un imp√īt auquel doivent contribuer les seigneurs locaux. Un certain Lampodios, charg√© de r√©colter les fonds, utilise cet argent pour inciter le peuple √† la r√©volte. Cette r√©volte, mal organis√©e, s'√©teint finalement lorsque les rebelles se retrouvent face √† l'arm√©e de Manuel[25].

Les difficult√©s rencontr√©es par Manuel sont √©galement d'ordre familial. En d√©cembre 1354, Jean VI Cantacuz√®ne abdique en faveur de Jean V Pal√©ologue. Mathieu Cantacuz√®ne, co-empereur avec Jean VI, refuse de r√©gner aux c√īt√©s de Jean V. √Ä l'√©t√© 1355, il se voit confier le gouvernement du Despotat de Mor√©e, alors que Manuel doit recevoir en compensation l'√ģle de Lemnos. Cet √©change n'a finalement pas lieu, car Mathieu est emprisonn√© apr√®s avoir tent√© de se r√©volter contre Jean V[26].

La position de Manuel n'est pas assurée pour autant. Jean V décide de remplacer Manuel par deux de ses cousins, Michel et André Asen, qui arrivent dans le Péloponnèse vers la fin de l'année 1355. Les seigneurs grecs accueillent volontiers les nouveaux gouverneurs et, malgré le soutien de la population, l'autorité de Manuel ne s'exerce plus qu'à l'intérieur des murs de Mistra[27]. Il semble que ce soit l'opposition des Vénitiens aux frères Asen qui provoque leur démission et la confirmation de Manuel à son poste par Jean V[27].

Au cours du r√®gne de Manuel, Mistra conna√ģt une p√©riode de relative prosp√©rit√© et de paix, favorable √† la poursuite de l'essor de la ville. Vers 1350, Manuel fait construire le monast√®re des Zoodotes. L'√©glise de ce monast√®re devient l'√©glise attitr√©e de la cour[28]. On consid√®re que ce pourrait √™tre l'actuelle √©glise Sainte-Sophie[29]. Il fait agrandir le palais, en ajoutant √† la demeure franque d'origine une nouvelle aile au nord, probablement de plusieurs √©tages. Il y ajoute √©galement deux tours, dont une abrite une chapelle[28].

Jean VI Cantacuzène, empereur byzantin et père des despotes Mathieu et Manuel. Il passe ses dernières années à Mistra

Si Mistra conna√ģt une p√©riode de paix, c'est en partie gr√Ęce √† l'action de Manuel. Il met de l'ordre dans l'administration de la Mor√©e et affermit l'autorit√© grecque par des combats victorieux contre les incursions turques. Ostrogorski estime qu'en cette p√©riode de d√©cadence de l'Empire byzantin, l'essor de la Mor√©e repr√©sente alors le seul point lumineux[30].

Manuel n'ayant pas de descendance, Mathieu Cantacuz√®ne succ√®de √† son fr√®re pour trois ans de 1380 √† 1383. Mathieu qui s‚Äôest √©tabli √† Mistra depuis 1361, esp√®re, dans un premier temps, que son statut d'ex-empereur lui permette d'obtenir de son fr√®re le titre de gouverneur de Mor√©e, ce que Manuel lui refuse. Finalement, les deux s'associent pour gouverner la province, mais c'est bien Manuel qui conserve r√©ellement le pouvoir, Mathieu se vouant √† l'√©criture de textes philosophiques et religieux[31]. √Ä la mort de Manuel, il peut d√©sormais exercer son pouvoir, mais n'a plus son ambition d'antan[32]. En 1379, Mistra tombe dans le giron des Pal√©ologue. En effet, en 1379, Jean remonte sur le tr√īne, apr√®s quelques ann√©es de pouvoir de son fils Andronic IV, et donne en apanages √† ses fils de larges portions du territoire byzantin, dont le P√©loponn√®se √† Th√©odore[33]. Si le despote Mathieu ne r√©agit pas √† cette annonce, son fils D√©m√©trios s'oppose √† cette d√©cision et organise une r√©volte, tentant ainsi de rompre avec Constantinople[29] en s'assurant du soutien des nobles grecs du P√©loponn√®se, mais aussi de pirates turcs[32]. Lorsque Th√©odore arrive dans le P√©loponn√®se en d√©cembre 1382, D√©m√©trios contr√īle la majeure partie de la p√©ninsule. La r√©volte de D√©m√©trios meurt avec son initiateur, √† la fin de 1383 ou au d√©but de 1384. R√©sidant jusqu'alors √† Mistra, Mathieu et Jean VI Cantacuz√®ne se retirent de la cour. Jean meurt dans un monast√®re de Mistra le 15 juin 1383, suivi de Mathieu neuf jours plus tard[34].

Les Paléologue

Le despotat de Morée en 1450. L'étoile représente Mistra.
Théodore Ier

Pour Ostrogorski, la reprise de Mistra aux Cantacuz√®ne par les Pal√©ologue est le seul succ√®s √† porter √† leur cr√©dit √† cette p√©riode[35]. Le r√®gne des Pal√©ologue √† Mistra se caract√©rise par des relations entre le despotat et Constantinople plus proches qu'auparavant, et aussi par une politique expansionniste. Mistra voit son influence renforc√©e, √† la fois sur le plan politique et culturel, malgr√© le fait que la paix soit toute relative dans la r√©gion[29]. Alors que Manuel n'a eu de cesse de maintenir la paix avec ses voisins, Th√©odore est en guerre permanente contre eux, afin d'accro√ģtre ses possessions[36].

Après leur victoire sur les Serbes en 1389, les Ottomans tournent leur attention sur la Grèce et occupent Thessalonique et la Thessalie (1391). Bayezid Ier décide alors de s'aventurer plus en avant en Grèce et dans le Péloponnèse. Au printemps 1395, une armée turque traverse l'isthme de Corinthe et ravage l'Arcadie, mais Mistra est épargnée, car l'attention des Turcs est détournée par la croisade lancée par Sigismond de Hongrie, qu'ils mettent en déroute à Nicopolis le 25 septembre 1396. Théodore en profite pour faire réparer l'Hexamilion, censé protéger la péninsule d'une nouvelle attaque turque. En vain. Le Péloponnèse est une nouvelle fois ravagé par l'armée turque qui s'enfonce jusqu'à Modon et Coron, avant de se retirer en Thessalie. Une nouvelle fois, la vallée de Mistra est épargnée[37].

L'empereur Manuel II Pal√©ologue, fr√®re de Th√©odore, quitte Constantinople afin de trouver de l'aide contre les Turcs aupr√®s des cours d'Occident. Il laisse sa femme, l'imp√©ratrice H√©l√®ne, et ses deux fils aux soins de Th√©odore[38]. Mais celui-ci n'a d√©sormais que peu confiance en l'avenir de Mistra. Il propose aux V√©nitiens d'acheter Corinthe, mais ceux-ci refusent. L'ordre des Hospitaliers envoie alors depuis Rhodes une ambassade pour lui proposer d'acheter Corinthe. Sur les conseils de l'Imp√©ratrice et avec l'accord de Manuel II, il leur vend cette ville. Une fois √©tabli √† Corinthe, l'ordre cherche √† accro√ģtre ses possessions dans le P√©loponn√®se. Une autre ambassade se rend √† Mistra afin de demander, cette fois, le rachat de Kalavryta et de Mistra m√™me. Th√©odore accepte, projetant de se retirer √† Monemvasia. Les Hospitaliers entrent dans Kalavryta sans enthousiasme de la part de la population[37]. Lorsqu'ils entrent dans Mistra √† la fin de mai 1400[39], les habitants se soul√®vent. C'est le m√©tropolite de Mistra qui emp√™che le lynchage des d√©l√©gu√©s de l'ordre de Saint-Jean par la population[37]. Th√©odore est mis sous pression √† la fois de la part de la population de Mistra et du Sultan. Les habitants de Mistra ne l'autorisent plus √† revenir dans la ville et le Sultan l'informe qu'il ne lui accordera pas son amiti√© tant qu'il ne renverra pas les Chevaliers. Un compromis est trouv√© en 1404 : Th√©odore √©change la forteresse de Salona, nouvellement acquise au d√©triment des Turcs, contre Corinthe. Les Chevaliers abandonnent √©galement Kalavryta ainsi que leurs pr√©tentions sur Mistra[40].

En 1407, Th√©odore se retire dans un monast√®re o√Ļ il meurt quelques jours plus tard. Sa tombe se trouve dans l'√©glise Hodegetria √† Mistra[41]. On peut y lire l'inscription : ¬ę Fr√®re du Saint Empereur, le moine Th√©odoret[42] ¬Ľ.

Théodore II
L'empereur Manuel dont trois fils sont devenus Despote de Morée

La succession de Th√©odore est pr√©par√©e par l'empereur Manuel avant m√™me le d√©c√®s du despote. Il envoie son second fils, lui aussi pr√©nomm√© Th√©odore, prendre le tr√īne de Mor√©e. Celui-ci arrive dans la p√©ninsule au d√©but de l'ann√©e 1408. Entre temps, la ville est administr√©e par le protostrator Manuel Phrangopoulos, ancien ambassadeur de Th√©odore Ier √† Venise. Commence √† Mistra une p√©riode de paix. Dans le P√©loponn√®se, le prince d'Acha√Įe est dans une position trop pr√©caire pour se risquer √† entrer en conflit avec ses voisins. M√™me constat pour les V√©nitiens qui cherchent √† pr√©server leur commerce. Mais surtout, l'√©mir Suleyman Bey, qui contr√īle les possessions ottomanes en Europe, est hell√©nophile et est mari√© depuis 1404 √† la fille b√Ętarde du despote Th√©odore, ce qui vaut au P√©loponn√®se de ne pas √™tre attaqu√© par les Ottomans pendant plusieurs ann√©es. Apr√®s le court r√®gne de Musa (1410-1413), l'Empire ottoman voit s'installer √† sa t√™te Mehmet Ier, avec l'aide de Manuel. En retour, Mehmet entretient de tr√®s bonnes relations avec les Byzantins[43].

Mistra re√ßoit les visites de nombreux membres de la famille imp√©riale, √† commencer par l'empereur lui-m√™me. En mars 1415, Manuel rend visite √† son fils √† Mistra. Une de ses pr√©occupations principales est la restauration du mur d√©fensif de l'isthme de Corinthe. Il fait lever des imp√īts sur les plus riches habitants du P√©loponn√®se afin de reconstruire un mur, le long de l'ancien Hexamilion, compos√© de tours √† intervalles r√©guliers, avec une forteresse √† chaque extr√©mit√©. Les nobles se soul√®vent alors contre Manuel, qui les affronte et les bat pr√®s de Kalamata. En 1416, et pendant pr√®s de deux ans, le fils a√ģn√© de Manuel (le futur Jean VIII), est envoy√© √† Mistra afin de soutenir son fr√®re, le jeune despote[44]. Il y revient en 1423, √† l'occasion d'une √©tape vers Venise. Thomas Pal√©ologue y s√©journe en 1418 et s'y marie en 1430 ; puis Andronic, autre fils de Manuel et despote de Thessalonique, apr√®s avoir c√©d√© celle-ci aux V√©nitiens, se r√©fugie √† Mistra.

La femme de Th√©odore, Cl√©ope Malatesta, semble avoir √©t√© choisie par le pape Martin V[45]. Elle est, gr√Ęce √† sa famille, en tr√®s bons termes avec Venise et poss√®de √©galement des liens familiaux avec le pape. Leur mariage a lieu le 19 janvier 1421 et, bien qu'il soit admis qu'il ait lieu √† Constantinople, Runciman estime qu'il n'est pas impossible qu'il se soit d√©roul√© √† Mistra[45].

Sous Th√©odore et Cl√©ope, Mistra devient le centre intellectuel du monde grec[46]. Dans sa jeunesse, le despote n'avait pas √©t√© int√©ress√© par le pouvoir et voulait se retirer dans un monast√®re. C'est un intellectuel consid√©r√© comme un des plus brillants math√©maticiens de son temps[45]. Cl√©ope partage les go√Ľts intellectuels de son √©poux. Tandis que l'empire byzantin s'√©tiole lentement, le despotat de Mistra bouillonne[44]. Cette √©poque est celle de G√©miste Pl√©thon, qui r√™ve d'une r√©surrection de l'hell√©nisme dans la Gr√®ce m√©ridionale. C'est √† Mistra que l'hell√©nisme exprime sa volont√© de r√©nover l'√Čtat byzantin. Pl√©thon d√©veloppe des avis pratiques sur la simplification du syst√®me fiscal et la constitution d'une force arm√©e indig√®ne, afin de remplacer les mercenaires. Le despotat appara√ģt comme l'asile de l'hell√©nisme[44].

À la mort de Mehmet Ier, les raids ottomans reprennent en Grèce. En 1423, une armée dirigée par Turakhan Bey franchit l'isthme. Cette fois la vallée de Sparte n'est pas épargnée. Les Turcs s'introduisent dans Mistra, la pillent avant de se retirer.

À cette époque, Théodore se désintéresse de sa femme et fait part de son ressentiment à son frère Jean, lors de son second passage dans la ville en 1423. Théodore souhaite toujours rentrer dans les ordres. De retour à Constantinople, Jean prévoit d'installer son autre frère, Constantin, à la tête de Mistra. Celui-ci n'y arrive qu'en 1427 et Théodore est désormais heureux à la fois avec sa femme et en tant que despote de Morée[45]. Il accepte cependant de diviser la province en deux, offrant à Constantin la Messénie, le Magne, Vostitsa et Clarenza.

