Missile

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Missile

Un missile est un projectile autopropuls√© et guid√©, constitu√© de :

  • un propulseur : moteur fus√©e, r√©acteur (g√©n√©ralement stator√©acteur), voire les deux (une fus√©e donnant l'impulsion de d√©part, avant d'√™tre relay√©e par un stator√©acteur) ;
  • un syst√®me de guidage, qu'il soit externe (t√©l√©guidage) ou ind√©pendant (autoguidage) ;
  • une charge utile, qui peut √™tre une charge militaire (explosive, incendiaire, chimique, biologique, etc), un syst√®me √©lectronique (drone de reconnaissance, missile scientifique ou exp√©rimental) voire un simple poids pour √©quilibrer l'engin (missile cible) ou une masse inerte (missile de propagande transportant des tracts).
Le missile air-air AIM-9 Sidewinder, à guidage infrarouge.

Dans son acception initiale le terme de missile d√©signait un projectile, quel qu'il soit. Ce sens est aujourd'hui obsol√®te mais peut encore se trouver dans des ouvrages datant d'entre les deux guerres mondiales. La r√®gle g√©n√©ralement utilis√©e de nos jours veut que :

  • les engins poss√©dant un guidage soient nomm√©s missiles, quel que soit le syst√®me de propulsion ;
  • les engins propuls√©s par un autre moyen qu'une fus√©e √† poudre soient nomm√©s missiles. √Ä part quelques prototypes datant des environs de la Seconde Guerre mondiale, tous ces engins ont un syst√®me de guidage ;
  • les fus√©es √† poudre sans guidage soient nomm√©es roquettes (de rocket, fus√©e en anglais) ;
  • les projectiles (guid√©s ou non) se d√©pla√ßant sous la surface de l'eau soient nomm√©s torpilles.

Cependant, il existe des exceptions, tels les projectiles des lance-roquettes multiples qui, de nos jours, sont le plus souvent autoguid√©s tout en conservant le nom de roquettes, ou des prototypes datant d'une p√©riode o√Ļ les syst√®mes √©lectroniques √©taient bien plus co√Ľteux, fragiles et volumineux qu'actuellement. Une telle utilisation de ce terme est exceptionnelle et, en g√©n√©ral, due √† un contexte historique particulier (prototype ancien, d√©nomination qui perdure bien qu'elle soit devenue impropre).

Sommaire

Historique

Missile V-1 allemand de la Seconde Guerre mondiale

D√®s le VIe si√®cle des fus√©es r√©cr√©atives ou de guerre semblent attest√©es en Chine. √Ä la fin du XVIIIe si√®cle et au d√©but du XIXe si√®cle, des fus√©es √† t√™tes explosive ou incendiaire sont test√©es dans les arm√©es r√©guli√®res europ√©ennes. Le mod√®le le plus connu fut sans doute celui dit ¬ę de Congreve ¬Ľ utilis√© par les arm√©es anglaises. Le perfectionnement des canons durant la seconde partie du XIXe si√®cle entraina l'abandon des fus√©es √† t√™te explosive. Toutefois, des mod√®les √©clairant et/ou incendiaires semblent avoir √©t√© utilis√©s.

En octobre 1914, durant la Première Guerre mondiale, l'armée allemande commença à développer un biplan armé de torpilles qui fut lancé depuis un Zeppelin. Les essais en vol eurent lieu en avril 1917, mais cette arme ne fut jamais déployée. Durant cette même guerre, plusieurs ballons d'observation français furent abattus par des fusées incendiaires (ce qui poussa à l'adoption du parachute par les aérostiers). L'armée française utilisa aussi des fusées à poudre lancées par avion, pour abattre des ballons d'observation allemands.

Les premiers missiles op√©rationnels de l'Histoire furent utilis√©s par le Troisi√®me Reich durant la Seconde Guerre mondiale. Leur mise au point avait commenc√© en 1932, dans un laboratoire de Kummersdorf. La premi√®re victime de ces armes fut l'escorteur Egret de la Royal Navy. Moins de deux semaines plus tard, en septembre 1943, lorsque l'Italie fit volte-face et √©pousa la cause des Alli√©s, une bombe planante radiocommand√©e Fritz X, largu√©e depuis un bombardier, coula le navire de ligne de 35 000 t Roma de la marine militaire italienne. L'efficacit√© de ces bombes guid√©es a √©t√© √©valu√©e √† 40 %.

