Missions Catholiques Aux XVIe Et XVIIe Siècles

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Missions Catholiques Aux XVIe Et XVIIe Siècles

Missions catholiques aux XVIe et XVIIe siècles

Cet article traite des missions catholiques au XVIe si√®cle et au XVIIe si√®cle , p√©riode dite du patronat.

Il s'agit du deuxi√®me d'un ensemble concernant l'expansion et la diffusion du christianisme, qui comprend :

  1. Expansion du christianisme du Ve si√®cle au XVe si√®cle qui s'arr√™te au XVe si√®cle.
  2. Missions Catholiques au XVIe si√®cle et au XVIIe si√®cle.
  3. Missions catholiques de 1622 à la fin du XVIIIe siècle, (missions pontificales, 1re partie)
  4. Missions catholiques au XIXe et au XXe siècles (missions pontificales, 2e partie)
  5. Histoire des missions protestantes
1542: Saint François Xavier convertit des pêcheurs de perles Paravas (Tamil Nadu).

Sommaire

L'organisation du partage du monde (1494-1514)

1492 est l'ann√©e o√Ļ Christophe Colomb d√©couvre ce qui sera l‚ÄôAm√©rique. Malgr√© la prise de Grenade, cette m√™me ann√©e les Espagnols, l'expansion du christianisme reste bloqu√©e par l'Islam au Sud du bassin m√©diterran√©en et √† l'Est de la Volga.

Ce que l'on appelle les grandes découvertes va être l'occasion d'une nouvelle phase de cette expansion du christianisme dans les nations qui passent sous la domination de ces deux puissances maritimes majeures que sont devenues le Portugal et l'Espagne. Plus largement, cet élan missionnaire s'étend dans toutes les contrées que les progrès de la navigation rendent maintenant accessibles aux navigateurs occidentaux.

Les Portugais avaient entrepris l'exploration des c√ītes de l'Afrique depuis le d√©but du XVe si√®cle. D√©s le retour de Christophe Colomb en 1493, les deux nations ib√©riques demandent l'arbitrage du pape Alexandre VI pour se partager le monde. Le trait√© de Tordesillas, sign√© le 7 juin 1494 institue une ligne de partage qui passe √† cent lieues √† l'ouest des A√ßores. Cette d√©limitation de souverainet√© est √©tendue, quelques ann√©es plus tard, √† l'activit√© missionnaire: En 1508, par la bulle Universalis Ecclesiae, l'Espagne obtient le monopole des missions dans la zone qui lui avait √©t√© attribu√©e contre l'engagement d'envoyer des missionnaires en nombre suffisant, de leur procurer le passage gratuit, de construire des √©glises etc. En 1514, un statut sym√©trique est accord√© aux Portugais. Ils s'agit en fait d'une r√©gularisation, car ces derniers s'√©taient d√©j√† assur√©s, au milieu du XVe si√®cle, de l'exclusivit√© missionnaire dans le monde entier, du temps o√Ļ ils √©taient la seule puissance maritime. Le Saint-Si√®ge qui n'a ni moyens financiers propres, ni structure missionnaire centralis√©e, sous-traite ainsi l'organisation des missions aux souverains catholiques.

Les missions espagnoles au XVIe siècle

L'Amérique espagnole

La pr√©sence missionnaire fait partie int√©grante de la conqu√™te de l'Am√©rique centrale et m√©ridionale : les Espagnols ne con√ßoivent pas la mise en place d'une administration espagnole sans y inclure les institutions cl√©ricales. Des l√©gions de missionnaires espagnols d√©barquent en Am√©rique: des s√©culiers, mais surtout des r√©guliers (voir R√©gulier et s√©culier). Il s'agit de franciscains en 1502, puis de dominicains en 1510, de merc√©daires en 1519, d'augustins en 1533, enfin de j√©suites en 1568. Tous ces ordres sont organis√©s en provinces, selon leurs r√®gles. Des √©v√™ques sont nomm√©s parmi les r√©guliers.

La premi√®re organisation missionnaire proprement dite fut celle du Mexique (la Nouvelle Espagne) o√Ļ Cort√©s √©tait d√©barqu√© en 1521. D√®s 1523 des missionnaires franciscains dont Pierre de Gand y d√©barquent puis en 1524, 12 missionnaires espagnols. L'√©v√™ch√© de Mexico est cr√©√© en 1528, avec le premier √©v√™que : le franciscain Juan de Zum√°rraga. En 1548 est cr√©√©e √† Mexico la premi√®re province franciscaine du Nouveau Monde [1],[2].