En 1430, un troisième despotat est créé, dirigé par Thomas Paléologue, dont le siège est à Kalavryta[47]. En 1432, la péninsule tout entière est aux mains des Grecs et partagée entre les trois frères, à l'exception des quatre villes vénitiennes de Coron, Modon, Nauplie et Argos[48]. Par des échanges de terres, Thomas installe sa capitale à Clarenza et occupe tout le Sud-Ouest, Constantin possède tout le Nord, et Théodore reste dans le Sud-Est. Bien qu'il n'ait pas d'autorité supérieure à celle de ses frères, la capitale suprême du Péloponnèse reste Mistra.

En 1443, Théodore propose à l'empereur d'échanger à Constantin Mistra contre Sélymbria, ce qu'il accepte. Les trente-six années de règne de Théodore sont marquées par une noblesse turbulente et une menace turque grandissante, mais aussi par la fin de la présence latine dans le Péloponnèse. Lorsqu'il quitte Mistra, l'agriculture et le commerce y sont florissants. Théodore avait l'admiration des intellectuels de son époque et c'est sous son patronage que philosophie et littérature prospèrent pour la dernière fois dans l'empire byzantin[49].


 
 
 
Jean V Paléologue (1350-1425)
Empereur byzantin
 
Hélène Cantacuzène
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Théodore Ier
Despote de Morée
(1383 - 1407)
 
 
 
 
Manuel II Paléologue
(1350-1425)
Empereur byzantin
 
Hélène Dragas
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Jean VIII
(1392-1448)
Empereur byzantin
(1425-1448)
 
Constantin
(1394-1402)
 
Théodore II
Despote de Morée
(1407-1443)
 
Andronic
(1400-1428)
Despote de Thessalonique
(1408-1423)
 
Constantin XI Paléologue
Despote de Morée
(1443-1449)
puis Empereur byzantin
(1449-1453)
 
Michel (1405-1410)
 
Démétrios (1407-1470)
Co-despote de Morée
(région de Mistra)
(1449-1460)
 
Thomas (1409-1465)
Co-despote de Morée
(1449-1461)
 
Les derniers despotes
Constantin

Contrairement √† son pr√©d√©cesseur, Constantin r√™ve de gloire militaire. Sa premi√®re t√Ęche est de faire reconstruire l'Hexamilion, ce qu'il r√©ussit en faisant payer aux nobles des droits et des privil√®ges que ses pr√©d√©cesseurs leur avaient enlev√©s. Puis, il traverse l'isthme de Corinthe en 1444 dans l'espoir de mener une croisade aux c√īt√©s de Vladislav de Hongrie. Son triomphe est de courte dur√©e et, d√®s la fin de l'√©t√© 1446, Murad II reprend les territoires captur√©s par Constantin en Gr√®ce. Murad entre dans le P√©loponn√®se apr√®s un si√®ge de quinze jours de l'Hexamilion, qu'il fait d√©truire. Il s'avance ensuite jusqu'√† Clarenza. Une autre arm√©e, men√©e par Turakhan Bey, est cens√©e prendre Mistra, mais il semble que les conditions m√©t√©orologiques les emp√™chent de traverser les montagnes et d'atteindre la vall√©e de Sparte[50],[51].

√Ä la mort de Jean VIII Pal√©ologue en 1448, l'imp√©ratrice envoie Alexius Lascaris Philanthropenus et Manuel Pal√©ologue √† Mistra porter la couronne imp√©riale √† Constantin. Constantin y est couronn√© empereur par le m√©tropolite de Lac√©d√©mone le 6 janvier 1449. On ne sait pas si la c√©r√©monie s'est d√©roul√©e dans la M√©tropole, probablement trop exigu√ę pour accueillir la d√©l√©gation pr√©sente, ou bien dans l'√©glise du palais, Sainte-Sophie, encore plus petite[52]. Constantin quitte Mistra pour Constantinople le 12 mars 1449.

Mehmet II

La p√©ninsule est une nouvelle fois divis√©e entre Thomas Pal√©ologue et D√©m√©trios Pal√©ologue. Thomas re√ßoit Sicyone, Patras, Kalavryta, l'Acha√Įe, Clarenza, la Mess√©nie et Kalamata. D√©m√©trios re√ßoit Mistra, Corinthe, le nord de la Mor√©e, Karytaina et le Magne[53]. Ce dernier avait √† plusieurs reprises brigu√© la couronne imp√©riale avec l'aide des Turcs et il ne tarde pas, en Mor√©e aussi, √† entrer en conflit avec son fr√®re Thomas[54].

La chute de Constantinople et la mort de l'ancien despote et dernier empereur Constantin XI, affectent Mistra[55]. Des √©v√©nements internes au P√©loponn√®se assombrissent un peu plus l'avenir des Grecs. D√©j√†, l'ann√©e pr√©c√©dente, en 1452, la p√©ninsule est ravag√©e par un nouveau raid des Turcs qui pillent les campagnes et √©pargnent bien souvent les villes[56]. En 1453, on assiste √† un soul√®vement des Albanais pr√©sents dans le P√©loponn√®se. Pendant plus d'un si√®cle, Manuel Cantacuz√®ne et Th√©odore Pal√©ologue avaient accueilli de nombreux Albanais chr√©tiens, √† la fois pour leurs qualit√©s de travailleurs agricoles mais aussi comme soldats. Ils forment d'ailleurs la majeure partie des arm√©es des diff√©rents despotes. Mais, malgr√© le temps pass√©, ces Albanais continuent √† vivre s√©par√©s du reste de la population et ne ressentent pas, de la part de Thomas et D√©m√©trios, le m√™me soutien qu'avec leurs pr√©d√©cesseurs. Ils se r√©voltent en ayant pour chefs Asan Centurione (fils ill√©gitime du dernier prince d'Acha√Įe et beau-fr√®re de Thomas par sa sŇďur Catherine) dans les provinces de Thomas, et Manuel Cantacuz√®ne (petit-fils du despote Mathieu), appel√© Ghin par les Albanais[55], dans les provinces contr√īl√©es par D√©m√©trios. L'arm√©e de Manuel assi√®ge rapidement Mistra.

Alert√© par les despotes, et peu enthousiaste √† l'id√©e de voir se former un √Čtat albanais dans le P√©loponn√®se, le sultan envoie une nouvelle fois son arm√©e, sans laquelle les despotes n'auraient sans doute pas pu reprendre le contr√īle de la Mor√©e[55]. Mais leur pouvoir est de plus en plus faible, en partie √† cause des querelles entre les deux fr√®res[55]. Las de celles-ci, le sultan arrive √† la mi-mai 1460 √† Corinthe et ordonne √† D√©m√©trios de venir le rencontrer. Dix-huit mois plus t√īt, le sultan avait demand√© √† D√©m√©trios de lui offrir sa fille, ce qu'il avait refus√©. Par peur de repr√©sailles, il ne se pr√©sente pas en personne √† l'entrevue et envoie sa fille en s√©curit√© derri√®re les murs de Monemvasia.

Le 29 mai 1460, sept ans jour pour jour après la chute de Constantinople, les habitants de Mistra peuvent voir l'armée turque descendre les pentes du Parnon et se diriger vers la ville[57]. Elle s'installe sous ses remparts le 30 mai. Le sultan envoie son secrétaire grec, Thomas Katavolenos, persuader Démétrios de se rendre sans résistance et d'abandonner son projet de fuir vers Monemvasia. Le 31 mai, le sultan en personne arrive à Mistra et invite le despote à sa tente. Il lui offre un apanage en Thrace[58] en échange de la perte de la Morée, de sa fille et de sa femme, qu'il doit livrer aux eunuques du sultan[59]. Alors qu'en 1461, les Turcs finissent de conquérir le Péloponnèse, un gouverneur turc est installé dans le palais des despotes[60].

Une capitale culturelle

√Ä la fin du XIVe si√®cle, la majorit√© des Grecs vivent en territoire ottoman et de nombreux autres sont sous l'autorit√© des V√©nitiens ou d'autres seigneurs italiens. L'empereur byzantin ne r√®gne plus que sur un domaine diminu√©. Cependant, Constantinople continue √† attirer les intellectuels de l'Empire, qu'ils soient th√©ologiens, historiens ou scientifiques. De plus, elle accueille aussi de nombreux Italiens, attir√©s par l'√©tude du grec ancien[61].

Jusqu'√† la r√©volution des Z√©lotes au milieu du XIVe si√®cle, Thessalonique est √©galement r√©put√©e pour son √©rudition. Plus √† l'est, l'Empire de Tr√©bizonde poss√®de ses propres √©coles r√©put√©es dans l'√©tude des math√©matiques et de l'astronomie, bien que de nombreux √©rudits s'installent √† Constantinople. √Ä la fin du XIVe si√®cle, Mistra devient une capitale culturelle.

D√©j√†, l'action et l'influence de certains personnages, dont l'abb√© Pac√īme, avaient permis de faire venir de Constantinople des artistes afin de r√©aliser les monuments religieux de la ville. Avec l'obtention du rang de capitale du P√©loponn√®se, Mistra attire l'attention des intellectuels byzantins[62]. Au milieu du XIVe si√®cle, le th√©ologien D√©m√©trius Cydones, secr√©taire, premier ministre et ami de Jean VI s'y √©tablit. Il y introduit les textes de Saint Thomas d'Aquin[62]. La pr√©sence de despotes eux-m√™mes √©rudits, tels que Manuel et Mathieu Cantacuz√®ne, facilite √©galement l'implantation d'intellectuels dans la ville. Les fr√©quentes visites de leur p√®re, l'empereur Jean VI, consid√©r√© comme un des plus grands √©rudits de son temps, ajoutent au prestige de la ville. Si la majeure partie des textes copi√©s en Mor√©e jusqu'au XIVe si√®cle ne sont que des textes religieux, th√©ologiques, liturgiques, et quelques trait√©s de m√©decine et de lois, l'installation d'une nouvelle aristocratie venue de Constantinople permet l'introduction d'Ňďuvres classiques telles que les Vies parall√®les de Plutarque, qu'un noble Thessalonicien arriv√© √† Mistra en m√™me temps que le despote Mathieu, D√©m√©trios Casandeno, se fait copier en 1362, l'Anabase d'Arrien (1370), H√©rodote (1372), et des auteurs contemporains tels que Nic√©phore Gr√©goras, qui maintient une relation √©pistolaire avec Manuel et D√©m√©trios[62].

Jean Bessarion, grande figure intellectuelle du XVe si√®cle, passe plusieurs ann√©es √† Mistra

Cependant, ce qui conf√®re √† Mistra une renomm√©e internationale parmi les √©rudits est la venue, au d√©but du XVe si√®cle, du philosophe G√©miste Pl√©thon.

Pl√©thon, dont les id√©es d√©plaisent √† l'√Čglise, est invit√© √† quitter Constantinople. Il s'√©tablit √† Mistra vers 1407, sur suggestion de son ami l'empereur Manuel. C'est √† la m√™me p√©riode que d√©bute le despotat de Th√©odore II, le plus √©rudit des fils de Manuel. Pl√©thon, adepte de Platon, d√©sapprouve la constitution d√©mocratique de l'Ath√®nes antique. Adepte de Lycurgue, il pr√©f√®re la discipline spartiate et peut d√©sormais vivre et enseigner tout pr√®s de la cit√© de Lycurgue. Except√© en 1438-1439, Pl√©thon passe le reste de sa vie √† Mistra, y est membre du S√©nat et magistrat. Il y meurt le 26 juin 1452, √† l'√Ęge de 90 ans[63].

Pl√©thon estime que le despote devrait avoir les pleins pouvoirs, tout en √©tant entour√© d'un conseil d'hommes issus de tous les rangs de la soci√©t√© et choisis pour leur mod√©ration et leur d√©vouement. Pl√©thon pr√©conise une division de la soci√©t√© en deux classes : les soldats et les payeurs de taxes (marchands, fermiers et paysans), pour supporter le co√Ľt de l'arm√©e. Pl√©thon s'exprime √©galement sur l'esclavage et estime que le despote et ses ministres ne devraient avoir qu'un nombre limit√© d'ilotes[64].

La pr√©sence de G√©miste Pl√©thon √† Mistra attire d'autres intellectuels. D√®s 1409, un jeune eccl√©siastique du nom d'Isidore est choisi pour r√©citer l'√©loge fun√®bre en l'honneur de Th√©odore Ier. √Čl√®ve de Pl√©thon jusqu'en 1413, il devient par la suite m√©tropolite de Monemvasie, puis m√©tropolite de Kiev et chef de l'√Čglise russe, puis patriarche latin de Constantinople[62]. George Scholarius se rend √† Mistra √† plusieurs reprises au cours des ann√©es 1430.

L'√©l√®ve le plus c√©l√®bre de Pl√©thon est peut-√™tre Jean Bessarion, qui arrive √† Mistra en 1431 et y passe six ann√©es. Apr√®s son passage en Italie (1438-1439), des intellectuels italiens s√©journent √† Mistra. C'est le cas de Cyriaque d'Anc√īne, qui y s√©journe √† deux reprises.

Les auteurs contemporains, tels que Grégoras, Doukas, Critoboulos d'Imbros, George Sphrantzès et Laonicos Chalcondyles, sont conscients de l'importance stratégique du Péloponnèse pour l'Empire. Aussi décrivent-ils, dans leurs récits historiques, les événements qui s'y déroulent. L'historien George Sphrantzès se rend à Mistra en 1446 et y est même nommé gouverneur[62].