Puis vinrent les V1 et V2 allemands mis au point en 1944 et utilis√©s pour bombarder Londres et Anvers. Ils avaient √©t√© con√ßus par Werner von Braun. Cet ing√©nieur se rendit aux forces am√©ricaines avec son √©quipe. C'est lui qui, apr√®s les √©checs r√©p√©t√©s des fus√©es Vanguard de la marine am√©ricaine construites sans son concours, allait devenir dans les ann√©es 1960 le p√®re technique du Programme spatial des √Čtats-Unis (voir Op√©ration Paperclip). Deux autres missiles furent mis au point par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale : le missile antinavire Henschel Hs 293 A et le missile air-air Kramer X4, tandis que plusieurs autres projets dont quatre de missile sol-air et un missile antichar √©taient en cours.

Coupe d'un missile antichar français ENTAC de 1re génération, entré en service dans les années 1950

Les alli√©s √©taient tr√®s en retard dans ce domaine, seuls les √Čtats-Unis ayant mis en service une bombe planante autoguid√©e (Bat) en 1945 qui fut utilis√©e √† quelques reprises durant les campagnes du Pacifique. Apr√®s la guerre furent d√©velopp√©s les premiers missiles air-air, sol-air et sol-sol. On peut citer quelques dates :

Propulsions

Différents types de propulsions ont été ou sont utilisés. Ce sont principalement des fusées, des réacteurs ou des engins mixtes.

  • Fus√©es :
    • √Ä carburant solide : c'est encore le propulseur le plus courant pour les petits missiles. En particulier les missiles individuels anti-char.
    • √Ä carburant liquide : la dangerosit√© des carburants et comburants employ√©s a √©t√© la cause de leur abandon progressif. Ce type de propulsion est cependant extr√™mement efficace pour l'envoi de ¬ę gros ¬Ľ missiles utilisant une technologie moyenne voire faible. Le premier missile r√©ussi utilisant cette propulsion a √©t√© le V2 allemand de la Seconde Guerre mondiale.
  • R√©acteurs :
    • Simple flux : des essais ont √©t√© effectu√©s apr√®s la Premi√®re Guerre mondiale, abandonn√©s √† cause du prix de revient de tels missiles.
    • √Čventuellement double-flux ou turbo-fan ou mod√®le plus moderne que le simple flux.
    • Stato-r√©acteur : le propulseur actuellement le plus courant sur les missiles. Bon march√©, faciles √† fabriquer et solides, les stator√©acteurs sont devenus le principal mode de propulsion des missiles non semi-balistiques (une fus√©e est n√©cessaire pour la sortie de l'atmosph√®re)
      • Stator√©acteur ¬ę classique ¬Ľ √† carburant liquide :
      • Stator√©acteur √† carburant gazeux : le carburant est stock√© sous forme de gaz comprim√© (rare car le container est lourd), ou de produits solides, se d√©composant en gaz inflammables lorsqu'ils sont chauff√©s. Les carburants gazeux se m√©langeant mieux au comburant (air) que les carburants liquides, ce syst√®mes est plus efficace √† tr√®s grande vitesse (Mach 5 et plus). Ce type de stato-r√©acteur extr√™mement rapide est souvent nomm√© scramJet.
      • Statofus√©e : les statofus√©es sont des stato-r√©acteurs √† carburant solide. Le carburant est d√©pos√© sur la paroi interne du r√©acteur. L'alimentation en comburant se fait par une prise d'air, identique √† celle d'un stato-r√©acteur ¬ę classique ¬Ľ. Les stato-fus√©es sont extr√™mement √©conomiques en entretien. Cela entra√ģne des √©conomies d'argent, de personnel qualifi√© ainsi qu'une fiabilit√© accrue apr√®s de longues p√©riodes de stockage. Sont aussi parfois nomm√©s stato-fus√©e des stato-r√©acteurs dont les prises d'air peuvent √™tre ferm√©es, et o√Ļ un comburant (g√©n√©ralement de l'oxyg√®ne stock√© sous forme liquide) peut √™tre inject√©. Cela permet au moteur de se comporter comme un stato r√©acteur en atmosph√®re, ou en fus√©e. En 2007, ce type de moteur en est, g√©n√©ralement, au stade exp√©rimental.
  • Fus√©e/Stator√©acteur : ce couple de propulseurs est classique pour les missiles Sol-Air, Sol-Mer et Sol-Sol. La fus√©e donne au stato-r√©acteur la vitesse qui lui est n√©cessaire pour fonctionner, puis il est √©ject√©. √Ä contrario, de nombreux missiles Air-Air, Air-Mer, Air-Sol ne sont propuls√©s que par un stato-r√©acteur, la vitesse initiale permettant l'ignition du stato-r√©acteur √©tant la vitesse de l'avion tirant le missile.