Le deuxi√®me √©v√™que de Lima, Turibio de Mongrovejo, pr√©side en 1583 un concile qui d√©finit les grandes lignes de la pastorale missionnaire et de l'organisation de l'√Čglise dans les possessions espagnoles de l'Am√©rique du Sud. On y d√©cide de traduire le cat√©chisme en quechua et en aymara. Ce cat√©chisme est en fait d√©clin√© en trois niveaux plus ou moins d√©velopp√©s. Pour faciliter l'enseignement religieux, le concile pr√©conise un quadrillage du pays par le clerg√© : un pr√™tre pour mille habitants, et les regroupements des villages de moins de mille habitants.

Les croyances ant√©rieures, animistes, ne semblent pas poser de probl√®me aux missionnaires espagnols qui proposent √† leurs n√©ophytes un culte riche en grandes manifestations ext√©rieures, c√©r√©monies et processions, en m√™me temps qu'ils leur interdisent tout retour √† leurs anciennes pratiques "idol√Ętriques". On a parl√© de politique de table rase pour signifier que les missionnaires espagnols ont √† la fois ignor√© et √©radiqu√© toute manifestation religieuse ant√©rieure √† leur arriv√©e. Compl√®tement int√©gr√©s √† la conqu√™te espagnole des nouveaux territoires, certains missionnaires jouent √©galement un r√īle de contrepoids vis-√†-vis de l'administration civile et militaire et prennent la d√©fense des Indiens victimes de spoliation ou d'oppression. Le plus c√©l√®bre est Bartolom√© de Las Casas : simple pr√™tre en 1512, puis √©v√™que du Chiapas en 1545, il s'est oppos√© aux exactions des colons vis-√†-vis des Indiens d√®s 1514.

En d√©finitive, les missionnaires espagnols r√©ussissent √† imposer le catholicisme dans les territoires contr√īl√©s par leur pays. Les villes de l'Am√©rique espagnole, group√©es autour de leurs √©glises, sont des r√©pliques parfaites des villes espagnoles ; mais les tentatives de constituer un clerg√© indig√®ne √©chouent compl√®tement. Peu √† peu, le peuplement espagnol des colonies devient suffisant pour remplir les s√©minaires cr√©√©s sur place, mais les recommandations du concile de Lima d'encadrer la population indienne par le clerg√© restent en partie lettre morte.

exemples de missions j√©suites en Am√©rique du sud :

Les Philippines

Aux Philippines, la situation √©volue plus favorablement. Les Espagnols y ont pris pied en 1564, √† partir du Mexique, accompagn√©s, comme en Am√©riques de leurs missionnaires: Augustins d√©s 1564, puis franciscains √† partir de 1577, J√©suites en 1581 et dominicains en 1587. On estime la populations chr√©tienne de 1614 √† un million de fid√®les. Une universit√© catholique est fond√©e √† cette date-l√† par les dominicains, mais surtout, on voit tr√®s vite appara√ģtre un clerg√© indig√®ne. Quelles sont les causes de ce succ√®s ? Organisation plus rapide des structures missionnaires et plus forte d√©termination √† former un clerg√© indig√®ne, ou bien meilleure receptivit√© de la population philippine ? La question reste encore ouverte.

Les missions portugaises au XVIe siècle

Le cas du Brésil

En Amérique portugaise (Brésil), la capitale coloniale est Bahia. Les conditions de colonisation ne sont pas très différentes de celles de l'Amérique Espagnole, mais pour des raisons qui tiennent sans doute aux conditions de peuplement du Brésil, le clergé portugais qui avait débarqué avec les premiers colons reste davantage avec ceux-ci. Les choses vont prendre une autre tournure avec l'arrivée des Jésuites, en 1549. En 1600, ils ne sont encore que 63, mais ils ont déjà un rayonnement considérable: Ils ont pu former dans leurs écoles un grand nombre de catéchistes indiens qu'ils envoient évangéliser leurs compatriotes. Les Jésuites interviennent également sur le plan social, en sédentarisant des nomades. Ils sont les organisateurs et les chefs de ces nouveaux villages.

Les j√©suites n'ont jamais tout √† fait surmont√© les probl√®mes linguistiques du fait de la multiplicit√© des langages. Ils organisent des f√™tes et r√©jouissances populaires de caract√®re profane pour compenser la disparition des anciennes f√™tes pa√Įennes. Les plus connus des missionnaires portugais au Br√©sil sont Manuel da N√≥brega, Jos√© de Anchieta[3] et Ignace d'Azevedo, b√©atifi√© en 1864.