L'occupation ottomane

Priv√©e des despotes, de leur cour et des intellectuels qui la composaient, Mistra devient une simple capitale provinciale au sein de l'immense empire ottoman. La ville d√©pend du sandjak du P√©loponn√®se, dont elle est la capitale. Elle est m√™me, jusqu'en 1540, la r√©sidence favorite des pachas. √Ä partir de 1540, et avec la prise de Nauplie, Mistra perd son statut de capitale, mais elle retrouve ce statut en 1574, apr√®s la capture des derniers bastions v√©nitiens en Gr√®ce, moment o√Ļ l'on divise le P√©loponn√®se en deux sandjaks, l'un bas√© √† Patras, l'autre √† Mistra[65].

Les Turcs semblent s'√™tre install√©s dans la partie haute de la ville, le pacha vivant dans l'ancien palais des despotes[65]. Sainte-Sophie, l'ancienne √©glise du palais, est transform√©e en mosqu√©e[66]. La citadelle, au sommet de la colline, sert au logement d'une puissante garnison et du commandement militaire. Il est possible qu'on y trouve √©galement une mosqu√©e[65]. Les Grecs occupent la ville basse. Les faubourgs, situ√©s √† l'ext√©rieur (Exokorion en grec, Moratche en turc[18]) de la ville, sont principalement habit√©s de marchands √©trangers. D'ailleurs, la petite communaut√© juive qui vivait l√† sous les despotes s'accro√ģt largement pendant la p√©riode ottomane[65]. Mistra reste le centre √©conomique de la soie dans la vall√©e de Sparte, un commerce mis en place sous les Pal√©ologue et encourag√© par les Turcs. Les grandes familles qui composaient Mistra au temps des Byzantins, telles que les Phrangopouli ou les Rhallis, se sont exil√©es, la plupart dans les villes toujours occup√©es par Venise. Les petits propri√©taires terriens restent sur leurs domaines et rejoignent rarement Mistra[65].

Contrairement aux autres régions du Péloponnèse ou de Grèce centrale, le sultan ne semble pas avoir distribué de terres à ses soldats autour de Mistra. En effet, il est alors courant de distribuer aux vétérans de larges fiefs, des zaimet ou des timars, en échange d'hommes équipés pour le combat. Une telle pratique ne semble pas avoir eu cours aux alentours de Mistra, ce que confirment les voyageurs qui passent, des siècles plus tard, dans la région, en écrivant que la vallée de Sparte n'est peuplée que de Grecs[67]. Ceci fait qu'assez peu de Turcs vivent dans les villages autour de Mistra, à part dans les garnisons, les forteresses ou dans quelques centres administratifs. Mais, de manière générale, les villes du Péloponnèse sont autorisées à conserver leurs propres administrations municipales[67]. Les taxes, basées sur la capitation, sont en général plus basses qu'au temps des despotes. Mistra, comme chaque ville du Péloponnèse, est autorisée à élire chaque année deux primats autorisés à se rendre à Constantinople pour faire part au sultan des persécutions ou des exactions commises par les gouverneurs locaux. De plus, chaque subdivision du Péloponnèse peut choisir, une ou deux fois par an, parmi la population, deux délégués chargés de discuter des affaires courantes avec le pacha[67].

Il est admis qu'au moins jusqu'au XVIe si√®cle, le joug turc n'est pas trop dur envers les Grecs. Cependant, la principale cause de ressentiment des Grecs est le ¬ę tribut des enfants ¬Ľ (paidomazoma en grec, devshirme en turc). Chaque famille chr√©tienne doit offrir un fils sur cinq pour √™tre enr√īl√© comme musulman dans le corps des janissaires, unit√© d‚Äô√©lite de l‚Äôarm√©e ottomane. Tous les quatre ans environ, ces enfants, √Ęg√©s d'entre 8 et 20 ans, sont ramass√©s dans les villages et sont impr√©gn√©s de culture turque dans des √©coles sp√©ciales afin de devenir janissaires. Bien que les familles doivent souvent se r√©signer dans la douleur √† laisser partir leurs enfants, cet imp√īt rencontre √©trangement assez peu d‚Äôopposition, probablement parce qu‚Äôil repr√©sente un formidable ascenseur social et offre aux jeunes Grecs l‚Äôoccasion de devenir gouverneurs ou m√™me grands vizirs.

La p√©riode ottomane est une p√©riode de paix, compar√©e aux si√®cles pr√©c√©dents, marqu√©s par des guerres incessantes. Il y a bien des affrontements entre Turcs et V√©nitiens entre 1463 et 1479, puis de 1499 √† 1503 et enfin de 1537 √† 1540, mais ces guerres se passent la plupart du temps en mer. Seul Sigismond Malatesta, prince de Rimini, perturbe cette relative tranquillit√© en faisant le si√®ge de Mistra en 1464. Il prend la ville, mais ne peut s'emparer du ch√Ęteau. Contraint de lever le si√®ge, il met le feu √† la ville[68]. Il emporte avec lui la d√©pouille de G√©miste Pl√©thon afin de la placer dans son pays d'adoption, l'Italie[69], dans le temple Malatesta, √† Rimini[70].

Ces deux si√®cles de paix correspondent √† deux si√®cles de prosp√©rit√© pour la ville. Sa position g√©ographique, √† l'int√©rieur des terres, la pr√©serve des conflits avec les V√©nitiens, mais aussi de la menace pirate qui cro√ģt vers la fin du XVIe si√®cle[71]. Les producteurs de soie fleurissent dans la vall√©e, les marchands √©trangers viennent y vendre leurs produits et la pr√©sence p√©riodique du pacha et de sa cour stimule l'activit√© des bazars. Le d√©veloppement de la colonie juive semble indiquer que Mistra est un important centre commercial[71]. Georges Guillet, au XVIIe si√®cle, fait √©tat de la prosp√©rit√© de la ville. Il d√©crit une ville aux murailles ¬ę fort bonnes et bien entretenues[72] ¬Ľ. Elles ne sont d√©fendues que par neuf ou dix pi√®ces d'artillerie et par dix-huit ou vingt janissaires, command√©s par un gouverneur (Disdar en turc[72]). Il ajoute qu'on trouve dans la ville de nombreux magasins, toujours bien fournis en bl√©[66]. L'approvisionnement de la ville en eau se fait au moyen de citernes, au nombre de trois ou quatre selon l'auteur (Sarnitche en turc)[66].

√Čpisode v√©nitien

Médaille à l'effigie de Francesco Morosini commémorant la conquête de la Morée (1688)

Une guerre entre V√©nitiens et Turcs √©clate en 1684. Le dernier conflit en date, commenc√© en 1645 et achev√© en 1669, avait ent√©rin√© la perte de la Cr√®te par les V√©nitiens. Francesco Morosini avait essay√© de soulever les Maniotes dans le P√©loponn√®se, mais Mistra et ses environs ne semblent alors pas avoir √©t√© touch√©s. En 1683, les Turcs subissent un revers devant Vienne et les V√©nitiens pensent que le moment est propice pour r√©parer l'affront subi en Cr√®te. Une arm√©e compos√©e de mercenaires allemands est plac√©e sous les ordres de Francesco Morosini. Entre 1685 et 1686, elle capture d'importantes forteresses sur la c√īte, dont la capitale de la province, Nauplie, en 1686. Puis, elle conquiert l'int√©rieur de la p√©ninsule et Mistra est l'une des derni√®res cit√©s √† tomber au cours de l'√©t√© 1687. 6 000 hommes l'assi√®gent sous les ordres du comte de Koenisgmark[70]. Dans un premier temps, les habitants du P√©loponn√®se accueillent avec bienveillance leurs nouveaux ma√ģtres. L'administration turque est devenue arbitraire et corrompue, et est moins bien contr√īl√©e par Constantinople. Les V√©nitiens jouissent, quant √† eux, d'une bonne r√©putation concernant la tol√©rance religieuse. Les Grecs de Mistra ont pour exemple la colonie grecque de Venise, qui est prosp√®re et poss√®de sa propre √Čglise orthodoxe, et de nombreux jeunes Grecs √©tudient √† l'Universit√© de Padoue[73].

L'aura des V√©nitiens se ternit d√®s 1687. Lors de la reddition de Mistra, les femmes et les hommes √Ęg√©s sont laiss√©s libres, alors que les hommes de 17 √† 50 ans sont r√©duits en esclavage ou envoy√©s aux gal√®res[70]. Vient s'ajouter √† cela une √©pid√©mie de peste qui touche l'ensemble du P√©loponn√®se. Les Grecs jugent les V√©nitiens responsables de cette √©pid√©mie qui appara√ģt peu de temps apr√®s les campagnes de Morosini en 1687[73]. Les autorit√©s v√©nitiennes, qui avancent le chiffre de 200 000 habitants dans le P√©loponn√®se avant les campagnes, estiment √† moins de 100 000 habitants la population √† la fin de 1688. Des 2 111 villages recens√©s, 656 sont d√©sert√©s[73]. La vall√©e de Sparte semble avoir √©t√© moins touch√©e que les r√©gions ouest de la p√©ninsule, mais n'a pas √©t√© √©pargn√©e pour autant. Les V√©nitiens mettent les habitants de Mistra en quarantaine, sains et malades, derri√®re les murs de la ville et confisquent chevaux et armes. Trente-deux personnes sont envoy√©es √† Gythion et mises en quarantaine sur un navire[70].

Vue de Mistra en 1686, par Coronelli

En janvier 1688, un conseil de guerre bas√© √† Nauplie, d√©cide de punir les habitants de Mistra pour ne pas s'√™tre rendus assez t√īt, car si la ville est rapidement prise, la citadelle a r√©sist√© un certain temps. Ainsi, l'ancien pacha et plus de 2 000 habitants de Mistra sont faits prisonniers et r√©duits en esclavage[70].

Sous l'autorit√© des Turcs, les villes grecques pouvaient, dans une certaine mesure, s'autogouverner. D√©sormais, le prov√©diteur v√©nitien a la ma√ģtrise compl√®te des municipalit√©s dont il a la charge. Monemvasia est devenue la capitale de la Laconie et six autres villes re√ßoivent un prov√©diteur, dont Mistra, qui n'a pas seulement la charge de superviser une province, mais aussi celle d'interf√©rer dans les affaires des citoyens[74]. Mistra reste une ville importante de la province, ne serait-ce que par sa population, que l'on estime √† environ 40 000 habitants au d√©but de la conqu√™te v√©nitienne[75], dont 400 juifs[76], et elle est le chef-lieu de la province Braccio di Maina[77]. Seule Patras serait plus grande, bien que Nauplie les d√©passe toutes les deux s√Ľrement peu de temps apr√®s[78].

Les taxes v√©nitiennes, collect√©es de fa√ßon efficace, sont plus √©lev√©es que celles pr√©lev√©es par les Turcs jusque l√†. Les nouveaux ma√ģtres du P√©loponn√®se encouragent le d√©veloppement de l'agriculture et des industries locales. En revanche, ils d√©couragent les industries qui peuvent concurrencer les productions italiennes. Cette volont√© touche particuli√®rement la r√©gion de Mistra, dont la prosp√©rit√© √©tait en grande partie due √† l'industrie de la soie. De lourdes taxes s'abattent sur la soie locale afin de prot√©ger les int√©r√™ts des producteurs de V√©n√©tie, faisant monter les prix √† tel point que les marchands √©trangers quittent la r√©gion pour trouver une soie meilleur march√© en Asie mineure[74].

Enfin, Grecs et V√©nitiens s'opposent sur la question religieuse, bien que les V√©nitiens souhaitent, dans un premier temps, montrer leur bonne volont√© vis-√†-vis de leurs nouveaux sujets. Ils leur laissent le droit d'√©lire leurs propres √©v√™ques et un unique √©v√™ch√© catholique est instaur√©, l'√©v√™ch√© de Corinthe, dont le titulaire si√®ge √† Nauplie. Mais l'√Čglise orthodoxe du P√©loponn√®se est sous l'autorit√© du patriarcat de Constantinople. Or, le patriarche jure loyaut√© au sultan au nom des chr√©tiens plac√©s sous son autorit√©. Les V√©nitiens retirent donc au patriarche le droit de nommer ses √©v√™ques dans la p√©ninsule et surtout le droit de r√©colter les dons des fid√®les, afin d'emp√™cher le financement de l'arm√©e ennemie[79].

Au cours de la période vénitienne, on ne note pas de soulèvement de la population, tant à Mistra que dans le reste du Péloponnèse. Les Maniotes préfèrent les Vénitiens aux Turcs à condition qu'on ne leur demande pas de s'acquitter des taxes et cessent, dès lors, de lancer leurs raids contre la vallée de Mistra[80].

Le long déclin de Mistra

La pr√©sence v√©nitienne √† Mistra est de courte dur√©e. D√®s 1714, les Turcs, en paix avec leurs autres voisins et ayant le soutien diplomatique de la France, dont les marchands esp√®rent d√©velopper leurs activit√©s en Orient aux d√©pens de Venise, se pr√©parent √† prendre leur revanche. Ils peuvent aussi compter sur le manque de soutien de la population grecque aux V√©nitiens. Au d√©but de l'ann√©e 1715, une arm√©e forte de 100 000 hommes traverse l'isthme de Corinthe, alors qu'une flotte traverse la Mer √Čg√©e, capturant au passage l'√ģle de Tinos, possession v√©nitienne depuis trois si√®cles. Les V√©nitiens privil√©gient la d√©fense des forteresses situ√©es sur la c√īte. Ainsi, Corinthe se rend apr√®s un bombardement de cinq jours.