Classification

Un missile balistique intercontinental américain Titan II tiré depuis son silo
Exemple de silo russe.
Rem : Certains de ces silos ont √©t√© recycl√©s, ou devaient l'√™tre par exemple en France pour le stockage de munitions non explos√©es, chimiques, datant de la Premi√®re Guerre mondiale, en attente de d√©mant√®lement[1]

Les missiles peuvent être catégorisés en fonction de nombreux critères.

En fonction de leur profil de mission (plate-forme de tir et objectif) :

Uniquement en fonction de leur cible :

En fonction de leur port√©e :

  • Tr√®s courte port√©e : quelques kilom√®tres maximum
  • Courte port√©e : quelques dizaines de kilom√®tres maximum
  • Longue port√©e : jusqu'√† une centaine de kilom√®tres

voire, dans le cas des missiles nucl√©aires :

  • tactique : quelques centaines de kilom√®tres
  • strat√©gique : plusieurs milliers de kilom√®tres

En fonction de leur type de vol :

En fonction de leur système de guidage (voir ci-dessous).

Ces diff√©rentes cat√©gorisations se recoupent partiellement et rendent une classification des diff√©rents missiles relativement complexe : ainsi, par exemple, un missile mer-sol peut √™tre soit un missile balistique soit un missile de croisi√®re, et un missile anti-char n'est qu'une version sp√©cialis√©e du missile air-sol.

Guidage

Article d√©taill√© : Syst√®me de guidage.
Un missile de croisière air-sol américain AGM-86 ALCM

D’un point de vue technique, il existe de nombreux systèmes de guidage différents. Ils dépendent des caractéristiques de la cible et du degré de précision que la mission et la munition rendent nécessaires.