Les missionnaires portugais en Asie

Mis √† part le Br√©sil, les Portugais qui ne sont gu√®re plus qu'un million et demi de personnes, ne sont pas en mesure de peupler les immenses territoires sur lesquels ils rayonnent. Leur empire s'√©tend du Br√©sil √† Macao en passant par le tour de l'Afrique et l'Asie du sud. Si on compare une fois de plus la position des missionnaires espagnols √† celle des Portugais, on dira que le rapport de forces est moins favorable aux Portugais: √Ä partir de Goa, de Malacca et de Macao, les peuples qu‚Äôils rencontrent sont nombreux et de vieille culture. Leur action marque pourtant leurs contemporains et laisse des traces. Disons d'embl√©e que beaucoup de ces missionnaires qui travaillent sous l'autorit√© du roi du Portugal ne sont pas Portugais: Fran√ßois Xavier (1506-1552), qui sera ensuite d√©clar√© ¬ę patron des missions ¬Ľ, est un Navarrais qui avait fait ses √©tudes √† Paris. Il pr√™che et baptise en Inde (1542) et au Japon (1549), on lui a parfois pr√™t√© le don des langues, mais les historiens modernes consid√®rent qu'il utilisait souvent des interpr√®tes. Michele Ruggieri et Matteo Ricci qui sont les premiers j√©suites en Chine (1580) sont italiens, ainsi que Roberto de Nobili qui exer√ße son apostolat en Inde √† partir de 1604. Alexandre de Rhodes qui √©vang√©lise le Vi√™t Nam est fran√ßais.

Les missions en Inde

On trouve en Inde, des chr√©tiens avant l'arriv√©e des Portugais. Il s'agit des communaut√©s dites "de Saint Thomas" au K√©rala et sur la c√īte Coromandel. Elles avaient, comme les Nestoriens, perdu tout contact avec le papaut√© depuis des si√®cles. Ce sont vers ces r√©gions que se portent l'effort des premiers missionnaires portugais peu apr√®s 1500. En fait, Les plus grandes r√©ussites sont observ√©es, en premier lieu, dans le territoire Portugais de Goa, o√Ļ les missionnaires peuvent √™tre soutenus par le puissance de l'√Čtat. D'apr√®s l'encyclop√©die catholique de 1908 " Les non-catholiques expliquent souvent les premi√®res conversions par le fait que les Portugais r√©pandaient la bonne parole par la force, "√† la pointe de l'√©p√©e", dit-on parfois. Cette vision des choses est certainement exag√©r√©e, et √† bien des √©gards, fausse. Certes, il y a bien eu un petit nombre de cas o√Ļ la force physique fut utilis√©e, par exemple, lorsque des pirates captur√©s n'avaient d'autre alternative que de se convertir o√Ļ d'√™tre pr√©cipit√©s dans la mer. Mais de tels cas, outre qu'ils n'√©taient pas approuv√©s par les autorit√©s religieuses ou civiles, √©taient en fait si rares qu'ils ne doivent pas √™tre pris en consid√©ration. En fait, au d√©but, la tendance √©tait de faire preuve de tol√©rance vis-√†-vis du paganisme tout en donnant sa chance √† la propagande missionnaire‚Ķ Les m√©thodes adopt√©es par l'√Čtat consistaient d'abord en la destruction impitoyable des temples pa√Įens et la pollution de leurs r√©servoirs sacr√©s lorsque le pouvoir civil √©tait pleinement en place et que la bonne parole avait √©t√© pr√™ch√©e. Et aussi en interdisant l'exercice public de toute religion √©trang√®re dans les territoires portugais‚Ķ" Autrement dit, l√† o√Ļ les Portugais contr√īlent effectivement des territoires, leur force persuasive n'est pas moindre que celle des Espagnols.

Les Franciscains et les Dominicains sont les premiers ordres sur le terrain, bient√īt suivis par les J√©suites et les Augustiniens, et ensuite, par les carm√©lites Th√©atines, les hospitaliers de Saint-Jean et les oratoriens. Le J√©suite Roberto de Nobili arrive en Inde en 1604. Avant lui, les missionnaires n'ont connu de r√©els succ√®s de conversion qu'envers les populations de basses castes ou m√™me hors-caste. Robert de Nobili r√©alise qu'un tel √©tat de choses serait de nature √† rendre la religion chr√©tienne in√©luctablement incompatible avec les hautes castes. La noblesse de ses origines lui permet de se pr√©senter sans complexe comme un Rajah devenu sanyassi, c'est--√†-dire p√©nitent, ce qui lui permet de discuter sur un pied d'√©galit√© avec les Brahmes, mais il accepte de se s√©parer totalement des autres chr√©tiens et J√©suites. Cette attitude amorce une controverse √† Rome qui pr√©figure la future Querelle des Rites. En 1623, une bulle de Gr√©goire XV approuve sa m√©thode.