Il semble que les Turcs soient accueillis favorablement par les Grecs, √† la fois dans les villes et les campagnes[78]. Ils retrouvent entre autres, avec les Ottomans, une imposition plus faible[81]. Le pacha du P√©loponn√®se fait √† nouveau de Mistra la capitale de la province et la population de la ville aurait, √† cette √©poque, de nouveau atteint le chiffre de 40 000 habitants[81]. Cependant, le retour ottoman marque une r√©gression dans certains domaines. On note un retour √† un gouvernement arbitraire et corrompu, ainsi qu'un d√©clin en mati√®re d'√©ducation. Sous les V√©nitiens, une g√©n√©ration de jeunes Grecs avait pu avoir acc√®s aux √©coles de Venise et de Padoue, ainsi qu'aux nombreuses √©coles ouvertes par les religieux latins. Les Turcs, s'ils ne s'opposent pas √† ces √©coles chr√©tiennes, ne les encouragent pas pour autant[82].

Mistra et la révolution d'Orloff

Article connexe : R√©volution d'Orloff.

En 1768, l'empire ottoman entre en guerre contre la Russie de l'impératrice Catherine II. Au début de l'année 1770, une flotte russe dirigée par Alexis Orloff part de la Mer Baltique, franchit le détroit de Gibraltar et arrive en avril à Oitylo (ou Porto-Vitalo[83]) dans le Magne. Une petite troupe russe d'environ 800 hommes débarque, dirigée par le frère d'Alexis, Féodor[83]. L'évêque de la région, accompagné du métropolite de Lacédémone et de quelques guerriers de Mistra des alentours, se rend à la rencontre des Russes[84]. Malgré la relative petite taille de cette armée, les Maniotes se réunissent et soulèvent la plaine de Kalamata. Féodor compose alors de Grecs et de Russes deux corps aux noms de légion occidentale et légion orientale de Sparte[85]. Féodor Orloff participe au siège de Coron, tandis que la légion occidentale marche vers l'Arcadie et que la légion orientale, menée par un jeune armateur du nom de Psaros, traverse le massif du Taygète, y refoulant les Turcs qui se réfugient dans Mistra[85]. La garnison turque de Mistra est peu nombreuse et n'a pas reçu de renforts du pacha[84]. Après quelques jours de résistance[84], les Turcs offrent leur reddition en échange du droit d'emmener leurs familles[85]. Une fois la ville livrée, on assiste à un massacre des Turcs. Le métropolite et les prêtres de la ville interviennent afin de protéger les vaincus et en viennent à menacer d'excommunication toute personne portant atteinte à un Turc[84]. Le métropolite parvient même à organiser une sorte de gouvernement dans Mistra, devenue le rendez-vous des paysans grecs[85]. Cependant de nombreuses habitations turques, mais également grecques, sont pillées par les Russes[84].

La flotte russe quitte Oitylo d√®s le mois de juin 1770 et an√©antit la flotte ottomane le 7 juillet 1770, au large de Chios. Mais Mistra se retrouve d√©sormais seule face aux repr√©sailles ottomanes. Une arm√©e de musulmans albanais est rassembl√©e dans le nord du P√©loponn√®se et marche sur la ville. Il s'ensuit un nouveau sac ; les maisons sont pill√©es avant d'√™tre br√Ľl√©es. Les Albanais ne font pas de distinction entre Grecs et Turcs, et de nombreuses maisons turques subissent le m√™me sort[86]. Les √©glises sont syst√©matiquement pill√©es et nombreuses sont celles dont les d√©g√Ęts sont si importants qu'elles deviennent hors d'usage. M√™me la forteresse au sommet de la ville est largement endommag√©e[86]. S'il semble que les plus belles √©glises de la ville n'aient pas subi de d√©g√Ęts irr√©versibles, la M√©tropole, en revanche, est largement affect√©e. De plus, le M√©tropolite Ananias Lambardis est ex√©cut√© dans les jardins m√™mes de l'√©difice, pour avoir accueilli les Russes. Le Pacha ne retient pas l'intervention du m√©tropolite en faveur des Turcs qui avaient failli √™tre massacr√©s par les Russes[86]. De nombreux autres Grecs sont tu√©s et de nombreux enfants vendus comme esclaves. En moins de dix ans, la population de Mistra tombe √† moins de 8 000 habitants[81], peut-√™tre m√™me 3 000[87].

Mistra et la Guerre d'indépendance grecque

La r√©volution d'Orloff prend fin en 1774 avec le Trait√© de Kutchuk-Ka√Įnardji, qui donne des avantages √† la Russie au Levant, et d√©sormais Catherine II de Russie se d√©sint√©resse du P√©loponn√®se. De nombreux Albanais sont encore pr√©sents dans la p√©ninsule au lendemain du conflit, sans doute 20 000, que m√™me les diff√©rents pachas[88] de la r√©gion ont du mal √† ma√ģtriser. Vers 1800, la population de Mistra atteint de nouveau les 15 000 √† 18 000 habitants, dont un tiers de musulmans et un huiti√®me de juifs[89]. Une certaine prosp√©rit√© semble retrouv√©e, en grande partie gr√Ęce √† la production de soie. Ainsi, Pouqueville, vers 1800, estime la production totale de la r√©gion de Mistra √† environ 875 000 piastres, ce qui la place en t√™te devant tous les districts du P√©loponn√®se, puisque le deuxi√®me, celui de Patras, est √©valu√© √† 696 092 piastres[90]. D'apr√®s Pouqueville, les Turcs ne semblent plus consid√©rer la ville comme imprenable et les d√©gradations des fortifications montrent la baisse d'importance de Mistra[91]. Dans les ann√©es pr√©c√©dant la r√©volution grecque, les in√©galit√©s s'accentuent. Ainsi, la politique fiscale ne prend pas en compte les importants changements de population que conna√ģt la r√©gion : de nombreuses villes doivent acquitter une somme identique √† celle pay√©e quand la population √©tait plus importante. Mistra, dont Brewer estime la population √† 3 000 √Ęmes, doit s'acquitter de taxes correspondant √† une population de 8 500 habitants[87].

Ibrahim Pacha

En 1821, √©clate la guerre d'ind√©pendance grecque. Germanos de Patras l√®ve l'√©tendard de la r√©volte et, dans toute la p√©ninsule, on assiste √† des soul√®vements de la population grecque. Les Turcs se r√©fugient dans les cit√©s fortifi√©es. Il semble in√©vitable qu'√† Mistra les Grecs se soul√®vent √©galement : ils sont d√©crits par Pouqueville comme les seuls habitants de la Mor√©e √† ¬ę fixer le Turc d'un Ňďil assur√© ¬Ľ car ils sont ¬ę braves jusqu'√† la t√©m√©rit√©[92] ¬Ľ. Les Turcs ne cherchent pas √† r√©sister dans la ville, et se r√©fugient dans la capitale du P√©loponn√®se, Tripolizza, apparemment sans √™tre attaqu√©s contrairement √† ce qui se passe dans d'autres endroits ; une grande partie p√©rit cependant ensuite lors du massacre suivant la chute de Tripolizza[93]. Si, pendant les premiers mois, la guerre d'ind√©pendance semble tourner en faveur des Grecs, le cours des √©v√©nements s'inverse par la suite et, en 1824, de peur de perdre le P√©loponn√®se, le sultan fait appel √† son vassal M√©h√©met Ali, pacha d'√Čgypte, pour mater la r√©volte. Il nomme Ibrahim, le fils de ce dernier, pacha de Mor√©e. L'arm√©e d'Ibrahim, entra√ģn√©e par des Fran√ßais dont beaucoup ont servi sous Napol√©on, est aussi efficace qu'une arm√©e occidentale de l'√©poque, et s'avance facilement dans le P√©loponn√®se, br√Ľlant les villages et massacrant la population. Mistra est d√©truite par l'arm√©e d'Ibrahim, le 14 septembre 1825[94]. Un officier britannique, le capitaine Hamilton, charg√© de rencontrer Ibrahim Pacha dans le but de proc√©der √† un √©change de prisonniers, arrive √† Mistra le soir du 14 septembre. Il est accompagn√© d'un religieux, Charles Swan, qui relate le spectacle auquel ils assistent. Ils aper√ßoivent de la fum√©e qui s'√©chappe en de nombreux endroits de la ville[95] et, √† mesure qu'ils s'en approchent, des flammes qui s'√©l√®vent au-dessus des b√Ętiments[96]. La ville est d√©truite, aucun habitant ne reste dans l'ancienne cit√© byzantine, hormis un chat et un chien. Seuls quelques Grecs p√©n√®trent √† leur tour dans la ville dans le sillage des deux Britanniques dans l'espoir de sauver quelque bien[96].

La fin de Mistra

Vue des ruines de Mistra et du nouveau village vers 1850

Cette fois, Mistra ne se rel√®ve pas de ses cendres. Les destructions subies sont trop importantes. En 1827, alors que la Gr√®ce est dirig√©e par un gouvernement provisoire, les primats de la ville s'affrontent pour son contr√īle, comme c'est le cas dans beaucoup de villes en cette p√©riode trouble[97]. Apr√®s le d√©part d'Ibrahim Pacha du P√©loponn√®se, un corps exp√©ditionnaire fran√ßais dirig√© par le g√©n√©ral Maison essaie de restaurer les communications dans le pays et aide √† la reconstruction des villes et des villages, mais Mistra reste en ruines[94].

En 1832, le royaume de Grèce est établi et Othon Ier arrive à Nauplie en janvier 1833. Après la destruction, il est nécessaire d'établir un nouveau centre administratif en Laconie. Après des siècles d'abandon, c'est Sparte qui est choisie par Othon et inaugurée en 1834. Les derniers habitants de Mistra abandonnent peu à peu les ruines de l'ancienne cité byzantine pour s'installer à Sparte ou dans le nouveau village de Mistra, construit dans la vallée, qui correspond aux faubourgs sud les plus éloignés de l'ancienne Mistra[98].

Lors de son passage √† Mistra dans les ann√©es 1850, Edmond About ne parle que d'¬ę une montagne escarp√©e, couverte du haut en bas de mosqu√©es, de ch√Ęteaux et de maisons √©croul√©es[99] ¬Ľ. N√©anmoins, il semble qu'il y ait des restes de l'industrie de la soie largement d√©velopp√©e sous les Turcs. Des quatre filatures de soie connues en Gr√®ce, une est toujours √©tablie √† Mistra[100].

Mistra de nos jours

Le nouveau village de Mistra, au pied des ruines de la cité byzantine

Le site de Mistra conna√ģt ses premi√®res restaurations au cours des premi√®res d√©cennies du XXe si√®cle et celles-ci sont interrompues avec la Seconde Guerre mondiale.

Au lendemain de celle-ci, la Gr√®ce est secou√©e par la guerre civile. Bien que la r√©gion de Mistra soit plut√īt en faveur des royalistes, la ville abrite quelques troupes communistes, qui occupent des maisons inhabit√©es de la vieille ville[81], et le couvent de la Pantanassa recueille les enfants de la ville basse. Encercl√©es par les troupes royalistes, les troupes communistes sont d√©log√©es du site. Dans la foul√©e, ou peu apr√®s, les derniers habitants de Mistra sont d√©plac√©s et les derni√®res maisons encore debout ras√©es[81]. La cit√© byzantine est convertie en site arch√©ologique en 1950 et un mus√©e ouvre ses portes. D√©sormais, seules les moniales du couvent de la Pantanassa habitent sur le site.

Depuis 1989, Mistra est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO[101] et le gouvernement grec attache une certaine importance √† la promotion du site de Mistra, comme en t√©moigne l'exposition qui s'est tenue en 2001, conjointement √† Ath√®nes, Thessalonique et Mistra. En 2006, Mistra faisait partie des dix sites les plus visit√©s de Gr√®ce, avec 124 820 visiteurs[102].

Ann√©e Population √Čvolution Population du d√®me
1981 920 -
1991 525 -395/-42,93% 4 592
2001 485[103] -40/-7,7% 4 608[103]

Mistra vue par les voyageurs et les philhellènes

Lorsque Cyriaque d'Anc√īne fait √©tape √† Mistra en 1447, il se d√©sole du fait que la Sparte glorieuse de Lycurgue et de L√©onidas se soit √©teinte pour laisser place √† Mistra. Les √©crits de Cyriaque d'Anc√īne ont pour cons√©quence de brouiller la vision des occidentaux et des voyageurs qui passent √† Mistra dans les si√®cles qui suivent. Ainsi, la capitale du despotat de Mor√©e est consid√©r√©e comme √©tant construite sur le site m√™me de la Sparte antique et les voyageurs pensent reconna√ģtre en ses b√Ętiments ceux de l'ancienne cit√©[104].

Abraham Ortelius, cartographe flamand, confond Sparte et Mistra dans son Theatrum orbis terrarum et participe à la confusion naissante[6].