  • Guidage inertiel : tout d'abord utilis√© sur les missiles √† longue port√©e (missiles strat√©giques et missiles de croisi√®re) ; il utilise une centrale inertielle associant trois gyroscopes (un pour chaque axe), ce qui leur permet de maintenir un cap de fa√ßon prolong√©e. Cependant, les gyroscopes √©tant victimes d‚Äôune certaine d√©rive sur les longues distances, on tend √† leur adjoindre aujourd‚Äôhui un syst√®me de guidage par GPS pour recaler leur positionnement. Des bombes et missiles de derni√®re g√©n√©ration mis en Ňďuvre par l'arm√©e am√©ricaine fonctionnent ainsi.
  • Guidage topographique : certains missiles de croisi√®re comparent en permanence la topographie du terrain survol√© √† une carte pr√©alablement √©tablie qu‚Äôils gardent en m√©moire, rep√©rant ainsi toute variation par rapport √† l‚Äôitin√©raire fix√©.
  • Guidage laser : lorsqu‚Äôune grande pr√©cision est requise (missile anti-char ou anti-bunker), on utilise g√©n√©ralement un guidage laser. La cible est ¬ę illumin√©e ¬Ľ par un laser dont la tache est per√ßue par le syst√®me d'autoguidage du missile qui s'aligne dessus pour assurer l'impact.
  • Guidage vid√©o : une cam√©ra permettant g√©n√©ralement une vision nocturne est install√©e dans le nez du missile et permet de guider le missile √† distance.
  • Guidage infrarouge : essentiellement utilis√© par les missiles sol-air et air-air de courte port√©e, un autodirecteur infrarouge permet de se caler sur le rayonnement infrarouge √©mis par les tuy√®res du turbor√©acteur ou du turbomoteur de l'appareil ennemi. L‚Äôavantage de ce genre de syst√®me est son autonomie et son fonctionnement passif (il ne produit que peu de signaux d√©tectables). La port√©e du d√©tecteur d'infrarouges n‚Äôexc√®de toutefois gu√®re une vingtaine de kilom√®tres.
  • Guidage radio : avec le filoguidage et l'autoguidage inertiel, c'est le syst√®me le plus anciennement utilis√©. Il a cependant √©t√© abandonn√© pour des applications militaires, sa sensibilit√© au contres mesures √©lectronique (brouillage, prise de contr√īle) le rendant peu fiable.
  • Guidage optique/astral : certains missiles semi-balistique sont dot√©s d'un t√©lescope leur permettant de rep√©rer des √©toiles servant de rep√®re de navigation. Ce syst√®me n'est utilisable qu'hors atmosph√®re ou √† tr√®s haute altitude, faute de quoi il ne serait possible de tirer les missiles que par des nuits sans nuages. Nota: ce syst√®me est toujours associ√© √† d'autres syst√®mes.
  • Guidage par variation de pesanteur : certains missiles semi-balistiques ont √©t√© √©quip√©s de syst√®mes d√©tectant les variation de pesanteur. La cro√Ľte terrestre n'√©tant pas homog√®ne, la pesanteur varie l√©g√®rement suivant l'endroit ou l'on se trouve, et non uniquement suivant l'altitude. L‚Äô√©tude de ces variation est une technique traditionnelle de l'√©tude du sous-sol. √Ä partir du moment o√Ļ il a √©t√© possible de miniaturiser suffisamment un syst√®me d'√©valuation de la pesanteur, il a √©t√© possible de se servir de cette information pour guider un missile. Une des difficult√©s rencontr√©es a √©t√© la constitution de cartes recensant ces variations. Les √©ventuelles cibles rechignant √† laisser un ennemi potentiel avoir acc√®s a de telles informations. De tels syst√®mes de mesure de pesanteur utilisent l'att√©nuation de la pesanteur entre 2 points superpos√©s, et non le calcul de la pesanteur associ√® √† la connaissance de l'altitude. Nota: ce syst√®me est toujours associ√© √† d'autres syst√®mes.
  • Guidage par d√©tection des anomalies magn√©tiques : la cause de ces anomalies est, l√† aussi, les variations de composition et d'√©paisseur de la cro√Ľte terrestre. Nota : ce syst√®me est toujours associ√© √† d'autres syst√®mes.
Tir d'un missile antichar TOW filoguidé
  • Filoguidage : certains missiles √† courte port√©e (comme les missiles anti-char) utilisent un guidage par fibre optique ou par c√Ęble √©lectrique. Ils d√©vident derri√®re eux, durant leur vol, un long fil gr√Ęce auquel un op√©rateur leur exp√©die des informations depuis la station de tir, souvent afin de les guider. Le poste de tir est g√©n√©ralement constitu√© d'un syst√®me de pointage optique op√©r√© par un tireur.
  • Guidage radar : tout d'abord employ√© sur les missiles sol-air et air-air de moyenne et longue port√©e, qui ont g√©n√©ralement recours √† un guidage radar actif (le missile poss√®de alors son propre radar) ou bien semi-actif (dans ce cas, le missile utilise le radar de l‚Äôavion lanceur). Le guidage radar semi-actif est utilis√© par le AH-64 Apache de derni√®re g√©n√©ration pour guider ses missiles antichar, √† la place du filoguidage utilis√© jusqu'√† pr√©sent.

Certains missiles, souvent anti-navires, utilisent successivement plusieurs types de guidage: inertiel juste après leur lancement, puis radar lorsqu’ils ont localisé leur cible. D'autres se calent sur les ondes électromagnétiques émises par leurs cibles (cas des missiles anti-radar).

De nos jours, tous les missiles devant parcourir de grandes distances (balistique, semi-balistique, croisière) associent différentes techniques, complémentaires les unes des autres.

Bibliographie

  • La saga des missiles europ√©ens (1945-2005), Guillaume Belan, Patrick Mercillon, Paris, √©ditions TTU-Certes, 2005

Notes et références

  1. ‚ÜĎ S√©bat fran√ßais : audition de M. le colonel Michel Lagrange, charg√© du territoire national au centre op√©rationnel interarm√©es, par Jacques Larchet (pr√©sident), Rapport d'information n¬į 429 (2000-2001) de M. Jacques machet, fait au nom de la commission des lois, d√©pos√© le 5 juillet 2001

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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