Les missions au Japon

Lors de son premier contact avec le Japon, en 1549-1551, Fran√ßois Xavier √©labore une ligne qui devrait r√©gir les formes que l'apostolat chr√©tien doit prendre au Japon: Maintenir de bonnes relations avec les da√Įmos, (c'est-√†-dire les seigneurs), traiter les Japonais avec honneur et respect, se mettre √† leur haut niveau culturel et se recommander de la Chine qui jouit d'un grand prestige au pays du Soleil Levant. Le Christianisme se d√©veloppe lentement jusqu'en 1579 o√Ļ un autre J√©suite, Alexandre Valignano fonde le coll√®ge de Funa√Į au Japon. Plusieurs Japonais issus de ce coll√®ge sont ensuite dirig√©s vers les noviciats de Macao ou de Goa et acc√®dent au sacerdoce. Jean Guennou estime √† trois cent mille le nombre de baptis√©s en 1597, l'ann√©e o√Ļ une f√©roce r√©pression s'abat sur la jeune √©glise japonaise. Cette pers√©cution se d√©roule en m√™me temps que la fermeture du pays aux occidentaux.

Les missions en Chine

En Chine, le J√©suite Matteo Ricci comprend qu'il a fait fausse route en se pr√©sentant comme un "bonze chr√©tien". Il prend le titre de lettr√© qu'il peut d'ailleurs assumer tant sont grandes ses capacit√©s intellectuelles qui lui permettent non seulement de bien ma√ģtriser les sciences et les math√©matiques connues en occident, mais aussi d'assimiler rapidement les classiques de la culture chinoise. Ricci ne consid√©re point que les honneurs que les Chinois rendent √† Confucius et aux anc√™tres sont de nature idol√Ętriques. Cette vision ds choses facilite l'adh√©sion au christianisme de lettr√©s et de mandarins, parmi lesquels un certain Siu qui a √† la cour le poste tr√®s important de Conseiller imp√©rial. √Ä la mort de Ricci, en 1610, on compte deux mille baptis√©s, ce qui est un petit nombre, mais les missions j√©suites en Chine vivent longtemps dans la croyance que la conversion de l'empereur est imminente et qu'elle pourrait faire basculer tout le pays.

La fin du patronat

Le syst√®me du patronat qui s'est impos√© au d√©but du XVIe si√®cle a comport√© pour la papaut√© beaucoup d'avantages, notamment celui de pouvoir se d√©charger compl√®tement sur les pouvoirs temporels, mais il n'est gu√®re tenable √† long terme. Outre qu'il lie compl√®tement l'apostolat au pouvoir colonial, il n'est gu√®re compatible avec l'√©mergence de puissances maritimes √©mergentes: La France, l'Angleterre et la Hollande. On peut r√©gler certaines de ces contradictions par des compromis: La France est ainsi autoris√©e en 1508 √† traverser l'Atlantique, mais √† condition de ne pas franchir l'√Čquateur. Le patronat se fissure de lui-m√™me lorsque le Portugal s'av√©re incapable de consentir l'effort missionnaire n√©cessaire au Br√©sil, en Afrique et en Asie et que le roi Jean III est amen√©, √† partir de 1558, √† demander des renforts au pape Paul III et au fondateur des J√©suites Ignace de Loyola. Apr√®s le Concile de Trente, le gouvernement de l'√Čglise a toutes les raisons de vouloir reprendre ses pr√©rogatives naturelles. En 1622, par la bulle Incrustabili, le pape Gr√©goire XV institue un organisme centralis√© que l'on appelle Congr√©gation de Propagande Fide.

Ce n'est vraiment que sous l'impulsion du j√©suite fran√ßais Alexandre de Rhodes, qui, de retour du Vi√™t Nam, plaide l'urgence pour le Saint-Si√®ge d'envoyer des √©v√™ques qui pourraient consacrer des pr√™tres indig√®nes, seul moyen pour les √Čglises locales d'exister en d√©pit d'une pr√©sence incertaine des missionnaires qui sont soumis √† une pers√©cution chronique. √Ä partir de 1658, le pape envoie directement des √©v√™ques dans les pays de mission, sous le nom de vicaires apostoliques

Notes et références

Articles connexes

Bibliographie

  • Ren√© Guennou, Les missions catholiques in Histoire des Religions, Gallimard, 1972
  • Jacques Gernet, Chine et christianisme ‚Äď Action et r√©action, Paris, Nrf Edition Gallimard, 1982.
  • Ouvrage collectif publi√© sous la direction de Mgr Delacroix, Histoire Universelle des Missions Catholiques, Paris, 1957-59
  • A. Brou, Saint Fran√ßois-Xavier, Beauchesne, Paris, 1922
  • G.H. Dunne, Chinois avec les Chinois, le P. Ricci et ses compagnons, Centurion, Paris, 1964
  • Matteo Ricci, Histoire de l‚Äôexp√©dition chr√©tienne au Royaume de la Chine, trad. du lat., G. Bessi√®re √©d., Descl√©e De Brouwer, 1978

Liens externes

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