Au XVIIe si√®cle, l'identification des deux cit√©s en tant qu'un seul et unique lieu devient g√©n√©rale. Parmi les auteurs v√©hiculant cette id√©e, on trouve Georges Guillet. Pour celui-ci, la cit√© ne fit que changer de nom, passant de Sparte √† Lac√©d√©mone, puis √† Mistra √† partir des derniers empereurs byzantins[105]. Il s'appuie sur les textes de Polybe et de Strabon pour authentifier l'emplacement identique de Sparte et Mistra, partant du principe que Sparte fut construite ¬ę sur un terrain in√©gal ¬Ľ et que la taille de Mistra est √† peu pr√®s √©quivalente √† ce que d√©crit Strabon √† propos de Sparte. Il fait remonter les murailles √† l'√©poque de Nabis, comme l'attesterait Pausanias. Guillet ne donne pas de cr√©dit aux √©l√©ments contradicteurs auxquels il se trouve confront√©, comme par exemple la rivi√®re Eurotas cens√©e couler √† l'ouest de Sparte selon Polybe, et non pas √† l'est comme c'est le cas √† Mistra. Guillet consid√®re que ce ne sont que des erreurs de traduction et ne remet pas en question sa vision[106]. Ainsi, il donne aux rues principales de Mistra le nom des rues de la Sparte antique : l'Aph√©tais et l'Hell√©nion[107]. Le bazar est l'ancienne agora, la principale mosqu√©e serait l'ancien temple consacr√© √† Minerve et √† Neptune (Aphalion)[108]. Sur la place du ch√Ęteau sont cens√©s devoir se trouver le portique des Persans (ő£ŌĄőŅőĪ ő†őĶŌĀŌÉőĻőļőŅ), le temple d'H√©l√®ne, le temple d'Hercule, le temple de V√©nus. Enfin, il voit, en un lieu appel√© Platanon, l'√ģle du Plataniste qui √©tait un terrain d'exercices pour la jeunesse, ombrag√© par des platanes √† Sparte[109]. Cependant, pour Guillet, le ch√Ęteau de Mistra n'est pas celui des rois de Sparte, visible au sommet d'une autre colline, mais bien celui des despotes[72].

Le cartographe italien Vincenzo Coronelli prend également Sparte pour Mistra[6].

Au d√©but du XIXe si√®cle, la confusion est encore fr√©quente. Ainsi, Pouqueville, bien que convaincu que Sparte et Mistra sont deux cit√©s bien distinctes et que la confusion vient ¬ę de conjectures vagues et souvent d'apr√®s l'autorit√© de quelques voyageurs ¬Ľ, se voit oblig√© de r√©p√©ter les th√©ories avanc√©es jusqu'ici et √©crit que Mistra est b√Ętie sur des ruines de Sparte[110]. Cependant il s'√©tonne que puissent se trouver √† Mistra les temples spartiates √©voqu√©s par Guillet[111].

Chateaubriand, dans Itin√©raire de Paris √† J√©rusalem est, quant √† lui, conscient de l'existence de deux cit√©s distinctes, distantes de quatre ou cinq milles l'une de l'autre et r√©fute les propos avanc√©s par Guillet[6]. Mais l'√©crivain fran√ßais n'est pas le premier √† bien faire la distinction entre les deux. D'ailleurs, il rapporte dans son ouvrage au moins deux voyageurs dont les √©crits sont clairs sur la pr√©sence de deux villes distinctes. Il cite un certain Vernon, voyageur anglais qui, en avril 1676, √©crit : ¬ę Sparte, dit-il, est un lieu d√©sert : Misitra, qui en est √©loign√©e de quatre milles, est habit√©e. On voit √† Sparte presque toutes les murailles des tours et des fondements de temples, avec plusieurs colonnes d√©molies aussi bien que leurs chapiteaux. Il y reste encore un th√©√Ętre tout entier. Elle a eu autrefois cinq milles de tour, et elle est situ√©e √† un demi-quart de lieue de la rivi√®re Eurotas ¬Ľ. Il cite √©galement Leroi qui, lui aussi, distingue Lac√©d√©mone de Mistra[6].

Pour Edmond About (milieu XIXe), la dissociation entre Sparte et Mistra ne semble pas tout √† fait claire non plus car, s'il n'√©crit pas pr√©cis√©ment que les deux villes n'en forment qu'une seule, et s'il d√©crit les ruines antiques sur le site de Sparte qu'il distingue de celui de Mistra, il emploie cependant l'expression la Sparte du Moyen √āge pour d√©signer Mistra[112].

Mistra a √©galement inspir√© certains artistes ou auteurs. Ainsi, la seconde partie du Faust de Goethe, lorsque Faust rencontre H√©l√®ne, se d√©roule √† Mistra. Goethe ne vint jamais en Gr√®ce et ses connaissances topographiques sur la r√©gion sont faibles, mais c'est le symbole qui est recherch√© : la rencontre d'un monde antique et m√©di√©val ne pouvait pas mieux se faire qu'√† Mistra.

En 1906, Maurice Barr√®s publie Le Voyage de Sparte. Il se rend √† Mistra, qu'il gravit et dont il relate l'ascension dans son livre. Barr√®s fait longuement allusion au Faust de Goethe et s'√©merveille des ruines de Mistra qui ¬ę gonfle [son] √Ęme de po√©sie[113] ¬Ľ.

Urbanisme et principaux monuments

√Čdifices religieux

Métropole

Vue d'ensemble de la métropole

L'ensemble des b√Ętiments qui forment la m√©tropole se situe le long de la paroi int√©rieure de l'enceinte de la ville basse. Deux entr√©es m√®nent √† l'int√©rieur de l'√©difice : la premi√®re et la plus ancienne m√®ne au gynaikonitis, ou galerie des femmes ; une autre se situe dans la rue qui longe le b√Ętiment sur sa fa√ßade sud. Une inscription qui d√©die l'√©difice √† Nic√©phore, pro√®dre de Cr√®te et m√©tropolite de Lac√©d√©mone, permet de dater le b√Ętiment de 1291-1292. Une autre inscription, sur le linteau de l'entr√©e principale, invite le lecteur √† se souvenir de Nic√©phore, fondateur de l'√©glise. Un troisi√®me rappel de l'Ňďuvre du m√©tropolite est grav√© dans la premi√®re colonne √† droite en entrant dans l'√©difice et daterait de 1311-1312[114]. Cette inscription pr√©cise que Nic√©phore est le fondateur de l'√©glise, qu'il restaura des moulins √† Magoula, fit planter des oliviers et acheta les maisons pr√®s de l'√©glise qui appartenaient √† un certain Eug√®ne le Chartophylax (plus tard √©v√™que d'Amycl√©e). L'inscription s'ach√®ve sur une mise en garde envers quiconque chercherait √† s'approprier les biens de l'√©glise au risque de s'attirer les foudres des 318 P√®res et de Nic√©phore lui-m√™me[114]. Nic√©phore serait Nic√©phore Moschopoulos, m√©tropolite de Cr√®te, puis de Lac√©d√©mone vers 1286-1289 jusqu'en 1315[115]. Cependant, Nic√©phore n'est sans doute pas le fondateur des tout premiers b√Ętiments et n'aurait fait construire lui-m√™me que le narthex. L'√©glise aurait √©t√© fond√©e par Eug√®ne, √©voqu√© pr√©c√©demment, entre 1263 et 1272[116] ; les peintures semblent relatives √† un autre √©v√™que, Th√©odore, et dateraient de 1272 environ[115].

Fa√ßade est de l'√©difice et beffroi. On peut remarquer les diff√©rences de style entre l'ancienne basilique (partie basse du b√Ętiment) et les rajouts du XVe si√®cle (partie haute).

La m√©tropole est un m√©lange de deux types architecturaux[117] : un plan basilical et un plan en croix avec d√īmes. L'√©glise fond√©e par Nic√©phore est de type basilical. Cette basilique, d√©di√©e √† Saint Dimitri[117], est divis√©e en trois nefs par deux rang√©es de trois colonnes, la nef centrale √©tant beaucoup plus haute que les deux autres. Au XVe si√®cle, Mathieu, √©v√™que de Lac√©d√©mone, adopte pour la m√©tropole le plan de la Pantanassa ou de l'Hodegetria, et fait enlever le toit pour y ajouter un √©tage et cinq d√īmes. L'√©difice conserve son plan basilical au premier niveau et est dot√© d'un plan en croix √† l'√©tage. Cette combinaison, inhabituelle dans l'art byzantin, est pr√©sente √† deux reprises √† Mistra : dans la m√©tropole et l'Hodegetria[115]. Cependant, concernant la m√©tropole, ces modifications architecturales ne sont pas sans impact sur les fresques qui composent le premier niveau[117]. Le toit ayant √©t√© enlev√©, les personnages de la vie du Christ d√©peints sur les murs sont d√©capit√©s. Mathieu a laiss√© une trace de ses modifications sur la corniche ouest o√Ļ l'on peut lire Mathieu, √©v√™que de Lac√©d√©mone, fondateur.

Depuis l'ext√©rieur du b√Ętiment, on peut voir les diff√©rences de style, en particulier sur la fa√ßade est, dont les absides datent de la premi√®re p√©riode. Le style est caract√©ristique de l'√©cole helladique, √† partir de la seconde moiti√© du Xe si√®cle, avec ses pierres entour√©es par une rang√©e de briques, et est m√™me consid√©r√© comme un de ses plus beaux exemples. Au contraire, les ajouts du XVe si√®cle montrent l'influence de Constantinople[118].

En 1754, une cour fut ajoutée au nord de l'édifice par l'évêque Ananias, le même qui fut tué par les Turcs en 1760 devant l'église[118].

Concernant les sculptures, il est difficile de repérer une unité de style ou d'époque, la plupart des sculptures provenant d'ailleurs et simplement réemployées ici. Ainsi, les quatre chapiteaux de colonnes les plus à l'ouest sont du début de l'ère chrétienne, avec des motifs floraux[116], alors que les deux autres colonnes ne sont que des imitations plus tardives. Sur le mur externe sud, une frise comporte des éléments de périodes et de styles différents semblant provenir, au moins en partie, de l'ancienne église de Sparte[118].

Les peintures datant des derni√®res d√©cennies du XIIIe si√®cle √† la premi√®re moiti√© du XIVe si√®cle sont, quant √† elles, riches en techniques et styles artistiques. Il semble qu'il n'y ait pas eu de programme √©tabli par avance concernant les diff√©rentes fresques[119]. La m√©tropole √©tant d√©di√©e √† Saint Dimitri, la plus grande partie de l'aile nord d√©peint la vie et le martyre du saint. Ces fresques montrent l'influence de l'√©cole byzantine, alors que les fresques de l'aile droite utilisent plut√īt les techniques du XIVe si√®cle de l'√©cole mac√©donienne[117].

Brontochion

Au nord de la ville basse se trouvent les deux plus grandes √©glises de Mistra : Saints-Th√©odores et l'Hodegetria ou Aphendiko. La fondation des deux est li√©e √† l'abb√© Pac√īme qui fut successivement abb√© des Saints-Th√©odores, de l'Hodegetria, puis protosyncelle du P√©loponn√®se.

La premi√®re mention des Saints-Th√©odores se trouve dans un manuscrit de 1296, ce qui laisse penser que la construction date de 1290-1295. L'√©glise est √† nouveau mentionn√©e dans deux d√©crets imp√©riaux dont le plus r√©cent date de 1322[120]. On ne trouve pas d'autre mention des Saints-Th√©odores. En revanche, on trouve plusieurs mentions de l'Hodegetria dont la premi√®re figure dans un manuscrit de 1311-1312 d√©sormais √† Moscou, puis quatre mentions de l'Hodegetria et de Pac√īme dans des d√©crets de 1313, 1318, 1320 et 1322, ce qui montre l'importance grandissante de cette √©glise. Ces d√©crets accordent aux monast√®res des domaines, des fermes, des villages et une franchise de taxes[120]. Ces conditions permettent de comprendre comment, en une vingtaine d'ann√©es, ces deux monast√®res deviennent les plus beaux de Mistra.

Ces deux √©glises, quelques ruines et des parties de murs sont tout ce qui reste d'un ensemble de b√Ętiments qui formaient le grand monast√®re du Brontochion. Pr√®s de l'Hodegetria, on peut trouver au sud les ruines d'un long b√Ętiment de deux √©tages, sans doute le r√©fectoire, puis √† l'ouest, deux rang√©es de cellules monastiques, enfin une tour de guet au nord[121]. Le fait que l'on n'ait retrouv√© des b√Ętiments fonctionnels qu'autour de l'Hodegetria et seulement des s√©pultures autour des Saints-Th√©odores laisse penser que l'Hodegetria √©tait le b√Ętiment principal et que l'√©glise des Saints-Th√©odores fut rel√©gu√©e au rang d'√©glise du cimeti√®re des moines[122],[120].

Saints-Théodores
Fa√ßade est des Saints-Th√©odores. On peut apercevoir les lignes horizontales form√©es par les briques sur la fa√ßade afin de r√©duire la masse du d√īme, imposante visuellement.

Saints-Th√©odores est une √©glise en croix grecque √† d√īme octogonal, de sorte que le d√īme ne repose pas sur quatre arches comme il est de coutume en architecture byzantine, mais sur huit, qui d√©crivent un octogone[120]. Ce type de construction, certainement originaire de Constantinople, est fr√©quent en Gr√®ce d√®s le XIe si√®cle, comme √† Hosios Loukas, Daphni ou Lykod√©mou. Au XIIIe si√®cle, Sainte-Sophie de Monemvasia est construite sur le m√™me mod√®le et sert s√Ľrement elle-m√™me de mod√®le pour Saints-Th√©odores[123]. L'√©glise des Saints-Th√©odores est la derni√®re connue construite sur ce mod√®le.

Le d√īme, imposant avec sa coupole et ses seize fen√™tres, √©craserait de sa masse l'ensemble du b√Ętiment si une technique in√©dite n'avait √©t√© exp√©riment√©e. La fa√ßade est, comportant trois absides, fut divis√©e en cinq zones form√©es des bandes horizontales entre le bas des fen√™tres et le haut du b√Ętiment, afin de mettre en avant les lignes horizontales de l'√©difice. Enfin, des toits qui montent, par √©tapes, du corps de l'√©glise vers le d√īme finissent d'amoindrir la masse imposante du d√īme[124].

Hodégétria (Aphendiko)
√Čglise de l'Hod√©g√©tria
Saint Grégoire d'Arménie, église de l'Hodégétria
Fresque des martyrs, église de l'Hodégétria

L'√©difice fut assez bien pr√©serv√© jusqu'√† la fin du XIXe si√®cle. Vers 1863, la plupart des colonnes furent enlev√©es, causant l'effondrement du d√īme et d'une partie des vo√Ľtes. Une restauration fut entreprise √† partir de 1938 par Anastassios Orlandos[125].

Le premier niveau est une basilique, divis√©e en trois nefs par deux rang√©es de trois colonnes, alors que l'√©tage est une √©glise en croix surmont√©e de cinq coupoles, chacune support√©e par quatre colonnes. Ce syst√®me est support√© par les colonnades du rez-de-chauss√©e et de l√©gers contreforts sur les fa√ßades ext√©rieures du b√Ętiment[125].

Construite juste après la métropole et Saints-Théodores, l'Hodégétria est dotée d'éléments artistiques provenant de Constantinople et influence par la suite, à son tour, des constructions plus récentes[126] tels que Sainte-Sophie et la Pantanassa, ou encore les travaux de Mathieu dans la métropole, puis d'autres églises locales autres qu'à Mistra[127].

Dans une chapelle au nord du narthex, on trouve la tombe du despote Th√©odore Ier entour√©e de deux fresques le repr√©sentant en tant que despote puis comme moine[128]. La tombe de l'abb√© Pac√īme se trouve √©galement dans cette √©glise, sur la gauche de l'entr√©e[128].

Les décrets datant de 1313 à 1322, dans lesquels est mentionnée Mistra, sont repris en peinture dans une chapelle au sud du narthex[121]. Les quatre murs sont couverts de haut en bas des copies des chrysobulles de l'empereur allouant au monastère de larges privilèges[128]. De nombreuses fresques nous sont parvenues en assez bon état, comme les représentations d'évêques ou de prophètes ou bien les scènes de la vie du Christ[128]. Elles dénotent, par leur style, une certaine indépendance vis-à-vis de l'art byzantin de l'époque, et sont peut-être soumises à une certaine influence de l'art franc[121].

√Čvang√©listria

L'√©glise de l'√Čvang√©listria

L'√Čvang√©listria est la seule √©glise de Mistra pour laquelle on ne poss√®de aucune information concernant son fondateur ou son restaurateur. Il semble cependant que les Turcs ne l'aient jamais transform√©e en mosqu√©e, d'apr√®s des graffitis que l'on peut voir sur ses murs. On peut ainsi lire, ¬ę Nikiephoros, pr√™tre-moine d'Ath√®nes, 1633 ¬Ľ, ou encore, datant de 1711, ¬ę Grigorios, pr√™tre-moine, prit l'Ach... ¬Ľ. Sur le mur nord, une inscription du XVe si√®cle comporte le nom Sphrantz√®s, mais rien n'indique qu'il s'agisse de l'historien Georges Sphrantz√®s[129].

L'√Čvang√©listria est une √©glise construite avec un plan en croix comparable √† ceux de la P√©ribleptos ou de Sainte-Sophie, bien que de taille inf√©rieure. Les sculptures int√©rieures y sont remarquables par leur unit√© de style, ce qui fait penser qu'elles ont √©t√© sp√©cialement dessin√©es pour cette √©glise[130]. Seul le style des sculptures permet une √©ventuelle datation de l'√©difice : probablement de la fin du XIVe si√®cle ou d√©but du XVe si√®cle[130].

Sainte-Sophie

√Čglise Sainte-Sophie, fa√ßade nord avec sa colonnade et sa tour.

L'√©glise Sainte-Sophie (Aghia Sophia, en grec őĎő≥őĮőĪ ő£őŅŌÜőĮőĪ) fut construite par Manuel Cantacuz√®ne, le premier despote de Mor√©e, afin de lui rappeler la capitale de l'empire et sa grande √©glise Sainte-Sophie de Constantinople[131]. Sur le chapiteau d'un des piliers, √† l'int√©rieur de l'√©difice, on peut voir un monogramme identifiant Manuel, ainsi que l'aigle bic√©phale byzantin[132]. Elle est parfois identifi√©e comme l'√©glise du Christ zoodite (dispensateur de vie), fond√©e par Manuel. Un d√©cret patriarcal de 1365 permet sa transformation en catholicon d'un monast√®re. Ainsi, on peut dater sa construction entre 1351 et 1365[133]. L'√©glise Sainte-Sophie aurait √©t√© le lieu de s√©pulture d'au moins deux membres de la famille imp√©riale : Th√©odora Tocco, l'√©pouse de Constantin Pal√©ologue, enterr√©e en 1429[131],[133], et Cl√©ope Malatesta, l'√©pouse du despote Th√©odore, vers 1433[133]. Leurs tombes, de petite taille, se situaient sans doute √† l'ext√©rieur du b√Ętiment[132].

L'arch√©ologue Anastassios Orlandos restaura cet √©difice, alors dans un √©tat de d√©labrement avanc√©, faisant reconstruire entre autres le d√īme et la colonnade nord[133].

√Čglise Sainte-Sophie, fa√ßade ouest. On devine la cour form√©e autrefois par la colonnade d√©sormais disparue.

Sur le plan architectural, Sainte-Sophie poss√®de, tout comme la P√©ribleptos, un plan en croix grecque inscrite simple, un large narthex et un d√īme central relativement bas, de sorte qu'il domine l'ensemble du b√Ętiment[131]. Sainte-Sophie se distingue par ses proportions, hautes et √©troites, ce qui accentue l'impression de hauteur, un √©l√©ment peu commun dans l'architecture byzantine[133]. La lumi√®re ne parvient √† l'int√©rieur de l'√©difice que par quelques ouvertures √©troites dans le d√īme et au bout de chaque bras de la croix formant le b√Ętiment.

Les façades nord et ouest ont été dotées de colonnades. Celle du nord, donnant sur la vallée de l'Eurotas, a été reconstruite, alors que celle de la façade ouest est aujourd'hui en ruine[134]. Sur la façade nord, on trouve également une tour, qui comportait trois étages à l'origine, mais dont deux seulement nous sont parvenus, tout comme l'escalier qu'elle contient. Cette tour fut convertie en minaret pendant l'occupation ottomane, et l'église en mosquée.

Les √©l√©ments de d√©coration sculpt√©s qui nous sont parvenus sont assez peu nombreux. Seul le chapiteau d'une colonne est d√©cor√© d'une rang√©e de motifs floraux et, au centre, on trouve le monogramme de Manuel √©voqu√© plus haut. Pour Chatzidakis, l'ex√©cution semble plut√īt sommaire et refl√©terait le travail d'artistes provinciaux[134].

Péribleptos

Monastère de la Péribleptos

Le monast√®re de la P√©ribleptos est situ√© dans l'angle sud-est de l'enceinte ext√©rieure de la ville, et est construit √† flanc de falaise. On peut m√™me dire, dans une certaine mesure, sous la paroi rocheuse. Il y a peu de sources concernant l'histoire de ce monast√®re et les informations sont maigres. On poss√®de cependant deux indications concernant les fondateurs de l'√©difice : sans doute un couple de nobles, repr√©sent√© sur le mur ouest du rez-de-chauss√©e. Un autre monogramme au-dessus de la porte menant au narthex, plus tardive, porte la mention ¬ę de L√©on Mavropapas ¬Ľ ; les Mavropapas √©tant une famille de notables de Mistra[135].

On trouve √©galement un bas-relief avec deux lions rampants, de chaque c√īt√© d'un monogramme comportant l'inscription P√©ribleptos, que l'on peut traduire par ¬ę celle qui est admir√©e ¬Ľ[136]. Sur ce bas-relief apparaissent √©galement des fleurs de lys que l'on retrouve en divers autres endroits, grav√©es aussi bien √† l'ext√©rieur qu'√† l'int√©rieur des absides. Ces lys √©taient probablement l'embl√®me de la famille fondatrice de l'√©difice et rappellent fortement l'influence franque[135].

L'explication de l'emplacement peu commun de ce monast√®re r√©siderait dans le fait qu'un lieu de culte chr√©tien, plus ancien, se serait √©tabli dans la grotte, √† l'ouest du b√Ętiment, qui est maintenant la chapelle Sainte-Catherine. Le monast√®re de la P√©ribleptos aurait √©t√© construit au XIVe si√®cle avec, pour but, le d√©veloppement de l'autel primitif.

Fresque de la nativité

Le plan de l'√©glise n'est pas rectangulaire. La paroi rocheuse contre laquelle elle est adoss√©e s'impose √† l'architecture du b√Ętiment. Ainsi l'√©glise suit les lignes d'une cavit√© rocheuse dans laquelle elle est construite. √Ä l'ext√©rieur, les absides semblent sortir de la roche, donnant un peu l'impression d'√™tre comme des balcons et, au-dessous de ses absides, deux petites chapelles ont √©galement √©t√© ajout√©es[137].

√Ä l'ouest de l'ensemble, une porte ouvre sur un √©troit corridor qui m√®ne directement √† l'int√©rieur de l'√©glise[138]. Ce syst√®me permet √† la lumi√®re qui n'entre √† l'int√©rieur que par les fen√™tres, de gagner en intensit√© gr√Ęce √† un contraste accru.

La P√©ribleptos est un √©glise en croix grecque inscrite avec un d√īme soutenu par deux rang√©es de deux colonnes. La d√©coration ext√©rieure y est plus simple que dans les autres √©glises de la ville[138]. Les sculptures, comme dans d'autres √©glises de Mistra, manquent d'homog√©n√©it√© et d'unit√© artistique. Les arch√©ologues pensent que de nombreux √©l√©ments viennent d'autres sites[139].

Les fresques √† l'int√©rieur du b√Ętiment sont du XIVe si√®cle et repr√©sentent la vie du Christ. L'unit√© de style est plus forte que dans n'importe quelle autre √©glise de la ville. Elles sont donc s√Ľrement de la m√™me √©cole et de la m√™me √©poque, bien que les experts aient pu distinguer le travail de quatre artistes diff√©rents, ou au moins quatre fa√ßons diff√©rentes de peindre[140].

Pantanassa

Le monast√®re de la Pantanassa est accroch√© au versant est de la colline, √† un endroit o√Ļ la pente est abrupte. Il est le b√Ętiment le mieux pr√©serv√© de Mistra et √©galement le seul toujours habit√© de nos jours, par une trentaine de religieuses.

Dormition de la Vierge (koimêsis), église de la Pantanassa

Le monast√®re fut fond√© par Jean Frangopoulos, ministre sous les derniers Pal√©ologue, en 1428. On trouve son nom et son titre peint sur les arches de la fa√ßade ouest et sur une inscription grav√©e dans le chapiteau d'une colonne mentionnant : ¬ę Le fondateur Jean Frangoupoulos, protostrator et katholikos mesazon ¬Ľ. Les Frangopoulos sont une famille importante de Mistra, d'origine latine, mais hell√©nis√©e avec le temps[141]. Le nom de la famille n'est d'ailleurs pas sans rappeler ses origines, puisque Frango signifie Franc.

Jean Frangopoulos, d'abord r√©gent, devint par la suite protostrator (ou premier ministre) et fid√®le conseiller du jeune Th√©odore II, puis de Constantin[141]. Ce monast√®re est le dernier grand b√Ętiment de l'√©poque byzantine construit √† Mistra[141].

La pente de la colline √† cet endroit a oblig√© les architectes de l'√©difice √† l'orienter sur un axe nord-sud. L'√©glise, r√©alis√©e sur le mod√®le de l'Hod√©g√©tria, est une basilique √† trois nefs au premier niveau, et une √©glise en croix inscrite et √† cinq d√īmes √† l'√©tage. Comme son mod√®le, elle poss√®de des absides tr√®s hautes, mais nettement plus riches et plus d√©cor√©es[142]. Leurs fa√ßades sont divis√©es en zones et alors que l'Hod√©g√©tria poss√®de peu d'ouvertures sur l'ext√©rieur, le monast√®re de la Pantanassa poss√®de deux rang√©es de fen√™tres sur l'ensemble de ses absides, plus larges au niveau sup√©rieur, et plus √©troites, mais plus nombreuses dans la partie inf√©rieure. Des arches d'influence gothique entourent chaque fen√™tre du premier niveau. L'influence franque est d'autant plus pr√©sente au niveau du clocher : ses fen√™tres trilob√©es sont encadr√©es par des arcs gothiques et quatre petites tours viennent flanquer le d√īme au sommet de la tour. Le monast√®re de la Pantanassa est le b√Ętiment de Mistra o√Ļ l'influence franque se fait le plus sentir. C'est un bel exemple de l'architecture de Mistra au d√©but du XVe si√®cle avec l'assimilation de trois traditions architecturales : locale, byzantine et franque[143].

√Čdifices civils et militaires

La forteresse et les remparts

La forteresse est le cŇďur de la d√©fense de Mistra. Construite en 1249 par Guillaume II de Villehardouin, puis am√©lior√©e par les Byzantins et les Turcs, elle s'√©tale sur le sommet de la colline, dominant toute la vall√©e de Sparte. Il n'y a qu'une seule porte permettant l'acc√®s √† la citadelle et elle est d√©fendue par une tour carr√©e[144]. La citadelle est un espace relativement plat et d√©fendu par deux remparts, un ext√©rieur et un int√©rieur. Une fois franchie l'enceinte ext√©rieure, on arrive dans la partie la plus basse, mais aussi la plus large. On y trouve des ruines d'habitations datant de la p√©riode ottomane. √Ä l'extr√©mit√© sud-est du rempart, fut construite une tour de guet d'o√Ļ l'on peut surveiller √† la fois la plaine de Sparte et les pentes du Tayg√®te. De ce c√īt√©, la citadelle √©tait inaccessible et quasi invuln√©rable[145].

L'enceinte int√©rieure, encore plus √©paisse que la pr√©c√©dente, entoure la partie nord-ouest de la citadelle. Cette partie constitue le donjon et est la plus haute et la plus inaccessible partie du ch√Ęteau[144]. Elle abritait un b√Ętiment servant de r√©sidence aux diff√©rents gouverneurs qui se sont succ√©d√©, ainsi qu'une chapelle. Cet √©difice serait le b√Ętiment le plus ancien de Mistra, puisque construit avant l'arriv√©e des Francs[144]. Comme √† l'est, l'extr√©mit√© ouest servait de tour de guet pour surveiller les pentes occidentales du Tayg√®te, celles d'o√Ļ les M√©linges √©taient susceptibles d'attaquer.

La citadelle est la cl√© du syst√®me d√©fensif, ses remparts ne sont que la continuit√© de ceux entourant la forteresse. Pour les remparts de la ville, une fois encore, on trouve un rempart int√©rieur et un rempart ext√©rieur. Le premier, et le plus ancien, descend la colline depuis l'ouest de la forteresse ; il contourne le plateau et le palais vers le sud jusqu'au pr√©cipice. Le rempart ouest est le plus solide, constitu√© de tours rondes ou carr√©es. Les deux portes d'acc√®s de ce c√īt√© sont particuli√®rement fortifi√©es[104]. Guillet d√©crit la ville haute comme ¬ę toute environn√©e de murailles [...] et n'a que deux grandes portes et quelques fausses portes. L'une des deux grandes regarde le nord et l'autre l'est ou le levant ¬Ľ. Il ajoute que la porte nord m√®ne √† Napoli de Romanie, tandis que celle de l'est m√®ne √† Monemvasia[107].

Le palais

Aile nord-ouest du palais, construite par les Pal√©ologue (d√©but XVe si√®cle)

Le palais se situe sur le plateau (ou plat√©ia) se trouvant √† mi-hauteur de la colline. C'est un ensemble de b√Ętiments d'√©poques diff√©rentes form√© de deux ailes se rejoignant en un quasi angle droit dans l'angle nord du plateau, le tout formant un L. Les bords est et ouest du plateau sont donc chacun ferm√©s par une aile. La cour du palais (phoros, du latin forum[146], puis Bojuk Bazar sous les Ottomans, parfois Agora par les voyageurs venus d'occident[147]) est ainsi face au soleil, prot√©g√©e du vent et suffisamment grande pour les rassemblements publics[148] et sert √©galement de march√©[146].

L'aile est, b√Ętiment le plus ancien, fut construite en 1249-1262 par Guillaume II de Villehardouin[146]. Elle ne poss√®de que peu d'ouvertures sur l'ext√©rieur et est d'inspiration gothique. C'est pourquoi cette section semble avoir √©t√© √©difi√©e par les Francs ou par les tout premiers gouverneurs byzantins, tant le style ressemble √† celui d'autres b√Ętiments francs de Mor√©e, comme √† Chlemoutsi[148]. Un autre b√Ętiment, un peu plus au nord et abritant la cuisine, les citernes et le foyer, semble avoir √©t√© construit √† la m√™me √©poque.

Vers 1350-1400, un autre b√Ętiment est construit entre les deux pr√©c√©dents afin de les connecter. Contemporain de ce b√Ętiment, un autre est √©difi√© √† l'extr√©mit√© nord-est et abrite les appartements du despote et de sa famille. Le dernier √©tage abritait une chapelle[148].

L'aile nord-ouest, la plus r√©cente, compl√®te le complexe palatial et fut construite vraisemblablement au tout d√©but du XVe si√®cle, sous les Pal√©ologue. Elle se compose de trois niveaux : une sorte de sous-sol, √† demi enterr√© ; un rez-de-chauss√©e, comportant huit appartements non connect√©s les uns aux autres ; le premier √©tage, constitu√© d'une seule grande salle, est appel√© le Chrysotriklinon, ou salle du tr√īne d'or et mesure 36,30 m√®tres de long sur 10,50 m√®tres de large[148],[149]. Toutes les c√©r√©monies et les formalit√©s li√©es √† la fonction du despote s'y d√©roulent[149].

Un banc de pierre fait le tour de la pièce afin que les visiteurs puissent s'asseoir. Elle est éclairée par deux rangées de fenêtres, la plus haute constituée de fenêtres rondes, la plus basse par des fenêtres en ogive[149]. Cette pièce imposante est chauffée par huit foyers dont les conduits passent à travers le mur ouest et qui, de l'extérieur, ressemblent à des contreforts[150],[151]. Cette partie du palais est parfois appelée portique des Persans par les voyageurs occidentaux qui confondent Mistra et Sparte, toute proche[152].

Sur le plan architectural, ce b√Ętiment pr√©sente de nombreuses analogies avec le palais du Porphyrog√©n√®te √† Constantinople, construit aux XIIIe si√®cle et XIVe si√®cle. Cependant, la pr√©sence de grandes fen√™tres et de fen√™tres circulaires montre une influence de l'Italie et de ses palais Renaissance. Cette aile aurait √©t√© d√©truite d√®s 1464 et la prise de la ville par Sigismond Malatesta[153]. Plus √† l'ouest, on trouve d'autres b√Ętiments, √©rig√©s probablement afin d'accueillir les nobles de la cour et les officiels[153].

Maisons de Mistra

Exemple de maison à Mistra

Le caract√®re particulier du site d√©termine la forme des habitations de Mistra. Les pentes de la colline √† l'int√©rieur de la ville fortifi√©e rendent difficiles les constructions, en particulier celles s'√©tendant sur une trop grande surface. Seul le plateau √† mi-hauteur de la colline, o√Ļ se dresse le palais des despotes, permet des constructions de plus grande ampleur.

Les rues √©troites de Mistra suivent la d√©clivit√© du sol et conditionnent la position des maisons : de fa√ßon plus ou moins lat√©rale par rapport √† celles-ci, et g√©n√©ralement parall√®lement √† la colline[154]. Les maisons sont de forme rectangulaire, plut√īt en longueur et sont contigu√ęs les unes aux autres. Dans un souci d'√©conomie de place au sol, elles ont plusieurs √©tages. Mais une telle contrainte vient aussi du fait que l'arri√®re du rez-de-chauss√©e se trouve bien souvent sous terre, ou du moins coll√© √† la paroi rocheuse de la colline[154].

D'apr√®s Chatzidakis, on peut d√©terminer trois types d'habitations √† Mistra :

  • Les plus simples et les plus communes avec deux niveaux ou parfois trois[155] ;
  • Celles poss√©dant une loggia sur la fa√ßade donnant sur la vall√©e ;
  • Celles qui poss√®dent une tour pour prot√©ger l'habitation et forment ainsi de vrais manoirs[154].

Le rez-de-chaussée sert d'étable, de réserve, d'écurie, de cuisine[156] et possède de petites ouvertures sur l'extérieur pour des raisons de sécurité[154]. La famille réside au premier étage qui consiste en une pièce spacieuse, le triklinon, et qui possède de larges fenêtres et de nombreuses niches servant au rangement[154]. Cette pièce occupe généralement tout l'étage, qui n'est pas divisé par des cloisons permanentes[156].

Le Petit palais, ou Palataki (détail)

Les b√Ętiments sont support√©s par de larges arches, et ce sur chaque √©tage. Gr√Ęce √† ce syst√®me, on donne une plus grande stabilit√© aux b√Ętiments sur le sol instable des pentes de la colline et les murs qui remplissent les arches peuvent √™tre de mat√©riaux plus l√©gers. Le toit des maisons est toujours √† pignon. Un toit plat n'est pas possible en raison des conditions m√©t√©orologiques hivernales, tandis qu'un toit en vo√Ľte aurait √©t√© trop lourd[157].

La majeure partie des habitations devait posséder des lavabos, des toilettes et des systèmes d'évacuation d'eau. De récentes fouilles ont permis de découvrir une partie du système de canalisation permettant l'approvisionnement en eau et l'évacuation des déchets[156].

Peu de maisons nous sont parvenues en assez bon √©tat. La plus ancienne et la plus grande est le ¬ę petit palais ¬Ľ ou Palataki. Elle consiste en deux b√Ętiments de deux √©poques diff√©rentes : la partie sud compos√©e d'une tour et √©rig√©e entre 1250 et 1300, et la partie nord, compos√©e de trois √©tages et construit au XIVe si√®cle[158].

Une seconde est la ¬ę Maison Frangopoulos ¬Ľ, datant du XVe si√®cle[157]. Elle poss√®de un balcon avec deux larges arches. On attribue cette habitation √† Frangopoulos, le fondateur du couvent de la Pantanassa, √† cause de la lettre ŌÜ inscrite dans la pierre √† l'angle nord-est du b√Ętiment[158].

Enfin, on peut noter la ¬ę Maison Lascaris ¬Ľ, du nom d'une famille de hauts dignitaires √† Mistra[159]. Compos√©e de trois niveaux, le premier aurait servi d'√©table[157].

Toujours dans un souci de gain de place, rares sont les habitations qui disposent de jardin ou de cour int√©rieure, comme il est fr√©quent d'en rencontrer dans les autres villes de l'empire byzantin[156]. Dans son Itin√©raire de Paris √† J√©rusalem, Fran√ßois-Ren√© de Chateaubriand parle √† plusieurs reprises de jardins autour des maisons de Mistra, que ce soit dans un groupe de maisons grecques autour de l'√©glise Saint-Dimitri, ou dans le M√©sochorion, autour de maisons turques[6]. Au XIXe si√®cle, ces jardins semblent avoir √©t√© rendus possibles lorsque la population de la ville a diminu√© et que les habitants ont dispos√© de la place n√©cessaire.

Notes

  1. ‚ÜĎ a, b, c et d S. Runciman, Mistra, Byzantine capital of the Peloponnese, p.30
  2. ‚ÜĎ a, b et c M. Chatzidakis, Mystras, The Medieval city and the castle, p.13
  3. ‚ÜĎ www.laconia.org
  4. ‚ÜĎ a et b M. Chatzidakis, Mystras, op. cit., p.15
  5. ‚ÜĎ a, b et c N.B. Georgiadis, Mistra, p.13
  6. ‚ÜĎ a, b, c, d, e et f F.R. Chateaubriand, Itin√©raire de Paris √† J√©rusalem
  7. ‚ÜĎ S. Runciman, op.cit, p.9
  8. ‚ÜĎ a, b et c S. Runciman, op.cit, p.11
  9. ‚ÜĎ S. Runciman, op.cit., p.13
  10. ‚ÜĎ S. Runciman, op.cit., p.14
  11. ‚ÜĎ H.F. Tozer, Franks in the Peloponnese, p.14
  12. ‚ÜĎ a et b S. Runciman, op.cit., p.95
  13. ‚ÜĎ G. Ostrogorski, Histoire de l'Empire byzantin, p.471-473
  14. ‚ÜĎ (el) Chronique de Mor√©e, l.4331
  15. ‚ÜĎ a, b, c et d S. Runciman, op. cit., p.36
  16. ‚ÜĎ a, b et c M. Chatzidakis, op. cit, p.16
  17. ‚ÜĎ a, b, c et d S. Runciman, op.cit., p.96
  18. ‚ÜĎ a et b G. Guillet, Lac√©d√©mone ancienne et nouvelle, p.385
  19. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p.38
  20. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p.39
  21. ‚ÜĎ La date de 1285 est avanc√©e par Runciman, p.50. Georgiadis estime que ce changement s'op√®re en 1300, alors Chatzidakis mentionne la date de 1308.
  22. ‚ÜĎ a et b S. Runciman, op. cit., p.101
  23. ‚ÜĎ a, b et c S. Runciman, op. cit., p.52
  24. ‚ÜĎ G. Ostrogorski, op.cit., p.549
  25. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p.54
  26. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p.54-55
  27. ‚ÜĎ a et b S. Runciman, op. cit., p.55
  28. ‚ÜĎ a et b S. Runciman, op. cit., p.102
  29. ‚ÜĎ a, b et c M. Chatzidakis, op. cit., p.17
  30. ‚ÜĎ G. Ostrogorski, op. cit., p.554.
  31. ‚ÜĎ (es)Imperiobyzantino
  32. ‚ÜĎ a et b S. Runciman, op. cit., p.56
  33. ‚ÜĎ G. Ostrogorski, op. cit., p.564-565.
  34. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p.57
  35. ‚ÜĎ G. Ostrogorski, op. cit., p.565
  36. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p.59
  37. ‚ÜĎ a, b et c S. Runciman, op. cit., p. 63
  38. ‚ÜĎ G. Ostrogorski, op. cit., p.575
  39. ‚ÜĎ 1400 pour Runciman, op. cit, p. 63-64, 1402 pour M. Chatzidakis, op.cit., p.18, 1
  40. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 64
  41. ‚ÜĎ (es)imperiobizantino.com
  42. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 65
  43. ‚ÜĎ G.Ostrogorski, op. cit., p. 579-580
  44. ‚ÜĎ a, b et c G.Ostrogorski, op. cit., p. 580
  45. ‚ÜĎ a, b, c et d S. Runciman, op. cit., p. 69
  46. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 70
  47. ‚ÜĎ M. Chatzidakis, op. cit., p. 86
  48. ‚ÜĎ G.Ostrogorski, op. cit., p. 582
  49. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 76
  50. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 82-83
  51. ‚ÜĎ Selon les sources v√©nitiennes et grecques, cette incursion turque dans le P√©loponn√®se fait 60 000 prisonniers, tous destin√©s √† √™tre vendus comme esclaves. Runciman, p. 83
  52. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 85
  53. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 86
  54. ‚ÜĎ G.Ostrogorski, op. cit., p. 585
  55. ‚ÜĎ a, b, c et d S. Runciman, op. cit., p. 87
  56. ‚ÜĎ √Ä l'exception de Neokastro et de Siderokastro
  57. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 90
  58. ‚ÜĎ Apanage compos√© des √ģles d'Imbros, Lemnos, une partie de Thasos et Samothrace, et la ville d'Enos sur la c√īte Thrace
  59. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 91
  60. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 93
  61. ‚ÜĎ S. Runciman, "Op. cit., p. 109
  62. ‚ÜĎ a, b, c, d et e (es)Imperiobyzantino
  63. ‚ÜĎ S. Runciman, "Op. cit., p. 111
  64. ‚ÜĎ S. Runciman, "Op. cit., p. 112
  65. ‚ÜĎ a, b, c, d et e S. Runciman, op. cit., p. 118
  66. ‚ÜĎ a, b et c G. Guillet, op. cit., p. 388
  67. ‚ÜĎ a, b et c S. Runciman, op.cit., p. 119
  68. ‚ÜĎ F. Aldenhoven, Itin√©raire descriptif de l'Attique et du P√©loponn√®se, p. 333
  69. ‚ÜĎ N.B. Georgiadis, op. cit., p. 18
  70. ‚ÜĎ a, b, c, d et e D. G. Wright, Byzantine cities.
  71. ‚ÜĎ a et b S. Runciman, op.cit., p. 121
  72. ‚ÜĎ a, b et c G. Guillet, op. cit., p. 387
  73. ‚ÜĎ a, b et c S. Runciman, op. cit., p. 124
  74. ‚ÜĎ a et b S. Runciman, op. cit., p. 125
  75. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 127 ; 42 000 selon Chatzidakis, p. 21
  76. ‚ÜĎ W. Miller, The Venetian revival in Greece, 1684-1715, p. 18
  77. ‚ÜĎ F. Aldenhoven, Itin√©raire descriptif de l'Attique et du P√©loponn√®se, p. 335
  78. ‚ÜĎ a et b S. Runciman, op. cit., p. 127
  79. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 125-126
  80. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 126
  81. ‚ÜĎ a, b, c, d et e D.G. Wright, Op. cit., p. 9
  82. ‚ÜĎ S. Runciman ,op. cit., p. 128
  83. ‚ÜĎ a et b W. Brunet de Presle, La Gr√®ce depuis la conqu√™te romaine jusqu'√† nos jours, p. 387
  84. ‚ÜĎ a, b, c, d et e S. Runciman ,op. cit., p. 129
  85. ‚ÜĎ a, b, c et d W. Brunet de Presle, Op. cit., p. 388
  86. ‚ÜĎ a, b et c S. Runciman ,op. cit., p. 130
  87. ‚ÜĎ a et b D. Brewer, The Greek War of Independence, p. 10
  88. ‚ÜĎ On recense onze pachas du P√©loponn√®se entre 1770 et 1779
  89. ‚ÜĎ Pouqueville, Voyage en Mor√©e, √† Constantinople, en Albanie et dans plusieurs autres parties de l'empire ottoman pendant les ann√©es 1798, 1799, 1800 et 1801, op. cit., p. 182
  90. ‚ÜĎ Pouqueville in Runciman op. cit., p. 132
  91. ‚ÜĎ Pouqueville, Op. cit., p. 170
  92. ‚ÜĎ Pouqueville, Op. cit., p. 179
  93. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 143
  94. ‚ÜĎ a et b S. Runciman, op. cit., p. 145
  95. ‚ÜĎ C. Swan, Journal of a Voyage up the Mediterranean, p. 230 [
  96. ‚ÜĎ a et b C. Swan, Journal of a Voyage up the Mediterranean, p. 231
  97. ‚ÜĎ D. Brewer, Op. cit., p. 303
  98. ‚ÜĎ S. Runciman, op. cit., p. 146
  99. ‚ÜĎ E. About, La Gr√®ce contemporaine, p. 31 Lire sur Wikisource
  100. ‚ÜĎ Les autres filatures sont √† Kalamata, Ath√®nes et au Pir√©e. E. About, Op. cit., p. 164
  101. ‚ÜĎ Fiche de Mistra sur le site de l'UNESCO
  102. ‚ÜĎ Geotourweb
  103. ‚ÜĎ a et b Recensement de 2001
  104. ‚ÜĎ a et b M. Chatzidakis, Op. cit., p. 124
  105. ‚ÜĎ G. Guillet, Op. cit, p. 379-380
  106. ‚ÜĎ G. Guillet, Op. cit, p. 386
  107. ‚ÜĎ a et b G. Guillet, Op. cit, p. 390
  108. ‚ÜĎ G. Guillet, Op. cit, p. 391-392
  109. ‚ÜĎ G. Guillet, Op. cit, p. 392
  110. ‚ÜĎ Pouqueville, Op. cit., p. 168
  111. ‚ÜĎ Pouqueville, Op. cit., p. 171
  112. ‚ÜĎ E. About, Op. cit., p. 27
  113. ‚ÜĎ M. Barr√®s, Le voyage de Sparte, p. 212
  114. ‚ÜĎ a et b M. Chatzidakis; Op. cit., p. 25
  115. ‚ÜĎ a, b et c M. Chatzidakis; Op. cit., p. 26
  116. ‚ÜĎ a et b Imperiobyzantino
  117. ‚ÜĎ a, b, c et d N.B Georgiadis, Op. cit., p. 22
  118. ‚ÜĎ a, b et c M. Chatzidakis; Op. cit., p. 27
  119. ‚ÜĎ M. Chatzidakis; Op. cit., p. 28
  120. ‚ÜĎ a, b, c et d M. Chatzidakis, Op. cit., p. 48
  121. ‚ÜĎ a, b et c N.B. Georgiadis, Op. cit., p. 27
  122. ‚ÜĎ Imperiobyzantino
  123. ‚ÜĎ Imperiobyzantino
  124. ‚ÜĎ M. Chatzidakis, Op. cit., p. 50
  125. ‚ÜĎ a et b M. Chatzidakis, Op. cit., p. 53
  126. ‚ÜĎ N.B. Georgiadis, Op. cit., p. 25
  127. ‚ÜĎ M. Chatzidakis, Op. cit., p. 54
  128. ‚ÜĎ a, b, c et d N.B. Georgiadis, Op. cit., p. 26
  129. ‚ÜĎ M. Chatzidakis, Op. cit., p. 91
  130. ‚ÜĎ a et b N.B. Georgiadis, Op. cit, p. 23
  131. ‚ÜĎ a, b et c N.B. Georgiadis, Op. cit., p. 32
  132. ‚ÜĎ a et b Imperiobyzantino
  133. ‚ÜĎ a, b, c, d et e M. Chatzidakis, Op. cit., p. 69
  134. ‚ÜĎ a et b M. Chatzidakis, Op. cit., p. 70
  135. ‚ÜĎ a et b M. Chatzidakis, Op. cit., p. 73
  136. ‚ÜĎ N.B Georgiadis, Op. cit., p. 37
  137. ‚ÜĎ M. Chatzidakis, Op. cit., p.74
  138. ‚ÜĎ a et b Imeriobyzantino
  139. ‚ÜĎ N.B Georgiadis, Op. cit., p. 38
  140. ‚ÜĎ M. Chatzidakis, Op. cit., p. 80
  141. ‚ÜĎ a, b et c Imperiobyzantino
  142. ‚ÜĎ M. Chatzidakis, Op. cit., p. 96
  143. ‚ÜĎ M. Chatzidakis, Op. cit., p. 97
  144. ‚ÜĎ a, b et c www.laconia.org
  145. ‚ÜĎ N.B. Georgiadis, Op. cit., p. 33
  146. ‚ÜĎ a, b et c N.B. Georgiadis, Op.cit, p. 29
  147. ‚ÜĎ G. Guillet, Op. cit., p. 391
  148. ‚ÜĎ a, b, c et d M. Chatzidakis, Op. cit., p. 111
  149. ‚ÜĎ a, b et c 30 pieds sur 92 pour Georgiadis, p. 30
  150. ‚ÜĎ M. Chatzidakis, Op. cit., p. 112
  151. ‚ÜĎ Georgiadis parle d'un foyer central au premier niveau, duquel partent des tuyaux d√©bouchant dans la salle du tr√īne. (p. 30)
  152. ‚ÜĎ Voir Guillet, Op. cit ou Pouqueville p. 170
  153. ‚ÜĎ a et b M. Chatzidakis, Op. cit., p. 116
  154. ‚ÜĎ a, b, c, d et e M. Chatzidakis, Op. cit., p. 119
  155. ‚ÜĎ (es)Imperiobyzantino
  156. ‚ÜĎ a, b, c et d (es)Imperiobyzantino
  157. ‚ÜĎ a, b et c M. Chatzidakis, Op. cit., p. 120
  158. ‚ÜĎ a et b N.B Georgiadis, Op. cit., p. 34
  159. ‚ÜĎ N.B Georgiadis, Op. cit., p. 21

Voir aussi

Sources

  • (en)David Brewer; The Greek war of Independence, Overlook, 2001
  • (fr)Wladimir Brunet de Presle, La Gr√®ce depuis la conqu√™te romaine jusqu'√† nos jours, F. Didot Fr√®res, 1860
  • (en)Manolis Chatzidakis, Mystras, the medieval city and the castle, Ekdotike Athenon, Ath√®nes, 1992 (ISBN 960-213-065-2)
  • (en)N.B. Georgiadis, Mistra, 1965
  • (en)William Miller, The Venetian revival in Greece, 1684-1718, in The English historical review, vol.35, no 139, p. 343-366, 1920
  • (fr)Georgije Ostrogorski, Histoire de l'√Čtat byzantin, Payot, 1996
  • (en)Steven Runciman, Mistra, Byzantine capital of the Peloponnese, Thames and Hudson, Londres, 1980
  • (en)H.F. Tozer, The Franks in the Peloponnese, in The Journal of the Hellenic Studies, vol.4, p. 165-236, 1883

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  • Mistra ‚ÄĒ Saltar a navegaci√≥n, b√ļsqueda Sitio arqueol√≥gico de Mistra1 ‚Ķ   Wikipedia Espa√Īol

  • mistra ‚ÄĒ √ómistraŐÄ sf. (2) ŇĹg, ҆kn Ňĺr. 2 mistras: Mums Ň°ńĮmet tik mistraŐÄ tepaaugo JnŇ°. ҆ńĮmet vńójas visńÖ miŐÄstrńÖ iŇ°guldńó ir supŇędńó Krp. Su mistra apsńójo visus pŇędymus JnŇ° ‚Ķ   Dictionary of the Lithuanian Language

  • Mistra ‚ÄĒ ou Mystra village de Gr√®ce, dans le P√©loponn√®se (Laconie), √† l O. de Sparte. Vestiges import. (XIVe XVe s.) d une cit√© byzantine. Elle fut la capitale du despotat de Mistra ou Mor√©e ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • Mistra ‚ÄĒ ist eine byzantinische Ruinenstadt im S√ľden Griechenlands, siehe Mystras; die Abk√ľrzung f√ľr die Anordnung √ľber Mitteilungen in Strafsachen. die Abk√ľrzung f√ľr das DataWareHouse Management Informationssystem Strasse und Strassenverkehr des… ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • Mistra ‚ÄĒ (Misthra, Misithra), 1) t√ľrkisches Sandschak auf Morea, jetzt zur Nomarchie Lakonien geh√∂rig; 2) Stadt hier, am Ostabhange des Taygetos; Citadelle (jetzt verfallen), mehre Moscheen, Kirchen u. Kl√∂ster, Armenk√ľchen, Schulen, griechisches Collegium ‚Ķ   Pierer's Universal-Lexikon

  • Mistr√° ‚ÄĒ Mistr√°, Dorf, 4 km s√ľdwestlich von Sparta, am Taygetos, mit (1889) 623 Einw. Dar√ľber, 634 m hoch, die verfallende mittelalterliche Stadt M., die vor den Freiheitskriegen 20,000 (?) Einw. z√§hlte, mit einer romanisch byzantinischen Kirche, und die… ‚Ķ   Meyers Gro√ües Konversations-Lexikon

  • Mistra ‚ÄĒ Mistra, Misitra. s. Sparta ‚Ķ   Herders Conversations-Lexikon

  • Mistr√° ‚ÄĒ Sitio arqueol√≥gico de Mistr√° Nombre descrito en la Lista del Patrimonio de la Humanidad ‚Ķ   Wikipedia Espa√Īol

  • MiStra ‚ÄĒ Die Anordnung √ľber Mitteilungen in Strafsachen (MiStra) ist eine deutsche Verwaltungsvorschrift. In ihr ist geregelt, in welchen F√§llen und in welchem Ausma√ü Strafgerichte und Staatsanwaltschaften Informationen aus laufenden und abgeschlossenen… ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • Mistra ‚ÄĒ MiŐ£stra, ¬† MistraŐ£s, MystraŐ£s, Dorf und Ruinenst√§tte (UNESCO Weltkulturerbe) der gleichnamigen griechischen Stadt in der S√ľdpeloponnes, westlich von Sparta. 1249 lie√ü hier der fr√§nkische F√ľrst Wilhelm II. Villehardouin eine Gipfelburg erbauen,… ‚Ķ   Universal-Lexikon


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